JACK_EL_CALVO a écrit :
Au bout du compte Pascualito tu as eu raison de lancer ce sujet, c'est une marmite !!

Je ne te le fais pas dire Jack ???
Suite aux échanges de dobleF et de Jack, je vous invite tous à lire cette interview. C'est un Cubain qui répond d'ailleurs à ces questions .(Du parti ou pas ? hum !! hum !!). Chacun se fera son idée sur la question.
LA POLITIQUE, LA RÉPRESSION, LE QUOTIDIEN ET LE TRAVAIL À CUBA
L’entrevue fait partie d’un reportage-vidéo préparé par Estelle Ouellet et Gabriel Frappier.
Voici la présentation qu’en font les auteurs.
"Quoi de plus difficile que de se faire une opinion éclairée sur le cas cubain. Cuba, c’est en même temps le démon pour les Américains et l’emblème d'une révolution pour les manifestants anti-mondialisation. Cette antithèse qu'est Cuba n'est certes pas aussi noire ou aussi blanche que ne le décrive chacun des deux camps. Bref, en nous rendant à La Havane, nous voulions voir la réalité cubaine d'un point de vue cubain.
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POLITIQUE ET RÉPRESSION
Que ce soit par l'interdiction d'accès aux hôpitaux et écoles formulée par le gouvernement pour les touristes, par les policiers qui sont partout dans les rues de La Havane, par la captivité des Cubains qui n'ont pas le droit de quitter l'île ou même par la peur qu'ils ont de parler politique, il est aisé de voir que le régime castriste est répressif.
Votre préambule mélange les situations sous un même chapiteau: la répression. Un hôpital ou une école ne sont pas des zoos. Les touristes peuvent visiter des hôpitaux et des écoles si leur visite est annoncée et se fait dans un cadre généralement avec un guide. Je l’ai fait à quelques occasions. La qualité des soins dépend à Cuba beaucoup du personnel et du suivi, et beaucoup moins des équipements. Il n’a donc pas beaucoup à voir dans un hôpital. La concentration des policiers à Cuba obéit à la densité des touristes; on en verra donc davantage à La Havane dans les quartiers que fréquentent les touristes (Vedado, Vieja Habana, Centro Habana qui est un quartier de squatters, délinquants à plus d’un titre, donc à risque). Les policiers veillent à protéger les touristes de la délinquance et le harcèlement de nature sexuelle ou mercantile (cigares, services). N’oublions pas que les touristes sont des $ ambulants. Un voyage en province dans des petites villes voit chuter la présence policière. Les Cubains peuvent voyager à l’étranger s’ils ont une invitation et si l’on paie leur voyage. Et il y a des formalités à remplir. C’est également une question de devises. Ils peuvent émigrer, si un pays leur offre un visa. Les formalités concernent dans ce cas la taxe de départ: il faut dédommager la collectivité pour l’investissement que représente l’éducation du candidat à l’émigration.
• 1. Pourquoi ce régime est-il si répressif ?
Toute société cherche à assurer un ordre. Chacune a une sensibilité particulière quant au désordre. Les autorités cubaines sont obsédées par la possibilité d’une jonction entre une opposition interne (impossible à empêcher) et une subversion exogène. Des comportements qui seraient sans grande conséquence ailleurs prennent une coloration différente à Cuba.
• 1.1 Quelles seraient les conséquences si le gouvernement cubain était moins autoritaire ?
La répression vise les comportements délictueux selon nos principes, mais aussi selon des lois définies dans le contexte cubain particulier. Cuba se voit comme une société assiégée par une superpuissance qui n’a pas renoncé à inverser par tous les moyens la révolution qui apparaît comme "un mauvais exemple". Toutes les personnes qui paraissent faire le jeu de l’ennemi par leur conduite sont donc suspectes, surveillées.
• 1.2 Quelles sont les limites à ne pas outrepasser lorsque les Cubains parlent du régime ?
Ne pas prôner la voie violente, inciter au sabotage, à l’abstentionnisme, à l’absentéisme. Ne pas s’attaquer aux personnes, aux symboles, aux institutions.
• 1.2.1 Quelles sont les conséquences lorsque ces limites sont outrepassées ?
Selon la nature de l’offense, on aura une arrestation, une détention, une condamnation. La peine de mort n’est appliquée que s’il y a perte de vie humaine. Toutes proportions gardées, Cuba procède moins à des exécutions que les États-Unis.
• 2. Comment appréhendez-vous l'après Castro ?
Ce sera la fin d’une époque sans plus. Fidel Castro n’est pas à l’intérieur de Cuba le seul et le principal obstacle au changement.
• 2.1 Comment est appréhendé l'après Castro au sein du parti ?
Le parti n’aura aucun mal à s’adapter, car c’est une structure d’élite disciplinée. Fidel est un rouage du parti, à titre de premier secrétaire du parti, mais la succession est prévue depuis longtemps.
• 2.2 Comment est appréhendé l'après Castro chez le peuple cubain ?
Fidel incarne, aux yeux du peuple cubain, la Nation et la Révolution. Son départ est appréhendé dans la mesure où on redoute le vide. Or il n’y aura pas de vide. Un symbole aura disparu. L’essentiel demeurera. L’impact sera avant tout psychologique. C’est comme la mort du père. Mais les Cubains apprennent depuis quelques mois à voir Fidel comme un homme mortel, appelé à mourir, ce qui les prépare à ce deuil. Certains espèrent que sa mort libérera l’horizon et qu’elle ouvrira la voie à la levée de l’embargo. Ils n’ont pas tort dans la mesure où Washington peut difficilement renoncer à l’embargo mis en place pour provoquer le renversement de Fidel. Washington a personnalisé sa relation avec Cuba. Le départ de Fidel lui permettrait de réviser publiquement sa politique sur ce plan, sans perdre la face. Mais la levée de l’embargo aura un effet déstabilisateur à Cuba. C’est la principale inconnue, car la levée sera un moyen vers une fin qui demeure inchangée: en finir avec la Révolution, avec ou sans Castro.
• 3. Quels secteurs sociaux sont touchés par la propagande du régime socialiste ?
Entendez-vous par propagande construction et diffusion du "mensonge"? Je ne partage pas cette vision. Les dirigeants cubains, surtout Fidel, ont été d’une grande franchise sur les erreurs procédant à une autocritique (1970, 1986) ou annonçant les temps difficiles (1991). Les Cubains sont très éduqués, donc moins sensibles à la propagande mensongère. Tous ne partagent pas les vues des autorités, mais leurs opinions ne reçoivent pas une diffusion publique.
Je vous accorde qu’il y a une propagande au sens d’incantation. Elle clame des idéaux, elle fournit des mots d'ordre. Elle est faite de slogans, de formules lapidaires. Ce sont avant tout des exhortations. Cette propagande vise à neutraliser la propagande venant du Nord diffusée par la radio, le cinéma, les visiteurs, les contacts entre Cubains des deux côtés du Détroit de Floride. Elle vise à rallier le peuple derrière les dirigeants. Elle ne trompe pas le peuple, mais elle cherche à orienter évidemment les conduites. Son efficacité est variable, mais sûrement pas complète. Nous ne sommes pas habitués à la propagande politique (sauf en campagne électorale, ou la propagande émanant de Patrimoine Canada), envahie que nous sommes par la propagande commerciale.
L'ÉQUITÉ ET LE QUOTIDIEN
En visitant La Havane, il est évident de voir que les Cubains ne vivent pas tous dans les mêmes conditions. On y retrouve des quartiers beaucoup plus favorisés que d'autres, des hôpitaux et des écoles en bien meilleur état que d'autres, etc.
• 4. Comment ce fait-il que dans un régime socialiste, où l'égalité est en théorie l'une des grandes lignes directrices, on puisse observer ces écarts sociaux ?
Le socialisme n’est pas le communisme. La Révolution a réduit considérablement les écarts entre les classes, les individus, celles fondées sur le genre ou la couleur, celle entre les citadins et les ruraux, entre La Havane et les autres villes. Les inégalités se sont accentuées depuis 1993 en fonction de l’accès licite (par le travail) et illicite au dollar. Ceux qui ont de la famille à l’étranger ont la possibilité de recevoir argent et cadeaux. Or l’émigration n’a pas été neutre. Les gens de couleur sont défavorisés, dans la mesure où ils sont moins susceptible de compter de la famille aux États-Unis. L’ouverture au dollar, au tourisme, la juxtaposition de deux monnaies sont des mesures de survie. C’est comme la chimiothérapie avec ses effets secondaires. Les revenus en devises sont imposés, une façon de redistribuer les dollars. Encore faut-il que les revenus soient déclarés, ce qui impose une surveillance, et son corollaire: l’accusation d’appliquer des mesures répressives.
Lors de discussions avec des habitants de La Havane, on nous a fait remarquer qu'il y a, dans la capitale, les hôpitaux des riches et les hôpitaux des pauvres. En fait, que tous ont accès à des soins de santé gratuits, mais que la qualité de ces derniers diffère selon la capacité de payer de chacun.
Les hôpitaux sont classés selon les niveaux de spécialisation et selon un cadre territorial. Il y a des hôpitaux municipaux, provinciaux et nationaux. L’accès se fait selon le niveau de soins que requiert le malade. L’achat de médicaments est devenu un prétexte qu’utilisent des Cubains pour réclamer des dollars à des touristes à d’autres fins. Cela dit, tous les médicaments ne sont pas gratuits. On apprécie la capacité de payer de la famille.
• 5. Comment expliquer ce système à deux vitesses ?
Certes il y a des hôpitaux et instituts qui offrent des soins aux étrangers. Ce sont des sources de revenus qui sont recyclés dans le système de santé au profit de tous les Cubains. Autrement, à Cuba, les services sont différenciés de la même façon qu’au Québec où il y a les CLSC et les hôpitaux.
• 6. La libreta (carnet de rationnement) subvient-elle vraiment aux besoins des Cubains ?
Commençons par préciser que le revenu mensuel moyen officiel à Cuba s’élève à 210 pesos. La libreta couvre les besoins d’environ 10 jours par mois. Les articles qui y figurent coûtent environ 10 pesos par personne. Les Cubains doivent donc acheter les deux tiers de ce qu’il consomme mensuellement au marché à un coût d’environ 190 pesos. Les denrées offertes par la libreta sont donc largement subventionnées. C’est un coussin qu’assure l’État à tous. C’est ce qui subsiste de l’égalitarisme. La différenciation se fait ensuite selon les revenus. C’est là que les gains en dollar prennent toute leur signification. 10 $US équivalent à 200 pesos, soit à peu près le salaire moyen mensuel à Cuba!
Ne le cachons pas: le quotidien est difficile à Cuba. Comme dit une blague: il y a trois problèmes à Cuba — le déjeuner, le dîner, le souper. Je demeure néanmoins convaincu que 70 % des Cubains les plus pauvres mangent et vivent mieux que les 70 % des Mexicains, Colombiens, Brésiliens et autres Latino-Américains les plus pauvres. Les 30 % les plus riches — et à Cuba il n’y a pas de grandes fortunes selon nos normes — vivent cependant moins bien que leurs homologues dans la région dans la mesure où leur pouvoir d’achat demeure réduit et que l’offre de biens est limitée en variété. Cuba n’est pas une société de consommation.
• 7. Pourquoi le gouvernement investit-il prioritairement dans l'aménagement d'hôtels plutôt que dans la rénovation d'habitations cubaines ?
C’est un levier efficace pour acquérir rapidement des devises qui peuvent être réinjectées dans l’économie nationale selon des priorités collectives.
LE TRAVAIL
En nous promenant dans les rues de La Havane en compagnie de Cubains, il est arrivé à plusieurs reprises que ces derniers se sont fait arrêter par la police, qui leur réclamait leurs papiers.
• 8. Pourquoi les Cubains se font-ils arrêter dans le rue ?
Ses mesures ont deux objectifs. On veut enrayer et décourager le proxénétisme, la délinquance, les trafics de tout acabit, de façon à protéger les touristes, une ressource qu’il ne faut pas perdre. Mais on veut aussi contrôler l’absentéisme au travail et à l’école, la désertion.
• 9. Quelles sont les conséquences judiciaires pour un Cubain sans emploi ?
Un Cubain sans emploi déclaré ou déclarable est perçu comme un parasite, comme un élément "antisocial". D’où tire-t-il ses revenus qui lui permettent de se nourrir, d’acheter sa nourriture? De la mendicité, du vol, de trafics illicites ou de transferts venant de l’étranger? Il est vu comme quelqu’un qui rejette le système. Si on me permet l’analogie, il est plus mal perçu à Cuba que l’itinérant au Québec ou que le prestataire social.
• 10. Pourquoi le travail est-il obligatoire ?
C’est une question d’équité. Tous les membres de la société doivent contribuer par leur travail à produire des biens et services pour tous. Quantité de biens et services à Cuba sont subventionnés, donc vendus à perte, donc défrayés par le travail des actifs. L’inactivité volontaire est donc une forme de parasitisme. Seuls sont exemptés de travail les retraités, les infirmes, les handicapés, les malades qui ont droit à des prestations. Les travailleurs qui perdent leur emploi reçoivent aussi une prestation pendant environ un an.
Beaucoup de Cubains occupent un emploi qui n'est pas relié au domaine dans lequel ils ont étudié.
Des instituteurs, des ingénieurs, d’autres professionnels sont devenus employés dans l’industrie touristique pour une unité ou à leur compte. C’est une situation surgie après 1991 avec la crise économique née de l’effondrement du commerce, le renchérissement de l’énergie, la perte de débouchés et de fournisseurs avec le passage d’une économie de troc à une économie marchande. Il y a eu des coupures de postes et le personnel excédentaire a été autorisé à développer des activités autonomes. Des emplois ont été créés parallèlement dans les entreprises mixtes reliées au secteur dollar.
• 11. Comment le gouvernement répartit-il les emplois entre Cubains ?
Parlons d’abord de l’interface formation-poste. En principe, le nombre de places dans les écoles professionnelles et les universités (par métier ou par profession) sont déterminées annuellement (par cohorte) selon les besoins. La réalité s’éloigne de cet idéal, surtout à partir des années 90.
Les emplois les plus recherchés sont désormais ceux qui se situent dans le secteur dollar. Ces emplois sont distribués par des agences étatiques selon le critère (technique) de la qualification et selon le critère (politique) de la loyauté. L’employeur étranger ne paie pas directement les employés cubains, mais le fait par l’entremise d’une agence étatique. Ces travailleurs cubains sont payés en pesos selon l’échelle nationale, mais ont droit à une prime en devises et en nature. Prenons le cas d’un ingénieur minier au service d’une entreprise mixte (canadienne). L’entreprise verse 2 000 $US par mois à l’agence pour ses services, mais l’agence ne paie à l’employé que son salaire cubain (disons 450 pesos); l’entreprise lui versera cependant en prime quelques dollars et des articles importés. Cette prime fait toute une différence étant donné le cours du dollar. On a parlé dans ce cas d’un esclavage géré par l’État. C’est ne pas tenir compte du contexte général. Ce serait inéquitable que des employés touchent un salaire aussi élevé (2000 $US) quand l’ensemble des travailleurs reçoivent à peine 200 pesos (sur une fourchette qui va de 100 à 600 pesos par mois). Et il y a les employés à pourboires qui peuvent garder leurs pourboires, mais qui en versent "volontairement" une partie au ministère de la Santé (plus d’un million de $ annuellement). Le principe de solidarité est encore fort à Cuba.