Sélectionner une page
Anacaona – No Lo Puedo Evitar

Anacaona – No Lo Puedo Evitar

08 salsatimbaanacaona

Anacaona fête ses 75 Ans avec un CD, frais, moderne et excellent !

Sous les bons auspices de Manolito Simonet, Juan Formell et Adalberto Alvarez, Anacaono enregistre chez Bis Music un nouvel album fêtant les 75 ans de l’orchestre et le projetant dans le XXI siècle avec une sonorité renouvelée, une force et une maîtrise qui rend hommage à l’héritage cette institution 100% féminine de la musique cubaine.

En effet, vous ne pourrez éviter le nouveau CD !

Etonnante renaissance pour un groupe fonde en 1932 par 8 sœurs Castro :
Argimira aux timbales, Ada au Tres, violon et trompette, Concepción au saxophone, Caridad a la contrebasse, Olga au saxophone, a la flute, la clarinette et les maracas, Alicia aussi au saxophone, a la clarinette et a la contrebasse et Ondina ainsi que Xiomara aux trompettes. La legende veut que le groupe fût formé lors d’une grève étudiante contre la tyrannie de Machado. Les filles Castro étaient toutes étudiantes en école de musique, et comme les cours furent suspendus, elles décidèrent de jouer toutes ensembles. Se joignent aussitôt à la formation Hortensia Palacio au piano et Graciela Perez, la sœur d’un des 3 Mambo Kings, Machito, et celle la même qui deviendra la célèbre chanteuse de Mario Bauza pour 32 ans.

L’orchestre commence comme un Septeto, à l’image du Septeto Nacional que connait bien le père Castro.
Le nom de l’orchestre est issue le la légende de l’indienne Taino, Anacaona, qui inspirera aussi une grande Salsa.

Cette orchestre illustre ce transforme rapidement en Jazz Band et fait des tournées mondialesa, notamment en Colombie, au Venezuela, à Puerto Rico, au Méxique, à Panamá, aux Etats-Unis et en France.

Au début des années 50, la grande Omara Portuondo fera partie de l’orchestre et partira en tournée en Haiti.

Après la Révolution Cubaine, et suite à la fermeture des cabarets, l’orchestre périclite et n’est plus perçu comme un orchestre de danse. Les sœurs Castro enseignent la musique et produisent des récitals mais Anacaona n’est plus un orchestre de premier plan.

A la fin des années 80, les sœurs Castro vont a la retraite et une nouvelle génération entre dans le groupe, dirigée désormais par 2 sœurs, Dora et Georgia AGUIRRE, respectivement au saxophone et au piano.
Georgia passe à la basse et prend la direction tandis que le groupe intègre de nouvelles recrues qui vont totalement renouveler le style et le répertoire.

Cette nouvelle formation enregistre « Anacaona,¡ Ay ! » en 1991 puis « Como un milagro » en 1995, enfin « Lo que tu no esperabas », en 2000.

Elles nous reviennent en force avec ce nouveau CD de 12 chansons ….

« De Cuba Soy », un Son qui commence comme un Guaguanco , comme pour rappeler que la Rumba est l’une des essences primordiales de Cuba….

C’est Dora Aguirre Gonzalez , la saxophoniste (et sœur jumelle ? de la bassiste et directrice) qui chante cette chanson dont l’orchestration est impeccable, brillante et élégante !
Un morceau enlevé, très dansant ! Le Fiesta commence bien …. Joyeux anniversaire !
Ce Son se fait peu à peu Timba et il est quasi impossible de ne pas se mettre à danser tant l’énergie déployée est communicative, gaie et musicalement excellente.

« Por Eso Vamonos » est une Salsa , interprétée avec Classe et Force !
Les Trombones répondent aux Trompettes, le tout sur un Tumbao certes pas révolutionnaire mais si efficace et si cubain.
Plus cet orchestre vieillit, plus il est jeune….
Les petits jeunes n’ont qu’à bien se tenir…
Ici on n’a pas affaire à un groupe  » excusez  » de filles mais à une véritable machine musicale qui se trouve être 100% féminine …
Bon nombre d’orchestres de machos ne soutiendraient pas la comparaison.

« Lo Bueno Pa’ Arriba » est une fusion carribéenne…. entre Pop Latino, Balada, Merengue… qui invite a la Fiesta …. Les voix d’Anacaona ne sont pas faibles… elles rappellent un peu nos Divas de la Timba comme Haila ou Tanja … Des voix métalliques, mures et affirmées…

La section rythmique emporte cette Maquina ! ce n’est pas un ‘Fotingo’ ni un ‘Pu-Pu’ (Teuf Teuf)… Mais une Chevrolet 54, refaite en 96, bien moderne puissante ! Ca décoiffe.

« No Lo Puedo Evitar » est d’après le CD une Bachata, mais bien cubaine… ou la Basse et le Piano et la Batterie prédominent plus que la guitare et que le Bongo … Cela ma rappelle plus une Balade enlevée qu’une Bachata sirupeuse…
L’inspiration est romantique, un peu mélancolique, émouvante et jazzy …, surtout avec le vibrato de la voix de Barbara Zamora Vargas.

« Callate », une Salsa qui rappelle par son intro La India et Marc Anthony ….
Une orchestration à vrai dire un peu téléphonée si on connait ces 2 Stars mais impeccablement interprétée, avec éloquence, brio et puissance…
La voix de Yanet Rodriguez Boza s’impose avec force au dessus de l’orchestre et effectivement « Callate ! » devant un tel talent et une telle autorité.
A noter le Tres de Yamira Blanco !

Cette Salsa apparemment Romantica au début se fait plus cubaine, plus dure au fur et à mesure que le morceau avance et que la puissance percussive et rythmique de fassent sentir…

« Entre El Amor y el Odio » commence comme un Son à la Manolito Simonet !
La voix de la divine Omara Portuondo apparaît et les anges apparaissent. Un Son traditionnel, avec un Bongo virtuose… un piano et un Tres qui se répondent avec élégance de manière moderne, un brin jazzy et un son excellent…

Yamira surprend le tout avec une manière d’improviser au Tres, un son original… Le tout est ensuite emporté par des arrangements, une orchestration affirmée, condensée mais toute en contrôle….

« Me Voy Por Ahi » un autre Son chanté par Dora… dont le Piano de Yanet Salinas imprime un Tumbao qui donne une envie irrépressible de danser.

Certes ce Son en rappelle bien d’autres, à commencer par le Montuno de Chan-Chan , mais son interprétation magistrale n’a rien a envier a celles d’Adalberto Alvarez qui ,de fait, salue avec un vibrant hommage la sortie de ce CD d’Anacaona.
Dora lance ‘Se Acabo El Querer’ et entre aussitôt la Bomba d’une véritable Timba

« Tengo Ganas » est un Ballade, romantique interprétée par Barbara et sa voix de velours, légèrement voilée, accompagnée par des chœurs qui relèvent le tout en réponse à touches colorées d’un orchestre à l’écoute, subtil et présent, fort et délicat….

« Ya No Me Llores » un Merengue à l’intro ultra-moderne et pour une fois avec des cuivres dignes de la folie de la République Dominicaine. Oui un vrai Merengue Dominicain et non celui qu’on entend souvent à Cuba , un Merengue trop Massif, voire lourd…
Ici la joie et la légèreté impriment une chanson digne de Sergio Vargas, Juan Luis Guerra ou Olga Tanon… FIESTAAAAAAA !
C’est chaloupé, endiablé, chaud, chaud ! Heeepa !!!

Avec « Olvidarte Jamas » la Salsa reprend ses droits… une Salsa américaine…
Romantica, mais dégoulinante… JAMAS !

C’est encore Yanet qui interprète ce registre …. avec il faut bien l’avouer avec excellence…

Quand le Montuno entre, l’interprétation rappelle encore Marc Anthony, Victor Manuelle … les percussions sont elles bien Macho… Et on a du mal à croire qu’une femme au visage si fin, si beau, et si délicat comme Yissi Garcia Calzadilla envoie aussi fort à la batterie.
La Fiesta continue avec une Cumbia interprétée à la Cubaine : « La Cintura ».

Une composition et un arrangement de Manolito Simonet pour Barbara au chant et ce All-Stars de filles.

Barbara rappelle ici parfois les intonations surprenantes de Vania Borges…
Je vous le dit des Stars, des Divas !!!!
Cette Cumbia moderne, vire au Rap-Reggeaton un moment et fusionne du côté de la Timba…

« Bailando Con Otro », le dernier Son fait une entrée fracassante…
Pas un moment de faiblesse chez ces femmes sur vitaminées…
Encore un morceau qui devrait régaler les danseurs…
Ici la limite entre Son et Salsa est à peine perceptible tant le tout est enveloppé, l’entrain communicatif, la Timba affleure a chaque instant …

« Se Acabo se Acabo » répète le refrain… et c’est bien dommage parce que ce sont elles qui « Estan Acabando Conmigo » !!!! Elles ont fini de m’achever.
Un final en apothéose ! Gozando !

Un CD à se procurer de tout urgence !!!
Je dois dire que je suis moi-même le premier surpris de faire tant d’éloge d’Anacaona car certains des CDs antérieurs m’avaient laissé de marbre.

PS : Un bisou spécial à l’ancienne pianiste d’Anacaona, qui a su séduire par son Talent le maestro Manolito Simonet, je parle de la désormais Nicoise, Janisset McPherson, compositrice de No Lo Puedo Evitar et qui enregistre désormais avec notre très bon Conjunto Massalia.

Anacaona – No Lo Puedo Evitar

SAMA Y EL EXPRESO DE ORIENTE ou el tren à grande vitesse !

07 sama une

Après un 1er disque passé inaperçu : Andres Revé y el Expreso de Oriente « De Guantanamo a la Habana » (Envidia) a changé de leader… Curieux et rare, n’est-ce-pas?

Andres Revé (famille d’Elio) a effectivement pris une autre « direction » (Melodias del 40) et a été remplacé par un certain bassiste Ernesto I.Sama Curbelo .

images articles 070818 sama2
1er disque d’El Expreso De Oriente

Encore une curiosité, Sama ne joue pas sur le disque, puisque le bassiste annoncé est Pedro Pablo Gutierrez (ex-Charanga Habanera et Forever, actuel leader de son groupe)…Il est en fait cité comme directeur musical et arrangeur.

Un Pedro Pablo qui remplace le très célèbre Arnaldo Jimenez (ex-Elio Revé) présent sur le 1er album…Vous me suivez ?! Quel embroglio n’est-ce pas ? Mais peu importe, car le résultat est conséquent !

Et lorsque Luis Dominguez, producteur de ce disque, affirme que l’esprit de la musique d’el Expreso est resté pratiquement intact, le « pratiquement » a son importance…!! Le 1er disque avait une sonorité que l’on pourrait qualifier de plus traditionnelle et pourtant déjà bien pêchue…Mais cet opus est un savant cocktail de Changüi et de Timba, plus moderne qui plaira à tous les amoureux du genre…

Luis Dominguez ne le cache pas, ce disque se situe entre les sonorités des Van Van et d’Elio Revé. Et pour ce faire, quoi de mieux que de prendre des musiciens et chanteurs qui en font ou en ont fait partie ? Et pas n’importe lesquels… Tant qu’à faire prenons le symbole vocal avec Pascual Matos aka « El Sinsonte » et le symbole du trombone si important chez Revé et chez Van Van : Ulises Benavides.

Javier Rodriguez « Chocolate » à la voix rauque merveilleuse et « El Sinsonte » au timbre si charismatique font un travail remarquable vocalement. Sinsonte qu’on entend rarement chanter aussi bas, est exceptionnel. Chocolate fait penser indubitablement à certains moments à Pedro Calvo et ce n’est pas pour me déplaire !!!
Roberto Morales n’est pas en reste : sa voix me plaît particulièrement , un timbre pas commun dans lequel il donne une énergie impressionnante !

Je serai plus sur la réserve quant à la voix d’Eduardo Boloy invité à reprendre deux titres mais chantés précédemment, et de bien meilleure facture…! Alors où est l’intérêt ? Sans aucun doute des arrangements entre musiciens que nous ne connaissons pas…

Les orchestrations de Lazaro Rozabal (tromboniste) et de Sama sont absolument parfaites.

La couleur des trombones associée aux violons et flûte sont d’une efficacité fracassante, comme notamment par exemple dans le morceau exceptionnel qui ouvre l’album : « Guarachando ».

La basse magnifique de Pedro Pablo Gutierrez est excellement appuyée par le bon tumbao de Mayito Rosabal et la section de percussions…
Quant aux choeurs si importants chez Elio Revé, ils sont ici également soignés.
Sur le répertoire des chansons, se détachent évidemment quelques morceaux…
La reprise de « Se sigue comentando » est efficace, le travail d’El Sinsonte est différent de celui figurant sur l’album d’Elio Revé. Je garde cependant ma préférence pour la version d’origine…

Mais la reprise de « Las Manos en la masa » apporte elle une fraîcheur sur les arrangements (même si j’avoue préférer la voix de Dagoberto et l’intervention d’Elio Revé Jr!).
« Guarachando » et « Mi Gallo » sont des pures merveilles à tous les niveaux et je peux oser dire qu’elles resteront longtemps dans ma play-list…

Mais la grande curiosité reste pour moi « El Repartero de la Habana », un morceau hors normes, rythmiquement cela sonne comme le Sur Caribe des grands jours. Une voix à la rupture del « Chocolate » de la Salsa, avec des choeurs exceptionnels, un changement de gamme au milieu de la chanson très gonflé, et une section de cuivres obsédante. Ce morceau est originellement composé et joué par Lisandro y su Tratado. Lisandro Alfredo Arias Baro appartenait à la Banda Meteoro très reconnue dans les années 80 et vit désormais à New-York. Il a un répertoire très changüi et ses chansons sont de pures merveilles, malheureusement pas encore enregistrées. Et n’en déplaise à qui que ce soit, Lisandro n’a pas été contacté pour la reprise de ce morceau…!! Vraiment regrettable…Rendons aujourd’hui à César…

images articles 070818 sama1
Lisandro Alfredo Arias Baro

En résumé un disque surprise et choc qu’il ne vous faut pas rater si vous êtes amateur de sonorités de la Revé ou des vieux Van Van… On attend avec impatience la suite…

Chansons :

1/ Guarachando
2/ Tengo una situacion
3/ El Repartero de la Habana
4/ Si te caigo mal
5/ Yo no sé que me pasa
6/ Son para un chabacano
7/ Se sigue comentando
8/ Tremendo tiempo
9/ Mi gallo
10/ Las manos en la masa

Extra tracks:
11/ Guarachando
12/ Mi gallo
13/ Tengo una situacion

Musiciens : entre parenthèses, les enregistrements sur lesquels figurent ces stars !
Mayito Rosabal : Piano (José Miguel)
Pedro Pablo Gutierrez : Basse (ex CH, CF, actuel Pedro Pablo y la Rebambaramba)
Jorge Felix Bravo : Timbales (ex Yumuri)
Gustavo Benavides : Congas
Carlos Amores : Guïro et Maracas (ex Pedrito Calvo, Tirso Duarte, Orlando Canto, Arnaldo y la Cosmopolita, Habana Express etc…)
Oswaldo Huerta : Bongos (ex Lusson y Lusson, Michel Maza, Tirso Duarte, Orlando Canto, Maikel Blanco, Habana Express, Habana Power Band etc…)
Lazaro Rosabal : Trombone (José Miguel, Son 14)
Ulises Benavides : Trombone (Elio Revé Jr, Maikel Blanco, Tirso Duarte, Michel Maza, Sur Caribe etc…)
Ronny Cabarrocas : Violon (Machado y sus estrellas…)
Edward Marzan : Violon (Machado y sus estrellas…)
J.J. Oliveros : Flûte (Machado y sus estrellas, Habana Express, Charanga Rubalcaba…)
Javier « Chocolate » Rodriguez : chanteur (1, 2, 3, 5) (Sur Caribe)
Pascual « El Sinsonte » Matos : chanteur (1, 6, 7, 9, 10,11) (Elio Revé, Soneros All Stars, Havana City, El Zorro, etc…)
Roberto « Robertico » Morales (4 ,8) ex- Angel Bonne, Nelson Manuel y Elio Revé
Eduardo « El Bolo » Boloy (12, 13)
Michel Perez : Choeurs (Charanga Forever, Pedro Pablo)

Barbarito Lopez : Choeurs (Maikel Blanco, Orlando Canto, Tirso Duarte, Donaldo Flores, Michel Maza, etc…)

José Lusson : Choeurs (Arnaldo y la Cosmopolita, Maikel Blanco, Pedro Calvo, Orlando Canto, Michel Maza, etc…)
Anacaona – No Lo Puedo Evitar

ISSAC DELGADO ou l’exil réussi !

07 issac une

L’arrivée d’un nouvel album de celui qu’on surnomme El Chevere de la salsa
méritait forcément un article dans nos colonnes .

Mais sans pour autant dévoiler un verdict couru d’avance, l’exceptionnelle teneur de ce nouvel opus méritait bien mieux qu’une seule chronique !

C’est pourquoi nous avons décidés de vous livrer , Jack et moi-même, non pas un, mais deux articles pour célébrer cet artiste que nous affectionnons tout particulièrement et qui a une place à part dans le paysage musical cubain .

Mais avant de parcourir ce nouvel album, un petit rappel s’impose pour les lecteurs qui auraient ratés certains épisodes et que nous avions déjà évoqués dans le forum de Fiesta Cubana .

Fin 2006: Alors que des rumeurs circulaient ici et là sur la sortie d’un nouvel album d’Issac ainsi qu’une tournée en Europe prévue pour l’été 2007, une autre rumeur , moins artistique , évoquait son hypothétique exil de Cuba pour les US .

Et cette rumeur s’est rapidement confirmée ,avec dans la foulée l’annonce d’un nouvel album sous la houlette de Sergio George, grand manitou des studios et productions salsa US ( DLG, Victor Manuelle, etc…) ce qui a bien sûr interpellé et inquiété un certain nombre d’Issac addict… (pas vraiment en fait..).

Et voici donc que débarque cette nouvelle et très attendue production du maitre du swing vocal cubain pour laquelle j’ouvre le bal des mots.

En primera plana, vu par Timbalero

– Sir George: Bon Issac, je te propose un deal.
– Issac : Vas y , je t’écoute.
– Sir George: Voilà, je produis ton album si en contre partie tu acceptes de pousser la chansonnette avec Victor Manuelle sur un titre et avec Fragancia sur un autre.
– Issac: Je n’ai pas vraiment le choix, si ?
– Sir George: C’est dans ton intérêt, crois moi . Pour le reste de l’album tu as carte blanche.
– Issac: Ok, va pour placer un ou deux « Chevere » aux cotés de Victor.

Voici une libre interprétation personnelle des échanges totalement imaginaires à l’origine de ce projet et de cette collaboration peu commune entre le timbero-salsero-rumbero Issac Delgado et le producteur inspiré Sergio George.

Et c’est donc avec cette collaboration et ce titre avec Victor Manuelle ; « La mujer que mas te duele », que démarre cet album.

Ce titre fonctionne parfaitement dans le registre salsa romantica et aurait pu tout aussi bien figurer sur un album del Sonero de la Juventud .

La référence au décès de la mère d’Issac ne fait aucun doute même si elle n’est pas clairement exprimée dans le texte. A propos de ce décès , dans les notes de l’album, Issac déclare : « Con el permiso de todos, en homenaje posturno a mi madre »…, Issac reste humble et n’impose rien, pas même sa peine…

Mais c’est sur le deuxième titre que les choses se gâtent sérieusement avec l’arrivée du « Medley » que je qualifierai de rappel biographique musical , rappel d’une déjà longue carrière.

Quelques notes de saxo et ce sont les premières mesures délicieuses de « Necesito un amiga » ( 1990 : « En la calle » ), un morceau essentiel de la carrière d’Issac, lorsqu’il démarrait avec NG la Banda, à l’époque où José Luis Cortès consolidait les bases de la Timba.

Viens ensuite « Que te pasa loco » (1993 : Con Ganas), titre composé par José Luis Cortés lui même et qui n’a pris aucune ride (qui reste d’ailleurs un de mes titres fétiches d’Issac).

Puis à 3 :20, le ciel vous tombe littéralement sur la tête sous une pluie battante de cuivres avec l’arrivée de « No me mires a los ojos » , titre composé par Giraldo Piloto (leader de Klimax) et où le pianiste et fils prodigue Issac Delgado Jr reproduit fidèlement le tumbao originel d’Ivan Melon.

images albums p 06 IDelgado CS IC images PAS4750

Ce titre sera d’ailleurs la valeur sûre de ses concerts , durant lesquels se mesure pleinement l’exigence , la rigueur musicale et la générosité de ce « crooner » à la sauce cubaine.

Et pour couronner le tout, un second break introduit « La formula », son hit de l’an 2000 qui termine ce medley euphorisant sur un nouveau coro :
Que no hay ma‘ na’, lo dice la farandula !

Chapitre 3 : « Soñé / La campaña »

Les deux titres du groupe de reggaeton cubain Gente d’Zona sont compactés et présentés ici sous leur format salsa façon Sergio George .

Issac qui swingue, épaulé par des breaks réglés au millimètre, des coros puissants et Fragancia (ex-DLG) qui délivre ici la juste dose de reggaeton, font de ce morceau le plus dancefloor de l’album et fera sans aucun doute les beaux jours des pistes de France, de Navarre, et d’ailleurs (et d’Alsace bien entendu !)

Ay por Dios, ay por Dios, si a la niña le gustan los feos no digan que no.

« Cemento, Ladrillo y Arena » :

Issac , on le sait , est attaché à la musique cubaine , à toutes les musiques cubaines ,et il le prouve une fois de plus avec ce « son- cha », prétexte musical pour réunir trois artistes de 1ère classe dans une succession de solos :

– l’immense Cachao à la basse ,
– le piano jazzy de Gonzalo Rubalcaba ( fidèle compagnon musical des premières heures : Son de Cuba a Puerto Rico sur l’album Con Ganas, c’était lui !! ) ,
– et encore une belle démonstration du maitre conguero Giovanni Hidalgo ( le portoricain aux 8 bras tellement il est veloce le bougre !! ).

Plus qu’un morceau All Stars inutile et opportuniste, ce titre confirme une fois de plus combien Issac met en valeur les musiciens qui l’accompagnent et le résultat est tout simplement parfait, le tout une fois de plus mis en avant par une production impeccable .

Et on repart de plus belle en trombe (-one, ou plutôt en trompettes ) avec « Vengo Venenoso » , où Issac va encore une fois chercher une mélodie qui vous secoue les tripes sans vous lâcher une seule seconde.

Cette mélodie, cette voix, sur les premières mesures sont encore une fois à tomber par terre :

Sin saber no sé por qué te encuentro ahora
No sé por qué, tù te cruzaste en mi camino
Es un peligro este querer, no es una broma
Que son tus besos lo mejor que he conocido

Mais la cerise sur le gâteau apparait à 1mn40, quand débarque par surprise un passage rumba jubilatoire .

Cette touche guaguanco est légère mais suffit à donner à ce titre sa légitimité musicale, son authenticité et à nous rassurer une fois de plus sur la projection artistique d’El Chevere, restée intacte au-delà des étiquettes ,des frontières ou des contraintes de marché.

Quelque soit son pays de résidence, Issac reste rumbero.
Alors quoi de plus normal que de finir sur un rythme 6/8 :

Este año yo vengo acabando .
A ti te canto esta rumba oyé !!
Porqué tengo un swing sabroso ! ( C’est Issac qui parle le mieux d’Issac ).

« Paquito Va »: arrêt sur image.

Sans doute le titre le plus impliqué de cet album, le seul d’ailleurs qu’il ait co-écrit .
Il règne un parfum de Ruben Blades sur ce titre, que ce soit dans sa structure musicale, métissée autour de la Murga , de la Cumbia et de la Salsa que dans les textes.

On y perçoit cette même joyeuse-mélancolie pour rendre hommage au peuple latino d’où qu’il soit et surtout où qu’il aille.
On peut s’interroger sur la volonté d’Issac sur ce titre de parler de son propre exil, à mots couverts et avec la pudeur qu’on lui connait .
Paquito est Issac. Issac est Paquito…

« No lo defiendo pero es verdad,
la gente sufre con lo que él goza.
Es que él no puede hacer otra cosa
y eso a la gente no le hace mal.
Por eso quiero reflexionar,
siempre es de sabios encontrar razones,
lo ves en fiestas y vacilones, pero tambien lo ves trabajar.

Et malgré cette déchirure (c’est ainsi qu’il décrit son départ de Cuba), Paquito va con alegria, Issac peut avancer malgré tout , en restant un hermano latino, humilde y trabajador .

Et bien qu’il rende hommage aux pays d’ amérique latine en fin de morceau ,c’est bien sur un « CUBA » lâché avec force qu’il termine ce titre sublime.

« En primera plana » :

Sans aucun doute pour moi, LE titre de cet album (ça tombe bien c’est le cas justement ! ).

Encore un morceau pour rassurer les fidèles, c’est du pur Delgado, un départ en douceur, cette voix (et quelle voix nom d’un chauve !!) qui vous emporte dans les hauteurs mais derrière, et sans prévenir, s’installe la rythmique qui va faire décoller le morceau, cette même force tranquille que l’on retrouve chez Manolin El Medico de la salsa . De l’orfèvrerie musicale je vous dis !!!!

Et tout ça, ammené d’un simple mais grisant « Dale Candela ».

Et les textes, comme sur l’ensemble de l’album, sont d’une justesse exemplaire.
Y en el amor como en la ruleta, jugaste al rojo, y te salio el negro .

Tu no eres, noticia de primera plana.
Porqué te fuiste, yo no, yo me quede, guarachando ( Esprit de Manolin y es-tu ?)

« De 2 a 3 » :

Encore un titre Delgadesque, encore une mélodie tranquille, lègère, qui accompagne un crescendo rythmique et des coros qui claquent avec précision !

60 minutos de ilusion, siempre de 2 a 3.

Issac revient avec ses soneos , avec aisance , sans forcer, et donne cette impression qu’il pourrait donner la réplique pendant des heures à son orchestre de pointures.

C’est d’ailleurs encore une fois sur scène qu’il montre cette capacité d’improvisation , quand il emmène des morceaux de 15 minutes avec l’agilité d’une plume sur un rhinocéros lancé à 60 km/h !!!

« Deja esa gente » :

Nous venons à peine de quitter Issac et son 5 à 7 de 2 à 3 musical , que démarre sur les chapeaux de roue , le titre le plus « salsa » de l’album avec une fois de plus cette confrontation habile entre une rythmique soutenue et Issac qui pose ses vers en douceurs, juste ce qu’il faut et au moment où il faut pour succiter l’oreille, pour titiller notre système cardio-vasculaire , pour rester d’autant plus accrocher à sa voix de velours.
Le feu et la glace !

Déjalo, déjalo asi, deja a esa gente, y quiéreme a mi.

« Como se baila se toca »:

Alors, question subsidiaire : Comment terminer un album comme celui là , déjà chargé en morceaux sublimes sans en faire un album salsa trop commercial ,au sens péjoratif du terme…?

…Et bien Issac a une fois de plus trouvé la juste voie (et quelle voix !) , un changuï traditionnel , pour revenir aux fondamentaux et comme pour nous rappeler une fois de plus ce qui pourrait caractériser son travail depuis toutes ces années :
la vérité est dans le mélange ( salsa vous dites ?) , mélange des traditions, des rythmes, mais aussi et surtout mélange des origines sans jamais renier sa cubania !

Et c’est en fade-out , progressivement , que termine ce « como se baila se toca » ,… como se toca se baila….comme si Issac et ses musiciens quittaient tout à coup le studio pour aller jouer dans la rue ….en la calle….et nous laisse avec cette impression d’avoir écouté un seul titre au lieu de 10…

Et c’est à ce moment là que vous êtes pris d’un réflexe humain et normal, appelé le syndrôme du « je n’ai pas bien tout entendu , j’en veux encore » qui consiste à remettre aussitôt le début de l’album.

Soyez rassurés , ce syndrôme est bon pour votre organisme et vous êtes au contraire invités à le transmettre autour de vous.

Mais…vous aller me dire…tu nous bassines avec la qualité musicale de cet album sans parler des musiciens justement, ce n’est pas un peu léger comme approche ?!
Sommes-nous sur le site www.fiestacubana-light.net ??

Pas de panique mes amis, j’y viens justement car ces musiciens méritaient un focus tout particulier .

On démarre par Sergio George , pianiste, arrangeur, producteur , j’en passe et des meilleurs. La garantie d’une production irréprochable, qu’on aime ou qu’on n’aime pas les artistes qu’il produit.

Isaac Delgado Jr : pianiste, fils du père et qui accompagne papa déjà depuis quelques années , notamment sur scène.

Gonzalo Rubalcaba : pianiste , jazzman et compagnon de route d’Issac depuis ses débuts.

Osmani Paredes : Autre pianiste de latin-jazz. Solo sur Como se baila se toca

Alaín Pérez : Bassiste, arrangeur, également timbalero sur le changuï final.
Il est le « son » d’Issac depuis « la primera noche ».

Israel López « Cachao »: la légende de la basse revient ici avec son archer pour un solo sur « Cemento, Ladrillo y Arena »

Dennys Savon alias Papacho : conguero déjà présent sur La formula et également sur le projet solo de Mayito « Llego la hora » (le solo de Negrito Bailador c’était lui ).

Giovanni Hidalgo: maitre des congas estampillé Puerto rico, qu’on ne présente plus également.

Les cuivres :
Dante Vargas, Michael Mossman : trompettes
Alberto Barros: trombones
Felipe Lamoglia, Javier Olivencia: sax

Ahmed Barroso Jr : tres

Et je termine par ceux qui , selon moi, réalisent un travail énorme sur cet album et qui sont pour beaucoup dans la réussite de cet album:

Les chœurs :

Guianko Gómez, Kevin Ceballo, Issac Delgado Jr : énorme travail de ces trois choristes qui font littéralement décoller les morceaux et donnent parfaitement la réplique à Issac.
On connaissait déjà bien sur les talents en solo de Kevin Ceballo mais là avec ce trio de choc …c’est un régal…

Et enfin…et sans bien entendu dénigrer le travail des autres musiciens responsable de la qualité de l’album…je vous prie de bien vouloir faire un triomphe pour Monsieur Percussion , énormissime timbalero devant l’éternel , en provenance directe du Vénézuela et véritable requin de studio , présent sur un nombre incalculable d’albums de ces 15 dernières années (et bien entendu sur Con Ganas d’Issac)….j’ai nommé…LUIS QUINTERO !

La précision dans le jeu par excellence !!
Un seul regret : l’absence d’un vrai solo mais bon, là je ne serais plus là pour vous en parler si ça avait été le cas !!

Issac est à un artiste à part entière, je le disais en préambule, et c’est un immense cadeau qu’il nous fait là.

Sa voix, sa générosité et sa rigueur musical sont restées intactes voir accrues par cet exil ( libérateur ? )

Il ne nous reste plus qu’à attendre de pied ferme l’annonce d’une tournée européenne .

Soyez donc rassurés, ISSAC DELGADO n’a perdu ni sa « formula », ni sa cubania et reste malgré les 90 miles qui le séparent de CUBA…

….El CHEVERE DE LA SALSA…et il n’a pas fini de nous enchanter de sa voix bienveillante.

Sa mère peut être fière de son crooner de fils…(que descanse en paz )

Issac, tu eres noticia de primera plana !

En primera plana, vu par Jack el Calvo

1/ Le contexte :

La nouvelle de l’exil d’Issac à Miami en décembre 2006 avait été (comme beaucoup d’autres exils) un choc… «Quoi ? Issac à Miami ?! Oh non!» Derrière ces mots la crainte de perdre artistiquement un des acteurs majeurs et adulés de la scène cubaine… Que nenni !!!!!

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la fidélité d’Issac à sa musique.

– Tout d’abord, ce n’est pas la première fois qu’Issac enregistre sous l’hégémonie latino aux USA. En effet en 1995, Issac signe avec le producteur vedette du moment Ralph Mercado et fait une grande tournée aux USA.
S’ensuit le fameux « Otra Idea » sous RMM en 1997 puis « Primera noche » en 1998 avant de rentrer finalement à Cuba… Ces productions avaient connu un vif succès et finalement ne décevant pas son public…

– Et comme de fait exprès, il est ici co-produit par un ex producteur de la RMM et ancien proche de Ralph Mercado : le grand pianiste et producteur qu’est Sergio George… On l’aime ou on ne l’aime pas mais ce musico-producteur est un véritable découvreur de talents : D.LG., Frankie Negron, Victor Manuelle, La India (découverte à partager avec Eddie Palmieri!) et les premiers excellents disques de Marc Anthony. Un courant novateur et d’air frais à l’époque…

Un courant que Sergio George nomme « Nueva Generacion ». Novateur par sa sonorité très moderne, ses arrangements particuliers et l’introduction pour la première fois du ragga. Le label Sergio George est alors une garantie d’une qualité de son, de respect de l’artiste et de la mise en avant de ses forces…

– Puis aussi parce que comme il le dit si bien dans son édito, Miami n’est que « el norte de la Habana » !!!! Il y retrouve donc une marmite bouillonnante de musiciens cubains plus talentueux les uns que les autres : l’immense Cachao qu’on en présente plus; le génie pianistique de ses premiers disques et un ami de toujours qui l’a aidé depuis le début de sa carrière : Gonzalo Rubalcaba !!! Et enfin son conguero parti avant lui (en précurseur ?!) à Miami, Papacho !

– Et enfin dernière raison : Issac est depuis ses débuts (après son départ de chez NG la Banda) d’enregistrements solo, fidèle à une sonorité, à une qualité qui n’a jamais trompé son public. Pourquoi commencer maintenant ?!! .

Issac est la garantie d’une qualité d’interprétations et de compositions…

images albums p 06 ete pb images 2.issac cabaret

2/ Le disque :

Issac et Sergio George ont-ils eu un accord secret ? Sergio place deux de « ses artistes » en échange d’une co-production : Victor Manuelle et Fragrancia?! Le nom de Gilberto Santa Rosa avait même circulé…

Et c’est donc ainsi que le disque commence : « La mujer que mas te duele » (Jorge Luis Piloto- Yoel Henriquez) en duo avec Victor Manuelle. Et comme un fait exprès, ce morceau commence avec la voix seule d’Issac… « Oui c’est bien moi qui revient… » Cette chanson est troublante à plusieurs points.

La sonorité du morceau ne trahit pas Issac mais sonne également typiquement Sergio George par les breaks, les arrangements des cuivres et les choeurs. Cette chanson trouble aussi car il faut quand même tendre l’oreille au départ pour se rendre compte que Victor Manuelle commence à chanter…!!

Il me semble qu’il tente de calquer à la voix d’Issac (sans jamais y parvenir…). Ce morceau co-signé par l’incontournable Jorge Luis Piloto (quelle usine à morceaux !!!!) sera ou est déjà pour sûr un tube dans le monde latino…

Puis c’est le moment pour lui d’affirmer aux cubains que son passé n’est pas que du passé mais bien encore présent et futur… Le « Medley » de 4 parmi ses plus belles chansons sont réarrangées par Alain Perez et avec au piano son fils Issac Jr. !

Cela commence par le sublime « Necesito una amiga » (interprétée par Issac à l’époque où il faisait partie d’NG la Banda) avec une intro très belle dans un style smooth jazz saxophone à l’appui et qui prend toute son ampleur dès que la voix d’Issac commence avec « La historia que vivimos… ».

Puis on appréciera la transition avec « Que pasa loco » écrite par… José Luis Cortes (NG La Banda)!! Un des grands tubes d’Issac dont l’esprit est totalement gardé intact. Et que dire de l’autre transition qui me fait vibrer dès qu’elle retentit ?

Une plage de synthé « agressive » pour annoncer une des chansons qu’Issac affectionne particulièrement puisque chaque fois que j’ai pu le voir en concert il l’interprétait… « No me mires a los ojos » composée par son ami et leader actuel de Klimax, Giraldo Piloto, rencontré chez NG la Banda…

Le lien est encore présent !! Puis il termine par son propre morceau « La Formula », réarrangée, modifiée, comme s’il nous transmettait que justement la formule, il l’a toujours…!!
Mais quel plaisir d’entendre ces morceaux raffraîchis même si forcément on trouve que le traitement de chaque thème est trop court !

« Soñé/La campana » : voilà un titre typiquement dans l’esprit de Sergio George. Les morceaux de reggaeton à l’origine « chantés » par le groupe phare actuellement à Cuba, Gente D’Zona.

L’introduction est un réchauffé de D.L.G., mais juste après la rythmique salsa et la voix d’Issac reprennent le dessus ! Fragrancia vient donc ici rapper et les breaks avec le piano sont typiquement ce que l’on peut retrouver par exemple chez Victor Manuelle, ainsi que les arrangements des trombones et des trompettes présents dans toutes les productions de Sergio George…

Pour la première fois, Issac intègre dans ses disques du reggaeton. Un titre très commercial encore une fois formaté idéalement pour fonctionner dans l’intégralité du marché latino…

Le morceau suivant est LE morceau all-stars. En effet « Cemento, ladrillo y arena » (José Antonio Mendez/Andres Echevarria) regroupe l’immense « maestro » contrebassiste Cachao (Cemento!), le grand pianiste Gonzalo Rubalcaba (Ladrillo!) (je conseille d’ailleurs aux amoureux de jazz, son disque solo « Solo » de 2006, magnifique de raffinement et de toucher, disponible chez Blue Note) et le non moins talentueux conguero et élève du grand cubain Changuito : Giovanni Hidalgo (Arena!). (anecdote : Issac lâche un « Aouh » en le présentant qui est le cri de guerre du cubain conguero Tata Güines !).

Chacun y va de son solo et fait de ce morceau un moment de pur bonheur musical. Gonzalo y fait un travail énormissime de raffinement et de travail sur le contretemps…

Cette chanson descarga chachacha est une reprise du guitariste José Antonio Mendez (1927-1989). Là encore Issac affirme haut et fort ses racines…et lâche à la fin lorsque le son baisse « Pa’ la gente de la Habana » !

« Vengo venenoso » est une reprise du grand guitariste compositeur chanteur ex-pilier de Ketama (groupe espagnol) Antonio Carmona. C’est pour moi un excellent titre dont la mélodie nostalgique convient parfaitement à la voix d’Issac. Il y inclut des passages de rumba qui enrichissent la structure musicale du morceau. C’est un très beau morceau…

Mais que dire du suivant ? Obsédant… L’introduction est obsédante et d’une grande beauté. « Paquito va » (Hiram Sanchez/Issac Delgado), seul morceau de l’album co-écrit par Issac est sans aucun une de mes chansons préférées de cet opus.

Une forme de cumbia de Colombie ? De murga de Panama ? Une bomba de Puerto Rico ? Peu importe, ce morceau finit en salsa et peu importe car c’est finalement l’idée, le thème de la chanson : « Paquito va pa’donde quiera !! Pa’ donde quiera que haya un bembé ! Pa’ donde quiere que haya una fiesta!!! »

C’est pour moi le meilleur titre par sa conception et par ses inspirations : comment ne pas penser à Willie Colon, à Ruben Blades et même à Willy Chirino… Et surtout, comment ne pas penser au titre « la Vida es un Carnaval » rendu célèbre par sa tante d’adoption Celia Cruz !!!

Cette dernière avait en effet pour habitude de l’appeler « mi sobrino » (mon neveu)… Et pour Issac, il est normal aujourd’hui de rendre hommage à une artiste et à un être humain (disparu le 16 juillet 2003) qui est pourtant en train de changer le cours de sa vie… Et puis comment ne pas avoir comme Issac la gorge nouée lorsqu’après réciter tous les pays d’Amérique Latine, il lâche un Cuba rempli d’émotions ??!!

« En primera plana » (Gradelio Perez Romero/Alain Perez) qui sert de nom à l’album est un morceau dans la pure lignée des vieux morceaux d’Issac Delgado. Et voilà certainement aussi pourquoi il est mon favori également de l’album…

La présence de Gonzalo Rubalcaba ne fait qu ‘accentuer cette sensation. Le refrain est un pur bonheur et Alain Perez fait à la basse un travail remarquable. Le final avec Issac chantant avec les percussions… Ay mama !!!!!!!! N’oublions pas le clin d’oeil à son ami d’exil Manolin el Medico de la Salsa « Y si te fuiste… »!!

« De 2 a 3 » (Gradelio Perez Romero/Alain Perez): idem que le précédent : tous les ingrédients de la vieille formula d’Issac sont bien encore présents : choeurs, breaks, arrangements cuivres, mélodie… Il saupoudre de références cubaines « Sabrosona » de La Aragon et « Eso que anda » de los Van Van. Très beau morceau qui me laisse cependant sur ma faim : 3’15 !!! C’est court !!!

« Deja esa gente » (Gradelio Perez Romero/Alain Perez): morceau énergique superbe. De l’orfèvre… Les mambos des cuivres est magnifiquement bien écrit.

Issac finit par un changüi traditionnel : « Como se baila, se toca » (Marcelino Ruiz Hipolito). Voilà une grande première pour Issac !! Au tres, le fameux Ahmed Barroso (admirable à la guitare électrique sur les enregistrements des Van Van et de Manolin live à Miami), au piano un solo magnifique de Osmany Paredes et aux Congas un duo Giovanni Hidalgo et son conguero Papacho.

Le Kaleidoscope musical d’Issac prend ainsi fin jusqu’à la prochaine production…

Un hommage au grand Alain Pérez qui est à la co-production (et quelle production mes amis… !), à la basse et a composé trois morceaux. (Alain Pérez, « la Sandunguita », c’est aussi lui qui l’a écrite..)

Et n’oublions pas de citer l’un des deux frères percussionnistes vénézuéliens Luis Quintero (déjà présent sur « Con ganas » de 1992 et sur « Prohibido »), qui a joué avec les plus grosses pointures : Oscar D’ Leon, Tito Puente, Celia Cruz, Eddie Palmieri, Ray Barretto, Cachao, Gato Barbieri, Marc Anthony, Gonzalo Rubalcaba, La India.

Je concluerai en affirmant que ce disque est sans aucun doute l’un de ses plus complets et accomplis à ce jour. Que la production , ce dont souffre la plupart des artistes cubains fait plaisir tant elle est propre et soignée.

Je dirai aussi que cet exil est bon pour lui comme pour nous, car avec un tel disque Issac va pouvoir rayonner de plus belle et de manière plus intense…
Issac a toujours été un événement à part entière et ses disques sont des diamants à stocker dans le coffre de son coeur et de son âme…

Ahora Issac va a ser noticia de primera plana !!!!

ISSAC DELGADO : En Primera Plana (La Calle Records: 2007)

1. La Mujer Que Mas Te Duele
2. Medley
3. Sone/ La Campana
4. Cemento, Ladrillo Y Arena
5. Vengo Venenoso
6. Paquito Va
7. En Primera Plana
8. De 2 A 3
9. Deja Esa Gente
10. Como Se Toca Se Baila

Crédits photos :
Photos par Indochino (1) et Dannyrose (2)

Anacaona – No Lo Puedo Evitar

HABAN’AHORA, à découvrir ahorita !!!

061228 une

HABAN’AHORA sort de l’oeuf et sort également un 4 titres qui désouderait tout sceptique de sa fausse…idée… Juan Carlos Avila, ex bassiste de Pedrito Calvo y la Justicia, est son fondateur et directeur de l’Orchestre. Juan Carlos vit désormais en Italie, à Brescia. Il a décidé de monter cet orchestre pour pouvoir exprimer et composer sa propre musique. Il déclare en toute honnêteté être influencé par los VAN VAN, sans aucun doute après avoir fréquenté pendant des années Pedrito Calvo… Comment ne pas l’être ?

Les compositions sont excellentes :
« Tremenda Changana » avec une rythmique et sonorité fortement influencées du ritmo pilon de Pachito Alonso dans ses meilleurs jours, et « Interesada » toute en finesse. Ces deux chansons sont interprétées par Pedrito Calvo Junior (fils de Pedrito Calvo en personne !). Pedrito Calvo Jr nous montrait déjà toute sa capacité vocale essentiellement sur le très bel album de Pedrito Calvo y la Justicia : « Raices ».

 

images articles 061228 avilaimages articles 061228 calvojr lenia
Juan Carlos AvilaPedrito Calvo Jr. et Lenia Diaz

« No es pa’ tanto » chantée par une jolie cubaine qui promet déjà : Lénia. Superbe voix appuyée par un tumbao de piano copié-collé sur César « Pupy » Pedroso en solo ou à l’époque des VAN VAN… Sans aucun doute la meilleure chanson…

3 tubes de très grande qualité… Inutile de dire que des Dj’s en feront sans aucun doute bientôt une rallonge pour atteindre vos tympans avertis…

Juan Carlos annonce déjà une future production… Le plus tôt possible sera le mieux !

images articles 061228 scene1images articles 061228 scene2
Pedrito Calvo Jr. et Lenia DiazPedrito Calvo Jr. et Eugenia Samon

LE DISQUE :
« Tremenda Changana» (2006, Miami Discos)
Tremenda Changana 5:01
No es pa’ tanto 4:03
Paradiso 3:07
Interesada 5:35

L’ORCHESTRE HABAN’AHORA :
Piano : José Antonio MONTES « pepe salsa » (ex Paulito)
Claviers : José Marcos CREGO (ex Klimax)
Basse et Directeur Musical : Juan-Carlos AVILA (ex Pedrito Calvo y la Justicia)
Percussions : Walter « Chato »REBATTA (A travaillé entre autres avec Celia Cruz, José Alberto El Canario , Ray Sepulveda…)
Trombone : AMAURY PEREZ ( ex Issac Delgado et tant d’autres !)
Trompette : Eugenio SAMON
Chanteurs : Pedrito CALVO Jr (ex Pedrito Calvo y la Justicia) ; YANI (ex La Frontera, ex choriste de Pedrito Calvo y la Justicia) ; Lenia DIAZ (nouveau talent prometteur !)

images articles 061228 lenia
Lenia Diaz
Anacaona – No Lo Puedo Evitar

NG LA BANDA ou le génie dans le coma…

060121 nglabanda

Le nouvel album 2006 d’NG LA BANDA laisse perplexe…
Il laissera pantois les amoureux de la période exceptionnelle…C’est vrai que celà fait déjà un moment que Cortes a pris un chemin divergent de la musique qui me fait vibrer…
Il intéressera les personnes ouvertes à tous les rythmes latinos, reggaeton, vallenato, merengue etc…
Mais pour moi ce n’est qu’une anecdote… 🙁
Je retiendrai de cette production une version vallenato-reggaeton de « Pobre Diabla » de Don Omar et une salsa « Pa’ que te montaste » qui mérite une oreille distraite…

Photo : Jean-François MARTIN

Anacaona – No Lo Puedo Evitar

CALLE 66, un projet musical hors du commun…

05 calle66 une

CALLE 66: « La Nueva Onda Cubana », est un disque conçu et réalisé entièrement à Cuba. L’idée de base est de réunir un groupe de jeunes chanteurs et musiciens cubains qui, l’année passée, ont démontré un talent évident dans chacun de leur groupe. Cela aussi afin de donner vie à une sorte d’école ou de tendance musicale cubaine faite de talents naturels affinés par des années de studio et d’expérience musicales, qui savent conjuguer l’amour pour le genre Caribéen et une sonorité plus contemporain.
Calle 66 comporte 13 chansons inédites et interprétées par 11 chanteurs : Noybel, Cuqui (Charanga Forever), Senor Cosquillita, Victor Felix, Yeny, Yuleysys, Mandy (Pupy y los que Son Son), Jaile, Larissa, Harold De Santos, Hector. Les genres (salsa, cha cha cha, son, fusión, bachata, timba, rumba, vallenato, conga et reggaeton), qui se réfèrent aux traditions musicales caribéennes et en particulier aux traditions cubaines, sont revisités selon les personnalités de chaque interprète et arrangeur, avec l’apport d’influences et de contaminations qui vont du rap, du reggae et de la pop. Calle 66 n’est pas une expérience isolée, mais représente la première étape d’un projet qui prévoit la réalisation d’une autre production. Pas inintéressant, pas toujours bon mais rien que pour le titre avec Mandy, cela vaut le coup d’y jeter une oreille…