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Isaias Rojas Ramirez : associer tradition afro-haïtienne et danse contemporaine

Isaias Rojas Ramirez : associer tradition afro-haïtienne et danse contemporaine

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Le chorégraphe Isaias Rojas Ramirez, directeur de la compagnie Ban Rarra, est l’un des plus célèbres interprètes vivants de la danse afro-cubaine et afro-haïtienne.

Lors de son dernier voyage à Cuba, Fabrice Hatem a eu la chance de le rencontrer. Il en a rapporté un long entretien ainsi qu’un intéressant film documentaire sur la compagnie Ban Rarra. Découvrez avec lui cette danse erotiique, envoutante, dégageanr une incroyable énergie !!!

Cela faisait longtemps que j’espérais rencontrer le chorégraphe Isaias Rojas Ramirez. Plusieurs excellents danseurs cubains installés en France, comme Papucho et Nichito, avaient déjà évoqué avec moi, au cours de précédents entretiens, leur parcours à ses côtés. Des chorégraphes de renom, comme Juan Teodoro Fiorentino ou Domingo Pau, m’avaient parlé de manière très élogieuse de son oeuvre à la tête des compagnies Danza Libre puis Ban Rarra, porteuses d‘une expression artistique de haut niveau, inspirée de la danse populaire afro-haïtienne. J’avais moi-même beaucoup apprécié le peu que j’avais pu voir de son travail sur Internet : une danse vivante, énergique, à la fois ancrée dans la tradition et très inventive.

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Puis, lors de mon dernier séjour à Cuba, début octobre 2011, j’eus l’occasion de fréquenter plusieurs jours de suite le fameux théâtre Mella de La Havane. C’était à l’occasion d’un festival de danse, organisé à l’initiative de Narciso Medina, pour fêter, je crois, le 30ème anniversaire de sa compagnie. J’avais pratiquement planté ma tente et ma caméra dans le jardin du théâtre, pour tourner notamment des images de la compagnie Ebony, dont Domingo Pau, sur lequel je réalise actuellement un documentaire, est chorégraphe. Et c’est là qu’un matin, au lieu d’une répétition annoncée de cette compagnie – et reportée au dernier moment -, j’assistais à une scène de danse d’une incroyable énergie, où les cinq danseurs, tremblants, titubants, mais dégageant aussi une forte puissance virile, semblaient pris d’une véritable transe. Ils furent suivis par six danseuses aux jolies robes colorées, réalisant sur la scène de gracieuses et érotiques volutes. Je venais, sans le savoir, d’assister à une répétition de la compagnie Ban Rarra.

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Danse Gege

L’après-midi même, alors que je me trouvais en compagnie des chorégraphes de la Compagnie Ebony dans le jardin du théâtre Mella, je vis passer Isaias Rojas, que je reconnus pour avoir glané sur Internet quelques photos et quelques images de lui, intégrées ensuite dans mon documentaire vidéo sur le danseur Papucho. J’avais à l’époque tenté, sans succès, de solliciter son amitié Facebook en vue d’un possible entretien. Je me précipitais donc vers lui pour me présenter. Le nom de Papucho agit alors comme un Sesame. « Papucho, mi amigo, mi hermano » s’exclama Isaias. Et il se jeta dans mes bras comme si j’avais moi-même été Papucho.

Je tirai profit de ces bonnes dispositions pour solliciter l’entretien tant convoité, dont le principe me fut immédiatement accordé, avec en prime l’autorisation de filmer le spectacle de Ban Rarra – à charge pour moi d’en remettre le produit à Isaias. Je m’exécutais le soir même. Je possède donc maintenant, soigneusement rangé dans mon ordinateur, un magnifique ballet Abakua dansé par six Ireme ; une danse féminine Congo très vive, gracieuse et colorée ; une inquiétante scène d’envoutement Gede se déroulant dans un cimetière ; enfin une danse dite « Tejer la cinta », où deux groupes de danseurs -six hommes et six femmes – enroulent puis déroulent des fils de couleurs autour de deux mats – la compétition, portant sur le fait de savoir lequel des deux groupes parviendra le plus rapidement à réaliser cette opération, tenant ainsi le public en haleine.

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Danse « tejer la cinta »

C’est les yeux et le cœur encore emplis de la magie de ces chorégraphies vivantes et magistralement interprétés que je me rendis, la veille de mon retour vers Paris, au domicile d’Isaias, situé en plein cœur du quartier populaire de Jesus Maria, à Centro Habana. Celui-ci m’y reçut en compagnie de sa famille, et notamment de ses deux fils – dont l’un s’apprête à suivre les traces artistiques de son père – qui me raccompagnèrent ensuite chez moi pour récupérer une copie de mes enregistrements. Pendant près d’une heure, Isaias détailla pour moi, avec enthousiasme et éloquence, les étapes de son parcours artistique et notamment de son travail au sein des compagnies Danza libre puis Ban Rarra. C’est cet entretien que je vous livre ici, accompagné de quelques photos, malheureusement de qualité un peu inégale, tirées du film que j’ai tourné, avec l’autorisation d’Isaias, le 7 octobre dernier au théâtre Mella.

J’ai également réalisé à cette occasion un petit documentaire sur la compagnie Ban Rarra, que vous pouvez consulter en cliquant sur l’icône suivante :

Pouvez-vous nous parler de la compagnie Danza Libre ?

J’ai fondé la compagnie Danza Libre en 1989 à Guantanamo avec la chorégraphe américaine Frida Malher, originaire de Philadelphie, aujourd’hui décédée. Il existe dans cette ville une culture de danse très vivante, centrée sur la tradition franco-haïtienne, portée par les compagnies d’amateur (« afficionados ») des Maisons de la Culture et par les groupes de danse traditionnels. Danza Libre y a puisé une partie de son inspiration, mais elle a été la première compagnie professionnelle créée à Guantanamo.

Nous avons donné nos premiers spectacles en 1990. Avant de fonder Danza libre, j’ai fait beaucoup de recherches sur la culture populaire des provinces de l’Oriente cubain et surtout de Guantanamo, où l’influence de la culture franco-haïtienne est très forte. J’ai travaillé avec les groupes traditionnels, souvent composés de personnes âgées, qui pratiquaient la Tumba Francesa et d’autres danses folkloriques dans les quartiers populaires de peuplement d’origine haïtienne, comme celui de San Agosto. Ces quartiers sont de véritables creusets culturels. On y parle créole, espagnol, anglais aussi du fait de l’ascendance jamaïcaine d’une partie de la population. Comme j’y ai vécu moi-même dans ma prime jeunesse, j’ai pu m’y initier en profondeur à la culture franco-haïtienne.

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Danse congo

Je me suis également intéressé aux formes de Sones les plus authentiques que l’on peut trouver dans la province de Guantanamo, comme le Changüi, le Criba, le Nengon, la Ganaba, la Pasion et beaucoup d’autres qui ont surgi dans la partie montagneuse de cette région, à Baracoa, Yatera, El Salvador, ainsi que dans d’autres lieux parfois très reculés, quasiment inconnus. Cela a inspiré mon travail chorégraphique depuis ma première jeunesse. En même temps, j’ai commencé à étudier la danse dans une école de la ville de Granma, où j’ai obtenu mon premier diplôme. Puis, j’ai intégré l’école nationale des instructeurs d’arts de La Havane et suis devenu maître d’école d’arts et danseur professionnel.

Après mon service social, je suis retourné à Guantanamo et j’ai commencé mon travail de recherche en tant que chorégraphe. J’ai commencé avec le groupe Jaguey, de l’université de la ville, ainsi qu’avec le groupe afficionado de travailleurs 10 de Octubre où dansait déjà Luis Castillo, « Nichito ». A l’époque, il travaillait dans la rue, il s’occupait des campagnes de lutte contre les moustiques. Il avait un talent formidable, c’était l’un de mes meilleurs danseurs. Nous nous sommes beaucoup rapprochés et il m’a suivi ensuite dans mes entreprises. Il a été l’un des fondateurs des groupes 10 de Octubre, de Danza Libre, puis de Babul et Ban Rarra.

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J’ai obtenu pendant cette période plusieurs prix – dans des œuvres où dansait d’ailleurs Luis Castillo – qui m’ont encouragé à persévérer.J’ai décidé un jour de fonder Danza Libre avec Frida Mahler. L’idée était d’associer la danse contemporaine – domaine dont Frida était familière est qu’elle supervisait dans la compagnie – et le folklore cubain – dont je m’occupais. Nous avons commencé avec une troupe essentiellement composée de danseurs sans formation académique venus des groupes aficionados comme le 10 de Octubre. Puis nous avons accueilli des artistes formés dans les écoles de danse, comme l’Ecole nationale des arts (ENA) ; par exemple Alfredo, qui est actuellement le directeur de Danza Libre à Guantanamo. Nous avons ainsi monté une compagnie mixte, dans sa composition comme dans son projet esthétique, avec des spectacles associant des œuvres folkloriques et contemporaines. Cette fusion a été une réussite.

C’est à ce moment qu’a vraiment commencé mon travail de chorégraphe de haut niveau. J’ai réalisé de grandes oeuvres comme Los Bandos, Rebelión, Los guaracheros de la Loma, que nous avons joué avec beaucoup de succès, notamment à La Havane, et qui ont obtenu des prix au niveau national.

Comment a commencé l’aventure de la compagnie Ban Rarra ?

En mars 1994, nous avons décidé de venir à La Havane, et nous avons alors créé Ban Rarra, qui s’est d’abord appelée Babul pendant un mois à Guantanamo, avant de prendre son nom définitif juste après notre arrivée dans la Capitale. Le nom Ban Rarra avait beaucoup à voir avec la caractéristique du groupe. Cela vient de ban, qui signifie « groupe de personne » et de Rarra, des gens qui ont un objectif bien clair – et la compagnie était bien dans cet état d’esprit.

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Nous sommes arrivés à La Havane en train, sans un sou dans les poches, sans instruments, sans costumes, avec un objectif très clair : y chercher une nouvelle vie et des opportunités de succès artistique, jouer nos spectacles dans les meilleurs théâtres de notre Capitale, puis à l’étranger. C’était au moment de la période économique spéciale, et la vie était très, très dure pour notre petit groupe de jeunes danseurs et musiciens professionnels. Nous vivions à quinze, entassés dans une toute petite pièce, dormant pratiquement à même le sol ; on cuisinait et on mangeait comme on pouvait.

Mais Ban Rarra, artistiquement parlant, avait une forte énergie, une grande unité aussi. C’est ce côte fonceur qui fait qu’on nous a surnommé « le train » parce nos spectacles dégageaient un dynamisme formidable. Dans les spectacles de Ban Rarra, on ne sait pas comment font les danseurs pour changer entre deux chorégraphies, par qu’ils reviennent sur scène très rapidement, avec de nouveaux costumes. La danse de l’Oriente cubain est très forte, très dynamique, très théâtrale, avec des machettes, des bouteilles, des tables que l’on porte, des cracheurs de feu, des mouvements acrobatiques, des vêtements très colorés, des sauts, une atmosphère de compétition aussi, comme dans la danse dite « Tejer la cinta », qui tient le public en haleine.

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Dans la première équipe, Il y avait des danses formidables comme José Antonio Lara, Missael Moré, Bocoi qui vit maintenant en Italie, Nichito qui s’est depuis installé en France, ou encore José Rojas, mon frère, qui est aujourd’hui à San Francisco. Ils dégageaient une énergie extraordinaire. Papucho est venu se joindre à nous un peu plus tard à La Havane. Nous avons étudié ensemble à l’Institut supérieur des arts (ISA), où nous avons fondé Isadanza. C’est un danseur très fort, très dynamique, créatif.

Comment a ensuite évolué Ban Rarra ?

Depuis la fondation de la compagnie, plusieurs générations de danseurs sont passées par Ban Rarra. Je vais dans les quartiers populaires les plus pauvres, les plus populaires de Cuba, à la recherche de danseurs de talents, de grands noirs, avec une bonne figure, une bonne posture. Encore aujourd’hui, la plupart des danseurs de la compagnie viennent de la rue (c’est-à-dire d’une pratique d’amateur, ndlr), pas des formations académiques. Ils se forment au sein de la compagnie, qui tient donc aussi lieu d’école. Plusieurs danseuses sont diplômées de l’ISA et de l ENA. Mais tous, en arrivant à la compagnie, en assimilent le répertoire et la ligne esthétique sur le tas, par la pratique.

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Ban Rarra ne fait pas que de la danse folklorique. Son registre expressif inclut aussi la danse moderne et contemporaine, le spectacle populaire et de variétés. Les danseurs sont préparés pour cela par une intense formation technique, prodiguée par Manuel Domenico, qui est aussi régisseur de la compagnie. Moi-même, bien sûr, j’enseigne le folklore. Cette fusion de la danse moderne et contemporaine présente un caractère unique et constitue l’originalité, la marque de fabrique de Ban Rarra. Nous travaillons beaucoup la théâtralisation, la gestuelle, le jeu scénique. Nous faisons aussi un travail de recherche sur les sources de notre folklore, apportées par tous ces groupes ethniques qui sont rentrés à Cuba : Haïtiens dans l’Oriente, mais aussi, dans l’Occidente, Congos, Lucumis, Yorubas, Araras, Carabalis et autres. Ban Rarra puise dans cette source de richesse culturelle unique, tout en développant une ligne esthétique complètement originale.

Pouvez- vous dire quelques mots du spectacle de vendredi dernier au Théâtre Mella ?

Ce spectacle était surtout basé sur la partie folklorique de notre travail. Par contre, l’aspect « danse contemporaine » et sa fusion avec le folklorique n’étaient pas présents, bien qu’il constituent une originalité fondamentale de Ban Rarra. Le spectacle a commencé par une danse Abakua, avec un ballet de six Ireme (le personnage central de la danse Abakua, ndrl). C’est une danse de sociétés secrètes constituées exclusivement d’hommes. Les danseurs ont la tête couverte d’une capuche, avec des vêtements très colorés. Les mouvements des danseurs ont des significations ésotériques, et ont également un lien très fort avec les percussions et le chant.

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Danse Abakua

La seconde chorégraphie était une danse Congo, interprétée par un groupe de danseuses. C’est une danse que l’on célèbre les jours de fête, à l’occasion des anniversaires, ou encore pour remercier un Saint pour une bonne révolte de café. On la dansait souvent d’ailleurs dans les champs ou encore dans le séchoir à café. C’est aussi une danse de fécondité, à caractère amoureux et érotique, entre l’Homme et la Femme.

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Les danseurs hommes ont ensuite interprété un Papagede. Il s’agit d’une danse très érotique, très spectaculaire, avec un gros travail théâtral et des mouvements de pelvis et du torse très marqués. Mais c’est aussi une représentation des morts, et le tableau est d’ailleurs censé se passer dans un cimetière. Les personnages s’appellent les Gede, et le talc blanc qui recouvre leur visage représente la mort.

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La Danse dite « Tejer la cinta » se célèbre traditionnellement le 6 juin à Guantanamo le jour de la Saint Joaquin. Plusieurs groupes dansent en même temps, chacun autour d’un mât, en y enroulant puis déroulant des rubans de couleur. Le groupe gagnant est celui qui arrive le premier à dénouer tous les fils. C’est donc une danse à caractère compétitif, ce qui provoque un suspense, une attente chez le spectateur. C’est très difficile, très acrobatique.

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Dans le spectacle que nous avons présenté l’autre jour, au théâtre Mella, il y avait deux groupes, composés de six filles et de six garçons. Les filles ont perdu, car l’un de leurs six fils s’est rompu et l’une des danseuses a dû sortir. Sinon, la compétition aurait été plus intense. Mais les filles ont quand même pu continuer jusqu’au bout malgré cet incident imprévu. Les danseurs ont en effet une préparation technique très poussée, ce qui leur permet de résoudre n’importe quel problème technique lors de la représentation, qui est, par définition, improvisée.

Quelles sont les activités actuelles de Ban Rarra ?

Ban Rarra est comme un reflet de la danse dans la ville de La Havane, où l’on trouve de tous les styles : la Chancletta, de la Rumba, des danses populaires comme le Cha Cha Cha, le Mambo, la Salsa. Nous sommes le premier groupe à Cuba à avoir chorégraphié des Salsa dites « sueltas », c’est-à-dire des Salsa en ligne de forme très créative (Il existe trois formes de Salsa : Suelta, Despelote et Casino, ndrl). Nous faisons aussi une fusion entre danse contemporaine moderne et folklorique, ce qui demande aux danseurs de maîtriser et fusionner plusieurs techniques. Nous donnons également des spectacles de danse populaire et de variétés dans les lieux nocturnes, les cabarets. Nous avons donné à plusieurs reprise ce type de spectacle mixtes à l’étranger, combinant danses folkloriques, populaire, variétés, notamment aux Etats-unis au début des années 1990,avec beaucoup de succès. Ban Rarra est une compagnie sans limite de création.

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J’ai étrenné récemment une œuvre qui s’appelle Del Caribe Soy, basée sur l’histoire des aborigènes et que m’ont inspiré mes recherches dans les environs de Guantanamo, dans une des derniers villages d’ascendance indienne qui subsistent, La Caridad de los indios. C’est l’un des seuls lieux où se soient conservées les traces d’influences indiennes en matière de danses, de musiques. Ces gens maintiennent cette culture aborigène, fusionnée bien sûr avec d’autres apports. J’ai eu la possibilité de me rendre sur place pour recueillir leur héritage, écouter leurs vieilles chansons. J’ai partagé ce moment avec mes danseurs. Cela a été très impressionnant.

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Vous avez également une activité d’enseignement ?

Tous les danseurs, percussionnistes chanteurs de Banrara sont préparés pour enseigner. Nous pouvons donner des cours techniques et méthodologiques, pour tous les niveaux de danse, depuis l’élémentaire jusqu’aux classes magistrales. J’ai moi-même une longue expérience en ce domaine, notamment à l’ISA où je donne souvent des cours et des sessions de formations, comme je vais par exemple le faire le mois prochain.

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Nous avons des activités d’enseignement à l’étranger. Nous avons donné des master class aux Etats Unis, notamment à la compagnie Plazacuba. Nous avons enseigné et joué en Espagne, en Italie, dans d’autres pays d’Europe, en Asie, au Japon, en Corée, en Chine, dans toute l’Amérique, de la Colombie au Canada. Nous avons eu, à Cuba même, des élèves de nombreuses nationalités : français, anglais, russes, etc…. A l’étranger, nous travaillons notamment avec une compagnie Serbe, Cubalkanica, installée à Belgrade.

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Nous enseignons aussi aux danseurs cubains eux-mêmes. Ban Rarra a joué un rôle important pour introduire à La Havane les base du folklore oriental, qui maintenant font partie des programmes de l’ISA et de l’ENA. Nous avons enseigné ce folklore oriental à de nombreux groupes de danse de la Havane.

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Quel est le meilleur souvenir de votre vie professionnelle ?

La plus grande satisfaction de ma vie artistique, c’est d’avoir créée et dirigé la compagnie Ban Rarra, qui a été au cœur de toute ma démarche de recherche. J’ai été très ému la première fois que nous nous sommes présentés au théâtre Mella en 1994, dans un spectacle d’une heure, avec les danses du feu, le Papagede…. Le public nous a applaudi debout pendant trente minutes en plein milieu du spectacle. Le Mella est le thermomètre artistique de la Havane, et cela a été une des plus fortes impressions de ma vie. Il y avait Nichito, Papucho. Bocoi, Cheo. Cela m’a donné l’énergie de poursuivre, d’aller de l’avant.

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J’ai aussi vécu beaucoup de moments très émouvants à l’étranger, Par exemple aux Etats-Unis à New York, pendant l’hiver 2001. Il faisait très froid, mais le théâtre était plein à craquer, et dehors il y avait une quantité incroyable de gens. A San Francisco, au théâtre Odyssey, nous avons vécu un moment comparable : il y avait autant de gens à l’extérieur du théâtre qu’à l’intérieur. A Philadelphie aussi, nous avons eu beaucoup de succès.

A Pampelune en Espagne, sur une place, c’était terrible, les gens étaient comme fous. Je suis compositeur, j’écris beaucoup des musiques de Ban Rarra, J’aime le vin d’Espagne aussi, et j’ai écrit une chanson sur l’Espagne, et cela a été très impressionnant pour moi de voir les gens pleurer quand nous avons chanté cette chanson devant eux. J’ai aussi organisé un spectacle-rencontre avec la compagnie Raices profundas, avec une œuvre très contemporaine, et ce mélange des deux compagnies a été quelque chose de formidable.

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Ces expériences m’ont donné une autre vision du monde de la création. Il faut chercher des idées sans arrêt. Il est nécessaire d’écrire des scénarios plus professionnels, d’approfondir la recherche de la fusion entre danse contemporaine et folklorique. Les gens d’aujourd’hui n’ont pas la même culture, la même manière d’être, les mêmes nécessités que ceux d’il y a un siècle. Ils marchent de manière différente, plus rapide qu’autrefois, leur vie est plus dynamique. Ils ont besoin de spectacles plus forts, avec aussi une plus grande exigence intellectuelle. Avant, cela était plus facile de faire des chorégraphies, maintenant, il faut approfondir davantage la scénographie, la théâtralisation, pour que les gens ne s’ennuient pas.

Propos recueillis par Fabrice Hatem

Isaias Rojas Ramirez : associer tradition afro-haïtienne et danse contemporaine

Obini Bata : quand les tambours deviennent femmes

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Obini Bata est un groupe folklorique afro-cubain dont la particularité est d’être composé uniquement de femmes.

il anime notament les soirées du vendredi au musée-temple des Orishas à La Havane par ses spectacles vivants et hauts en couleurs.

De passage dans la capitale cubaine l’été dernier à l’occasion du tournage d’un film documentaire sur un autre grand danseur d’afro-cubain, Domingo Pau, notre ami Fabrice Hatem a pu rencontrer par son intermédiaire la chorégraphe Eva Despaigne, directrice de ce groupe.

Il en a ramené une interview et un reportage vidéo qui raviront surement nos amies les salseras féministes.

Cela faisait des années que j’appréciais le travail des six femmes qui composent le groupe folklorique Obini Bata. Je ne souviens de l’émotion que j’avais ressentie il y a trois ans en assistant pour la première fois à leur spectacle, au musée-temple des Orishas de La Havane : à la fois joueuses de tambours, danseuses, chanteuses, comédiennes… Et tout cela avec un humour et une fraîcheur toute féminine qui donnait une apparence de simplicité et de naturel à leur immense talent (1).

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Mais je m’étais jusque-là contenté de les admirer de loin, sans me douter qu’il me serait donné de les rencontrer de beaucoup plus près, grâce, encore une fois, à mon maître et ami le danseur Domingo Pau, sur lequel je réalise actuellement un film documentaire. Celui-ci joue en effet un rôle important dans la préparation des chorégraphies du groupe, et m’a permis d’assister à quelques-unes de ses répétitions. J’ai pu ainsi prendre mieux la mesure de l’originalité et des difficultés de leur travail.

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J’en ai aussi profité pour interviewer la directrice du groupe, Eva Despaigne Trujillo, qui fut à maintes reprises partenaire de Domingo Pau dans les spectacles Conjunto Folklorico Nacional. Elle nous livre ici un témoignage passionnant sur l’histoire du groupe Obini Bata et la manière dont il a contribué à faire « bouger les lignes » dans le monde du folklore cubain. Lla plupart des (magnifiques) photos illustrant cet article ont été aimablement communiquées par Eva.

J’ai également réalisé une vidéo documentaire sur le groupe Obini Bata :

 

FH. Pouvez- vous vous présenter en quelques mots ?

E.D. Je suis diplômée de l’Ecole nationale des arts de Cuba, diplômée en psychopédagogie et professeur de danse moderne et folklorique. J’ai commencé ma carrière dans la compagnie de danse contemporaine de Cuba, avant d’intégrer le Conjunto Folklorico Nacional (CFN) en 1972, où j’ai ensuite atteint le grade de danseuse soliste, professeur et maître de ballet. J’y suis restée 20 ans, qui ont constitué une période fondamentale pour ma carrière artistique. Vers la fin de l’année 1993, j’ai intégré le groupe féminin Obini Bata, dont je suis actuellement directrice tout en continuant à être également membre de la troupe.

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Comment s’est créé le groupe Obini Bata ?

L’idée ne vient pas de moi, mais de Carmen Menendez Frontera, danseuse du CFN, et de Hayme Caceres, responsable de communication dans la même institution. En 1991, à l’occasion de la fête des pères, celles-ci décidèrent d’offrir aux hommes du CFN un spectacle entièrement réalisé par des femmes. Six d’entre nous se sont alors réunie pour le préparer ce spectacle, qui a été présenté lors d’un « samedi de la rumba ». L’idée s’est ensuite pérennisée et je me suis intégrée au groupe vers la fin de l’année 1993.

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Obini Bata représentait une opportunité pour les danseuses du CFN de développer leur répertoire expressif, en y intégrant le chant, les percussions et le jeu théâtral. Aujourd’hui, cette polyvalence artistique semble naturelle, mais, à l’époque, elle constituait une nouveauté. Au début, nous considérions cette activité comme une simple option supplémentaire au sein du CFN. Mais assez rapidement, nous avons été amenées à nous séparer de cette institution pour devenir un groupe indépendant. Cela a été une décision bien difficile pour nous, car au CFN, notre carrière et notre futur étaient stables et assurées, alors qu’Obini Bata n’ouvrait que sur l’incertitude et l’inconnu. Mais, finalement, avec deux autres danseuses, Mirta Ocanto et Carmen Menendez « Deborah » Frontera, nous nous sommes décidées à partir du CFN pour créer notre propre groupe féminin.

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Heureusement, par la suite, les choses se sont bien passées. Le groupe jouit aujourd’hui d’une bonne considération dans le monde de la danse folklorique cubaine et a joué un rôle majeur dans la théâtralisation de cet art. Nous avons été suivies par d’autres groupes féminins, à Cuba et à l’étranger…

Qu’a apporté Obini Bata au folklore cubain ?

Jusqu’à la création d’Obini Bata, le rôle de la femme dans le développement du folklore cubain avait été un peu négligé. Or, celui-ci est fondamental et notre groupe a contribué à mettre ce fait en lumière. Nous avons aussi montré que nous étions parfaitement capables de maîtriser des disciplines jusque-là réservées par tradition aux hommes, comme l’interprétation des tambours Bata.

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Mais, à partir du moment où des femmes décident de jouer des tambours Bata, elles ne peuvent le faire que dans un contexte désacralisé. Ces instruments, dans la tradition religieuse Yoruba, ne peuvent en effet être joué que par des hommes, les femmes étant considérées comme impures du fait notamment du phénomène de la menstruation. Pour devenir joueur de tambour sacré, ou « Omo ana », un homme doit passer par tout un cycle rituel de sacralisation dont les femmes sont soigneusement exclues, y compris pour la préparation de la nourriture.

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Ce passage du religieux au profane, nécessairement lié au caractère féminin de notre orchestre, aide en quelque sorte à mettre en avant la valeur proprement esthétique de ce que le musicologue Fernando Ortiz a appelé « l’orchestre des tambours sacrés ». Les tambours Bata, dégagés de leur signification religieuse, deviennent ainsi de « simples » instruments de musique ; mais cela permet aussi de focaliser davantage l’attention sur leur immense potentiel expressif. Trois tambours « Bata », joués à deux mains chacun, cela donne en effet l’équivalent de six instruments, avec une polyrythmie et une polytonalité extrêmement riches, qui forment en fait le socle de base sur lequel s’est développée un grande partie de notre musique populaire.

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Enfin, dans Obini Bata, les artistes jouent alternativement tous les rôles : actrice, chanteuse, danseuse, musicienne. Cela paraît naturel aujourd’hui, mais ne l’était pas il y a vingt ans. Dans les groupes folkloriques d’alors, les percussionnistes se contentaient de jouer du tambour, les danseurs de danser, etc. Nous avons montré qu’une compagnie peu nombreuse – 6 artistes – pouvait faire un travail folklorique de qualité, à une époque où les compagnies de très grande taille deviennent plus difficiles à maintenir, pour des raisons notamment économiques.

 

Comment votre démarche a-t-elle été accueillie dans le milieu des joueurs de Bata ?

Au départ, nous nous sommes heurtées à beaucoup de réticences, de la part des musiciens et même de l’institution. Sans nous l’interdire, on ne nous facilitait par l’accès aux instruments, et nous étions obligées de rester tard, après la fermeture du CFN, pour pouvoir répéter. Comme je suivais aussi des cours à l’université, il n’arrivait souvent de ne rentrer chez moi que vers 10 ou 11 heures du soir, après une épuisante journée de danseuse, de professeur, de joueuse de tambours et d’étudiante. Si les choses n’ont pas été très faciles dans un milieu artistique en principe très évolué, tu peux imaginer comment notre initiative a été perçue par les joueurs de Tambours Bata traditionnels ! Nous avons dû lutter durement, mais nous l’avons fait avec enthousiasme car nous étions convaincues d’avoir raison.

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Mais certains joueurs de tambour et danseurs du CFN ont aussi soutenu notre initiative et nous ont donné des cours. Je voudrais citer par exemple Julio Caballolo, El Goyo, ou encore Mario Ajuri, qui continue à nous donner des cours et des conseils. Nous avons finalement réussi à atteindre un bon niveau artistique, mais nous avons aussi dû nous séparer du CFN en tant que groupe, pour des raisons en partie liées à ce que j’ai expliqué plus haut.

Quelles ont été les principales étapes du succès à Cuba ?

Le groupe existe en tant que tel depuis 17 ans. Une étape importante pour nous a été la reconnaissance de notre compagnie par le ministère de la culture en 1994. Nous avons alors quitté la section des arts scéniques (danse et théâtre), à laquelle appartenait le CFN, pour rejoindre l’institut de la musique.

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Petit à petit, les choses se sont construites, avec une reconnaissance venue à la fois de l’institution et du public. Nous avons alors donné des très nombreux spectacles dans des théâtres et festivals importants de La Havane et du reste de Cuba. A l’occasion de notre 15ème anniversaire, nous avons créé le spectacle « Son n06 » dédié à notre poète national Nicola Guillern, qui a tant défendu la dignité du Noir, du Mulâtre et du Créole contre le mépris raciste. Nous avons beaucoup travaillé à cette occasion sur son œuvre, sa poésie, sa pensée, qui ont constitué la trame de notre spectacle.

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Notre spectacle du vendredi à l’association Yoruba, « Du tambour à la poésie », a toujours beaucoup de succès, drainant un public de cubains de tous âges, mais aussi de visiteurs étrangers.

Un réalisateur cubain a également fait un documentaire sur notre groupe, intitulé « Un sonrisa por un tambor », ce qui a constitué une reconnaissance importante pour nous.

Et à l’étranger ?

Le ministère de la culture nous a sélectionnées à plusieurs reprises pour représenter Cuba dans des festivals internationaux : festival de la Martinique en 1998, festival des Caraïbes (à Cuba) en 1999. En 2000, nous avons représenté Cuba au Venezuela à l’occasion de la transformation de l’ex-Théâtre Principal de Caracas, autrefois réservé à la classe dominante, en un théâtre ouvert au peuple. Nous avons ensuite pu multiplier les tournées à l’étranger : Espagne, Canada, Italie, Afrique du Sud, Venezuela, Mexique.

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Dans plusieurs pays européens, comme l’Allemagne ou la Suisse, des étudiants ont commencé à prendre thème de recherche le rôle de la femme dans la musique et se sont intéressés à Obini Bata. Un programme de Radio Nederland consacré aux femmes du Nouveau monde a pris Obini Bata comme thème de l’une de ses émissions.

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Comment a évolué la composition du groupe ?

Au début, le groupe n’était composé que de trois trois artistes. Mais, à mesure que notre répertoire s’est développé (musique Congo, Arara, Rumba, Afro-haïtien…), nous avons senti, vers 1999, la nécessité d’élargir le groupe à 5 puis 6 membres. Nous avons alors recruté des artistes avec un bon bagage académique et d’autres avec une formation plus empirique.

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Notre travail artistique est très polyvalent, difficile. Le groupe a déjà vu passer trois ou quatre générations d’artistes. Certaines se sont mariées, sont parties du pays et nous avons dû les remplacer. Aujourd’hui le groupe est composé, outre moi-même, de six jeunes artistes : Adonay, Adriana, Wendy, Onaili, Jane, Natali. Les plus anciennes sont là depuis plus de 10 ans, d’autres nous ont rejointe il y peu de temps. Elles ont des parcours assez divers. Adonay est par exemple de formation plutôt musicale. Onaila a fait partie du groupe folklorique Raices profundas. Natali, bien que fanatique de notre folklore, a aussi fait partie d’ateliers de danse expérimentale…

 

Quel a été l’influence de Obini Bata sur la jeune génération d’artistes folkloriques ?

 

Plusieurs groupes pren nant Obini Bata comme référence ont été créé à Cuba : Obini Oni à Cardenas, Obini Sa Ache à Cienfuegos, Obini Iragua à Santiago, Obini Abelikuka à Matanzas, Batachu à Guanabacoa. Il y a même à la maison de la culture de Centro Habana un groupe d’enfants, Los Criolitos, qui s’inspire de notre travail.

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Nous avons cherché à œuvrer aussi pour une meilleure reconnaissance de la musique folklorique dans le milieu artistique « cultivé ». En 1993, Lino Neira a créé l’association des percussionnistes de Cuba. Nous avons été les premières femmes à faire partie de cette institution. Nous y avons contribué à un regain d’intérêt pour les percussions traditionnelles, qui étaient un peu marginalisés jusque-là par rapport à la percussion symphonique « classique ».

Propos recueillis par Fabrice Hatem

Si vous passez à La Havane, vous pouvez voir le spectacle du groupe Obini Bata, « Du tambour a la poésie » tous les vendredis à 21 heures, dans le patio du musée-temple des orishas, en face du Capitole (un peu sur droite de la rangée d’immeubles).

[1] Voir mon article sur le lien suivant : http://fabrice.hatem.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1127&Itemid=73

 

Isaias Rojas Ramirez : associer tradition afro-haïtienne et danse contemporaine

Avec le nouveau KLIMAX « Todo Esta Bien »

Voici des nouvelles du CD de KLIMAX « Todo Esta Bien » annoncées par le Maestro GIRALDO PILOTO en personne.

L’album toujours en cours de mixage comporte 11 morceaux dansants comme « Lola », « La Pelirroja » et en exclusivité « Abusadorcita » ! Et un cadeau pour les francais amoureux de Jazz.

      1. La Pelirroja

      2. La abusadorcita

      3. Que seria de mi

      4. Un ataque de nervios

      5. Lola

      6. Todo está bién

      7. Regresa

      8. Black or White

      9. Hay que recordar

      10. La descarga

      11. Homenaje a Michel Legrand

Propos recueillis en exclusivité pour www.fiestacubana.net par Fabrice Hatem, le 10 octobre 2011 à La Havane

Giraldo Piloto : Tout d’abord, j’envoie mes salutations au public français ; nous sommes impressionnés ici de l‘intérêt qu’il manifeste pour notre culture, notre musique cubaines.

Notre prochain CD va s‘appeler « Todo Esta Bien » (tout est bien). Plusieurs thèmes sont déjà prêts et nous préparons le mixage final. Nous vous présentons ici un thème nommé « La Abusadorcita », que nous allons commencer à promouvoir ici à Cuba.

Le CD comporte 11 chansons, dont 10 sont destinées à la danse et la dernière est un hommage à un des compositeurs les plus importants de la musique populaire dans le monde, Michel Legrand.

C’est une surprise que nous voulions faire au public français ainsi qu’à monsieur Michel Legrand, avec lequel j’ai fait plusieurs tournées, dont une aux côtés de Chucho Valdès en 2005. C’est une personne excellente, un musicien excellent, auquel j’envoie toutes mes salutations ainsi qu’à sa famille.
Ce nouveau CD comporte des chansons que nous avons déjà interprétées en concert à Cuba et dans d’autres parties du monde.
Déjà sur Youtube et sur d’autres réseaux sociaux, on commence à voir des vidéos de présentation in vivo de ces chansons, filmées à La Havane, comme « Lola » ou « La Pelirroja » , qui vont être incorporées dans notre nouveau CD.

Nous espérons que vous allez jouir de notre musique, de notre jeu scénique, que nous faisons pour le public qui assiste à nos concerts. Chaque fois que vous voulez passer un bon moment, venez nous voir jouer.
Nous avons un projet de tournée au Pérou ; il y a un intérêt formidable pour la Timba là-bas, on peut dire que s’il y a une capitale de la Timba aujourd’hui, c’est Lima.
Nous avons également des invitations pour le Vénézuéla, le Canada, des projets aux Etats-Unis, en Afrique. Nous espérons aussi pouvoir revenir en Europe où plusieurs organisateurs de concerts nous ont manifesté leur intérêt, peut-être en 2012.

Isaias Rojas Ramirez : associer tradition afro-haïtienne et danse contemporaine

TIRSO DUARTE et LA MECANICA LOCA: La Genèse d’une Super Nova Timbera

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On dit parfois que l’occasion fait le larron ! Mais il y a surtout des rencontres inévitables car les pôles s’attirent !
Il n’y a pas vraiment de hasard et dans la petite planète de la Timba encore moins…

La Mecanica Loca est un astre naissant avec déjà ses satellites ! Son magma percussif, la mécanique céleste de ses révolutions, la force tectonique des ses Tumbaos et ses chanteurs ionisants, Yosvany et Martha, nous ont tous mis sur orbite, notamment à Hossegor où La Mecanica Loca a bien failli ravir le trophée de Meilleur Concert de l’Année 2010 au très grand César PUPY Pedroso !

C’est justement une étoile filante de PUPY qui vient d’entrer dans le champ de gravitation de l’astéroïde MECANICA LOCA !
TIRSO DUARTE, « Que Se Escucha en Todas Partes », ce photon d’anti-lumière, « El Angel Negro de la Timba » est entré en résonnance avec JULIEN GARIN, le centre de gravité de cette MECANICA LOCA si prometteuse…

TIRSO DUARTE possède un magnétisme, une puissance, une inspiration qui décuple les vibrations de n’importe quel ensemble mais à force de chanter partout, en électron libre, en franc-tireur, TIRSO n’était quasiment plus nulle part, comme dématérialisé !
Il fallait un noyau d’attraction puissant avec un large spectre d’innovation pour cet artiste hors norme !

LA MECANICA LOCA, elle, avait a peine commencé son accélération interstellaire quand elle rencontre l’étoile filante qui pourrait la guider à son objectif ultime : La Timba Universelle, celle qui réconcilie la Matrice, Cuba, et son expansion spatiale dans la voie lactée, la Yuma !

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La Timba a essaimé sur la planète entière ! Et elle a particulièrement fertilisé en France où se sont retrouvés des artistes cubains très inspirés et de formidables musiciens français, passionnés et regorgeant de talents, qui n’ont eu aucun complexe, tels les pionniers de l’espace, à conquérir les galaxies des Timbas les plus complexes.

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Tout comme GRUPO DANSON ou MAYIMBE, La MECANICA LOCA réussi le tour de force de générer une Timba Universelle, à la fois 100% Cubaine et pourtant en dehors de Cuba ! La MECANICA LOCA, elle aussi participe de ce Big Bang musical…

C’est un tour de force, car peu de groupes arrivent à atteindre cet équilibre et nombreux sont les projets soit trop brouillon soit trop jazzy voire intello !

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Il faut croire que le capitaine de cette Mécanique Folle, est bien entouré, bien conseillé et bien préparé !

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TIRSO et LA MECANICA LOCA sont entrés en orbite et vont enfin pouvoir se nourrir mutuellement : leurs gravitations mutuelles sont à coup sûr la source d’un projet novateur qui devrait marquer la genèse d’une Timba qui marquera une nouvelle ère !

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Mais laissons à notre étoile TIRSO DUARTE le soin de l’annoncer lui-même :

Concrètement La Mecanica Loca et Tirso Duarte travaillent sur un répertoire intégrant des compositions du groupe tout comme de Tirso qui devraient être enregistrées à La Havane en Octobre-Novembre 2011 pour un disque original. Ce disque devrait sortir à l’occasion de la tournée européenne de La Mecanica Loca avec Tirso Duarte du mois d’Avril au mois de Septembre 2012.

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Prenez date, le 27 Avril 2012, à Bayonne, La Mecanica Loca fera le premier concert de ce projet grâce à la coproduction de La Scène Nationale Bayonne – sud Aquitain.
FiestaCubana.net est tres honoré d’avoir été choisi pour parrainer ce projet et sera aux côtés de nos artistes préférés pour vous raconter la genèse de cette Super Nova !

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A suivre…

Nos remerciements à Pierre Vignacq pour ses magnifiques photos de LA MECANICA LOCA à Hossegor, un concert historique, désormais mythique !

A la source de la Salsa cubaine : La Rueda de Casino par ceux qui l’ont créée

A la source de la Salsa cubaine : La Rueda de Casino par ceux qui l’ont créée

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 Comme vous le savez sans doute, la Salsa cubaine est l’héritière directe d’une danse née à la Havane à la fin des années 1950, la Rueda de Casino.

Lors de son dernier passage à Cuba, à l’été dernier, notre ami Fabrice Hatem a pu rencontrer les créateurs de cette danse, aujourd’hui regroupés dans le cercle dit « des Fondateurs de la Rueda », et qui animent notamment, entre autres activités, les soirées de Salsa du Restaurant 1830 à La Havane.

Il les a longuement interviewé et a tiré de ces entretiens un texte de synthèse sur les origines et l’histoire de la Rueda de Casino, que nous avons le plaisir de vous présenter ici.

Pour consulter ce texte en pdf, cliquez sur le lien suivant : Rueda (soyez patients, l’ouverture prend quelques secondes).

Bonne lecture !!!

 

La tumba francesa, c’est joli

La tumba francesa, c’est joli

Santiago de Cuba, Vendredi 8 juillet 2011

ImageL’une des caractéristiques les plus attachantes de Cuba est le mystérieux génie de la conservation dont font preuve les habitants de l’île. Ici, tout au long de l’histoire du pays, beaucoup d’objets ou de traits culturels ont été apportés de l’extérieur : les religions, les danses folkloriques, les voitures, les vêtements… Or, il y a parfois bien longtemps qu’ils ont disparu de l’endroit même dont ils sont originaires. A Cuba, au contraire, ils restent bienvivants, participant au quotidien des habitants d’aujourd’hui. Et c’est leur coexistence, leur étrange et fascinant métissage, leur bric-a-brac bigarré qui crée cette atmosphère si particulière à notre île aimée, celle d’une sorte de grand conservatoire vivant – et vibrant – à ciel ouvert.

 

ImageVous voulez rouler en voiture américaine des années 1950 ? Ou peut-être préférez-vous une Lada soviétique des années 1960 ? Vous voulez assister à un spectacle de danses des Orishas venues d’Afrique, ou bien un menuet français du XVIIIème siècle ? Vous voulez faire l’expérience du marché noir dans une économie communiste ? N’allez pas aux Etats-Unis, ni en Russie, ni au Nigéria, ni en Chine populaire, ni en France. Vous n’y trouverez plus rien, ou presque, de tout cela. Par contre, si vous allez à Cuba, il vous sera très facile de héler une Buick décapotable modèle 1953 sur le Malecon pour aller entendre des tambours sacrés Yoruba. Ou bien de négocier avec le chauffeur d’une vieille Lada brinquebalante le prix d’une course clandestine pour aller voir danser le menuet au son des rythmes africains, comme je l’ai fait hier soir sur la place Cespedes de Santiago de Cuba.

ImageCar cette extraordinaire capacité cubaine à préserver, à métisser et à réinventer a aussi quelque chose à voir avec la France. A la fin du XVIIème siècle, comme vous le savez sans doute, les colons français de Haïti, chassés par les révoltes noires, trouvèrent refuge dans l’Oriente cubain. Ils amenèrent, outre unbon nombre d’esclaves noirs fidèles qui les suivirent dans leur exil, leurs patronymes, leurs instruments de musique, leurs habits élégants et leurs danses. Voilà pourquoi tant d’habitants de Santiago et de Guantanamo, y compris les Noirs descendants desesclaves, portent des noms français. Ici, les Courreaux, les Despaigne et les Duverger sont presque aussi nombreux que les Rodriguez, les Castillo ou autres Fuentes.

ImageLe folklore cubain incorpore des traces non négligeables de cette influence française. La Danse nationale du pays, le Danzon, peut être considérée comme une héritière directe des contredanses européennes. La présence de la flûte et du violon dans les orchestres de Charanga constitue une réminiscence des orchestres de bal qui animaient les soirées des colons français de Haïti.

Et surtout, il y a la Tumba francesa, que je connaissais déjà de nom, mais que je n’ai vraiment découverte qu’hier soir, sur la place Cespedes de Santiago de Cuba. La Tumba Francesa, c’est à la fois une forme d’expression culturelle et d’organisation sociale.

Image Le terme Tumba francesa désigne d’abord des sociétés de secours mutuel et divertissement regroupant des Noirs de l’Oriente Cubain d’ascendance haïtienne. Venues des temps de l’esclavage, souvent placées sous la discrète protection de Saints ou de Dieux d’origine africaine, certaines de ces associations sont toujours actives aujourd’hui. La plus connue à Santiago de Cuba s’appelle La Sociedad de la Caridad de Oriente. Elle joue un rôle majeur, en liaison avec la Casa de los Caribes de Santiago, dans la préservation et la transmission du patrimoine culturel afro-franco-cubano-haïtien.

ImageMais la Tumba Francesa est surtout connue, à l’extérieur de Cuba, comme une forme particulière de danse et de musique populaire. Les samedis et les jours fériés, les esclaves Noirs des plantations de Café de Saint-Domingue étaient autorisés par leurs maîtres français à se réunir pour se divertir et pratiquer leurs rites religieux. De ces fêtes naquit la Tumba Francesa, qui migra à Cuba avec ses pratiquants au début du XIXème siècle.

Image Au cours de ses deux siècles d’existence, celle-cia créé un très riche répertoire d’œuvres musicales, chantées et dansées mélangeant l’apport africain et européen en une étrange et fascinante synthèse. Tout dans cette expression culturelle est en effet métissage, à commencer par son nom : Tumba, car la musique est fortement influencée par l’Afrique, avec une instrumentation dominée par les tambours battant les rythmes Noirs, originaires notamment de l’ancien Dahomey et du Congo ; et Francese, parce qu’une partie des danses, en particulier celle appelée Masun ou Mason, estdirectement influencée par le menuet et la contredanse des maîtres Blancs (une autre partie, comme le Yubá ou le Frenté,est plus typiquement africaines et peut être considérée commeun antécédent direct de la Rumba).

ImageLe Mason, la plus connue des expressions de la Tumba Francese, est une danse collective particulièrement agréable à regarder, avec ses figures de quadrilles, ses rondes, ses carrousels, ses ponts, ses marches.Les paroles de ses chansons utilisent un dialecte particulier, mélangeant les langues africaines, l’espagnol et le français. Quant aux costumes, ils sont fondamentalement inspirés de la mode européenne… du XVIIème siècle. Les hommes portent des chemises bien amidonnées aux cols brodés, des gilets, des fracs et des pantalons à la française. Les femmes ont de longues et amples robes en coton de couleur pastel – rose, bleu, vert, blancs – traînant légèrement sur le sol, avec de larges cols, de grandes bordures ouvragées, des volants et des parements. Pendant la danse, ces robes volent dans les airs, comme des ailes de lumière. Bien sûr elles portent à la main un éventail. Mais cette influence européenne et aristocratique est quelque peu amodiée par la présence de quelques éléments vestimentaires d’origine plus rurale et/ou africaine : foulards ou turbans de couleur vive appelés Duvan, châles, colliers…

ImageJ’ai eu la chance de voir hier danser un Mason, sur la place Cespedes de Santiago de Cuba, dans un spectacle donné par le Conjunto Folklorico de l’Oriente à l’occasion du festival des Caraïbes. J’ai pris de nombreuses photos, dont je vous propose de découvrir une sélection dans le diaporama suivant : mason

ImageJe vous promet également au nom de FC, dans les jours et les mois qui viennent, de vous faire parvenir des entretiens avec de véritables spécialistes Santiagueros qui vous permettront de mieux connaître ces coutumes. En attendant, bonne vision et bonne découverte pour ceux qui ne connaissaient pas ce charmant héritage lointain de nos provinces, aujourd’hui disparu chez nous…

Fabrice Hatem

Pour en savoir plus sur la Tumba francesa :

http://www.archivocubano.org/vizcaino_15.html

http://www.sierramaestra.cu/aliansa%20francesa/franciasantiago/tumba.htm