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RONNYS de BAMBOLEO (ex TUMBAO HABANA) interprétant « Juan Pescao »
DAYAN avec PUPY y LOS QUE SON SON « Pirolo »
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CRISTIAN y REY avec EL CHARANGON D’ELITO REVE interpretant leur nouveau tube « JALA JALA »
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Âgé de 28 ans, issu d’une famille de forte tradition artistique, Jesus Larosa Perez a été pendant plusieurs années premier danseur soliste du Conjunto Folklorico de Oriente (CFO), l’un des trois compagnies de danse folklorique les plus prestigieuses de Santiago, avec les groupes Cotumba et Kokoye.
Il est à ce titre l’un des danseurs les plus en vue de la jeune génération des interprètes de Rumba, d’Afro-cubain et d’Afro-Haïtien à Santiago de Cuba. Dans les très belles chorégraphies du CFO, il se détache par le caractère à la fois très énergique et félin de sa danse.
Au moment où il s’apprête à entreprendre une carrière indépendante à l’extérieur du CFO, j’ai pu le rencontrer par l’intermédiaire de Fabien Figueres, qui répète actuellement avec plusieurs compagnies professionnelles de Santiago.Fabien est également l’auteur des vidéo dont sont tirées les photos de danse de cet article (photo ci dessous : rumba dansee par Jesus).
Une famille d’artiste
Je m’appelle Jesus Larosa Perez. J’ai deux surnom artistiques : Jesusito et Chango – celui sous lequel je suis le plus connu. En effet, le personnage de Chango est l’Orisha qui m’a donné le plus de popularité, de force dans le monde du folklore.
Dans ma famille, tout le monde était artiste. Ma mère et ma tante étaient danseuses, ce sont elles qui m’ont formé. L’époux de ma tante était également danseur à la compagnie Cotumba. Mon père, Jesus Larosa Maturel, était percussionniste c’est lui qui m’a donné les premiers cours dans cette discipline. Mon grand-père maternel, Wiliberto Perez Bonnet, était un aficionado de danses populaires : Danzon, Danzonette, Son, Cha Cha Cha. Mon grand-père paternel, Julio Grinon « El rompe coco », mort il y a deux ans, était chanteur de Columbia et de Yambu.
Dès l’âge de 6 ans, je dansais, mais c’était plutôt de la danse populaire : Cha Cha Cha, Mambo, Son, Mozambique, danses populaires d’Amérique latine. J’ai fait mes premiers pas de danse dans les escaliers d’un immeuble du district José Marti[1]. Puis j’ai commencé à danser le folklore vers l’âge de 8 ans. Mon premier professeur a été ma mère Darys Perez Prades, surnommée La Mora, qui était aussi première danseuse du groupe Cotumba. La seconde a été ma tante, Silva Vilma Peres Prades. J‘ai eu ensuite d’autres professeurs, mais ces deux-là sont celles qui ont eu le plus de force pour moi (deux photos ci-dessous, danse de Palo par le CFO avec Jesus en soliste).
Je suis ensuite rentré dans le groupe aficionado (amateur) Corazon Nino, qui a ensuite porté plusieurs autres noms : Adiro Omadi, puis Syntesis, puis Mi Okan Olofi. C’est là que je me suis vraiment formé. Cela a été une de mes meilleures expériences : nous avons gagné des concours au niveau national puis international (festival Wemilerede Guanabacoa)…
Le directeur du groupe Cotumba, Papo Sanchez, m’avait repéré dès l’âge de 14 ans, mais j’étais alors trop jeune pour rentrer dans la compagnie. Vers l’âge de 19 ou 20 ans, la directrice du CFO, Milagro Ramirez, qui m’avait vu danser dans la maison de ma tante, m’a fait rentrer au CFO.
Une formation empirique
Mais formation de danse est empirique. Je ne suis allé dans aucune école. Mais j’ai beaucoup étudié, et, comme je te l’ai dit, je viens d’une famille d’artistes. J’ai fait beaucoup de recherches personnelles sur la culture et les danse afro-cubaine : je suis allé à la Havane pour mieux connaître la culture Yoruba, à Matanzas pour enrichir mes connaissances sur les cultes Arara et le Carabali. Beaucoup de danseurs académiques n’ont pas fait de recherches personnelles comme je l’ai fait (deux photos ci-dessous, danse de Columbia par le CFO, avec Jesus en soliste).
J’ai ensuite passé les examens d’accréditation pour accéder aux grades de danseurs qualifiés et de professeur. Et je suis aujourd’hui au sommet de cette hiérarchie qui en comporte sept : je suis premier danseur soliste et maître de première catégorie. Ces reconnaissances permettent, entre autre d’obtenir de meilleurs salaires. Par exemple la salaire d’un premier danseur soliste (catégorie la plus élevée des professionnels, ndrl) est trois fois plus élevé que celui d’un danseur non évalué (catégorie la plus basse). Mais, pendant longtemps, j’ai été payé comme danseur de 3ème niveau alors que j’étais déjà officiellement reconnu comme danseur de premier niveau.
En plus d’être premier danseur et premier maître au CFO, je suis percussionniste, chanteur et chorégraphe
Un répertoire très large, incluant l’Afro-Haïtien
Au sein du CFO, nous dansons un répertoire très large : afro-cubain, rumba, bien sur, mais aussi afro-franco-haitien avec la tumba francesa, le Gaga et le Petro.
Ces danses folkloriques, notamment les danses haïtiennes, d’origine africaine, comme la Vaudou, se dansent de manière plus crue, forte quand elles sont interprétées à l’occasion d’un rite religieux, mais de manière plus suave dans leur version artistique (deux photos ci-dessous, danse de Gaga par le CFO. avec Jesus et son frere Alexis en duo de solistes).
La Tumba francesa a deux aspects, d’une part, ce sont des associations d’entraide et de loisir des africo-descendants d’origine haïtienne, avec leur hiérarchie qui reflète un peu celle des cabildos, les nations africaines, avec leurs rois, leurs reines, leur princes, etc. Mais le terme désigne également un ensemble de danses. Certaines d’entre elles sont d’inspiration très nettement africaine, comme la Yusa et le Frente. D’autres, comme le Mason, sont un mélange de danses de sociétés françaises, comme le menuet et de rythmes africains : les esclaves imitaient la manière de danser de leur maîtres. Il y a plein d’autres danses moins connues, comme par exemple le Guiro qui est né à Villa Clara…
Danse et possession
J’ai moi-même interprété tous les styles : le Vaudou, la Conga, la Rumba. Mais j’ai toujours voulu interpréter le personnage de Chango. Je suis d’ailleurs fils de cet Orisha dans la religion. Pendant que j’étais au CFO, j’ai été le seul à tenir ce rôle. Il y a beaucoup de bons danseurs d’Orishas à La Havane, mais quand j’ai interprété Chango au Théâtre Mella, il y 6 ans, j’ai eu beaucoup de succès. C’est l’un de mes meilleurs souvenirs.
Il m’est arrivé à plusieurs reprises dans la religion de me faire chevaucher par Chango (Ndlr : entrer en transe). Cela s’est aussi produit, de manière moins violente, sur la scène.
L’entrée en transes est quelque chose de très différent dans la religion des esprits et dans celle des Orishas. Dans le premier cas, le coup est immédiat, très fort. On ne peut plus respirer. L’esprit du Mort te pénètre, prend possession de ton corps, mais tu restes conscient. Tu es chez les Morts, mais tu vois ce qui se passe autour de toi.
Dans les Orishas, cela vient de manière plus progressive. On ressent une chaleur intense, on a l’impression d’enfler, de grandir démesurément, on a la sentiment d’être très puissant, très fort, de pouvoir faire des choses que l’on ne fait pas habituellement. Ta tête se met à trembler. Tu as du mal à respirer. Le Saint s’approche alors de toi, rentre dans ton espace. Puis tu perds connaissance lorsque le saint te chevauche, et l’Orisha fait ce qu’il veut de ton corps.
Sur scène, il n’est arrivé d’expérimenter aussi cette sensation. Elle n’était pas aussi puissante, mais j’ai quand même descendu les étages des coulisses où je me trouvais de demi-étage en demi-étages, au point que depuis ce jour on m’appelle « Chango ascenseur ». (deux photos ci-dessus : danse de Rumba par le CFO, avc Jesus en soliste).
Des mythes à la chorégraphie
J’ai également une expérience de chorégraphe. La chorégraphie dont je suis le plus fier est celle des solos d’Oggun, au théâtre Heredia de Santiago, il y a deux ans un présence des meilleurs chorégraphes de Cuba, qui avaient été invités pour le 50ème anniversaire de la compagnie.
Il y a beaucoup de chorégraphies impliquant Chango, Oggun et Ochun. Contrairement à ce que l’on croît, la première guerre entre Chango et Oggun n’est pas lié à une histoire de femmes. Tu connais les différents Patakin sur les rivalités entre Oggun et Chango. Dans l’un Chango hait Oggun, car il a commis l’inceste avec leur mère Yemaya. Dans un autre, c’est Oggun qui hait Chango parce que celui-ci lui a pris sa femme Oya. Et puis, bien sur, il y a la rivalité entre les deux mâles pour Ochun, qui est la maîtresse des deux, mais préfère visiblement Chango à Oggun.
C’est en fait Elegba, le Dieu facétieux du Destin, qui a provoqué la première guerre entre Chango et Oggun. Jusque là, les deux étaient bons amis. Mais Elegba a une face rouge et une face noire. Un jour il est passé entre les deux Orishas. Chango a dit : Elegba a la figure rouge. Et Oggun a dit : non, il a la figure noire ! Aucun ne voulait en démordre, alors ils ont fini par se disputer et par se battre.
Et sais-tu pourquoi Ochun porte une couronne dorée ? En fait, elle convoitait la couronne rouge de Chango, son amant. Alors, pour la lui prendre, elle l’a invité un jour à se baigner nu, avec elle, dans la rivière, Chango s’est déshabillé, il a rejoint Ochun et ils se sont baigné ensemble. Pendant ce temps, Ochun a envoyé son ami le vautour pour voler la couronne de Chango. Mais il celui-ci s’était parfaitement rendu compte de la manigance d’Ochun. Alors, il lui a dit : « tu peux prendre ma couronne et même lui donner la couleur qui te plaît. Mais ma vraie couronne, ce n’est pas un simple objet, elle vient de ma majesté divine ». Et, par magie, il fit apparaître une nouvelle couronne rouge dont il se revêtit, tandis que celle qu’il avait laissé Ochun lui voler prenait la couleur jaune et dorée, la préférée de la déesse.
Les projets actuels
Je viens de prendre mon indépendance du CFO. La vie des artistes ici est difficile, et la reconnaissance économique de notre travail est très limitée. Les questions de survie matérielle sont si obsédantes qu’elles parasitent la création artistique. Je souhaite développer des projets personnels avec une bonne efficacité. Je prépare en tant que chanteur un CD intitulé « Rumba de Hoy ».
Alexander Abreu est probablement l’artiste cubain le plus populaire au sein du public français depuis ces 3 dernières années. Grâce à son talent exceptionnel mais aussi à son immense générosité il a su conquérir le cœur des salseros et a fait l’unanimité Il gagne avec son orchestre de stars HABANA D’PRIMERA le prix ‘Opera Prima’ au festival Cubadisco 2010 pour l’excellent CD « Haciendo Historia » mais surtout il rafle tous les prix des FIESTACUBANA AWARDS comme Révélation de l’année en 2008, puis comme Meilleur CD, Meilleur Chanson, Meilleur Chanteur, Meilleur Concert de l’Année en 2009. Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier cet artiste et cette personnalité surprenante qui est apparue comme une étoile filante au grand public en seulement 3 ans. Pourtant, si Alexander se donne beaucoup, le connaît-on vraiment ?
Pour ceux qui suivent depuis longtemps la scène musicale de Cuba, son succès n’a rien d’une surprise car Alexander (comme on l’appelle simplement) enflamme les scènes de la Timba depuis 1994 avec d’abord Manolin et surtout Paulito FG y su Elite ! Mais on ne l’attendait pas comme l’un des chanteurs les plus appréciés du public.
Alexander Abreu apparaît en quelque sorte comme une réincarnation de Louis Armstrong, trompettiste génial dont la voix, les paroles poétiques, l’interprétation et le génie musical on charmé tous les publics, entre Son Traditionnel Cubain, Latin-Jazz et Timba.
C’est en France, grâce aux DJs Européens et au Festival Aqui Cuba, qu’Alexander Abreu explose auprès du public avec la chanson mythique « Mi Musica » qu’il interprète avec GRUPO DANSON. Mais c’est un concours de circonstances qui le pousse à lancer son propre groupe En 2006 Issac Delgado émigre en Floride et laisse derrière lui un orchestre de tout premier plan, composé des meilleurs musiciens de Cuba. Alexander Abreu saisit l’opportunité et regroupe ce collectif d’étoiles de la Timba HABANA D’PRIMERA est né et va continuer à écrire les meilleures pages de l’histoire de la musique cubaine.
Alexander Abreu a bien voulu passer le temps nécessaire lors d’un entretien exclusif avec FiestaCubana.net pour revenir sur son parcours, sa carrière et pour partager sa vision de la musique cubaine.
Interview réalisée en 8 parties par Leonel « El Farandulero Mayor » a La Havane le 10 Mai 2010 :
Partie 1 Les Origines d’Alexander Abreupubliée le 25 Juin 2011
Leonel : Bonsoir, Nous somme ici chez ce maitre de la Musique Cubaine, le grand Alexander Abreu, directeur, compositeur, arrangeur, trompettiste et chanteur de ce groupe exceptionnel Habana D’Primera ! Comment ca va
Alexander : Ca va ! Il fait chaud et on bosse !
Leonel : Vous revenez récemment d’une tournée en Europe et en ce moment c’est Cubadisco. Aujourd’hui même nous avons appris que vous avez gagné le prix « Opera Primo » de Cubadisco. C’est un prix important et nous te félicitons pour ce prix mais aussi pour les 4 Prix de Fiestacubana.net, Meilleur CD, Meilleur Chanteur, Meilleur Chanson, Meilleur Concert de l’Année..
Alexander : En France
Leonel : En France et en Italie avec TimbaSocialClub.net ! Félicitations et nous espérons que tu vas continuer comme ca, convaincant les salseros que vous êtes les meilleurs !
Alexander : Juste nous essayons de faire de la bonne musique !
Leonel : Merci de nous recevoir chez toi. J’aimerais passer un moment avec toi afin que les Salseros te connaissent mieux. Qu’ils sachent d’où tu viens, ce que tu as accompli lors de ta carrière, quel est ton projet et où il se dirige. Ma première question est la suivante comme tu t’appelles Alexander Abreu je me demande si tu as une relation familiale avec Los Papines.
Alexander : Non ! Pas du tout ! Je viens d’autre part. Mon grand-père dit que le nom Abreu vient de la famille d’une maitresse d’esclaves qui a donne son patronyme a tous les noirs qui lui étaient assujettis. Si bien qu’au final il y a une relation par ce biais. Et même si ce n’est pas le même sang qui coule dans nos veines, Los Papines sont de très bons musiciens et ce sont aussi des Abreu. (Alexander salue Los Papines).
Leonel : Mais tu n’as pas enregistré sue le disque de Sello L.A. (les neveux de Los Papines) « Tranquilo Sin Lio » Alexander : Si ! Oui j’ai enregistre ce disque…
Leonel : Du coup tu as quand même un petit lien avec Los Papines, ou du moins leur enfants ou neveus.
Alexander : Surtout qu’il s’appelle aussi Alexander Abreu (Alexander Abreu Chantes bassiste et Directeur de Sello L.A.)
Leonel : C’est pour ca qu’il peut y avoir une confusion.
Leonel : Tu es de La Havane ou d’une autre province
Alexander : Je suis de Cienfuegos, du quartier de Pueblo Griffo, un quartier d’une ville très belle. J’ai commencé à étudier la musique depuis l’âge de 5 ans. Mon grand-pere jouait de la guitare et mon oncle, ma mere etqient tous de musiciens, pas des musiciens de formation académiques mais plutôt autodidactes avec beaucoup d’inspiration. Ils m’ont inculques beaucoup de choses, ils m’on appris la guitare… En fait j’ai d’abord fait du sport, j’ai été sportif. A laquelle ou je pratiquais le sport, à la fin de l’année ils m’ont offert une flute. Une petite flute comme ca, et avec ca, du haut des mes 8 ans, j’ai commencé à faire de la musique. Apres ca je suis entré à l’école de musique, au conservatoire Manuel Saumell de Cienfuegos. Je voulais être flutiste, pas la trompettiste. J’avais une flute et je voulais étudier la flute mais comme il n’y avait pas beaucoup de professeurs, j’ai du commencer à étudier le trompette !
Après quelques années, ma carrière m’a conduit à La Havane pour étudier la flute mais comme je m’étais habitué à la trompette je n’ai pas souhaité l’abandonner.
J’ai étudié 4 ans à Cienfuegos et après j’ai arrêté la musique pour un moment. Je suis allé à une école normale à la campagne. C’est quand je suis revenu de la campagne que j’ai décidé de passer l’examen d’entrée a L’Ecole Nationale des Arts (Escuela Nacional de Arte). Et de là commence une nouvelle vie. Mais il y a un doute que j’aimerais clarifier parce qu’il y a beaucoup de gens qui se demandent pourquoi Alexander chante si c’est en fait un trompettiste, mais en fait, et peu de gens le savent, et même si je n’ai pas d’enregistrements ce ca, la première chose que j’ai commence à faire est de chanter ! J’ai d’abord chanté avec mon grand-père, ma mère, etc. A cette époque j’apprenais la musique au conservatoire, pour le cycle de primaire et secondaire. Mais la première chose que j’ai faite a été de chanter, un travail au niveau vocal, à Cienfuegos. Du coup j’ai même chanté dans un groupe très connu à Cienfuegos, « ISMAELILLO» . Je suis entré dans ce groupe à un moment ou les fondateurs commençaient à chercher leurs propres voies individuelles.
Alexander Abreu a aussi participé à cette époque a une groupe vocal sous la direction de Rosa Campos
Partie 2 : Les premiers pas d’Alexander Abreu au coeur de la genèse de la Timba
publiée le 27 Juin 2011
Leonel : En quelle année c’était à peu près ?
Alexander : on parle des années 1991-1992… J’arrive à La Havane en 1994, j’arrive de Cienfuegos et j’étudie à l’Escuela Nacional de Arte. J’ai eu beaucoup de chance. Au-delà de l’enseignement que j’ai reçu, j’ai eu beaucoup de chance. Je me suis retrouvé à étudier sans travailler et après une semaine un ami est venu me chercher et m’a proposé de l’accompagner à un concert. C’est un ami qui vit actuellement aux USA, il s’appelle ??? S’il regarde cette interview, il verra que tout ce qui suit est la vérité. Il jouait là-bas ce soir la.
Nous sommes donc allés a La Cecilia ce soir la et le groupe qui jouait était MANOLIN EL MEDICO DE LA SALSA a ses tous débuts, alors que personne ne le connaissait. Il faisait quelque chose de tout nouveau. Il venait avec beaucoup d’énergie et de forces.
Cette nuit la il pleuvait beaucoup vers Guanabacoa et le trompettiste qui jouait dans le groupe venait justement de Guanabacoa et justement il a eu beaucoup de mal a venir. Du coup ils m’ont demandé si je pouvais faire de travail ce soir la comme trompettiste. J’étais modeste, j’étais encore à l’école mais c’est là qu’Alexander a commence, à la Cecilia en 1994.
Après ca j’ai beaucoup travaillé de manière occasionnelle avec eux ici et là comme au Palacio de La Salsa… Ils ont enregistré ensuite leur premier CD auquel j’ai participé.
Le producteur en était José Luis Cortès.
J’ai commencé à travailler comme ca, j’étais très jeune, j’avais a peine 18 ans. Et El Tosco me dit (Alexander imite la grosse voix de José Luis Cortès) : « Mon petit tu as du potentiel. Tu vas devenir un bon trompettiste » Mais bon, c’était difficile, j’étais très jeune il me fallait apprendre encore beaucoup, beaucoup de choses… Trop en fait ! En fait à ce moment là, le trompettiste de l’orchestre de Paulito F.G. a eu des problèmes de santé qui ont fait qu’il n’a pas pu continuer à travailler. Du coup ils ont demande à José Luis (Cortès) qu’il leur recommande un trompettiste et José Luis m’a recommandé.
José Luis Cortès c’est une autre personne que je n’oublierai jamais !
Donc il m’a recommandé et j’ai commencé un travail très difficile dans cet orchestre parce que le niveau de musiciens de Paulito F.G. était très très haut. Tu m’imagines, moi, un jeune trompettiste de 18 ans. Avec la bénédiction de Juan Manuel Cerruto et l’aide du maestro Carmel Andres (aujourd’hui trompettiste de La Charanga Habanera).
Carmel Andres est mon maitre depuis toujours, je le dis tout le temps et je l’aime vraiment beaucoup.
Sous la direction de Juan Manuel Cerruto… Ca a été le maitre de ma vie car c’est lui qui m’a appris à être musicien dans tous le sens du mot !
Donc sous la direction de Juan Manuel Cerruto et avec l’aide de Carmel Andres, ils ont contribué à faire 80% du trompettiste et du musicien que je suis aujourd’hui !
Leonel : Du coup tu as eu 3 écoles : le conservatoire de Cienfuegos, la ENA et la Elite ?
Alexander : Absolument ! Figures-toi que ca a été une très bonne école pour moi car maintenant que j’ai un orchestre (Habana D’Primera), celui qui compose et écrit les morceaux, c’est moi ! Celui qui fait tout, c’est moi ! Et toute l’influence vient de là ! Tout vient de ce que j’ai vécu à cette époque :
je parle de l’énergie de Paulo comme chanteur, de la poésie qu’il utilisait dans ses chansons ca cette époque-la, la maturité musicale de Juan Manuel Cerruto, la relation de Paulito avec le public, ce sont des choses que j’ai reçues ! Comme tu les dis, ça a été une école et tout vient de là ! Du coup aujourd’hui les choses me sortent plus facilement !
Leonel : Ce sujet a été le thème de ton hommage à la Timba des années 90 « Resumen de los 90 » ? Le premier morceau de ton CD « Haciendo Historia »
Alexander : « Resumen de Los 90 » est un hommage à La Musique ! C’est pour cela que le disque allait s’appeler comme ca ! Mais il faut que tout le monde le sache, ce n’est pas moi qui a donné le nom au disque « Haciendo Historia », c’est lui (Alexandre montre Leonel du doigt) !
Leonel : Non, non ! (« Haciendo Historia ») ces mots sont tes propres mots… C’est une phrase que tu chantais au milieu du morceau. Juste ce que je t’ai dit c’est que tu es (ton projet est) plus grand que un résumé des années 90 ! Ca en est l’essence mais tu es encore plus grand ! Au final tout vient de toi !
Alexander : El « Resumen de Los 90 » est un enregistrement qui nait en hommage à la Musique Cubaine parce qu’elle souffre et qu’elle est faible encore aujourd’hui. Il y a en a qui en incombe la faute au Reggaeton mais ce n’est pas la faute du Reggaeton. La faute en revient à la mentalité de ceux qui ont arrêté de créer. Cette Musique (Cubaine) des années 90 transportait les gens à Cuba et dans le monde entier. Du coup « Resumen de Los 90 » est comme un hommage à cela. J’ai voulu faire renaitre cela, provoquer une renaissance. J’ai fondé un orchestre pour ca…
Il qui n’est pas le meilleur de Cuba comme le disent beaucoup de gens… Je n’aime pas beaucoup que les gens disent que celui-ci ou celui-là est le meilleur. Je n’aime pas beaucoup qu’on dise que nous avons le meilleur groupe de Cuba car ca nous engage énormément à ne faire aucune erreur. Et nous ne sommes que des êtres humains en ce bas monde. Je préfère que les gens disent que nous avons un orchestre très très bon.
Mais si un jour, avec de la chance, les gens disent que nous sommes le meilleur orchestre, ce qui me plairait c’est que nous marquions une étape, comme une renaissance de cette musique et qu’elle se mette à revivre pour notre travail. Un jour j’en parlais avec Lazaro Valdès (directeur de Bamboleo) et je disais que j’ai fondé mon orchestre pour ca !
J’ai appelé des musiciens de cette époque et je les ai fait monter sur scène. Leur tâche, au delà de l’aspect économique, même si on s’en sort bien, est principalement musicale.
Nous faisons cette musique pour que les amateurs l’apprécient comme toi, Jack El Calvo, Timbalero, DJ Melao, Samurai…
J’apprécie beaucoup tous les gens qui aiment cette musique !
Faire revivre cette musique est l’objectif que je me suis fixé !
Partie 3 : La Musique d’Alexander Abreu et ses collaborations
publiée le 27 Juin 2011
Leonel : Ta musique s’appelle Timba ? Tu viens cette époque ou a triomphé la Timba aux alentours des années 93 jusqu’en 1999. Mais la musique de ton disque, tu la définis comme Timba, comme Salsa, comme Son ? Par exemple « Despues de Un Beso » empeza como un son.
Alexander : C’est un Son ! Ce qui se passe c’est que la façon dont nous avons monté ce morceau, on ne joue plus le Son de la même manière comparé à ce qui se passait il y a 50-60 ans dans la Musique Cubaine !
Mais le patron musical est là, les paramètres sont là, la ligne mélodique, tout a ete invente il y a bien longtemps…
La Timba, c’est un terme, c’est un mot, un nom qu’on a donné à ce que nous faisons, nous-autre les cubains.
Si on veut l’appeler ainsi, c’est bien ! Le nom n’est pas mauvais… Mais je crosi que ce que nous faisons c’est de La Musique Cubaine.
Ce que certains ont dénominé comme la Timba, c’est une musique très agressive, avec des paroles qui parfois ne disent pas grand-chose, si tu me comprends… Mais je crois que le Cubain, en tant que tel, porte ca en lui !
Je ne fais pas ce type de musique de cette manière. J’en apporte l’énergie, j’en apporte la force. Il y a le rythme, il y a Cuba… Mais j’apporte aussi la poésie et la malice cubaine pittoresque, la grâce… Du coup je ne peux considérer ma musique comme de la Timba au sens strict. C’est de la Musique Cubaine, je vais baptiser ma musique ainsi !
Leonel : Giraldo Piloto me disait « La Timba c’est Liberté et Cubanité » (Libertad y Cubania). Si on définit la Timba ainsi, je crois que ca s’applique bien à ton travail… Mais cette définition de Giraldo Piloto est très ample.
On continue avec cette époque des années 90. Tu as travaillé avec Paulito F.G. y su Elite avec lesquels tu as enregistré 3-4 disques…
Alexander : 4 Disques, non ! J’ai enregistré tous les disques de le Elite jusqu’à aujourd’hui. En fait les 2 premiers je ne les ai pas enregistrés, « Tu No Me Calculas » et « Sofocandote » je crois, car j’étais encore a Cienfuegos. Par contre tous les disques a partir de 1994 je les ai enregistrés. Jusqu’au tout dernier CD qui est sorti.
Leonel : Mais ensuite tu as collaboré avec bien d’autres figures de la Musique Populaire dansante.
Alexander : Oui ! Apres 7 ans de travail avec Paulito F.G. y su Elite au cours desquels j’ai beaucoup appris, j’ai commencé à travailler en solo. Je suis rentré chez moi et j’ai commencé à étudier et à travailler seul. Au final je me suis retrouvé très occupé dans les studios d’enregistrement à partir de l’année 2000.
Leonel : Tu as enregistré avec Carlos Manuel y El Clan !
Alexander : En fait j’ai commencé à travailler en studio avec Jose Luis Cortes ! Encore une fois (il m’a mis le pied à l’étrier) ! Sur le disque « De Aqui P’alla » et « De Alla Pa’ Aca ». C’est un enregistrement qu’on a fait il y a longtemps à Cuba, (en réponse a) un disque de Musique Cubaine fait à Puerto-Rico. On a fait un disque a Cuba, dirigé par Jose Luis Cortes, ou on a joue la Musique de Puerto-Rico.
En fait ca a été a l’origine de « Team Cuba », un groupe de cette époque, que j’ai eu la chance d’intégrer. J’avais à peu près 22 ans.
Apres Paulito F.G. j’ai beaucoup enregistré. J’ai eu beaucoup de contacts avec les musiciens du milieu, et du coup j’ai commencé à travailler avec de grands artistes comme Issac Delgado, sur le disque de Haila Mompie, Carlos Manuel, Pablo Milanes, etc… Je ne sais plus, il y a telle quantité de personnes…
Mais avec Issac Delgado j’ai aussi fait pas mal de tournées. Avec Carlos Manuel j’ai beaucoup travaillé aussi mais avec Issac j’ai fait beaucoup de tournées, particulièrement en Europe. Du coup beaucoup m’ont identifié à son groupe.
Avec Issac Delgado aussi ça a été une grande école pour moi ! Pour la discographie très large qu’il a produite, il représente également un patron musical à suivre.
Leonel : Tu as aussi pris certains éléments de sa manière de chanter, non ?
Alexander : Il y a des influences d’un peu partout : un peu de Roberton (de Los Van Van), un peu d’Issac, un peu de Paulo FG… Ce sont beaucoup de choses que j’ai combinées pour au final j’arrive a mon propre chant.
Leonel : Mais ta carrière continue avec beaucoup d’enregistrements en studio. Je le dis comme une plaisanterie mais tu as 2 maisons : ta maison et le studioo 101 de la EGREM. Tu n’arretes pas d’enregistrer et pas seulement de la Timba ou de la Musique Populaire Dansante. Tu as enregistré par exemple avec Tete Caturla.
Alexander : Oui j’ai enregistré avec Tete Caturla.
J’ai enregistré sur le CD « 30 Años » d’Irakere avec Chucho Valdes, qui a toujours été un Maestro.
Leonel : Mais tu n’a jamais été un membre de Irakere ?
Alexander : Je me considère comme un membre d’Irakere. On peut le dire comme ça car à partir du moment où tu fais différentes tournées et que tu enregistre un CD avec un groupe, tu en fais partie. J’ai beaucoup travaillé avec ce Maestro et j’y ai fais des choses incroyables. Tous les trompettistes qui ont compté à Cuba sont passés par ce groupe !
Partie 4 : Les Maitres et la Vision de la Musique d’Alexander
publiée le 28 Juin 2011
Leonel : Quels sont tes trompettistes de référence ? Tes préférés ? Ceux qui t’ont influencé ?
Alexander : Mon trompettiste préféré est mon maestro, Carmel Andres ! C’est vraiment la trompette que j’aime, et avec les années qu’il a et la manière et la force qu’il a de jouer, c’est un patron, un modèle pour la plus grande partie du travail que j’ai fait dans ma vie. Je l’admire.
A Cuba il y a Elpidio Chappottin, Julio Padron. Dans la génération plus récente il y a Yasek Manzano, et les plus jeunes qui sortent actuellement. Monsieur Arturo Sandoval, la meilleure trompette du monde. Je le dit comme ça car au vu des dispositions de ce monsieur pour cet instrument, il me semble qu’il faut être né comme ça ! Il n’y a aucune comparaison. Il y a beaucoup de trompettistes qui ont du talent mais comme lui…
Voila ce qui me vient et qui me donne de la force, ce que j’ai en tête pour ensuite le projeter.
Leonel : Mais tu travailles aussi beaucoup le Jazz ? En plus de Habana D’Primera, tu as une formation de Jazz. Quand as-tu commencé à jouer du Jazz ?
Alexander : Comment t’expliquer ? La Jazz, le Jazz. Le Jazz en tant que tel, comme toute musique improvisée, est le nom qu’on a donné à un genre musical où tout est libre, où on crée, on improvise, et on évolue à partir de ce qu’on analyse. Ca s’est beaucoup développé. Je ne me considère pas comme un Jazzman, même si j’ai beaucoup joué de Jazz.
Dans l’orchestre de Chucho Valdès j’ai eu l’occasion de le faire. Je l’ai fait comme soliste. A Copenhague au Danemark aussi j’ai beaucoup joué de Jazz car on peut en vivre là-bas. Du coup pas mal de gens en font.
Voilà à peu prés le parcours d’Alexander dans le Jazz.
Les disques que j ai fait ont aussi été merveilleux. J’ai enregistré le disque « A Puerto Padre » de Juan Manuel Ceruto en hommage à Emiliano Salvador.
Ce sont des choses comme ca qui ont marqué ma vie, que j’ai faites.
Mais au final je ne me considère pas comme un Jazzman. Moi j’appartiens plutôt à la Musique Cubaine, au Son, à la Rumba. C’est ce qui circule dans mes veines. C’est ca que je suis capable de faire naturellement, avec toute ma force !
Leonel : Et ça tu le tiens de Cienfuegos ! Tes racines. La terre de Benny Moré. Quels sont tes liens avec Benny Moré ? C’est un personnage très important pour toi ?
Alexander : Figure-toi que le deuxième nom de ma mère est Moré ! Il y a peu de gens qui le savent ! Il y a une parenté. Il ya une parenté lointaine mais il y en a une ! Les prémisses sont peut-être là.
Leonel : Tu nous a dit que tu avais appris a jouer de la guitare a Cienfuegos. Tu jouais aussi le Tres ?
Alexander : Oui. C’est ce que j’ai appris avant la trompette.
Leonel : Et dans Grupo Danson, c’est toi qui joue du Tres en partie ?
Alexander : Non. Dans ce disque c’est le bassiste du groupe qui a enregistré le Tres. J’ai écrit le Tumbao et il a peut-être fallu que je lui montre au Tres comment on devait le jouer. Mais bon… A chacun son instrument. Je préférais que ca sonne vraiment et donc cela n’a pas été moi qui ai enregistré.
Leonel : Mais la tradition de là-bas a Cienfuegos était plutôt Sonera ou Rumbera ? Dans quelle ambiance baignais-tu ?
Alexander : il y avait surtout du Son, de la Guaracha, ces choses la. Je jouais dans un conjunto campesino. On faisait surtout de la Musique Campesina
(NDLR : la musique ‘campesina’ est la musique traditionnelle cubaine de la campagne, celle des Guateques, essentiellement du Son, de la Guarachas, Guajira mais aussi le Punto Cubano, la decima, la tonadas, etc.)
La Rumba est venue après, et je l’ai incorporé au fur et à mesure de ce que j’ai commencé à étudier.
(NDLR : Alexander Abreu a participé au disque La Rumba Soy Yo et à ce titre il a recu un Latin Grammy Award)
La Salsa, la Timba si on veut l’appeler ainsi, ou plutôt la Musique Cubaine actuelle, c’est ce qu’on joue depuis cette époque.
Partie 5 : Alexander avec MAMBORAMA puis GRUPO DANSON
MAMBORAMA
Leonel : Parlons maintenant de ta carrière en dehors de Cuba. Tu as enregistré sur le disque de Willie de Cuba
Mais surtout tu as enregistré avec un très bon orchestre, qui a sorti 3 disques mais avec lequel tu as enregistré 2 CDs avec l’orchestre de Bill Wolfer, MAMBORAMA.
C’est grâce à Bill Wolfer que nous nous sommes connus (lors de la tournée de Maborama en Italie en Février 2005). A cette époque certains critiques disaient que Mamborama était « Le Trabuco prêté » mais tu en étais une figure additionnelle à la trompette. Que peux-tu nous dire de ta collaboration avec Bill Wolfer et de la tournée avec Mamborama.
Alexander : Figures-toi que Mamborama a été pour moi une totale surprise. Parce que nous autres les musiciens cubains, nous avons cette mauvaise habitude, considérons que tous ceux qui font de la Musique Cubaine et qui ne sont pas cubains, tous les musiciens étrangers qui ne sont pas connus à Cuba ou qui n’y bénéficient pas de la diffusion adéquate, n’arrivent pas à bien la faire, ca ne fonctionne pas.
Mais quand j’ai enregistré le disque, je n’imaginais pas que nous allions avoir l’impact que nous avons eu. Les concerts de Mamborama furent incroyables. Tous ces italiens (parfois des milliers) dansant sur notre musique, incroyable !
Par contre cela n’avait rien à voir avec « Le Trabuco prêté » ! C’est vrai que c’était des musiciens du Trabuco (de Manolito Simonet) mais ce sont des musiciens normaux qui ont fait la tournée avec des morceaux d’El Indio (Sixto Llorente) mais les arrangements sont totalement différents, ca ne sonnait pas du tout pareil avec d’autres influences.
Mamborama a son style, sa marque.
J’en profite pour féliciter Bill Wolfer pour cet accomplissement. Ce disque est merveilleux (CD « Directamente Al Mambo »)
GRUPO DANSON
C’est vrai qu’en terminant cette tournée avec Mamborama, je suis allé à Copenhague pour la première fois. Je devais y faire une chose. Il y avait un événement dans une école de Musique où viennent beaucoup de professeurs du monde entier pour donner des cours et partager leurs expériences. Les Brésiliens avec leur Samba, les Américains, tout le monde pour faire un événement mondial très intéressant. Je l’avais déjà fait 2 ans auparavant et ils m’ont invité à nouveau.
Du coup j’ai profité de la tournée avec Bill Wolfer pour aller au Danemark donner des cours là-bas. Il y avait aussi Carlos Perez, un compagnon de la Elite de Paulo FG, un bon ami. Il vivait au Danemark depuis un moment avec son Grupo Danson dans lequel il faisait un travail remarquable de Musique Traditionnelle.
Quant à moi je suis rentré à Cuba mais apres quelques mois je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas d’enregistrements, il ne se passait rien, si bien qu’on arrivait à peine à vivre de son travail. J’ai appelé Carlos et je lui demandé de me sortir de là, de m’aider à trouver quelque chose. Je ne savais plus quoi faire. Et Carlos a fait toutes les démarches pour me faire venir au Danemark.
Je suis allé avec eux faire une tournée de 6 concerts au Danemark pour jouer la Musique Traditionnelle comme il y a à Cuba. Puis il me dit qu’il veut faire un disque. Mais on n’allait pas faire un autre disque avec « Cuarto de Tula », avec « Chan Chan », ni des choses comme ca. On avait de la musique traditionnelle mais on s’est dit qu’on allait chercher de la Musique.
Là j’ai commencé à écrire ! J’ai commencé à écrire les arrangements de chansons sur ce disque que j’avais composées à l’âge de 16 ans. « Solo Para ti » par exemple est une chanson que j’ai faire quand j’avais 14-15 ans. « Mi Musica » est une chanson que j’ai composée à 18 ans. Ce sont de très vieux morceaux. J’ai beaucoup de morceaux comme ca de cette époque ! Tu vas voir, quand on parlera du prochain disque… Donc j’ai commencé à écrire. Et beaucoup de gens pensent que je n’arriverais rien à faire avec ce disque de Grupo Danson.
Mais avec « Mi Musica », ma première surprise fut à Copenhague, lorsqu’ils ont organisé des Music Awards et cette année là « Mi Musica » a gagné le prix de la meilleur chanson. Ca m’a beaucoup touché car à Copenhague on ne parle pas espagnol, ou très peu. Ce qui m’a captivé c’est leur passion et leur manière de transmettre.
J’ai réenregistré ce morceau avec Habana D’Primera mais ma version préférée reste celle du disque de Grupo Danson parce que ce fut la première et qu’au moment de l’enregistrement tout s’est passé comme ca, en une seule prise, sans aucune retouche, sans nettoyage ou polissage.
Cette version a été enregistrée au Danemark avec des musiciens Danois. J’en profite pour les saluer et leur transmettre mes respects, le conguero Peter, la tromboniste Mia , Rune le pianiste, excellent ! Ce sont des musiciens danois qui ont à peine commencé à jouer de la Musique Cubaine écrite, que j’ai dû leur écrire, et ils l’ont jouée de manière spectaculaire. En plus il y avait de Musiciens Cubains, Yasser le bassiste, Toni (Antonio Moreau) ce black au Timbales, Carlos Perez au Trombone, Jorgito Egües aux percussions mineures.
Voici le CD, j’en suis le producteur, ma première production, il s’appelle « Mi Musica »
Ce travail a été très fructifiant. Figures toi que en étant au Danemark tu ne te rends pas compte de pourquoi, mais à part Cuba, c’est l’un des rares pays qui me fascine où je pourrais vivre. Il y a un froid impressionnant mais il y a beaucoup de choses là-bas, de l’amour…
Mais bon, c’est un pays très froid qui a ses particularités, et les choses ne sont pas comme ici (à Cuba) et nous autres les latinos, …
Quand tu es là-bas pour travailler, tu ne te rends pas compte de l’ampleur de l’impact généré par ton travail. Je me suis connecté à Internet et je me suis mis à envoyer ce morceau à beaucoup de DJs. Le lendemain j’ai reçu beaucoup de réponses et beaucoup plus après.
Le véritable impact de ce morceau je l’ai découvert lors de mon premier concert en France, à Rennes, au Festival AQUI CUBA de Olivier alias Livio. Ce festival a été une chose exceptionnelle. Ce concert a été le déclic pour moi.
Je ne me rappelle plus du groupe qu’il y avait avant mais j’ai pris peur car il y avait beaucoup de monde. Et le public était comme tu sais. Tu connais la manière dont les français se comportent en concert
Les Français sont le meilleur public au monde !
Leonel : A la bonne heure si c’est toi qui le dis !
Alexander : Je peux le dire devant beaucoup de monde et qu’ils ne se sentent pas jaloux pour autant, c’est comme ca
Au moment de monter sur scène avec un orchestre Danois, j’ai eu le trac. A ce moment il y a quelqu’un qui attire mon attention et qui me dit que la seule chose que le public attend c’est la chanson « Mi Musica » !
Ca m’a interpelé et je me suis demandé si on allait commencer par ce morceau. Mais quand nous sommes monté sur scène et qu’on a entamé ce morceau, ca a été impressionnant, incroyable, une de la premières fois que j’ai vu un public aussi nombreux chanter les paroles du début à la fin.
Ca m’a impressionné car comme artiste j’avais vu cela avec Issac Delgado ou Paulo FG, mais je ne m’attendais pas à ce que cette chanson et notre groupe prenne une telle ampleur. Le lendemain tout le monde nous applaudissait encore au déjeuner, et les danseurs nous ont fait part de leurs impressions.
Apres je suis rentré à Copenhague et ca a été l’un des derniers concerts que j’ai fait avec Grupo Danson car la vie est ainsi, je vis à Cuba et eux vivent là-bas. C’est difficile avec des voyages pendant 3-4 ans entre ces 2 pays.
Du coup j’ai décidé de retourner vivre à La Havane.
Partie 6 : La Naissance de HABANA D’PRIMERA
Leonel : Donc tu as décidé de retourner vivre à La Havane
Alexander : Oui, j’ai décidé de retourner vivre à La Havane.
Ceci dit, avec Rodney Barretto j’ai eu le privilège de connaître Issac Delgado. Mais celui-ci décide de vivre aux USA et il laisse derrière lui beaucoup de très bons musiciens.
Leonel : tu parles de Toni Rodriguez (piano)
Alexander : Je parle de Toni Rodriguez, de Rodney Barretto (timbales),
Leonel : et Amaury Perez (trombone)
Alexander : Non, Amaury je le connais des studios d’enregistrement, je parle de Jannier Rodriguez (coros et percussions mineures), Enrique (coros)
Leonel : Enrique était avec Issac Delgado
Alexander : Oui ! En fait il y avait des musiciens de studios et les musiciens d’Issac Delgado, tous ceux là ont commencé avec moi l’orchestre. Toni a commence après, en fait c’est Rolando Luna au piano qui a débuté avec l’orchestre. Rodney m’a dit que si on allait faire mes morceaux il me suivrait.
On a commencé à convoquer plein de musiciens. Tu n’imagines pas la quantite de musiciens qu’il y avait par là.
J’ai appelé Rogelio Napoles pour sa trajectoire musicale, en tant que guitariste de Paulo FG…
Mais au final nous nous somme retrouvés avec beaucoup beaucoup de musiciens.
Je leur ai dit qu’on allait faire de la Musique de ce genre là… Peut-être qu’il nous faut tous ces musiciens, on va voir ce qu’on va faire… Je ne sais pas ce qu’on va faire mais on va partir ce que qui a déjà été accompli.
On va enregistrer « Mi Musica », puis « Cuando El Rio suena ». Ce morceau je l’ai enregistre simplement pour suivre la tradition de ce que je faisais, un truc plutôt musical et simple… Rends-toi compte que nous n’avions rien, pas d’enregistrements, pas de proposition musicale, rien n’était encore fait.
Leonel : tu as enregistré dans le CD « Haciendo historia » des morceuax déjà enregistrés avec Grupo Danson comme « Historia Verdadera »
Alexander : « Historia Verdadera » et « Mi Musica ». Je les ai réenregistrés parce qu’à Cuba ces morceaux de Grupo Danson ne furent pas diffusés, on ne les connaissait pas.
Du coup si je fais un groupe Cubain, avec des musiciens Cubains, il fallait diffuser ces morceaux qui sont devenus des classiques. Ce n’est pas illogique. Quand tu fais un disque tu ne le fais pas seulement pour l’Europe mais pour le monde entier et aussi pour Cuba.
Leonel : « Mi Musica » est un tube, un succès incroyable, c’est déjà devenu un classique pour differentes raisons. Le tumbao, quand le tumbao commence, il rend les gens fous pour danser le Casino. C’est un tumbao très enivrant.
Alexander : Ce tumbao est puissant
Leonel : Il y a aussi les paroles qui sont magnifiques. Par exemple tu dis «Mi tumbao es transparente » (Mon tumbao est limpide), je crois que c’est un message pour les danseurs. Il y a aussi le coro « Yo Soy Lucumi » qui rend les gens fous. J’ai vu tant de cubains se lever, des blancs, des noirs, tous se lever et entrer en délire et tous s’identifient à cette chanson.
Alexander : Ce sont les racines, c’est la racine. Ca parle de la ‘Cubania’. « Mi Musica » est un morceau qui traite de beaucoup de choses. Mais avant tout « Mi Musica » c’est Ma Musique, c’est ça qui me fait vivre… Le morceau te l’explique. « Mi Musica » c’est ça qui te fait vivre, c’est ça qui te rends heureux quand tu es triste, c’est ça qui t’aide au quotidien, c’est ça qui te fait renaître… C’est tout ça que contient ce morceau. La force qu’a ce morceau est terrible.
Leonel : Un jour tu me confiais que ce tumbao etait inspiré de Los Van Van…
Alexander : Oui, absolument. C’est Pupy ! Pupy ! Figures-toi que la musique de Los Van Van, c’est le modèle pour la Musique à Cuba. Meme si c’est un peu ancien maintenant, c’est le meilleur de ce que l’on ait accompli. Il faut profiter de cet apport et Pupy a un style incomparable pour les danseurs.
Presque tous mes morceaux ont recu cette influence, avec par exemple dans « Ahora Que Buscas », la ligne de basse est typique de (Juan) Formell.
Leonel : Dans « Despues De Un Beso », tu t’es inspiré du style Sonero de Polo Montañez ? Ou ce style là ?
Alexander : « Despues De Un Beso », je suis allé chercher dans le passé, chercher une mélodie suggestive. Cela a à voir avec les mélodies comme les utilisait des gens comme X ou les gens de cette époque, avec des arrangements de trombone comme ca
J’ai marqué le style en suivant les modèles du Son, dont la saveur se retrouve chez Polo Montañez…
Mais au final, on le fait à la manière de Habana D’Primera, de manière facile, accessible pour les Cubains mais aussi pour ceux qui ne parlent que peu Espagnol. Du coup en faisant un petit peu de recherche rapide ils peuvent comprendre de quoi ca parle.
Les morceaux sont inspirés d’histoires qu’on entend, de choses qui m’arrivent personnellement, ou qui arrivent aux autres…
Leonel : Vous avez des morceaux parfaitement adaptés aux danseurs de Casino comme « Ahora que Buscas » ou « Mi Musica » ou même « Despues De Un Beso » qui a gagne le Prix de la Meilleure Chanson De L’Année. Mais vous avez aussi des morceaux qui terminent par des Conga ou qui se rapprochent plus du Merengue, du MereCumbia, etc.
Alexander : J’ai fait des fusions car ca marche très fort à Cuba. Ce sont des morceaux rapides, on aime beaucoup ca a cuba.
Mais rappelle-toi qu’en France et en Italie, on terminait les concerts avec « Historia Verdadera » et on faisait une ‘Descarga’ au final, comme une Conga.
Leonel : Oui, c’était très explosif ! Un autre morceau très explosif est « Resumen De Los 90 » qui a un tempo très rapide et qui a une force incroyable.
Alexander : Ce morceau est une de mes compositions, les paroles sont de moi mais les arrangements sont de Juan Manuel Cerruto. En fait il a fait deux arrangements sur le CD, « Vivencias » et « Resumen De Los 90 ». J’aimerais que tous les morceaux d’Habana D’Primera fonctionne comme ca. Ca marche comme un lien autour duquel on crée, on crée, on crée. Les arrangements sont de Juan Manuel Cerruto et les paroles, les coros sont de moi.
Leonel : Tu as aussi un morceau plus romantique, plus intimiste : « Confiesale ». Tu fais pleurer les femmes avec ce morceau.
Alexander : Oui. Oui. Mais c’est aussi la manière de transmettre, d’interpréter, de délivrer le message au public mais le public le reçoit bien.
Si tu analyse les paroles, là aussi c’est une histoire vraie, ce sont les choses de la vie, au jour le jour et n’importe qui peut s’identifier à cela.
A suivre…
Partie 7 : Les ingrédients de la Musique de Habana D’Primera et les interprètes ce collectif
Partie 8 : Les projets de Habana D’Primera et les messages d’Alexander !
Installé en France depuis 2004, Nichito est l’un des meilleurs interprètes de la danse folklorique cubaine en Europe. Il dégage en particulier dans le rôle de Chango une énergie à couper le souffle. Nous vous invitons à découvrir le parcours de cet impressionnant artiste, venu de l’Oriente cubain pour enrichir notre pays de son talent.
« Nichito est un grand danseur, un artiste-né » (Juan Carlos « Papucho » Pedroso).
Parler de la vie de Nichito, c’est presque écrire un roman d’aventure, celui d’un jeune ingenieur en electronique de Guantanamo devenu en quelques années un danseur internationalement réputé. Mais c’est aussi retracer l’histoire de toute une génération d’artistes venus de l’Oriente cubain, qui ont réussi, au milieu d’immenses difficultés, à faire rayonner dans le monde les traditions culturelles de leur peuple.
On peut faire commencer l’histoire il y a deux siècles. C’est alors que des colons français, les Duverger, chassés comme beaucoup d’autres par la révolution Haïtienne, viennent s’installer dans l’est de Cuba, accompagnés de quelques domestiques noirs. Ceux- ci prendront, comme beaucoup d’autres, le nom de leurs anciens maîtres au moment de recevoir leurs premiers papiers d’identité de citoyens libres, à la fin du XIXème siècle (deux photos ci-dessous : danses de Tumba Francesa a Guananamo).
De cette origine, il reste dans beaucoup de familles de l’Oriente cubain un fonds culturel riche où les apports d’influence haïtienne, comme la Tumba francesa ou le Vaudu, se sont progressivement mêlés, au fil des mariages et de la vie collective, aux traditions plus proprement afro-cubaines, comme le culte des Orishas, enrichies plus tard par la Rumba.
C’est dans une de ces familles que naît à Guantanamo, en 1966, Luis « Nichito » Castillo Duverger. Castillo, donc afro-hispano-cubain par son père. Duverger, donc d’origine lointainement afro-haïtienne par sa famille maternelle. Et Nichito ? Nichito, c’est « le petit noir », un surnom que lui donnèrent, alors qu’il était un gamin haut comme trois pommes, ses camarades plus grands que lui avec lesquels il pratiquait l’athlétisme. Eh oui, notre très grand Nichito est surnommé « le petit » à Cuba…
Comme danseur, Nichito est un pur produit de la tradition populaire, la « calle » comme on dit là-bas (photo ci-dessous : une rue de Guantanamo).
Ce n’est pas, en effet, en suivant une filière académique, mais à travers une pratique d’amateur, enraciné dans la vie de quartier, que Nichito, est venu à la danse professionnelle. Ne tombons pas pour autant dans le cliché du pauvre gamin des rues. Nichito vient en fait d’une famille de la classe moyenne intellectuelle. Son père est professeur, sa mère est médecin. Lui-même passe un diplôme d’électromécanique avant de rentrer dans la vie active.
Photo Nadege Guilloux – www.calleluna.com
Mais la danse et la musique le passionnent. En 1984, il intègre le groupe de danse amateur Dix octobre. « J’étais assis à un carrefour, dans mon quartier de El Bayamo. Un ami musicien, qui passait par là, m’a proposé de l’accompagner pour jouer du tambour et danser et c’est comme cela que tout a commencé. En quelques heures, ma vie avait basculé ».
Très vite, il est repéré comme un danseur de talent. Les écoles de Guantanamo lui ouvrent leurs portes, et il peut parfaire sa connaissance du folklore cubain avec des groupes de valeur comme Los Cosia ou La Tumba Francesa de Guantanamo.
Il devient l’un des principaux danseurs du groupe Dix octobre et remporte ses premiers succès qui le mettent en confiance. « Un jour, nous avons fait un spectacle de Guaguancó et d’afro-cubain avec la grande chanteuse Mercedita Valdès. J’interprétais Elegua. A la fin du spectacle, elle s’est retournée vers nous, et nous a dit : je vous tire mon chapeau les gars, vous êtes vraiment formidables. Cela nous a fait plaisir et donné confiance en nous-mêmes » (photo ci-dessous : Nichito dans le rôle d’Elegba).
C’est dans le groupe Dix octobre que Nichito fait une rencontre capitale pour la suite de sa carrière, celle de Isaias Rojas Ramirez, alors directeur du groupe (photo ci-dessous). Celui-ci, danseur et chorégraphe, fonde en 1989, en collaboration avec une danseuse américaine, Elfriede Mahler, une nouvelle compagnie, professionnelle celui-là : Danza Libre. Leur projet esthétique, novateur pour l’époque, est d’associer danse folkorique cubaine et danse contemporaine.
Dès 1990, ils proposent à Nichito d’intégrer le groupe. Celui-ci associe des danseurs venus, comme Nichito, des rues de Guantanamo, et d’autres, dotés d’une formation plus académique, diplômés d’écoles d’art provinciales et nationales comme la Escuela Nacional de los artes (ENA). (photo ci-dessous : une choregraphie recente de Danza Libre)
« Cela a ouvert une nouvelle étape de ma vie : j’ai dû choisir entre mon travail et la danse professionnelle ». Commence alors pour Nichito une nouvelle période très excitante d’apprentissage et de découvertes. Il se souvient avec reconnaissance des trois grandes figures artistiques qui l’ont le plus marqué à cette époque : « Isaias Rojas m’a transmis toute son expérience d’enseignant, toute sa capacité expressive aussi, je suis un peu comme son miroir. Ma manière de danser, d’enseigner, vient directement de lui. Elfrieda Mahler (photo ci-dessous) m’a fait comprendre la danse en général, m’a appris comment interpréter un rôle, comment danser une scène comme si j’étais un personnage dans un tableau. Au début cela m’a paru absurde, mais maintenant cela me semble tout naturel. Elle m’a littéralement nettoyé le cerveau. Enfin, Wilfriedo Rodriguez, actuel directeur artistique du groupe, m’a enseigné le peu de danse contemporaine que je connais ».
Mais, à Danza libre, on interprète aussi de l’afro-cubain. C’est là que Nichito va s’initier à l’un des rôles qui le marquera le plus dans sa carrière, celui de Chango, dieu du feu, des tambours, de la danse et de la guerre dans le panthéon Yoruba (deux photos ci-dessous).« C’était lors de l’un de premiers spectacles de Danza Libre, Nous avions besoin d’un soliste pour interpréter Chango. Une des danseuses du groupe, Yaselis, m’a montré les principaux pas de cet Orisha. Quelques jours plus tard, je montais sur scène. Et depuis, je ne l’ai plus quitté. J’aime son énergie, sa sensualité ».
C’est notamment ce rôle, aux côtés d’autres chorégraphies d’Isaias et Elfrieda, qui permettra à Nichito d’atteindre en seulement deux ou trois ans le rang de danseur soliste dans la compagnie. il obtient également une reconnaissance officielle en se voyant octroyer le grade de danseur soliste en catégorie « folklore »[1] par la commission nationale de la danse. « Une des plus grandes émotions de ma vie, c’est quand tous ces maîtres de la danse à Cuba, le dernier jour de l’examen, m’ont félicité pour mon talent. En arrivant à l’examen, j’avais des ambitions assez modestes, mais ils m’ont finalement donné le grade très élevé de soliste. Et Antonio Perez, directeur du Groupe folkorico de oriente, dans lequel Mario Charon était à ce moment premier danseur, m’a même dit qu’il tenait ouvertes les portes de la compagnie pour moi ».
Mais le temps passe. Isaias et Elfrida ne partagent plus la même vision artistique et la compagnie Danza Libre doit se scinder. Nichito choisit de rester avec Isaias, ou plutôt de partir avec lui à La Havane en 1994 comme membre de son nouveau groupe Babul. Celui-ci est alors accueilli dans la compagnie du grand danseur Narciso Medina, dont il constitue en quelque sorte le volet folklorique. Bientôt, Babul change de nom pour devenir Ban Ra Ra. Mais avec la période économique spéciale, Narciso ne peut maintenir deux compagnies, et Ban Ra Ra devient indépendante sous la direction d’Isaias (Deux photos ci-dessous).
C’est pour Nichito une époque excitante, mais difficile aussi, qui coïncide avec la trop célèbre « période économique spéciale » et son lot de privations de toutes sortes. « On était une dizaine de jeunes danseurs, venus pour la plupart de Guantanamo pour conquérir Cuba et le monde. On répétait et on vivait dans la maison d’Isaias, transformée en école de danse. On survivait en donnant des cours aux touristes étrangers. Je ne sais pas comment il faisait pour nous apporter tous les jours notre nourriture. Cela tenait un peu du miracle, comme le vaudou en Haïti. Mais on se produisait aussi beaucoup, avec de grands musiciens comme Pupy Pedroso ou Alexander Abreu ». En quelques années, le groupe s’impose comme l’une des plus novateurs et les plus reconnus de la Havane. « Ils ont vraiment marqué une étape dans le développement de la danse cubaine à cette époque » commente Juan Carlos Papucho, un danseur cubain ami de Nichito, aujourd’hui installé à Genève.
Ces années de jeunesse à La Havane sont pleins pour Nichito de souvenirs heureux. « J’ai partagé la scène avec de grands artistes comme Fredy et Papito, Carlos Manuel y su Clan… Un jour, au Pabellon Cuba, dans le Vedado (photo ci-dessous), nous avons fait un spectacle avec le groupe Raices profondas. Nous avons interprété tous les tableaux : Ochun, Chango, Oggun. A la fin, nous étions si épuisés que nous ne pouvions plus danser… Un autre jour, la troupe de Ban Ra Ra n’était pas au complet, et il manquait des danseurs pour interpréter une scène où quatre d’entre nous portaient avec la bouche une table avec une danseuse dessus. Alors, j’ai pris un petit garçon, je l’ai assis sur la table et je l’ai porté tout seul avec la bouche. Tout le monde s’est levé et a applaudi».
C’est Ban Ra Ra qui va ouvrir à Nichito les portes tant convoitées des voyages à l’étranger. « C’est en 1998 que nous avons fait notre première tournée en Colombie pour trois mois, avec Isaias et Yaselis ». Le groupe part ensuite pour la première fois aux Etats-Unis pendant 6 mois en 1999, avec trois danseurs et 4 musiciens. Pour de jeunes danseurs d’origine modeste, qui n’avaient jamais quitté leur île natale, ce voyage prend des allures de découverte merveilleuse. « Pour nous c’était autant des vacances qu’un périple artistique. Nous avons vus tous les grands parcs, visité New York, Los Angeles, San Francisco. C’est dans cette ville que nous avons vécu un moment particulièrement émouvant. Comme le groupe n’était pas au complet, nous avons invité d’autres danseurs cubains issus d’autres groupes, comme Raices Profundas, Cotumba, Folklorico Nacional, Danza Nacional, qui habitaient là. Ils ont dansé avec nous et nous avons pu ainsi partager avec eux, à des milliers de kilomètres de notre pays, notre amour du folklore cubain ». En 2000, Nichito retourne encore une fois aux USA, également pour 6 mois, avec cette fois toute la compagnie Ban Ra Ra. « Je crois que cela a été la tournée la plus intense que j’ai connu. Le matin, nous donnions des cours, et tous les soirs, il y avait un spectacle de deux heures où j’étais soliste de 8 chorégraphies différentes ». {phoo ci-dessous : Nichito dans la compagnie Ban Ra Ra).
Mais Nichito, dont la réputation grandit rapidement, est entre-temps sollicité pour d’autres projets. En 2000, il fait partie des fondateurs de Lady salsa, un show à grand spectacle créé par deux producteurs anglais, John Lee et Toby Gough (photo ci-dessous). « Lady Salsa a été une grande expérience pour moi. Je considère Toby un peu comme mon frère ». Ils se rencontrent à La Havane, à l’occasion d’un stage donné par Nichito à un groupe venu d’Angleterre. Ils sympathisent et commencent à concevoir et répéter le spectacle Lady Salsa, un show populaire à grand spectacle. Ils partent ensuite à Londres avec 10 danseurs et le groupe Sonora la calle pour trois mois. La troupe intègre de grands danseurs comme Vivio, Manuel, Yaisel, Yanet fuentes, Mairelis, Ayamey, Greidis, ou encore Nilda Guerra qui feront par lui suite de brillantes carrières. Une anecdote parmi d’autres ? « Un soir, après le spectacle, la troupe s’était mise à danser dans le lobby de l’hôtel. J’étais déguisé, les cheveux rouges, impossible à reconnaître. Il y avait là un professeur de danse américain, venu du Colorado, qui me connaissait bien. En regardant il dit : ça, c’est une chorégraphie de Nichito. Et les autres lui disent alors : mais regarde qui est là : c’est Nichito. On n’en n’est pas revenus, ni lui ni moi ».
Nichito repartira ensuite plusieurs fois en tournée avec Lady Salsa. En 2001, ils vont en Australie et en nouvelle Zélande pour 6 mois, en compagnie des danseurs du ballet de la télévision cubaine. Ils récidivent en 2003 pendant quatre mois, avec une partie de la compagnie, renommée Lo maximo de Cuba. Et c’est en revenant de cette tournée que Nichito se produit en France pour la première fois en compagnie du groupe musical Sonora la calle. (phot ci-dessous ; demonstration de Salsa par Nichito).
Nichito commence aussi à travailler avec la compagnie Danza Guerra, fondée en 2002 par Nilda Guerra. Connue aujourd’hui sous le nom de Rakatan, ce groupe associe dans son répertoire les folklores afro-cubain et afro-haïtien (photo ci-dessous). Là aussi, les tournées internationales s’enchaînent, notamment en Europe, d’abord en Suisse puis en Italie. « Lors de l’une des dernières tournées, le danseur soliste d’afro-flamenco, qui avait préparé son rôle pendant un mois à Cuba, est tombé malade et a dû déclarer forfait juste avant le départ… Trois jours après, c’est moi qui jouais le rôle à Milan alors que j’avais répété tout autre chose ».
C’est vers cette époque, vers 2003, qu’il décide de partir de Cuba où la situation décidément n’est pas bonne pour les danseurs. « Un jour, en revenant d’une tournée à l’étranger, j’ai été manger tranquillement une pizza dans restaurant de l’hôtel Cohiba en compagnie d’une danseuse cubaine. Mais ces lieux touristiques sont interdits aux cubains. Un policier m’a emmené au poste et m’a donné une carte d’avertissement, ce qui pouvait me valoir plusieurs années de prison et l’interdiction de quitter le pays. Alors, j’ai décidé de m’en aller, d’autant que j’avais à l’époque une amie française ».
Il s’installe à Paris en 2004. Il donne bien sur des cours de salsa dans différentes écoles, comme le studio Harmonie. Mais il enseigne aussi, fait assez rare à l’époque, les danses traditionnelles afro-cubaines, afro-haïtiennes la rumba et les autres danses folkloriques de l’oriente cubain, ce qui lui vaut d’être souvent invité comme professeur par l’Institut supérieur des arts afro-cubains. « Tout mon travail s’est fait autour du folklore moderne et c’est cela que j’ai toujours aimé enseigner. La Salsa, au fond, ce n’est qu’une forme particulière, un rameau de ces danses folkloriques ».
Simultanément, il continue ses tournées avec Lady Salsa, qui le conduisent au Royaume-Uni, mais aussi en Hongrie, Lithuanie, Pologne et Russie. Mais c’est sa rencontre avec Carina Odduara Production qui lui permet d’approfondir et d’amplifier son travail artistique en France et en Europe. Il commence alors à travailler avec de nombreux orchestres, comme Sergent Garcia, Songo 21, Fiesta Cubana, Los de Azucar, Mecanica loca, Rumba Abierta. Comment s’étonner que l’on retrouve aussi dans cette liste les plus prestigieux orchestres cubains, comme Pupy y Los que Son Son, Elio Revé y su Charangon, Maikel Blanco, Manolito y su trabuco, la Charanga Habanera, Adalberto Alvarez y su Son, Habana d’Primera, El Grupo Changui de Guantanamo, et beaucoup d’autres… « Chaque fois que je me retrouve sur scène avec un grand orchestre, c’est un moment excessivement fort pour moi. C’est la réalisation d’un rêve de toujours. J’ai été particulièrement ému il y deux ans à Montpellier, lorsque j’ai dansé en face de Pupy Pedroso qui improvisait en même temps au piano… » (photo ci-dessous : Nichito pendant un concert de Pupy y los que Son Son).
En 2008, il décide de venir habiter à Lyon. Prochaine étape de son enracinement en France : la création d’une académie pour disposer d’un lieu propre pour développer son enseignement et son travail chorégraphique de manière indépendante.
« Tous les problèmes que j’ai traversé dans la vie, la danse m’a aidé à les surmonter « .
Propos recueillis par Fabrice Hatem
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[1] Le plus haut niveau de la hiérarchie officielle de danseurs établie par le ministère cubain de la culture, qui en comprend 7.
Installé en France depuis 2004, Nichito est l’un des meilleurs interprètes de la danse folklorique cubaine en Europe. Il dégage en particulier dans le rôle de Chango une énergie à couper le souffle. Nous vous invitons à découvrir le parcours de cet impressionnant artiste, venu de l’Oriente cubain pour enrichir notre pays de son talent.
« Nichito est un grand danseur, un artiste-né » (Juan Carlos « Papucho » Pedroso).
Parler de la vie de Nichito, c’est presque écrire un roman d’aventure, celui d’un jeune ingenieur en electronique de Guantanamo devenu en quelques années un danseur internationalement réputé. Mais c’est aussi retracer l’histoire de toute une génération d’artistes venus de l’Oriente cubain, qui ont réussi, au milieu d’immenses difficultés, à faire rayonner dans le monde les traditions culturelles de leur peuple.
On peut faire commencer l’histoire il y a deux siècles. C’est alors que des colons français, les Duverger, chassés comme beaucoup d’autres par la révolution Haïtienne, viennent s’installer dans l’est de Cuba, accompagnés de quelques domestiques noirs. Ceux- ci prendront, comme beaucoup d’autres, le nom de leurs anciens maîtres au moment de recevoir leurs premiers papiers d’identité de citoyens libres, à la fin du XIXème siècle (deux photos ci-dessous : danses de Tumba Francesa a Guananamo).
De cette origine, il reste dans beaucoup de familles de l’Oriente cubain un fonds culturel riche où les apports d’influence haïtienne, comme la Tumba francesa ou le Vaudu, se sont progressivement mêlés, au fil des mariages et de la vie collective, aux traditions plus proprement afro-cubaines, comme le culte des Orishas, enrichies plus tard par la Rumba.
C’est dans une de ces familles que naît à Guantanamo, en 1966, Luis « Nichito » Castillo Duverger. Castillo, donc afro-hispano-cubain par son père. Duverger, donc d’origine lointainement afro-haïtienne par sa famille maternelle. Et Nichito ? Nichito, c’est « le petit noir », un surnom que lui donnèrent, alors qu’il était un gamin haut comme trois pommes, ses camarades plus grands que lui avec lesquels il pratiquait l’athlétisme. Eh oui, notre très grand Nichito est surnommé « le petit » à Cuba…
Comme danseur, Nichito est un pur produit de la tradition populaire, la « calle » comme on dit là-bas (photo ci-dessous : une rue de Guantanamo).
Ce n’est pas, en effet, en suivant une filière académique, mais à travers une pratique d’amateur, enraciné dans la vie de quartier, que Nichito, est venu à la danse professionnelle. Ne tombons pas pour autant dans le cliché du pauvre gamin des rues. Nichito vient en fait d’une famille de la classe moyenne intellectuelle. Son père est professeur, sa mère est médecin. Lui-même passe un diplôme d’électromécanique avant de rentrer dans la vie active.
Photo Nadege Guilloux – www.calleluna.com
Mais la danse et la musique le passionnent. En 1984, il intègre le groupe de danse amateur Dix octobre. « J’étais assis à un carrefour, dans mon quartier de El Bayamo. Un ami musicien, qui passait par là, m’a proposé de l’accompagner pour jouer du tambour et danser et c’est comme cela que tout a commencé. En quelques heures, ma vie avait basculé ».
Très vite, il est repéré comme un danseur de talent. Les écoles de Guantanamo lui ouvrent leurs portes, et il peut parfaire sa connaissance du folklore cubain avec des groupes de valeur comme Los Cosia ou La Tumba Francesa de Guantanamo.
Il devient l’un des principaux danseurs du groupe Dix octobre et remporte ses premiers succès qui le mettent en confiance. « Un jour, nous avons fait un spectacle de Guaguancó et d’afro-cubain avec la grande chanteuse Mercedita Valdès. J’interprétais Elegua. A la fin du spectacle, elle s’est retournée vers nous, et nous a dit : je vous tire mon chapeau les gars, vous êtes vraiment formidables. Cela nous a fait plaisir et donné confiance en nous-mêmes » (photo ci-dessous : Nichito dans le rôle d’Elegba).
C’est dans le groupe Dix octobre que Nichito fait une rencontre capitale pour la suite de sa carrière, celle de Isaias Rojas Ramirez, alors directeur du groupe (photo ci-dessous). Celui-ci, danseur et chorégraphe, fonde en 1989, en collaboration avec une danseuse américaine, Elfriede Mahler, une nouvelle compagnie, professionnelle celui-là : Danza Libre. Leur projet esthétique, novateur pour l’époque, est d’associer danse folkorique cubaine et danse contemporaine.
Dès 1990, ils proposent à Nichito d’intégrer le groupe. Celui-ci associe des danseurs venus, comme Nichito, des rues de Guantanamo, et d’autres, dotés d’une formation plus académique, diplômés d’écoles d’art provinciales et nationales comme la Escuela Nacional de los artes (ENA). (photo ci-dessous : une choregraphie recente de Danza Libre)
« Cela a ouvert une nouvelle étape de ma vie : j’ai dû choisir entre mon travail et la danse professionnelle ». Commence alors pour Nichito une nouvelle période très excitante d’apprentissage et de découvertes. Il se souvient avec reconnaissance des trois grandes figures artistiques qui l’ont le plus marqué à cette époque : « Isaias Rojas m’a transmis toute son expérience d’enseignant, toute sa capacité expressive aussi, je suis un peu comme son miroir. Ma manière de danser, d’enseigner, vient directement de lui. Elfrieda Mahler (photo ci-dessous) m’a fait comprendre la danse en général, m’a appris comment interpréter un rôle, comment danser une scène comme si j’étais un personnage dans un tableau. Au début cela m’a paru absurde, mais maintenant cela me semble tout naturel. Elle m’a littéralement nettoyé le cerveau. Enfin, Wilfriedo Rodriguez, actuel directeur artistique du groupe, m’a enseigné le peu de danse contemporaine que je connais ».
Mais, à Danza libre, on interprète aussi de l’afro-cubain. C’est là que Nichito va s’initier à l’un des rôles qui le marquera le plus dans sa carrière, celui de Chango, dieu du feu, des tambours, de la danse et de la guerre dans le panthéon Yoruba (deux photos ci-dessous).« C’était lors de l’un de premiers spectacles de Danza Libre, Nous avions besoin d’un soliste pour interpréter Chango. Une des danseuses du groupe, Yaselis, m’a montré les principaux pas de cet Orisha. Quelques jours plus tard, je montais sur scène. Et depuis, je ne l’ai plus quitté. J’aime son énergie, sa sensualité ».
C’est notamment ce rôle, aux côtés d’autres chorégraphies d’Isaias et Elfrieda, qui permettra à Nichito d’atteindre en seulement deux ou trois ans le rang de danseur soliste dans la compagnie. il obtient également une reconnaissance officielle en se voyant octroyer le grade de danseur soliste en catégorie « folklore »[1] par la commission nationale de la danse. « Une des plus grandes émotions de ma vie, c’est quand tous ces maîtres de la danse à Cuba, le dernier jour de l’examen, m’ont félicité pour mon talent. En arrivant à l’examen, j’avais des ambitions assez modestes, mais ils m’ont finalement donné le grade très élevé de soliste. Et Antonio Perez, directeur du Groupe folkorico de oriente, dans lequel Mario Charon était à ce moment premier danseur, m’a même dit qu’il tenait ouvertes les portes de la compagnie pour moi ».
Mais le temps passe. Isaias et Elfrida ne partagent plus la même vision artistique et la compagnie Danza Libre doit se scinder. Nichito choisit de rester avec Isaias, ou plutôt de partir avec lui à La Havane en 1994 comme membre de son nouveau groupe Babul. Celui-ci est alors accueilli dans la compagnie du grand danseur Narciso Medina, dont il constitue en quelque sorte le volet folklorique. Bientôt, Babul change de nom pour devenir Ban Ra Ra. Mais avec la période économique spéciale, Narciso ne peut maintenir deux compagnies, et Ban Ra Ra devient indépendante sous la direction d’Isaias (Deux photos ci-dessous).
C’est pour Nichito une époque excitante, mais difficile aussi, qui coïncide avec la trop célèbre « période économique spéciale » et son lot de privations de toutes sortes. « On était une dizaine de jeunes danseurs, venus pour la plupart de Guantanamo pour conquérir Cuba et le monde. On répétait et on vivait dans la maison d’Isaias, transformée en école de danse. On survivait en donnant des cours aux touristes étrangers. Je ne sais pas comment il faisait pour nous apporter tous les jours notre nourriture. Cela tenait un peu du miracle, comme le vaudou en Haïti. Mais on se produisait aussi beaucoup, avec de grands musiciens comme Pupy Pedroso ou Alexander Abreu ». En quelques années, le groupe s’impose comme l’une des plus novateurs et les plus reconnus de la Havane. « Ils ont vraiment marqué une étape dans le développement de la danse cubaine à cette époque » commente Juan Carlos Papucho, un danseur cubain ami de Nichito, aujourd’hui installé à Genève.
Ces années de jeunesse à La Havane sont pleins pour Nichito de souvenirs heureux. « J’ai partagé la scène avec de grands artistes comme Fredy et Papito, Carlos Manuel y su Clan… Un jour, au Pabellon Cuba, dans le Vedado (photo ci-dessous), nous avons fait un spectacle avec le groupe Raices profondas. Nous avons interprété tous les tableaux : Ochun, Chango, Oggun. A la fin, nous étions si épuisés que nous ne pouvions plus danser… Un autre jour, la troupe de Ban Ra Ra n’était pas au complet, et il manquait des danseurs pour interpréter une scène où quatre d’entre nous portaient avec la bouche une table avec une danseuse dessus. Alors, j’ai pris un petit garçon, je l’ai assis sur la table et je l’ai porté tout seul avec la bouche. Tout le monde s’est levé et a applaudi».
C’est Ban Ra Ra qui va ouvrir à Nichito les portes tant convoitées des voyages à l’étranger. « C’est en 1998 que nous avons fait notre première tournée en Colombie pour trois mois, avec Isaias et Yaselis ». Le groupe part ensuite pour la première fois aux Etats-Unis pendant 6 mois en 1999, avec trois danseurs et 4 musiciens. Pour de jeunes danseurs d’origine modeste, qui n’avaient jamais quitté leur île natale, ce voyage prend des allures de découverte merveilleuse. « Pour nous c’était autant des vacances qu’un périple artistique. Nous avons vus tous les grands parcs, visité New York, Los Angeles, San Francisco. C’est dans cette ville que nous avons vécu un moment particulièrement émouvant. Comme le groupe n’était pas au complet, nous avons invité d’autres danseurs cubains issus d’autres groupes, comme Raices Profundas, Cotumba, Folklorico Nacional, Danza Nacional, qui habitaient là. Ils ont dansé avec nous et nous avons pu ainsi partager avec eux, à des milliers de kilomètres de notre pays, notre amour du folklore cubain ». En 2000, Nichito retourne encore une fois aux USA, également pour 6 mois, avec cette fois toute la compagnie Ban Ra Ra. « Je crois que cela a été la tournée la plus intense que j’ai connu. Le matin, nous donnions des cours, et tous les soirs, il y avait un spectacle de deux heures où j’étais soliste de 8 chorégraphies différentes ». {phoo ci-dessous : Nichito dans la compagnie Ban Ra Ra).
Mais Nichito, dont la réputation grandit rapidement, est entre-temps sollicité pour d’autres projets. En 2000, il fait partie des fondateurs de Lady salsa, un show à grand spectacle créé par deux producteurs anglais, John Lee et Toby Gough (photo ci-dessous). « Lady Salsa a été une grande expérience pour moi. Je considère Toby un peu comme mon frère ». Ils se rencontrent à La Havane, à l’occasion d’un stage donné par Nichito à un groupe venu d’Angleterre. Ils sympathisent et commencent à concevoir et répéter le spectacle Lady Salsa, un show populaire à grand spectacle. Ils partent ensuite à Londres avec 10 danseurs et le groupe Sonora la calle pour trois mois. La troupe intègre de grands danseurs comme Vivio, Manuel, Yaisel, Yanet fuentes, Mairelis, Ayamey, Greidis, ou encore Nilda Guerra qui feront par lui suite de brillantes carrières. Une anecdote parmi d’autres ? « Un soir, après le spectacle, la troupe s’était mise à danser dans le lobby de l’hôtel. J’étais déguisé, les cheveux rouges, impossible à reconnaître. Il y avait là un professeur de danse américain, venu du Colorado, qui me connaissait bien. En regardant il dit : ça, c’est une chorégraphie de Nichito. Et les autres lui disent alors : mais regarde qui est là : c’est Nichito. On n’en n’est pas revenus, ni lui ni moi ».
Nichito repartira ensuite plusieurs fois en tournée avec Lady Salsa. En 2001, ils vont en Australie et en nouvelle Zélande pour 6 mois, en compagnie des danseurs du ballet de la télévision cubaine. Ils récidivent en 2003 pendant quatre mois, avec une partie de la compagnie, renommée Lo maximo de Cuba. Et c’est en revenant de cette tournée que Nichito se produit en France pour la première fois en compagnie du groupe musical Sonora la calle. (phot ci-dessous ; demonstration de Salsa par Nichito).
Nichito commence aussi à travailler avec la compagnie Danza Guerra, fondée en 2002 par Nilda Guerra. Connue aujourd’hui sous le nom de Rakatan, ce groupe associe dans son répertoire les folklores afro-cubain et afro-haïtien (photo ci-dessous). Là aussi, les tournées internationales s’enchaînent, notamment en Europe, d’abord en Suisse puis en Italie. « Lors de l’une des dernières tournées, le danseur soliste d’afro-flamenco, qui avait préparé son rôle pendant un mois à Cuba, est tombé malade et a dû déclarer forfait juste avant le départ… Trois jours après, c’est moi qui jouais le rôle à Milan alors que j’avais répété tout autre chose ».
C’est vers cette époque, vers 2003, qu’il décide de partir de Cuba où la situation décidément n’est pas bonne pour les danseurs. « Un jour, en revenant d’une tournée à l’étranger, j’ai été manger tranquillement une pizza dans restaurant de l’hôtel Cohiba en compagnie d’une danseuse cubaine. Mais ces lieux touristiques sont interdits aux cubains. Un policier m’a emmené au poste et m’a donné une carte d’avertissement, ce qui pouvait me valoir plusieurs années de prison et l’interdiction de quitter le pays. Alors, j’ai décidé de m’en aller, d’autant que j’avais à l’époque une amie française ».
Il s’installe à Paris en 2004. Il donne bien sur des cours de salsa dans différentes écoles, comme le studio Harmonie. Mais il enseigne aussi, fait assez rare à l’époque, les danses traditionnelles afro-cubaines, afro-haïtiennes la rumba et les autres danses folkloriques de l’oriente cubain, ce qui lui vaut d’être souvent invité comme professeur par l’Institut supérieur des arts afro-cubains. « Tout mon travail s’est fait autour du folklore moderne et c’est cela que j’ai toujours aimé enseigner. La Salsa, au fond, ce n’est qu’une forme particulière, un rameau de ces danses folkloriques ».
Simultanément, il continue ses tournées avec Lady Salsa, qui le conduisent au Royaume-Uni, mais aussi en Hongrie, Lithuanie, Pologne et Russie. Mais c’est sa rencontre avec Carina Odduara Production qui lui permet d’approfondir et d’amplifier son travail artistique en France et en Europe. Il commence alors à travailler avec de nombreux orchestres, comme Sergent Garcia, Songo 21, Fiesta Cubana, Los de Azucar, Mecanica loca, Rumba Abierta. Comment s’étonner que l’on retrouve aussi dans cette liste les plus prestigieux orchestres cubains, comme Pupy y Los que Son Son, Elio Revé y su Charangon, Maikel Blanco, Manolito y su trabuco, la Charanga Habanera, Adalberto Alvarez y su Son, Habana d’Primera, El Grupo Changui de Guantanamo, et beaucoup d’autres… « Chaque fois que je me retrouve sur scène avec un grand orchestre, c’est un moment excessivement fort pour moi. C’est la réalisation d’un rêve de toujours. J’ai été particulièrement ému il y deux ans à Montpellier, lorsque j’ai dansé en face de Pupy Pedroso qui improvisait en même temps au piano… » (photo ci-dessous : Nichito pendant un concert de Pupy y los que Son Son).
En 2008, il décide de venir habiter à Lyon. Prochaine étape de son enracinement en France : la création d’une académie pour disposer d’un lieu propre pour développer son enseignement et son travail chorégraphique de manière indépendante.
« Tous les problèmes que j’ai traversé dans la vie, la danse m’a aidé à les surmonter « .
Propos recueillis par Fabrice Hatem
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[1] Le plus haut niveau de la hiérarchie officielle de danseurs établie par le ministère cubain de la culture, qui en comprend 7.
Luanda Pau fait partie de ces jeunes artistes cubains qui ont choisi de venir enrichir notre pays de leur enthousiasme, de leur talent et de leur culture. Elle mérite d’être encore mieux connue du public français, qui y gagnera lui-même à s’abreuver aux sources les plus pures et les plus authentiques de la culture cubaine. C’est pourquoi j’ai réalisé pour vous ce petit dossier, composé de deux élements :
– Une interview de Luanda
– Et un petit documentaire vidéo très simple sur sa trajectoire artistique (voir lien en fin d’article)
Luanda Pau : La déesse Oya habite Nice
J’ai rencontré pour la première fois Luanda Pau à Genève en novembre 2010, à l’occasion d’un stage de danses afro-cubaines, suivi le soir d’un spectacle. Dès le premier moment, je fus séduit par son charme et sa simplicité. Ensuite, en prenant des cours avec elle, je fus convaincu par sa connaissance de la danse et par ses qualités pédagogiques. Enfin, en assistant le soir à son spectacle, je fus ébloui par son talent de danseuse et par son sourire radieux. Une amitié naquit de cette rencontre, des projets aussi puisque nous allons réaliser ensemble à Cuba en juin prochain un documentaire sur son père, le grand danseur Domingo Pau. Mais auparavant, je voudrais vous dire aujourd’hui quelques mots de la charmante Luanda .
Née dans une famille de danseurs folkloriques, de spectacle et de cabaret, Luanda a été pendant plusieurs années danseuse soliste du Conjunto Folclórico Nacional de Cuba. Elle a participé à différents spectacles présentés par la compagnie à Cuba et à l’étranger (notamment au Mexique, et au Royaume-Uni). Elle a également mené un travail de professeur indépendant en Italie, en Allemagne, en Suisse, en Autriche, à Monaco, en Roumanie etc. Elle a obtenu de nombreuses distinctions de haut niveau pour son travail de danseuse et de chorégraphe.
Installée en France depuis 8 ans, Elle vit à Nice ou elle dirige une école de danse afro-cubaine. Elle est également présidente d’une association culturelle nommée « Cuba, l’explosion de mon rythme ».
Luanda, je t’ai vu à plusieurs reprises danser, chanter et jouer la rumba avec bonheur. Que signifie la rumba pour toi ?
La rumba est née dans les quartiers les plus populaires de la Havane et de Matanzas à Cuba. C’est pour moi quelque chose de très vivant. Quand je danse, je chante, je joue la rumba, c’est un peu comme si j’étais chez moi, dans mon quartier, aux côtés de mon père, de mes amis et de ma famille.
La rumba est quelque chose de très profond et important pour moi, que je tente d’exprimer lorsque je danse. Elle apporte un échange très fort, une complicité à l’intérieur du couple. Mais cet échange prend des formes différentes selon les formes de rumba. Dans le Yambù, la femme peut s’exprimer sans avoir peur du vacunao de l’homme et elle peut jouer avec le contretemps de la clave. Dans le guaguancó, elle doit davantage se méfier de l’intention de l’homme de la « vacuner ». C’est une compétition, un jeu qui m’enchante.
Peux-tu nous parler de ton père ?
Mon père !! Il a été ma première école. C’est lui qui m’a enseigné les premiers pas de danse. Il a guidé et orienté ma carrière jour après jour jusqu’à me permettre d’être tout ce que je suis et de faire ce que je fais aujourd’hui. Je me suis inspirée de lui pour créer mon propre style. Mon père m’a enseigné la complexité de la danse folklorique, dans son intégralité.
Depuis que j’étais toute petite, il m’amenait au Conjunto Folklórico Nacional. Je dormais dans des matelas de gymnastique tandis que mon père, membre du Conjunto, dansait. Ensuite, je suis devenue moi-même danseuse professionnelle, et j’ai intégré la compagnie du Conjunto Folklórico Nacional.
Le Conjunto fait partie de ma vie. Il a été présent pour moi à toutes les étapes de mon existence, depuis l’enfance et l’adolescence jusqu’à l’âge adulte.
Peux-tu parler de tes meilleurs souvenirs au Conjunto ?
Le premier, ce fut quand j’ai dansé pour la première fois sur une scène avec mon père. Ce fut une expérience extraordinaire.
Le deuxième, c’est quand j’ai intégré la troupe de la compagnie et que j’ai commencé à voyager, pour représenter notre culture à un niveau international, en Europe, en Amérique latine (voir photo : le CFN au Mexique).
Le troisième, ce fut quand on m’a permis de faire mon premier solo comme danseuse soliste dans l’œuvre Aikunwua du chorégraphe et premier danseur Alexander Varona. J’attendais beaucoup ce moment, et cela fut heureusement un grand succès.
Peux-tu parler de ton activité de chorégraphe et des prix que tu as reçus en ce domaine ?
Pour moi, la chorégraphie est le reflet de tous mes rêves. Quand je dors et que je vois une scène, cela me donne envie de la réaliser. Quand je mets en place une chorégraphie, c’est un peu comme si je me voyais moi-même en train de danser, mais en groupe, répliquée en plusieurs personnes.
Ma mère, Rosa Baquero, m’a également beaucoup aidé. Elle a eu une carrière de chorégraphe et de directeur artistique du cabaret Parisien du Grand Hôtel National de la Havane. Ses connaissances techniques et son talent me furent d’une grande aide dans ma carrière artistique, notamment dans le domaine du cabaret et du spectacle.
Comme tu peux le voir, j’ai été élevée dans une atmosphère artistique des deux côtés de ma famille. Et, de ce fait je me suis inspirée de mes deux parents. Dans mes chorégraphies, j’essaye de faire une fusion de leurs deux styles : folklore et spectacle. J’ai réalisé différents spectacles en France, pour les casinos Barriere de Cannes et de Menton, ainsi que pour le Sporting club de Monaco, entre autres.
A Cuba, nous avons obtenu un grand prix pour la Comparsa la Giraldilla de la Havane. Mon père était le directeur artistique et moi la chorégraphe du défilé des modèles et des danseuses de spectacle.
Il y-t-il aujourd’hui beaucoup d’intérêt en France pour la culture Afro-cubaine ?
Cela commence à décoller peu à peu, même si cela a été un peu difficile au début. Cela fait maintenant huit ans que je vis en France. J’ai donné des interviews, beaucoup de gens sont venus me voir. Parexemple, à Genève où nous nous sommes rencontrés, les gens n’ont accueilli avec beaucoup de respect et d’admiration. Pendant les classes, les élèves s’intéressaient à tous les détails et m’ont posé beaucoup de questions (voir ci-dessous une photo de Luanda pendant son stage à Genève).
Mais sur la Côte d’azur, ou je vis, je suis la seule danseuse disposant des connaissances de base pour enseigner de manière méthodique ces danses folkloriques. Cela rend ma tâche un peu plus difficile.Beaucoup de gens s’intéressent notamment à la rumba. En même temps, j’essaye d’attirer le public, d’organiser des fêtes, des spectacles, d’intégrer les gens, de leur faire comprendre qu’à Cuba il n’y a pas que la salsa, que notre culture est plus large, plus riche. Ma mission est de tout mettre en œuvre pour que le public européen découvre la culture afro-cubaine.
Que cherches-tu à développer en priorité chez tes élèves ?
Je travaille beaucoup avec la pédagogie par objectifs. J’essaye de faire en sorte que mes élèves puissent parvenir à comprendre, pendant le peu de temps que dure la classe, d’où vient ce qu’ils apprennent. Cela ne m’intéresse pas qu’ils n’apprennent que les pas. Je cherche à les sensibiliser à une histoire, à une culture.
Chaque mouvement, chaque rythme, chaque chanson qui sont présent dans ces danses, ont une signification. Rien n’est là par hasard. Avec la danse de Elegba, par exemple, nous entrons dans la vie, dans l’histoire de cet Orisha qui a vécu selon la mythologie il y a des siècles, et que maintenant nous reconnaissons et nous adorons comme une Divinité majeure. Ochun est habillée de jaune parce qu’elle la déesse de l’or. Sa danse exprime la douceur de l’eau, car elle vit dans les rivières. Elle est aussi très sensuelle car c’est la déesse de l’amour. .
Est-ce que c’est important pour toi de développer la conscience corporelle et la coordination rythmique chez tes élèves ?
Oui, Cela ne m’intéresse pas que les gens apprennent trois pas assez faciles et qu’à la fin ils ne sachent pas pourquoi ils les font. Je veux que les élèves sachent d’où vient le mouvement, et comprennent la signification de la danse de l’Orisha qu’ils sont en train d’interpréter. Ce répertoire d’origine africaine ouvre sur une culture, une histoire très riches et qui méritent d’être transmises.J’insiste beaucoup sur le lien entre le mouvement, le chant et les battements de tambours, bata ou conga. Les élèves doivent savoir que la danse est un tout avec la musique. Et bien sûr, ils doivent développer leur conscience corporelle. Par exemple, le mouvement du torse est quelque chose de fondamental dans le style de la danse Yoruba.
J’aime particulièrement enseigner la rumba. Je m’inspire de mon père qui la danse depuis très longtemps. J’aime la rumba et je vis à travers cette danse. J’essaye de transmettre cela aux gens pour qu’ils se divertissent tout en apprenant.
Quelles sont les grandes qualités de Yemaya ?
Oh, les grandes qualités de Yemaya…. Avant tout, elle est la mère universelle de tous les êtres vivants, de tous les êtres humains. Elle est celle qui a donné la vie à la terre, selon les légendes Pataki. Elle est l’essence de la maternité, Elle est toujours patiente. Mais elle est aussi très sévère. C’est une Orisha qui impose le respect. Et elle peut se mettre en colère !!! Yemaya est patiente, elle supporte beaucoup de choses ; mais quand c’est trop, c’est trop !!! Alors, elle explose, comme nous, les êtres humains.
Et Oya ?
Quand j’ai étudié à l’ENA (Ecole nationale des arts), j’ai obtenu mon premier grand prix féminin de danses folkloriques avec cette Orisha. J’avais quinze ans… Pour interpréter Oya, tu dois vraiment croire ce que tu fais. C’est un personnage qui a beaucoup de caractère et d’orgueil. c’est la déesse de le tempête, c’est aussi une guerrière qui accompagne Son mari Chango au combat.
Peux-tu nous parler de tes projets artistiques et pédagogiques actuels ?
Mon objectif principal et d’enseigner, de favoriser l’échange de transmettre la culture traditionnelle cubaine dans toutes ses dimensions.
Je suis présidente d’une association culturelle appelée « Cuba, l’explosion de mon rythme ». Par son intermédiaire, j’ai présenté un projet destiné à faire venir en France la Comparsa de Cuba et de la faire participer au carnaval de Nice. C’est un projet important et à long terme, mais j’espère qu’il pourra se réaliser. Je voudrais faire venir le Cabildo de la Havane en France, pour apporter une autre vision de la culture traditionnelle cubaine.
Par ailleurs, afin de travailler avec un public différent et de tous les âges, j’ai décidé d’utiliser mes connaissances techniques et artistiques pour réaliser des projets d’animation culturelle. Dans ce but, j’ai préparée et obtenu le diplôme d’animatrice culturelle, option patrimoine.
Tu aimes mieux Cuba ou la France ?
Cuba est mon berceau. Ce sera toujours Cuba. Je sais que je mourrai là-bas. Mais j’aime beaucoup la France et j’aime aussi l’Europe. J’ai eu de nombreuses opportunités de voyager en Europe, et ces échanges culturels m’ont beaucoup apporté.
J’ai pu m’impliquer à cette occasion dans différents types de projets, ce que je n’aurais pas pu faire si j’étais restée à Cuba.
Pour moi, la France, Genève, mais aussi l’Italie ou j’ai beaucoup travaillé avec mon père et ma mère, forment un tout. Je ne veux pas comparer Cuba et la France, mais Cuba et l’Europe. Je me sens chez moi partout.
Propos recueillis par Fabrice Hatem
Pour mieux connaître Luanda Pau, vous pouvez visiter son site web : www.luandapau.com
J’ai également réalisé sur Luanda Pau un reportage vidéo. Celui-ci se divise en deux parties :
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