Sélectionner une page
Le monde autour de la salsa

Le monde autour de la salsa

ImageAux cours des années récentes, le danseur Esteban Isnardi a parcouru le monde, animant des festivals de Salsa dans une quarantaine de pays. Il nous a livré son expérience dans son ouvrage en deux volumes Le monde autour de la Salsa. Un livre qui présente l’originalité d’être essentiellement focalisé sur le monde de la danse, alors que la plupart des ouvrages sur la Salsa que j’ai pu consulter jusqu’ici s’intéressaient plutôt à la musique.

L’auteur a privilégié la subjectivité des confidences intimes par rapport à l’objectivisme de l’enquête sociologique. Pas d’informations précises et systématiques, donc, sur les lieux, les écoles, les styles de danse, ou encore l’histoire des différentes communautés salseras. Plutôt des coups de cœur et de gueule, ainsi que des plongées récurrentes dans une mémoire personnelle revivifiée par une situation ou une rencontre. Ceci aboutit à une écriture très originale, mélangeant, de manière parfois échevelée, confidences intimes, description des villes parcourues, portrait des personnalités salseras rencontrées au fil des voyages et témoignages sur l’atmosphère des différents festivals.

Ce sont ces témoignages sur les communautés salseras qui ont le plus attiré mon attention. Moi-même actuellement engagé dans un travail de recherche sur la diversité des pratiques et des imaginaires salseros autour du monde, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt les passages où Esteban décrit de l’intérieur la vie de cette communauté transnationale de danseurs professionnels à laquelle il appartient. D’un côté, les enseignants nomades, sillonnant l’Europe et le monde au rythme des stages et festivals. De l’autre, des animateurs plus sédentaires, organisant les activités de leur communauté locale. La rencontre de ces deux types de personnages, dans des lieux à chaque fois différents, donne lieu à mille petites aventures, gaies ou tristes, enrichissantes ou décevantes.

Esteban nous livre ainsi un témoignage brut très précieux sur ces différentes communautés salseras, dont chacune reste marquée par des idiosyncrasies fortes en dépit de leur attachement revendiqué à la même identité culturelle globale. Pour tirer le plus grand profit du texte, le lecteur-orpailleur devra cependant le passer entièrement au tamis afin d’en dégager les précieuses pépites.  

Fabrice Hatem

Esteban Isnardi, Le monde autour de la Salsa, vol. 1, 244 pages, Editions impression de Salsa, 2010

Esteban Isnardi, Le monde autour de la Salsa, Volume 2,  Editions Elzevir, 455 pages, 2013.

Salsa Opus 4, Vénézuéla, visa pour les barrios

Salsa Opus 4, Vénézuéla, visa pour les barrios

Image Ce 4ème épisode d’une série de cinq documentaires sur la Salsa dans le monde, réalisés par Yves Billon, est consacré, comme son nom l’indique, au cas du Venezuela.

Yves Billon parcourt pour cela tous les milieux où se pratiquent musique et danse populaire : carnaval, défilés de musique traditionnelle avec leurs mariachis et leurs fanfares, rues de barrios pauvres, plages de l’île de Margarita où un orchestre joue devant des baigneuses en bikini, clubs selects de la classe aisée, carnavals de petits villages de mineurs avec leurs steels bands. A chaque milieu social sa musique, semble nous suggérer l’auteur. Avec visiblement une préférence pour les barrios populaires, implicitement désignés comme les véritables berceaux d’une expression musicale spontanée, authentique et non commercialement galvaudée. 

Le film souffre cependant de nombreuses faiblesses. Les séquences musicales sont trop longues et manquent de rythme. L’atmosphère paraît parfois artificielle, par exemple lorsque le Grupo Madera joue, avec tout son matériel de scène, dans une rue perdue du barrio pauvre pour nous « signifier » l’authenticité de son enracinement populaire. Les témoignages d’experts (musicologues ou musiciens) sur l’histoire de la Salsa au Venezuela sont un peu décevants par leur caractère superficiel. En particulier, le thème, visiblement sous-jacent au film, de la diversité des expressions salseras selon les milieux sociaux n’est qu’effleuré, sans que nous soient vraiment fournies les clés de compréhension sur ce sujet.

Quant aux orchestres, leurs différences stylistiques ne sont pas analysées et, accessoirement, leurs noms ne sont même pas toujours indiqués au moment de leur passage à l’écran. C’est insuffisamment didactique pour un public néophyte qu’il faudrait prendre davantage par la main, et trop peu approfondi pour un public spécialisé qui connaît déjà les caractéristiques élémentaires de la salsa vénézuélienne.

Finalement, on ressort de ce film avec l’impression de ne pas avoir appris grand’chose, ni sur l’histoire, ni sur l’actualité de la Salsa dans le pays. On se consolera en appréciant l’une des grandes qualités du film : les longues scènes de concerts des orchestres les plus représentatifs, comme Madera, William Pucci, Complot, Oscar d’Léon (en répétition), Dimension Latina, Pan con Queso, Guaco,…

Fabrice Hatem

Salsa Opus 4, Vénézuéla, Visa pour les barrios, documentaire de Yves Billon, 2005, 52 minutes, L’Harmattan / Zarafa Films

Salsa Opus 2, Colombie, un pays tropical

Salsa Opus 2, Colombie, un pays tropical

ImageSecond épisode d’une série de cinq documentaires réalisés par Yves Billon sur la Salsa dans le monde, ce film nous fait découvrir la ferveur dont jouit cette musique en Colombie. De Cali à Barraquilla, il présente de manière très pédagogique les origines et les manifestations de cet engouement.

Celui-ci s’enracine tout d’abord dans une culture populaire possédant de nombreux traits communs avec celle des Caraïbes. En témoignent ces images de la région du Choco et de sa capitale Quibdo, peuplées d’une population métissé d’origine largement afro-colombienne, avec ses petits ports fluviaux, ses marchés vivriers, ses fêtes religieuses où la ferveur s’exprime par la musique et la danse, ses orchestres de rue interprétant les rythmes locaux, comme le Curulao …   

La diversité des lieux où se pratique la Salsa est bien montrée à travers de nombreuses images de petits bars et clubs de danse. Les bals sont souvent animés par des Picos, grosses sonos mobiles couvertes de décorations kitch. Il y aussi les grandes fêtes populaires, comme les festivals de salsa organisés dans le faubourg de Juancito, à Cali, ou encore le Carnaval de Barranquilla avec ses défilés de rue et ses concours de reines de beauté. Le film nous montre également une spécificité colombienne : le goût pour des collections de vieux enregistrements, qui se manifeste entre autres à l’occasion des « rencontres de collectionneurs et mélomanes, » où des vinyls « »vintage » sont passés en public pour la plus grande joie de la foule.

L’inventivité colombienne en matière de danse est mise en valeur par plusieurs séquences : images de « Salsa Caleña », un style rapide et sautillant inspiré du boogalloo et du mambo, typique de Cali ; découverte du Barrio ballet de Cali, une compagnie dont les chorégraphies associent le Son et la danse classique sur la musique de salsa ; vieux danseur incroyable de légèreté, semblant littéralement flotter en l’air, et créant par ses pas une atmosphère d’irréalité lunaire …

De nombreuses scènes de concerts mettent également en scène quelques-uns des groupes colombiens les plus représentatifs : Grupo Niche jouant certains de ses plus grands succès, comme  Miserables et Cali Pachaguero ; Joe Arroyo chantant La noche et Centurion de la noche ; Groupe Raices…. Tout cela dans une atmosphère d’enthousiasme populaire débridé qui nous fait comprendre, mieux que de longs discours, la profondeur de l’empreinte salsera dans le pays…

Enfin, quelques entretiens avec des spécialistes (musicologues, musiciens, collectionneurs, patrons de bars et de salsothèques…) permettent de découvrir connaître l’histoire de la Salsa en Colombie et d’en comprendre les spécificités.

Le documentaire transmet l’essentiel de ce qu’il faut connaître sur ce sujet, même si l’analyse socio-musicale reste par la force des choses un peu sommaire, tandis que les spécificités régionales sont un peu passées sous silence. Par exemple, le cas des villes de l’intérieur du pays (Medellin, Bogota) n’est pratiquement pas évoqué, tandis que le rôle central de Cali, malgré les larges passages qui lui sont consacrés, n’est pas explicitement souligné. Sur ce sujet, on pourra consulter avec profit des travaux de nature plus universitaire, comme les ouvrages d’ Alejandro Ulloa ou de Lise Waxer.

Fabrice Hatem

 

 Salsa Opus 2, Colombie, un pays tropical, documentaire de Yves Billon, 52 minutes, Les films du Village / la Sept

La Salsa : Un estado de ánimo

La Salsa : Un estado de ánimo

ImageCe tout petit livre, au départ presque décevant par sa taille minuscule (un in- octavo de moins de 100 pages), se révèle, à l’usage, extrêmement bien fait et instructif.

En une trentaine de courts chapitres se succédant selon un plan chronologique, il dresse un parcours des rythmes musicaux caribéens dont est issue la Salsa, décrit les principales étapes de son apparition et parcourt ses différentes formes stylistiques.

Les douze premiers chapitres sont ainsi consacré à un panorama historique des principaux rythmes caribéens (Son, Rumba, Plena, Bomba, Merengue, etc.) dans lesquels la Salsa plonge ses racines.

La seconde partie de l’ouvrage décrit ensuit le phénomène de métissage, essentiellement localisé dans la ville de New York, qui, à travers la saga du Latin Jazz, puis les modes du Mambo, de la Pachanga et du Boogaloo, conduit à la fin des années 1960 à l’apparition d’un nouveau courant musical, bientôt connu sous le nom générique de « Salsa ».

En fin, dans le dernière partie, sont présentées les évolutions du style « Salsa » au cours des trente dernières années du XXème siècle, de la Salsa de barrio à la Timba en passant par les Salsas consciencia, balada, erotica, romantica, sans oublier le revival du Merengue sous la forme de la Bachata.

Le livre réussit la performance d’être à la fois concis, précis, vivant et bourré d’exemples et de petites anecdotes sur quelques-unes des grandes figures de la Salsa. Une de ses forces pédagogiques consiste justement à associer à chaque genre ou style musical un court portrait d’un ou deux de ses représentants marquant. Une approche peut-être un peu simplificatrice, mais qui permet au lecteur de mémoriser les dates et les principaux faits de manière particulièrement efficace.

Arrivant à point nommé dans la construction de mon savoir sur la Salsa, cette ouvrage m’a permis, d’une part de vérifier mes connaissances sur les points déjà explorés à l’occasion de lectures plus spécialisées, d’autre part de combler mes lacunes par l’acquisition d’une sorte de bagage « minimal » dans les domaines où mon ignorance était encore presque totale (par exemple sur la Salsa dite « erotica »). Dommage qu’il s’arrête, date de publication oblige, à la fin des années 1990.

Un ouvrage à recommander tout particulièrement aux néophytes désireux d’acquérir un premier bagage sur le sujet… mais à condition, toutefois, qu’ils sachent lire l’espagnol, car le livre n’a malheureusement pas été traduit en français…

Fabrice Hatem

La salsa, un estado de ánimo, José Arteaga, 2000, éd. Acento, 91 pages

La salsa en Europa : rompiendo el hielo

La salsa en Europa : rompiendo el hielo

ImageSaul Escalona, sociologue d’origine vénézuelienne installé à Paris depuis 1978, est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la Salsa en France et dans le monde, comme La Salsa, Pa Bailar Mi Gente (1998) et Ma Salsa défigurée (2001). Son dernier livre, Si la Peña m’était contée (2010), est une évocation romancée d’un haut lieu de la salsa parisienne des années 1980, la Peña Saint-Germain. 

C’est en 2007 qu’il a publié La salsa en Europa, Rompiendo el hielo, un ouvrage consacré, comme son nom l’indique, à la diffusion de la Salsa en Europe. Sa thèse centrale est la suivante : la mode de la Salsa qui se développe aujourd’hui dans le Vieux continent s’appuierait sur une image quelque peu faussée de cette culture populaire. En effet, les européens projetteraient sur la Salsa une image stéréotypée d’exotisme et de sensualité tropicale, la pratique de cette danse leur permettant de lever leurs inhibitions physiques et mentales en leur offrant une possibilité de rapprochement avec l’autre sexe. Mais ils pratiqueraient pour cela une danse trop académique et technique, déconnectée de la musique, dans un contexte d’ignorance de la culture latino, à commencer par le sens des paroles chantées. La Salsa « européenne  »  aurait perdu de ce fait quelques-uns des traits les plus authentiquement liées à ses origines populaires latino-américaines : l’esprit contestataire et rebelle, le sens du partage et le sentiment d’appartenance à une collectivité, le caractère de danse de séduction et d’improvisation profondément liée au rythme et à la musique…

Le premier chapitre, Genesis salsera, rassemble de courtes contributions extérieures sur l’histoire de la Salsa dans plusieurs pays ou régions d’Europe, comme l’Allemagne, la Suède, la France, l’Espagne, l’Ecosse. Un texte est également consacré au festival latino -américain de Milan. On perçoit à la lecture de ces pages l’existence d’une chronologie commune à tous ces pays : précurseurs isolés des années 1970 : premier essor des années 1980 encore limité à un milieu de mélomanes ; boom de la salsa dansée dans les années 1990 dopée par l’arrivée d’une vague d’immigration latino et notamment cubaine ; enfin, transformation au début des années 2000 en en loisirs de masse géré de manière quasi-industrielle.

Le second chapitre, la Ola Salsera propose justement des développements intéressants sur ce que l’auteur désigne, de manière à mon avis hyperbolique car il ne s’agit au fond que d’un petit artisanat, sous le nom « d’industrie commerciale Salsera » : radios, revues, écoles de danse, night-clubs, concerts et festivals. Il y reprend notamment certaines analyses de son livre de 2001  Ma salsa défigurée; sur l’histoire de la Salsa à Paris entre 1970 et 2000.  

Enfin le troisième chapitre, Bailen entonces, est consacré à la pratique actuelle de la danse. Egratignant au passage les clichés fantasmés de la mulata sexy et du latin lover, l’auteur y souligne le contraste entre une Salsa latino-américaine fondée sur l’improvisation la séduction, et la pratique européenne d’une danse académique privilégiant  la prouesse technique.

Ce livre fort utile et instructif – pratiquement le seul consacré, à ma connaissance, à l’histoire de la Salsa en Europe – souffre cependant des préjugés négatifs de l’auteur, qui parfois parasitent l’objectivité de ses analyses. Par exemple, le développement de l’enseignement de la Salsa dansée est présenté comme résultant de motivations essentiellement mercantiles visant à exploiter ce « filon ». Quant à la pratique de la danse par les aficionados, elle est présentée d’une manière frôlant parfois la satire. Or ma connaissance du milieu me permet d’affirmer qu’il existe aujourd’hui dans la Salsa européenne, contrairement à ce que le livre suggère à demi-mots, beaucoup d’enseignants sincères, d’organisateurs de festivals passionnés et de danseurs amateurs connaissant bien la culture latino. La situation, en la matière, me semble avoir évolué plutôt positivement au cours des dix dernières années, ce qui devrait logiquement conduire l’auteur à proposer dans ses prochains ouvrages, que nous attendons avec impatience, une vision plus nuancée du milieu salsero européen.  

Fabrice Hatem

La Salsa en Europa : Rompiendo El Hielo, par Saúl Escalona, Fundación Veicente Emilio Sojo, Caracas, 2007, 142 pages.

The making of Latin London

The making of Latin London

ImageIssu d’un travail de recherche universitaire, ce livre a pour ambition de défendre une hypothèse théorique relativement complexe. Selon l’auteur, en effet, trois principaux facteurs influent sur la structuration identitaire d’une communauté issue de l’immigration : 1) les rapports de pouvoir liés aux politiques migratoires ; 2) l’existence de lieux où se déroulent des interactions sociales liées aux projections identitaires ; et 3) la manière dont les corps en mouvement vont s’imprégner de ces identités et les exprimer. Pour tester cette hypothèse, l’auteur a la bonne idée de prendre comme sujet d’étude empirique le cas de la Salsa à Londres dans les années 1990.   

J’avoue n’avoir pas totalement réussi à comprendre ce point de départ théorique, ni à bien assimiler les très nombreuses références académiques qui sont égrenées au fil des pages, et dont les liens avec la partie empirique de l’ouvrage ne m’ont pas toujours paru évidents. Je n’ai pas non plus été particulièrement intéressé par les chapitres consacrés aux politiques migratoires britanniques, à l’atmosphère des lieux de Salsa ou à l’érotisation des corps dansants, soit parce qu’il agissait de sujets très éloignés de mes propres centres d’intérêt, soit parce que je n’ai pas eu le sentiment d’y avoir appris quelque chose de vraiment nouveau par rapport à ma propre expérience.

Les passages très factuels sur l’histoire et la géographie humaine de la Salsa à Londres ont pas contre vivement attiré mon attention.  

Le livre présente en effet une perspective historique très vivante et fouillée sur la construction de la culture populaire latino à Londres. Celle-ci,  alimentée au cours des années 1980 et 1990 par un important flux migratoire, s’est manifestée sous différents aspects : création de radios musicales, de revues et boutiques spécialisées ; formation d’orchestres de Salsa ; multiplication lieux de loisirs nocturnes (peñas, night-clubs..), souvent au départ semi clandestins et fréquentés essentiellement par un public latino aux moyens financiers limités. Puis, avec le boom de la Salsa au cours des années 1990, sont apparus des lieux pérennes destinés à une clientèle autochtones plus aisée, et plus nettement orientés vers une pratique intensive de la danse.

Quant à la partie consacrée à la géographie des lieux de danse,  elle décrit ce que l’auteur appelle les « habitudes » (« routines ») des danseurs londoniens de Salsa à la fin des années 1990. Elle montre ainsi l’existence de plusieurs groupes distincts fréquentant des lieux différents. Une forte opposition existe, en particulier, entre deux catégories d’établissements : d’une part des clubs ayant pignon sur rue, souvent situés dans les quartiers de loisir centraux comme Soho, destinés à une clientèle autochtone « mainstream », et jouissant d’un bail pérenne qui leur permet de créer une décoration spécifique véhiculant une image d’exotisme (Bar Cuba, Bar Rumba, …) ; et, d’autre part, des clubs au statut plus précaire (pas de bail, endroits loués pour l’occasion, statut semi-clandestin…), souvent (mais pas toujours) situés dans des quartiers à forte population immigrée, et s’adressant à une clientèle latino plus modeste (Barco Latino, Copacabana, La gota fria) ; sans oublier également quelques clubs de Latin Jazz aux ambitions culturelles plus affirmées, héritiers des antiques peñas, comme le Club Bahia, ainsi que quelques lieux où se pratique une Salsa plus revendicative, liée à l’affirmation d’une identité ethnique afro, comme le Mambo Inn dans le sud de Londres.

L’ouvrage – et c’est son grand mérite – nous fait ainsi comprendre que la pratique de la Salsa – à Londres comme ailleurs – est le fait de plusieurs groupes très distincts tant par leurs origines socio-ethniques que par leurs habitudes, leurs comportements et leur imaginaire, et fréquentant des lieux différents. Il confirme ainsi l’une des mes intuitions fondamentales, à savoir que, dans chaque grande ville de la planète, il n’existe pas une seule communauté salsera, mais plusieurs sous-groupes qui souvent s’ignorent assez largement entre eux. Un hypothèse encore illustrée à mes yeux par un récent voyage à Madrid, où j’ai pu constater l’existence d’un fossé assez marqué entre les night-clubs branchés du centre-ville, à la clientèle largement autochtone, et certaines soirées de faubourgs majoritairement fréquentées par des latino-américains.

Fabrice Hatem

The making of Latin London, Salsa Music, place and identity, Patria Roman-Velasquez, éd. Ashgate, 167 pages, 1999