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Le Géant ALEXANDER ABREU  un musicien complet et généreux destiné au succès

Le Géant ALEXANDER ABREU un musicien complet et généreux destiné au succès

leonel alexander teaser

Alexander Abreu est probablement l’artiste cubain le plus populaire au sein du public français depuis ces 3 dernières années. Grâce à son talent exceptionnel mais aussi à son immense générosité il a su conquérir le cœur des salseros et a fait l’unanimité Il gagne avec son orchestre de stars HABANA D’PRIMERA le prix ‘Opera Prima’ au festival Cubadisco 2010 pour l’excellent CD « Haciendo Historia » mais surtout il rafle tous les prix des FIESTACUBANA AWARDS comme Révélation de l’année en 2008, puis comme Meilleur CD, Meilleur Chanson, Meilleur Chanteur, Meilleur Concert de l’Année en 2009.
Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier cet artiste et cette personnalité surprenante qui est apparue comme une étoile filante au grand public en seulement 3 ans. Pourtant, si Alexander se donne beaucoup, le connaît-on vraiment ?

 

Pour ceux qui suivent depuis longtemps la scène musicale de Cuba, son succès n’a rien d’une surprise car Alexander (comme on l’appelle simplement) enflamme les scènes de la Timba depuis 1994 avec d’abord Manolin et surtout Paulito FG y su Elite !
Mais on ne l’attendait pas comme l’un des chanteurs les plus appréciés du public.

 

Alexander Abreu apparaît en quelque sorte comme une réincarnation de Louis Armstrong, trompettiste génial dont la voix, les paroles poétiques, l’interprétation et le génie musical on charmé tous les publics, entre Son Traditionnel Cubain, Latin-Jazz et Timba.

C’est en France, grâce aux DJs Européens et au Festival Aqui Cuba, qu’Alexander Abreu explose auprès du public avec la chanson mythique « Mi Musica » qu’il interprète avec GRUPO DANSON.
Mais c’est un concours de circonstances qui le pousse à lancer son propre groupe En 2006 Issac Delgado émigre en Floride et laisse derrière lui un orchestre de tout premier plan, composé des meilleurs musiciens de Cuba. Alexander Abreu saisit l’opportunité et regroupe ce collectif d’étoiles de la Timba HABANA D’PRIMERA est né et va continuer à écrire les meilleures pages de l’histoire de la musique cubaine.

Alexander Abreu a bien voulu passer le temps nécessaire lors d’un entretien exclusif avec FiestaCubana.net pour revenir sur son parcours, sa carrière et pour partager sa vision de la musique cubaine.

Interview réalisée en 8 parties par Leonel « El Farandulero Mayor » a La Havane le 10 Mai 2010 :

  1. Partie 1 Les Origines d’Alexander Abreu

    Partie 2 : Les premiers pas d’Alexander Abreu au coeur de la genèse de la Timba

    Partie 3 : La Musique d’Alexander Abreu et ses collaborations

    Partie 4 : Les Maitres et la Vision de la Musique d’Alexander

    Partie 5 : Alexander avec MAMBORAMA puis GRUPO DANSON

    Partie 6 : La Naissance de HABANA D’PRIMERA

    Partie 7 : Les ingrédients de la Musique de Habana D’Primera et les interprètes ce collectif

    Partie 8 : Les projets de Habana D’Primera et les messages d’Alexander !
  2. Partie 1 Les Origines d’Alexander Abreu

    publiée le 25 Juin 2011

    Leonel : Bonsoir, Nous somme ici chez ce maitre de la Musique Cubaine, le grand Alexander Abreu, directeur, compositeur, arrangeur, trompettiste et chanteur de ce groupe exceptionnel Habana D’Primera ! Comment ca va

    Alexander : Ca va ! Il fait chaud et on bosse !

    Leonel : Vous revenez récemment d’une tournée en Europe et en ce moment c’est Cubadisco. Aujourd’hui même nous avons appris que vous avez gagné le prix « Opera Primo » de Cubadisco. C’est un prix important et nous te félicitons pour ce prix mais aussi pour les 4 Prix de Fiestacubana.net, Meilleur CD, Meilleur Chanteur, Meilleur Chanson, Meilleur Concert de l’Année..

    Alexander : En France

    Leonel : En France et en Italie avec TimbaSocialClub.net ! Félicitations et nous espérons que tu vas continuer comme ca, convaincant les salseros que vous êtes les meilleurs !

    Alexander : Juste nous essayons de faire de la bonne musique !

    Leonel : Merci de nous recevoir chez toi. J’aimerais passer un moment avec toi afin que les Salseros te connaissent mieux. Qu’ils sachent d’où tu viens, ce que tu as accompli lors de ta carrière, quel est ton projet et où il se dirige. Ma première question est la suivante comme tu t’appelles Alexander Abreu je me demande si tu as une relation familiale avec Los Papines.

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    Alexander : Non ! Pas du tout ! Je viens d’autre part. Mon grand-père dit que le nom Abreu vient de la famille d’une maitresse d’esclaves qui a donne son patronyme a tous les noirs qui lui étaient assujettis. Si bien qu’au final il y a une relation par ce biais.
    Et même si ce n’est pas le même sang qui coule dans nos veines, Los Papines sont de très bons musiciens et ce sont aussi des Abreu. (Alexander salue Los Papines).

    Leonel : Mais tu n’as pas enregistré sue le disque de Sello L.A. (les neveux de Los Papines) « Tranquilo Sin Lio »
    Alexander : Si ! Oui j’ai enregistre ce disque…

    cd.sellola.tranquilosinlio

    Leonel : Du coup tu as quand même un petit lien avec Los Papines, ou du moins leur enfants ou neveus.

    Alexander : Surtout qu’il s’appelle aussi Alexander Abreu (Alexander Abreu Chantes bassiste et Directeur de Sello L.A.)

    Leonel : C’est pour ca qu’il peut y avoir une confusion.

    Leonel : Tu es de La Havane ou d’une autre province

    Alexander : Je suis de Cienfuegos, du quartier de Pueblo Griffo, un quartier d’une ville très belle. J’ai commencé à étudier la musique depuis l’âge de 5 ans. Mon grand-pere jouait de la guitare et mon oncle, ma mere etqient tous de musiciens, pas des musiciens de formation académiques mais plutôt autodidactes avec beaucoup d’inspiration. Ils m’ont inculques beaucoup de choses, ils m’on appris la guitare… En fait j’ai d’abord fait du sport, j’ai été sportif. A laquelle ou je pratiquais le sport, à la fin de l’année ils m’ont offert une flute. Une petite flute comme ca, et avec ca, du haut des mes 8 ans, j’ai commencé à faire de la musique.
    Apres ca je suis entré à l’école de musique, au conservatoire Manuel Saumell de Cienfuegos. Je voulais être flutiste, pas la trompettiste. J’avais une flute et je voulais étudier la flute mais comme il n’y avait pas beaucoup de professeurs, j’ai du commencer à étudier le trompette !

    cienfuegos.palacio de la musica

    Après quelques années, ma carrière m’a conduit à La Havane pour étudier la flute mais comme je m’étais habitué à la trompette je n’ai pas souhaité l’abandonner.

    J’ai étudié 4 ans à Cienfuegos et après j’ai arrêté la musique pour un moment. Je suis allé à une école normale à la campagne. C’est quand je suis revenu de la campagne que j’ai décidé de passer l’examen d’entrée a L’Ecole Nationale des Arts (Escuela Nacional de Arte).
    Et de là commence une nouvelle vie.
    Mais il y a un doute que j’aimerais clarifier parce qu’il y a beaucoup de gens qui se demandent pourquoi Alexander chante si c’est en fait un trompettiste, mais en fait, et peu de gens le savent, et même si je n’ai pas d’enregistrements ce ca, la première chose que j’ai commence à faire est de chanter !
    J’ai d’abord chanté avec mon grand-père, ma mère, etc. A cette époque j’apprenais la musique au conservatoire, pour le cycle de primaire et secondaire.
    Mais la première chose que j’ai faite a été de chanter, un travail au niveau vocal, à Cienfuegos. Du coup j’ai même chanté dans un groupe très connu à Cienfuegos, « ISMAELILLO» . Je suis entré dans ce groupe à un moment ou les fondateurs commençaient à chercher leurs propres voies individuelles.

    ismaelillo

    NDLR : Pour en savoir plus sur le groupe musical Ismaelillo visitiez leur site :
    http://www.freewebs.com/ismaelillo/index.htm

    Alexander Abreu a aussi participé à cette époque a une groupe vocal sous la direction de Rosa Campos

    Partie 2 : Les premiers pas d’Alexander Abreu au coeur de la genèse de la Timba

    publiée le 27 Juin 2011

    Leonel : En quelle année c’était à peu près ?

    Alexander : on parle des années 1991-1992… J’arrive à La Havane en 1994, j’arrive de Cienfuegos et j’étudie à l’Escuela Nacional de Arte. J’ai eu beaucoup de chance. Au-delà de l’enseignement que j’ai reçu, j’ai eu beaucoup de chance. Je me suis retrouvé à étudier sans travailler et après une semaine un ami est venu me chercher et m’a proposé de l’accompagner à un concert. C’est un ami qui vit actuellement aux USA, il s’appelle ??? S’il regarde cette interview, il verra que tout ce qui suit est la vérité. Il jouait là-bas ce soir la.

    Nous sommes donc allés a La Cecilia ce soir la et le groupe qui jouait était MANOLIN EL MEDICO DE LA SALSA a ses tous débuts, alors que personne ne le connaissait. Il faisait quelque chose de tout nouveau. Il venait avec beaucoup d’énergie et de forces.

    Cette nuit la il pleuvait beaucoup vers Guanabacoa et le trompettiste qui jouait dans le groupe venait justement de Guanabacoa et justement il a eu beaucoup de mal a venir. Du coup ils m’ont demandé si je pouvais faire de travail ce soir la comme trompettiste. J’étais modeste, j’étais encore à l’école mais c’est là qu’Alexander a commence, à la Cecilia en 1994.

    Après ca j’ai beaucoup travaillé de manière occasionnelle avec eux ici et là comme au Palacio de La Salsa… Ils ont enregistré ensuite leur premier CD auquel j’ai participé.

    cd.manolin.unaaventuraloca

    Le producteur en était José Luis Cortès.

    J’ai commencé à travailler comme ca, j’étais très jeune, j’avais a peine 18 ans. Et El Tosco me dit (Alexander imite la grosse voix de José Luis Cortès) : « Mon petit tu as du potentiel. Tu vas devenir un bon trompettiste »
    Mais bon, c’était difficile, j’étais très jeune il me fallait apprendre encore beaucoup, beaucoup de choses… Trop en fait !
    En fait à ce moment là, le trompettiste de l’orchestre de Paulito F.G. a eu des problèmes de santé qui ont fait qu’il n’a pas pu continuer à travailler. Du coup ils ont demande à José Luis (Cortès) qu’il leur recommande un trompettiste et José Luis m’a recommandé.

    José Luis Cortès c’est une autre personne que je n’oublierai jamais !

    Donc il m’a recommandé et j’ai commencé un travail très difficile dans cet orchestre parce que le niveau de musiciens de Paulito F.G. était très très haut. Tu m’imagines, moi, un jeune trompettiste de 18 ans. Avec la bénédiction de Juan Manuel Cerruto et l’aide du maestro Carmel Andres (aujourd’hui trompettiste de La Charanga Habanera).

    Carmel Andres est mon maitre depuis toujours, je le dis tout le temps et je l’aime vraiment beaucoup.

    Sous la direction de Juan Manuel Cerruto… Ca a été le maitre de ma vie car c’est lui qui m’a appris à être musicien dans tous le sens du mot !

    Donc sous la direction de Juan Manuel Cerruto et avec l’aide de Carmel Andres, ils ont contribué à faire 80% du trompettiste et du musicien que je suis aujourd’hui !

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    Leonel : Du coup tu as eu 3 écoles : le conservatoire de Cienfuegos, la ENA et la Elite ?

    Alexander : Absolument ! Figures-toi que ca a été une très bonne école pour moi car maintenant que j’ai un orchestre (Habana D’Primera), celui qui compose et écrit les morceaux, c’est moi ! Celui qui fait tout, c’est moi ! Et toute l’influence vient de là ! Tout vient de ce que j’ai vécu à cette époque :

    je parle de l’énergie de Paulo comme chanteur, de la poésie qu’il utilisait dans ses chansons ca cette époque-la, la maturité musicale de Juan Manuel Cerruto, la relation de Paulito avec le public, ce sont des choses que j’ai reçues !
    Comme tu les dis, ça a été une école et tout vient de là ! Du coup aujourd’hui les choses me sortent plus facilement !

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    Leonel : Ce sujet a été le thème de ton hommage à la Timba des années 90 « Resumen de los 90 » ? Le premier morceau de ton CD « Haciendo Historia »

    Alexander : « Resumen de Los 90 » est un hommage à La Musique ! C’est pour cela que le disque allait s’appeler comme ca ! Mais il faut que tout le monde le sache, ce n’est pas moi qui a donné le nom au disque « Haciendo Historia », c’est lui (Alexandre montre Leonel du doigt) !

    Leonel : Non, non ! (« Haciendo Historia ») ces mots sont tes propres mots… C’est une phrase que tu chantais au milieu du morceau. Juste ce que je t’ai dit c’est que tu es (ton projet est) plus grand que un résumé des années 90 ! Ca en est l’essence mais tu es encore plus grand ! Au final tout vient de toi !

    Alexander : El « Resumen de Los 90 » est un enregistrement qui nait en hommage à la Musique Cubaine parce qu’elle souffre et qu’elle est faible encore aujourd’hui. Il y a en a qui en incombe la faute au Reggaeton mais ce n’est pas la faute du Reggaeton. La faute en revient à la mentalité de ceux qui ont arrêté de créer. Cette Musique (Cubaine) des années 90 transportait les gens à Cuba et dans le monde entier. Du coup « Resumen de Los 90 » est comme un hommage à cela. J’ai voulu faire renaitre cela, provoquer une renaissance. J’ai fondé un orchestre pour ca…

    Il qui n’est pas le meilleur de Cuba comme le disent beaucoup de gens… Je n’aime pas beaucoup que les gens disent que celui-ci ou celui-là est le meilleur. Je n’aime pas beaucoup qu’on dise que nous avons le meilleur groupe de Cuba car ca nous engage énormément à ne faire aucune erreur. Et nous ne sommes que des êtres humains en ce bas monde. Je préfère que les gens disent que nous avons un orchestre très très bon.

    Mais si un jour, avec de la chance, les gens disent que nous sommes le meilleur orchestre, ce qui me plairait c’est que nous marquions une étape, comme une renaissance de cette musique et qu’elle se mette à revivre pour notre travail.
    Un jour j’en parlais avec Lazaro Valdès (directeur de Bamboleo) et je disais que j’ai fondé mon orchestre pour ca !

    J’ai appelé des musiciens de cette époque et je les ai fait monter sur scène. Leur tâche, au delà de l’aspect économique, même si on s’en sort bien, est principalement musicale.

    Nous faisons cette musique pour que les amateurs l’apprécient comme toi, Jack El Calvo, Timbalero, DJ Melao, Samurai…

    J’apprécie beaucoup tous les gens qui aiment cette musique !

    Faire revivre cette musique est l’objectif que je me suis fixé !

    Partie 3 : La Musique d’Alexander Abreu et ses collaborations

    publiée le 27 Juin 2011

    Leonel : Ta musique s’appelle Timba ? Tu viens cette époque ou a triomphé la Timba aux alentours des années 93 jusqu’en 1999. Mais la musique de ton disque, tu la définis comme Timba, comme Salsa, comme Son ? Par exemple « Despues de Un Beso » empeza como un son.

    Alexander : C’est un Son ! Ce qui se passe c’est que la façon dont nous avons monté ce morceau, on ne joue plus le Son de la même manière comparé à ce qui se passait il y a 50-60 ans dans la Musique Cubaine !

    Mais le patron musical est là, les paramètres sont là, la ligne mélodique, tout a ete invente il y a bien longtemps…

    La Timba, c’est un terme, c’est un mot, un nom qu’on a donné à ce que nous faisons, nous-autre les cubains.

    Si on veut l’appeler ainsi, c’est bien ! Le nom n’est pas mauvais… Mais je crosi que ce que nous faisons c’est de La Musique Cubaine.

    Ce que certains ont dénominé comme la Timba, c’est une musique très agressive, avec des paroles qui parfois ne disent pas grand-chose, si tu me comprends…
    Mais je crois que le Cubain, en tant que tel, porte ca en lui !

    Je ne fais pas ce type de musique de cette manière. J’en apporte l’énergie, j’en apporte la force. Il y a le rythme, il y a Cuba…
    Mais j’apporte aussi la poésie et la malice cubaine pittoresque, la grâce… Du coup je ne peux considérer ma musique comme de la Timba au sens strict.
    C’est de la Musique Cubaine, je vais baptiser ma musique ainsi !

    Leonel : Giraldo Piloto me disait « La Timba c’est Liberté et Cubanité » (Libertad y Cubania). Si on définit la Timba ainsi, je crois que ca s’applique bien à ton travail… Mais cette définition de Giraldo Piloto est très ample.

    On continue avec cette époque des années 90. Tu as travaillé avec Paulito F.G. y su Elite avec lesquels tu as enregistré 3-4 disques…

    Alexander : 4 Disques, non ! J’ai enregistré tous les disques de le Elite jusqu’à aujourd’hui. En fait les 2 premiers je ne les ai pas enregistrés, « Tu No Me Calculas » et « Sofocandote » je crois, car j’étais encore a Cienfuegos. Par contre tous les disques a partir de 1994 je les ai enregistrés. Jusqu’au tout dernier CD qui est sorti.

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    Leonel : Mais ensuite tu as collaboré avec bien d’autres figures de la Musique Populaire dansante.

    Alexander : Oui ! Apres 7 ans de travail avec Paulito F.G. y su Elite au cours desquels j’ai beaucoup appris, j’ai commencé à travailler en solo. Je suis rentré chez moi et j’ai commencé à étudier et à travailler seul.
    Au final je me suis retrouvé très occupé dans les studios d’enregistrement à partir de l’année 2000.

    Leonel : Tu as enregistré avec Carlos Manuel y El Clan !

    Alexander : En fait j’ai commencé à travailler en studio avec Jose Luis Cortes ! Encore une fois (il m’a mis le pied à l’étrier) ! Sur le disque « De Aqui P’alla » et « De Alla Pa’ Aca ». C’est un enregistrement qu’on a fait il y a longtemps à Cuba, (en réponse a) un disque de Musique Cubaine fait à Puerto-Rico. On a fait un disque a Cuba, dirigé par Jose Luis Cortes, ou on a joue la Musique de Puerto-Rico.

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    En fait ca a été a l’origine de « Team Cuba », un groupe de cette époque, que j’ai eu la chance d’intégrer. J’avais à peu près 22 ans.

    Apres Paulito F.G. j’ai beaucoup enregistré. J’ai eu beaucoup de contacts avec les musiciens du milieu, et du coup j’ai commencé à travailler avec de grands artistes comme Issac Delgado, sur le disque de Haila Mompie, Carlos Manuel, Pablo Milanes, etc…
    Je ne sais plus, il y a telle quantité de personnes…

    Mais avec Issac Delgado j’ai aussi fait pas mal de tournées.
    Avec Carlos Manuel j’ai beaucoup travaillé aussi mais avec Issac j’ai fait beaucoup de tournées, particulièrement en Europe. Du coup beaucoup m’ont identifié à son groupe.

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    Avec Issac Delgado aussi ça a été une grande école pour moi !
    Pour la discographie très large qu’il a produite, il représente également un patron musical à suivre.

    Leonel : Tu as aussi pris certains éléments de sa manière de chanter, non ?

    Alexander : Il y a des influences d’un peu partout : un peu de Roberton (de Los Van Van), un peu d’Issac, un peu de Paulo FG… Ce sont beaucoup de choses que j’ai combinées pour au final j’arrive a mon propre chant.

    Leonel : Mais ta carrière continue avec beaucoup d’enregistrements en studio. Je le dis comme une plaisanterie mais tu as 2 maisons : ta maison et le studioo 101 de la EGREM.
    Tu n’arretes pas d’enregistrer et pas seulement de la Timba ou de la Musique Populaire Dansante. Tu as enregistré par exemple avec Tete Caturla.

    Alexander : Oui j’ai enregistré avec Tete Caturla.

    J’ai enregistré sur le CD « 30 Años » d’Irakere avec Chucho Valdes, qui a toujours été un Maestro.

    Leonel : Mais tu n’a jamais été un membre de Irakere ?

    Alexander : Je me considère comme un membre d’Irakere. On peut le dire comme ça car à partir du moment où tu fais différentes tournées et que tu enregistre un CD avec un groupe, tu en fais partie.
    J’ai beaucoup travaillé avec ce Maestro et j’y ai fais des choses incroyables. Tous les trompettistes qui ont compté à Cuba sont passés par ce groupe !

    Partie 4 : Les Maitres et la Vision de la Musique d’Alexander

    publiée le 28 Juin 2011

    Leonel : Quels sont tes trompettistes de référence ? Tes préférés ? Ceux qui t’ont influencé ?

    Alexander : Mon trompettiste préféré est mon maestro, Carmel Andres ! C’est vraiment la trompette que j’aime, et avec les années qu’il a et la manière et la force qu’il a de jouer, c’est un patron, un modèle pour la plus grande partie du travail que j’ai fait dans ma vie. Je l’admire.

    A Cuba il y a Elpidio Chappottin, Julio Padron. Dans la génération plus récente il y a Yasek Manzano, et les plus jeunes qui sortent actuellement.
    Monsieur Arturo Sandoval, la meilleure trompette du monde. Je le dit comme ça car au vu des dispositions de ce monsieur pour cet instrument, il me semble qu’il faut être né comme ça ! Il n’y a aucune comparaison. Il y a beaucoup de trompettistes qui ont du talent mais comme lui…

    Voila ce qui me vient et qui me donne de la force, ce que j’ai en tête pour ensuite le projeter.

    Leonel : Mais tu travailles aussi beaucoup le Jazz ? En plus de Habana D’Primera, tu as une formation de Jazz. Quand as-tu commencé à jouer du Jazz ?

    Alexander : Comment t’expliquer ? La Jazz, le Jazz. Le Jazz en tant que tel, comme toute musique improvisée, est le nom qu’on a donné à un genre musical où tout est libre, où on crée, on improvise, et on évolue à partir de ce qu’on analyse. Ca s’est beaucoup développé.
    Je ne me considère pas comme un Jazzman, même si j’ai beaucoup joué de Jazz.

    Dans l’orchestre de Chucho Valdès j’ai eu l’occasion de le faire.
    Je l’ai fait comme soliste. A Copenhague au Danemark aussi j’ai beaucoup joué de Jazz car on peut en vivre là-bas. Du coup pas mal de gens en font.

    Voilà à peu prés le parcours d’Alexander dans le Jazz.

    Les disques que j ai fait ont aussi été merveilleux.
    J’ai enregistré le disque « A Puerto Padre » de Juan Manuel Ceruto en hommage à Emiliano Salvador.

    cd.juanmanuelceruto.apuertopadre

    Ce sont des choses comme ca qui ont marqué ma vie, que j’ai faites.

    Mais au final je ne me considère pas comme un Jazzman.
    Moi j’appartiens plutôt à la Musique Cubaine, au Son, à la Rumba. C’est ce qui circule dans mes veines. C’est ca que je suis capable de faire naturellement, avec toute ma force !

    Leonel : Et ça tu le tiens de Cienfuegos ! Tes racines. La terre de Benny Moré. Quels sont tes liens avec Benny Moré ? C’est un personnage très important pour toi ?

    Alexander : Figure-toi que le deuxième nom de ma mère est Moré ! Il y a peu de gens qui le savent ! Il y a une parenté. Il ya une parenté lointaine mais il y en a une ! Les prémisses sont peut-être là.

    Leonel : Tu nous a dit que tu avais appris a jouer de la guitare a Cienfuegos. Tu jouais aussi le Tres ?

    Alexander : Oui. C’est ce que j’ai appris avant la trompette.

    Leonel : Et dans Grupo Danson, c’est toi qui joue du Tres en partie ?

    Alexander : Non. Dans ce disque c’est le bassiste du groupe qui a enregistré le Tres. J’ai écrit le Tumbao et il a peut-être fallu que je lui montre au Tres comment on devait le jouer. Mais bon… A chacun son instrument. Je préférais que ca sonne vraiment et donc cela n’a pas été moi qui ai enregistré.

    Leonel : Mais la tradition de là-bas a Cienfuegos était plutôt Sonera ou Rumbera ? Dans quelle ambiance baignais-tu ?

    Alexander : il y avait surtout du Son, de la Guaracha, ces choses la. Je jouais dans un conjunto campesino. On faisait surtout de la Musique Campesina

    (NDLR : la musique ‘campesina’ est la musique traditionnelle cubaine de la campagne, celle des Guateques, essentiellement du Son, de la Guarachas, Guajira mais aussi le Punto Cubano, la decima, la tonadas, etc.)

    La Rumba est venue après, et je l’ai incorporé au fur et à mesure de ce que j’ai commencé à étudier.

    (NDLR : Alexander Abreu a participé au disque La Rumba Soy Yo et à ce titre il a recu un Latin Grammy Award)

    cd.larumbasoyyo

    La Salsa, la Timba si on veut l’appeler ainsi, ou plutôt la Musique Cubaine actuelle, c’est ce qu’on joue depuis cette époque.

    Partie 5 : Alexander avec MAMBORAMA puis GRUPO DANSON



    MAMBORAMA

    Leonel : Parlons maintenant de ta carrière en dehors de Cuba. Tu as enregistré sur le disque de Willie de Cuba

    cd.williedecuba.eldestino

    Mais surtout tu as enregistré avec un très bon orchestre, qui a sorti 3 disques mais avec lequel tu as enregistré 2 CDs avec l’orchestre de Bill Wolfer, MAMBORAMA.

    cd.mamborama.entrelahabana y elyuma

    C’est grâce à Bill Wolfer que nous nous sommes connus (lors de la tournée de Maborama en Italie en Février 2005). A cette époque certains critiques disaient que Mamborama était « Le Trabuco prêté » mais tu en étais une figure additionnelle à la trompette.
    Que peux-tu nous dire de ta collaboration avec Bill Wolfer et de la tournée avec Mamborama.

    Alexander : Figures-toi que Mamborama a été pour moi une totale surprise. Parce que nous autres les musiciens cubains, nous avons cette mauvaise habitude, considérons que tous ceux qui font de la Musique Cubaine et qui ne sont pas cubains, tous les musiciens étrangers qui ne sont pas connus à Cuba ou qui n’y bénéficient pas de la diffusion adéquate, n’arrivent pas à bien la faire, ca ne fonctionne pas.

    Mais quand j’ai enregistré le disque, je n’imaginais pas que nous allions avoir l’impact que nous avons eu. Les concerts de Mamborama furent incroyables. Tous ces italiens (parfois des milliers) dansant sur notre musique, incroyable !

    cd.mamborama.directamentealmambo

    Par contre cela n’avait rien à voir avec « Le Trabuco prêté » ! C’est vrai que c’était des musiciens du Trabuco (de Manolito Simonet) mais ce sont des musiciens normaux qui ont fait la tournée avec des morceaux d’El Indio (Sixto Llorente) mais les arrangements sont totalement différents, ca ne sonnait pas du tout pareil avec d’autres influences.

    Mamborama a son style, sa marque.

    J’en profite pour féliciter Bill Wolfer pour cet accomplissement. Ce disque est merveilleux (CD « Directamente Al Mambo »)

    GRUPO DANSON

    C’est vrai qu’en terminant cette tournée avec Mamborama, je suis allé à Copenhague pour la première fois. Je devais y faire une chose.
    Il y avait un événement dans une école de Musique où viennent beaucoup de professeurs du monde entier pour donner des cours et partager leurs expériences. Les Brésiliens avec leur Samba, les Américains, tout le monde pour faire un événement mondial très intéressant. Je l’avais déjà fait 2 ans auparavant et ils m’ont invité à nouveau.

    Du coup j’ai profité de la tournée avec Bill Wolfer pour aller au Danemark donner des cours là-bas. Il y avait aussi Carlos Perez, un compagnon de la Elite de Paulo FG, un bon ami. Il vivait au Danemark depuis un moment avec son Grupo Danson dans lequel il faisait un travail remarquable de Musique Traditionnelle.

    Quant à moi je suis rentré à Cuba mais apres quelques mois je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas d’enregistrements, il ne se passait rien, si bien qu’on arrivait à peine à vivre de son travail. J’ai appelé Carlos et je lui demandé de me sortir de là, de m’aider à trouver quelque chose. Je ne savais plus quoi faire. Et Carlos a fait toutes les démarches pour me faire venir au Danemark.

    Je suis allé avec eux faire une tournée de 6 concerts au Danemark pour jouer la Musique Traditionnelle comme il y a à Cuba. Puis il me dit qu’il veut faire un disque.
    Mais on n’allait pas faire un autre disque avec « Cuarto de Tula », avec « Chan Chan », ni des choses comme ca. On avait de la musique traditionnelle mais on s’est dit qu’on allait chercher de la Musique.

    Là j’ai commencé à écrire ! J’ai commencé à écrire les arrangements de chansons sur ce disque que j’avais composées à l’âge de 16 ans. « Solo Para ti » par exemple est une chanson que j’ai faire quand j’avais 14-15 ans. « Mi Musica » est une chanson que j’ai composée à 18 ans. Ce sont de très vieux morceaux. J’ai beaucoup de morceaux comme ca de cette époque ! Tu vas voir, quand on parlera du prochain disque…
    Donc j’ai commencé à écrire. Et beaucoup de gens pensent que je n’arriverais rien à faire avec ce disque de Grupo Danson.

    Mais avec « Mi Musica », ma première surprise fut à Copenhague, lorsqu’ils ont organisé des Music Awards et cette année là « Mi Musica » a gagné le prix de la meilleur chanson.
    Ca m’a beaucoup touché car à Copenhague on ne parle pas espagnol, ou très peu. Ce qui m’a captivé c’est leur passion et leur manière de transmettre.

    J’ai réenregistré ce morceau avec Habana D’Primera mais ma version préférée reste celle du disque de Grupo Danson parce que ce fut la première et qu’au moment de l’enregistrement tout s’est passé comme ca, en une seule prise, sans aucune retouche, sans nettoyage ou polissage.

    Cette version a été enregistrée au Danemark avec des musiciens Danois. J’en profite pour les saluer et leur transmettre mes respects, le conguero Peter, la tromboniste Mia , Rune le pianiste, excellent !
    Ce sont des musiciens danois qui ont à peine commencé à jouer de la Musique Cubaine écrite, que j’ai dû leur écrire, et ils l’ont jouée de manière spectaculaire.
    En plus il y avait de Musiciens Cubains, Yasser le bassiste, Toni (Antonio Moreau) ce black au Timbales, Carlos Perez au Trombone, Jorgito Egües aux percussions mineures.

    Voici le CD, j’en suis le producteur, ma première production, il s’appelle « Mi Musica »

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    Ce travail a été très fructifiant. Figures toi que en étant au Danemark tu ne te rends pas compte de pourquoi, mais à part Cuba, c’est l’un des rares pays qui me fascine où je pourrais vivre. Il y a un froid impressionnant mais il y a beaucoup de choses là-bas, de l’amour…

    Mais bon, c’est un pays très froid qui a ses particularités, et les choses ne sont pas comme ici (à Cuba) et nous autres les latinos, …

    Quand tu es là-bas pour travailler, tu ne te rends pas compte de l’ampleur de l’impact généré par ton travail. Je me suis connecté à Internet et je me suis mis à envoyer ce morceau à beaucoup de DJs. Le lendemain j’ai reçu beaucoup de réponses et beaucoup plus après.

    Le véritable impact de ce morceau je l’ai découvert lors de mon premier concert en France, à Rennes, au Festival AQUI CUBA de Olivier alias Livio.
    Ce festival a été une chose exceptionnelle. Ce concert a été le déclic pour moi.

    Je ne me rappelle plus du groupe qu’il y avait avant mais j’ai pris peur car il y avait beaucoup de monde. Et le public était comme tu sais. Tu connais la manière dont les français se comportent en concert

    Les Français sont le meilleur public au monde !

    Leonel : A la bonne heure si c’est toi qui le dis !

    Alexander : Je peux le dire devant beaucoup de monde et qu’ils ne se sentent pas jaloux pour autant, c’est comme ca

    Au moment de monter sur scène avec un orchestre Danois, j’ai eu le trac. A ce moment il y a quelqu’un qui attire mon attention et qui me dit que la seule chose que le public attend c’est la chanson « Mi Musica » !

    Ca m’a interpelé et je me suis demandé si on allait commencer par ce morceau. Mais quand nous sommes monté sur scène et qu’on a entamé ce morceau, ca a été impressionnant, incroyable, une de la premières fois que j’ai vu un public aussi nombreux chanter les paroles du début à la fin.


    Vidéo

    Ca m’a impressionné car comme artiste j’avais vu cela avec Issac Delgado ou Paulo FG, mais je ne m’attendais pas à ce que cette chanson et notre groupe prenne une telle ampleur. Le lendemain tout le monde nous applaudissait encore au déjeuner, et les danseurs nous ont fait part de leurs impressions.

    Apres je suis rentré à Copenhague et ca a été l’un des derniers concerts que j’ai fait avec Grupo Danson car la vie est ainsi, je vis à Cuba et eux vivent là-bas. C’est difficile avec des voyages pendant 3-4 ans entre ces 2 pays.

    Du coup j’ai décidé de retourner vivre à La Havane.

     

    Partie 6 : La Naissance de HABANA D’PRIMERA

    Leonel : Donc tu as décidé de retourner vivre à La Havane

    Alexander : Oui, j’ai décidé de retourner vivre à La Havane.

    Ceci dit, avec Rodney Barretto j’ai eu le privilège de connaître Issac Delgado.
    Mais celui-ci décide de vivre aux USA et il laisse derrière lui beaucoup de très bons musiciens.

    Leonel : tu parles de Toni Rodriguez (piano)

    Alexander : Je parle de Toni Rodriguez, de Rodney Barretto (timbales),

    Leonel : et Amaury Perez (trombone)

    Alexander : Non, Amaury je le connais des studios d’enregistrement, je parle de Jannier Rodriguez (coros et percussions mineures), Enrique (coros)

    Leonel : Enrique était avec Issac Delgado

    Alexander : Oui ! En fait il y avait des musiciens de studios et les musiciens d’Issac Delgado, tous ceux là ont commencé avec moi l’orchestre. Toni a commence après, en fait c’est Rolando Luna au piano qui a débuté avec l’orchestre.
    Rodney m’a dit que si on allait faire mes morceaux il me suivrait.

    On a commencé à convoquer plein de musiciens. Tu n’imagines pas la quantite de musiciens qu’il y avait par là.

    J’ai appelé Rogelio Napoles pour sa trajectoire musicale, en tant que guitariste de Paulo FG…

    Mais au final nous nous somme retrouvés avec beaucoup beaucoup de musiciens.

    Je leur ai dit qu’on allait faire de la Musique de ce genre là… Peut-être qu’il nous faut tous ces musiciens, on va voir ce qu’on va faire… Je ne sais pas ce qu’on va faire mais on va partir ce que qui a déjà été accompli.

    On va enregistrer « Mi Musica », puis « Cuando El Rio suena ». Ce morceau je l’ai enregistre simplement pour suivre la tradition de ce que je faisais, un truc plutôt musical et simple…
    Rends-toi compte que nous n’avions rien, pas d’enregistrements, pas de proposition musicale, rien n’était encore fait.

    Leonel : tu as enregistré dans le CD « Haciendo historia » des morceuax déjà enregistrés avec Grupo Danson comme « Historia Verdadera »

    Alexander : « Historia Verdadera » et « Mi Musica ». Je les ai réenregistrés parce qu’à Cuba ces morceaux de Grupo Danson ne furent pas diffusés, on ne les connaissait pas.

    Du coup si je fais un groupe Cubain, avec des musiciens Cubains, il fallait diffuser ces morceaux qui sont devenus des classiques. Ce n’est pas illogique. Quand tu fais un disque tu ne le fais pas seulement pour l’Europe mais pour le monde entier et aussi pour Cuba.

    Leonel : « Mi Musica » est un tube, un succès incroyable, c’est déjà devenu un classique pour differentes raisons.
    Le tumbao, quand le tumbao commence, il rend les gens fous pour danser le Casino. C’est un tumbao très enivrant.

    Alexander : Ce tumbao est puissant


    Leonel : Il y a aussi les paroles qui sont magnifiques. Par exemple tu dis «Mi tumbao es transparente » (Mon tumbao est limpide), je crois que c’est un message pour les danseurs.
    Il y a aussi le coro « Yo Soy Lucumi » qui rend les gens fous. J’ai vu tant de cubains se lever, des blancs, des noirs, tous se lever et entrer en délire et tous s’identifient à cette chanson.

    Alexander : Ce sont les racines, c’est la racine. Ca parle de la ‘Cubania’. « Mi Musica » est un morceau qui traite de beaucoup de choses. Mais avant tout « Mi
    Musica » c’est Ma Musique, c’est ça qui me fait vivre… Le morceau te l’explique.
    « Mi Musica » c’est ça qui te fait vivre, c’est ça qui te rends heureux quand tu es triste, c’est ça qui t’aide au quotidien, c’est ça qui te fait renaître… C’est tout ça que contient ce morceau.
    La force qu’a ce morceau est terrible.

    Leonel : Un jour tu me confiais que ce tumbao etait inspiré de Los Van Van…

    Alexander : Oui, absolument. C’est Pupy ! Pupy ! Figures-toi que la musique de Los Van Van, c’est le modèle pour la Musique à Cuba. Meme si c’est un peu ancien maintenant, c’est le meilleur de ce que l’on ait accompli. Il faut profiter de cet apport et Pupy a un style incomparable pour les danseurs.

    Presque tous mes morceaux ont recu cette influence, avec par exemple dans « Ahora Que Buscas », la ligne de basse est typique de (Juan) Formell.

    Leonel : Dans « Despues De Un Beso », tu t’es inspiré du style Sonero de Polo Montañez ? Ou ce style là ?

    Alexander : « Despues De Un Beso », je suis allé chercher dans le passé, chercher une mélodie suggestive. Cela a à voir avec les mélodies comme les utilisait des gens comme X ou les gens de cette époque, avec des arrangements de trombone comme ca

    J’ai marqué le style en suivant les modèles du Son, dont la saveur se retrouve chez Polo Montañez…

    Mais au final, on le fait à la manière de Habana D’Primera, de manière facile, accessible pour les Cubains mais aussi pour ceux qui ne parlent que peu Espagnol. Du coup en faisant un petit peu de recherche rapide ils peuvent comprendre de quoi ca parle.

    Les morceaux sont inspirés d’histoires qu’on entend, de choses qui m’arrivent personnellement, ou qui arrivent aux autres…

    Leonel : Vous avez des morceaux parfaitement adaptés aux danseurs de Casino comme
    « Ahora que Buscas » ou « Mi Musica » ou même « Despues De Un Beso » qui a gagne le Prix de la Meilleure Chanson De L’Année. Mais vous avez aussi des morceaux qui terminent par des Conga ou qui se rapprochent plus du Merengue, du MereCumbia, etc.

    Alexander : J’ai fait des fusions car ca marche très fort à Cuba. Ce sont des morceaux rapides, on aime beaucoup ca a cuba.

    Mais rappelle-toi qu’en France et en Italie, on terminait les concerts avec « Historia Verdadera » et on faisait une ‘Descarga’ au final, comme une Conga.

    Leonel : Oui, c’était très explosif ! Un autre morceau très explosif est « Resumen De Los 90 » qui a un tempo très rapide et qui a une force incroyable.

    Alexander : Ce morceau est une de mes compositions, les paroles sont de moi mais les arrangements sont de Juan Manuel Cerruto. En fait il a fait deux arrangements sur le CD, « Vivencias » et « Resumen De Los 90 ». J’aimerais que tous les morceaux d’Habana D’Primera fonctionne comme ca. Ca marche comme un lien autour duquel on crée, on crée, on crée. Les arrangements sont de Juan Manuel Cerruto et les paroles, les coros sont de moi.

    Leonel : Tu as aussi un morceau plus romantique, plus intimiste : « Confiesale ». Tu fais pleurer les femmes avec ce morceau.

    Alexander : Oui. Oui. Mais c’est aussi la manière de transmettre, d’interpréter, de délivrer le message au public mais le public le reçoit bien.

    Si tu analyse les paroles, là aussi c’est une histoire vraie, ce sont les choses de la vie, au jour le jour et n’importe qui peut s’identifier à cela.

    A suivre…

    Partie 7 : Les ingrédients de la Musique de Habana D’Primera et les interprètes ce collectif



    Partie 8 : Les projets de Habana D’Primera et les messages d’Alexander !

     

Le Géant ALEXANDER ABREU  un musicien complet et généreux destiné au succès

NICHITO : Un des « grands » de la danse afro-cubaine en Europe

slide accueil nichito teaser

Installé en France depuis 2004, Nichito est l’un des meilleurs interprètes de la danse folklorique cubaine en Europe. Il dégage en particulier dans le rôle de Chango une énergie à couper le souffle. Nous vous invitons à découvrir le parcours de cet impressionnant artiste, venu de l’Oriente cubain pour enrichir notre pays de son talent.

« Nichito est un grand danseur, un artiste-né » (Juan Carlos « Papucho » Pedroso).

Parler de la vie de Nichito, c’est presque écrire un roman d’aventure, celui d’un jeune ingenieur en electronique de Guantanamo devenu en quelques années un danseur internationalement réputé. Mais c’est aussi retracer l’histoire de toute une génération d’artistes venus de l’Oriente cubain, qui ont réussi, au milieu d’immenses difficultés, à faire rayonner dans le monde les traditions culturelles de leur peuple.

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On peut faire commencer l’histoire il y a deux siècles. C’est alors que des colons français, les Duverger, chassés comme beaucoup d’autres par la révolution Haïtienne, viennent s’installer dans l’est de Cuba, accompagnés de quelques domestiques noirs. Ceux- ci prendront, comme beaucoup d’autres, le nom de leurs anciens maîtres au moment de recevoir leurs premiers papiers d’identité de citoyens libres, à la fin du XIXème siècle (deux photos ci-dessous : danses de Tumba Francesa a Guananamo).

tumba francesa

De cette origine, il reste dans beaucoup de familles de l’Oriente cubain un fonds culturel riche où les apports d’influence haïtienne, comme la Tumba francesa ou le Vaudu, se sont progressivement mêlés, au fil des mariages et de la vie collective, aux traditions plus proprement afro-cubaines, comme le culte des Orishas, enrichies plus tard par la Rumba.

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C’est dans une de ces familles que naît à Guantanamo, en 1966, Luis « Nichito » Castillo Duverger. Castillo, donc afro-hispano-cubain par son père. Duverger, donc d’origine lointainement afro-haïtienne par sa famille maternelle. Et Nichito ? Nichito, c’est « le petit noir », un surnom que lui donnèrent, alors qu’il était un gamin haut comme trois pommes, ses camarades plus grands que lui avec lesquels il pratiquait l’athlétisme. Eh oui, notre très grand Nichito est surnommé « le petit » à Cuba…

Comme danseur, Nichito est un pur produit de la tradition populaire, la « calle » comme on dit là-bas (photo ci-dessous : une rue de Guantanamo).

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Ce n’est pas, en effet, en suivant une filière académique, mais à travers une pratique d’amateur, enraciné dans la vie de quartier, que Nichito, est venu à la danse professionnelle. Ne tombons pas pour autant dans le cliché du pauvre gamin des rues. Nichito vient en fait d’une famille de la classe moyenne intellectuelle. Son père est professeur, sa mère est médecin. Lui-même passe un diplôme d’électromécanique avant de rentrer dans la vie active.

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Photo Nadege Guilloux – www.calleluna.com

Mais la danse et la musique le passionnent. En 1984, il intègre le groupe de danse amateur Dix octobre. « J’étais assis à un carrefour, dans mon quartier de El Bayamo. Un ami musicien, qui passait par là, m’a proposé de l’accompagner pour jouer du tambour et danser et c’est comme cela que tout a commencé. En quelques heures, ma vie avait basculé ».

Très vite, il est repéré comme un danseur de talent. Les écoles de Guantanamo lui ouvrent leurs portes, et il peut parfaire sa connaissance du folklore cubain avec des groupes de valeur comme Los Cosia ou La Tumba Francesa de Guantanamo.

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Il devient l’un des principaux danseurs du groupe Dix octobre et remporte ses premiers succès qui le mettent en confiance. « Un jour, nous avons fait un spectacle de Guaguancó et d’afro-cubain avec la grande chanteuse Mercedita Valdès. J’interprétais Elegua. A la fin du spectacle, elle s’est retournée vers nous, et nous a dit : je vous tire mon chapeau les gars, vous êtes vraiment formidables. Cela nous a fait plaisir et donné confiance en nous-mêmes » (photo ci-dessous : Nichito dans le rôle d’Elegba).

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C’est dans le groupe Dix octobre que Nichito fait une rencontre capitale pour la suite de sa carrière, celle de Isaias Rojas Ramirez, alors directeur du groupe (photo ci-dessous). Celui-ci, danseur et chorégraphe, fonde en 1989, en collaboration avec une danseuse américaine, Elfriede Mahler, une nouvelle compagnie, professionnelle celui-là : Danza Libre. Leur projet esthétique, novateur pour l’époque, est d’associer danse folkorique cubaine et danse contemporaine.

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Dès 1990, ils proposent à Nichito d’intégrer le groupe. Celui-ci associe des danseurs venus, comme Nichito, des rues de Guantanamo, et d’autres, dotés d’une formation plus académique, diplômés d’écoles d’art provinciales et nationales comme la Escuela Nacional de los artes (ENA). (photo ci-dessous : une choregraphie recente de Danza Libre)

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« Cela a ouvert une nouvelle étape de ma vie : j’ai dû choisir entre mon travail et la danse professionnelle ». Commence alors pour Nichito une nouvelle période très excitante d’apprentissage et de découvertes. Il se souvient avec reconnaissance des trois grandes figures artistiques qui l’ont le plus marqué à cette époque : « Isaias Rojas m’a transmis toute son expérience d’enseignant, toute sa capacité expressive aussi, je suis un peu comme son miroir. Ma manière de danser, d’enseigner, vient directement de lui. Elfrieda Mahler (photo ci-dessous) m’a fait comprendre la danse en général, m’a appris comment interpréter un rôle, comment danser une scène comme si j’étais un personnage dans un tableau. Au début cela m’a paru absurde, mais maintenant cela me semble tout naturel. Elle m’a littéralement nettoyé le cerveau. Enfin, Wilfriedo Rodriguez, actuel directeur artistique du groupe, m’a enseigné le peu de danse contemporaine que je connais ».

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Mais, à Danza libre, on interprète aussi de l’afro-cubain. C’est là que Nichito va s’initier à l’un des rôles qui le marquera le plus dans sa carrière, celui de Chango, dieu du feu, des tambours, de la danse et de la guerre dans le panthéon Yoruba (deux photos ci-dessous).« C’était lors de l’un de premiers spectacles de Danza Libre, Nous avions besoin d’un soliste pour interpréter Chango. Une des danseuses du groupe, Yaselis, m’a montré les principaux pas de cet Orisha. Quelques jours plus tard, je montais sur scène. Et depuis, je ne l’ai plus quitté. J’aime son énergie, sa sensualité ».

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C’est notamment ce rôle, aux côtés d’autres chorégraphies d’Isaias et Elfrieda, qui permettra à Nichito d’atteindre en seulement deux ou trois ans le rang de danseur soliste dans la compagnie. il obtient également une reconnaissance officielle en se voyant octroyer le grade de danseur soliste en catégorie « folklore »[1] par la commission nationale de la danse. « Une des plus grandes émotions de ma vie, c’est quand tous ces maîtres de la danse à Cuba, le dernier jour de l’examen, m’ont félicité pour mon talent. En arrivant à l’examen, j’avais des ambitions assez modestes, mais ils m’ont finalement donné le grade très élevé de soliste. Et Antonio Perez, directeur du Groupe folkorico de oriente, dans lequel Mario Charon était à ce moment premier danseur, m’a même dit qu’il tenait ouvertes les portes de la compagnie pour moi ».

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Mais le temps passe. Isaias et Elfrida ne partagent plus la même vision artistique et la compagnie Danza Libre doit se scinder. Nichito choisit de rester avec Isaias, ou plutôt de partir avec lui à La Havane en 1994 comme membre de son nouveau groupe Babul. Celui-ci est alors accueilli dans la compagnie du grand danseur Narciso Medina, dont il constitue en quelque sorte le volet folklorique. Bientôt, Babul change de nom pour devenir Ban Ra Ra. Mais avec la période économique spéciale, Narciso ne peut maintenir deux compagnies, et Ban Ra Ra devient indépendante sous la direction d’Isaias (Deux photos ci-dessous).

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C’est pour Nichito une époque excitante, mais difficile aussi, qui coïncide avec la trop célèbre « période économique spéciale » et son lot de privations de toutes sortes. « On était une dizaine de jeunes danseurs, venus pour la plupart de Guantanamo pour conquérir Cuba et le monde. On répétait et on vivait dans la maison d’Isaias, transformée en école de danse. On survivait en donnant des cours aux touristes étrangers. Je ne sais pas comment il faisait pour nous apporter tous les jours notre nourriture. Cela tenait un peu du miracle, comme le vaudou en Haïti. Mais on se produisait aussi beaucoup, avec de grands musiciens comme Pupy Pedroso ou Alexander Abreu ». En quelques années, le groupe s’impose comme l’une des plus novateurs et les plus reconnus de la Havane. « Ils ont vraiment marqué une étape dans le développement de la danse cubaine à cette époque » commente Juan Carlos Papucho, un danseur cubain ami de Nichito, aujourd’hui installé à Genève.

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Ces années de jeunesse à La Havane sont pleins pour Nichito de souvenirs heureux. « J’ai partagé la scène avec de grands artistes comme Fredy et Papito, Carlos Manuel y su Clan… Un jour, au Pabellon Cuba, dans le Vedado (photo ci-dessous), nous avons fait un spectacle avec le groupe Raices profondas. Nous avons interprété tous les tableaux : Ochun, Chango, Oggun. A la fin, nous étions si épuisés que nous ne pouvions plus danser… Un autre jour, la troupe de Ban Ra Ra n’était pas au complet, et il manquait des danseurs pour interpréter une scène où quatre d’entre nous portaient avec la bouche une table avec une danseuse dessus. Alors, j’ai pris un petit garçon, je l’ai assis sur la table et je l’ai porté tout seul avec la bouche. Tout le monde s’est levé et a applaudi».

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C’est Ban Ra Ra qui va ouvrir à Nichito les portes tant convoitées des voyages à l’étranger. « C’est en 1998 que nous avons fait notre première tournée en Colombie pour trois mois, avec Isaias et Yaselis ». Le groupe part ensuite pour la première fois aux Etats-Unis pendant 6 mois en 1999, avec trois danseurs et 4 musiciens. Pour de jeunes danseurs d’origine modeste, qui n’avaient jamais quitté leur île natale, ce voyage prend des allures de découverte merveilleuse. « Pour nous c’était autant des vacances qu’un périple artistique. Nous avons vus tous les grands parcs, visité New York, Los Angeles, San Francisco. C’est dans cette ville que nous avons vécu un moment particulièrement émouvant. Comme le groupe n’était pas au complet, nous avons invité d’autres danseurs cubains issus d’autres groupes, comme Raices Profundas, Cotumba, Folklorico Nacional, Danza Nacional, qui habitaient là. Ils ont dansé avec nous et nous avons pu ainsi partager avec eux, à des milliers de kilomètres de notre pays, notre amour du folklore cubain ». En 2000, Nichito retourne encore une fois aux USA, également pour 6 mois, avec cette fois toute la compagnie Ban Ra Ra. « Je crois que cela a été la tournée la plus intense que j’ai connu. Le matin, nous donnions des cours, et tous les soirs, il y avait un spectacle de deux heures où j’étais soliste de 8 chorégraphies différentes ». {phoo ci-dessous : Nichito dans la compagnie Ban Ra Ra).

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Mais Nichito, dont la réputation grandit rapidement, est entre-temps sollicité pour d’autres projets. En 2000, il fait partie des fondateurs de Lady salsa, un show à grand spectacle créé par deux producteurs anglais, John Lee et Toby Gough (photo ci-dessous). « Lady Salsa a été une grande expérience pour moi. Je considère Toby un peu comme mon frère ». Ils se rencontrent à La Havane, à l’occasion d’un stage donné par Nichito à un groupe venu d’Angleterre. Ils sympathisent et commencent à concevoir et répéter le spectacle Lady Salsa, un show populaire à grand spectacle. Ils partent ensuite à Londres avec 10 danseurs et le groupe Sonora la calle pour trois mois. La troupe intègre de grands danseurs comme Vivio, Manuel, Yaisel, Yanet fuentes, Mairelis, Ayamey, Greidis, ou encore Nilda Guerra qui feront par lui suite de brillantes carrières. Une anecdote parmi d’autres ? « Un soir, après le spectacle, la troupe s’était mise à danser dans le lobby de l’hôtel. J’étais déguisé, les cheveux rouges, impossible à reconnaître. Il y avait là un professeur de danse américain, venu du Colorado, qui me connaissait bien. En regardant il dit : ça, c’est une chorégraphie de Nichito. Et les autres lui disent alors : mais regarde qui est là : c’est Nichito. On n’en n’est pas revenus, ni lui ni moi ».
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Nichito repartira ensuite plusieurs fois en tournée avec Lady Salsa. En 2001, ils vont en Australie et en nouvelle Zélande pour 6 mois, en compagnie des danseurs du ballet de la télévision cubaine. Ils récidivent en 2003 pendant quatre mois, avec une partie de la compagnie, renommée Lo maximo de Cuba. Et c’est en revenant de cette tournée que Nichito se produit en France pour la première fois en compagnie du groupe musical Sonora la calle. (phot ci-dessous ; demonstration de Salsa par Nichito).

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Nichito commence aussi à travailler avec la compagnie Danza Guerra, fondée en 2002 par Nilda Guerra. Connue aujourd’hui sous le nom de Rakatan, ce groupe associe dans son répertoire les folklores afro-cubain et afro-haïtien (photo ci-dessous). Là aussi, les tournées internationales s’enchaînent, notamment en Europe, d’abord en Suisse puis en Italie. « Lors de l’une des dernières tournées, le danseur soliste d’afro-flamenco, qui avait préparé son rôle pendant un mois à Cuba, est tombé malade et a dû déclarer forfait juste avant le départ… Trois jours après, c’est moi qui jouais le rôle à Milan alors que j’avais répété tout autre chose ».

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C’est vers cette époque, vers 2003, qu’il décide de partir de Cuba où la situation décidément n’est pas bonne pour les danseurs. « Un jour, en revenant d’une tournée à l’étranger, j’ai été manger tranquillement une pizza dans restaurant de l’hôtel Cohiba en compagnie d’une danseuse cubaine. Mais ces lieux touristiques sont interdits aux cubains. Un policier m’a emmené au poste et m’a donné une carte d’avertissement, ce qui pouvait me valoir plusieurs années de prison et l’interdiction de quitter le pays. Alors, j’ai décidé de m’en aller, d’autant que j’avais à l’époque une amie française ».

Il s’installe à Paris en 2004. Il donne bien sur des cours de salsa dans différentes écoles, comme le studio Harmonie. Mais il enseigne aussi, fait assez rare à l’époque, les danses traditionnelles afro-cubaines, afro-haïtiennes la rumba et les autres danses folkloriques de l’oriente cubain, ce qui lui vaut d’être souvent invité comme professeur par l’Institut supérieur des arts afro-cubains. « Tout mon travail s’est fait autour du folklore moderne et c’est cela que j’ai toujours aimé enseigner. La Salsa, au fond, ce n’est qu’une forme particulière, un rameau de ces danses folkloriques ».

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Simultanément, il continue ses tournées avec Lady Salsa, qui le conduisent au Royaume-Uni, mais aussi en Hongrie, Lithuanie, Pologne et Russie. Mais c’est sa rencontre avec Carina Odduara Production qui lui permet d’approfondir et d’amplifier son travail artistique en France et en Europe. Il commence alors à travailler avec de nombreux orchestres, comme Sergent Garcia, Songo 21, Fiesta Cubana, Los de Azucar, Mecanica loca, Rumba Abierta. Comment s’étonner que l’on retrouve aussi dans cette liste les plus prestigieux orchestres cubains, comme Pupy y Los que Son Son, Elio Revé y su Charangon, Maikel Blanco, Manolito y su trabuco, la Charanga Habanera, Adalberto Alvarez y su Son, Habana d’Primera, El Grupo Changui de Guantanamo, et beaucoup d’autres… « Chaque fois que je me retrouve sur scène avec un grand orchestre, c’est un moment excessivement fort pour moi. C’est la réalisation d’un rêve de toujours. J’ai été particulièrement ému il y deux ans à Montpellier, lorsque j’ai dansé en face de Pupy Pedroso qui improvisait en même temps au piano… » (photo ci-dessous : Nichito pendant un concert de Pupy y los que Son Son).

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En 2008, il décide de venir habiter à Lyon. Prochaine étape de son enracinement en France : la création d’une académie pour disposer d’un lieu propre pour développer son enseignement et son travail chorégraphique de manière indépendante.

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« Tous les problèmes que j’ai traversé dans la vie, la danse m’a aidé à les surmonter « .

Propos recueillis par Fabrice Hatem

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[1] Le plus haut niveau de la hiérarchie officielle de danseurs établie par le ministère cubain de la culture, qui en comprend 7.

Le Géant ALEXANDER ABREU  un musicien complet et généreux destiné au succès

NICHITO : Un des « grands » de la danse afro-cubaine en Europe

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Installé en France depuis 2004, Nichito est l’un des meilleurs interprètes de la danse folklorique cubaine en Europe. Il dégage en particulier dans le rôle de Chango une énergie à couper le souffle. Nous vous invitons à découvrir le parcours de cet impressionnant artiste, venu de l’Oriente cubain pour enrichir notre pays de son talent.

« Nichito est un grand danseur, un artiste-né » (Juan Carlos « Papucho » Pedroso).

Parler de la vie de Nichito, c’est presque écrire un roman d’aventure, celui d’un jeune ingenieur en electronique de Guantanamo devenu en quelques années un danseur internationalement réputé. Mais c’est aussi retracer l’histoire de toute une génération d’artistes venus de l’Oriente cubain, qui ont réussi, au milieu d’immenses difficultés, à faire rayonner dans le monde les traditions culturelles de leur peuple.

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On peut faire commencer l’histoire il y a deux siècles. C’est alors que des colons français, les Duverger, chassés comme beaucoup d’autres par la révolution Haïtienne, viennent s’installer dans l’est de Cuba, accompagnés de quelques domestiques noirs. Ceux- ci prendront, comme beaucoup d’autres, le nom de leurs anciens maîtres au moment de recevoir leurs premiers papiers d’identité de citoyens libres, à la fin du XIXème siècle (deux photos ci-dessous : danses de Tumba Francesa a Guananamo).

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De cette origine, il reste dans beaucoup de familles de l’Oriente cubain un fonds culturel riche où les apports d’influence haïtienne, comme la Tumba francesa ou le Vaudu, se sont progressivement mêlés, au fil des mariages et de la vie collective, aux traditions plus proprement afro-cubaines, comme le culte des Orishas, enrichies plus tard par la Rumba.

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C’est dans une de ces familles que naît à Guantanamo, en 1966, Luis « Nichito » Castillo Duverger. Castillo, donc afro-hispano-cubain par son père. Duverger, donc d’origine lointainement afro-haïtienne par sa famille maternelle. Et Nichito ? Nichito, c’est « le petit noir », un surnom que lui donnèrent, alors qu’il était un gamin haut comme trois pommes, ses camarades plus grands que lui avec lesquels il pratiquait l’athlétisme. Eh oui, notre très grand Nichito est surnommé « le petit » à Cuba…

Comme danseur, Nichito est un pur produit de la tradition populaire, la « calle » comme on dit là-bas (photo ci-dessous : une rue de Guantanamo).

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Ce n’est pas, en effet, en suivant une filière académique, mais à travers une pratique d’amateur, enraciné dans la vie de quartier, que Nichito, est venu à la danse professionnelle. Ne tombons pas pour autant dans le cliché du pauvre gamin des rues. Nichito vient en fait d’une famille de la classe moyenne intellectuelle. Son père est professeur, sa mère est médecin. Lui-même passe un diplôme d’électromécanique avant de rentrer dans la vie active.

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Photo Nadege Guilloux – www.calleluna.com

Mais la danse et la musique le passionnent. En 1984, il intègre le groupe de danse amateur Dix octobre. « J’étais assis à un carrefour, dans mon quartier de El Bayamo. Un ami musicien, qui passait par là, m’a proposé de l’accompagner pour jouer du tambour et danser et c’est comme cela que tout a commencé. En quelques heures, ma vie avait basculé ».

Très vite, il est repéré comme un danseur de talent. Les écoles de Guantanamo lui ouvrent leurs portes, et il peut parfaire sa connaissance du folklore cubain avec des groupes de valeur comme Los Cosia ou La Tumba Francesa de Guantanamo.

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Il devient l’un des principaux danseurs du groupe Dix octobre et remporte ses premiers succès qui le mettent en confiance. « Un jour, nous avons fait un spectacle de Guaguancó et d’afro-cubain avec la grande chanteuse Mercedita Valdès. J’interprétais Elegua. A la fin du spectacle, elle s’est retournée vers nous, et nous a dit : je vous tire mon chapeau les gars, vous êtes vraiment formidables. Cela nous a fait plaisir et donné confiance en nous-mêmes » (photo ci-dessous : Nichito dans le rôle d’Elegba).

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C’est dans le groupe Dix octobre que Nichito fait une rencontre capitale pour la suite de sa carrière, celle de Isaias Rojas Ramirez, alors directeur du groupe (photo ci-dessous). Celui-ci, danseur et chorégraphe, fonde en 1989, en collaboration avec une danseuse américaine, Elfriede Mahler, une nouvelle compagnie, professionnelle celui-là : Danza Libre. Leur projet esthétique, novateur pour l’époque, est d’associer danse folkorique cubaine et danse contemporaine.

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Dès 1990, ils proposent à Nichito d’intégrer le groupe. Celui-ci associe des danseurs venus, comme Nichito, des rues de Guantanamo, et d’autres, dotés d’une formation plus académique, diplômés d’écoles d’art provinciales et nationales comme la Escuela Nacional de los artes (ENA). (photo ci-dessous : une choregraphie recente de Danza Libre)

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« Cela a ouvert une nouvelle étape de ma vie : j’ai dû choisir entre mon travail et la danse professionnelle ». Commence alors pour Nichito une nouvelle période très excitante d’apprentissage et de découvertes. Il se souvient avec reconnaissance des trois grandes figures artistiques qui l’ont le plus marqué à cette époque : « Isaias Rojas m’a transmis toute son expérience d’enseignant, toute sa capacité expressive aussi, je suis un peu comme son miroir. Ma manière de danser, d’enseigner, vient directement de lui. Elfrieda Mahler (photo ci-dessous) m’a fait comprendre la danse en général, m’a appris comment interpréter un rôle, comment danser une scène comme si j’étais un personnage dans un tableau. Au début cela m’a paru absurde, mais maintenant cela me semble tout naturel. Elle m’a littéralement nettoyé le cerveau. Enfin, Wilfriedo Rodriguez, actuel directeur artistique du groupe, m’a enseigné le peu de danse contemporaine que je connais ».

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Mais, à Danza libre, on interprète aussi de l’afro-cubain. C’est là que Nichito va s’initier à l’un des rôles qui le marquera le plus dans sa carrière, celui de Chango, dieu du feu, des tambours, de la danse et de la guerre dans le panthéon Yoruba (deux photos ci-dessous).« C’était lors de l’un de premiers spectacles de Danza Libre, Nous avions besoin d’un soliste pour interpréter Chango. Une des danseuses du groupe, Yaselis, m’a montré les principaux pas de cet Orisha. Quelques jours plus tard, je montais sur scène. Et depuis, je ne l’ai plus quitté. J’aime son énergie, sa sensualité ».

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C’est notamment ce rôle, aux côtés d’autres chorégraphies d’Isaias et Elfrieda, qui permettra à Nichito d’atteindre en seulement deux ou trois ans le rang de danseur soliste dans la compagnie. il obtient également une reconnaissance officielle en se voyant octroyer le grade de danseur soliste en catégorie « folklore »[1] par la commission nationale de la danse. « Une des plus grandes émotions de ma vie, c’est quand tous ces maîtres de la danse à Cuba, le dernier jour de l’examen, m’ont félicité pour mon talent. En arrivant à l’examen, j’avais des ambitions assez modestes, mais ils m’ont finalement donné le grade très élevé de soliste. Et Antonio Perez, directeur du Groupe folkorico de oriente, dans lequel Mario Charon était à ce moment premier danseur, m’a même dit qu’il tenait ouvertes les portes de la compagnie pour moi ».

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Mais le temps passe. Isaias et Elfrida ne partagent plus la même vision artistique et la compagnie Danza Libre doit se scinder. Nichito choisit de rester avec Isaias, ou plutôt de partir avec lui à La Havane en 1994 comme membre de son nouveau groupe Babul. Celui-ci est alors accueilli dans la compagnie du grand danseur Narciso Medina, dont il constitue en quelque sorte le volet folklorique. Bientôt, Babul change de nom pour devenir Ban Ra Ra. Mais avec la période économique spéciale, Narciso ne peut maintenir deux compagnies, et Ban Ra Ra devient indépendante sous la direction d’Isaias (Deux photos ci-dessous).

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C’est pour Nichito une époque excitante, mais difficile aussi, qui coïncide avec la trop célèbre « période économique spéciale » et son lot de privations de toutes sortes. « On était une dizaine de jeunes danseurs, venus pour la plupart de Guantanamo pour conquérir Cuba et le monde. On répétait et on vivait dans la maison d’Isaias, transformée en école de danse. On survivait en donnant des cours aux touristes étrangers. Je ne sais pas comment il faisait pour nous apporter tous les jours notre nourriture. Cela tenait un peu du miracle, comme le vaudou en Haïti. Mais on se produisait aussi beaucoup, avec de grands musiciens comme Pupy Pedroso ou Alexander Abreu ». En quelques années, le groupe s’impose comme l’une des plus novateurs et les plus reconnus de la Havane. « Ils ont vraiment marqué une étape dans le développement de la danse cubaine à cette époque » commente Juan Carlos Papucho, un danseur cubain ami de Nichito, aujourd’hui installé à Genève.

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Ces années de jeunesse à La Havane sont pleins pour Nichito de souvenirs heureux. « J’ai partagé la scène avec de grands artistes comme Fredy et Papito, Carlos Manuel y su Clan… Un jour, au Pabellon Cuba, dans le Vedado (photo ci-dessous), nous avons fait un spectacle avec le groupe Raices profondas. Nous avons interprété tous les tableaux : Ochun, Chango, Oggun. A la fin, nous étions si épuisés que nous ne pouvions plus danser… Un autre jour, la troupe de Ban Ra Ra n’était pas au complet, et il manquait des danseurs pour interpréter une scène où quatre d’entre nous portaient avec la bouche une table avec une danseuse dessus. Alors, j’ai pris un petit garçon, je l’ai assis sur la table et je l’ai porté tout seul avec la bouche. Tout le monde s’est levé et a applaudi».

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C’est Ban Ra Ra qui va ouvrir à Nichito les portes tant convoitées des voyages à l’étranger. « C’est en 1998 que nous avons fait notre première tournée en Colombie pour trois mois, avec Isaias et Yaselis ». Le groupe part ensuite pour la première fois aux Etats-Unis pendant 6 mois en 1999, avec trois danseurs et 4 musiciens. Pour de jeunes danseurs d’origine modeste, qui n’avaient jamais quitté leur île natale, ce voyage prend des allures de découverte merveilleuse. « Pour nous c’était autant des vacances qu’un périple artistique. Nous avons vus tous les grands parcs, visité New York, Los Angeles, San Francisco. C’est dans cette ville que nous avons vécu un moment particulièrement émouvant. Comme le groupe n’était pas au complet, nous avons invité d’autres danseurs cubains issus d’autres groupes, comme Raices Profundas, Cotumba, Folklorico Nacional, Danza Nacional, qui habitaient là. Ils ont dansé avec nous et nous avons pu ainsi partager avec eux, à des milliers de kilomètres de notre pays, notre amour du folklore cubain ». En 2000, Nichito retourne encore une fois aux USA, également pour 6 mois, avec cette fois toute la compagnie Ban Ra Ra. « Je crois que cela a été la tournée la plus intense que j’ai connu. Le matin, nous donnions des cours, et tous les soirs, il y avait un spectacle de deux heures où j’étais soliste de 8 chorégraphies différentes ». {phoo ci-dessous : Nichito dans la compagnie Ban Ra Ra).

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Mais Nichito, dont la réputation grandit rapidement, est entre-temps sollicité pour d’autres projets. En 2000, il fait partie des fondateurs de Lady salsa, un show à grand spectacle créé par deux producteurs anglais, John Lee et Toby Gough (photo ci-dessous). « Lady Salsa a été une grande expérience pour moi. Je considère Toby un peu comme mon frère ». Ils se rencontrent à La Havane, à l’occasion d’un stage donné par Nichito à un groupe venu d’Angleterre. Ils sympathisent et commencent à concevoir et répéter le spectacle Lady Salsa, un show populaire à grand spectacle. Ils partent ensuite à Londres avec 10 danseurs et le groupe Sonora la calle pour trois mois. La troupe intègre de grands danseurs comme Vivio, Manuel, Yaisel, Yanet fuentes, Mairelis, Ayamey, Greidis, ou encore Nilda Guerra qui feront par lui suite de brillantes carrières. Une anecdote parmi d’autres ? « Un soir, après le spectacle, la troupe s’était mise à danser dans le lobby de l’hôtel. J’étais déguisé, les cheveux rouges, impossible à reconnaître. Il y avait là un professeur de danse américain, venu du Colorado, qui me connaissait bien. En regardant il dit : ça, c’est une chorégraphie de Nichito. Et les autres lui disent alors : mais regarde qui est là : c’est Nichito. On n’en n’est pas revenus, ni lui ni moi ».
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Nichito repartira ensuite plusieurs fois en tournée avec Lady Salsa. En 2001, ils vont en Australie et en nouvelle Zélande pour 6 mois, en compagnie des danseurs du ballet de la télévision cubaine. Ils récidivent en 2003 pendant quatre mois, avec une partie de la compagnie, renommée Lo maximo de Cuba. Et c’est en revenant de cette tournée que Nichito se produit en France pour la première fois en compagnie du groupe musical Sonora la calle. (phot ci-dessous ; demonstration de Salsa par Nichito).

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Nichito commence aussi à travailler avec la compagnie Danza Guerra, fondée en 2002 par Nilda Guerra. Connue aujourd’hui sous le nom de Rakatan, ce groupe associe dans son répertoire les folklores afro-cubain et afro-haïtien (photo ci-dessous). Là aussi, les tournées internationales s’enchaînent, notamment en Europe, d’abord en Suisse puis en Italie. « Lors de l’une des dernières tournées, le danseur soliste d’afro-flamenco, qui avait préparé son rôle pendant un mois à Cuba, est tombé malade et a dû déclarer forfait juste avant le départ… Trois jours après, c’est moi qui jouais le rôle à Milan alors que j’avais répété tout autre chose ».

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C’est vers cette époque, vers 2003, qu’il décide de partir de Cuba où la situation décidément n’est pas bonne pour les danseurs. « Un jour, en revenant d’une tournée à l’étranger, j’ai été manger tranquillement une pizza dans restaurant de l’hôtel Cohiba en compagnie d’une danseuse cubaine. Mais ces lieux touristiques sont interdits aux cubains. Un policier m’a emmené au poste et m’a donné une carte d’avertissement, ce qui pouvait me valoir plusieurs années de prison et l’interdiction de quitter le pays. Alors, j’ai décidé de m’en aller, d’autant que j’avais à l’époque une amie française ».

Il s’installe à Paris en 2004. Il donne bien sur des cours de salsa dans différentes écoles, comme le studio Harmonie. Mais il enseigne aussi, fait assez rare à l’époque, les danses traditionnelles afro-cubaines, afro-haïtiennes la rumba et les autres danses folkloriques de l’oriente cubain, ce qui lui vaut d’être souvent invité comme professeur par l’Institut supérieur des arts afro-cubains. « Tout mon travail s’est fait autour du folklore moderne et c’est cela que j’ai toujours aimé enseigner. La Salsa, au fond, ce n’est qu’une forme particulière, un rameau de ces danses folkloriques ».

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Simultanément, il continue ses tournées avec Lady Salsa, qui le conduisent au Royaume-Uni, mais aussi en Hongrie, Lithuanie, Pologne et Russie. Mais c’est sa rencontre avec Carina Odduara Production qui lui permet d’approfondir et d’amplifier son travail artistique en France et en Europe. Il commence alors à travailler avec de nombreux orchestres, comme Sergent Garcia, Songo 21, Fiesta Cubana, Los de Azucar, Mecanica loca, Rumba Abierta. Comment s’étonner que l’on retrouve aussi dans cette liste les plus prestigieux orchestres cubains, comme Pupy y Los que Son Son, Elio Revé y su Charangon, Maikel Blanco, Manolito y su trabuco, la Charanga Habanera, Adalberto Alvarez y su Son, Habana d’Primera, El Grupo Changui de Guantanamo, et beaucoup d’autres… « Chaque fois que je me retrouve sur scène avec un grand orchestre, c’est un moment excessivement fort pour moi. C’est la réalisation d’un rêve de toujours. J’ai été particulièrement ému il y deux ans à Montpellier, lorsque j’ai dansé en face de Pupy Pedroso qui improvisait en même temps au piano… » (photo ci-dessous : Nichito pendant un concert de Pupy y los que Son Son).

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En 2008, il décide de venir habiter à Lyon. Prochaine étape de son enracinement en France : la création d’une académie pour disposer d’un lieu propre pour développer son enseignement et son travail chorégraphique de manière indépendante.

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« Tous les problèmes que j’ai traversé dans la vie, la danse m’a aidé à les surmonter « .

Propos recueillis par Fabrice Hatem

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[1] Le plus haut niveau de la hiérarchie officielle de danseurs établie par le ministère cubain de la culture, qui en comprend 7.

Le Géant ALEXANDER ABREU  un musicien complet et généreux destiné au succès

LUANDA PAU : La déesse Oya habite Nice

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Luanda Pau fait partie de ces jeunes artistes cubains qui ont choisi de venir enrichir notre pays de leur enthousiasme, de leur talent et de leur culture. Elle mérite d’être encore mieux connue du public français, qui y gagnera lui-même à s’abreuver aux sources les plus pures et les plus authentiques de la culture cubaine. C’est pourquoi j’ai réalisé pour vous ce petit dossier, composé de deux élements :

– Une interview de Luanda

– Et un petit documentaire vidéo très simple sur sa trajectoire artistique (voir lien en fin d’article)

Luanda Pau : La déesse Oya habite Nice

J’ai rencontré pour la première fois Luanda Pau à Genève en novembre 2010, à l’occasion d’un stage de danses afro-cubaines, suivi le soir d’un spectacle. Dès le premier moment, je fus séduit par son charme et sa simplicité. Ensuite, en prenant des cours avec elle, je fus convaincu par sa connaissance de la danse et par ses qualités pédagogiques. Enfin, en assistant le soir à son spectacle, je fus ébloui par son talent de danseuse et par son sourire radieux. Une amitié naquit de cette rencontre, des projets aussi puisque nous allons réaliser ensemble à Cuba en juin prochain un documentaire sur son père, le grand danseur Domingo Pau. Mais auparavant, je voudrais vous dire aujourd’hui quelques mots de la charmante Luanda .

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Née dans une famille de danseurs folkloriques, de spectacle et de cabaret, Luanda a été pendant plusieurs années danseuse soliste du Conjunto Folclórico Nacional de Cuba. Elle a participé à différents spectacles présentés par la compagnie à Cuba et à l’étranger (notamment au Mexique, et au Royaume-Uni). Elle a également mené un travail de professeur indépendant en Italie, en Allemagne, en Suisse, en Autriche, à Monaco, en Roumanie etc. Elle a obtenu de nombreuses distinctions de haut niveau pour son travail de danseuse et de chorégraphe.

Installée en France depuis 8 ans, Elle vit à Nice ou elle dirige une école de danse afro-cubaine. Elle est également présidente d’une association culturelle nommée « Cuba, l’explosion de mon rythme ».

Luanda, je t’ai vu à plusieurs reprises danser, chanter et jouer la rumba avec bonheur. Que signifie la rumba pour toi ?

La rumba est née dans les quartiers les plus populaires de la Havane et de Matanzas à Cuba. C’est pour moi quelque chose de très vivant. Quand je danse, je chante, je joue la rumba, c’est un peu comme si j’étais chez moi, dans mon quartier, aux côtés de mon père, de mes amis et de ma famille.

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La rumba est quelque chose de très profond et important pour moi, que je tente d’exprimer lorsque je danse. Elle apporte un échange très fort, une complicité à l’intérieur du couple. Mais cet échange prend des formes différentes selon les formes de rumba. Dans le Yambù, la femme peut s’exprimer sans avoir peur du vacunao de l’homme et elle peut jouer avec le contretemps de la clave. Dans le guaguancó, elle doit davantage se méfier de l’intention de l’homme de la « vacuner ». C’est une compétition, un jeu qui m’enchante.

Peux-tu nous parler de ton père ?

Mon père !! Il a été ma première école. C’est lui qui m’a enseigné les premiers pas de danse. Il a guidé et orienté ma carrière jour après jour jusqu’à me permettre d’être tout ce que je suis et de faire ce que je fais aujourd’hui. Je me suis inspirée de lui pour créer mon propre style. Mon père m’a enseigné la complexité de la danse folklorique, dans son intégralité.

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Depuis que j’étais toute petite, il m’amenait au Conjunto Folklórico Nacional. Je dormais dans des matelas de gymnastique tandis que mon père, membre du Conjunto, dansait. Ensuite, je suis devenue moi-même danseuse professionnelle, et j’ai intégré la compagnie du Conjunto Folklórico Nacional.

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Le Conjunto fait partie de ma vie. Il a été présent pour moi à toutes les étapes de mon existence, depuis l’enfance et l’adolescence jusqu’à l’âge adulte.

Peux-tu parler de tes meilleurs souvenirs au Conjunto ?

Le premier, ce fut quand j’ai dansé pour la première fois sur une scène avec mon père. Ce fut une expérience extraordinaire.

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Le deuxième, c’est quand j’ai intégré la troupe de la compagnie et que j’ai commencé à voyager, pour représenter notre culture à un niveau international, en Europe, en Amérique latine (voir photo : le CFN au Mexique).

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Le troisième, ce fut quand on m’a permis de faire mon premier solo comme danseuse soliste dans l’œuvre Aikunwua du chorégraphe et premier danseur Alexander Varona. J’attendais beaucoup ce moment, et cela fut heureusement un grand succès.

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Peux-tu parler de ton activité de chorégraphe et des prix que tu as reçus en ce domaine ?

Pour moi, la chorégraphie est le reflet de tous mes rêves. Quand je dors et que je vois une scène, cela me donne envie de la réaliser. Quand je mets en place une chorégraphie, c’est un peu comme si je me voyais moi-même en train de danser, mais en groupe, répliquée en plusieurs personnes.

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Ma mère, Rosa Baquero, m’a également beaucoup aidé. Elle a eu une carrière de chorégraphe et de directeur artistique du cabaret Parisien du Grand Hôtel National de la Havane. Ses connaissances techniques et son talent me furent d’une grande aide dans ma carrière artistique, notamment dans le domaine du cabaret et du spectacle.

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Comme tu peux le voir, j’ai été élevée dans une atmosphère artistique des deux côtés de ma famille. Et, de ce fait je me suis inspirée de mes deux parents. Dans mes chorégraphies, j’essaye de faire une fusion de leurs deux styles : folklore et spectacle. J’ai réalisé différents spectacles en France, pour les casinos Barriere de Cannes et de Menton, ainsi que pour le Sporting club de Monaco, entre autres.

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A Cuba, nous avons obtenu un grand prix pour la Comparsa la Giraldilla de la Havane. Mon père était le directeur artistique et moi la chorégraphe du défilé des modèles et des danseuses de spectacle.

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Il y-t-il aujourd’hui beaucoup d’intérêt en France pour la culture Afro-cubaine ?

Cela commence à décoller peu à peu, même si cela a été un peu difficile au début. Cela fait maintenant huit ans que je vis en France. J’ai donné des interviews, beaucoup de gens sont venus me voir. Parexemple, à Genève où nous nous sommes rencontrés, les gens n’ont accueilli avec beaucoup de respect et d’admiration. Pendant les classes, les élèves s’intéressaient à tous les détails et m’ont posé beaucoup de questions (voir ci-dessous une photo de Luanda pendant son stage à Genève).

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Mais sur la Côte d’azur, ou je vis, je suis la seule danseuse disposant des connaissances de base pour enseigner de manière méthodique ces danses folkloriques. Cela rend ma tâche un peu plus difficile.Beaucoup de gens s’intéressent notamment à la rumba. En même temps, j’essaye d’attirer le public, d’organiser des fêtes, des spectacles, d’intégrer les gens, de leur faire comprendre qu’à Cuba il n’y a pas que la salsa, que notre culture est plus large, plus riche. Ma mission est de tout mettre en œuvre pour que le public européen découvre la culture afro-cubaine.

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Que cherches-tu à développer en priorité chez tes élèves ?

Je travaille beaucoup avec la pédagogie par objectifs. J’essaye de faire en sorte que mes élèves puissent parvenir à comprendre, pendant le peu de temps que dure la classe, d’où vient ce qu’ils apprennent. Cela ne m’intéresse pas qu’ils n’apprennent que les pas. Je cherche à les sensibiliser à une histoire, à une culture.

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Chaque mouvement, chaque rythme, chaque chanson qui sont présent dans ces danses, ont une signification. Rien n’est là par hasard. Avec la danse de Elegba, par exemple, nous entrons dans la vie, dans l’histoire de cet Orisha qui a vécu selon la mythologie il y a des siècles, et que maintenant nous reconnaissons et nous adorons comme une Divinité majeure. Ochun est habillée de jaune parce qu’elle la déesse de l’or. Sa danse exprime la douceur de l’eau, car elle vit dans les rivières. Elle est aussi très sensuelle car c’est la déesse de l’amour. .

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Est-ce que c’est important pour toi de développer la conscience corporelle et la coordination rythmique chez tes élèves ?

Oui, Cela ne m’intéresse pas que les gens apprennent trois pas assez faciles et qu’à la fin ils ne sachent pas pourquoi ils les font. Je veux que les élèves sachent d’où vient le mouvement, et comprennent la signification de la danse de l’Orisha qu’ils sont en train d’interpréter. Ce répertoire d’origine africaine ouvre sur une culture, une histoire très riches et qui méritent d’être transmises.J’insiste beaucoup sur le lien entre le mouvement, le chant et les battements de tambours, bata ou conga. Les élèves doivent savoir que la danse est un tout avec la musique. Et bien sûr, ils doivent développer leur conscience corporelle. Par exemple, le mouvement du torse est quelque chose de fondamental dans le style de la danse Yoruba.

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J’aime particulièrement enseigner la rumba. Je m’inspire de mon père qui la danse depuis très longtemps. J’aime la rumba et je vis à travers cette danse. J’essaye de transmettre cela aux gens pour qu’ils se divertissent tout en apprenant.

Quelles sont les grandes qualités de Yemaya ?

Oh, les grandes qualités de Yemaya…. Avant tout, elle est la mère universelle de tous les êtres vivants, de tous les êtres humains. Elle est celle qui a donné la vie à la terre, selon les légendes Pataki. Elle est l’essence de la maternité, Elle est toujours patiente. Mais elle est aussi très sévère. C’est une Orisha qui impose le respect. Et elle peut se mettre en colère !!! Yemaya est patiente, elle supporte beaucoup de choses ; mais quand c’est trop, c’est trop !!! Alors, elle explose, comme nous, les êtres humains.

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Et Oya ?

Quand j’ai étudié à l’ENA (Ecole nationale des arts), j’ai obtenu mon premier grand prix féminin de danses folkloriques avec cette Orisha. J’avais quinze ans… Pour interpréter Oya, tu dois vraiment croire ce que tu fais. C’est un personnage qui a beaucoup de caractère et d’orgueil. c’est la déesse de le tempête, c’est aussi une guerrière qui accompagne Son mari Chango au combat.

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Peux-tu nous parler de tes projets artistiques et pédagogiques actuels ?

Mon objectif principal et d’enseigner, de favoriser l’échange de transmettre la culture traditionnelle cubaine dans toutes ses dimensions.

Je suis présidente d’une association culturelle appelée « Cuba, l’explosion de mon rythme ». Par son intermédiaire, j’ai présenté un projet destiné à faire venir en France la Comparsa de Cuba et de la faire participer au carnaval de Nice. C’est un projet important et à long terme, mais j’espère qu’il pourra se réaliser. Je voudrais faire venir le Cabildo de la Havane en France, pour apporter une autre vision de la culture traditionnelle cubaine.

Par ailleurs, afin de travailler avec un public différent et de tous les âges, j’ai décidé d’utiliser mes connaissances techniques et artistiques pour réaliser des projets d’animation culturelle. Dans ce but, j’ai préparée et obtenu le diplôme d’animatrice culturelle, option patrimoine.

Tu aimes mieux Cuba ou la France ?

Cuba est mon berceau. Ce sera toujours Cuba. Je sais que je mourrai là-bas. Mais j’aime beaucoup la France et j’aime aussi l’Europe. J’ai eu de nombreuses opportunités de voyager en Europe, et ces échanges culturels m’ont beaucoup apporté.

J’ai pu m’impliquer à cette occasion dans différents types de projets, ce que je n’aurais pas pu faire si j’étais restée à Cuba.

Pour moi, la France, Genève, mais aussi l’Italie ou j’ai beaucoup travaillé avec mon père et ma mère, forment un tout. Je ne veux pas comparer Cuba et la France, mais Cuba et l’Europe. Je me sens chez moi partout.

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Propos recueillis par Fabrice Hatem

 

Pour mieux connaître Luanda Pau, vous pouvez visiter son site web : www.luandapau.com

J’ai également réalisé sur Luanda Pau un reportage vidéo. Celui-ci se divise en deux parties :

Partie 1 – Une enfant de la balle (sur sa trajectoire artistique à Cuba)

Partie II – Une artiste cubaine en Europe (sur ses activités actuelles en France)

BARBARO FINES fait voler MAYIMBE au zénith de la Timba

EL FARANDULERO MAYOR, Lima le 16 Avril 2011

BARBARO FINES, directeur, compositeur, arrangeur et pianiste de Orquesta MAYIMBE nous a accordé une interview exceptionnelle où il nous présente son projet musical, sa vision de Mayimbe et sa carrière.
Il nous offre ensuite une revue de sa première œuvre « De La Habana a Peru »

 

Publié le 24 Avril 2011

Papucho : un voyage à travers la danse afro-cubaine contemporaine

Papucho : un voyage à travers la danse afro-cubaine contemporaine

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Originaire de la région de Matanzas – le berceau de la rumba – le danseur Juan Carlos Papucho Pedroso est installé à Genève depuis 2005, A travers sa riche trajectoire artistique et personnelle, c’est tout un pan de la danse populaire cubaine d’aujourd’hui – ainsi que les destinées des hommes et des femmes qui l’incarnent à travers le monde – qui se révèle à nous. Je vous propose d’explorer cet univers à travers deux chemins parallèles :
– Un long entretien avec Papucho
– Une vidéo documentaire sur cet artiste

LA COLERE D’OGGUN par Fabrice Hatem avec Juan Carlos « Papucho » Pedroso

Vidéo documentaire : http://www.youtube.com/watch?v=kRW_WBKaCGU

PORTRAIT ET ENTRETIEN AVEC PAPUCHO :

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J’ai rencontré le danseur Juan Carlos « Papucho » Pedroso par l’intermédiaire de son ami Reinaldo Delgado « Flecha », qui anime avec lui le groupe de danse et de musique afro-cubain Wemilere à Genève. C’est un personnage fait de tensions et de contrastes : par son physique ; par son expression dansée ; et par sa vie.

La première chose que l’on remarque en effet lorsque l’on rencontre Papucho, c’est son physique impressionnant, improbable mélange d’une carrure d’athlète, puissante et tellurique, et d’un élancement léger vers le ciel.

A son élégance et à sa gentillesse naturelle, Papucho ajoute aussi un imperceptible côté « mauvais garçon » : une lueur fugitive dans le regard, un pli un peu marqué au coin des lèvres…. Mélange sans doute fascinant pour les femmes, qui peut-être ne savent pas très bien elles-mêmes si elles doivent rêver ou redouter de le croiser la nuit, seuls à seuls, dans une ruelle mal éclairée de la ville basse…

images fabrice papucho pap31Puis, lorsqu’on le regarde danser, on est frappé, malgré la grâce spontanée de ses mouvements, par le sentiment d’étrangeté qui parfois se dégage de sa gestuelle carrée, très stylisée, et de l’intensité vaguement menaçante de son regard ; il fait alors irrésistiblement penser aux êtres surnaturels du clip « thriller » de Michael Jackson….

La vie de Papucho ? C’est l’incroyable trajectoire qui conduit un gamin pauvre, né dans un village perdu de la région de Matanzas, à venir pratiquer son art en Europe et enseigner la danse à Genève aux financiers de la Morgan Stanley, aux scientifiques du CERN et aux fonctionnaires internationaux de l’ONU.

Ces contrastes prédisposent Papucho à interpréter ceux des Orishas qui possèdent eux aussi une double nature, une face lumineuse et une autre plus insaisissable. Il excelle par exemple dans le personnage d’Elegba, Dieu du hasard et du destin à la danse de feu-follet, pleine d’imprévus et de volte-face, dont il est d’ailleurs le fils dans la religion yoruba.

{images fabrice papucho oggunpedrosoMais c’est lorsqu’il interprète Oggun, le puissant Dieu du fer et de la guerre, qu’éclate le mieux son talent. Il rend magnifiquement la puissance brute et la violence à peine contenue qui caractérisent cet Orisha. Et quand ou le voit bondir, sa machette à la main, en roulant des yeux injectés de sang, le visage déformé par un rictus de colère, le buste nu couvert de sueur, on a vraiment peur qu’il se précipite sur vous pour vous donner un mauvais coup.

images fabrice papucho ogunochunSoudain, on le voit s’immobiliser, et contempler, incrédule et fasciné, les voluptueuses contorsions d’Ochun, la déesse de l’amour. Il essaye encore d’utiliser, une dernière fois, ses armes habituelles face à cette étrange apparition et lève sa machette. Mais celle-ci, impuissante face au rire provoquant et moqueur d’Ochun, retombe bientôt, inutile et hors de propos. On comprend alors que ce Dieu à la force brutale est en train de tomber sous l’emprise de l’amour, sans même réaliser luii-même exactement ce qui arrive, tant ce sentiment était jusqu’alors inconnu de lui. C’est magnifiquement interprété, et il n’a pas besoin d’être un spécialiste de la mythologie des Orishas pour comprendre la nature du drame qui est en train de se nouer.

Né il y a une quarantaine d’années à Cuba dans la province de Matanzas, Papucho s’est formé à la danse dans différentes écoles de Matanzas puis à l’Institut supérieur des arts de la Havane. Il a ensuite poursuivi une carrière artistique essentiellement centrée sur le spectacle, l’animation et le cabaret. D’abord danseur interprète, il a ensuite développé une activité de direction artistique et de chorégraphie, qui a été récompensée par plusieurs distinctions, notamment au festival de danse de Santa Clara. Il a également enseigné, formant de nombreux danseurs dont certains, comme Nichito, ont depuis connu à leur tour un prometteur début de carrière internationale. Il poursuit actuellement son activité artistique et d’enseignement à Genève, où il s’est installé il y a 5 ans. Décrire son parcours, c’est effectuer une plongée dans le monde contemporain de la danse cubaine de spectacle, et aussi porter témoignage sur les trajectoires des artistes si nombreux qu’il a côtoyés.

Peux-tu nous dire quelques mots de ton enfance ?

images fabrice papucho pap7J’ai grandi dans un petit village, Torriente, situé dans une partie assez reculée de la province de Matanzas. Ma famille était d’un milieu social très modeste, comme d’ailleurs presque tous les habitants de cet endroit, dont beaucoup sont des descendants des esclaves noirs autrefois employés dans les plantations. Mais, chez nous, il n’y avait pas de misère, d’alcoolisme ou de délinquance comme souvent là-bas. Mes parents étaient honnêtes, droits et affectueux.

Mon père avait l’habitude de donner des surnoms gentils à chacun de ses enfants. C’est qui m’a surnommé « Papucho », ce qui veut dire, à peu près, « celui que l’on aime bien ». Ma mère portait le joli nom d’Estrella. Elle était fille d’Ochun, car dans ma famille, on pratiquait beaucoup la Santeria, Elle ne savait pas lire, mais avait une grande expérience de la vie et beaucoup d’exigence pour ses enfants. Tous les voisins, la famille, l’aimaient et la respectaient beaucoup. Plus tard, c’est moi qui lui ai appris à lire.

Comment as-tu découvert la rumba et la danse afro-cubaine ?

images fabrice papucho pap4De la manière la plus naturelle : il m’a suffi de naître et d’ouvrir les yeux. La province de Matazas est la plus noire de Cuba, beaucoup plus que La Havane et même que Santiago. C’est une grande plaine propice à la culture de la canne à sucre, où l’on trouve plusieurs ports installés dans des bayas – des baies – sur les côtes. A l’époque coloniale, la région fut peuplée de ce fait d’un grand nombre d’esclaves noirs. On y rencontre même aujourd’hui des descendants d’ethnies africaines qu’on ne trouve pas ailleurs à Cuba, comme les Arara ou les Iyesa. Dans certains coins, on a vraiment l’impression d’être en Afrique.

C’est là que se trouve le vrai berceau de la rumba, qui est née sur cette terre – notamment la Columbia à Cardenas – avant de migrer vers les faubourgs de la Havane. Les meilleurs groupes de rumba de Cuba, comme La Columbia del Puerto ou Los Muñequitos de Mantanzas, viennent de cette région.

images fabrice papucho pap8La rumba est omniprésente à Matanzas. Aujourd’hui encore, on peut la voir danser partout, dans les rues, dans les cours des maisons, dans les villes comme dans les villages. Je la côtoyais donc quotidiennement lorsque j’étais enfant.

Un jour, en sortant de chez moi, j’ai rencontré un danseur très connu dans le coin, qui s’appelait Virulilla, chanteur et fondateur du groupe Los Muñequitos de Mantanzas. Il aimait faire danser la rumba aux enfants dans les rues. Il m’a proposé de venir chanter et danser avec eux, ce que j’ai fait. Et c’est comme cela que tout a commencé.

Peux-tu nous parler de tes premières années d’apprentissage et des professeurs qui t’ont particulièrement marqué ?

}images fabrice papucho pap13C’est mon frère, Lazaro Pedroso Montalvo « Mujica », qui a été mon premier professeur (photo ci-contre). Je lui dois tout, dans la danse et dans la vie. Il connait énormément de choses sur la culture et le folklore cubains, sur lesquels il a beaucoup écrit. Il a fait de moi ce que je suis : la danse, la chorégraphie, la salsa… Il était très exigeant : je me souviens d’un jour où j’apprenais le rôle de San Lazaro [1] sous sa direction. Je me trompais, et il m’a obligé à répéter, répéter, reprendre encore… Mais il avait aussi de l’ambition pour moi : un jour, beaucoup plus tard, il m’a suggéré d’aller passer l’examen d’entrée à l’Institut supérieur des arts de la Havane. Comme j’étais hésitant, il m’a fait monter presque de force avec lui dans un bus en direction de la capitale pour passer l’examen. Je lui suis très reconnaissant pour cela.

C’est vers 1983 que j’ai commencé mes études de danse « officielles ». J’ai d’abord fréquenté l’Ecole des instructeurs d’art de Matanzas, dans la section des danses folkloriques, puis l’école de perfectionnement professionnel de Matanzas jusqu’en 1987. C’est là que j’ai commencé à apprendre mon métier de danseur et d’enseignant. Cela n’a pas toujours été facile, car, au début, je n’avais pas beaucoup d’aptitudes techniques. Une des professeurs, Orgita, était particulièrement dure et se fâchait beaucoup contre moi en me reprochant de ne pas faire assez d’efforts. Cela m’a piqué au vif, et j’ai commencé à travailler la danse comme un fou. Une année plus tard, elle m’a félicité. Je considère que c’est grâce à elle que j’ai vraiment pu décoller artistiquement.

A cette époque, j’ai aussi eu la chance de bénéficier de l’enseignement d’Angel Luis Zerbia, qui fut mon premier professeur de folklore à Matanzas. Il est l’un de ceux qui m’ont le plus appris. Il détenait énormément d’informations sur le folklore cubain, sur lequel il a fait beaucoup de recherches. Il a également été directeur et chorégraphe du groupe de danse de Matanzas Danza Espiral.

Et à la Havane ?

images fabrice papucho pap35Poussé par mon frère comme je l’ai dit, je suis arrivé à la Havane en 1990. Je n’étais qu’un petit provincial de Matanzas, et la capitale m’a d’abord beaucoup impressionné. Au moment de l’audition d’entrée à l’Institut supérieur des arts de La Havane (ISA, voir photo ci-contre), j’étais vraiment terrifié. Mais on m’a admis en me disant que j’avais dansé comme un roi, et cela m’a mis en confiance. Et puis mon frère Mujica avait réussi l’examen en même temps que moi, ce qui m’évitait de me retrouver tout seul dans la capitale.

Mais les autres étudiants de l’ISA me paraissaient avoir une formation, une culture beaucoup plus large que la mienne. En dehors de la danse folklorique stricto sensu, j’ignorais beaucoup de choses : l’histoire, la littérature, la construction d’un spectacle, l’expression écrite et orale, les autres formes de danse… Et c’est cela que m’ont apporté, chacun dans leurs domaines, les professeurs dont j’ai alors suivi l’enseignement à l’Institut.

Peux-tu en citer quelques-uns ?

images fabrice papucho lazaroross1Oui, bien sûr. Lazaro Ross était le premier chanteur du Conjunto Folclorico Nacional quand j’étudiais à La Havane (photo ci-contre). Il fut l’un des plus grands interprètes contemporains du répertoire populaire afro-cubain. C’est lui qui m’a permis de mieux connaître la culture et la langue Yoruba, dont je suis issu par mes origines familiales. Il m’a aussi appris les pas liés aux différentes chansons en l’honneur des Orishas.

images fabrice papucho pap32Le Docteur Rogielo Martinez Furé a été l’un principaux fondateurs du Conjunto Folclorico Nacional, et a joué un rôle pionnier en matière de recherches sur les origines africaines de la culture cubaine (photo ci-contre). Il m’a initié à l’histoire africaine, afro-cubaine, que j’ignorais. Il m’a montré comment écrire, comment m’exprimer. C’est largement à lui que je dois ma culture et ma formation intellectuelle.

Ana Luisa Caceres, également professeur au Conjunto, m’a beaucoup appris sur le folklore et les danses populaires de Cuba. C’est également elle qui m’a enseigné les secrets du Mambo, ainsi qu’à ma partenaire de l’époque, Maria de Los Angeles, juste avant que nous ne partions en tournée au Brésil avec le groupe Isadanza en 1991. Cela a vraiment été une expérience unique.

Graciela Chao Carbonero m’a beaucoup marqué par sa manière de voir la danse. Elle m’a ouvert la voie professionnelle de haut niveau en me proposant de devenir premier danseur du groupe Isadanza. C’est quelqu’un en qui j’ai une très grande confiance.

images fabrice papucho narcisoJ’ai également eu la possibilité de suivre l’enseignement de danse contemporaine de Narciso Medina, un très grand artiste, un grand technicien et ou grand pédagogue (photo ci-contre). J’ai noué avec lui une relation très personnelle. Il m’a donné des clés techniques importantes : comment bouger sur la scène, explorer les sentiments de la danse comme la folie, la tristesse…. Il m’a donné du respect pour cet art.

Lilian Padron, qui avait étudié la danse contemporaine à Moscou, m’a beaucoup appris sur le plan technique. Elle est maintenant la directrice du groupe de danse contemporaine Danza Espiral de Matanzas.

Je voudrais enfin mentionner Ramiro Guerra, qui est l’un des chorégraphes les plus importants de Cuba. J’ai beaucoup appris de lui sur la danse en général à l’occasion de divers stages, dont certains à Matanzas.

Tu t’es plu à la Havane ?

images fabrice papucho pap1Oui, beaucoup, même si le premier contact a été au départ un peu rude pour les provinciaux que nous étions, mon frère et moi. Je me souviens de notre première nuit à l’ISA. Nous étions arrivés très tard avec quelques autres camarades de Matanzas, vers une heure du matin. On nous a installés dans notre dortoir – c’était un internat avec des chambres de huit lits – mais il n’y avait rien à manger et nous étions affamés. Alors, nous avons trouvé quelques restes des autres élèves et nous les avons mangés. Malheur !!! Ils étaient affreusement pimentés, et nous avons passé le reste de la nuit à courir vers le robinet pour boire de l’eau et soulager notre estomac et nos intestins en feu.

images fabrice papucho pap19Mais à La Havane, il y a aussi des bons côtés. Si tu danses bien là-bas, tu peux avoir toutes les filles pour toi, tu deviens « le roi des femmes », comme Chango. Le soir, en allant danser avec mon frère et mes amis de l’ISA, on avait un peu le sentiment d’être comme des renards entrant dans un poulailler… Sauf que les poules ne s’enfuyaient pas du tout quand elles nous voyaient arriver, au contraire. Et c’est comme cela que j’ai rencontré ma première épouse, Iliana (photo ci-contre). Un jour, en arrivant dans un club du Vedado, La Sorra y el cuervo, j’ai dit à mon frère : « Tu vois cette fille ? Je te parie que ce soir, elle sera ma copine ». J‘ai gagné mon pari, mais ce que je n’avais pas prévu, c’est que quelques mois plus tard, nous serions devenus mari et femme.

C’est aussi à la Havane que j’ai rencontré quelques très bons amis, comme Izaias Rojas Ramirez, qui étudiait avec moi à l’Institut supérieur des arts. Nous avons fait beaucoup de chemin ensemble, notamment au Brésil où nous sommes partis tous les deux avec le groupe Isadanza en 1991. Il connaît aussi très bien la culture de l’Oriente, qu’il m’a fait découvrir. Il a fondé le groupe Danse libre, à Guantanamo; et dirige aujourd’hui le groupe Banrara.

Peux-tu parler de tes souvenirs des brigades du XXème anniversaire ?

images fabrice papucho pap3Il s’agissait d’un groupe d’artistes qui comprenait une centaine de professeurs de tous les arts : danseurs, cinéastes, peintres, écrivains. Nous avions pour mission d’apporter l’art à la campagne dans la région de Matanzas. Quand j’ai fini l’Ecole de perfectionnement artistique de Matanzas, en 1987, j’ai été affecté à ces brigades, où j’ai passé un dizaine d’années, tout en poursuivant mes études à temps partiel à La Havane et ma carrière de danseur professionnel. La première école où j’ai enseigné est celle-là même ou j’avais fait mes études. J’avais presque le même âge que mes élèves !!!

C’est à cette époque aussi que j’ai commencé à préparer des spectacles et décoller sur le plan artistique. Ma première chorégraphie s’appelait Asoyin. C’était un spectacle pour quatre danseurs hommes. Elle m’a permis de gagner mon premier prix, au festival de Santa Clara, vers 1988. Nous étions encore très jeunes : un jour, une danseuse connue de la Havane est venue assister à notre spectacle. Après nous être changés, nous étions venus nous asseoir près d’elle, sans nous présenter. Elle nous a dit : « Je voudrais bien rencontrer ces quatre danseurs ». On lui a dit : « C’est nous ». Elle a été très surprise : « Mais vous n’êtes que des gamins. Sur la scène, tout à l’heure, il y avait quatre magnifiques danseurs, quatre beaux noirs ».

images fabrice papucho wats}Mes trois partenaires dans cette chorégraphie s’appelaient Bernar, Juanito et Watson Je suis resté très ami avec eux, surtout avec Watson, avec lequel j’ai passé plus de 10 ans de ma vie comme professeurs de danse avec les brigades du XXème anniversaire. Nous avons aussi participé, pendant 5 ans, à la Cumparsa de la Fédération estudiantine (FEEN). Nous sommes également partis au Brésil ensemble, avec le groupe Isadanza. Il habite maintenant lui aussi à Genève, où il enseigne la danse (photo ci-contre).

Peux-tu nous parler du groupe Agrupacion Mulemba ?

Le groupe Mulemba, où je suis rentré en 1988 pour rester deux ans, a marqué mes débuts de danseur professionnel. J’y ai travaillé sous la direction d’Aldo Durades, qui habite maintenant en Espagne. Je me souviens encore de mon premier spectacle, à Varadero. Après l’audition où il m’avait engagé, Aldo m’a dit qu’il fallait que j’apprenne une chorégraphie pour le soir même. J’ai répété toute la journée, mais la partition était difficile et j’ai fait des erreurs le soir pendant le show. Une danseuse m’a même dit : « Tu danses comme un chien ». Quand le spectacle a été terminé, je suis sorti, très triste, pour m’isoler et pleurer, car j’avais le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur et j’avais peur d’être chassé du groupe. Mais Aldo est venu me voir, pour me dire qu’il voulait voir comment je me débrouillais sur la piste, et que cela avait été concluant. C’était très cruel, mais aussi une excellente leçon.

Par la suite, Aldo m’a témoigné de la confiance, et cela m’a donné de l’assurance. Par exemple, la première fois que la troupe est partie en tournée à l’étranger – en effectifs réduits – il m’a chargé d’assurer l’intérim de la direction artistique à Cuba pour le reste du groupe. Il m’a aussi nommé premier danseur, puis chorégraphe.

Peux-tu nous parler de ton expérience brésilienne avec Isadanza ?

images fabrice papucho isadanzaIsadanza a été formée en 1991 avec les meilleurs danseurs et musiciens de l’Institut supérieur des arts de Cuba, sous la direction de Graciela Chao, et existe d’ailleurs toujours aujourd’hui (voir photos du groupe actuel). A mon époque, il y avait là Mayito, qui était alors musicien, et est maintenant chanteur du groupe Van Van ; Barbara Balbuena, alors élève de l’école, et qui depuis lors est devenue une spécialiste reconnue de l’histoire des danses cubaines ; Maria de los Angeles Sarduy, qui était à l’époque ma partenaire et est aujourd’hui professeur de danses folkloriques à l’Ecole Nationale des Arts ; Mariana, qui est maintenant professeur de danse à l’école de Santa Clara ; et d’autres encore, comme Miguel (de Camaguey), Merino (de Granma), Vicente, Izaias, Watson, Tony…

}images fabrice papucho isa2C’est avec ce groupe que je suis parti pour la première fois à l’étranger : je suis resté un an au Brésil. Ce voyage m’a permis de connaître un autre pays, une autre culture très riche, assez proche de celle de Cuba, mais avec une autre manière d’être. Cela a été une expérience formidable. J’étais content d’être là, cela a enrichi ma carrière. J’ai vu les favelas, j’ai découvert la samba, la manière de bouger des gens.

J’ai partagé là-bas beaucoup de souvenirs avec mon ami Izaias. La première fois que nous avons affronté le public brésilien, à Sao Paulo, nous étions tout tremblants. Deux heures avant le spectacle, nous avions oublié toute la chorégraphie. On a dû tout répéter à nouveau à la dernière minute. Mais finalement, tout s’est bien passé.

Je me souviens aussi, tout de suite après ce spectacle, d’une soirée mémorable où nous avons été invités chez des amis brésiliens à manger la fejauda (un plat brésilien à base de cochon). C’était la première fois que l’on mangeait cela. Nous étions aussi en compagnie d’un autre danseur, Tony. Il habitait à la Havane, puis a émigré en Italie (il fut d’ailleurs l’un des premiers cubains à le faire) et a fondé une école. Puis il est mort à cause de l’alcool.

Quel est ton meilleur souvenir de la compagnie Musicaraibes ?

images fabrice papucho pap12Après la fin de mes études à l’Institut supérieur des arts de La Havane, j’ai été employé par le gouvernement cubain dans la compagnie Musicaraibes, qui regroupe elle-même plusieurs groupes de danse, comme Sabor Latino, dont j’ai longtemps fait partie (photo ci-contre).

Cela a été pour moi un moment intense de partage et de création, notamment lorsque j’ai accédé à la fonction de directeur artistique. Nous jouions dans des théâtres, des cabarets, et aussi beaucoup dans des grands hôtels pour touristes.

{mimages fabrice papucho pap15osimage}Ce qui m’a le plus marqué et satisfait est le spectacle ou nous avons expérimenté un mélange entre les musiques cubaines, comme la salsa et le mambo, et nord-américaines, comme le jazz. Cela qui m’a obligé à remettre en cause mes habitudes aussi bien comme danseur que comme chorégraphe. Ce spectacle s’appelait De Harlem à New York (photo ci-contre).

Puis nous avons créé Paris Paradiso en collaboration avec Simon Kopalek, un danseur d’origine belge : ce spectacle avait une atmosphère plus « cabaret ».

Peux-tu nous parler des membres de la troupe Sabor Latino ?

images fabrice papucho pap27Je pense souvent, encore aujourd’hui, à un danseur nommé Juan Ernesto Odicio « Jony », qui était un peu mon bras droit à l’époque. C’est un artiste très actif, très créatif, avec lequel j’ai beaucoup partagé (photo ci-contre, penché au centre, deuxième plan). Il possède une forte imagination pour inventer des chorégraphies, et est capable de danser sans musique, ce qui est très difficile. Nous avons fait des choses formidables ensemble, en particulier dans le groupe de danse Sabor Latino que j’ai dirigé au début des années 2000 à l’hôtel Plaja Giron, au sud de Matanzas. Nous avons présenté nos chorégraphies aux festivals de danse de Matanzas, La Havane, Santa Clara, nous avons obtenu des distinctions. Il travaille toujours à Cuba, à Plaja Giron.

images fabrice papucho pap30Il avait aussi une danseuse nommée Florangel Gomez Collimore « Cuca ». C’était elle aussi une grande artiste. J’ai eu avec elle une forte relation à la fois professionnelle et amicale. Sur la photo ci-contre, vous nous voyez ensemble pendant un spectacle au Cabaret « Tropicana » de Santiago de Cuba, où nous nous sommes produits. C’est elle qui a formé les autres danseuses de la troupe, qui venaient de la rue, sans autres bagage que leur talent et leur énergie. C’est pour moi une amie de toujours. Elle navigue maintenant entre l’Espagne et Cuba.

images fabrice papucho pap16Et puis il y avait toutes les autres artistes de la troupe du Plaja Giron : Anaisa Rodriguez, Arlenis Quintana, Ana-Maria Astiazarain, Lien Garcia, Yanet (photo ci-contre). C’est nous qui les avons formées sur le tas, avec Cuca. C’était plus qu’une équipe, c’était une famille. Beaucoup sont parties à l’étranger, en Allemagne, en Italie, en Espagne. Je suis resté très ami avec elles. J’espère faire venir bientôt Lien à Genève. C’est une danseuse formidable.

Chaque membre apportait au groupe ses qualités propres. Par exemple, il y avait un danseur, nommé Humberto, qui possédait une mémoire impressionnante et pouvait se rappeler de tous détail d’une chorégraphie ou d’un spectacle. Bien que sans formation académique, il a réussi à atteindre un bon niveau professionnel grâce à son talent et à toutes ces heures de répétition avec moi et Jony…

Peux-tu nous parler de ton activité d’enseignant ?

images fabrice papucho yasser450aA Cuba, après avoir été chorégraphe, j’ai commencé à former des danseurs de tous niveaux artistiques. Il y a beaucoup de danseurs, à Cuba et dans le monde, dont la manière de danser tient un peu de Papucho : Raulito et Yasser Terri (photo ci-contre)en Finlande, Joel Marero aux Etats-Unis, Hermes au Japon, Valia en Italie (à Vérone), d’autres qui sont restés à Cuba comme Jony. Je connais bien aussi Nichito, qui vit maintenant en France. La liste est interminable, qu’il s’agisse de danseurs de folklore ou de cabaret.

Peux-tu nous dire quelques mots de tes élèves ainsi que de Nichito ?

images fabrice papucho pap34Nichito – de son vrai nom Luis Castillo – est un grand danseur, un artiste-né (photo ci-contre). Il a commencé sa carrière à Guantanamo dans le groupe Danse libre, sous la direction d’Izaias. Il a continué à la Havane où il a effectué un parcours assez brillant. Il est ensuite parti aux Etats-Unis, en Europe. Il est maintenant installé à Lyon, en France, où il poursuit son activité d’enseignant.

Yasser Terri venait de Cienfuegos. Je l’ai fait venir dans mon groupe Sabor Latino à Plaja Giron pour participer à mon spectacle Noche cubana, que j’ai donné vers 2003-2004. Il apprend très vite. Je l’ai fait répéter intensivement car les délais étaient assez brefs, au point qu’on s’est presque disputés, car il trouvait que c’était trop dur. Mais finalement, il a dansé comme un roi. Il est maintenant installé en Finlande, comme Raúl.

Raúl Dionicio Gutierrez est un grand ami. Je le connaissais avant de commencer à danser. C’était un gars de mon village. C’est moi qui lui ai suggéré de venir à la danse et l’ai engagé dans la troupe de Sabor Latino. Il a une énergie formidable. S’il n’arrive pas à faire quelque chose, il reste devant le mur à bouder. Il est comme fâché avec lui-même. Mais après il finit toujours par y arriver.

Quel est ton Orisha préféré ?

images fabrice papucho papelegLa question est difficile. Ce folklore est très riche, et un danseur doit savoir interpréter tous les rôles. J’aime particulièrement les pas d’Elegba, dont je suis d’ailleurs fils dans la religion des Orishas (photo ci-contre et vidéo). Mais je pourrais aussi bien citer Oggun, Chango et même Yemaya, qui ont des pas très différents mais tous très riches, mélodiques, savoureux.

Quelles sont les principales différences entre les danses d’Oggun et de Chango ?

images fabrice papucho papuchangoOggun est le Dieu de la guerre, du métal, du fer, des forêts. Il aime le travail, habite à la campagne. Il est syncrétisé avec San Pedro. Chango est le dieu des tambours et aussi de la guerre. Mais l’interprétation de Chango est plus festive – c’est le dieu de la fête et le « roi des femmes », alors qu’Oggun est plus agressif. Il est également facile de les reconnaître par les couleurs : vert et brun pour Oggun, rouge et blanc pour Chango (photo ci-contre),

Peux-tu nous parler de la danse Abakua ?

images fabrice papucho papabakuaLa danse Abakua est arrivée à Cuba, comme les Orishas, avec les esclaves africains. Elle vient aussi du Nigéria mais d’une autre région, en l’occurrence le Calabar (on dit « Carabali » à Cuba), alors que les Orishas viennent du sud-ouest du Nigéria, à la frontière de l’Etat actuel du Bénin. Les deux cultures religieuses sont complétement différentes. L’Abakua est une confraternité religieuse, avec des hiérarchies assez strictes, pratiquant une religion très différente de celle des Orishas, et composée exclusivement d’hommes.

Elle est centrée autour d’un personnage, Ireme (photo ci-contre et vidéo), Ireme, c’est un peu le diable, le diablito. On reconnait ce personnage à la capuche conique qui cache son visage, avec un petit béret de travers. Il possède quelques accessoires caractéristiques comme le bâton, l’iton, l’estribilla. La danse d’Ireme est très secrète, ce qui la rend très compliquée à expliquer, contrairement aux Orishas, qui sont une mythologie très ouverte. Il peut aussi avoir plusieurs manifestations, comme Anamangui ou Ireme funerario. La plus importante, est celle où Ireme danse sous la direction d’un guide qui lui indique les pas qu’il doit faire.

Pourquoi es-tu venu en Europe il y a 5 ans ?

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Photo Nadege Guillou
www.calleluna.com

Cela n’a pas été facile. J’avais fait tout ma carrière à Cuba : 30 chorégraphies et spectacles, de grandes scènes comme le Tropicana de Santiago, les festivals de danse de Santa Clara ou de La Havane, des prix et des distinctions, un travail de directeur artistique… Mais on avait tous envie de partir, à cause de l’oppression, plus encore que de la situation économique. On n’avait pas le droit de parler, de voyager, on était contrôlés tout le temps.

Et puis, partir à l’étranger était un peu dans le fil de mon destin. Comme je te l’ai dit, je suis né dans un village très pauvre, d’où les gens ne bougeaient pas beaucoup et avaient des perspectives limitées. Beaucoup de gens de ma génération là-bas sont déjà morts, ou bien en prison, ou alcooliques. Moi, j’ai senti la nécessité d’élargir mon horizon, de découvrir Cuba, puis le monde.

images fabrice papucho pap10 Aucune étape n’a été facile. A Matanzas, j’étais un petit villageois de Torriente. A la Havane, j’étais un provincial de Matanzas. Pour moi comme pour mes concitoyens, partir à l’étranger était encore une aventure il y a 20 ans. A chaque fois, j’ai dû laisser des choses derrière moi pour apprendre de nouveaux codes, une nouvelle culture, de nouvelles langues. A la Havane, j’ai appris à bien écrire l’espagnol et à comprendre les chants yoruba ; au Brésil, j’ai appris le portugais ; à Genève, le français. Aujourd’hui, je donne des cours aux savants du CERN et aux fonctionnaires internationaux de l’ONU, mais quand j’étais petit, je dansais la rumba dans les rues de mon village avec les autres gamins (photo ci-contre, cours de Papucho).

images fabrice papucho pap24 La danse m’a permis de beaucoup voyager, de beaucoup découvrir. Avant de partir de mon pays, j’ai parcouru Cuba en tous sens, et je connais tous les aspects de la culture populaire de mon pays. J’ai vécu à Matanzas, à la Havane, dans la région de Pinar del Rio, à Plaja Giron. Je connais aussi très bien l’Oriente grâce à mon ami Izaias qui m’invitait souvent à Guantanamo. Parfois, entre les week-ends dans l’est, mes études à la Havane, mon travail à Plaja Giron, ma famille à Matanzas, je parcourais 3 ou 4 régions différentes en une ou deux semaines (photo ci-contre, casa de la cultura de Jagey, province de Matanzas).

J’ai ainsi exploré toutes les facettes de mon pays, notamment pour tout ce qui touche au folklore populaire. Par exemple, tout le monde croit que les peuples indiens originels de Cuba ont tous été exterminés par les colonisateurs espagnols. Mais je connais un petit village perdu, entre Santiago et Guantanamo, qui s’appelle La Caridad de los Indios. Il est exclusivement peuplé de descendants d’indiens, même s’ils s’appellent presque tous Ramirez. Comme il y a eu beaucoup de consanguinité, ils sont un peu dégénérés, tous petits, mais ils ont des visages qui rappellent ceux des Boliviens. Ils ont conservé beaucoup de leur culture et de leur mode de vie. Ils ont même un cacique. Cela, presque personne ne le sait, mais moi, je l’ai vu.

Quel est ton meilleur souvenir depuis 5 ans en Europe ?

Danser, danser, danser. Il m’est arrivé beaucoup de choses ici, bonnes et mauvaises, depuis 5 ans, mais quoiqu’il arrive, je danse. J’ai tout laissé à Cuba, et maintenant, j’ai recommencé ma vie en Europe. Mais parfois, je suis fatigué.

images fabrice papucho flechabarcelone2Les européens sont de plus en plus intéressés par la culture cubaine. Cela a commencé, bien sûr, par la salsa, mais s’étend maintenant au son, à la rumba et à l’afro-cubain. Notre culture a maintenant passé les frontières sous toutes ses formes.

Le festival afro-cubain de Barcelone, à l’été 2010, a été particulièrement impressionnant (photo ci-contre). De nuit comme de jour, on s’est senti comme a Cuba. C’était d’un très haut niveau artistique, Ce type de festival doit se développer, à Barcelone, à Genève, partout. A Toulouse aussi, j’ai vécu des moments formidables avec le groupe Wemilere il y un an environ. J’ai dansé sur scène avec NG La Banda, avec Pupi y Los que Son Son.

Qu’est-ce qui manque le plus aux européens pour danser les danses cubaines ?

Cuba est une île de rythme, et c’est ce qui manque un peu ici. Les européens qui maîtrisent bien l’information rythmique restent une minorité. Ils s’intéressent encore trop aux figures et pas assez au rythme. Il y a certainement des progrès à faire de ce côté. Ils doivent en priorité développer le rythme et le style, l’équilibre. Les figures sont secondaires. Danser est créer, pas répéter mécaniquement des figures apprises. La figure apprise existe dans la rueda de casino, car dans ce cas tout le monde doit danser la même chose au même moment. Mais, dans la salsa, on doit pouvoir créer ses propres figures.

Quels sont tes projets actuels ?

images fabrice papucho wemilere1Le plus important de tous est Wemirele (photo ci-contre et vidéo de rumba). Pour créer la base d’une future compagnie plus grande, il faut rassembler tous ceux qui sont intéressé par la culture cubaine. Cela fait trois ans que je travaille sur ce projet qui a grandi peu à peu, et je suis impressionné par la qualité artistique de Flecha.

Beaucoup de danseur et d’artistes cubains vivent en Europe. C’est un vivier important de création ? Le niveau et le nombre d’artistes est impressionnant. Un ami me disait à Barcelone : « Ici, il y la matière d’une super – compagnie, d’artistes venus ici pour différentes raisons. C’est inévitable qu’il se passe quelque chose, que les gens se regroupent ».

Propos recueillis par Fabrice Hatem

Pour plus de de précisions sur la biographie de Papucho, voir son site : www.pedrosopapucho.com

 

 

 


[1]Ou Babalu Aye, dieu lépreux de la médecine dans le panthéon Yoruba (NdlR).