par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Fernando Trueba, Espagne, Brésil, 2004, 126 minutes
Le pianiste cubain Bebo Valdés part à la découverte de la culture populaire de Salvador de Bahia, proche par beaucoup d’aspects de celle de son pays. Il y est accueilli par les grands musiciens de la ville, notamment Mateus Aleluia, Caetano Veloso, Giberto Gil, et surtout Carlinhos Brown, grand-prêtre de la culture afro-brésilienne, par ailleurs inspirateur de nombreux projets communautaires dans le quartier populaire de Candéal.
Passionnément amoureux de la musique afro-caraïbe, Fernando Trueba nous avait déjà offert sur cet univers culturel plusieurs œuvres de grande qualité, commeCalle 54 et Side B, documentaires consacrés au Latin Jazz New-Yorkais, ou encore Chico et Rita, un délicieux dessin animé contant les amours d’une chanteuse et d’un pianiste cubain, sur une musique de…. Bebo Valdès.
Nous retrouvons celui-ci dans El milagro de Candeal, où ses pérégrinations dans la ville de Bahia lui permettent de vivre sous nos yeux trois types d’expériences distinctes et complémentaires.
Tout d’abord, la rencontre avec les musiciens locaux. Bebo les écoute, mais surtout joue avec eux, ce qui donne lieu à quelques séquences d’anthologie : l’interprétation énergique, par le Big gang de Carlinhos Brown, avec Bebo Valdès au piano, d’un thème à la coloration de Son cubain légèrement « brésilianisé » ; l’émouvant trio guitare-piano-voix entre Carlinhos, Bebo et la chanteuse Marisa Monte sur un rythme de Bossa nova ; enfin, la descarga réunissant le vieux pianiste cubain et un groupe de jeunes percussionnistes, le Hip hop Roots, pour aboutir à la création d’une musique-fusion inclassable mais splendide…
Bebo participe également à des moments forts de la vie collective de Salvador de Bahia : fête maritime de la déesse de la mer, Yemanya – dénomination brésilienne de la Yemaya cubaine ; défilés de Carnaval ; pratiques religieuses afro-brésiliennes – équivalent local de la Santeria cubaine….
Enfin, nous visitons en compagnie de Bebo le quartier pauvre de Candéal dont les habitants, avec le soutien de Carlinhos Brown, participent à divers projets destinés à promouvoir le développement humain et l’esprit communautaire : école de musique Pracatum, groupes de danse folklorique, aménagement d’une placette destinée à accueillir les activités collectives du quartier…
Peut-être un peu moins riche musicalement, malgré l’extrême émotion qui se dégage de certaines séquences, que le prodigieux Calle 54, El milagro de Candéal présente par contre l’avantage de diluer l’expérience musicale dans une agréable et distrayante découverte de la ville. D’où un film qui, sans exiger une concentration intense comme Calle 54, donne néanmoins une bonne idée de la richesse artistique de Bahia : tambours Maracatu, danses folkloriques (Capoeira, Samba…), Bossa nova, percussions modernes…
Quant à l’intégration presque naturelle de Bebo Valdés au sein des différentes formations musicales locales, elle met en évidence, mieux que de savantes analyses, la forte consanguinité unissant les cultures afro-cubaines et afro-brésiliennes : mêmes croyances religieuses, mêmes instruments, mêmes univers rythmique…
Grand amoureux de Santiago de Cuba, j’ai d’ailleurs été frappé, en regardant le film, par les similitudes fortes et multiples existant entre cette ville et Salvador de Bahia : même destin historique (premières capitales de leurs pays respectifs avant de connaître un déclin et une marginalisation) ; même composition ethnique (forte proportion d’afro-descendants) ; même topographie de la vieille ville (petites maisons colorées sur des rues en pente) ; même manière d’être des habitants (omniprésence de la musique et de la fête, nonchalance accueillante…).
Et c’est peut-être pour cela que, depuis que j’ai vu El milagro de Candeal, je n’ai vraiment plus qu’une envie : courir à l’agence de voyage la proche et acheter un billet d’avion pour Salvador de Bahia…
Fabrice Hatem
Pour plus d’informations : http://www.cinefil.com/film/le-miracle-de-candal
Pour voir quelques extraits du film : http://www.youtube.com/watch?v=HYMjCA5JAj8
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Fernando Trueba, France, Espagne, 2000, 108 minutes
« Calle 54 est un film musical sur la musique, comment elle se crée, comment elle surgit. Le scénario, ce sont les morceaux musicaux qui sont interprétés et que j’ai choisi. Le casting, ce sont les musiciens ; pour moi, ce n’est pas un documentaire, c’est une fiction, une fiction autrement. » (Fernando Trueba).
Dans ce film d’une grande richesse, Fernando Trueba a réuni une douzaine de musiciens de Jazz latino parmi les plus talentueux, presque tous installés à New York, pour nous offrir un florilège de ce genre musical. Argentins, brésiliens, Porto-ricains et bien sûr Cubains, ils ont convergé vers la métropole nord-américaine pour créer cette musique métissée, où chacun a apporté les rythmes et les sonorités de son pays d’origine.
La construction de chaque séquence est simple : quelques scènes d’ambiance, accompagnées d’un bref commentaire en voix off et d’un court interview, esquissent le portrait de l’artiste tout en présentant succinctement les principaux axes de sa démarche créatrice. Puis l’essentiel de la séquence est consacrée à l’enregistrement en studio d’un thème musical, restitué dans son intégralité.
La réussite est totale ; Le film parcourt la diversité des sources auxquelles le Jazz latino puise aujourd’hui sa richesse : rythmes d’origine africaine, tradition des big bands nord-américains, univers du Son cubain et sa petite soeur la Plena portocaine, incursion dans le Flamenco espagnol… Mais surtout, chaque séance nous introduit dans la magie particulière de l’un de ces grands artistes : tendresse chaleureuse du saxophone alto de Paquito d’Rivera, excentricité du trompettiste Jerry Gonzales au look de pirate des caraïbes, extases rythmiques du vieux sage Tito Puente, énergie musicale pure d’un Gato Barberi charismatique aux allures de personnage de Western décalé… Les pianistes sont particulièrement à l’honneur, avec le charme féminin d’Eliane Elias, la présence virile de Chano Dominguez, l’incroyable maestria musicale de Michel Camillo. Mention spéciale pour les retrouvailles de Bebo Valdes et de son fils Chucho, organisées à l’occasion du film, et qui donnent lieu à un duo pianistique d’anthologie où l’intense communion musicale est encore renforcée par les vibrations de l’affection filiale.
Une petite réserve cependant, en guise de conseil plus que de critique : ce film assez long (108 minutes) est d’une telle intensité musicale qu’il est difficile au spectateur de rester parfaitement concentré d’un bout à l’autre. On pourra donc, dans sa version DVD, le savourer en plusieurs fois, de manière à préserver la fraîcheur de l’écoute.
Fabrice Hatem
PS : le film est complété par Side B, un documentaire de 60 minutes sur l’histoire du jazz latino, largement basé sur les entretiens avec les musiciens de Calle 54, et que j’ai présenté de manière séparée dans un autre article de ces chroniques cinémaographiques.
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Otto Guzmán, Cuba, 24 minutes (accompagné d’un CD de 19 titres), 2007
Produit par la Egrem, ce coffret de deux disques (DVD+CD) a pour point fort la richesse de son matériel sonore. Mais il souffre d’une conception superficielle et d’une réalisation négligente.
Le DVD documentaire nous propose d’abondantes images d’archives sur les principaux artistes cubains ayant contribué à l’histoire du Boléro. Il comporte également de nombreuses interprétations, par des musiciens contemporains, des Boléros les plus célèbres. Les images des lieux de la Havane et de Santiago où cette musique est aujourd’hui jouée rempliront de bonheur les amoureux de Cuba. Enfin, le texte de commentaires est dit avec grâce par une charmante présentatrice qui se révèle soudain, au milieu du film, être elle-même une bonne chanteuse de Boléros.
Ce DVD est heureusement complété par CD un comportant une vingtaine d’enregistrements, souvent rares, parfois de grande valeur historique, de grands thèmes de Boléros et de Boléros-Son. La plupart sont interprétés par leurs propres compositeurs ou par l’orchestre qui les étrenna. Nous avons donc le plaisir d’entendre, réunis sur un seul album, Sindo Garay, le trio Matamoros, Teresa Vera, Pablo Milanese, le conjunto de Roberto Faz, Omara Portuondo, Amaury Pérez, etc. C’est donc un document exceptionnel qui justifie amplement à lui seul l’achat du coffret.
Ces grandes qualités sont malheureusement gâchées par la conception superficielle et le montage négligent du documentaire. Tout ce que j’en ai retenu est que le Boléro cubain est un genre musical chanté, d’inspiration romantique, ne dans l’oriente cubain à la fin du XIXème siècle, adopté au cours des années vingt par les cabarets de la Havane, popularisé dans le monde entier par la radio et le disque, et qui a ensuite donné naissance au genre dit « Feeling » sous l’influence de la musique nord-américaine. C’est peu et, pour tout dire, je le savais déjà.
Par contre, le DVD ne dit que très peu de choses sur les caractéristiques exactes – musicales, instrumentales, mélodiques rythmiques – de ce style, ni en quoi en quoi il se distingue de formes musicales voisines, comme le Boléro mexicain ou le Boléro-Son. Les étapes de son développement au cours du XXème siècle ne sont par ailleurs évoquées que de manière très superficielle, brouillonne et allusive. En particulier, si les conditions de l’apparition du Boléro dans l’oriente cubain sont bien décrites, le film se contente ensuite de nous montrer une succession désordonnée d’images fugitives sur les artistes qui l’ont incarné au cours du XXème siècle, et dont les noms ne sont même pas mentionnés à l’écran pendant la séquence (il faut attendre le générique final !!!). Rien n’est dit, par exemple sur César Portilllo de la Luz, un des principaux fondateurs du genre « Feeling » dans les années 1940, ce qui me semble une lacune totalement inacceptable.
La plupart des thèmes musicaux illustrant le DVD sont interprétés par des artistes contemporains peu connus, ce qui ne permet donc pas de retrouver la sonorité des enregistrements d’époque. Le travail de recherche iconographique est également très défaillant, le réalisateur se laissant trop souvent aller à la facilité d’images-clichés, souvent à la limite de la vulgarité, de couples modernes en train de s’enlacer sur fond de musique langoureuse. Enfin, le sous-titrage en français est honteusement bâclé.
Malgré la médiocrité de ce DVD documentaire, le coffret, grâce à la précieuse compilation musicale du CD, mérite de justesse de figurer dans la collection d’un mélomane cubanophile.
Fabrice Hatem
Renseignements : www.egrem.com.cu
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Carlos Alberto Garcia Airado, Cuba, 24 minutes (accompagné d’un CD de 22 titres)
Ce documentaire vivant et instructif fait partie d’une collection de coffrets produit par l’Egrem sur l’histoire de la musique cubaine. Il retrace le parcours du fameux Trío Matamoros, créateur dans les années 1920 et 1930 du Son moderne, style musical issu de la synthèse de la Trova santiaguera et du Son rural venu des collines de l’Oriente cubain.
Le film s’appuie sur une riche palette de documents : des interviews de musicologues ; des enregistrements parfois inédits ; un matériel iconographiques abondant ; des images récentes illustrant l’actualité du Son dans le Cuba d’aujourd’hui ; enfin, des témoignages d’artistes contemporains, comme Adalberto Alvarez, mettant en lumière tout ce que la musique cubaine d’aujourd’hui doit à Miguel Matamoros. Ce matériau est bien mis en valeur par un montage rythmé, aux articulations intelligemment pensées.
Le DVD est complété par un précieux CD proposant une vingtaine d’enregistrements du Trio Matamoros.
Quelques réserves mineures peuvent être faites. Faute d’enregistrements filmés antérieurs aux années 1950, on ne voit jouer dans le documentaire qu’un Trío Matamoros déjà âgé. Mais le cinéaste n’y est sans doute pour rien. On peut aussi trouver la durée du documentaire un peu trop courte au regard de l’importance du sujet. Mais il s’agit là d’un compliment en creux, témoignant de l’intérêt suscité chez le spectateur par ce film passionnant.
Au total, ce documentaire m’a beaucoup appris, en me faisant par exemple comprendre le caractère profondément novateur de l’œuvre de Miguel Matamoros, à chacune de ses étapes : création du Son urbain à Santiago par le Trío Matamoros ; popularisation de ce genre musical dans les cabarets de La Havane ; incorporation d’influences nord-américaines, à travers notamment l’intégration de la trompette dans une nouvelle formation, le Septeto Matamoros ; mise en valeur de l’héritage musical de cet orchestre par ses anciens membres les plus talentueux, comme Benny Moré, qui ouvrira la voie vers le Latin Jazz puis la Salsa.
Un coffret très utile pour comprendre une étape essentielle de la musique cubaine tout en se distrayant !!!
Fabrice Hatem
Renseignements : www.egrem.com.cu
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Jean-Paul Capitte, France, 1996, 52 minutes
Ce documentaire de très bonne facture constitue une précieuse initiation à la Salsa cubaine des années 1990. Il retrace tout d’abord, grâce notamment aux explications très claires du musicologue Olavo Alen Rodriguez, l’évolution de la musique populaire de l’île depuis ses origines métissées, faisant comprendre au passage que la Salsa n’en est que l’un de ses multiples et plus récentes expressions.
Les étapes du processus donnant naissance à la Salsa par transformation progressive du Son urbain sont rappelés de manière très pédagogique : modernisation du Son par incorporation d’influences nord-américaines dans les orchestres de la Havane des années 1930 et 1940 ; développement au cours des années 1950 et 1960 du Latin Jazz sur la côte est des Etats-Unis par fusion du Son modernisé avec le Jazz ; enfin essor de la salsa en Amérique du nord dans les années 1970 sous l’impulsion du label Fania rassemblant un groupe de musiciens de Latin-Jazz new-yorkais. Des séquences extrêmement instructives, quoique très concises, sont en particulier consacrées aux apports de Benny Moré, de l’Orquesta Aragon, d’Arsenio Rodriguez et de Felix Chapotin dans ce processus évolutif.
L’évocation très vivante de l’état de la musique populaire cubaine au milieu des années 1990, dans sa diversité, constitue un autre point fort du documentaire : formations déjà anciennes, devenues parfois de véritables institutions, comme le Septeto Nacional Ignacio Piñeiro ; petits groupes de musique traditionnelle comme Los Bohemios ou Atabey ; enfin grandes formations évoluant déjà vers la Timba contemporaine, comme les orchestres d’Elio Revé ou d’Adalberto Alvarez, Los dan Den, Los Karachis, le groupe Irakere de Chucho Valdés, Isaac Delgado, NRJ la banda… A noter également quelques images des Van Van d’il y a presque 20 ans, avec un Mayito encore tout jeune et un Pedrito Calvo inoxydable avec son éternel chapeau blanc.
Plages, rues, petits villages, lieux de villégiature, grandes scènes de la Havane, associations culturelles : tous les endroits où l’on danse et où l’on écoute de la musique à Cuba sont explorés, montrant la vitalité de cette culture populaire, la sensualité des corps dansants de tous âges, l’intimité complice entre les musiciens et le public. Les témoignages de nombreux artistes, en particulier Adalberto Alvarez et Elio Revé, forment un contrepoint bienvenu aux analyses passionnantes mais plus théoriques du musicologue. Enfin, le texte intelligent et sensible dit en voix « off » est visiblement écrit par un bon connaisseur et un amoureux passionné de Cuba.
Il faut saluer la performance du réalisateur qui parvient, pour ainsi dire, à faire tenir plusieurs documentaires en un, à travers des séquences très courtes mais très réussies sur la carrière de Benny Moré, sur la contribution décisive du groupe Irakere à l’évolution de la musique populaire cubaine dans les années 1980, sur la présence de l’héritage afro-cubain dans les orchestres d’Elio Revé ou d’Adalberto Alvarez, ou encore sur la réappropriation progressive de la Salsa nord-américaine par les musiciens cubains à partir de 1985.
Le documentaire date d’il y a presque 20 ans. Mais à y bien réfléchir, il s’agit là d’une qualité supplémentaire plus que d’une faiblesse. A mesure qu’il perd son caractère d’actualité, le film prend en effet une nouvelle valeur en tant que témoignage d’une époque. Après le Nosotros la Música de 1965, il nous offre ainsi un jalon supplémentaire pour parcourir l’histoire de la musique cubaine moderne et aborder intelligemment, muni du recul donné par la connaissance de ce passé, l’époque contemporaine et son actualité quotidienne trépidante.
Fabrice Hatem
Distribution : TF1 vidéo
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Fiction animée de Fernando Trueba et Javier Mariscal, Espagne, 2011
La Havane, fin du XXème siècle. Un vieux cireur de chaussure, Chico, se souvient de ses vingt ans au début des années 1950, lorsqu’il était un jeune pianiste de talent. Il vivait alors une histoire d’amour sensuelle et passionnée avec Rita, une belle chanteuse aux yeux clairs, mi-artiste, mi-putain. La Havane, New York, Las Vegas, Paris : de succès en débine, ils passeront ensuite toute leur vie à s’aimer, à se perdre et à se retrouver.
Pas d’acteurs en chair et en os dans cette œuvre. Un dessin animé de style naïf, façon Marianne Satrapi, restitue de manière très crédible les atmosphères successives de la Havane, depuis l’époque de Batista jusqu’à celle d’aujourd’hui. Composée par Bebo Valdès, la bande originale – qui est en fait la véritable vedette du film – illustre superbement les évolutions de la musique tropicale au cours du XXème siècle, depuis les orchestres cubains de la grande époque jusqu’au Latin-jazz new-yorkais des années 1970.
L’œuvre dégage un puissant souffle romantique, mélange de Docteur Jivago, de Buena Vista Social Club et de Persepolis. On est pris d’une profonde sympathie pour ces deux héros d’encre et de papier ; et l’on souhaite de tout cœur que leur amour l’emporte sur les vicissitudes de la vie, qui semblent prendre, tout au long du film, un malin plaisir à s’opposer à leur bonheur.
Cette œuvre de fiction emprunte de nombreux éléments à la vie d’artistes réels. Comment ne pas voir dans le personnage de Chico une transposition du véritable Bebo Valdès, qui accompagna plusieurs années la chanteuse Rita Montaner avant de s’exiler en Europe après la Révolution castriste ? Et cet ancien musicien devenu cireur de chaussure, puis tiré de l’oubli par la visite d’artistes occidentaux passionnés, ne rappelle-t-il pas un peu Ibrahim Ferrer ?
Réalisé par Fernand Trueba, un grand amoureux du Latin Jazz, le film peut être considéré comme le volet fictionnel d’une trilogie sur le même sujet, intégrant un documentaire (Side B) et un film consacré à la création musicale (Calle 54). Petit dernier du trio, Chico et Rita a visiblement bénéficié des connaissances accumulées à l’occasion des deux autres films. On retrouve, criantes de vérité, les différentes atmosphères musicales de l’époque : luxe clinquant des cabarets cubains, puis énergie créative des Jam sessions new-yorkaises animées par Chano Pozo, Dizzie Gillespie, Charlie Parker…
L’érudit attaché à la précision des détails historiques, le mélomane passionné de musique cubaine, l’amoureux de La Havane et le romantique fleur bleue trouveront donc tous leur compte dans ce film à la fois instructif et attachant.
Fabrice Hatem
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