Les papi de la salsa en France

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Nazem
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Les papi de la salsa en France

Message par Nazem »

Qui sont les papi de la salsa en France ?

Ceux qui ont fait la musique cubaine dans les années 50 et 60... et puis les séniors qui ont fait venir la salsa à la fin des années 70.

Ca mérite qu'on s'intéresse à eux pour les connaîtres et les honorer.

Personnellement ce sujet a commencé à me passionner depuis deux ans. J'ai fait une enquête, à chaque fois que j'ai eu du temps libre, j'ai retrouvé des noms et j'ai interviewé quelques uns avec le souci de conserver leur mémoire. Il y en a d'autres que j'espère rencontrer cette année.

Peut être vous aussi vous en connaissez quelques uns, même si ce sont des noms que vous avez sur un album. Peut être que vous avez des photos, des témoignages à apporter. N'hésitez surtout pas...

Je vais commencer par vous présenter Emilio Boza, surnommé Bombon...


Nazem
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Emilio Boza

Message par Nazem »

Voici Emilio Boza

Image

C'est curieux car j'ai écouté Emilio Boza la première fois en 1985 sans le connaître. Je venais d'arriver en France. Un ami m'a amené à l'Escale, le bar cubain de la rue M le prince, à Paris. Dans la cave il y avait un petit orchestre qui était dirigé par Emilio. C'est là que j'ai commencé à aimer cette musique...

Plus tard, l'année dernière je l'ai retrouvé et j'ai fait avec lui une longue interview :

http://pagesperso-orange.fr/maisonorang ... o-boza.htm

Emilio Boza est cubain, bongosero. Il est arrivé en France en 1955 pour une tournée européenne avec l'orchestre de ... Perez Prado ! Mais pas celui que vous connaissez...
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Message par JACK_EL_CALVO »

Excellent et très intéressant... :wink:

ps : d'autant plus excellent que je me sens rajeunir... :lol: :lol: :lol:
esa gracia que tengo, nadie me la va a quitar, MAFEREFUN YEMAYA, MAFEREFUN ELEGUA !
Nazem
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Message par Nazem »

JACK_EL_CALVO a écrit :Excellent et très intéressant... :wink:

ps : d'autant plus excellent que je me sens rajeunir... :lol: :lol: :lol:
Moi aussi ca me fait le même effet, c'est peut être pour ça aussi que j'aime aller les voir ces papi :lol

Le vécu de Bombon est vraiment intéressant, ca nous transporte dans différentes époques entre deux continents.


Il y a d'abord tous ces détails vivants qu'il donne sur ses débuts à la Havane. On est à la fin des années 40 / début des 50. Je l'imagine jouer le bongo avec sa soeur à la fenêtre de leur maison, quand le coiffeur du quartier passe dans la rue et l'interpelle : Tiens toi, viens répéter avec nous. Car le coiffeur tenait un petit orchestre. C'est ça qui est exceptionnel à Cuba : la musique impregne la société jusque dans la vie des quartiers.

Il m'a aussi beaucoup amusé avec cette histoire d'émission de radio parrainée par la marque de lait "Santa Beatrice". C'était la radio de la Marine, et l'officier qui s'occupait de l'émission en profitait pour faire la double promotion de la voix de sa femme et aussi de sa fabrique de lait. On est dans un Cuba où règne le business avec un côté folklorique amusant.

Intéressant aussi la description qu'il donne des lieux de bals à la Havane : des clubs pour la haute société d'une part et bals populaires de l'autre. "c'était dans les grands clubs de la haute société de la Havane de l'époque, c'était la crème, tous les gens qui venaient dans ces endroits là, ils n'allaient pas dans les bals populaires. Il y avait un niveau différent… et il y avait aussi un niveau musical différent. On ne faisait pas la musique comme dans le bal populaire avec chacha et rumba, là c'était paso doble, tango, valse...". Détails très intréressants.


Et aussi comment on dansait ? "Ils dansaient tout (tous les styles : son, cha cha...). Les meilleurs danseurs se mettaient à la fenêtre. Ceux qui dansaient mal se mettaient au fond de la salle."

Après c'est un grand saut en Europe... et cette terrible histoire où Pantaleon Perez Prado s'est présenté à Paris comme "Le Roi du Mambo" créant ainsi la confusion avec l'identité de son frère. Cela a conduit visiblement à un procès entre les deux frères qui se sont finalement partagé le business du mambo entre les Etats-Unis et l'Europe.
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Lindasuave
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Message par Lindasuave »

Merci Nazem pour ce partage... j' attends la suite avec impatience !
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Message par Nazem »

Lindasuave a écrit :Merci Nazem pour ce partage... j' attends la suite avec impatience !
Merci pour ton message sympathique. Comme d'habitude j'ai un peu disparu avec mes multiples occupations du moment. Ce soir je vous propose une petite suite.

Tout d'abord on va laisser Bombon nous introduire dans le Paris des années 50 : Quelle place y avait il pour la musique cubaine ?

Rien à envier peut être à la "Rumba Folie" qui s'est emparé du quartier de Montmartre et de certains clubs de Montparnasse pendant les années 30. La plupart des musiciens cubains ont du quitter la France à l'approche de la deuxième guerre et ceux qui sont restés ont été emprisonnés par les Nazis. La vague était coupée.

Mais, comme le dit Bombon « après la guerre c’était encore la folie », le retour se fait avec les nouveaux rythmes chaloupés du mambo et du cha cha cha.

Quand Bombon arrive à Paris avec l'orchestre de Pantaleon Perez Predo, le vrai/faux "roi du mambo" fait un triomphe : "J'ai eu la chance parce que j'ai fait un concert pendant un mois, grandiose, au théâtre Alhambra. C'était énorme, c'était plein tous les jours. ". Puis l'orchestre tourne en Europe pendant presque deux ans.

Un succès qui conduit Bombon tout droit à l'Elephant Blanc, rue vavin, club de luxe pour la haute société. Deux orchestres animent le lieu : un de jazz et un autre de musique cubaine, dite "typique" à l'époque.

Et voici un détail croustillant : comment se faisait la transition entre le jazz et la musique cubaine à l'Eléphant Blanc ? La scène était ronde et tournante. Au moment du changement, l'orchestre de jazz jouait un air dont la fin se mélangeait avec le premier morceau que jouait l'orchestre cubain. On est en plein magma. Progressivement le nouvel orchestre remplaçait l'autre. Et cela se produisait plusieurs fois dans la soirée. On a envie d'y être !

Je vous laisse graver cette image dans votre mémoire. Et comme les plaisirs peuvent se cumuler, voici une autre image à mémoriser. : cela se passe dans une autre salle de concert à Paris, rue de Renne : le Keur Samba.

Quittons la haute société pour aller dans l’atmosphère de la charanga. Ici jouait le fameux orchestre Los Palmeras tenu par un autre papi de la salsa en France : le grand flûtiste cubain Gonzalo Fernandez (Malheureusement, il est mort il y a un an).

Le Keur Samba était une boîte africaine tenue par un Monsieur qui s’appelait Samba. Au Keur Samba, tout le gratin parisien venait jouer (Regine, Nicoletta etc) et on accueillait beaucoup de groupes cubains comme par exemple l’Orchesta Aragon.

Ici la scène n’était pas tournante, mais la salle avait une autre particularité intéressante : elle était « dimensionnable ». Il y avait un mur mobile sur un côté, et selon l’importance du groupe programmé, ou les aléas des soirs, on déplaçait le mur pour créer un grand espace ou une atmosphère intimiste pour un petit concert. On a aussi envie d’y être.

Mais il n'y avait pas que l'Eléphant Blanc et le Keur Samba...
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Message par Nazem »

Cartographie de la musique cubaine à Paris

Quels sont les autres lieux ? Selon Bombon il y avait beaucoup d’orchestres qui jouaient « dans tous les clubs, partout ! ». Voici la cartographie de cette époque :

Salles et clubs :

- La Mutualité.
- La salle Wagram.
- Le théâtre Alhambra.
- Le Moulin Rouge (qui accueillait par exemple Benny Benet),
- Le Rex (idem).
- Le Rêve (1 Bd Poissonnière, cabaret-dancing qui était situé sous le cinéma Rex),
- Le Rouge et le Noir (61, rue Blanche dans le 9ème)…]
- La Cueva (boîte qui existait depuis les années 30) à Montmartre.
- La Cabane cubaine (idem).
- Le Big Ben.
- Le Vieux Colombier : une femme cubaine y chantait avec son mari. Le duo s’appelait Chiquita Serrano. Ils ont fait des disques chez Boîte à Musique, des bons disques de folklore, ils chantaient avec l'accent cubain, un peu du macumba…
- L’Eléphant Blanc.
- Le Keur Samba.
- …
- et aussi… Les salles de fêtes où se tenaient les bals de mairies : phénomène intéressant qui s’est propagé depuis la deuxième moitié des années 50. Comment dansait-on dans ces bals de musique cubaine ? Cela reste pour le moment un mystère…

Orchestres et artistes :

- Le Latin American Orchestra de Benny Benet.
- L’orchestre de Jacques Elian
- L’orchestre d’Eddy Wagner
- Los Guangaiseros de Yvan Maurice,
- Le Cucaracha, « un orchestre terrible de Jacques Thomas »,
- Le High Society Band de Jacques Ary.
- Le groupe Al Castellanos.
- Don Barreto (il part en tournée en Europe).
- Los Matecoco de Pancho Cataneo.
- …

Los Matecoco ?

Cette formation était connue dans toute l’Europe et en Caraïbes. Elle faisait concurrence à la formation belge Los Chakachas (Eso es el Amor). Un de leurs meilleurs titres est le mambo « Doble Zero » écrit par Ernesto Tito Puente.

Au sein de Los Matecoco jouait le flûtiste cubain Clemente Lozanos. Il sera, je l'espère, le deuxième papi de la salsa que je vais vous présenter.

Je n’ai pas encore réussi à obtenir le contact de Clemente Lozanos, mais je sais qu’il joue aujourd’hui au Barrio Latino de Toulouse.

Nos amis de Toulouse… Quelqu’un le connaît ? J’y vais d’ici 15 jours…

En attendant, je vous précise où vous pouvez aujourd’hui rencontrer et écouter Bombon : il joue le vendredi et samedi au Los Mexicanos, rue papillon, à Paris. Bonne découverte !
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Lindasuave
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Message par Lindasuave »

Depuis le temps que Pascualito me parle de "Los Mexicanos", cette fois on aura une vraie bonne raison d'y aller.
Merci Nazem pour ces infos.
Et on attend bien sûr la suite avec impatience.


PS: je pense que nos toulousains sauront répondre à ton interrogation.
claudion
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Message par claudion »

Nazem a écrit :Cartographie de la musique cubaine à Paris


Los Matecoco ?

Cette formation était connue dans toute l’Europe et en Caraïbes. Elle faisait concurrence à la formation belge Los Chakachas (Eso es el Amor). Un de leurs meilleurs titres est le mambo « Doble Zero » écrit par Ernesto Tito Puente.

Au sein de Los Matecoco jouait le flûtiste cubain Clemente Lozanos. Il sera, je l'espère, le deuxième papi de la salsa que je vais vous présenter.

Je n’ai pas encore réussi à obtenir le contact de Clemente Lozanos, mais je sais qu’il joue aujourd’hui au Barrio Latino de Toulouse.

Nos amis de Toulouse… Quelqu’un le connaît ? J’y vais d’ici 15 jours…

En attendant, je vous précise où vous pouvez aujourd’hui rencontrer et écouter Bombon : il joue le vendredi et samedi au Los Mexicanos, rue papillon, à Paris. Bonne découverte !
Salut Nazem,
le nom Cataneo ne semble pas cubain au 100%100.
Est ce que tu pourras demander a Clemente Lozano si Pancho ( Francisco ) Cataneo a - t - il des origines italiennes ?
Je te remercie en avance.....
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Message par Nazem »

Lindasuave a écrit :Depuis le temps que Pascualito me parle de "Los Mexicanos", cette fois on aura une vraie bonne raison d'y aller.
Merci Linda pour ton message. Pour Los Mexicanos je conseille juste de téléphoner avant d'y aller et demander si Bombon joue toujours la-bas le WE. La dernière fois c'était il y a 6 mois, on ne sait jamais si ca a changé...
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Message par Nazem »

claudion a écrit :Salut Nazem,
le nom Cataneo ne semble pas cubain au 100%100.
Est ce que tu pourras demander a Clemente Lozano si Pancho ( Francisco ) Cataneo a - t - il des origines italiennes ?
Je te remercie en avance.....
Oui, Pancho Cataneo était le chef d'orchestre, il était cubain mais ok je demanderai à Clemente Lozanos.

J'ai enfin pu lui parlé la semaine dernière. Roland Malmin, un de ses anciens compagnons m'a donné son numéro. Roland est Martiniquais, il était le meilleur pianiste de musique cubaine à Paris depuis la fin des années 60 où il a joué à l'Escale pendant 24 ans...

Roland et Clemente se sont connus à l'Escale. Le groupe Los Matecoco n'existait plus car Pancho Cataneo a quitté la France pour le Mexique où il a été présentateur d’une émission à la radio. Après la disparition de Los Matecoco Clemente est resté à Paris pour jouer dans d’autres formations de musique cubaine, puis après il a joué à l’Escale. C'était une époque où presque tous les papis de la salsa se sont retrouvés à l'Escale et c'est ce qui fait le lien de leurs histoires individuelles qui devient finalement une seule, associée à un tout petit lieu qui a eu une force de concentration incroyable.

Clemente partait en vacances. je devrais le voir le mois prochain.

Il m'a dit qu'il ne joue plus au Barrio Latino de Toulouse car il n'y a plus d'orechestre labas. Dommage !

J'ai maintenant une photo de lui. Je suis allé cet après midi voir Roland Malmin dans sa maison en banlieue parisienne. Nous avions rendez-vous pour recenser les photos qu'il a gardé. Une mine d'or ! Plus de 40 photos qui montrent les artistes et les lieux de la fin des années 60 au début des 80. Voici une toute fraiche que je vais récupérer dans ma messagerie :

Image

On y découvre Clemente Lozanos.

On peut aussi le voir sur cette vieille pochette de disque de Los Matecoco :

Image

Clemente est en bas à gauche. Juste au dessus de lui c'est Pancho Cataneo. Au centre la dame était roumaine, elle était pianiste et elle s'appelait Sylvia.

Et pour finir, comme Roland Malmin va nous accompagner dans la suite de cette histoire, voici une première photo de lui :

Image

A bientôt...
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Message par pbooj »

Les photos ne s'affichent pas ?
http://dicidense.free.fr/ Listen with your feet, dance on your ears. pee-poo-gee pmove pmueve pbouge pbooj πR
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Message par Nazem »

pbooj a écrit :Les photos ne s'affichent pas ?
Ah ! Pour moi elle s'affiche ! Je ne sais pas si ca dépend d'un paramétrage (???)
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Message par pbooj »

Nazem a écrit :
pbooj a écrit :Les photos ne s'affichent pas ?
Ah ! Pour moi elle s'affiche ! Je ne sais pas si ca dépend d'un paramétrage (???)
Elles s'affichent correctement maintenant, merci.
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Message par Lindasuave »

Nazem a écrit :Quels sont les autres lieux ? Selon Bombon il y avait beaucoup d’orchestres qui jouaient « dans tous les clubs, partout ! ». Voici la cartographie de cette époque :

Salles et clubs :

- La Mutualité.
- La salle Wagram.
- Le théâtre Alhambra.
- Le Moulin Rouge (qui accueillait par exemple Benny Benet),
- Le Rex (idem).
- Le Rêve (1 Bd Poissonnière, cabaret-dancing qui était situé sous le cinéma Rex),
- Le Rouge et le Noir (61, rue Blanche dans le 9ème)…]
- La Cueva (boîte qui existait depuis les années 30) à Montmartre.
- La Cabane cubaine (idem).
- Le Big Ben.
- Le Vieux Colombier : une femme cubaine y chantait avec son mari. Le duo s’appelait Chiquita Serrano. Ils ont fait des disques chez Boîte à Musique, des bons disques de folklore, ils chantaient avec l'accent cubain, un peu du macumba…
- L’Eléphant Blanc.
- Le Keur Samba.
- …

:arrow: j'ai aussi souvent entendu parler d'une petite discothèque qui s'appelait "la Pachanga" , et où l'on passait beaucoup de musique cubaine, dans les années 60.



:arrow: Nazem, vite la suite :D
La vida es una sola, hay que vivirla Y punto, sin temor !
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