Blog & Articles
Tu con el
L’œuvre
En 1985, Frankie Ruiz quitte l’orchestre La Primerisima de Tommy Olivencia pour devenir chanteur soliste. Il inaugure la même année cette nouvelle étape de sa carrière artistique par le lancement de son premier album solo Solista, Pero No Solo. Celui-ci contient plusieurs thèmes encore aujourd’hui célèbres, comme Esta Cobardia, La Cura,, El Camionero et Tu Con El.
Cette dernière chanson nous conte les sentiments d’un amant abandonné par une femme amoureuse d’un autre homme. Elle présente une double originalité de fond et de forme.
Sur le fond, le personnage masculin ne semble pas exprimer, comme si souvent dans ce type de situation, de rancœur vis-à-vis de son ancienne compagne. Il excuse son comportement avec intelligence, la dédouane de la souffrance qu’il éprouve et s’adresse à elle avec une grande tendresse mêlée d’amertume.
Quant au style utilisé, il fait davantage penser à une lettre d’amour qu’à un poème destiné à être mis en musique. Cette sincérité du texte, le caractère vraisemblable des situations et des sentiments exprimés donne à cette chanson un fort impact émotionnel.
L’album rencontra un grand succès et fit de Frankie Ruiz l’un des chanteurs de Salsa les plus en vogue du moment. Il fut couronné par le titre de « meilleur disque de l’année » aux Latin Music Awards en 1986.
Fabrice Hatem
Tristezas
Pour consulter la traduction de cette chanson, cliquez sur le lien suivant : Tristezas.
Tristezas joue un rôle clé dans l’histoire de la chanson cubaine. Elle est en effet considérée le premier Boléro cubain. Elle fut écrite en 1883 par José « Pepe » Sanchez, généralement considéré comme le fondateur de la « Trova » Santiaguera ».
Cette œuvre, cependant, est interprétée qu’assez rarement aujourd’hui, du moins à ma connaissance. Je ne l’ai que très rarement entendue durant les deux mois de mon séjour à Santiago de Cuba – où j’ai pourtant passé de nombreuses soirées à la « Casa de Trova Pépé Sanchez », dédiée justement à ce style de musique et portant le nom de son fondateur. Peut-être cela s’explique-il par le caractère un peu simplet ou désuet de cette chanson et surtout de son texte.
Si la mélodie de Tristezas est délicate et charmante, j’avoue en effet avoir été quelque peu déçu par la relative sécheresse du texte lui-même : un homme demande à une femme d’arrêter de se plaindre, car, malgré son désir, il est dans l’incapacité d’approfondir – ou de poursuivre leur relation. Il l’assure cependant de son affection et de son bon souvenir.
C’est tout, et c’est peu à mon goût, plat et même assez sec. Le romantisme et le lyrisme sont ici, pour ainsi dire, en service minimal, ce qui est tout de même un comble pour un Boléro, et, qui plus est, pour LE boléro fondateur.
Todo tiene su final
L’oeuvreCette chanson, composée par Willie Colón, a été enregistrée en 1973 par Héctor Lavoe dans l’album El Malo.
Cet album CD est également le dernier où Héctor Lavoe apparaît en tant que chanteur de l’orchestre de Willie Colón, même si les deux artistes poursuivront par la suite leur collaboration.
Tierra caliente
L’oeuvre
Ce reggaeton/cubaton a été écrit par Alexander Delgado Hernandez, Yosdany Jacob Carmenates, Fernando Otero Van-Caneghen et Eduardo Mora.
Il a été enregistré en 2008 par le groupe Eddy K y Gente de Zona dans l’album Lo mejor que suena ahora v2.0.
Ce texte en forme d’auto-adulation constitue un véritable cauchemar pour le traducteur non cubain : entre l’utilisation de l’argot et des expressions idiomatiques, les néologismes et les mots inventés, les doubles sens et les allusions cryptiques, les constructions grammaticalement incomplètes ou incorrectes, celui-ci est constamment guetté par le risque du faux ou du contre-sens.
Au cas où un lecteur averti repérerait dans ma traduction quelques interprétations douteuses ou fausses, je lui serais donc extrêmement reconnaissant de m’aider à améliorer ce travail.
Fabrice Hatem
Temba, timba, tumba
L’oeuvreCette chanson de Timba été composée par Cesar « Pupy » Pedroso. Elle a été enregistrée en 1999 avec la voix de Mayito dans l’album Llego Van Van.
Son titre – et a fortiori son contenu – repose largement sur une jeu de mots sur les trois termes « Temba, Timba, Tumba ». Je me suis donc plongé dans l’étude de l’argot cubain pour essayer d’en comprendre le sens.
Le problème c’est qu’il n’y a pas qu’un seul sens possible à cette trilogie, mais plusieurs, de nature respectivement musicale, amoureuse et criminelle. C’est d’ailleurs ce qui fait aussi la saveur du texte.
Commençons par le sens musical, le plus évident. La Timba est, comme nous le savons tous, une forme de musique cubaine actuelle, dérivée du Son montuno. Le tumbao est un tambour initialement utilisé dans la Rumba et qui se retrouve également dans les formations de Salsa. Le terme « Temba » peut désigner une musique d’autrefois, par opposition, justement, à la Timba. En changeant de mari, les deux femmes de la chanson changent ainsi de style de musique et de danse, hésitant par exemple, comme le texte y fait d’ailleurs allusion, entre Rumba, Timba et danses traditionnelles.
Te dejo libre
L’oeuvreCette chanson timba romantique a été enregistrée en 2000 par Manolito Simonet y su Trabuco dans l’album Para que baile Cuba, avec la voix de Sixto Llorente « El indio ».
Le texte décrit l’histoire assez classique d’un amour non partagé qui conduit l’amant malheureux à une rupture teintée de rancoeur.
Fabrice Hatem
Te busco
L’œuvre
Te Busco est une bachata composée par Victor Victor (Photo ci-contre). Celui-ci est généralement considéré comme l’un des musiciens qui contribuèrent à « réinventer » la bachata dominicaine et à l’imposer sur la scène internationale, la transformant en un phénomène de masse.
Cette chanson romantique décrit en de très belles formules le deuil d’un amant éploré, évoquant avec nostagie le souvenir de la femme disparue.
Poursuivant sa démarche d’exploration, de modernisation et de popularisation des rythmes caraïbes auprès du public nord-américain, la chanteuse Celia Cruz enregistra ce thème en 1993 dans l’album Azucar Negra.
Fabrice Hatem
Sonero
L’œuvre
Ce son a été écrit par le compositeur cubain Cheo Marquetti à la fin des années 1950. A cette époque, le son subissait la concurrence d’autres styles musicaux d’ailleurs en partie inspirés de lui, comme le Mambo ou le Cha cha cha. Face à ce péril, la chanson demande aux interprètes – notamment aux chanteurs – de rester fidèles au son et de ne pas l’abandonner pour des formes de musique nouvelles. Ce thème de la « défense du son » de retrouve dans de nombreuses autres chansons cubaines de la même époque, comme Son al son ou Mi son, mi son, mi son.
Quelques années plus tard, ce thème sera magnifiquement repris aux Etats-Unis par l’orchestre de Johnny Pacheco (voir photo ci-contre), avec la voix de Pete « Conde » Rodriguez, dans l’album La Perfecta Combinacion (1969). Cette interprétation à la sonorité envoûtante montre à quel point ces fondateurs du genre « salsa » alors en gestation étaient enracinés dans la musique traditionnelle des Caraïbes.
Fabrice Hatem
Son de la Loma
Pour lire une traduction de ce texte, cliquez sur le lien suivant : Loma.
Ecrit en 1922, ce Son est né, comme beaucoup d’autres chansons de Miguel Matamoros, d’une anecdote personnelle. A la fin d’un concert donné dans un café de Santiago de Cuba, l’auteur était en train de travailler sur une nouvelle mélodie. Il vit alors arriver une mère de famille qui lui dit : « Ma fille est folle de vos chansons et voudrait savoir d’où vous venez. Je lui ai dit : »ils viennent de la Loma[1]« . Et depuis, elle me répète sans arrêt : « Maman, ils viennent de la Loma » ». C’est ainsi que naquirent les paroles et le titre de la mélodie que Miguel Matamoros était en train de composer[2].
Au-delà de son côté bon enfant, cette anecdote est révélatrice de l’idiosyncrasie si particulière de Santiaguo de Cuba, ville où la création musicale semble – encore aujourd’hui – littéralement surgir de chaque maison, de chaque coin de rue, de chaque bistrot, comme une source directement jaillie de l’âme populaire. Pour quiconque connait et aime cette ville, il n’y a absolument rien d’étonnant à ce qu’une petite fille, une voisine en bigoudis, le boulanger du coin ou le conducteur d’une carriole soient un jour directement associés, d’une manière ou d’une autre, à la naissance d’une œuvre musicale, du fait de la mystérieuse et fascinante empathie existant entre les artistes de cette ville et ses habitants.
Son al Son
Pour consulter une traduction de cette chanson, cliquez sur le lien suivant : sonalson.
Ce Son, écrit dans les années 1950 par César Portillo de La Luz, est à la fois un hymne à l’authentique musique populaire cubaine et une dénonciation de ses déformations commerciales.
Il ne faut cependant pas y voir un texte aux tonalités passéistes. Son auteur, en effet, fut également l’un des plus grands rénovateurs de la musique cubaine : au cours des années 1940 et 1950, il fut à l’origine d’un nouveau style, appelé « feeling », qui rénova la Trova traditionnelle par l’invention de formes plus libres, l’enrichissement des rythmes et des harmonies, et l’incorporation d’influences venus du jazz et de la musique nord américaines.
Solo tu y yo
L’oeuvre
Cette chanson fut composée dans les années 1960, sur un rythme de Bolero-feeling, par Giraldo Piloto (père) et Alberto Vera. Omara Portuondo en fit un grand succès en 1966.
C’est en hommage à son père et à cette grande chanteuse que Giraldo Piroto (fils) a repris ce thème en 2008, avec un rythme plus proche de la Timba, mais toujours avec la voix d’Omara, dans l’album éponyme Solo tu y yo de son groupe Klimax.
Fabrice Hatem
Silencio
Ce très émouvant boléro est l’œuvre du compositeur Portoricain Rafael Hernandez.
Il a été interprété notamment par Ibrahim Ferrer et Omara Portuondo dans le film Buena Vista Social Club.











