par Ahinama | Avr 6, 2013 | Paroles commentées
Pour lire une traduction de ce texte, cliquez sur le lien suivant : Santa.
Cette Guaracha, également connue son le nom de Que viva Chango, fut composée en 1948 par la chanteuse Celina González et son époux/partenaire le guitariste Reutilio Domínguez. Elle jouit dès ses débuts d’un immense succès populaire, jamais démenti par la suite. Peut-être ce succès s’explique-t-il par le triple syncrétisme – à la fois musical, religieux, et culturel – qui s’opère dans cette composition.
Tout d’abord, le duo rompt avec cette chanson la séparation traditionnelle entre deux composantes fondamentales de la culture cubaine : d’une part, les chansons campagnardes dont le style s’inspire du folklore espagnol (Punto, Guajira, etc.) ; d’autre part, le patrimoine culturel et religieux d’origine africaine, et tout particulièrement le culte des Orishas (Chango, Yemaya, etc.). Dans cette composition, Chango est en effet, pour la première fois, honoré sur le rythme et la métrique de la Guaracha et du Punto Cubano (alternance couplets/refrain, succession de vers de huit ou dix pieds, etc.). C’est peut-être le succès de cette formule qui incita le duo à composer par la suite une série de chansons de même structure, comme, entre autres, « A la reina del mar », « El hijo de Elegua », et « A la caridad del Cobre ».
En second lieu, la chanson associe l’expression d’une foi catholique (l’oraison à Santa Barbara des couplets) avec les croyances afro-cubaines (l’hymne à Chango du refrain). Elle constitue en cela une illustration très claire, dans sa simplicité, du syncrétisme religieux qui s’est produit au sein des croyances afro-cubaines. Pour des raisons diverses – et notamment la nécessité où se trouvaient les esclaves Noirs de masquer à leurs maîtres espagnols leurs pratiques religieuses d’origine africaine en les recouvrant des apparences de la Foi catholique – chacun des principaux Orishas a été identifié à un Saint, comme par exemple Chango avec Santa Barbara.
Enfin, cette chanson peut s’écouter et s’apprécier sur deux registres différents. Bien sur, c’est une musique d’une formidable énergie, qui sans nécessairement convenir à la pratique de la Salsa, donne à celui qui l’écoute un envie presque irrésistible de se lever de sa chaise et de danser. Mais ses paroles sont aussi l’expression très simple, très accessible à un public populaire, d’une foi religieuse.
Cette association entre une musique très entraînante et la croyance religieuse n’est pas inhabituelle à Cuba. J’ai pu m’en rendre compte moi-même en assistant, un dimanche, près de Santiago de Cuba, à une messe dans l’église de la Virgen de la Caritad del Cobre – Sainte par ailleurs identifiée, comme on la sait, à la déesse Ochun. La très belle musique qui accompagnait la cérémonie était clairement de style tropical, et l’on pouvait y discerner sans aucune hésitation le rythme de la Clave. Et cela, loin de nuire à l’expression de la ferveur religieuse, la stimulait au contraire. D’ailleurs, une fois la messe terminée, un gamin se mit à jouer des bongos sur l’un des bas-côtés de la nef, tout près du chœur. Plusieurs personnes se mirent alors à esquisser quelques pas de danse – avec, bien sur, discrétion et retenue – sous le regard bienveillant de l’archevêque de Santiago.
Nous avons donc ici affaire à une chanson au rythme entraînant, dont les paroles expriment avec simplicité la foi – et aussi le patriotisme – populaire. Une chanson qui peu plaire aux Catholiques comme aux Santeros, aux croyants comme aux danseurs, aux Blancs comme aux Noirs. Bref, une chanson qui résume, sous des dehors presque candides, toute la complexité de cette culture cubaine métissée et l’originalité des syncrétismes qu’elle a engendrés.
Je vous propose de l’écouter dans l’interprétation de Celina et Reutilio, tout en lisant ma traduction. Mais n’oublions pas non plus la magnifique interprétation de Célia Cruz.
Fabrice Hatem
par Ahinama | Avr 6, 2013 | Paroles commentées
Ce Son-Guaracha fut écrit et composé par le chanteur Antonio Machín (1904-1977). J’ai eu un peu de mal à en reconstituer le texte, du fait de la diversité des versions disponibles sur Internet. J’ai finalement choisi de vous présenter une version mixte, intégrant plusieurs des interprétations que j’ai pu écouter. Je vous signale toutefois que celle-ci n’intègre pas certains couplets présents dans d’autres versions.
Je vous propose d’écouter cette chanson dans une interprétation d’Antonio Machin, ainsi que dans une autre, plus récente, de l’orchestre Son del barrio, tout en lisant ma traduction.
Bonne écoute et bonne lecture !
Fabrice Hatem
par Ahinama | Avr 6, 2013 | Culture populaire cubaine
Depuis des années, ma curiosité était attirée par l’air de famille unissant les musiques et danses populaires des différents pays de la région Caraïbe : Son Plena, Rumba, Merengue, Bachata et même Samba. En les écoutant, en les dansant, j’avais parfois l’impression de voir apparaître, derrière la diversité apparente des styles, une sorte de trame commune – mêmes bases rythmiques, mêmes manières de jouer, et pour les danseurs, de mouvoir leur corps – dont j’avais cependant du mal à exprimer précisément la nature et à cerner les limites.
Comment définir ce qui rapproche ces cultures populaires Caraïbes ? Peut-on détailler leurs sources communes ? Par quels processus historiques se sont-elles formées ? Peut-on explorer de manière exhaustive leur diversité et en tenter un recensement ? Quelles sont leurs tendances d’évolutions actuelles ? Autant de questions que je me posais fréquemment, multipliant les lectures et les visionnages de documentaires sans pour autant parvenir à y apporter mes propres réponses.
Et, puis, tout récemment, j’ai réalisé pour le site www.fiestacubana.net un reportage sur le festival Caribedanza d’Argenteuil, qui justement s’est donné pour thème central l’exploration des différentes facettes de cette culture pan-Caraïbes. Les rencontres et les entretiens que j’ai menés à cette occasion avec plusieurs artistes originaires des différents pays des Caraïbes et installés en France ont alors joué un rôle catalyseur pour approfondir mes réflexions. M’appuyant sur la documentation que j’avais rassemblée depuis des années sur le sujet, j’ai commis ce petit article, sous forme de dix questions-réponses fondamentales.
Pour consulter cet article, cliquez sur le lien suivant : caraibes
(remerciements à Eve Cupial pour ses commentaires)
par Ahinama | Mar 10, 2013 | Films et DVDs
Fiction de Tomás Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabío, Cuba-Espagne-Mexique, 1993, 100 minutes
David, jeune militant communiste au physique d’éphèbe, est courtisé par Diego, esthète homosexuel et contestataire. D’abord réticent à ses avances, il finit par se prendre d’amitié pour lui, ainsi que pour sa voisine Nancy, qui va l’initier à l’amour. Mais le régime n’apprécie ni l’homosexualité ni la dissidence artistique…
Cette comédie pleine d’humour et de gentillesse aborde également, avec une causticité remarquable, les thèmes sensibles de la liberté d’expression artistique et de la répression de l’homosexualité. Les longs plaidoyers de Diego en faveur de la tolérance, qui expriment visiblement l’opinion des réalisateurs, sont cependant livrés sans lourdeur démonstrative, grâce notamment au talent de Jorge Perugorría, qui réalise d’un bout à l’autre du film une prestation émouvante et inspirée.
Film de grande qualité, perçu à l’époque de sa sortie comme le possible signe avant-coureur d’une libéralisation du régime, Fresa y chocolate reçut un accueil chaleureux de la critique et du public international. C’est l’avant-dernier film du grand réalisateur Cubain Tomás Gutiérrez Alea, qui déjà très malade, fut largement assisté comme pour le suivant, Guantanamera, par Juan Carlos Tabio.
Fabrice Hatem
Pour visionner le film : http://www.youtube.com/watch?v=NinKUbwQvR4
par Ahinama | Mar 10, 2013 | Culture populaire cubaine
La Casas de las Americas est un projet culturel original remontant aux premiers jours de la révolution cubaine. Il s’agissait, en gros de créer un lieu d’échange où toutes les formes d’expression artistique du nouveau-monde – en fait surtout des Caraïbes et d’Amérique latine – pourraient converger pour mieux se connaître et s’associer en de nouvelles expériences. Autrement dit, « d’unir politiquement et culturellement les peuples d’Amérique latine ». Le projet conçu par Haydée Santa Maria, une des compagnes de la première heure de Fidel et du Che, fut inauguré en juillet 1959, quelques mois seulement après le triomphe de la révolution castriste, dans un bâtiment en ciment situé au bord du Malecon. Celui-ci, tenant à la fois du silo à blé et d’une église d’architecture moderniste, avait auparavant, m’a-t-on dit, abrité des locaux universitaires et une association d’écrivains. Il s’agit du premier des grands centres culturels créés par la Révolution, un peu avant l’ICAIC (Institut du cinéma), l’UNEAC (Union des écrivains) ou le CFN (Conjunto Folklorico Nacional).
L’objet de cet article n’est pas de discuter de la part de la culture et de la politique dans les motivations de ce projet. Mon objet, c’est de dire, simplement, ce que j’ai vu et ressenti à l’occasion d’une visite courte et forcement un peu superficielle.
A mon arrivée dans le grand hall d’entrée – où se trouve également une minuscule mais très intéressante librairie riche en ouvrages de qualité sur la musique et la littérature latino-américaine et cubaine – je fus pris en charge par une charmante vieille dame toute mince et très distinguée, qui se révéla plus tard être la gardienne de la galerie d’exposition. Mon statut d’unique visiteur me permis de bénéficier, comme cela avait été le cas à lors de mon dernier voyage à Cuba à l’occasion de ma visite au musée-temple des Orishas, d’un long cours particulier sur l’histoire et les activités du lieu.
Au premier étage, une très belle salle d’exposition, la galerie latino-américaine, impeccablement tenue, où étaient accrochées 47 gravures d’un vieux et célèbre peintre mexicain, Manuel Felguerez.

Au second étage, une autre exposition, constituée d’œuvres de jeunes artistes de très nombreux pays du monde, consacrées au thème de la Liberté – un sujet, comme vous le savez, important à Cuba, et pas seulement dans les expositions des institutions officielles. Dans plusieurs grandes salles-bureaux, se trouvent également installés à cet étage les équipes des différents départements de la Casa : arts plastiques, musicologie, littérature, etc.
En montant par un ascenseur dont les parois ont été originalement décoré par de jeunes étudiants en arts, on rentre, au troisième étage, dans le sanctus Sanctuorum de la Casa : la salle Che Guevara, un imposant auditorium décoré par deux très beaux tableaux des peintres Roberto Matta (Chili) et Raul Martinez (Cuba). Au fond, derrière l’estrade, une très belle sculpture multicolore de six mètres de haut, L’arbre de la liberté, œuvre du sculpteur mexicain Alfonso Soteno et don du gouvernement mexicain, qui a apparemment beaucoup aidé la Casa de las Americas depuis sa création, alors qu’elle fut longtemps ostracisée par les régimes conservateurs d’Amérique latine. Cette salle a un rapport important et direct avec l’histoire de la musique cubaine. C’est là, en effet, que s’est tenu en 1967 le fameux « Congresso de juventud – festival de la cancion protesta d’Amérique latine », dont allait bientôt naître, sous l’impulsion de jeunes chanteurs-compositeurs comme Silvio Rodriguez et Pablo Milanès, le mouvement dit de la NuevaTrova Cubaine.

Expositions, concerts, conférences, publications : les activités culturelles de la Casa sont assez diverses. Par exemple, cette année 2011 est marquée par une série de manifestations consacrées au thème des afro-descendants et de leur contribution à la culture populaire cubaine. De nombreux concours sont également organisés chaque année pour l’attribution de prix assez prestigieux à de jeunes peintres, musiciens, écrivains ou encore à des chercheurs dans des domaines liés à la culture. La Casa organise également des programmes de formation destinés à des étudiants étrangers (notamment nord-américains), sur la culture cubaine et latino-américaine, ce qui répond au double objectif de mieux faire connaître et aimer Cuba chez le grand voisin et de récolter quelques précieuses devises étrangères.
Sans être lui-même un lieu de recherches stricto sensu, la Casa joue le rôle d’une caisse de résonnance et d’un lieu de convergence où les chercheurs cubains en musicologie ou arts plastique peuvent trouver audience et reconnaissance pour leurs travaux. Elle publie une revue bimestrielle, Casa de las Americas, où l’on trouve des ouvrages de vulgarisation d’excellente facture académique. Elle abrite également une bibliothèque fréquentée par les jeunes étudiants en arts et littérature de la Havane.

Le lieu est extrêmement propre, bien tenu. Les œuvres sont très agréablement présentées dans des salles impeccables. Le personnel a l’air compétent, dévoué et enthousiaste. Le fonds d’œuvres graphique – 16600 tableaux et gravures – constitue un témoignage inestimable sur l’art latino-américain contemporain. Les prix octroyés par la Casasont réputés. La revue est excellente et pas chère. La visite est gratuite et extrêmement instructive (je suggère cependant de faire un petit don, ils le méritent et ils en ont besoin). Les conférences, animées par des personnalités éminentes, sont passionnantes,et la Casa a tenu à plusieurs reprises un rôle important dans l’histoire de la culture cubaine et latino-contemporaine contemporaine. De plus, ce projet, internationaliste dans son concept de base, n’a aucun équivalent dans le reste de l’Amérique latine. Mais…
Mais la grande galerie d’exposition, détruite il y a 5 ans par un cyclone, n’a pas été rouverte depuis lors faute de moyens. Mais plusieurs courtes coupures d’électricité se sont produites lors de mon passage. Mais j’étais, au moment de ma venue, pratiquement le seul visiteur de la Casa. Bref, j’ai fugitivement perçu un petit côté « belle au bois dormant intello », qui contrastait étrangement, avec justement, l’incroyable vitalité de « l’art des rues » dans les environs : orchestre de Son dans des maisons particulières, groupe de capoeira sur le gazon de l’avenue des présidents, concerts le soir dans les cafés du Vedado, jeunes dansant (très bien) la rumba avec leurs tambours dans le jardin la maison voisine de la mienne. Il est vrai que le caractère un peu « élitaire » et «engagé » de la démarche de la Casa de las Americas draine plus spontanément un milieu d’érudits, de chercheurs, et d’écrivains « progressistes » que de jeunes danseurs des rues…
En résumé : lors de votre prochain voyage à Cuba, prenez deux heures pour y aller, Cela vaut vraiment la peine, surtout si vous êtes un peu « intello de gauche ». d’autant que l’endroit est vraiment agreable, au bord du Malecon.
Fabrice Hatem
Casa de las Americas 3ra y G
El Vedado , La Habana, 10400, Cuba
Tél : (537) 838 27 06 al 09 – (537) 836 76 01
Site web : www.casadelaamearicas.org
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