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BARBARO FINES fait voler MAYIMBE au zénith de la Timba

EL FARANDULERO MAYOR, Lima le 16 Avril 2011

BARBARO FINES, directeur, compositeur, arrangeur et pianiste de Orquesta MAYIMBE nous a accordé une interview exceptionnelle où il nous présente son projet musical, sa vision de Mayimbe et sa carrière.
Il nous offre ensuite une revue de sa première œuvre « De La Habana a Peru »

 

Publié le 24 Avril 2011

Papucho : un voyage à travers la danse afro-cubaine contemporaine

Papucho : un voyage à travers la danse afro-cubaine contemporaine

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Originaire de la région de Matanzas – le berceau de la rumba – le danseur Juan Carlos Papucho Pedroso est installé à Genève depuis 2005, A travers sa riche trajectoire artistique et personnelle, c’est tout un pan de la danse populaire cubaine d’aujourd’hui – ainsi que les destinées des hommes et des femmes qui l’incarnent à travers le monde – qui se révèle à nous. Je vous propose d’explorer cet univers à travers deux chemins parallèles :
– Un long entretien avec Papucho
– Une vidéo documentaire sur cet artiste

LA COLERE D’OGGUN par Fabrice Hatem avec Juan Carlos « Papucho » Pedroso

Vidéo documentaire : http://www.youtube.com/watch?v=kRW_WBKaCGU

PORTRAIT ET ENTRETIEN AVEC PAPUCHO :

images fabrice papucho pap25Un voyage à travers la danse afro-cubaine contemporaine

J’ai rencontré le danseur Juan Carlos « Papucho » Pedroso par l’intermédiaire de son ami Reinaldo Delgado « Flecha », qui anime avec lui le groupe de danse et de musique afro-cubain Wemilere à Genève. C’est un personnage fait de tensions et de contrastes : par son physique ; par son expression dansée ; et par sa vie.

La première chose que l’on remarque en effet lorsque l’on rencontre Papucho, c’est son physique impressionnant, improbable mélange d’une carrure d’athlète, puissante et tellurique, et d’un élancement léger vers le ciel.

A son élégance et à sa gentillesse naturelle, Papucho ajoute aussi un imperceptible côté « mauvais garçon » : une lueur fugitive dans le regard, un pli un peu marqué au coin des lèvres…. Mélange sans doute fascinant pour les femmes, qui peut-être ne savent pas très bien elles-mêmes si elles doivent rêver ou redouter de le croiser la nuit, seuls à seuls, dans une ruelle mal éclairée de la ville basse…

images fabrice papucho pap31Puis, lorsqu’on le regarde danser, on est frappé, malgré la grâce spontanée de ses mouvements, par le sentiment d’étrangeté qui parfois se dégage de sa gestuelle carrée, très stylisée, et de l’intensité vaguement menaçante de son regard ; il fait alors irrésistiblement penser aux êtres surnaturels du clip « thriller » de Michael Jackson….

La vie de Papucho ? C’est l’incroyable trajectoire qui conduit un gamin pauvre, né dans un village perdu de la région de Matanzas, à venir pratiquer son art en Europe et enseigner la danse à Genève aux financiers de la Morgan Stanley, aux scientifiques du CERN et aux fonctionnaires internationaux de l’ONU.

Ces contrastes prédisposent Papucho à interpréter ceux des Orishas qui possèdent eux aussi une double nature, une face lumineuse et une autre plus insaisissable. Il excelle par exemple dans le personnage d’Elegba, Dieu du hasard et du destin à la danse de feu-follet, pleine d’imprévus et de volte-face, dont il est d’ailleurs le fils dans la religion yoruba.

{images fabrice papucho oggunpedrosoMais c’est lorsqu’il interprète Oggun, le puissant Dieu du fer et de la guerre, qu’éclate le mieux son talent. Il rend magnifiquement la puissance brute et la violence à peine contenue qui caractérisent cet Orisha. Et quand ou le voit bondir, sa machette à la main, en roulant des yeux injectés de sang, le visage déformé par un rictus de colère, le buste nu couvert de sueur, on a vraiment peur qu’il se précipite sur vous pour vous donner un mauvais coup.

images fabrice papucho ogunochunSoudain, on le voit s’immobiliser, et contempler, incrédule et fasciné, les voluptueuses contorsions d’Ochun, la déesse de l’amour. Il essaye encore d’utiliser, une dernière fois, ses armes habituelles face à cette étrange apparition et lève sa machette. Mais celle-ci, impuissante face au rire provoquant et moqueur d’Ochun, retombe bientôt, inutile et hors de propos. On comprend alors que ce Dieu à la force brutale est en train de tomber sous l’emprise de l’amour, sans même réaliser luii-même exactement ce qui arrive, tant ce sentiment était jusqu’alors inconnu de lui. C’est magnifiquement interprété, et il n’a pas besoin d’être un spécialiste de la mythologie des Orishas pour comprendre la nature du drame qui est en train de se nouer.

Né il y a une quarantaine d’années à Cuba dans la province de Matanzas, Papucho s’est formé à la danse dans différentes écoles de Matanzas puis à l’Institut supérieur des arts de la Havane. Il a ensuite poursuivi une carrière artistique essentiellement centrée sur le spectacle, l’animation et le cabaret. D’abord danseur interprète, il a ensuite développé une activité de direction artistique et de chorégraphie, qui a été récompensée par plusieurs distinctions, notamment au festival de danse de Santa Clara. Il a également enseigné, formant de nombreux danseurs dont certains, comme Nichito, ont depuis connu à leur tour un prometteur début de carrière internationale. Il poursuit actuellement son activité artistique et d’enseignement à Genève, où il s’est installé il y a 5 ans. Décrire son parcours, c’est effectuer une plongée dans le monde contemporain de la danse cubaine de spectacle, et aussi porter témoignage sur les trajectoires des artistes si nombreux qu’il a côtoyés.

Peux-tu nous dire quelques mots de ton enfance ?

images fabrice papucho pap7J’ai grandi dans un petit village, Torriente, situé dans une partie assez reculée de la province de Matanzas. Ma famille était d’un milieu social très modeste, comme d’ailleurs presque tous les habitants de cet endroit, dont beaucoup sont des descendants des esclaves noirs autrefois employés dans les plantations. Mais, chez nous, il n’y avait pas de misère, d’alcoolisme ou de délinquance comme souvent là-bas. Mes parents étaient honnêtes, droits et affectueux.

Mon père avait l’habitude de donner des surnoms gentils à chacun de ses enfants. C’est qui m’a surnommé « Papucho », ce qui veut dire, à peu près, « celui que l’on aime bien ». Ma mère portait le joli nom d’Estrella. Elle était fille d’Ochun, car dans ma famille, on pratiquait beaucoup la Santeria, Elle ne savait pas lire, mais avait une grande expérience de la vie et beaucoup d’exigence pour ses enfants. Tous les voisins, la famille, l’aimaient et la respectaient beaucoup. Plus tard, c’est moi qui lui ai appris à lire.

Comment as-tu découvert la rumba et la danse afro-cubaine ?

images fabrice papucho pap4De la manière la plus naturelle : il m’a suffi de naître et d’ouvrir les yeux. La province de Matazas est la plus noire de Cuba, beaucoup plus que La Havane et même que Santiago. C’est une grande plaine propice à la culture de la canne à sucre, où l’on trouve plusieurs ports installés dans des bayas – des baies – sur les côtes. A l’époque coloniale, la région fut peuplée de ce fait d’un grand nombre d’esclaves noirs. On y rencontre même aujourd’hui des descendants d’ethnies africaines qu’on ne trouve pas ailleurs à Cuba, comme les Arara ou les Iyesa. Dans certains coins, on a vraiment l’impression d’être en Afrique.

C’est là que se trouve le vrai berceau de la rumba, qui est née sur cette terre – notamment la Columbia à Cardenas – avant de migrer vers les faubourgs de la Havane. Les meilleurs groupes de rumba de Cuba, comme La Columbia del Puerto ou Los Muñequitos de Mantanzas, viennent de cette région.

images fabrice papucho pap8La rumba est omniprésente à Matanzas. Aujourd’hui encore, on peut la voir danser partout, dans les rues, dans les cours des maisons, dans les villes comme dans les villages. Je la côtoyais donc quotidiennement lorsque j’étais enfant.

Un jour, en sortant de chez moi, j’ai rencontré un danseur très connu dans le coin, qui s’appelait Virulilla, chanteur et fondateur du groupe Los Muñequitos de Mantanzas. Il aimait faire danser la rumba aux enfants dans les rues. Il m’a proposé de venir chanter et danser avec eux, ce que j’ai fait. Et c’est comme cela que tout a commencé.

Peux-tu nous parler de tes premières années d’apprentissage et des professeurs qui t’ont particulièrement marqué ?

}images fabrice papucho pap13C’est mon frère, Lazaro Pedroso Montalvo « Mujica », qui a été mon premier professeur (photo ci-contre). Je lui dois tout, dans la danse et dans la vie. Il connait énormément de choses sur la culture et le folklore cubains, sur lesquels il a beaucoup écrit. Il a fait de moi ce que je suis : la danse, la chorégraphie, la salsa… Il était très exigeant : je me souviens d’un jour où j’apprenais le rôle de San Lazaro [1] sous sa direction. Je me trompais, et il m’a obligé à répéter, répéter, reprendre encore… Mais il avait aussi de l’ambition pour moi : un jour, beaucoup plus tard, il m’a suggéré d’aller passer l’examen d’entrée à l’Institut supérieur des arts de la Havane. Comme j’étais hésitant, il m’a fait monter presque de force avec lui dans un bus en direction de la capitale pour passer l’examen. Je lui suis très reconnaissant pour cela.

C’est vers 1983 que j’ai commencé mes études de danse « officielles ». J’ai d’abord fréquenté l’Ecole des instructeurs d’art de Matanzas, dans la section des danses folkloriques, puis l’école de perfectionnement professionnel de Matanzas jusqu’en 1987. C’est là que j’ai commencé à apprendre mon métier de danseur et d’enseignant. Cela n’a pas toujours été facile, car, au début, je n’avais pas beaucoup d’aptitudes techniques. Une des professeurs, Orgita, était particulièrement dure et se fâchait beaucoup contre moi en me reprochant de ne pas faire assez d’efforts. Cela m’a piqué au vif, et j’ai commencé à travailler la danse comme un fou. Une année plus tard, elle m’a félicité. Je considère que c’est grâce à elle que j’ai vraiment pu décoller artistiquement.

A cette époque, j’ai aussi eu la chance de bénéficier de l’enseignement d’Angel Luis Zerbia, qui fut mon premier professeur de folklore à Matanzas. Il est l’un de ceux qui m’ont le plus appris. Il détenait énormément d’informations sur le folklore cubain, sur lequel il a fait beaucoup de recherches. Il a également été directeur et chorégraphe du groupe de danse de Matanzas Danza Espiral.

Et à la Havane ?

images fabrice papucho pap35Poussé par mon frère comme je l’ai dit, je suis arrivé à la Havane en 1990. Je n’étais qu’un petit provincial de Matanzas, et la capitale m’a d’abord beaucoup impressionné. Au moment de l’audition d’entrée à l’Institut supérieur des arts de La Havane (ISA, voir photo ci-contre), j’étais vraiment terrifié. Mais on m’a admis en me disant que j’avais dansé comme un roi, et cela m’a mis en confiance. Et puis mon frère Mujica avait réussi l’examen en même temps que moi, ce qui m’évitait de me retrouver tout seul dans la capitale.

Mais les autres étudiants de l’ISA me paraissaient avoir une formation, une culture beaucoup plus large que la mienne. En dehors de la danse folklorique stricto sensu, j’ignorais beaucoup de choses : l’histoire, la littérature, la construction d’un spectacle, l’expression écrite et orale, les autres formes de danse… Et c’est cela que m’ont apporté, chacun dans leurs domaines, les professeurs dont j’ai alors suivi l’enseignement à l’Institut.

Peux-tu en citer quelques-uns ?

images fabrice papucho lazaroross1Oui, bien sûr. Lazaro Ross était le premier chanteur du Conjunto Folclorico Nacional quand j’étudiais à La Havane (photo ci-contre). Il fut l’un des plus grands interprètes contemporains du répertoire populaire afro-cubain. C’est lui qui m’a permis de mieux connaître la culture et la langue Yoruba, dont je suis issu par mes origines familiales. Il m’a aussi appris les pas liés aux différentes chansons en l’honneur des Orishas.

images fabrice papucho pap32Le Docteur Rogielo Martinez Furé a été l’un principaux fondateurs du Conjunto Folclorico Nacional, et a joué un rôle pionnier en matière de recherches sur les origines africaines de la culture cubaine (photo ci-contre). Il m’a initié à l’histoire africaine, afro-cubaine, que j’ignorais. Il m’a montré comment écrire, comment m’exprimer. C’est largement à lui que je dois ma culture et ma formation intellectuelle.

Ana Luisa Caceres, également professeur au Conjunto, m’a beaucoup appris sur le folklore et les danses populaires de Cuba. C’est également elle qui m’a enseigné les secrets du Mambo, ainsi qu’à ma partenaire de l’époque, Maria de Los Angeles, juste avant que nous ne partions en tournée au Brésil avec le groupe Isadanza en 1991. Cela a vraiment été une expérience unique.

Graciela Chao Carbonero m’a beaucoup marqué par sa manière de voir la danse. Elle m’a ouvert la voie professionnelle de haut niveau en me proposant de devenir premier danseur du groupe Isadanza. C’est quelqu’un en qui j’ai une très grande confiance.

images fabrice papucho narcisoJ’ai également eu la possibilité de suivre l’enseignement de danse contemporaine de Narciso Medina, un très grand artiste, un grand technicien et ou grand pédagogue (photo ci-contre). J’ai noué avec lui une relation très personnelle. Il m’a donné des clés techniques importantes : comment bouger sur la scène, explorer les sentiments de la danse comme la folie, la tristesse…. Il m’a donné du respect pour cet art.

Lilian Padron, qui avait étudié la danse contemporaine à Moscou, m’a beaucoup appris sur le plan technique. Elle est maintenant la directrice du groupe de danse contemporaine Danza Espiral de Matanzas.

Je voudrais enfin mentionner Ramiro Guerra, qui est l’un des chorégraphes les plus importants de Cuba. J’ai beaucoup appris de lui sur la danse en général à l’occasion de divers stages, dont certains à Matanzas.

Tu t’es plu à la Havane ?

images fabrice papucho pap1Oui, beaucoup, même si le premier contact a été au départ un peu rude pour les provinciaux que nous étions, mon frère et moi. Je me souviens de notre première nuit à l’ISA. Nous étions arrivés très tard avec quelques autres camarades de Matanzas, vers une heure du matin. On nous a installés dans notre dortoir – c’était un internat avec des chambres de huit lits – mais il n’y avait rien à manger et nous étions affamés. Alors, nous avons trouvé quelques restes des autres élèves et nous les avons mangés. Malheur !!! Ils étaient affreusement pimentés, et nous avons passé le reste de la nuit à courir vers le robinet pour boire de l’eau et soulager notre estomac et nos intestins en feu.

images fabrice papucho pap19Mais à La Havane, il y a aussi des bons côtés. Si tu danses bien là-bas, tu peux avoir toutes les filles pour toi, tu deviens « le roi des femmes », comme Chango. Le soir, en allant danser avec mon frère et mes amis de l’ISA, on avait un peu le sentiment d’être comme des renards entrant dans un poulailler… Sauf que les poules ne s’enfuyaient pas du tout quand elles nous voyaient arriver, au contraire. Et c’est comme cela que j’ai rencontré ma première épouse, Iliana (photo ci-contre). Un jour, en arrivant dans un club du Vedado, La Sorra y el cuervo, j’ai dit à mon frère : « Tu vois cette fille ? Je te parie que ce soir, elle sera ma copine ». J‘ai gagné mon pari, mais ce que je n’avais pas prévu, c’est que quelques mois plus tard, nous serions devenus mari et femme.

C’est aussi à la Havane que j’ai rencontré quelques très bons amis, comme Izaias Rojas Ramirez, qui étudiait avec moi à l’Institut supérieur des arts. Nous avons fait beaucoup de chemin ensemble, notamment au Brésil où nous sommes partis tous les deux avec le groupe Isadanza en 1991. Il connaît aussi très bien la culture de l’Oriente, qu’il m’a fait découvrir. Il a fondé le groupe Danse libre, à Guantanamo; et dirige aujourd’hui le groupe Banrara.

Peux-tu parler de tes souvenirs des brigades du XXème anniversaire ?

images fabrice papucho pap3Il s’agissait d’un groupe d’artistes qui comprenait une centaine de professeurs de tous les arts : danseurs, cinéastes, peintres, écrivains. Nous avions pour mission d’apporter l’art à la campagne dans la région de Matanzas. Quand j’ai fini l’Ecole de perfectionnement artistique de Matanzas, en 1987, j’ai été affecté à ces brigades, où j’ai passé un dizaine d’années, tout en poursuivant mes études à temps partiel à La Havane et ma carrière de danseur professionnel. La première école où j’ai enseigné est celle-là même ou j’avais fait mes études. J’avais presque le même âge que mes élèves !!!

C’est à cette époque aussi que j’ai commencé à préparer des spectacles et décoller sur le plan artistique. Ma première chorégraphie s’appelait Asoyin. C’était un spectacle pour quatre danseurs hommes. Elle m’a permis de gagner mon premier prix, au festival de Santa Clara, vers 1988. Nous étions encore très jeunes : un jour, une danseuse connue de la Havane est venue assister à notre spectacle. Après nous être changés, nous étions venus nous asseoir près d’elle, sans nous présenter. Elle nous a dit : « Je voudrais bien rencontrer ces quatre danseurs ». On lui a dit : « C’est nous ». Elle a été très surprise : « Mais vous n’êtes que des gamins. Sur la scène, tout à l’heure, il y avait quatre magnifiques danseurs, quatre beaux noirs ».

images fabrice papucho wats}Mes trois partenaires dans cette chorégraphie s’appelaient Bernar, Juanito et Watson Je suis resté très ami avec eux, surtout avec Watson, avec lequel j’ai passé plus de 10 ans de ma vie comme professeurs de danse avec les brigades du XXème anniversaire. Nous avons aussi participé, pendant 5 ans, à la Cumparsa de la Fédération estudiantine (FEEN). Nous sommes également partis au Brésil ensemble, avec le groupe Isadanza. Il habite maintenant lui aussi à Genève, où il enseigne la danse (photo ci-contre).

Peux-tu nous parler du groupe Agrupacion Mulemba ?

Le groupe Mulemba, où je suis rentré en 1988 pour rester deux ans, a marqué mes débuts de danseur professionnel. J’y ai travaillé sous la direction d’Aldo Durades, qui habite maintenant en Espagne. Je me souviens encore de mon premier spectacle, à Varadero. Après l’audition où il m’avait engagé, Aldo m’a dit qu’il fallait que j’apprenne une chorégraphie pour le soir même. J’ai répété toute la journée, mais la partition était difficile et j’ai fait des erreurs le soir pendant le show. Une danseuse m’a même dit : « Tu danses comme un chien ». Quand le spectacle a été terminé, je suis sorti, très triste, pour m’isoler et pleurer, car j’avais le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur et j’avais peur d’être chassé du groupe. Mais Aldo est venu me voir, pour me dire qu’il voulait voir comment je me débrouillais sur la piste, et que cela avait été concluant. C’était très cruel, mais aussi une excellente leçon.

Par la suite, Aldo m’a témoigné de la confiance, et cela m’a donné de l’assurance. Par exemple, la première fois que la troupe est partie en tournée à l’étranger – en effectifs réduits – il m’a chargé d’assurer l’intérim de la direction artistique à Cuba pour le reste du groupe. Il m’a aussi nommé premier danseur, puis chorégraphe.

Peux-tu nous parler de ton expérience brésilienne avec Isadanza ?

images fabrice papucho isadanzaIsadanza a été formée en 1991 avec les meilleurs danseurs et musiciens de l’Institut supérieur des arts de Cuba, sous la direction de Graciela Chao, et existe d’ailleurs toujours aujourd’hui (voir photos du groupe actuel). A mon époque, il y avait là Mayito, qui était alors musicien, et est maintenant chanteur du groupe Van Van ; Barbara Balbuena, alors élève de l’école, et qui depuis lors est devenue une spécialiste reconnue de l’histoire des danses cubaines ; Maria de los Angeles Sarduy, qui était à l’époque ma partenaire et est aujourd’hui professeur de danses folkloriques à l’Ecole Nationale des Arts ; Mariana, qui est maintenant professeur de danse à l’école de Santa Clara ; et d’autres encore, comme Miguel (de Camaguey), Merino (de Granma), Vicente, Izaias, Watson, Tony…

}images fabrice papucho isa2C’est avec ce groupe que je suis parti pour la première fois à l’étranger : je suis resté un an au Brésil. Ce voyage m’a permis de connaître un autre pays, une autre culture très riche, assez proche de celle de Cuba, mais avec une autre manière d’être. Cela a été une expérience formidable. J’étais content d’être là, cela a enrichi ma carrière. J’ai vu les favelas, j’ai découvert la samba, la manière de bouger des gens.

J’ai partagé là-bas beaucoup de souvenirs avec mon ami Izaias. La première fois que nous avons affronté le public brésilien, à Sao Paulo, nous étions tout tremblants. Deux heures avant le spectacle, nous avions oublié toute la chorégraphie. On a dû tout répéter à nouveau à la dernière minute. Mais finalement, tout s’est bien passé.

Je me souviens aussi, tout de suite après ce spectacle, d’une soirée mémorable où nous avons été invités chez des amis brésiliens à manger la fejauda (un plat brésilien à base de cochon). C’était la première fois que l’on mangeait cela. Nous étions aussi en compagnie d’un autre danseur, Tony. Il habitait à la Havane, puis a émigré en Italie (il fut d’ailleurs l’un des premiers cubains à le faire) et a fondé une école. Puis il est mort à cause de l’alcool.

Quel est ton meilleur souvenir de la compagnie Musicaraibes ?

images fabrice papucho pap12Après la fin de mes études à l’Institut supérieur des arts de La Havane, j’ai été employé par le gouvernement cubain dans la compagnie Musicaraibes, qui regroupe elle-même plusieurs groupes de danse, comme Sabor Latino, dont j’ai longtemps fait partie (photo ci-contre).

Cela a été pour moi un moment intense de partage et de création, notamment lorsque j’ai accédé à la fonction de directeur artistique. Nous jouions dans des théâtres, des cabarets, et aussi beaucoup dans des grands hôtels pour touristes.

{mimages fabrice papucho pap15osimage}Ce qui m’a le plus marqué et satisfait est le spectacle ou nous avons expérimenté un mélange entre les musiques cubaines, comme la salsa et le mambo, et nord-américaines, comme le jazz. Cela qui m’a obligé à remettre en cause mes habitudes aussi bien comme danseur que comme chorégraphe. Ce spectacle s’appelait De Harlem à New York (photo ci-contre).

Puis nous avons créé Paris Paradiso en collaboration avec Simon Kopalek, un danseur d’origine belge : ce spectacle avait une atmosphère plus « cabaret ».

Peux-tu nous parler des membres de la troupe Sabor Latino ?

images fabrice papucho pap27Je pense souvent, encore aujourd’hui, à un danseur nommé Juan Ernesto Odicio « Jony », qui était un peu mon bras droit à l’époque. C’est un artiste très actif, très créatif, avec lequel j’ai beaucoup partagé (photo ci-contre, penché au centre, deuxième plan). Il possède une forte imagination pour inventer des chorégraphies, et est capable de danser sans musique, ce qui est très difficile. Nous avons fait des choses formidables ensemble, en particulier dans le groupe de danse Sabor Latino que j’ai dirigé au début des années 2000 à l’hôtel Plaja Giron, au sud de Matanzas. Nous avons présenté nos chorégraphies aux festivals de danse de Matanzas, La Havane, Santa Clara, nous avons obtenu des distinctions. Il travaille toujours à Cuba, à Plaja Giron.

images fabrice papucho pap30Il avait aussi une danseuse nommée Florangel Gomez Collimore « Cuca ». C’était elle aussi une grande artiste. J’ai eu avec elle une forte relation à la fois professionnelle et amicale. Sur la photo ci-contre, vous nous voyez ensemble pendant un spectacle au Cabaret « Tropicana » de Santiago de Cuba, où nous nous sommes produits. C’est elle qui a formé les autres danseuses de la troupe, qui venaient de la rue, sans autres bagage que leur talent et leur énergie. C’est pour moi une amie de toujours. Elle navigue maintenant entre l’Espagne et Cuba.

images fabrice papucho pap16Et puis il y avait toutes les autres artistes de la troupe du Plaja Giron : Anaisa Rodriguez, Arlenis Quintana, Ana-Maria Astiazarain, Lien Garcia, Yanet (photo ci-contre). C’est nous qui les avons formées sur le tas, avec Cuca. C’était plus qu’une équipe, c’était une famille. Beaucoup sont parties à l’étranger, en Allemagne, en Italie, en Espagne. Je suis resté très ami avec elles. J’espère faire venir bientôt Lien à Genève. C’est une danseuse formidable.

Chaque membre apportait au groupe ses qualités propres. Par exemple, il y avait un danseur, nommé Humberto, qui possédait une mémoire impressionnante et pouvait se rappeler de tous détail d’une chorégraphie ou d’un spectacle. Bien que sans formation académique, il a réussi à atteindre un bon niveau professionnel grâce à son talent et à toutes ces heures de répétition avec moi et Jony…

Peux-tu nous parler de ton activité d’enseignant ?

images fabrice papucho yasser450aA Cuba, après avoir été chorégraphe, j’ai commencé à former des danseurs de tous niveaux artistiques. Il y a beaucoup de danseurs, à Cuba et dans le monde, dont la manière de danser tient un peu de Papucho : Raulito et Yasser Terri (photo ci-contre)en Finlande, Joel Marero aux Etats-Unis, Hermes au Japon, Valia en Italie (à Vérone), d’autres qui sont restés à Cuba comme Jony. Je connais bien aussi Nichito, qui vit maintenant en France. La liste est interminable, qu’il s’agisse de danseurs de folklore ou de cabaret.

Peux-tu nous dire quelques mots de tes élèves ainsi que de Nichito ?

images fabrice papucho pap34Nichito – de son vrai nom Luis Castillo – est un grand danseur, un artiste-né (photo ci-contre). Il a commencé sa carrière à Guantanamo dans le groupe Danse libre, sous la direction d’Izaias. Il a continué à la Havane où il a effectué un parcours assez brillant. Il est ensuite parti aux Etats-Unis, en Europe. Il est maintenant installé à Lyon, en France, où il poursuit son activité d’enseignant.

Yasser Terri venait de Cienfuegos. Je l’ai fait venir dans mon groupe Sabor Latino à Plaja Giron pour participer à mon spectacle Noche cubana, que j’ai donné vers 2003-2004. Il apprend très vite. Je l’ai fait répéter intensivement car les délais étaient assez brefs, au point qu’on s’est presque disputés, car il trouvait que c’était trop dur. Mais finalement, il a dansé comme un roi. Il est maintenant installé en Finlande, comme Raúl.

Raúl Dionicio Gutierrez est un grand ami. Je le connaissais avant de commencer à danser. C’était un gars de mon village. C’est moi qui lui ai suggéré de venir à la danse et l’ai engagé dans la troupe de Sabor Latino. Il a une énergie formidable. S’il n’arrive pas à faire quelque chose, il reste devant le mur à bouder. Il est comme fâché avec lui-même. Mais après il finit toujours par y arriver.

Quel est ton Orisha préféré ?

images fabrice papucho papelegLa question est difficile. Ce folklore est très riche, et un danseur doit savoir interpréter tous les rôles. J’aime particulièrement les pas d’Elegba, dont je suis d’ailleurs fils dans la religion des Orishas (photo ci-contre et vidéo). Mais je pourrais aussi bien citer Oggun, Chango et même Yemaya, qui ont des pas très différents mais tous très riches, mélodiques, savoureux.

Quelles sont les principales différences entre les danses d’Oggun et de Chango ?

images fabrice papucho papuchangoOggun est le Dieu de la guerre, du métal, du fer, des forêts. Il aime le travail, habite à la campagne. Il est syncrétisé avec San Pedro. Chango est le dieu des tambours et aussi de la guerre. Mais l’interprétation de Chango est plus festive – c’est le dieu de la fête et le « roi des femmes », alors qu’Oggun est plus agressif. Il est également facile de les reconnaître par les couleurs : vert et brun pour Oggun, rouge et blanc pour Chango (photo ci-contre),

Peux-tu nous parler de la danse Abakua ?

images fabrice papucho papabakuaLa danse Abakua est arrivée à Cuba, comme les Orishas, avec les esclaves africains. Elle vient aussi du Nigéria mais d’une autre région, en l’occurrence le Calabar (on dit « Carabali » à Cuba), alors que les Orishas viennent du sud-ouest du Nigéria, à la frontière de l’Etat actuel du Bénin. Les deux cultures religieuses sont complétement différentes. L’Abakua est une confraternité religieuse, avec des hiérarchies assez strictes, pratiquant une religion très différente de celle des Orishas, et composée exclusivement d’hommes.

Elle est centrée autour d’un personnage, Ireme (photo ci-contre et vidéo), Ireme, c’est un peu le diable, le diablito. On reconnait ce personnage à la capuche conique qui cache son visage, avec un petit béret de travers. Il possède quelques accessoires caractéristiques comme le bâton, l’iton, l’estribilla. La danse d’Ireme est très secrète, ce qui la rend très compliquée à expliquer, contrairement aux Orishas, qui sont une mythologie très ouverte. Il peut aussi avoir plusieurs manifestations, comme Anamangui ou Ireme funerario. La plus importante, est celle où Ireme danse sous la direction d’un guide qui lui indique les pas qu’il doit faire.

Pourquoi es-tu venu en Europe il y a 5 ans ?

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Photo Nadege Guillou
www.calleluna.com

Cela n’a pas été facile. J’avais fait tout ma carrière à Cuba : 30 chorégraphies et spectacles, de grandes scènes comme le Tropicana de Santiago, les festivals de danse de Santa Clara ou de La Havane, des prix et des distinctions, un travail de directeur artistique… Mais on avait tous envie de partir, à cause de l’oppression, plus encore que de la situation économique. On n’avait pas le droit de parler, de voyager, on était contrôlés tout le temps.

Et puis, partir à l’étranger était un peu dans le fil de mon destin. Comme je te l’ai dit, je suis né dans un village très pauvre, d’où les gens ne bougeaient pas beaucoup et avaient des perspectives limitées. Beaucoup de gens de ma génération là-bas sont déjà morts, ou bien en prison, ou alcooliques. Moi, j’ai senti la nécessité d’élargir mon horizon, de découvrir Cuba, puis le monde.

images fabrice papucho pap10 Aucune étape n’a été facile. A Matanzas, j’étais un petit villageois de Torriente. A la Havane, j’étais un provincial de Matanzas. Pour moi comme pour mes concitoyens, partir à l’étranger était encore une aventure il y a 20 ans. A chaque fois, j’ai dû laisser des choses derrière moi pour apprendre de nouveaux codes, une nouvelle culture, de nouvelles langues. A la Havane, j’ai appris à bien écrire l’espagnol et à comprendre les chants yoruba ; au Brésil, j’ai appris le portugais ; à Genève, le français. Aujourd’hui, je donne des cours aux savants du CERN et aux fonctionnaires internationaux de l’ONU, mais quand j’étais petit, je dansais la rumba dans les rues de mon village avec les autres gamins (photo ci-contre, cours de Papucho).

images fabrice papucho pap24 La danse m’a permis de beaucoup voyager, de beaucoup découvrir. Avant de partir de mon pays, j’ai parcouru Cuba en tous sens, et je connais tous les aspects de la culture populaire de mon pays. J’ai vécu à Matanzas, à la Havane, dans la région de Pinar del Rio, à Plaja Giron. Je connais aussi très bien l’Oriente grâce à mon ami Izaias qui m’invitait souvent à Guantanamo. Parfois, entre les week-ends dans l’est, mes études à la Havane, mon travail à Plaja Giron, ma famille à Matanzas, je parcourais 3 ou 4 régions différentes en une ou deux semaines (photo ci-contre, casa de la cultura de Jagey, province de Matanzas).

J’ai ainsi exploré toutes les facettes de mon pays, notamment pour tout ce qui touche au folklore populaire. Par exemple, tout le monde croit que les peuples indiens originels de Cuba ont tous été exterminés par les colonisateurs espagnols. Mais je connais un petit village perdu, entre Santiago et Guantanamo, qui s’appelle La Caridad de los Indios. Il est exclusivement peuplé de descendants d’indiens, même s’ils s’appellent presque tous Ramirez. Comme il y a eu beaucoup de consanguinité, ils sont un peu dégénérés, tous petits, mais ils ont des visages qui rappellent ceux des Boliviens. Ils ont conservé beaucoup de leur culture et de leur mode de vie. Ils ont même un cacique. Cela, presque personne ne le sait, mais moi, je l’ai vu.

Quel est ton meilleur souvenir depuis 5 ans en Europe ?

Danser, danser, danser. Il m’est arrivé beaucoup de choses ici, bonnes et mauvaises, depuis 5 ans, mais quoiqu’il arrive, je danse. J’ai tout laissé à Cuba, et maintenant, j’ai recommencé ma vie en Europe. Mais parfois, je suis fatigué.

images fabrice papucho flechabarcelone2Les européens sont de plus en plus intéressés par la culture cubaine. Cela a commencé, bien sûr, par la salsa, mais s’étend maintenant au son, à la rumba et à l’afro-cubain. Notre culture a maintenant passé les frontières sous toutes ses formes.

Le festival afro-cubain de Barcelone, à l’été 2010, a été particulièrement impressionnant (photo ci-contre). De nuit comme de jour, on s’est senti comme a Cuba. C’était d’un très haut niveau artistique, Ce type de festival doit se développer, à Barcelone, à Genève, partout. A Toulouse aussi, j’ai vécu des moments formidables avec le groupe Wemilere il y un an environ. J’ai dansé sur scène avec NG La Banda, avec Pupi y Los que Son Son.

Qu’est-ce qui manque le plus aux européens pour danser les danses cubaines ?

Cuba est une île de rythme, et c’est ce qui manque un peu ici. Les européens qui maîtrisent bien l’information rythmique restent une minorité. Ils s’intéressent encore trop aux figures et pas assez au rythme. Il y a certainement des progrès à faire de ce côté. Ils doivent en priorité développer le rythme et le style, l’équilibre. Les figures sont secondaires. Danser est créer, pas répéter mécaniquement des figures apprises. La figure apprise existe dans la rueda de casino, car dans ce cas tout le monde doit danser la même chose au même moment. Mais, dans la salsa, on doit pouvoir créer ses propres figures.

Quels sont tes projets actuels ?

images fabrice papucho wemilere1Le plus important de tous est Wemirele (photo ci-contre et vidéo de rumba). Pour créer la base d’une future compagnie plus grande, il faut rassembler tous ceux qui sont intéressé par la culture cubaine. Cela fait trois ans que je travaille sur ce projet qui a grandi peu à peu, et je suis impressionné par la qualité artistique de Flecha.

Beaucoup de danseur et d’artistes cubains vivent en Europe. C’est un vivier important de création ? Le niveau et le nombre d’artistes est impressionnant. Un ami me disait à Barcelone : « Ici, il y la matière d’une super – compagnie, d’artistes venus ici pour différentes raisons. C’est inévitable qu’il se passe quelque chose, que les gens se regroupent ».

Propos recueillis par Fabrice Hatem

Pour plus de de précisions sur la biographie de Papucho, voir son site : www.pedrosopapucho.com

 

 

 


[1]Ou Babalu Aye, dieu lépreux de la médecine dans le panthéon Yoruba (NdlR).
Papucho : un voyage à travers la danse afro-cubaine contemporaine

Papucho : un voyage à travers la danse afro-cubaine contemporaine

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Originaire de la région de Matanzas – le berceau de la rumba – le danseur Juan Carlos Papucho Pedroso est installé à Genève depuis 2005, A travers sa riche trajectoire artistique et personnelle, c’est tout un pan de la danse populaire cubaine d’aujourd’hui – ainsi que les destinées des hommes et des femmes qui l’incarnent à travers le monde – qui se révèle à nous. Je vous propose d’explorer cet univers à travers deux chemins parallèles :
– Un long entretien avec Papucho
– Une vidéo documentaire sur cet artiste

LA COLERE D’OGGUN par Fabrice Hatem avec Juan Carlos « Papucho » Pedroso

Vidéo documentaire : http://www.youtube.com/watch?v=kRW_WBKaCGU

PORTRAIT ET ENTRETIEN AVEC PAPUCHO :

pap25Un voyage à travers la danse afro-cubaine contemporaine

J’ai rencontré le danseur Juan Carlos « Papucho » Pedroso par l’intermédiaire de son ami Reinaldo Delgado « Flecha », qui anime avec lui le groupe de danse et de musique afro-cubain Wemilere à Genève. C’est un personnage fait de tensions et de contrastes : par son physique ; par son expression dansée ; et par sa vie.

La première chose que l’on remarque en effet lorsque l’on rencontre Papucho, c’est son physique impressionnant, improbable mélange d’une carrure d’athlète, puissante et tellurique, et d’un élancement léger vers le ciel.

A son élégance et à sa gentillesse naturelle, Papucho ajoute aussi un imperceptible côté « mauvais garçon » : une lueur fugitive dans le regard, un pli un peu marqué au coin des lèvres…. Mélange sans doute fascinant pour les femmes, qui peut-être ne savent pas très bien elles-mêmes si elles doivent rêver ou redouter de le croiser la nuit, seuls à seuls, dans une ruelle mal éclairée de la ville basse…

pap31Puis, lorsqu’on le regarde danser, on est frappé, malgré la grâce spontanée de ses mouvements, par le sentiment d’étrangeté qui parfois se dégage de sa gestuelle carrée, très stylisée, et de l’intensité vaguement menaçante de son regard ; il fait alors irrésistiblement penser aux êtres surnaturels du clip « thriller » de Michael Jackson….

La vie de Papucho ? C’est l’incroyable trajectoire qui conduit un gamin pauvre, né dans un village perdu de la région de Matanzas, à venir pratiquer son art en Europe et enseigner la danse à Genève aux financiers de la Morgan Stanley, aux scientifiques du CERN et aux fonctionnaires internationaux de l’ONU.

Ces contrastes prédisposent Papucho à interpréter ceux des Orishas qui possèdent eux aussi une double nature, une face lumineuse et une autre plus insaisissable. Il excelle par exemple dans le personnage d’Elegba, Dieu du hasard et du destin à la danse de feu-follet, pleine d’imprévus et de volte-face, dont il est d’ailleurs le fils dans la religion yoruba.

{oggunpedrosoMais c’est lorsqu’il interprète Oggun, le puissant Dieu du fer et de la guerre, qu’éclate le mieux son talent. Il rend magnifiquement la puissance brute et la violence à peine contenue qui caractérisent cet Orisha. Et quand ou le voit bondir, sa machette à la main, en roulant des yeux injectés de sang, le visage déformé par un rictus de colère, le buste nu couvert de sueur, on a vraiment peur qu’il se précipite sur vous pour vous donner un mauvais coup.

ogunochunSoudain, on le voit s’immobiliser, et contempler, incrédule et fasciné, les voluptueuses contorsions d’Ochun, la déesse de l’amour. Il essaye encore d’utiliser, une dernière fois, ses armes habituelles face à cette étrange apparition et lève sa machette. Mais celle-ci, impuissante face au rire provoquant et moqueur d’Ochun, retombe bientôt, inutile et hors de propos. On comprend alors que ce Dieu à la force brutale est en train de tomber sous l’emprise de l’amour, sans même réaliser luii-même exactement ce qui arrive, tant ce sentiment était jusqu’alors inconnu de lui. C’est magnifiquement interprété, et il n’a pas besoin d’être un spécialiste de la mythologie des Orishas pour comprendre la nature du drame qui est en train de se nouer.

Né il y a une quarantaine d’années à Cuba dans la province de Matanzas, Papucho s’est formé à la danse dans différentes écoles de Matanzas puis à l’Institut supérieur des arts de la Havane. Il a ensuite poursuivi une carrière artistique essentiellement centrée sur le spectacle, l’animation et le cabaret. D’abord danseur interprète, il a ensuite développé une activité de direction artistique et de chorégraphie, qui a été récompensée par plusieurs distinctions, notamment au festival de danse de Santa Clara. Il a également enseigné, formant de nombreux danseurs dont certains, comme Nichito, ont depuis connu à leur tour un prometteur début de carrière internationale. Il poursuit actuellement son activité artistique et d’enseignement à Genève, où il s’est installé il y a 5 ans. Décrire son parcours, c’est effectuer une plongée dans le monde contemporain de la danse cubaine de spectacle, et aussi porter témoignage sur les trajectoires des artistes si nombreux qu’il a côtoyés.

Peux-tu nous dire quelques mots de ton enfance ?

pap7J’ai grandi dans un petit village, Torriente, situé dans une partie assez reculée de la province de Matanzas. Ma famille était d’un milieu social très modeste, comme d’ailleurs presque tous les habitants de cet endroit, dont beaucoup sont des descendants des esclaves noirs autrefois employés dans les plantations. Mais, chez nous, il n’y avait pas de misère, d’alcoolisme ou de délinquance comme souvent là-bas. Mes parents étaient honnêtes, droits et affectueux.

Mon père avait l’habitude de donner des surnoms gentils à chacun de ses enfants. C’est qui m’a surnommé « Papucho », ce qui veut dire, à peu près, « celui que l’on aime bien ». Ma mère portait le joli nom d’Estrella. Elle était fille d’Ochun, car dans ma famille, on pratiquait beaucoup la Santeria, Elle ne savait pas lire, mais avait une grande expérience de la vie et beaucoup d’exigence pour ses enfants. Tous les voisins, la famille, l’aimaient et la respectaient beaucoup. Plus tard, c’est moi qui lui ai appris à lire.

Comment as-tu découvert la rumba et la danse afro-cubaine ?

pap4De la manière la plus naturelle : il m’a suffi de naître et d’ouvrir les yeux. La province de Matazas est la plus noire de Cuba, beaucoup plus que La Havane et même que Santiago. C’est une grande plaine propice à la culture de la canne à sucre, où l’on trouve plusieurs ports installés dans des bayas – des baies – sur les côtes. A l’époque coloniale, la région fut peuplée de ce fait d’un grand nombre d’esclaves noirs. On y rencontre même aujourd’hui des descendants d’ethnies africaines qu’on ne trouve pas ailleurs à Cuba, comme les Arara ou les Iyesa. Dans certains coins, on a vraiment l’impression d’être en Afrique.

C’est là que se trouve le vrai berceau de la rumba, qui est née sur cette terre – notamment la Columbia à Cardenas – avant de migrer vers les faubourgs de la Havane. Les meilleurs groupes de rumba de Cuba, comme La Columbia del Puerto ou Los Muñequitos de Mantanzas, viennent de cette région.

pap8La rumba est omniprésente à Matanzas. Aujourd’hui encore, on peut la voir danser partout, dans les rues, dans les cours des maisons, dans les villes comme dans les villages. Je la côtoyais donc quotidiennement lorsque j’étais enfant.

Un jour, en sortant de chez moi, j’ai rencontré un danseur très connu dans le coin, qui s’appelait Virulilla, chanteur et fondateur du groupe Los Muñequitos de Mantanzas. Il aimait faire danser la rumba aux enfants dans les rues. Il m’a proposé de venir chanter et danser avec eux, ce que j’ai fait. Et c’est comme cela que tout a commencé.

Peux-tu nous parler de tes premières années d’apprentissage et des professeurs qui t’ont particulièrement marqué ?

}pap13C’est mon frère, Lazaro Pedroso Montalvo « Mujica », qui a été mon premier professeur (photo ci-contre). Je lui dois tout, dans la danse et dans la vie. Il connait énormément de choses sur la culture et le folklore cubains, sur lesquels il a beaucoup écrit. Il a fait de moi ce que je suis : la danse, la chorégraphie, la salsa… Il était très exigeant : je me souviens d’un jour où j’apprenais le rôle de San Lazaro [1] sous sa direction. Je me trompais, et il m’a obligé à répéter, répéter, reprendre encore… Mais il avait aussi de l’ambition pour moi : un jour, beaucoup plus tard, il m’a suggéré d’aller passer l’examen d’entrée à l’Institut supérieur des arts de la Havane. Comme j’étais hésitant, il m’a fait monter presque de force avec lui dans un bus en direction de la capitale pour passer l’examen. Je lui suis très reconnaissant pour cela.

C’est vers 1983 que j’ai commencé mes études de danse « officielles ». J’ai d’abord fréquenté l’Ecole des instructeurs d’art de Matanzas, dans la section des danses folkloriques, puis l’école de perfectionnement professionnel de Matanzas jusqu’en 1987. C’est là que j’ai commencé à apprendre mon métier de danseur et d’enseignant. Cela n’a pas toujours été facile, car, au début, je n’avais pas beaucoup d’aptitudes techniques. Une des professeurs, Orgita, était particulièrement dure et se fâchait beaucoup contre moi en me reprochant de ne pas faire assez d’efforts. Cela m’a piqué au vif, et j’ai commencé à travailler la danse comme un fou. Une année plus tard, elle m’a félicité. Je considère que c’est grâce à elle que j’ai vraiment pu décoller artistiquement.

A cette époque, j’ai aussi eu la chance de bénéficier de l’enseignement d’Angel Luis Zerbia, qui fut mon premier professeur de folklore à Matanzas. Il est l’un de ceux qui m’ont le plus appris. Il détenait énormément d’informations sur le folklore cubain, sur lequel il a fait beaucoup de recherches. Il a également été directeur et chorégraphe du groupe de danse de Matanzas Danza Espiral.

Et à la Havane ?

pap35Poussé par mon frère comme je l’ai dit, je suis arrivé à la Havane en 1990. Je n’étais qu’un petit provincial de Matanzas, et la capitale m’a d’abord beaucoup impressionné. Au moment de l’audition d’entrée à l’Institut supérieur des arts de La Havane (ISA, voir photo ci-contre), j’étais vraiment terrifié. Mais on m’a admis en me disant que j’avais dansé comme un roi, et cela m’a mis en confiance. Et puis mon frère Mujica avait réussi l’examen en même temps que moi, ce qui m’évitait de me retrouver tout seul dans la capitale.

Mais les autres étudiants de l’ISA me paraissaient avoir une formation, une culture beaucoup plus large que la mienne. En dehors de la danse folklorique stricto sensu, j’ignorais beaucoup de choses : l’histoire, la littérature, la construction d’un spectacle, l’expression écrite et orale, les autres formes de danse… Et c’est cela que m’ont apporté, chacun dans leurs domaines, les professeurs dont j’ai alors suivi l’enseignement à l’Institut.

Peux-tu en citer quelques-uns ?

lazaroross1Oui, bien sûr. Lazaro Ross était le premier chanteur du Conjunto Folclorico Nacional quand j’étudiais à La Havane (photo ci-contre). Il fut l’un des plus grands interprètes contemporains du répertoire populaire afro-cubain. C’est lui qui m’a permis de mieux connaître la culture et la langue Yoruba, dont je suis issu par mes origines familiales. Il m’a aussi appris les pas liés aux différentes chansons en l’honneur des Orishas.

pap32Le Docteur Rogielo Martinez Furé a été l’un principaux fondateurs du Conjunto Folclorico Nacional, et a joué un rôle pionnier en matière de recherches sur les origines africaines de la culture cubaine (photo ci-contre). Il m’a initié à l’histoire africaine, afro-cubaine, que j’ignorais. Il m’a montré comment écrire, comment m’exprimer. C’est largement à lui que je dois ma culture et ma formation intellectuelle.

Ana Luisa Caceres, également professeur au Conjunto, m’a beaucoup appris sur le folklore et les danses populaires de Cuba. C’est également elle qui m’a enseigné les secrets du Mambo, ainsi qu’à ma partenaire de l’époque, Maria de Los Angeles, juste avant que nous ne partions en tournée au Brésil avec le groupe Isadanza en 1991. Cela a vraiment été une expérience unique.

Graciela Chao Carbonero m’a beaucoup marqué par sa manière de voir la danse. Elle m’a ouvert la voie professionnelle de haut niveau en me proposant de devenir premier danseur du groupe Isadanza. C’est quelqu’un en qui j’ai une très grande confiance.

narcisoJ’ai également eu la possibilité de suivre l’enseignement de danse contemporaine de Narciso Medina, un très grand artiste, un grand technicien et ou grand pédagogue (photo ci-contre). J’ai noué avec lui une relation très personnelle. Il m’a donné des clés techniques importantes : comment bouger sur la scène, explorer les sentiments de la danse comme la folie, la tristesse…. Il m’a donné du respect pour cet art.

Lilian Padron, qui avait étudié la danse contemporaine à Moscou, m’a beaucoup appris sur le plan technique. Elle est maintenant la directrice du groupe de danse contemporaine Danza Espiral de Matanzas.

Je voudrais enfin mentionner Ramiro Guerra, qui est l’un des chorégraphes les plus importants de Cuba. J’ai beaucoup appris de lui sur la danse en général à l’occasion de divers stages, dont certains à Matanzas.

Tu t’es plu à la Havane ?

pap1Oui, beaucoup, même si le premier contact a été au départ un peu rude pour les provinciaux que nous étions, mon frère et moi. Je me souviens de notre première nuit à l’ISA. Nous étions arrivés très tard avec quelques autres camarades de Matanzas, vers une heure du matin. On nous a installés dans notre dortoir – c’était un internat avec des chambres de huit lits – mais il n’y avait rien à manger et nous étions affamés. Alors, nous avons trouvé quelques restes des autres élèves et nous les avons mangés. Malheur !!! Ils étaient affreusement pimentés, et nous avons passé le reste de la nuit à courir vers le robinet pour boire de l’eau et soulager notre estomac et nos intestins en feu.

pap19Mais à La Havane, il y a aussi des bons côtés. Si tu danses bien là-bas, tu peux avoir toutes les filles pour toi, tu deviens « le roi des femmes », comme Chango. Le soir, en allant danser avec mon frère et mes amis de l’ISA, on avait un peu le sentiment d’être comme des renards entrant dans un poulailler… Sauf que les poules ne s’enfuyaient pas du tout quand elles nous voyaient arriver, au contraire. Et c’est comme cela que j’ai rencontré ma première épouse, Iliana (photo ci-contre). Un jour, en arrivant dans un club du Vedado, La Sorra y el cuervo, j’ai dit à mon frère : « Tu vois cette fille ? Je te parie que ce soir, elle sera ma copine ». J‘ai gagné mon pari, mais ce que je n’avais pas prévu, c’est que quelques mois plus tard, nous serions devenus mari et femme.

C’est aussi à la Havane que j’ai rencontré quelques très bons amis, comme Izaias Rojas Ramirez, qui étudiait avec moi à l’Institut supérieur des arts. Nous avons fait beaucoup de chemin ensemble, notamment au Brésil où nous sommes partis tous les deux avec le groupe Isadanza en 1991. Il connaît aussi très bien la culture de l’Oriente, qu’il m’a fait découvrir. Il a fondé le groupe Danse libre, à Guantanamo; et dirige aujourd’hui le groupe Banrara.

Peux-tu parler de tes souvenirs des brigades du XXème anniversaire ?

pap3Il s’agissait d’un groupe d’artistes qui comprenait une centaine de professeurs de tous les arts : danseurs, cinéastes, peintres, écrivains. Nous avions pour mission d’apporter l’art à la campagne dans la région de Matanzas. Quand j’ai fini l’Ecole de perfectionnement artistique de Matanzas, en 1987, j’ai été affecté à ces brigades, où j’ai passé un dizaine d’années, tout en poursuivant mes études à temps partiel à La Havane et ma carrière de danseur professionnel. La première école où j’ai enseigné est celle-là même ou j’avais fait mes études. J’avais presque le même âge que mes élèves !!!

C’est à cette époque aussi que j’ai commencé à préparer des spectacles et décoller sur le plan artistique. Ma première chorégraphie s’appelait Asoyin. C’était un spectacle pour quatre danseurs hommes. Elle m’a permis de gagner mon premier prix, au festival de Santa Clara, vers 1988. Nous étions encore très jeunes : un jour, une danseuse connue de la Havane est venue assister à notre spectacle. Après nous être changés, nous étions venus nous asseoir près d’elle, sans nous présenter. Elle nous a dit : « Je voudrais bien rencontrer ces quatre danseurs ». On lui a dit : « C’est nous ». Elle a été très surprise : « Mais vous n’êtes que des gamins. Sur la scène, tout à l’heure, il y avait quatre magnifiques danseurs, quatre beaux noirs ».

wats}Mes trois partenaires dans cette chorégraphie s’appelaient Bernar, Juanito et Watson Je suis resté très ami avec eux, surtout avec Watson, avec lequel j’ai passé plus de 10 ans de ma vie comme professeurs de danse avec les brigades du XXème anniversaire. Nous avons aussi participé, pendant 5 ans, à la Cumparsa de la Fédération estudiantine (FEEN). Nous sommes également partis au Brésil ensemble, avec le groupe Isadanza. Il habite maintenant lui aussi à Genève, où il enseigne la danse (photo ci-contre).

Peux-tu nous parler du groupe Agrupacion Mulemba ?

Le groupe Mulemba, où je suis rentré en 1988 pour rester deux ans, a marqué mes débuts de danseur professionnel. J’y ai travaillé sous la direction d’Aldo Durades, qui habite maintenant en Espagne. Je me souviens encore de mon premier spectacle, à Varadero. Après l’audition où il m’avait engagé, Aldo m’a dit qu’il fallait que j’apprenne une chorégraphie pour le soir même. J’ai répété toute la journée, mais la partition était difficile et j’ai fait des erreurs le soir pendant le show. Une danseuse m’a même dit : « Tu danses comme un chien ». Quand le spectacle a été terminé, je suis sorti, très triste, pour m’isoler et pleurer, car j’avais le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur et j’avais peur d’être chassé du groupe. Mais Aldo est venu me voir, pour me dire qu’il voulait voir comment je me débrouillais sur la piste, et que cela avait été concluant. C’était très cruel, mais aussi une excellente leçon.

Par la suite, Aldo m’a témoigné de la confiance, et cela m’a donné de l’assurance. Par exemple, la première fois que la troupe est partie en tournée à l’étranger – en effectifs réduits – il m’a chargé d’assurer l’intérim de la direction artistique à Cuba pour le reste du groupe. Il m’a aussi nommé premier danseur, puis chorégraphe.

Peux-tu nous parler de ton expérience brésilienne avec Isadanza ?

isadanzaIsadanza a été formée en 1991 avec les meilleurs danseurs et musiciens de l’Institut supérieur des arts de Cuba, sous la direction de Graciela Chao, et existe d’ailleurs toujours aujourd’hui (voir photos du groupe actuel). A mon époque, il y avait là Mayito, qui était alors musicien, et est maintenant chanteur du groupe Van Van ; Barbara Balbuena, alors élève de l’école, et qui depuis lors est devenue une spécialiste reconnue de l’histoire des danses cubaines ; Maria de los Angeles Sarduy, qui était à l’époque ma partenaire et est aujourd’hui professeur de danses folkloriques à l’Ecole Nationale des Arts ; Mariana, qui est maintenant professeur de danse à l’école de Santa Clara ; et d’autres encore, comme Miguel (de Camaguey), Merino (de Granma), Vicente, Izaias, Watson, Tony…

}isa2C’est avec ce groupe que je suis parti pour la première fois à l’étranger : je suis resté un an au Brésil. Ce voyage m’a permis de connaître un autre pays, une autre culture très riche, assez proche de celle de Cuba, mais avec une autre manière d’être. Cela a été une expérience formidable. J’étais content d’être là, cela a enrichi ma carrière. J’ai vu les favelas, j’ai découvert la samba, la manière de bouger des gens.

J’ai partagé là-bas beaucoup de souvenirs avec mon ami Izaias. La première fois que nous avons affronté le public brésilien, à Sao Paulo, nous étions tout tremblants. Deux heures avant le spectacle, nous avions oublié toute la chorégraphie. On a dû tout répéter à nouveau à la dernière minute. Mais finalement, tout s’est bien passé.

Je me souviens aussi, tout de suite après ce spectacle, d’une soirée mémorable où nous avons été invités chez des amis brésiliens à manger la fejauda (un plat brésilien à base de cochon). C’était la première fois que l’on mangeait cela. Nous étions aussi en compagnie d’un autre danseur, Tony. Il habitait à la Havane, puis a émigré en Italie (il fut d’ailleurs l’un des premiers cubains à le faire) et a fondé une école. Puis il est mort à cause de l’alcool.

Quel est ton meilleur souvenir de la compagnie Musicaraibes ?

pap12Après la fin de mes études à l’Institut supérieur des arts de La Havane, j’ai été employé par le gouvernement cubain dans la compagnie Musicaraibes, qui regroupe elle-même plusieurs groupes de danse, comme Sabor Latino, dont j’ai longtemps fait partie (photo ci-contre).

Cela a été pour moi un moment intense de partage et de création, notamment lorsque j’ai accédé à la fonction de directeur artistique. Nous jouions dans des théâtres, des cabarets, et aussi beaucoup dans des grands hôtels pour touristes.

{mpap15osimage}Ce qui m’a le plus marqué et satisfait est le spectacle ou nous avons expérimenté un mélange entre les musiques cubaines, comme la salsa et le mambo, et nord-américaines, comme le jazz. Cela qui m’a obligé à remettre en cause mes habitudes aussi bien comme danseur que comme chorégraphe. Ce spectacle s’appelait De Harlem à New York (photo ci-contre).

Puis nous avons créé Paris Paradiso en collaboration avec Simon Kopalek, un danseur d’origine belge : ce spectacle avait une atmosphère plus « cabaret ».

Peux-tu nous parler des membres de la troupe Sabor Latino ?

pap27Je pense souvent, encore aujourd’hui, à un danseur nommé Juan Ernesto Odicio « Jony », qui était un peu mon bras droit à l’époque. C’est un artiste très actif, très créatif, avec lequel j’ai beaucoup partagé (photo ci-contre, penché au centre, deuxième plan). Il possède une forte imagination pour inventer des chorégraphies, et est capable de danser sans musique, ce qui est très difficile. Nous avons fait des choses formidables ensemble, en particulier dans le groupe de danse Sabor Latino que j’ai dirigé au début des années 2000 à l’hôtel Plaja Giron, au sud de Matanzas. Nous avons présenté nos chorégraphies aux festivals de danse de Matanzas, La Havane, Santa Clara, nous avons obtenu des distinctions. Il travaille toujours à Cuba, à Plaja Giron.

pap30Il avait aussi une danseuse nommée Florangel Gomez Collimore « Cuca ». C’était elle aussi une grande artiste. J’ai eu avec elle une forte relation à la fois professionnelle et amicale. Sur la photo ci-contre, vous nous voyez ensemble pendant un spectacle au Cabaret « Tropicana » de Santiago de Cuba, où nous nous sommes produits. C’est elle qui a formé les autres danseuses de la troupe, qui venaient de la rue, sans autres bagage que leur talent et leur énergie. C’est pour moi une amie de toujours. Elle navigue maintenant entre l’Espagne et Cuba.

pap16Et puis il y avait toutes les autres artistes de la troupe du Plaja Giron : Anaisa Rodriguez, Arlenis Quintana, Ana-Maria Astiazarain, Lien Garcia, Yanet (photo ci-contre). C’est nous qui les avons formées sur le tas, avec Cuca. C’était plus qu’une équipe, c’était une famille. Beaucoup sont parties à l’étranger, en Allemagne, en Italie, en Espagne. Je suis resté très ami avec elles. J’espère faire venir bientôt Lien à Genève. C’est une danseuse formidable.

Chaque membre apportait au groupe ses qualités propres. Par exemple, il y avait un danseur, nommé Humberto, qui possédait une mémoire impressionnante et pouvait se rappeler de tous détail d’une chorégraphie ou d’un spectacle. Bien que sans formation académique, il a réussi à atteindre un bon niveau professionnel grâce à son talent et à toutes ces heures de répétition avec moi et Jony…

Peux-tu nous parler de ton activité d’enseignant ?

yasser450aA Cuba, après avoir été chorégraphe, j’ai commencé à former des danseurs de tous niveaux artistiques. Il y a beaucoup de danseurs, à Cuba et dans le monde, dont la manière de danser tient un peu de Papucho : Raulito et Yasser Terri (photo ci-contre)en Finlande, Joel Marero aux Etats-Unis, Hermes au Japon, Valia en Italie (à Vérone), d’autres qui sont restés à Cuba comme Jony. Je connais bien aussi Nichito, qui vit maintenant en France. La liste est interminable, qu’il s’agisse de danseurs de folklore ou de cabaret.

Peux-tu nous dire quelques mots de tes élèves ainsi que de Nichito ?

pap34Nichito – de son vrai nom Luis Castillo – est un grand danseur, un artiste-né (photo ci-contre). Il a commencé sa carrière à Guantanamo dans le groupe Danse libre, sous la direction d’Izaias. Il a continué à la Havane où il a effectué un parcours assez brillant. Il est ensuite parti aux Etats-Unis, en Europe. Il est maintenant installé à Lyon, en France, où il poursuit son activité d’enseignant.

Yasser Terri venait de Cienfuegos. Je l’ai fait venir dans mon groupe Sabor Latino à Plaja Giron pour participer à mon spectacle Noche cubana, que j’ai donné vers 2003-2004. Il apprend très vite. Je l’ai fait répéter intensivement car les délais étaient assez brefs, au point qu’on s’est presque disputés, car il trouvait que c’était trop dur. Mais finalement, il a dansé comme un roi. Il est maintenant installé en Finlande, comme Raúl.

Raúl Dionicio Gutierrez est un grand ami. Je le connaissais avant de commencer à danser. C’était un gars de mon village. C’est moi qui lui ai suggéré de venir à la danse et l’ai engagé dans la troupe de Sabor Latino. Il a une énergie formidable. S’il n’arrive pas à faire quelque chose, il reste devant le mur à bouder. Il est comme fâché avec lui-même. Mais après il finit toujours par y arriver.

Quel est ton Orisha préféré ?

papelegLa question est difficile. Ce folklore est très riche, et un danseur doit savoir interpréter tous les rôles. J’aime particulièrement les pas d’Elegba, dont je suis d’ailleurs fils dans la religion des Orishas (photo ci-contre et vidéo). Mais je pourrais aussi bien citer Oggun, Chango et même Yemaya, qui ont des pas très différents mais tous très riches, mélodiques, savoureux.

Quelles sont les principales différences entre les danses d’Oggun et de Chango ?

papuchangoOggun est le Dieu de la guerre, du métal, du fer, des forêts. Il aime le travail, habite à la campagne. Il est syncrétisé avec San Pedro. Chango est le dieu des tambours et aussi de la guerre. Mais l’interprétation de Chango est plus festive – c’est le dieu de la fête et le « roi des femmes », alors qu’Oggun est plus agressif. Il est également facile de les reconnaître par les couleurs : vert et brun pour Oggun, rouge et blanc pour Chango (photo ci-contre),

Peux-tu nous parler de la danse Abakua ?

papabakuaLa danse Abakua est arrivée à Cuba, comme les Orishas, avec les esclaves africains. Elle vient aussi du Nigéria mais d’une autre région, en l’occurrence le Calabar (on dit « Carabali » à Cuba), alors que les Orishas viennent du sud-ouest du Nigéria, à la frontière de l’Etat actuel du Bénin. Les deux cultures religieuses sont complétement différentes. L’Abakua est une confraternité religieuse, avec des hiérarchies assez strictes, pratiquant une religion très différente de celle des Orishas, et composée exclusivement d’hommes.

Elle est centrée autour d’un personnage, Ireme (photo ci-contre et vidéo), Ireme, c’est un peu le diable, le diablito. On reconnait ce personnage à la capuche conique qui cache son visage, avec un petit béret de travers. Il possède quelques accessoires caractéristiques comme le bâton, l’iton, l’estribilla. La danse d’Ireme est très secrète, ce qui la rend très compliquée à expliquer, contrairement aux Orishas, qui sont une mythologie très ouverte. Il peut aussi avoir plusieurs manifestations, comme Anamangui ou Ireme funerario. La plus importante, est celle où Ireme danse sous la direction d’un guide qui lui indique les pas qu’il doit faire.

Pourquoi es-tu venu en Europe il y a 5 ans ?

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Photo Nadege Guillou
www.calleluna.com

Cela n’a pas été facile. J’avais fait tout ma carrière à Cuba : 30 chorégraphies et spectacles, de grandes scènes comme le Tropicana de Santiago, les festivals de danse de Santa Clara ou de La Havane, des prix et des distinctions, un travail de directeur artistique… Mais on avait tous envie de partir, à cause de l’oppression, plus encore que de la situation économique. On n’avait pas le droit de parler, de voyager, on était contrôlés tout le temps.

Et puis, partir à l’étranger était un peu dans le fil de mon destin. Comme je te l’ai dit, je suis né dans un village très pauvre, d’où les gens ne bougeaient pas beaucoup et avaient des perspectives limitées. Beaucoup de gens de ma génération là-bas sont déjà morts, ou bien en prison, ou alcooliques. Moi, j’ai senti la nécessité d’élargir mon horizon, de découvrir Cuba, puis le monde.

pap10 Aucune étape n’a été facile. A Matanzas, j’étais un petit villageois de Torriente. A la Havane, j’étais un provincial de Matanzas. Pour moi comme pour mes concitoyens, partir à l’étranger était encore une aventure il y a 20 ans. A chaque fois, j’ai dû laisser des choses derrière moi pour apprendre de nouveaux codes, une nouvelle culture, de nouvelles langues. A la Havane, j’ai appris à bien écrire l’espagnol et à comprendre les chants yoruba ; au Brésil, j’ai appris le portugais ; à Genève, le français. Aujourd’hui, je donne des cours aux savants du CERN et aux fonctionnaires internationaux de l’ONU, mais quand j’étais petit, je dansais la rumba dans les rues de mon village avec les autres gamins (photo ci-contre, cours de Papucho).

pap24 La danse m’a permis de beaucoup voyager, de beaucoup découvrir. Avant de partir de mon pays, j’ai parcouru Cuba en tous sens, et je connais tous les aspects de la culture populaire de mon pays. J’ai vécu à Matanzas, à la Havane, dans la région de Pinar del Rio, à Plaja Giron. Je connais aussi très bien l’Oriente grâce à mon ami Izaias qui m’invitait souvent à Guantanamo. Parfois, entre les week-ends dans l’est, mes études à la Havane, mon travail à Plaja Giron, ma famille à Matanzas, je parcourais 3 ou 4 régions différentes en une ou deux semaines (photo ci-contre, casa de la cultura de Jagey, province de Matanzas).

J’ai ainsi exploré toutes les facettes de mon pays, notamment pour tout ce qui touche au folklore populaire. Par exemple, tout le monde croit que les peuples indiens originels de Cuba ont tous été exterminés par les colonisateurs espagnols. Mais je connais un petit village perdu, entre Santiago et Guantanamo, qui s’appelle La Caridad de los Indios. Il est exclusivement peuplé de descendants d’indiens, même s’ils s’appellent presque tous Ramirez. Comme il y a eu beaucoup de consanguinité, ils sont un peu dégénérés, tous petits, mais ils ont des visages qui rappellent ceux des Boliviens. Ils ont conservé beaucoup de leur culture et de leur mode de vie. Ils ont même un cacique. Cela, presque personne ne le sait, mais moi, je l’ai vu.

Quel est ton meilleur souvenir depuis 5 ans en Europe ?

Danser, danser, danser. Il m’est arrivé beaucoup de choses ici, bonnes et mauvaises, depuis 5 ans, mais quoiqu’il arrive, je danse. J’ai tout laissé à Cuba, et maintenant, j’ai recommencé ma vie en Europe. Mais parfois, je suis fatigué.

flechabarcelone2Les européens sont de plus en plus intéressés par la culture cubaine. Cela a commencé, bien sûr, par la salsa, mais s’étend maintenant au son, à la rumba et à l’afro-cubain. Notre culture a maintenant passé les frontières sous toutes ses formes.

Le festival afro-cubain de Barcelone, à l’été 2010, a été particulièrement impressionnant (photo ci-contre). De nuit comme de jour, on s’est senti comme a Cuba. C’était d’un très haut niveau artistique, Ce type de festival doit se développer, à Barcelone, à Genève, partout. A Toulouse aussi, j’ai vécu des moments formidables avec le groupe Wemilere il y un an environ. J’ai dansé sur scène avec NG La Banda, avec Pupi y Los que Son Son.

Qu’est-ce qui manque le plus aux européens pour danser les danses cubaines ?

Cuba est une île de rythme, et c’est ce qui manque un peu ici. Les européens qui maîtrisent bien l’information rythmique restent une minorité. Ils s’intéressent encore trop aux figures et pas assez au rythme. Il y a certainement des progrès à faire de ce côté. Ils doivent en priorité développer le rythme et le style, l’équilibre. Les figures sont secondaires. Danser est créer, pas répéter mécaniquement des figures apprises. La figure apprise existe dans la rueda de casino, car dans ce cas tout le monde doit danser la même chose au même moment. Mais, dans la salsa, on doit pouvoir créer ses propres figures.

Quels sont tes projets actuels ?

wemilere1Le plus important de tous est Wemirele (photo ci-contre et vidéo de rumba). Pour créer la base d’une future compagnie plus grande, il faut rassembler tous ceux qui sont intéressé par la culture cubaine. Cela fait trois ans que je travaille sur ce projet qui a grandi peu à peu, et je suis impressionné par la qualité artistique de Flecha.

Beaucoup de danseur et d’artistes cubains vivent en Europe. C’est un vivier important de création ? Le niveau et le nombre d’artistes est impressionnant. Un ami me disait à Barcelone : « Ici, il y la matière d’une super – compagnie, d’artistes venus ici pour différentes raisons. C’est inévitable qu’il se passe quelque chose, que les gens se regroupent ».

Propos recueillis par Fabrice Hatem

Pour plus de de précisions sur la biographie de Papucho, voir son site : www.pedrosopapucho.com

 

 

 


[1]Ou Babalu Aye, dieu lépreux de la médecine dans le panthéon Yoruba (NdlR).
Flecha, le magicien des tambours

Flecha, le magicien des tambours

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Je vous invite aujourd’hui à découvrir un merveilleux artiste cubain : Reinaldo Delgado « Flecha », installé à Genève depuis 7 ans, est à la fois chanteur, percussionniste et danseur. Avec lui, vous pénétrerez dans l’authentique culture musicale afro-cubaine.

Flecha, le magicien des tambours

images fabrice flecha reglaC’était lors de mon premier séjour à Cuba, au printemps 2008. Je me promenais près du débarcadère de Regla, en attendant le petit bateau qui fait la navette, d’un côté à l’autre du port, vers la vieille ville de la Havane (voir photo ci-contre). Le long du quai, une eau boueuse croupissait, salie par les détritus et les vieux sacs en plastique. Soudain, une vieille dame, accompagnée par deux jeunes enfants – un petit garçon et une petite fille – enjamba la rambarde et descendit sur le sable noirâtre. Ils s’avancèrent tous les trois vers l’eau souillée. Alors, la vieille dame donna une orange au petit garçon et un ananas à la petite fille. Avec une petite tape affectueuse sur la tête, elle leur montra la mer. Les deux enfants allèrent poser les fruits dans l’eau, et les poussèrent maladroitement vers le large. Scène étrange, que ces deux fruits jetés dans l’eau stagnante… mais qui soudain s’illumina d’un profonde et magique poésie.

Tout à coup, je compris. La vieille dame faisait une offrande à Yemaya, la déesse de la Mer, la vierge de Regla. L’eau n’était plus boueuse, elle brillait d’un bleu immaculé et lumineux. La petite flaque avait pris la dimension de l’Océan. Sous la forme trompeuse d’un marigot, se cachait une puissance maternelle et bienveillante, qui avait sans doute, une fois encore, répondu à la prière d’un humain, en soignant un enfant, en apaisant une douleur, en comblant un vœu d’amour partagé…

images fabrice flecha flechayemayaFlecha, le magicien des tambours, est un fils de Yemaya. De sa mère, il tient la beauté, la force et la bienveillance. Comme elle, il possède le pouvoir de transformer une réalité triste, froide et avare de bonheur en un rêve de beauté, de joie et de lumière. Comme elle, il est source de vie et donne une âme au monde (photo ci-jointe : Flecha habillé en Chango aux côtés de Yemaya).

Un enfant de la balle enraciné dans la culture populaire

Pimages fabrice flecha flechaour un européen habitué aux catégories bien délimitées et aux cursus formatés, le parcours artistique de Flecha peut paraître a priori étrange. En Europe, un musicien apprend généralement à jouer d’un seul instrument. Flecha est à la fois joueur de tambours, danseur et chanteur. En Europe, les carrières artistiques et religieuses appartiennent à des registres bien séparés. Flecha est à la fois musicien et Santero[1]. En Europe, un musicien commence par obtenir des diplômes avant de pouvoir se produire en concert ou enseigner. Flecha, enfant de la balle, n’est diplômé d’aucun cursus officiel, mais a par contre été employé, très jeune, dans les plus prestigieuses écoles de musique de la Havane pour y participer à l’activité pédagogique.

images fabrice flecha ganabacoaFlecha, de son vrai nom Reinaldo Delgado Salermo[2], est né le 4 Août 1968 dans le quartier de Guanabacoa, situé à côté de Regla, sur la rive est du port de la Havane[3] (voir photo ci-contre). Dans ce quartier, la culture populaire afro-cubaine est encore aujourd’hui très vivace. La Santeria y est l’objet d’une grande ferveur, et le nombre d’artistes y est impressionnant. « A Guanabacoa, tu soulèves une pierre et tu trouves un musicien ou un danseur dessous » dit souvent Flecha.

Enraciné dans cette culture populaire, Flecha a été formé sur le tas aux diverses formes d’expression artistiques qu’il maîtrise : chant, danse, percussions. « Il y avait toujours de la musique dans le quartier », se rappelle-t-il. Son premier professeur de chant a été Luis Santa Maria (Olosunde de son nom africain), qui est mort en 2000 à 97 ans. « Il me donnait des cours pratiquement dans la rue, d’oreille, même s’il enseignait aussi chez lui ». Parmi ses maîtres musiciens, on peut également citer Luis Chacon, Mario Aspirina et toute sa famille, ainsi que Ricardo Jauregui. Il a appris la danse avec Zenaida Hernandez, qui était premiére danseuse au Conjunto Folklorico Nacional. « C’était une voisine. Je la regardais tous les jours quand elle répétait ». Il a ensuite commencé à danser comme amateur, dès l’âge de 12 ans, dans un groupe appelé « Cumbaye ».

images fabrice flecha abakua2L’initiation religieuse est allée de pair avec l’apprentissage du métier d’artiste. « Luis Santa Maria était « place » (prètre) dans la religion Abakua. Moi aussi, vers 14-15 ans, j’étais déjà initié à la religion Abakua » (voir photo ci-contre, danse Abakua). Flecha assistait également fréquemment aux cérémonies des Orishas, car à côté de chez lui, habitaient des Santeros connus comme Margo San Lazaro, Abuelito Asoñaña ou Martina « Bicho Malo ». Et on sait l’importance de la musique, du chant et de la danse dans ces rites. « On peut pratiquer deux ou trois religions différentes, on peut être à la fois Palero, Abakuá, Santero, ou Omo añá (fils du tambour sacré).

images fabrice flecha conjuncto1Flecha est aussi un enfant de la balle. Sa mère était première danseuse du Conjunto Folklorico Nacional (CFN). Il a donc baigné quotidiennement dans une atmosphère où la pratique artistique au plus haut niveau faisait pratiquement partie du quotidien. « Ma mère était l’une des fondatrices du CFN, et je me suis mis naturellement à ce type de danse » (voir ci-contre, spectacle du CFN). L’une de ses premières grandes émotions esthétiques est ainsi d’avoir assisté, à 12 ans, à une œuvre de théâtre intitulé « Maria Antonia », dirigée par Roberto Blanco, avec la collaboration du Conjunto Folklorico Nacional. « C’était l’histoire d’une femme de mauvaise vie, très forte, courageuse, capable de se battre et de tuer pour se défendre. Une œuvre très complète sur le plan artistique, avec de la tristesse, de la gaieté aussi ».

Des débuts précoces dans la carrière artistique

images fabrice flecha flechatambours1Après ses premiers essais avec le groupe Cumbayé, Flecha a rapidement développé sa carrière artistique, devenant professionnel à plein temps à partir de l’âge de 17 ans. Il a joué devant des publics très variés : touristes, mais également membres du Gouvernement, dont Fidel et Raul Castro.

Il a fréquemment participé, entre 12 et 20 ans, au festival de Wemilere, à Guanabacoa, où se rencontrent groupes amateurs et professionnels. Il a également été employé par l’école du Conjunto Folklorico Nacional, pour accompagner des classes de danse pour les étrangers.

images fabrice flecha papuchoflelchaVers 1985-1986, il continue sa vie professionnelle dans la compagnie Turismo et avec le Grupo Mulemba, où travaillait également Juan Carlos Pedroso « Papucho », qui est un très bon ami de Flecha et habite lui aussi aujourd’hui à Genève (voir photo ci-contre, Flecha en compagnie de Papucho).

En 1988, il rejoint l’armée où il reste un an et demi. Il y intègre un groupe de danse et de percussions, ainsi qu’une équipe de football. Son retour à la vie civile coïncide avec la trop fameuse « période économique spéciale », si dure pour la plupart des cubains, mais qui fut pour lui une période dorée, puisqu’il travaillait dans la compagnie de danse « Turismo », qui, comme son nom l’indique, se produisait essentiellement devant des touristes étrangers.

Lancé dans la carrière

A partir du début des années 1990, la carrière de Flecha va prendre son envol. Il réalise de nombreux enregistrements de disques, se produit en « live » dans des concerts et des festivals, part en tournées à l’étranger, participe à des pièces de théâtre et fait de nombreuses apparitions à la télévision cubaine en tant que chanteur et danseur. Enfin, il développe son activité d’enseignement.

images fabrice flecha flecharossC’est avec le groupe de Lazaro Ros, un des Apwon (chanteur) de style Yoruba les plus connus, qu’il a réalisé la plus grande partie de ses enregistrements : une quinzaine au total, consacrés pour la plupart la musique des Orishas, et dont l’un a même reçu le Cubadisco, une récompense très appréciée dans le pays (photo ci-dessus, Flecha avec Lazaro Ros). Mais il a également accompagné comme percussionniste plusieurs autres artistes tels que Gonzalo Rubalcaba, Chucho Valdes (avec notamment un CD enregistré en compagnie du groupe Irakere et nominé aux Grammys), et Orlando Rios (voir photo ci-dessous), avec lequel il a participé au projet de CD « Cuando los espiritus bailan mambo ».

images fabrice flecha orlandoriosIl s’est produit à plusieurs reprises au festival de jazz de la Havane, accompagnant, entre autres, Chucho Valdes et Jovany Hidalgo. Son meilleur souvenir ? « En 1998 j’ai accompagné comme percussioniste le projet de Chucho Valdés, Irakere et Lazaro Ros « Cantata a Babalú », c’était grandiose ! ».

images fabrice flecha flechaorchestrerossIl a participé, avec Lazaro Ros et son groupe Olorun, à de nombreuses tournées, en France, en Espagne, au Venezuela, au Mexique. Il se souvient notamment avec bonheur de sa tournée espagnole de 1997. « Nous avons joué dans plein de villes, comme Segovia ou Cordoba. Nous avons travaillé dans de très grands théâtres, comme l’Alhambra de Madrid » (voir photo ci-contre, Flecha et les musiciens du groupe Olorun).

Il a également eu une importante activité théâtrale, ou plus exactement de théâtre dansé, dont il assumait la partie musicale et chorégraphique aux côtés de comédiens. On peut citer, par exemple, « Babbalu Aye », spectacle de danse-théâtre présentée et primé en 1994, au festival Wemilere de Guanabacoa. Il a enfin travaillé comme percussionniste au sein de la troupe du cabaret « Tropicana » (1991).

Flecha a aussi développé à cette époque son activité d’enseignement. Au début des années 1990, il travaille à la Escuela Nacional de Arte comme percussionniste et accompagnateur pour les élèves de danse. En 1998, il s’est rendu au Pérou, en tant que professeur invité à l’université de Lima pour y donner des cours de danse.

Fidélité à l’authentique culture cubaine

Flecha n’est pas un homme qui dénigre et qui exclut. Il est clair cependant, qu’entre toutes les formes d’expression musicales cubaines, sa préférence va à celles qui sont le plus proches de l’authentique culture populaire.

images fabrice flecha flechatambours2A propos de la Salsa ou le Reggaeton, Flecha reste assez peu dissert. « Le reggaeton ? Un nouveau style qui plait beaucoup à la nouvelle génération, J’apprécie « avec moderation » dit-il. Quant à La Salsa-issue du Son et de la Contradanza. « C’est une danse populaire, née dans la rue et apprécié de tous les cubains mais qui n’est pas une danse qui s’enseigne à l’école comme on peut apprendre les danses afro-cubaines ». Il affiche d’ailleurs une certaine distance par rapport à la façon dont la Salsa est parfois enseignée en Europe : « La salsa, comme toutes les danses dérivées de l’afro-cubain, nécessite une très grande maîtrise corporelle et rythmique. C’est sur celle-ci que repose, in fine, la richesse du mouvement. Or, la place accordée par les enseignants d’ici à cet aspect fondamental n’est souvent pas suffisante ». Conséquence logique et cette attitude réservée : bien qu’étant lui-même un excellent danseur de Salsa, Flecha ne cherche pas à enseigner cette danse, qui pourtant représente un « marché » des plus lucratifs pour les artistes cubains. « Cela me gênerait de rentrer là-dedans, je me sentirais un peu ridicule… Et tant pis pour l’argent, cela m’est indifférent ».

images fabrice flecha chanoppozoSa préférence va clairement aux formes d’expression à la fois plus anciennes et plus « authentiques » que sont la rumba, les danses des Orishas et le Son. « Je montre l’afro-cubain car c’est la culture qui a bercé les premières années de ma vie ». Ses artistes favoris sont d’ailleurs ceux qui font partie de cette mouvance. Parmi les disparus, Flecha voue un culte particulièrement fort aux chanteurs Luis Santa Maria Hernandez et Pedro Saavedra, aux percussionnistes Manolo Pedroso « Caravella », Chano Pozo (photo ci-contre) et Raul Diaz, ainsi qu’à Beni More. Parmi les artistes vivants, Flecha cite notamment Chucho Valdes, Arturo Sandoval, ainsi que Larissa Bacallao, une jeune chanteuse de 19 ans issue de la famille fondatrice de l’Orquesta Aragon, qui a notamment interprété de manière extraordinaire certaines succès de Whitney Houston

images fabrice flecha ogunochunFlecha souligne souligne souvent la très grande différence existant entre la rumba, très influencée par la culture populaire espagnole (Flamenco, Contradanza…), et les danses des Orishas, plus purement issues des traditions africaines. « La rumba est née dans le petit peuple de la Havane et de Matanzas, tandis que les cérémonies des Orishas ont été directement apportées par les esclaves africains. Elles symbolisent la nature, les animaux, la terre, le soleil, les attributs des Dieux, comme la hache et la pierre de foudre de Chango ou l’épée de Oya » (voir ci-contre, la danse de Oggun et Ochun, interprétée par Papucho et Sheila).

Flecha n’est pas pour autant passéiste. Il s’enthousiasme au contraire pour la forte vitalité artistique actuelle de Cuba. « Il y a beaucoup de nouveaux artistes aujourd’hui à Cuba, et beaucoup de groupes de bonne qualité. De ce côté-là, aucun problème, les cubains jouent de mieux en mieux. »

A Genève depuis 2003

C’est en 2003 que Flecha est arrivé à Genève, à l’invitation des Ateliers de Musicologie qui l’ont engagé en qualité de professeur pour enseigner la danse, le chant et les percussions dans le cadre de leur stages d’été dédiés aux musiques et danses du monde. Il a ensuite donné des cours de danse et de percussion et a participé à plusieurs spectacles et pièces de théâtre.

images fabrice flecha flechachaillotParmi ses très nombreuses prestations artistiques depuis son installation en Europe, il garde un souvenir particulièrement vif du spectacle sur le thème de la religion Abakua, donné à Paris à la fin 2007, avec un groupe de sept artistes cubains (danseurs, chanteurs, musiciens), auquel s’était joint un groupe du Nigeria[4] (voir photo ci-dessus). « J’ai pu ainsi constater que la religion Abakua avait été mieux conservée à Cuba que dans son berceau d’origine, le Nigeria, où elle s’est un peu perdue », explique-t-il. Autre très récente émotion : celle d’un spectacle de tambours et chant donné en avril 2010 à Toulouse à l’occasion d’un festival de Rumba, où Flecha a rencontré un public d’une ferveur exceptionnelle.

images fabrice flecha flechamonceIl va également assez souvent en Espagne pour animer des stages-festivals de rumba et chanter dans des fêtes religieuses en l’honneur des Orishas. « On leur donne des boissons, de la nourriture, on les honore avec les tambours sacrés bata ». Flecha le Santero possède en effet, un tambour, sacré, ce dont il semble tirer une grande fierté (voir photo ci-contre, Flecha en compagnie de la chanteuse Montse, qui est également son épouse).

Un pédagogue enthousiaste et efficace

images fabrice flecha cours2Flecha a des idées très précises sur la meilleure manière d’enseigner les danses populaires cubaines. Selon lui, il faut d’abord apprendre à maîtriser son corps, par des exercices de dissociation et de coordination rythmique. « Il faut dire à ton corps : tu fais, ceci, cela… C’est toi qui commande ton corps ». C’est un exercice particulièrement difficile pour les danseurs européens, qui n’ont pas été imprégnés très jeunes de cette conscience corporelle, ce qui exige de leur part un surcroît de travail. Or, ces aspects pourtant essentiels ne sont pas enseignés dans les cours de Salsa.

images fabrice flecha cours1J’ai rarement vu un enseignant de danse s’investir aussi profondément dans la relation avec l’élève, avec une sorte de passion amicale qui réchauffe le cœur : « Il ne faut pas dire que tu ne vas pas y arriver ou que c’est difficile, tu vas y arriver ». Mais cette attitude chaleureuse n’a rien à voir avec une indulgence paresseuse. Il repère en effet avec un regard aigu les défauts de l’élève. Alors les interpellations fusent, toujours amicales, mais insistantes : « Tu crois que tu fais comme moi ? Tu es bien sur ? Regarde encore !! ». Mais quand l’élève parvient enfin à réaliser une progrès ou à accomplir convenablement un exercice, ce sont cette fois les exclamations enthousiastes qui fusent, et notamment son  » Eso es, coño ! » qui est un peu à Flecha ce que le « Azucar !! » était à Celia Cruz.

images fabrice flecha wemilere1Flecha organise également fréquemment le dimanche après-midi des fêtes de rumba dans différents lieux de Genève, comme le cabaret Rive-Palace aux Eaux-Vives ou à l’Ethnic café dans le quartier de Jonction. Avec son groupe Wemilere (voir photo ci-contre et vidéos des répétitions, 1 et 2), il propose à un public d’afficionados – dont une large part est d’ailleurs d’origine cubaine – un cocktail exotique associant cours de Salsa et de Rumba, démonstrations de danse (Rumba. Abakua, orishas comme Ochun, Oggun ou Elegba, etc.) et concert de percussions et chant ; le tout entrecoupé de large plages de temps où le public – le terme ici est d’ailleurs impropre tant sont proches les artistes et les spectateurs constamment invités à faire eux-mêmes la démonstration de leurs talents – peut lui-même d’adonner aux joies de la Salsa et du Son

Un homme qui attire la sympathie

images fabrice flecha felchasouritFlecha est un bel homme, grand et doté d’une musculature imposante. Son beau visage noir est taillé à la serpe dans une matière virile, avec un nez en trompette, des lèvres charnues et rieuses, de grands yeux emplis de bonté. Sa danse est à la fois puissante, légère et, souvent, drôle. Il faut le voir, complètement déchaîné, chanter tout en jouant des percussions a un rythme endiablé, stimulant les autres musiciens pour qu’ils se haussent au même niveau d’énergie que lui-même, puis troquant en un instant, dans un seul bond impressionnant, ses talents de musiciens pour ceux de danseur… Oui, il faut vraiment l’avoir vu pour le croire.

images fabrice flecha flechapapuchoocchunIl sait aussi rassembler autour de lui, de manière généreuse et naturelle, ceux que la véritable culture afro-cubaine intéresse à Genève ou ailleurs (voir photo ci-jointe, avec ses amis les danseurs Papucho et Cheila). Je me souviens de ces merveilleux cours particuliers, où, en rentrant dans la salle, je me trouvais soudain en présence de batteurs de tambours et de danseurs professionnels amis de Flecha, réunis au hasard d’une visite amicale ou d’une répétition impromptue. Et soudain, mon cours « particulier » se transformait en une sorte de « fête pédagogique » où Flecha apprenait à la fois aux percussionnistes à accompagner les danseurs et aux danseurs à écouter les percussionnistes. Pendant ce temps, les professeurs amis de Flecha se mettaient eux aussi de la partie, dansant une rumba pour la plaisir ou donnant eux-mêmes des conseils aux élèves. Moments inoubliables de communion heureuse.

L’humanité de Flecha s’exprime aussi dans le sérieux avec lequel il prend son rôle de père de famille. Marié depuis 2003 -« le jour de la Saint-Lazare, précise-t-il »[5] avec Montse une jeune femme espagnole qui participe également aux prestations de son groupe en tant que chanteuse, il a trois filles : à Cuba, Yamile de la Caridad, âgée de 17 ans, et Yanet de las Mercedes, de deux ans plus jeune que sa sœur ; à Genève, une petite fille de 5 ans, Anais Concepción, qu’il a eu avec Montse. En les évoquant, il a pour chacune d’elle un mot tendre. De son aînée Yamile, il semble tirer un grand plaisir à évoquer ses talents artistiques : « Elle danse déja merveilleusement, mais c’est seulement pour le plaisir. Quant à Montse, il exprime volontiers son amour pour elle :« c’est la personne dont je suis le plus proche au monde ».

images fabrice flecha flechabarcelone2Flecha est aussi plein de projets, dans une époque qui pourtant ne se prête pas bien à la reconnaissance des artistes lorsqu’ils ne sont pas protégés par de puissants labels de disques. Mais il faut le voir évoquer avec tant d’enthousiasme sa dernière rumba genevoise ou sa dernière célébration d’Ochun à Madrid ou le dernier festival de rumba de Barcelone (voir photo ci-contre) pour prendre la mesure de la force vitale qui l’anime, et qui lui permet de toujours avoir en réserve un bon souvenir, une espérance, un projet…

images fabrice flecha wemilere2Mais la qualité qui couronne le tout est l’empathie presque naïve qui émane de Flecha. Jamais, depuis un an que je le connais, je ne l’ai entendu dire du mal de quelqu’un. Au contraire, il semble projeter sur les autres humains un regard empli de bonté. Il aime donner, sans toujours demander en échange, en particulier de l’argent, puisqu’il laisse chaque élève déterminer la rétribution de ses cours en fonction de ses propres moyens. Il aime aider ceux dont la démarche – artistique notamment – le touche. Et il apporte ainsi à ceux qui l’entourent un sentiment accru de sécurité et d’estime de soi. Et pour eux, il ré-enchante ainsi le monde, qui en a diablement besoin.

Fabrice Hatem

 

[1] Un Santero est un pratiquant éclairé de la Regla de Ocha. Sans pour autant avoir atteint le grade de prêtre (Obba), il peut participer activement à l’animation de certaines cérémonies religieuses (par exemple en battant les tambours sacrés Bata) ou bien pratiquer la divination.

[2] Pourquoi ce surnom de Flecha ? « Quand j’étais petit, à 9-10 ans, je faisais de l’athlétisme. Je courais très vite. Alors quelqu’un a dit un jour : « C’est une vraie flèche, ce Reinaldo » ; et le surnom, depuis, ne m’a plus jamais quitté ». [3] Le nom du quartier vient d’une tribu indienne qui habitait là avant la colonisation espagnole : les Guanacabibe, qui furent massacrés jusqu’au dernier par les nouveaux maîtres des lieux. [4] Echu Aye, musique Yoruba de Cuba, Abakua et Ekpe réunis au quai Branly. Décembre 2007. [5] Saint Lazare est l’équivalent catholique d’un puissant Orisha ; nommé Babbalu Aye.
Un mini -lexique sur les grands auteurs de la littérature cubaine

Un mini -lexique sur les grands auteurs de la littérature cubaine

Image L’amateur de salsa cubaine peut également souhaiter acquérir quelques rudiments sur la très riche littérature du pays. Cette fiche technique présente à cet effet quelques noms d’écrivains cubains ou liés à Cuba, parmi les plus connus d’entre eux (photo ci-jointe : José Marti).

Arenas, Reinaldo (1943-1990). Poète et romancier cubain, opposant au régime castriste, homosexuel, emprisonné à plusieurs reprises pour « déviation idéologique », Reinaldo Arenas finit par se réfugier aux Etats-Unis où il mourut du Sida en 1990. Un très beau film, Before the night falls, a été réalisé sur lui par Julian Schnabel. Parmi ses œuvres majuers, on peut citer le recueil de nouvelles Pentagonia, écrit entre le milieu des années 1960 et la fin des années 1980.

http://en.wikipedia.org/wiki/Reinaldo_Arenas

Barnet, Miguel (1940- ). Cet écrivain et ethnographe cubain est notamment connu pour ses ouvrages historiographiques racontant l’histoire du peuple cubain à travers la biographie d’individus représentatifs d’un groupe ethnique ou social. Parmi ses oeuvres majeures : Biografía de un cimarrón (1966), Galego (1983).

http://en.wikipedia.org/wiki/Miguel_Barnet

Cabrera Infante, Guillermo (1929-2005). Cet ex-partisan du régime castriste, tombé en disgrâce pour ses positions critiques, s’exila à Londres au milieu des années 1960. Son ouvrage le plus connu est Trois tristes tigres (1967).

http://en.wikipedia.org/wiki/Guillermo_Cabrera_Infante

Carpentier, Alejo (1904-1980). Un des maîtres de la littérature latino-américaine de l’après-guerre, Alejo Carpentier a notamment écrit plusieurs romans historiques sur les Caraïbes au tournant du XIXème siècle, comme El Reino de este Mundo (1949) et Le siècle des lumières (1962).

http://en.wikipedia.org/wiki/Alejo_Carpentier

Green, Graham (1904-1991). Le principal lien de cet auteur anglais avec Cuba est évidement son désopilant roman d’espionnage, qui fait revivre la ville de la Havane du régime de Batista : Notre Agent à la Havane (1958).

http://en.wikipedia.org/wiki/Graham_Greene

Gutierrez, Pedro Juan (1950 – ). Ce romancier cubain est notamment connu pour ses descriptions, crues et sans fard, de la vie dans les quartiers pauvres de la Havane, telles qu’on peut les trouver, entre autres, dans Trilogie Sale de La Havane (2001).

http://en.wikipedia.org/wiki/Pedro_Juan_Guti%C3%A9rrez

Hemingway, Ernest (1899 – 1961). Ce romancier américain passa de longs moments de sa vie à Cuba, dans les années 1940 et 1950. Parmi celles de ses œuvres qui ont été inspirées par l’île et ses habitants, on peut citer notamment Le Vieil Homme et la Mer (1952).

http://en.wikipedia.org/wiki/Ernest_Hemingway

Lima, Josè Lezama (1910 – 1976). Ce poète et écrivain Cubain est notamment connu pour son roman semi-autobiographique Paradisio (1966).

http://en.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Lezama_Lima

Manet, Eduardo (1930 – ). Ecrivain et cinéaste cubain, auteur notamment de Rhapsodie Cubaine (1996).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Eduardo_Manet

Marti, José (1853 – 1895). Poète et journaliste, il a également été l’une des plus grandes figures du mouvement indépendantiste cubain, pour lequel il donna sa vie llors de la guerre d’indépendance.

http://en.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Mart%C3%AD

Sarduy, Severo (1937- 1993). Poète, romancier et auteur dramatique, il passa les vingt dernières années de sa vie à Paris où il mourut du Sida en 1993. Il est l’un des auteurs les plus connus de la littérature cubaine du XXème siècle.

http://en.wikipedia.org/wiki/Severo_Sarduy

Valdès, Zoé (1959 – ). Ecrivain cubaine, vivant à Paris, elle décrit le quotidien difficile et désabusé des cubains d’aujourd’hui dans des romans tels que Le néant quotidien (1995) ou La douleur du dollar (2000).

http://en.wikipedia.org/wiki/Zo%C3%A9_Vald%C3%A9s

Pour une vision d’ensemble sur le thème de littérature cubaine, on pourra également consulter le lien suivant : http://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rature_cubain

Fabrice Hatem

Flecha, le magicien des tambours

Madeline Rodriguez : Jeter un pont entre Toulouse et Cuba

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Madeline Rodriguez forme aujourd’hui, avec son partenaire Mario Charon, l’un des couples les plus emblématiques de la danse cubaine en France. A l’occasion du Festival CubanAlpes des 22 et 23 Janvier dernier, Fabrice Hatem a réalisé sur elle un petit reportage que Fiestacubana vous livre ici.

Celui-ci comporte trois volets :

Une interview de Madeline Rodriguez (voir le texte ci-dessous)

– Une démonstration de Son avec Mario Charon

– Quelques images de leurs stages de Salsa et de Cha cha cha

VOLET #1 – Une interview de Madeline Rodriguez (voir le texte ci-dessous)

VOLET #2 – Démonstration de Son avec Mario Charon : Cliquez ICI.

VOLET #3 – Quelques images de leurs stages de Salsa et de Cha cha cha : Cliquez ICI

Préambule : La déesse et l’ignorant

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Dans mon esprit de Salsero débutant, Madeline Rodriguez avait rapidement acquis le statut d’un mythe. Plusieurs de mes professeurs m’avaient en effet spontanément mentionné son nom, ainsi que celui de son partenaire Mario Charon, comme ceux des danseurs les plus représentatifs d’une danse cubaine authentique et de qualité en France. A force d’en entendre parler, sans la rencontrer, elle était devenue dans mon imagination une sorte de demi-déesse presque inaccessible, un concept abstrait de la « vraie danse cubaine » sur laquelle les vidéos Youtube que j’avais avidement consultées ne m’avaient pas encore permis de mettre un visage très précis.

Et puis, un jour, en arrivant aux ateliers d’ethnico-musicologie de Genève (ADEM), pour prendre un cours de rumba avec mon professeur et ami Flecha, je vis, assise à côté d’un tambour, une très jolie femme métisse, très brune, au visage fin et aux très longs cheveux noirs et bouclés. Elle me regarda en souriant et en battant le rythme pendant que je m’essoufflais à exécuter quelques mouvements indiqués par Flecha, sur la musique des tambours de son groupe Wemilere presqu’au grand complet – c’était aussi un jour de répétition -. Puis elle me manifesta par le regard le désir de danser avec moi, se leva et commença une rumba.

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Je fus d’abord très gêné, car je me rendis rapidement compte que cette très jolie femme était aussi une excellente danseuse, et que je n’étais qu’un vieux débutant. Mais cette impression très pénible de ne pas « faire le poids » fut rapidement dissipée par les amicaux encouragements prodigués par Flecha et Papucho, par le rythme obsédant des tambours de Wemilere, et surtout par le constant soutien amical de ma partenaire, qui ne manqua pas une seule occasion d’exprimer son approbation et son plaisir devant mes très pauvres et très imprécises tentatives chorégraphiques.

J’arrivais donc, un peu rassuré, à la fin de cette rumba mémorable. Je sortis un instant dans la cour de l’ADEM pour y fumer une cigarette, et j’y retrouvais ma charmante et amicale partenaire qui partageait ce petit vice avec moi. La conversation qui s’engagea alors donna à peu près ceci :

(Moi) – Tu aurais une cigarette pour moi ? Je les ai oubliées.
(Elle) – Oui, bien sur, tiens.
(Moi) – Dis donc, tu danses drôlement bien !! Ca fait longtemps que tu fais de la rumba ?
(Elle) – Oui, j’ai appris toute petite, à Cuba.
(Moi) – Ah, bon !! Tu es cubaine ?
(Elle) – Oui, je viens de Cienfuegos.
(Moi) – Et ça fait longtemps que tu es en France ?
(Elle) – A peu près quinze ans. J’habite Toulouse.
(Moi) Ah bon. Et il y a des bons profs de salsa, là- bas ?
(Elle) – Oui, c’est assez actif, très jeune. Ca bouge bien.
(Moi) – Et comment tu t’appelles ?
(Elle) – Madeline.
(Moi) – Madeleine ?
(Elle, toujours souriante) – Non, Madeline. Madeline Rodriguez.

Si la lumière avait un peu tardé jusque-là à se faire dans mon esprit enténébré, elle le fit à ce moment avec la force de l’éclair. Je fus comme foudroyé par un sentiment mêlé de surprise, de joie, et aussi de honte devant mon ignorance crasse et la naïveté de mon comportement. Mais je conçu également depuis ce moment un très fort sentiment de reconnaissance et d’affection pour Madeline. Celle-ci n’était pas seulement une grande danseuse, mais aussi une femme gentille, simple, généreuse et patiente.

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C’est pourquoi, lorsqu’un an plus tard j’entrepris la réalisation de ma série de documentaires sur les danseurs d’afro-cubain en France, Madeline figura tout naturellement en tête de mes priorités. Je repris contact avec elle – grâce notamment à mes amis de FiestaCubana – et je fus l’interviewer, la photographier et la filmer à l’occasion du festival CubanAlpes des 22 et 23 Janvier derniers à Grenoble. J’ai le plaisir de vous livrer ici le résultat de ce travail.

Diplômée de L’Ecole Nationale des Arts de la Havane en danse afro-cubaine et traditionnelle, ex-première danseuse du ballet Guanaroca de Cienfuegos, Madeline est arrivée en France en 1994. Elle s’est installée à Toulouse où elle poursuit une activité de danseuse, de chorégraphe, d’enseignante qui l’amène à se produire dans de très nombreux festivals, stage et spectacles de danse cubaine partout en Europe et dans le reste du monde. Le couple artistique qu’elle forme avec Mario Charon constitue une référence majeure pour les amateurs européens de Son et de Salsa.

Comment es-tu arrivée à la danse ?

Dans ma famille, personne ne dansait, mais depuis toute petite, j’aime danser. Je ne faisais que danser, danser… Ma mère disait :  » C’est la danseuse de la famille ». On me faisait danser devant les repas de familles.

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Et à l’Afro-cubain ?

Je baigne dans la danse folklorique afro-cubaine depuis que je suis née. Je vivais dans un quartier où toutes les semaines il y avait des cérémonies religieuses. Toute petite, je dansais avec les tambours et j’ai acquis depuis ce moment les réflexes de la danse afro-cubaine. Bien sur, ensuite je l’ai étudiée professionnellement, mais j’avais déjà intégré beaucoup de choses depuis mon enfance.

Peux-tu évoquer quelques souvenirs de ta scolarité à l’ENA ?

C’était une période heureuse de ma vie. Je n’ai eu que des bons souvenirs. J’étais avec mes camarades de classe, on dansait, on riait.

Ma professeur préférée, que j’ai beaucoup admirée et dont je me suis beaucoup inspirée dans ma danse, s’appelle Nieves, Nievecita. C’est elle qui m’a enseigné l’afro-cubain. C’était une personne âgée, mais avec beaucoup de talent, de connaissances, d’énergie. Quand elle dansait, elle rentrait dans son personnage, elle était possédée. Elle avait aussi une technique formidable de la danse. Je pense encore souvent à elle.

Ma thèse de fin d’études a été un grand souvenir. C’est la que l’on montre tout ce que l’on a appris à durant la scolarité. C’est un moment déterminant. A l’ENA, on fait de tout : de la danse classique, moderne, des danses sociales, de l’afro-cubain, et à la fin on choisit une matière. Ma thèse était une chorégraphie de danse contemporaine décrivant les différentes étapes de la vie, depuis la naissance jusqu’à la mort. J’étais évidemment très tendue, puis très soulagée et heureuse, ainsi que mes professeurs, quand le jury a apprécié mon travail.

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Quel est le spectacle dont tu es la plus fière ?

C’était au théâtre-hôtel de Cienfuegos. J’ai été la première à y danser une œuvre afro-cubaine contemporaine intitulée La India Guanaroca. Celle-ci évoque les indiens qui habitaient dans cette région de Cuba avant la colonisation espagnole et qui lui ont résisté. C’était juste après mon diplôme, j’étais venue faire mes deux années de service social dans la ville et on m’a proposé de danser ce personnage.

Quels sont tes meilleurs souvenirs en Europe ?

J’ai fait beaucoup de tournées avec l’association Cubamemucho, ce qui m’a permis de rencontrer de très grands artistes et danseurs. Cela me fait plaisir de voir que l’on aime ces danses dans de nombreux pays en Europe, par exemple dans les pays de l’est, comme en Russie. La Russie est un pays fort, qui était très présent à Cuba, et je suis heureuse de voir autant d’Européens – disons-le clairement, de Blancs – s’intéresser à ma culture afro-cubaine, partout où je vais l’enseigner

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Et en France ?

Mon meilleur souvenir est la naissance de mes enfants : Milena, Rosana et Victor. Cela a été énorme pour moi.

J’ai aussi des anecdotes amusantes par rapport à l’apprentissage du Français, une langue très belle, mais également très difficile à apprendre. Par exemple, je croyais que le mot piña (ananas) se traduisait naturellement par « pine » en français : Un jour, j’étais au restaurant, et j’ai demandé au serveur : « vous avez de la pine, pour moi ? Oui madame, est-ce que vous la voulez avec ou sans les c… ? ».

Toulouse est une ville qui me correspond beaucoup, où j’ai trouvé beaucoup de chaleur humaine, et qui bouge beaucoup aussi. En 1994, il y avait là-bas quatre cubains au maximum. Maintenant, il y en a peut-être mille. Il y avait peu de monde qui s’intéressait à l’afro-cubain il y a 15 ans, quand j’ai commencé à essayer de l’implanter dans la ville rose. Mais j’ai lutté, j’ai lutté, et cela me fait plaisir de voir que cela a pris de l’ampleur.

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Peux-tu parler de ta collaboration avec Mario Charon ?

Mario a été ma meilleure rencontre artistique de ces dernières années. Il est ancien premier danseur du Conjunto Folklorico de Santiago de Cuba. Je cherchais un partenaire de danse depuis assez longtemps, et j’ai trouvé cette complicité avec Mario. C’est au cours du festival Aqui Cuba à Rennes que je l’ai rencontré, il y a 4 ou 5 ans. On nous a proposé de danser ensemble alors que nous ne nous connaissions pas. Et j’ai immédiatement senti une forte connexion avec lui. Je voulais rester collée dans ses bras. Et depuis, nous nous entendons très bien. Que cela soit au niveau du guidage, de la compréhension ou du travail chorégraphique, cela passe tout seul. On met un peu de lui, un peu de moi, et ca fait quelque chose de bien.

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Quelles sont tes villes préférées ?

Je suis de Cienfuegos, plus exactement de Cruses, un petit village de la province de Cienfuegos. Bien sûr, j’aime ma ville d’origine. Mais cela fait des années que je suis en France et je me sens Toulousaine. Pour moi. Cienfuegos et Toulouse sont un seul pays, un seul peuple, je suis à la fois de Cienfuegos et de Toulouse.

J’aime beaucoup La Havane aussi, où j’ai beaucoup d’amis, comme Juan de Dios Ramos, le directeur du groupe folklorique Raices Profundas. Au cours des quelques semaines que Julien et moi venons de passer à Cuba, cet homme merveilleux de noblesse et de modestie, qui connaît tout le monde là-bas, nous a fait découvrir de nouveaux quartiers de cette ville, comme la Corea. C’est un faubourg pauvre, très excentré, mais où il y a une ambiance d’enfer. Nous avons dansé et joué la rumba comme des fous.

Quels sont tes Orishas préférés ?

J’aime tous les Orishas, mais ma préférée est Yemaya. Parce que c’est moi, c’est mon Orisha, mon sang, je me sens bien quand j’interprète Yemaya. Je suis entièrement dedans.

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Quels sont les principaux traits de caractère de Yemaya ?

Il y en a plusieurs – la douceur, l’énergie, la nervosité aussi. C’est la mer dans tous ses états qui se transpose dans son caractère. Elle est douce comme une mer calme, mais peut aussi s’agiter pour finir par une terrible tempête.

Quelles sont les principales difficultés techniques pour interpréter ce rôle ?

La principale difficulté est de rentrer dans le personnage. On peut acquérir les pas, la technique en travaillant, mais le plus difficile est de rentrer dans l’expression du personnage, et ce quel que soit l’Orisha. Quand je danse Yemaya, ou un autre Orisha, je suis ailleurs, comme dans une transe, mon corps est comme possédé.

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Quels sont tes souhaits pour le développement de l’afro-cubain en Europe ?

Le travail de danse afro-cubaine est absolument fondamental pour bien danser la Salsa, le Cha-cha-cha, le Mambo, le Mozambique. Cela permet de libérer le corps et je suis contente de voir que cela prend de l’ampleur. Mais il faut laisser travailler les gens qui connaissent vraiment le sujet, qui ont des années d’étude, des diplômes… il y a beaucoup de gens qui profitent de notre culture cubaine pour faire de l’argent. Ils arrivent, disent « je suis prof », et ils font n’importe quoi. Il faut arrêter cela.

Quels sont tes projets actuels ?

Je vais faire un travail chorégraphique sur la rumba avec Mario et sur l’afro-cubain contemporain. J’ai un projet avec Julien Garin, qui est aussi mon compagnon, pour associer l’afro-cubain et le contemporain, autour notamment du personnage de Yemaya. Bien sur, je vais aussi continuer le Son.

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Peux-tu nous parler du projet Okotodanse ?

Okoto veut dire « Yemaya dans tous ses états ». Cela va du calme de la mer plate à la tempête déchaînée. Il s’agit d’un projet que j’ai mis en place à Toulouse pour y développer la culture afro-cubaine en faisant des échanges culturels entre Cuba, Cienfuegos et Toulouse, dans touts les domaines d’expression artistique et populaires afro-cubains : groupes de danse modernes et anciens, danse, musique, littérature, arts plastiques..

En deux mots, qu’est-ce que tu cherches à développer en priorité chez tes élèves ?

Qu’ils fassent appel à leur instinct de la danse. Qu’ils se lâchent, en essayant de ne pas trop réfléchir.

Propos recueillis par Fabrice Hatem

Pour visionner l’intégralité de l’entretien avec Madeline Rodriguez : Cliquez ICI.