par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Wim Wenders, Cuba, Allemagne, Etats-Unis, 1998, 100 minutes
En 1996, Ry Cooder et Juan de Dios Gonzales réunissent à La Havane un groupe de vétérans de la musique cubaine pour enregistrer trois albums, dont le fameux Buena Vista Social Club. Deux années plus tard en 1998, ils se retrouvent pour donner des concerts à Amsterdam et New-York, accompagnés de Wim Wenders qui réalise à cette occasion son film légendaire.
Pourquoi Buena Vista Social Club est-il, de très loin, le meilleur de tous les nombreux documentaires sur la musique latino que j’ai récemment visionnés ?
Le documentaire musical est un art difficile, toujours en équilibre précaire entre des exigences contradictoires. Il faut généreusement montrer la musique, mais sans lasser le spectateur par l’accumulation de séquences trop longues ; il faut raconter une histoire, mais sans que celle-ci paraisse factice ou convenue ; il faut donner la parole aux artistes, mais sans transformer le film en une succession d’interviews autobiographiques standardisés ; il faut faire un travail de recherche pour recueillir et transmettre les information pertinentes, mais sans excès d’érudition ; il faut faire sentir l’atmosphère dans laquelle évoluent les musiciens, mais en évitant les clichés sur la couleur locale ; il faut saisir le caractère et le charme des artistes, sans pour autant tomber dans l’hagiographie complaisante.. Il faut, il faut… En fait, c’est là une tâche presque impossible, que Buena Vista Social Club parvient cependant à accomplir.
Le film tire, il est vrai, son énergie primaire d’une situation dramatique exceptionnellement intense. Pendant près d’un demi-siècle, en effet, la musique cubaine traditionnelle avait disparu corps et biens, balayée par l’irruption du rock et de pop music, encore aggravée par les effets de la révolution castriste. Découragés, vieillis, certains de ses plus talentueux interprètes avaient pris leur retraite ou décidé d’exercer une autre profession. Et voilà qu’un jour de 1996, pratiquement d’un coup de baguette magique, elle renaît subitement de ses cendres, avec sa poésie et son énergie rythmique intacts, et des vieux musiciens inspirés jusqu’au sublime par l’émotion des retrouvailles.
Cette situation exceptionnelle, Wim Wenders sait nous la faire découvrir sans lourdeur didactique, laissant le spectateur reconstituer lui-même, au détour d’une confidence ou d’un souvenir, le fil de cette histoire aux allures de miracle. Comme Ibrahim Ferrer, devenu cireur de chaussures, mais qui, du jour au lendemain, enregistre un inoubliable Candela avec Eliades Ochoa dans les Studios de la Egrem.
Les amoureux de Cuba savent à quel point la musique et la danse imprègnent la vie de ce peuple, semblant littéralement naître de chaque pierre, de chaque coin de rue. Wim Wenders, là aussi, parvient à nous faire saisir intuitivement cette magie, par exemple à travers de subtils fondus-enchaînés entre une scène de rue où l’artiste égrène tranquillement quelques notes devant quelques voisins et un concert dans un lieu prestigieux où le même thème est acclamé par des milliers de spectateurs éblouis.
Les prises de vue rendent compte de manière magistrale de la poésie de la Havane et de l’émotion dégagée par la musique : Ibrahim Ferrer nous recevant dans son intérieur modeste où trône la statue de son Saint protecteur Babalu Aye, Ruben Gonzales jouant au piano avec ses mains tordues par l’arthrose au milieu d’une volière de gracieuses petites danseuses, Eliades Ochoa grattant sa guitare dans une gare de triage désaffectée, … Et comment oublier cette image tournante d’Omara Portuondo et d’Ibrahim Ferrer interprétant Dos Gardenias dans un duo d’émotion pure ?
Au cours des entretiens, chacun des artistes nous livre ses confidences à sa manière, sans suivre un plan préétabli. Ruben Gonzales nous parle d’Arsenio Rodriguez, Eliades Ochoa des maisons closes de Santiago où il jouait enfant, Compay Segundo de son amour romantique pour les femmes, et Ibrahim Ferrer de la période sombre où il dut abandonner la musique et exercer toutes sortes d’humbles métiers. Et ce puzzle un peu décousu restitue l’atmosphère et histoire de la musique cubaine de manière beaucoup plus évocatrice que ne l’aurait fait une démarche plus « objectiviste ».
Enfin, le montage, faisait alterner de manière à la fois surprenante et juste, images de rue, d’entretiens, de répétions, de concerts, aspire avec une efficacité irrésistible le spectateur dans l’aventure musicale et humaine du Buena Vista Social Club.
On sort du film le cœur empli de musique et de poésie, en n’ayant qu’une envie : appuyer de nouveau sur la touche « play » pour le revoir tout de suite.
Fabrice Hatem
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Fiction de Joyce Sherman Buñuel, France, 1999, 105 minutes
Un jeune pianiste français passionné de musique cubaine, Rémi (Vincent Lecoeur), débarque à Paris, où il est contraint de se faire passer pour cubain afin de pouvoir attirer des élèves de salsa. Il tombe amoureux de l’une de ses élèves, Nathalie (Christianne Gout), elle-même très attirée par celui qu’elle croît être un beau danseur de la Havane… Comment faire pour sortir du mensonge ?
Salsa est à la fois une comédie pleine d’humour, avec un petit côté Vaudeville, et un film musical très réussi. Les mésaventures de notre pseudo-cubain, entre invention d’une biographie fictive, apprentissage d’un faux accent, et séances de bronzage (intégral) pour faire illusion (jusqu’au bout), sont vraiment très cocasses. Les personnages des deux vieux artistes cubains au grand coeur chez lesquels il loge, même s’ils ne sont pas entièrement vraisemblables, attirent une sympathie profonde. La fête réunissant chez eux quelques compatriotes musiciens dégage une atmosphère d’authenticité. Le « happy end » à fronts (ou plutôt à nationalités) renversés donne chaud au cœur, même si on ne croît plus trop à l’histoire depuis un petit moment.
Mais la plus grande qualité du film tient à sa bande sonore : les parties de musique « live », interprétées par l’orchestre Sierra Maestra, nous offrent un Son modernisé tonique et joyeux. Quant aux scènes de danse, en général exécutées sur des thèmes célèbres de la Fania, elles sont chorégraphiées avec assez de liberté pour préserver le sentiment de la fête et exécutées avec un talent qui captive le regard.
Une présentation assez véridique de la musique et de la manière d’être cubaines, des scènes de danse de qualité, une histoire d’amour à la fois émouvante et cocasse : Salsa est un film très réussi qui, près de 15 ans après sa sortie, a conservé toute sa fraîcheur.
Fabrice Hatem
Pour une fiche technique : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=22137.html
Pour quelques extraits du film : http://www.youtube.com/watch?v=EshJzv21Jz4
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Fiction de Boaz Davidson, Etats-Unis, 1988, 98 minutes
Dans la banlieue de New-York, un jeune et séduisant danseur de salsa d’origine portoricaine, Rico, est sincèrement épris de sa petite amie, Vicki. Mais il attire également la convoitise de beaucoup d’autres femmes, dont celles de Luna, propriétaire du club de danse qu’il fréquente et qui veut en faire son partenaire de salsa. Il surveille par ailleurs étroitement la vertu de sa jeune sœur Rita, qui vit une histoire d’amour clandestine avec le meilleur ami de Rico, Ken. Le bonheur trouvera-t-il sa voie au milieu de toutes ces jalousies croisées ?
Le film coupe le souffle, de la première à la dernière seconde, par ses scènes de danse, avec, dans le rôle de Rico, un Robby Rosa explosif, bourré d’amphétamines naturelles et de testostérone. Certaines scènes de séduction dansées sont parmi les plus érotiques qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. Il y a aussi de très beaux ballets, où chaque couple peut faire valoir, à tour de rôle, son talent.
La distribution musicale est également remarquable, faisant successivement apparaître Celia Cruz, Tito Puente, Mongo Santamaria, Willie Colon… Ce défilé superbe ne paraît d’ailleurs pas invraisemblable au spectateur, puisque l’intrigue est censée avoir pour cadre un grand night-club New-Yorkais.
Mais au-delà de ses qualités musicales, Salsa est également une comédie de moeurs très réussie. Rico en macho latino séduisant et un peu immature, homme-objet de désirs féminins impérieux, est tout à fait touchant et crédible. Tout comme sa sœur Rita, une adolescente en mal d’émancipation. Il y a de plus dans ce film un petit relent de Scarface (la possessivité trouble du frère pour sa soeur) et de La fureur de vivre (l’immaturité juvénile au volant), qui ajoute piment et suspense.
Bref, c’est une oeuvre magnifique en ce qui concerne la danse et de la musique, avec en plus un scénario bien conçu et des personnages psychologiquement intéressants. Et surtout, cela donne terriblement envie de danser la salsa…
Fabrice Hatem
Pour une fiche technique du film : http://www.imdb.com/title/tt0096030/
Pour regarder quelques images du film : http://www.youtube.com/watch?v=4unjPqgrugw
par Ahinama | Fév 25, 2013 | Films et DVDs
Docu-fiction de Karim Dridi, France, Cuba, 2003, 93 minutes
Un vieux chanteur-guitariste, Miguel del Morales « el Gallo », se rend de La Havane à Santiago, pour s’y faire fabriquer une nouvelle guitare. En chemin, il retrouve ses amis artistes …
Ce road movie musical nous fait d’abord apprécier des scènes de voyage d’une grande poésie : paysages aux tons multicolores contemplés depuis les toits d’un camion ou d’un wagon de marchandises ; passagers d’un train se regroupant autour d’el Gallo en train d’interpréter sa chanson favorite ; enfants aperçus en train de se baigner dans une rivière depuis la fenêtre d’un bus…
Mais il sait surtout nous montrer qu’à Cuba, l’expression artistique jaillit comme une source vive de chaque coin de rue, de chaque maison, de chaque pierre. A l’une des étapes, un joueur de base-ball improvise, entre deux parties, quelques paroles de rap en l’honneur de notre troubadour. On a peine à croire qu’il s’agit du grand chanteur Candido Fabre. Une fois arrivé à Santiago, El Gallo passe son temps à faire le bœuf, pendant que le luthier fabrique sa guitare, avec ses amis musiciens : des dames bien en chair à la voix d’or, qui parfois chantent dans leur cuisine en se contentant pour tout accompagnement d’une paire de clave ; des trompettistes de tous âges, jouant magnifiquement le son et le jazz latino ; un jeune chanteur de rap à la prodigieuse polyrythmie ; un orchestre de vieux musiciens de son à la pèche d’enfer ; et le luthier lui-même, qui se révèle aussi être un excellent chanteur.
Réunis dans une errance poétique et musicale, ils jouent partout : dans les cuisine et salons, au cours des cérémonies de santeria, au bord de la mer, dans les rues de Santiago où ils sont entourés d’une foule attentive qui parfois reprend en chœur leur chanson, tandis que des couples se mettent à danser. En petits groupes, ils se rendent chez leurs amis pour les inviter à jouer avec eux. Ils font même une petite incursion dans des soirées traditionnelles de Changüi à Guantanamo, où le jeune chanteur de rap n’est d’ailleurs pas tout à fait reçu à bras ouverts. A leurs moments perdus, Ils font la sieste ou jouent aux dominos. Et le rhum n’est jamais très loin.
Bien sûr, cette mise en scène d’une bande de vieux musiciens bohèmes et insouciants idéalise quelque peu la réalité cubaine. Mais le film n’hésite pas non plus à montrer la vérité des intérieurs pauvres, des maisons délabrées, des corps vieillis, des tenues négligées, de la torpeur envahissante provoquée par un climat tropical humide… Et surtout il réussit à nous faire percevoir à quel point la musique et la danse constituent une composante centrale de la vie de ce peuple et tout particulièrement des habitants de Santiago de Cuba. C’est même en le regardant que j’ai compris qu’il s’agit pour eux d’un langage à part entière, d’importance presque équivalente à celle du langage parlé ordinaire. Considérés sous cet angle, beaucoup des merveilleux « mystères » cubains trouvent leur explication : l’apprentissage naturel de l’art par les enfants, la présence du talent musical au fond de la bicoque la plus délabrée, le fait que des personnes réunies ensemble peuvent spontanément se mettre à chanter et improviser sans répétition, etc.
L’intrigue est cependant un peu mince. En attendant que sèche le vernis de sa guitare, El Gallo multiplie les balades musicales sans but avec ses copains. Au 10ème morceau vaguement joué dans une rue de Santiago, on finit par se lasser un peu. Heureusement, c’est justement le moment où, ayant récupéré son instrument, notre chanteur entreprend son voyage de retour. Un voyage d’ailleurs sans grand relief, malgré une jolie scène musicale, à la spontanéité un peu douteuse, dans un train de province.
En dépit de quelques longueurs et passages à vide, cet excellent film sonne juste, émeut, et vous fera aimer encore un peu plus Cuba et les cubains.
Fabrice Hatem
par Ahinama | Fév 25, 2013 | Films et DVDs
Documentaire d’Ileana Rodriguez, sorti en DVD fin 2004, environ 60 minutes
Un demi-siècle après sa disparition, le souvenir de Benny Moré est encore omniprésent à Cuba : peintures murales, posters, émissions de radio et de télévision, films… Il tient un peu là-bas la même place que Carlos Gardel en Argentine ou Edith Piaf en France : celle d’une icône révérée, incarnation de l’âme musicale de son peuple.
Le documentaire d’Ileana Rodriguez fait revivre pour nous cette figure solaire d’une manière à la fois vivante et documentée. Le travail de recherche a été facilité par l’abondance des images d’archives, Benny Moré ayant participé à pas moins de onze films. La réalisatrice a également recueilli de nombreux témoignages de première main, comme ceux des ex-chanteurs de la Banda Gigante Fernando Alvarez et Enrique Benitez, d’Ibrahim Ferrer, des musiciens Walfrido Guevara, José Castañeda et Elíades Ochoa, ou encore d’Hilda Moré, fille aîné de d’artiste. Les commentaires du chercheur José Reyes, ainsi que des entretiens avec des chanteurs actuels, admirateurs du Benny, comme Augusto Enriquez ou Isaac Delgado, viennent compléter cet impressionnant ensemble.
Construit selon un plan chronologique, le film propose un éclairage fouillé sur les étapes de la vie du musicien : sa naissance en 1919 dans une famille pauvre d’un petit village du centre de l’île, près de Cienfuegos ; son talent précoce et sa formation totalement autodidacte ; les petits métiers qu’il exerce avant de pouvoir s’intégrer comme chanteur les grands orchestres de la Havane, dont le prestigieux Conjunto Matamoros ; sa rencontre avec Perez Prado et leur départ au Mexique où ils jouent un rôle essentiel dans la diffusion internationale du mambo ; son retour à Cuba et sa période de gloire des années 1950 avec sa Banda Gigante, équivalent latino des grands orchestres de jazz nord américains.
Ileana Rodriguez trouve un juste équilibre entre les témoignages qui font apparaître un homme à la fois simple et généreux, et les documents d’archives filmés qui mettent en lumière son talent polyvalent : à la fois chanteur, directeur d’orchestre, compositeur, improvisateur et « show-man » exceptionnel, il est capable d’interpréter tous les styles de la musique cubaine, du son au boléro en passant par le mambo et le jazz latino.
Les passages consacrés à la genèse de ses grandes compositions, comme Bantaga, son concert improvisé d’anthologie avec Joseito Fernandez (auteur de la célèbre chanson Guantanamera), les souvenirs émus d’Eliades Ochoa ou Ibrahim Ferrer sur ses actes de générosité à leur égard, ou simplement les images de Benny bêchant son champ en bras de chemise, figurent parmi les nombreux attraits de ce film… Sans oublier, bien sûr, l’essentiel, c’est-à-dire les nombreux extraits de ses interprétations à la tête de la Banda Gigante : Oh Vida, Santa Isabel De Las Lajas, Como Fue, Batanga no 2, Que Te Hace Pensar, Y Hoy Como Ayer, Mata Siguaraya, Te Quedaras, Saoco, Preferi Perderte, Como Arrullo De Palma, Que Bueno Baila Ud., La Vida Es Un Sueño, Mexicanita Veracruzana, Bonito Y Sabroso.
L’œuvre du Barbaro del Ritmo constitue, au même titre que cella d’Arsenio Rodriguez, un trait d’union essentiel reliant le son urbain des années 1920 à différent styles contemporains de musique latino : timba cubaine, latin jazz et salsa. Pleuré à sa mort, en 1963, par le peuple cubain tout entier, son héritage reste encore bien vivant, comme le montre l’émouvant hommage que lui rend Isaac Delgado à la fin du documentaire, ou encore le succès du Festival international de Musique populaire Benny Moré, organisé chaque année dans son village de naissance, Santa Isabel De Las Lajas.
Fabrice Hatem
Pour en savoir plus sur Benny Moré : http://fabrice.hatem.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1536&Itemid=73
Pour commander le DVD : http://www.dvdempire.com/Exec/v4_item.asp?item_id=626038
Pour visionner le documentaire en langue espagnole (si il vous est impossible d’acheter le DVD): hoycomoayer
par Ahinama | Fév 25, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Patricia Ferreira, Espagne, 2011, 60 minutes
Ce reportage sur la musique populaire de Santiago de Cuba fait partie d’une série de six émissions réalisées par la chaîne de télévision espagnole TVE sur les musiques folkloriques latino-américaines, sous le titre général Todo el mundo es música. Elle présente quelques belles qualités et deux gros défauts.
Grâce à des prises de vue pleines de charme des rues de la ville et de ses environs, le film fait bien ressentir au spectateur la magie poétique de Santiago de Cuba et l’effervescence musicale qui y règne. Il lui fait découvrir une dizaine d’artistes et d’orchestres de talent – dont, entre autres, Ecos del Tivoli, Los Guanches, le Septeto Santiaguero, Eva Griñán, le Sax Magic Quartet et le groupe féminin Morena Son. Il le fait pénétrer dans des lieux emblématiques de la capitale de l’Oriente cubain, comme la Casa de la trova, véritable centre névralgique de la musique populaire santiaguera. Luchando por la vida offre ainsi aux néophytes une première initiation séduisante à Santiago tout en rappelant aux habitués de la ville quelques agréables souvenirs.
Ces images sont cependant présentées d’une manière assez superficielle et déstructurée, donnant au documentaire l’allure d’un clip touristique plutôt que celle d’un travail pédagogique de fond. L’histoire de la musique santiaguera n’est abordée que de façon elliptique. Ses différents genres – Son, Trova, Bolero, Feeling – ne sont ni définis, ni classés, ni explorés systématiquement dans leur diversité. Les expressions afro-cubaines (Conga, Carnaval) et afro-haïtiennes sont pratiquement ignorées au profit du complexe « Son-trova ».
Par ailleurs, une place à mon avis disproportionnée est donnée dans le film à Elíades Ochoa, musicien certes reconnu, mais dont l’omniprésence rejette dans l’ombre tous les autres artistes de la ville. On finit par être un peu agacé de le voir poser longuement dans le rôle du brave type sympathique, enfant de pauvre guajiro fidèle à ses racines et authentique représentant de la musique populaire cubaine. A le regarder écouter attentivement et patiemment les autres musiciens à la Casa de la trova, on pourrait penser qu’il passe pratiquement là ses journées, alors que je ne l’y ai pas rencontré une seule fois pendant les longs mois que j’ai passé à Santiago !!!
Quant au répertoire musical du film, il est assez largement dominé par les « hits » internationaux de la musique traditionnelle cubaine : Chan Chan, el Cuarto de Tula, Guantanemera, El Carretero, souvent interprétés, d’ailleurs par … Eliades Ochao et le Cuarteto Patria. Bref, Luchando por la vida a une tendance un peu fâcheuse à ne montrer au spectateur que ce qu’il s’attendait à voir, renforçant ainsi les stéréotypes sur la musique cubaine sans vraiment jouer le rôle éducatif et d’approfondissement qui, dans un monde parfait, aurait dû être le sien.
Fabrice Hatem
Pour visionner ce reportage : http://www.youtube.com/watch?v=uCnM0hzx1cw
Pour plus de renseignement sur le série « todo el mundo es mósica » : http://www.rtve.es/television/todo-el-mundo-es-musica/
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