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The Lost City (Adieu Cuba)

The Lost City (Adieu Cuba)

Drame de Andy Garcia, Etats-Unis, Royaume-Uni, 2005, 143 minutes

ImageLa Havane, 1958. Fico Fellove, directeur d’un cabaret de La Havane, El Tropico, cherche à protéger sa famille et à faire vivre son établissement en dépit des troubles politiques qui affectent son pays : régime sanglant de Batista, puis dictature communiste de Fidel Castro. Mais Il sera finalement contraint à choisir le chemin de l’exil…

 

Adieu Cuba, dont le scénario a été écrit par l’écrivain exilé Guillermo Cabrera Infante, est d’abord l’histoire tragique d’une famille de la bourgeoisie cubaine cultivée, au départ heureuse et unie, mais progressivement détruite par le déroulement implacable de l’histoire. C’est aussi celle d’un homme droit et courageux, Fico, confronté à une tragédie qui le dépasse, et dont il cherche en vain à limiter les dégâts pour lui et les siens. C’est enfin une très belle et histoire d’amour qui unit le héros à sa belle-sœur Aurora, veuve de son frère abattu par la police de Batista, jusqu’à leur tragique séparation…

Le film juxtapose quatre plans : les événements historiques affectant Cuba, la vie de la famille Fellove, la romance entre Fico et Aurora, enfin la vie du Tropico. Ce dernier thème enchantera les amoureux de la musique et de la danse cubaine par sa très riche reconstitution de la vie d’un cabaret havanais de la grande époque : diners luxueux animés par des orchestres et des ballets, répétitions, mais aussi racket mafieux sous Batista puis répression obtuse de la part du pouvoir castriste, aboutissant finalement à la fermeture de l’établissement.

Malgré quelques invraisemblances secondaires (comme une intimité trop marquée de Fico avec les symboles des pouvoirs politiques successifs : policier en chef de Batista, puis Che Guevara, par ailleurs tous deux excellemment interprétés), Adieu Cuba est un très bon film, émouvant et crédible.

Fabrice Hatem

Pour plus de renseignements sur Adieu Cuba : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=49148.html

La última rumba de Papa Montero

La última rumba de Papa Montero

Image Drame musical d’Octavio Cortalzar, Cuba, 1992, 57 minutes

Une équipe de cinéastes hésite sur le scénario du film documentaire qu’ils veulent réaliser sur le folklore afro-cubain. Les réalisateurs choisissent finalement de raconter la légende de Papa Montero, fameux rumbero assassiné au cours d’un défilé de Carnaval. Mais entre réalité et fiction, la frontière est apparement bien mince….

 

La última rumba peut d’abord être vue comme un agréable documentaire sur le folkloreafro-cubain, illustré avec talent par les artistes du Conjunto folklorico Nacional de Cuba (CFN). L’assimilation de chacun des principaux personnages à un Santo (Chango, Oshun, Elegba…) permet de transmettre au néophyte l’essentiel de ce qu’il devrait savoir sur les mythes et les danses des Orishas. Des scènes de rue, filmées en décors réels, permettent de décliner les différentes formes d’expression populaire : Rumba avec ses trois styles (Yambu, Guaguanco, Columbia…), Congas, Cabildos de Carnaval, et même un peu de Son… Les explications de Rogelio Martínez Furé, fondateur du CFN nous rappellent les similitudes existant entre le folklore cubain et ceux des autres régions des Caraïbes, issus des mêmes phénomènes de métissage.

Voilà pour la partie documentaire certainement la plus intéressante de ce film. Quant à la fiction, La última rumba nous conte l’histoire de Papa Montero, un légendaire rumbero, fils de Chango et séducteur de jolies femmes, assassiné par un rival malheureux. Ceci permet d’introduire tout au long du film des scènes dansées participant au déroulement de l’intrigue. C’est ainsi qu’une bagarre au couteau se déroule sur un rythme de Columbia, tandis que Papa Montero est assassiné au milieu d’un défilé du Cabildo.

Mais, en vérité, on ne croit pas beaucoup à cette intrigue. L’équipe de tournage elle-même n’est semble-t-il pas très convaincue, au point qu’elle modifie le scénario au cours du film. Ce mélange entre réalité et fiction, cette mise en abyme de la réalisation de l’œuvre (le spectateur assistant à la fois à l’histoire et au tournage de celle-ci), constituent l’une des caractéristiques les plus déroutantes – mais aussi les plus séduisantes – de La última rumba.

Elle a cependant pour conséquence d’évacuer totalement l’émotion dramatique au profit d’une distanciation vaguement burlesque, puisque les réalisateurs eux-mêmes passent leur temps à nous montrer que ce qu’ils racontent n’est qu’une fiction dont ils ne sont pas très satisfaits. Jusqu’à ce que le dernière image du film nous suggère, dans un vertigineux renversement, qu’ils sont peut-être eux-mêmes manipulés par les personnages dont ils croient être en train d’inventer l’histoire…

Fabrice Hatem

Pour visionner ce documentaire : http://www.youtube.com/watch?v=PS8p6_xOlsI

El Benny

El Benny

Drame musical de Jorge Luis Sánchez, Cuba, 2006, 126 minutes

Image Cinquante ans après sa mort en 1963, le chanteur et directeur d’orchestre Benny Moré reste l’un des icônes les plus révérées de la musique populaire cubaine. Ce film nous conte sa vie et sa carrière en prenant comme point focal les dix dernières années de son existence- les plus fructueuses sur le plan artistique avec la formation de sa Banda Gigante – entrecoupées de nombreux flash-back sur sa jeunesse.

Un homme d’origine très modeste, et qui sut garder un contact privilégié avec l’âme populaire ; un personnage solaire, séduisant et généreux, mais progressivement détruit par d’alcool ; un artiste génial à l’énergie débordante, mais parfois peu fiable dans ses engagements : c’est ainsi que nous apparaît El Benny à travers ce film, d’une manière beaucoup plus saisissante que dans les ouvrages ou films documentaires que j’avais auparavant consultés sur lui.

 

Les deux approches sont d’ailleurs complémentaire : les biographies consacrées au chanteur (livre ou film) permettant de découvrir avec précision les étapes de son parcours artistique et personnel ; et la bio-fiction, de rentrer dans l’intimité d’un homme, avec ses joies, ses souffrances, ses amours, ses faiblesses, et surtout son charme immense. Dans les dernières minutes du film, la reconstruction fictionnelle se mélange d’ailleurs avec les documents d’archive pour nous faire ressentir l’immense émotion que provoqua sa mort au sein du peuple cubain.

L’image et la voix de Benny Moré sont si connues qu’une interprétation convaincante de son personnage constitue un redoutable défi pour un acteur. L’excellente prestation de Renny Arozarena dans le rôle titre n’en n’est que plus remarquable. L’acteur parvient en effet à restituer de manière très crédible l’allure, le jeu de scène et jusqu’aux tics de Benny, comme sa bouche légèrement tordue lorsqu’il chantait.

Saluons aussi l’excellente bande sonore du film, réalisées pour l’occasion, et qui permet de bien retrouver la sonorité de la Banda Gigante et de la voix du Benny (interprétée par Juan Manuel Villy Carbonell), dans les thèmes les plus emblématiques de son répertoire. Je suis cependant un peu surpris qu’une plus grande place n’ait pas été laissée aux véritables enregistrements d’époque, qui constituent tout de même un élément essentiel de cette histoire.

Le film vaut aussi par la très intéressante reconstitution historique de l’univers des cabarets latinos et cubains des années 1950, depuis les troquets de bas étage jusqu’aux casinos de luxe, avec sa faune d’entrepreneurs de spectacles aux allures de gangsters et de chanteuses plus ou moins entretenues. L’impact destructeur de la révolution cubaine sur ce milieu – et par conséquent sur le dynamisme de la vie musicale auquel il servait de creuset – est également très bien mis en lumière dans les dernières scènes du film.

Aller voir El Benny : vous apprendrez beaucoup sur la musique cubaine des années 1950 tout en passant un très bon moment.

Fabrice Hatem

Pour plus de renseignements : http://en.wikipedia.org/wiki/El_Benny

Pour visionner quelques extraits de ce film : http://www.youtube.com/watch?v=F3DUwENQh6E

Our Latin Thing (Cosa Nuestra)

Our Latin Thing (Cosa Nuestra)

Documentaire musical de Léon Gast, Etats-Unis, 1972 (réédition 2011), 1h23

Image1971 : la Salsa, nouveau genre musical popularisé par le label Fania, connaît déjà un grand succès après du public latino de la côte est des Etats-Unis. Jerry Masucci, président de la Fania, décide alors de concrétiser un rêve vieux déjà de plusieurs années : filmer un concert en « live » de son orchestre-phare, la fameuse « Fania all Stars ». Il confie cette tâche à Léon Gast, qui armé d’une demi-douzaine de caméras, réalise effectivement cet enregistrement au Club Cheetah, le 26 août 1971. Le film qui en est issu, Our Latin Thing, contribuera puissamment à donner à la Salsa la dimension d’un genre musical majeur, d’abord aux Etats-Unis, puis dans le reste du monde.

 

La réédition de ce film-culte, à l’occasion du 40ème anniversaire de sa réalisation, permet de nous replonger dans l’atmosphère de cette salsa populaire, qui fait déjà danser à l’époque les rues du Spanish Harlem sans avoir encore été galvaudée par les effets délétères du mass-marketing. Public enflammé du club Cheetah, si proche des artistes dont ne le sépare aucune barrière de protection ; tranches de vies du barrio, avec ses combats de coqs, ses joueurs de dominos, ses petits commerces et ses brocantes, ses cérémonies de Santeria, ses gamins exubérants jouant sur les trottoirs, ses ivrognes et ses voleurs, ses fêtes en plein air animées par l’orchestre de Larry Harlow… On sent, à voir ces images que la Salsa ne pouvait naître que là, comme une mauvaise herbe crevant l’asphalte de ce quartier déglingué.

Ils sont tous là, les membres mythiques de la première Fania All stars, si jeunes qu’il faut parfois attendre le générique pour les reconnaître : Johnny Pacheco à la flûte, Ray Barretto aux congas, Roberto Roena aux bongos, Willie Colon au trombone, Larry Spencer à la trompette, Larry Harlow au piano. Et, au chant, rien moins que Cheo Feliciano, Pete « El Conde » Rodriguez, Hector Lavoe et Ismael Miranda, pour ne citer que les plus connus. Ils jouent déjà magnifiquement, mais restent encore simples et proches des gens : Ray Barreto prépare de l’ice-coca pour les passants, Ismael Miranda joue au marchand dans une petite boutique bourrée d’objets de santería, Jerry Masucci roule à vélo sur les trottoirs…

Le film alterne dans un montage très vif – près de 2000 plans différents – des extraits du concert au Cheetah club, des scènes de rue et des images de répétition. Une heure et demi de bonheur musical qui nous permet de savourer une dizaine de titres, comme Quitate Tu, Anacaona; Ponte Duro, Abran Paso, Lamento de un guajiro, Tamarindo, ainsi qu’une de ces magnifiques Descarga dont la Fania All Stars avait le secret.

Réalisé à une époque où le genre Salsa vient à peine de sortir de sa phase de gestation, et n’a pas encore totalement réalisé la synthèse des différents genres dont il est issu, le film nous fait également bien comprendre la diversité de ces sources primaires : Son cubain sous sa forme presque pure dans Quítate tu ; orchestres associant les instruments du conjunto cubain traditionnel avec ceux de la pop américaine, comme la guitare basse et le piano électrique ; danse ressemblant selon les scènes plutôt au rock, au mambo, à la rumba cubaine, ou au Boogalloo. Quant à l’influence du mouvement hippie et protestataire du début des années 1970, il se fait sentir aussi bien dans la tenue vestimentaire et les coiffures (la boule afro) que dans l’esthétique parfois un peu déjantée du film, avec son montage haché, le coté un peu trash de ses séquences de rue filmées caméra à l’épaule, ou encore le graphisme coloré et plein d’imprévu du générique d’entrée.

Le film est accompagné par un petit livret expliquant sa génése et ses conditions de réalisation, ainsi que par deux CD contenant l’enregistrement intégral du concert de la Fania All stars au club Cheetah en août 1971.

Un document de référence, incontournable pour les amateurs du genre !!

Fabrice Hatem

Pour plus de renseignements : www.strut-records.com ou www.fania.com

Pour visionner quelque extraits du film sur internet : lien1, lien2, lien3, lien4, lien5

Tras la large noche : musica afroperuana

Tras la large noche : musica afroperuana

Documentaire de Patricia Ferreira, Espagne, Pérou, 2011, 57 minutes

ImageGaie et entraînante, mais avec un imperceptible fond de tristesse, la musique afro-péruvienne de la côte pacifique rappelle à la fois la tonicité rythmique cubaine et la douceur rêveuse de la Bossa Nova brésilienne. Le documentaire Musica Afroperuana nous emmène à la découverte de cette musique syncrétique, issue de la rencontre d’influences hispanique, africaine et indienne. Nous sommes guidés par la chanteuse et compositrice Suzana Baca, devenue depuis … ministre de la culture de son pays. Celle-ci s’efforce depuis un demi-siècle de recueillir et de transmettre le riche héritage de la musique populaire péruvienne, un peu comme Violetta Parra le fit en son temps au Chili.

 

Nous visitons avec elle les lieux de son enfance, le quartier populaire la Vitoria de Lima, où l’on retrouve un peu de de l’atmosphère humaine et musicale de Santiago de Cuba. Nous assistons à une soirée à la Peña Don Porfirio, nommée ainsi en hommage à un grand musicien populaire du pays. Nous allons visiter, dans le nord du pays, la ville de Zaña, première capitale du Pérou espagnole, ruinée par un tremblement de terre, abandonnée par ses habitants d’origine espagnole et où s’est depuis lors concentré l’héritage de la musique africaine avec ses rythmes et ses calebasses. Nous nous rendons aussi à Trujillo, dans la région de La Libertad, berceau de l’une des principales danses folkloriques péruviennes, la Marinera : une parade de séduction où domine l’influence hispanique, mélange de Chacarera, de Zamba, de Boléro Mexicain, de Sévillanes, avec des couples en habit traditionnel aux déplacements fluides et aériens …

Avec sa voix poétique, son doux sourire et son beau regard, Suzana nous explique les origines de la culture populaire péruvienne. Elle nous présente d’autres artistes incarnant cette musique, comme le contrebassiste David Pinto, le chanteur Chebo Ballumbrosio, le percussionniste Rafael Santa Cruz, le chanteur-compositeur Javier Lazo ou le groupe PeruJazz, qui explore les voies d’une fusion avec d’autres genres musicaux. C’est l’occasion de très beaux moments d’écoute, sur des thèmes comme Zamba Malató, Toro Mata, Maria Lando, Negros del combos ou encore les rythmes de Panalivio. Les paroles évoquent la vie simple et difficile des gens du peuple, leur travail, leurs amours, leur faim – assouvie ou non -, leurs rêves modestes.

J’ai été très frappée par les similitudes existant entre les musiques populaire afro-péruviennes et cubaines (Son notamment) : même mélange de polyrythmies noires et de mélodies espagnoles ; même complexes instrumentaux associant cordes pincées (guitare, basse, contrebasse) et percussions (cajones, tumbadores, guiro……) ; même interpénétration entre musique et danse ; même dialogues chœur/soliste dans les parties chantés. Précipitez vous donc pour regarder ce documentaire de grande qualité, qui vous fait découvrir l’existence d’une petite sœur de la musique cubaine à des milliers de kilomètres de cette île aimée !!!

Fabrice Hatem

Pour visionner ce documentaire : http://www.rtve.es/alacarta/videos/todo-el-mundo-es-musica/todo-mundo-musica-peru-musica-afroperuana-tras-larga-noche/1082081/

 

 

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