Sélectionner une page
Huellas del Pasado

Huellas del Pasado

Image Pour lire une traduction de cette chanson de Compay Segundo, cliquez sur le lien suivant : huellas.

Ce boléro-son raconte l’histoire d’un homme qui perd son unique enfant, fruit d’une liaison avec une femme qui l’a trahi. Il vient l’enterrer au cimetière, qui fut aussi le témoin de ses amours malheureuses. Premier degré ou métaphore d’un deuil amoureux ? En tout cas, comme Compay Segundo le dit d’ailleurs lui-même dans le refrain, il s’agit là d’une œuvre de pure fiction[1].

Je vous propose d’écouter ce thème dans l’interprétation de Pablo Milanés, tout en lisant ma traduction.

Fabrice Hatem

Historia de un amor

Historia de un amor

Image Ce boléro célèbre a été écrit en 1955 par le compositeur panaméen Carlos Eleta Almarán (voir photo ci-contre), à l’occasion du décès de la femme de son frère.

Il a depuis connu un extraordinaire succès et a été reprise par un très grand nombre d’orchestres à travers le monde (voir liste).

Je vous propose de l’écouter dans l’interprétation du trio Los Panchos tout en lisant ma traduction.

Bonne écoute et bonne lecture !

Fabrice Hatem

Hasta siempre

Hasta siempre

Image Pour écouter cette chanson interprétée par Silvio Rodriguez tout en lisant ma traduction, cliquer sur les liens suivants : musique et paroles.

Un curieux paradoxe

Cette célèbre chanson en mémoire de Che Guevara, écrite par Carlos Puenta en 1965, constitue un paradoxe. D’un côté, il s’agit d’une assez banale – voire insipide – œuvre de propagande politique, très comparable par ses objectifs et son style à ce qui s’est écrit sur Staline ou sur Kim il Sung aux pires heures de leur culte de la personnalité. Mais cette chanson possède aussi un charme, un pouvoir d’envoûtement, qui fait qu’elle peut être fredonnée avec plaisir par des gens qui n’en partagent pas les convictions révolutionnaires. Elle peut même, dans certaines versions, être dansée, alors que personne n’aurait l’idée de pratiquer gaiement la Salsa sur les paroles de L’ode à Staline de Paul Eluard ou sur un poème à la gloire du « soleil resplendissant de tous les peuples », Kim Il Sung.

Quatre facteurs fondamentaux permettent, selon moi, de comprendre cette étrange et sympathique spécificité : le contenu de l’œuvre proprement dite ; le caractère et la trajectoire personnelle du « Che » ; la force d’attraction romantique du mythe révolutionnaire latino-américain ; enfin l’efficacité avec laquelle le mouvement poétique de la Nueva Trova a su capter et exprimer cette sensibilité.

Une guajira romantique

La chanson masque son appareil de propagande sous les dehors aimables d’une guajira romantique. Les paroles, tout d’abord, décrivent un personnage qui, quoique paré d’immenses qualités, n’en reste par moins proche de nous et amical. D’un côté, il est fort et brave, sa main est « glorieuse » ; mais d’un autre côté, il nous sourit, il est aimé, il est « tendre ». Des qualités bien différentes de celles d’un Staline, que l’immensité un peu écrasante de son génie rend beaucoup plus lointain. ImageDans le fameux poème Staline, guide des siècles, le tyran rouge apparaît sous les traits d’un véritable Dieu, capable de commander au temps et source de la vie elle même:

Ô grand Staline, Ô chef des peuples / Toi qui fais naître l’homme / Toi qui fécondes la terre / Toi qui rajeunis les siècles / Toi qui fais fleurir le printemps / Toi qui fais vibrer les cordes musicales / Toi splendeur de mon printemps, / Soleil reflété par des milliers de cœurs. (Rakhimov, La pravda, 28 août 1936, mis en musique par Serge Prokofiev).

Un peu plus raisonnable, le poète français Paul Eluard se contente de décrire Staline comme un génie exceptionnel et bienveillant :

Staline dans le coeur des hommes / Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris / Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes / Staline récompense les meilleurs des hommes / Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir / Car travailler pour vivre est agir sur la vie / Car la vie et les hommes ont élu Staline / Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes. / Et Staline pour nous est présent pour demain / Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur / La confiance est le fruit de son cerveau d’amour / La grappe raisonnable tant elle est parfaite(Ode à Staline, Paul Eluard, 1950).

Che Guevara apparaît au contraire dans la chanson de Carlos Puenta, non comme un demi-Dieu, mais comme une sorte d’archétype du héros masculin dont pourraient rêver n’importe quelle femme et auquel n’importe quel jeune homme pourrait souhaiter s’identifier. Avec sa force, son courage et sa tendresse, c’est un modèle, mais un modèle accessible. Et ses qualités personnelles en feraient toujours un héros romantique en l’absence même de son engagement révolutionnaire.

ImageCette caractéristique est encore soulignée par la musique qui accompagne le texte : une mélodie très suave et très douce, sur un rythme de guajira, c’est-à-dire de chanson campagnarde interprétée par un chanteur accompagné de sa guitare (voir contre une image de Silvio Rodriguez). Ceci crée un climat bucolique et intime, qui n’a rien à voir avec les flonflons bruyants de la musique de propagande soviétique. Et, pour peu qu’on en accélère et qu’on en marque un peu plus le rythme, cette musique, comme toutes les guajiras, peut facilement ouvrir la voie au plaisir de la danse, alors que les compositions en l’honneur de Staline ou de Kim il Sung ne proposent qu’un embrigadement gymnique de type militaire.

Il semble d’ailleurs que la capacité de transformer n’importe quel événement collectif en une fête dansée constitue un talent spécifique du peuple cubain. J’en avais eu pour preuve deux anecdotes, vécues à Santiago de Cuba, à quelques jours d’intervalle : une messe en l’honneur de la Vierge de la Caritad del Cobre dans l’église du village éponyme ; et une cérémonie officielle, organisée à Santiago de Cuba pour fêter les 50 ans des comités de défense de la révolution (CDR). Les deux évènements s’étaient terminés de la même manière : des danses au son de la musique tropicale. A chaque fois, l’idiosyncrasie cubaine – ce mélange si sympathique de romantisme, d’envoûtement rythmique et d’amour de la fête – avait réussi a « phagocyter » un événement officiel, emprunt de sérieux pour lui donner un aspect festif et empli de chaleur humaine. Et c’est la même transmutation qui, me semble-t-il, est également à l’œuvre dans la chanson Hasta Siempre, commandante.

Un personnage de romans d’aventure

Mais, pour qu’une chanson romantique gagne le cœur du public, encore faut-il que le sujet en soit crédible. Or, même avec beaucoup d’efforts, il est difficile de donner à Lénine ou à Kim-Il-Jong les traits d’un jeune et séduisant héros de roman. La personnalité de Che Guevara, au contraire, se prête extrêmement bien à cette idéalisation

ImageTout d’abord, il était beau, ou du moins très photogénique, comme en témoigne la célèbre photographie d’Alberto Korda, encore aujourd’hui placardée aux murs de la moitié des chambres d’adolescents de la planète (cf supra). Il était doté de grandes qualités personnelles, comme le courage physique, l’éloquence, le désintéressement. La sincérité de son engagement pour la justice sociale ne peut être niée. Et puis, c’était un extraordinaire aventurier, comme en témoignent les étapes successives de sa vie : son périple de jeunesse en Amérique latine sur une vieille moto déglinguée (voir photo ci-contre) ; son engagement, lui l’argentin, aux côtés des guerilleros cubains ; son départ vers le Congo puis vers la Bolivie pour y créer des foyers révolutionnaires… En dehors même de tout contexte politique, Che Guevara est donc un vrai personnage de roman d’aventure – une sorte de Corto Maltese révolutionnaire.

ImageDe plus, il possède par rapport à ses compagnons d’armes un atout majeur pour accéder de manière durable au statut de « héros romantique »: il est mort jeune et de manière héroïque. Cette caractéristique comporte de nombreux avantages, certains évidents, d’autres plus cachés. Tout d’abord, de quelle fin plus glorieuse peut-on rêver que de mourir en pleine possession de ses moyens, après un courageux martyre, au service de ses idéaux ? Ensuite, le fait de disparaître jeune, comme James Dean ou Marilyn Monroe, a pour conséquence que l’image du héros est à jamais fixée dans la splendeur de sa beauté juvénile, sans avoir à subir les ravages du temps et les outrages de la vieillesse. Enfin, pour un leader politique, le fait de mourir après avoir vaincu l’oppression contre laquelle il a combattu, mais avant d’avoir exercé le pouvoir, lui permet de maintenir intact le capital d’espoir associé à son nom, sans le détruire par des erreurs et des crimes presqu’inévitables – surtout dans la mouvance politique à laquelle appartenait le Che. (voir ci-dessous l’image d’une des 200 exécutions ordonnées par la Che alors qu’était procureur général du Tribunal révolutionnaire). Dans l’imagination populaire, Che Guevara reste ainsi le libérateur de Santa Clara et le courageux organisateur des maquis révolutionnaires boliviens, victime de la cruauté des militaires et des manigances de la CIA.

ImageCette caractéristique se reflète dans les paroles de la chanson de Carlos Puenta : on y évoque en effet ses glorieux faits d’armes passés – comme la prise de Santa Clara, qui ouvrit aux Barbudos les portes de la Havane en 1959. On y évoque également l’avenir de succès révolutionnaires dont le Che ouvert la voie. Mais on n’y évoque pas le présent – le présent, cet horrible moment empli de contraintes et d’incertitudes, où triomphe la plate réalité. Or dans les autres chansons hagiographiques, les leaders communistes – qui eux exercent effectivement le pouvoir – sont décrit dans l’effort surhumain qu’il en train de réaliser pour amener l’Humanité sur la voie du bonheur. Face à cet effort présent et quotidien, réalisé pour son bien, le fait pour l‘auditeur de rire, de se détendre, de chercher à s’amuser plutôt que de participer à l’oeuvre commune, sous la conduite du grand leader, ne pourrait être considéré, au mieux que comme une marque d‘absence de conscience politique, au pire comme une trahison. Moins totalitaire dans son message, la chanson Hasta siempre invite plutôt à une rêverie poétique sur la vie, l’œuvre et le personnage du Che. C’est un peu moins pesant et totalitaire, même si c’est aussi efficace – et peut-être plus pernicieux – sur le plan de la propagande.

Mythe révolutionnaire latino-américain et sécularisation de la figure christique

Aucun génie, aucun chef d’œuvre ne naissent ex nihilo. Ils ne constituent que le plus haut sommet d’une accumulation de talents qui ont préparé leur venue. Jesus-Christ apparaît dans une Palestine profondément tournée vers l’attente messianique, où de nombreux prédicateurs, moins chanceux ou moins talentueux ont prétendu avant lui à ce statut. Jean-Sébastien Bach appartient à une longue lignée familiale de musiciens de grand talent dont il ne fut que le plus illustre représentant. En 1798, plusieurs généraux révélés par les guerres révolutionnaires avaient la capacité et le désir de se saisir d’un pouvoir dont s’empara finalement l’un entre eux, Napoléon Bonaparte.

ImageQuant aux Che, il apparaît dans une Amérique latine où l’attente d’un caudillo libérateur, capable de mettre fin aux injustices par son action courageuse – et violente – constitue un élément important de la sensibilité politique populaire. De Bolivar à Perón, en passant par Pancho Villa ou Zapata (cf image ci-contre), l’histoire latino-américaine est emplie de ces personnages prêts à utiliser la force et à rassembler derrière eux des armées pour subvertir le pouvoir en place et faire triompher leur idée de la justice. Ils ont en commun un certain nombre de traits de caractère et d’épisode biographiques : la révolte devant l’injustice, la bravoure, le charisme personnel, les victoires gagnées par leur courage, enfin l’errance à laquelle les conduit leur engagement (opérations militaires, diffusion de la révolution vers l’autres pays, exil). Partageant ces caractéristiques, le Che s’inscrit dans cette lignée de Caudillos si présents dans l’imaginaire politique latino-américain. Il rejoint aussi, aux côtés de Zapata, d’Eva Peron et de Salvadore Aliende, le panthéon plus restreint des grands dirigeants morts pour la cause de la justice, mais supposément toujours vivants dans nos cœurs.

ImageA la fin sa dernière aventure bolivienne, Che Guevara, à l’issue d’un long calvaire, est en effet mort pour ses idées, « assassiné par ses bourreaux ». Et cette mort possède de très troublantes ressemblances avec celles d’un autre prophète des temps nouveaux : Jésus Christ. Ce beau visage au regard mystique, entouré d’une barbe sombre ; cette montée vers le martyre du héros blessé, maltraité par ses gardes ; ce message supposé de la CIA demandant son exécution par les militaires boliviens un peu comme Pilate se lave les mains de la crucifixion du Christ ; cette photo du Che mort, reposant sur une table comme Jesus-Christ dans son suaire (voir photo ci-dessous). Ces similitudes ne peuvent qu’impressionner, même inconsciemment, un imaginaire collectif latino-américain, et plus généralement occidental, encore pétri des mythes, des représentations et des structures de pensées issues du christianisme. En témoigne notamment cette interprétation de Nathalie Cardone, dans une mise en scène évoquant irresistiblement l’image d’une Madone en pleurs aux pieds du Christ mort.

La chanson elle-même reflète à plusieurs reprises ce report de croyances ou de représentation chrétiennes sur la personne du Che : la « couronne » posée sur sa mort, par exemple, pourrait faire penser à la couronne d’épine, à moins qu’il ne s’agisse d’une auréole de sainteté. Image

La « transparence » de sa présence aimée fait penser à la présence du Saint-Esprit. Fidel, évoqué à la fin du poème, n’a-t-il pas quelques-unes des caractéristiques de Dieu le Père ?

A la manière d’un Christ ressuscité et toujours vivant, le Che ne va-t-il pas continuer à parcourir à nos côtés le glorieux chemin de la Révolution, puisque, dit le texte, « nous continuerons à tes côtés ».

Enfin, la formule « Hasta siempre » fait plutôt penser à l’Eternité du Paradis qu’à un concept emprunté au matérialisme dialectique.

Image Il n’est donc pas surprenant que la référence au mythe du Che ait constitué, de Atahualpa Yupanqui à Silvio Rodriguez (cf photo ci-contre), l’un des thèmes récurrents les plus fréquents de la « Nueva cancion » latino-américaine engagée et de son avatar cubain, la « Nueva Trova ».

Les mouvements marxistes d’Amérique latine ont ainsi trouvé en sa personne leur prophète et leur martyr.

Mais tout cela n’empêche pas le vieux réac que je suis de beaucoup aimer cette chanson, que je vous propose d’écouter dans l’interprétation de Silvio Rodriguez ou de l’orchestre Buena Vista Social Club, tout en lisant ma traduction.

Fabrice Hatem

 


Guantanamera

Guantanamera

ImagePour consulter ma traduction de l’une des versions possibles de cette chanson, cliquez sur le lien suivant : guantanamera

Traduire, commenter et illustrer par des documents sonores la plus célèbre des chansons cubaines relève un peu de la gageure, pour plusieurs raisons.

D’abord parce qu’il est difficile de fournir à son sujet des informations sures, comme la date de sa création ou le nom de son compositeur. Joseito Fernandez a souvent déclaré l’avoir écrite en 1929, mais il a également évoqué d’autres dates à plusieurs reprises. Sa paternité a d’ailleurs été contestée par un autre musicien, Herminio « El Diablo » García Wilson, que de nombreux musicologues s’accordent à considérer comme – au moins – le co-auteur de l’œuvre.

Quant aux paroles… Pratiquement chacune des très nombreuses interprétations que j’ai écoutées en proposent une version différente, soit par suppression ou interversion de certaines parties du texte de référence (cf infra), soit – encore plus fréquemment – par invention pure et simple de nouvelles strophes. Plus qu’une oeuvre finie, cette chanson apparaît donc comme une trame d’improvisation permettant aux interprètes de donner libre cours à leur imagination. C’est particulièrement vrai de Joseito Fernandez lui-même, qui livrait chaque jour une version différente de la chanson dans l’émission de radio qu’il animait à Cuba dans les années 1930.

Vous pouvez vous-même vous faire une idée de cette prolificité en écoutant quelques-unes des innombrables versions de l’œuvre : deux interprétations très différentes l’une de l’autre de Joseito Fernandez ; une descarga débridée de celui-ci en compagnie de Benny Moré ; une interprétation célèbre de Celia Cruz ; une version plus jazzy de José Feliciano… et ce n’est là qu’un tout petit échantillon…

ImageIl existe cependant un texte de référence servant en quelque sorte de point focal à ce feu d’artifice d’invention poétique ou chansonnière : c’est un très beau poème de José Martí, chantre de l’indépendance cubaine, écrit en 1895, et adapté à la chanson en 1958 par le compositeur Julián Orbón.

Je vous propose donc de considérer, de manière quelque peu abusive, cette adaptation comme « la » version de référence de la chanson. Je suis cependant pleinement conscient des limites de ce choix, qui fait en quelque sorte l’impasse sur un fait essentiel : Guantanamera, plus qu’un contenu littéraire, est un contenant culturel dans lequel viennent s’exprimer l’âme du peuple cubain et le talent de ses interprètes sous forme d’une chanson éternellement changeante. C’est d’ailleurs peut-être cette « plasticité » de Guantanamera, cette capacité à être perpétuellement ré-inventée en fonction des humeurs des chanteurs et du public, qui explique son extraordinaire succès auprès du peuple cubain dont elle exprime en quelque sorte en en direct les états d’âme.

Mais une fois traduit le poème dans cette version, je ne suis pas encore au bout de mes peines, puisqu’il me faut trouver un interprète qui l’ait respectée à la lettre de manière à vous permettre de l’écouter confortablement.

Ce n’est sans doute pas un hasard si les seuls interprètes ayant parfaitement respecté le texte originel de Marti ne sont pas des cubains, mais des étrangers comme Pete Seeger ou Joan Baez. Je vous propose donc, par commodité pédagogique, d’écouter ce poème – ou plus exactement une partie de celui-ci, les strophes 1,2, et 5 -, interprétée par la voix très claire de Joan Baez, tout en lisant ma traduction.

Fabrice Hatem

Gozando en La Habana

Gozando en La Habana

ImageL’oeuvre

Cette Timba a été enregistrée en 2009 par La Charanga Habanera, avec la participation du chanteur de rap El Chacal, dans l’album No me mires La Caratula.

L’émigration, notamment aux Etats-Unis, constitue pour tous les cubains, partagés entre l’amour de leur pays et le désir d’en fuir les épouvantables difficultés quotidiennes, un sujet extrêmement douloureux et source de vifs débats où les clivages politiques et idéologiques sont omniprésents.

Les réactions épidermiques que l’on peut lire sur Internet à propos de cette chanson – les émigrés cubains anti-castristes et les partisans du régime actuel se traitant mutuellement de tous les noms – donnent un intéressant – et inquiétant – témoignage de cette profonde coupure qui sépare les deux parties du peuple cubain.

L’album No me mires La Caratula a rencontré à Cuba un très vif succès qui a permis à la Charanga Habanera de continuer à caracoler ces deux dernières années en tête des groupes les plus populaires de l’île, surtout auprès de la jeunesse.

Fabrice Hatem

Ses interprétations par La Charanga Habanera

Clip tiré de l’album No ne mires la caratula (2009)

Ses paroles en espagnol[1]

Sa traduction en français[2]

Gozando en La Habana
(David Calzado et la Charanga Habanera)

Ladies & gentlemen, now from Cuba
Que lo que hay con Cuba
Pa’ que lo vamo hacer en ingles
Mejor sueltalo en el español
Hello !
Cuentame, como te ha ido
Si has conocido la felicidad ah ah !
Cuentame , como te va, yo por aqui my bien
Y tu por alla que bola !
Charanga Habanera !
Dicen que se siente bien
Que Miami es la locura,
Pero le falta la Habana,
El chisme y la sabrosura
Dicen que tiene dinero,
El carro que ella soño
Pero no encuentra en Miami,
Lo que en la Habana dejo !
Ahora te voy a contar algo que me sucedio
Yo que la queria tanto,
Pero se fue y me dejo
Lachy ![3]
Queria hacerse famosa
Queria ganarse un Grammy
Y salio a provarse su suerte
Avion destino Miami
Dicen que se siente bien
Oye Chacal ….. Te oigo
Que Miami es la locura,
Pero le falta la Habana,
El chisme y la sabrosura
Dicen que tiene dinero,
Mentira mentira
El carro que ella soño
Pero no encuentra en Miami,
Lo que en la Habana dejo !
Pa’que tu lloras
Si te fuiste sufre mami
Que le van hacer
De que te sirve Mickey Mouse
Si te gusta el pidio Valdes[4].
Tu solo eres pa’mi
Bien lucrativo pa ti,…..
Pa’que vivir de cuento que cuento,
Sigo comiendo picadillo pero contento[5]
Y ahora me llama llorando,
Dice que no encuentra el modo
Que no se siente feliz,
Que de Cuba extraña todo
Extraña a Los Van Van , Hectico y PMM[6]
Extraña a la Charanga ,
Y el papi que ella mas quiere
Yo sigo charangueando
Como me da la gana
Tu llorando en Miami,
Yo gozando en la Habana
Tu llorando en Miami,
Yo gozando en la Habana
Se siente triste porque,
Alla no hay Capri ni Tropicana
Tu llorando en Miami,
Yo gozando en la Habana
Extrana mi Habana tu
Y al Bucanero que ella tomaba
Tu llorando en Miami,
Yo gozando en la Habana
Hasta donde mami ? Hasta cuando?
Si te comportas como Yuma,
Tu tienes que ir tumbando
Hasta donde mami ? Hasta cuando ?
Si te comportas como Yuma
Tu tienes que ir bajando
Tumbando , tumbando, tumbando
Si te comportas como Yuma,
Tu tienes que ir bajando
Tumbando , tumbando tumbando
Si te comportas como Yuma,
Tu tienes que ir bajando
Ella esta hablando ingles conmigo
Y yo no se lo que esta hablando
Si te comportas como Yuma,
Tu tienes que ir bajando
Y preparado, vamo a gozalo !
Mano pa’ arriba to’ el mundo
Vamo to’ el mundo a cantarlo!
Cuentame, como te ha ido
Si has conocido la felicidad
Cuentame, como te va,
Yo por aqui my bien
Y tu por alla que bola !
Cuentame, como te ha ido
Si has conocido la felicidad
Cuentame , como te va,
Yo por aqui my bien
Y tu por alla que bola !
Oye chula, yo sigo con lo mio
Y no lo cambio por nada
Por eso me mantengo
Por eso sigo siendo lo que me da la gana,
La reverenda gana !
Desde el cuartel Pavel, Frank dos metra, repeta,
Camina pa que aprenda,
Esto es pa que goces
Y no pa que usted me reprenda
Pa que tu quieres pan
Si yo tengo confi cake
Copiaste
Cuentame !

Plaisir à La Havane
(Traduction de Fabrice Hatem)

Ladies and gentlemen, now from Cuba
Qu’est-ce qui ne va pas avec Cuba
Pour qu’on se mette à chanter en anglais
C’est mieux de le faire en espagnol
Hello !
Dis-moi comment vont les choses
Si tu as rencontré la félicité ah ah !
Dis-moi comment ça va pour toi, ici tout va bien
Et toi par là-bas, c’est le pied !
Charanga Habanera !
On dit qu’elle se sent bien
Que Miami c’est la folie,
Mais il lui manque La Havane
Les ragots et le plaisir de vivre
On dit qu’elle a de l’argent
La voiture dont elle rêvait
Mais elle ne rencontre pas à Miami
Ce qu’elle a laissé à La Havane !
Maintenant, je vais te raconter ce qui m’est arrivé
A moi qui l’aimais tant,
Mais elle est partie et m’a laissé
Lachy !
Elle voulait être célèbre
Elle voulait se gagner un Grammy
Elle est partie tenter sa chance
Avion destination Miami
On dit qu’elle se sent bien
Ecoute Chacal… Je t’écoute
Que Miami c’est la folie
Mais il lui manque La Havane
Les ragots et le plaisir de vivre
On dit qu’elle a de l’argent
Mensonge, mensonge
La voiture dont elle rêvait
Mais elle ne rencontre pas à Miami
Ce qu’elle a laissé à La Havane !
Pourquoi est-ce que tu pleures
Si tu es partie, souffres chérie
Qu’est-ce on en a à faire
A quoi te sert Mickey Mouse
Si tu aimes le Pidio Valdès
Tu étais faite pour moi
C’est bien lucratif pour toi
Pourquoi vivre d’illusion, quelle illusion …
Je continue à manger des nouilles, mais content
Et maintenant elle m’appelle en pleurant
Elle dit qu’elle ne se trouve pas à sa place,
Qu’elle ne se sent pas heureuse,
Que tout lui manque de Cuba
Les Van Van lui manquent, Hectico et P&M
Elle regrette la Charanga
Et le chéri qu’elle aime le plus
Moi je continue à Charanguer
Comme l’envie m’en vient
Toi tu pleures à Miami
Moi je m’amuse à la Havane
Toi tu pleures à Miami
Moi je m’amuse à la Havane
Elle se sent triste parce que
Là-bas il n’y a ni Capri ni Tropicana
Toi tu pleures à Miami
Moi je m’amuse à la Havane
Elle regrette ma Havane
Et le Bucanero qu’elle buvait
Toi tu pleures à Miami
Moi je m’amuse à la Havane
Jusqu’où chérie ? Jusqu’à quand ?
Si tu veux faire la Yankee,
Alors tu peux t’en aller où tu veux
Jusqu’où chérie, jusqu’à quand ?
Si tu veux faire la Yankee,
Tu n’as qu’à aller au diable
N’importe où, n’importe où
Si tu veux faire la Yankee,
Alors tu peux aller au diable
N’importe où, n’importe où
Si tu veux faire la Yankee,
Tu n’as qu’à aller au diable
Elle parle anglais avec moi
Je ne sais pas ce qu’elle est en train de dire
Si tu veux faire la Yankee,
Tu n’as qu’à aller au diable
Allez, on se prépare, on va faire la fête !
Les mains en l’air, tout le monde
Allez, tout le monde va chanter
Dis-moi, comment ça va pour toi
Si tu as rencontré la félicité
Dis-moi comment ça va pour toi
Moi ici ça va bien
Et pour toi, là-bas, quel pied !
Dis-moi, comment ça va pour toi
Si tu as rencontré la félicité
Dis-moi comment ça va pour toi
Moi ici ça va bien
Et pour toi, là-bas, quel pied !
Ecoute, chérie, moi je continue mon chemin
Et je ne le change pour rien
Et c’est pour ça que je reste moi-même
Car je continue à faire ce dont j’ai envie,
La chère envie !
Depuis la caserne, Pavel Franck dos metra, répète
Il faut vivre pour apprendre
Tout ça c’est pour ton bien
Et pas pour que tu m’en veuille
Pourquoi tu veux du pain
Si j’ai du Cake confi
Tu as copié
Dis-moi !

Références complémentaires

Présentation générale de la Charanga Habanera

Présentation détaillée du parcours artistique de la Charanga Habanera

Discographie complète de la Charanga Habanera

Site officiel de la Charanga Habanera

Présentation de l’album No me mires la caratula

Pour écouter plusieurs titres de l‘album No me mires la caratula (accessibilité du site aléatoire)

Une interview de David Calzado à l’occasion de la sortie de l’album No me mires la caratula


[1] Le texte est basé sur la version du clip vidéo tiré de l‘album No me mires la Caratula proposé en lien. Les parties interprétées par le chœur figurent en italiques. Je n’ai pas repris le nom des différents interprètes solistes (le rappeur El Chacal, David, Dantes, Randy, Lachy), qui se succèdent et se répondent au cours du morceau. Il manque quelques paroles inaudibles du rappeur El Chacal.
[2] Remerciements à Cheila Rosso Micheli.
[3] Nom de l’un des chanteurs du groupe La Charanga Habanera.
[4] Personnage de bandes dessinées cubaines.
[5] Signification : à mal manger
[6] Noms de différents groupes de musique cubaine.

Gotas de lluvia

Gotas de lluvia

ImageL’oeuvre

Composée par Taty Maldonaldo, cette salsa a été enregistrée par Le Gran Combo de Puerto Rico en 1982 dans l’album Nuestro Aniversario, avec la voix de Jerry Rivas, édité à l’occasion du 20ème anniversaire de l’orchestre.

La vision de la Femme par le Gran Combo semble hésiter au fil de son répertoire entre deux extrêmes également caricaturaux : d’une part, le dénigrement d’épouses ou d’amantes concrètes et quotidiennes, présentées comme jalouses, possessives et coléreuses (Mujer Celosa, Me liberé) ; d’autre part, l’idéalisation lyrique de la Femme abstraite ou courtisée, parée de toutes les qualités (Azuquita pal Café).

La chanson Gotas de lluvia appartient évidement à cette seconde catégorie : la femme aimée – qui, pour une fois est aussi la compagne du locuteur – est « divine », c’est une reine, si elle s’en va l’homme ne pourra continuer à vivre, etc., etc.

Reste à espérer que, la lassitude venant, notre héros masculin ne reprendra pas ses mauvaises habitudes (fréquentation nocturne assidue des cafés, liaisons avec d’autres femmes…), transformant en peu de temps notre « femme divine » en harpie jalouse, frustrée et déchaînée, comme dans Mujer Celosa. Il ne resterait plus alors comme ultime ressource à notre inconséquent cœur d’artichaut qu’à se « libérer » (Me liberé) pour recommencer le cycle….


Fabrice Hatem

Ses interprétations par El Gran Combo de Puerto Rico


Dans l’album Nuestro Anniversario (1982)
Ses paroles en espagnol[1]
Sa traduction en français
Gotas de lluvia
(Taty Maldonaldo)

Como una gota de lluvia que va cayendo
Sobre una roca, una roca dejando huellas
Así eres tu, mujer divina
Que va dejando en mi vida huellas de pasión

Si tu te vas
Yo no sé que voy a hacer
Sin tus caricias
Tus besos y tu amor
Solo sé
Que tu has dejado huellas
Que son difícil,
Difícil de borrar
Reina mía yo
Solo sé
Que tu has dejado huellas
Que son difícil
Difícil de borrar (bis)

No me hagas padecer
El día que tu te vayas ese día moriré
No me hagas padecer
Tu no me dejes ahora boba[2]
Ahora es cuando es
No me hagas padecer
Todo lo que ansío es tan dulce
Tan, tan dulce como tu
No me hagas padecer
Como fue[3]… yo
No sé decirte como fue
No me hagas padecer
Yo solo sé que ha primera vista
De ti me enamoré
No me hagas padecer
Si no eres tu mi negra
Nadie podrá ser
No me hagas padecer
Parece que fue ayer
Que eras mi novia
Ahora mi mujer
No me hagas padecer
Tu no me hagas
Tu no me hagas
China padecer

No me hagas padecer
Siento que voy por las nubes
Tu no me dejes caer
No me hagas padecer
Como podré reina mía expresar este amor,
Amor, amor, amor, amor, amor,
No me hagas padecer
Amor, amor que me da la vida
No me hagas padecer
Eres parte de mi vida
Mujer divina, divina mujer
No me hagas padecer
Que linda, que rica, que buena,
Que bella, que dulce te ves
No me hagas padecer
Sin tu querer no sé que hacer

Gouttes de pluie
(Traduction de Fabrice Hatem)

Comme une goutte de pluie qui tombe
Sur un rocher, sur un rocher en laissant sa trace
Tu es ainsi, femme divine,
Qui laisse dans ma vie des empreintes de passion

Si tu t’en vas
Je ne sais ce que je vais faire
Sans tes caresses
Sans tes baisers d’amour
Je sais seulement
Que tu as laissé des traces
Qui sont difficiles
Difficiles à effacer
Ma reine,
Je sais seulement
Que tu as laissé des traces
Qui sont difficiles
Difficiles à effacer

Tu ne me fais pas souffrir
Le jour où t’en iras, ce jour-là je mourrai
Ne me fais pas souffrir
Ne me laisse pas maintenant, petite sotte
Maintenant c’est tout le temps
Ne me fais pas souffrir
Tout ce que je désir est si doux
Si doux comme toi
Ne me fais pas souffrir
Comment c’est arrivé…moi
Je ne sais te dire comment c’est arrivé
Ne me fais pas souffrir
Je sais seulement qu’au premier regard
Je suis tombé amoureux de toi
Ne me fais pas souffrir
Si toi tu n’es pas ma chérie,
Personne ne pourra l’être
Ne me fais pas souffrir
J’ai l’impression que c’était hier
Que tu étais ma fiancée
Maintenant tu es ma femme
Ne me fais pas souffrir
Ne me fais pas cela
Ne me fais pas cela
Ma chérie, souffrir

Ne me fais pas souffrir
Je sens que je vole vers les nuages
Ne me laisse pas tomber
Ne me fais pas souffrir
Comment pourrais-je, ma reine, exprimer mon amour
Amour, amour, amour, amour
Ne me fais pas souffrir
Amour, amour que me donne la vie
Ne me fais pas souffrir
Tu es une partie de ma vie
Femme divine, divine femme
Ne me fais pas souffrir
Tu es belle, agréable, bonne,
Comme tu es belle, comme tu es douce,
Ne me fais pas souffrir
Sans ton amour je ne sais que faire

Références complémentaires

Présentation générale du Gran Combo de Puerto Rico(en anglais)

Dossier très complet sur le Gran Combo de Puerto Rico (en français)

– Discographie intégrale du Grand Combo de Puerto Rico (en espagnol)


[1] Le texte est basé sur la version de l‘album Nuestro Aniversario. Les parties interprétées par le chœur figurent en italiques.
[2] Boba : idiote, imbécile : En français, c’était un peu fort.
[3] Il s’agit peut-être ici d’une référence à la chanson de Beny Moré Como Fué.