par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Fernando Trueba, France, Espagne, 2000, 108 minutes
« Calle 54 est un film musical sur la musique, comment elle se crée, comment elle surgit. Le scénario, ce sont les morceaux musicaux qui sont interprétés et que j’ai choisi. Le casting, ce sont les musiciens ; pour moi, ce n’est pas un documentaire, c’est une fiction, une fiction autrement. » (Fernando Trueba).
Dans ce film d’une grande richesse, Fernando Trueba a réuni une douzaine de musiciens de Jazz latino parmi les plus talentueux, presque tous installés à New York, pour nous offrir un florilège de ce genre musical. Argentins, brésiliens, Porto-ricains et bien sûr Cubains, ils ont convergé vers la métropole nord-américaine pour créer cette musique métissée, où chacun a apporté les rythmes et les sonorités de son pays d’origine.
La construction de chaque séquence est simple : quelques scènes d’ambiance, accompagnées d’un bref commentaire en voix off et d’un court interview, esquissent le portrait de l’artiste tout en présentant succinctement les principaux axes de sa démarche créatrice. Puis l’essentiel de la séquence est consacrée à l’enregistrement en studio d’un thème musical, restitué dans son intégralité.
La réussite est totale ; Le film parcourt la diversité des sources auxquelles le Jazz latino puise aujourd’hui sa richesse : rythmes d’origine africaine, tradition des big bands nord-américains, univers du Son cubain et sa petite soeur la Plena portocaine, incursion dans le Flamenco espagnol… Mais surtout, chaque séance nous introduit dans la magie particulière de l’un de ces grands artistes : tendresse chaleureuse du saxophone alto de Paquito d’Rivera, excentricité du trompettiste Jerry Gonzales au look de pirate des caraïbes, extases rythmiques du vieux sage Tito Puente, énergie musicale pure d’un Gato Barberi charismatique aux allures de personnage de Western décalé… Les pianistes sont particulièrement à l’honneur, avec le charme féminin d’Eliane Elias, la présence virile de Chano Dominguez, l’incroyable maestria musicale de Michel Camillo. Mention spéciale pour les retrouvailles de Bebo Valdes et de son fils Chucho, organisées à l’occasion du film, et qui donnent lieu à un duo pianistique d’anthologie où l’intense communion musicale est encore renforcée par les vibrations de l’affection filiale.
Une petite réserve cependant, en guise de conseil plus que de critique : ce film assez long (108 minutes) est d’une telle intensité musicale qu’il est difficile au spectateur de rester parfaitement concentré d’un bout à l’autre. On pourra donc, dans sa version DVD, le savourer en plusieurs fois, de manière à préserver la fraîcheur de l’écoute.
Fabrice Hatem
PS : le film est complété par Side B, un documentaire de 60 minutes sur l’histoire du jazz latino, largement basé sur les entretiens avec les musiciens de Calle 54, et que j’ai présenté de manière séparée dans un autre article de ces chroniques cinémaographiques.
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Otto Guzmán, Cuba, 24 minutes (accompagné d’un CD de 19 titres), 2007
Produit par la Egrem, ce coffret de deux disques (DVD+CD) a pour point fort la richesse de son matériel sonore. Mais il souffre d’une conception superficielle et d’une réalisation négligente.
Le DVD documentaire nous propose d’abondantes images d’archives sur les principaux artistes cubains ayant contribué à l’histoire du Boléro. Il comporte également de nombreuses interprétations, par des musiciens contemporains, des Boléros les plus célèbres. Les images des lieux de la Havane et de Santiago où cette musique est aujourd’hui jouée rempliront de bonheur les amoureux de Cuba. Enfin, le texte de commentaires est dit avec grâce par une charmante présentatrice qui se révèle soudain, au milieu du film, être elle-même une bonne chanteuse de Boléros.
Ce DVD est heureusement complété par CD un comportant une vingtaine d’enregistrements, souvent rares, parfois de grande valeur historique, de grands thèmes de Boléros et de Boléros-Son. La plupart sont interprétés par leurs propres compositeurs ou par l’orchestre qui les étrenna. Nous avons donc le plaisir d’entendre, réunis sur un seul album, Sindo Garay, le trio Matamoros, Teresa Vera, Pablo Milanese, le conjunto de Roberto Faz, Omara Portuondo, Amaury Pérez, etc. C’est donc un document exceptionnel qui justifie amplement à lui seul l’achat du coffret.
Ces grandes qualités sont malheureusement gâchées par la conception superficielle et le montage négligent du documentaire. Tout ce que j’en ai retenu est que le Boléro cubain est un genre musical chanté, d’inspiration romantique, ne dans l’oriente cubain à la fin du XIXème siècle, adopté au cours des années vingt par les cabarets de la Havane, popularisé dans le monde entier par la radio et le disque, et qui a ensuite donné naissance au genre dit « Feeling » sous l’influence de la musique nord-américaine. C’est peu et, pour tout dire, je le savais déjà.
Par contre, le DVD ne dit que très peu de choses sur les caractéristiques exactes – musicales, instrumentales, mélodiques rythmiques – de ce style, ni en quoi en quoi il se distingue de formes musicales voisines, comme le Boléro mexicain ou le Boléro-Son. Les étapes de son développement au cours du XXème siècle ne sont par ailleurs évoquées que de manière très superficielle, brouillonne et allusive. En particulier, si les conditions de l’apparition du Boléro dans l’oriente cubain sont bien décrites, le film se contente ensuite de nous montrer une succession désordonnée d’images fugitives sur les artistes qui l’ont incarné au cours du XXème siècle, et dont les noms ne sont même pas mentionnés à l’écran pendant la séquence (il faut attendre le générique final !!!). Rien n’est dit, par exemple sur César Portilllo de la Luz, un des principaux fondateurs du genre « Feeling » dans les années 1940, ce qui me semble une lacune totalement inacceptable.
La plupart des thèmes musicaux illustrant le DVD sont interprétés par des artistes contemporains peu connus, ce qui ne permet donc pas de retrouver la sonorité des enregistrements d’époque. Le travail de recherche iconographique est également très défaillant, le réalisateur se laissant trop souvent aller à la facilité d’images-clichés, souvent à la limite de la vulgarité, de couples modernes en train de s’enlacer sur fond de musique langoureuse. Enfin, le sous-titrage en français est honteusement bâclé.
Malgré la médiocrité de ce DVD documentaire, le coffret, grâce à la précieuse compilation musicale du CD, mérite de justesse de figurer dans la collection d’un mélomane cubanophile.
Fabrice Hatem
Renseignements : www.egrem.com.cu
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Carlos Alberto Garcia Airado, Cuba, 24 minutes (accompagné d’un CD de 22 titres)
Ce documentaire vivant et instructif fait partie d’une collection de coffrets produit par l’Egrem sur l’histoire de la musique cubaine. Il retrace le parcours du fameux Trío Matamoros, créateur dans les années 1920 et 1930 du Son moderne, style musical issu de la synthèse de la Trova santiaguera et du Son rural venu des collines de l’Oriente cubain.
Le film s’appuie sur une riche palette de documents : des interviews de musicologues ; des enregistrements parfois inédits ; un matériel iconographiques abondant ; des images récentes illustrant l’actualité du Son dans le Cuba d’aujourd’hui ; enfin, des témoignages d’artistes contemporains, comme Adalberto Alvarez, mettant en lumière tout ce que la musique cubaine d’aujourd’hui doit à Miguel Matamoros. Ce matériau est bien mis en valeur par un montage rythmé, aux articulations intelligemment pensées.
Le DVD est complété par un précieux CD proposant une vingtaine d’enregistrements du Trio Matamoros.
Quelques réserves mineures peuvent être faites. Faute d’enregistrements filmés antérieurs aux années 1950, on ne voit jouer dans le documentaire qu’un Trío Matamoros déjà âgé. Mais le cinéaste n’y est sans doute pour rien. On peut aussi trouver la durée du documentaire un peu trop courte au regard de l’importance du sujet. Mais il s’agit là d’un compliment en creux, témoignant de l’intérêt suscité chez le spectateur par ce film passionnant.
Au total, ce documentaire m’a beaucoup appris, en me faisant par exemple comprendre le caractère profondément novateur de l’œuvre de Miguel Matamoros, à chacune de ses étapes : création du Son urbain à Santiago par le Trío Matamoros ; popularisation de ce genre musical dans les cabarets de La Havane ; incorporation d’influences nord-américaines, à travers notamment l’intégration de la trompette dans une nouvelle formation, le Septeto Matamoros ; mise en valeur de l’héritage musical de cet orchestre par ses anciens membres les plus talentueux, comme Benny Moré, qui ouvrira la voie vers le Latin Jazz puis la Salsa.
Un coffret très utile pour comprendre une étape essentielle de la musique cubaine tout en se distrayant !!!
Fabrice Hatem
Renseignements : www.egrem.com.cu
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Jean-Paul Capitte, France, 1996, 52 minutes
Ce documentaire de très bonne facture constitue une précieuse initiation à la Salsa cubaine des années 1990. Il retrace tout d’abord, grâce notamment aux explications très claires du musicologue Olavo Alen Rodriguez, l’évolution de la musique populaire de l’île depuis ses origines métissées, faisant comprendre au passage que la Salsa n’en est que l’un de ses multiples et plus récentes expressions.
Les étapes du processus donnant naissance à la Salsa par transformation progressive du Son urbain sont rappelés de manière très pédagogique : modernisation du Son par incorporation d’influences nord-américaines dans les orchestres de la Havane des années 1930 et 1940 ; développement au cours des années 1950 et 1960 du Latin Jazz sur la côte est des Etats-Unis par fusion du Son modernisé avec le Jazz ; enfin essor de la salsa en Amérique du nord dans les années 1970 sous l’impulsion du label Fania rassemblant un groupe de musiciens de Latin-Jazz new-yorkais. Des séquences extrêmement instructives, quoique très concises, sont en particulier consacrées aux apports de Benny Moré, de l’Orquesta Aragon, d’Arsenio Rodriguez et de Felix Chapotin dans ce processus évolutif.
L’évocation très vivante de l’état de la musique populaire cubaine au milieu des années 1990, dans sa diversité, constitue un autre point fort du documentaire : formations déjà anciennes, devenues parfois de véritables institutions, comme le Septeto Nacional Ignacio Piñeiro ; petits groupes de musique traditionnelle comme Los Bohemios ou Atabey ; enfin grandes formations évoluant déjà vers la Timba contemporaine, comme les orchestres d’Elio Revé ou d’Adalberto Alvarez, Los dan Den, Los Karachis, le groupe Irakere de Chucho Valdés, Isaac Delgado, NRJ la banda… A noter également quelques images des Van Van d’il y a presque 20 ans, avec un Mayito encore tout jeune et un Pedrito Calvo inoxydable avec son éternel chapeau blanc.
Plages, rues, petits villages, lieux de villégiature, grandes scènes de la Havane, associations culturelles : tous les endroits où l’on danse et où l’on écoute de la musique à Cuba sont explorés, montrant la vitalité de cette culture populaire, la sensualité des corps dansants de tous âges, l’intimité complice entre les musiciens et le public. Les témoignages de nombreux artistes, en particulier Adalberto Alvarez et Elio Revé, forment un contrepoint bienvenu aux analyses passionnantes mais plus théoriques du musicologue. Enfin, le texte intelligent et sensible dit en voix « off » est visiblement écrit par un bon connaisseur et un amoureux passionné de Cuba.
Il faut saluer la performance du réalisateur qui parvient, pour ainsi dire, à faire tenir plusieurs documentaires en un, à travers des séquences très courtes mais très réussies sur la carrière de Benny Moré, sur la contribution décisive du groupe Irakere à l’évolution de la musique populaire cubaine dans les années 1980, sur la présence de l’héritage afro-cubain dans les orchestres d’Elio Revé ou d’Adalberto Alvarez, ou encore sur la réappropriation progressive de la Salsa nord-américaine par les musiciens cubains à partir de 1985.
Le documentaire date d’il y a presque 20 ans. Mais à y bien réfléchir, il s’agit là d’une qualité supplémentaire plus que d’une faiblesse. A mesure qu’il perd son caractère d’actualité, le film prend en effet une nouvelle valeur en tant que témoignage d’une époque. Après le Nosotros la Música de 1965, il nous offre ainsi un jalon supplémentaire pour parcourir l’histoire de la musique cubaine moderne et aborder intelligemment, muni du recul donné par la connaissance de ce passé, l’époque contemporaine et son actualité quotidienne trépidante.
Fabrice Hatem
Distribution : TF1 vidéo
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Fiction animée de Fernando Trueba et Javier Mariscal, Espagne, 2011
La Havane, fin du XXème siècle. Un vieux cireur de chaussure, Chico, se souvient de ses vingt ans au début des années 1950, lorsqu’il était un jeune pianiste de talent. Il vivait alors une histoire d’amour sensuelle et passionnée avec Rita, une belle chanteuse aux yeux clairs, mi-artiste, mi-putain. La Havane, New York, Las Vegas, Paris : de succès en débine, ils passeront ensuite toute leur vie à s’aimer, à se perdre et à se retrouver.
Pas d’acteurs en chair et en os dans cette œuvre. Un dessin animé de style naïf, façon Marianne Satrapi, restitue de manière très crédible les atmosphères successives de la Havane, depuis l’époque de Batista jusqu’à celle d’aujourd’hui. Composée par Bebo Valdès, la bande originale – qui est en fait la véritable vedette du film – illustre superbement les évolutions de la musique tropicale au cours du XXème siècle, depuis les orchestres cubains de la grande époque jusqu’au Latin-jazz new-yorkais des années 1970.
L’œuvre dégage un puissant souffle romantique, mélange de Docteur Jivago, de Buena Vista Social Club et de Persepolis. On est pris d’une profonde sympathie pour ces deux héros d’encre et de papier ; et l’on souhaite de tout cœur que leur amour l’emporte sur les vicissitudes de la vie, qui semblent prendre, tout au long du film, un malin plaisir à s’opposer à leur bonheur.
Cette œuvre de fiction emprunte de nombreux éléments à la vie d’artistes réels. Comment ne pas voir dans le personnage de Chico une transposition du véritable Bebo Valdès, qui accompagna plusieurs années la chanteuse Rita Montaner avant de s’exiler en Europe après la Révolution castriste ? Et cet ancien musicien devenu cireur de chaussure, puis tiré de l’oubli par la visite d’artistes occidentaux passionnés, ne rappelle-t-il pas un peu Ibrahim Ferrer ?
Réalisé par Fernand Trueba, un grand amoureux du Latin Jazz, le film peut être considéré comme le volet fictionnel d’une trilogie sur le même sujet, intégrant un documentaire (Side B) et un film consacré à la création musicale (Calle 54). Petit dernier du trio, Chico et Rita a visiblement bénéficié des connaissances accumulées à l’occasion des deux autres films. On retrouve, criantes de vérité, les différentes atmosphères musicales de l’époque : luxe clinquant des cabarets cubains, puis énergie créative des Jam sessions new-yorkaises animées par Chano Pozo, Dizzie Gillespie, Charlie Parker…
L’érudit attaché à la précision des détails historiques, le mélomane passionné de musique cubaine, l’amoureux de La Havane et le romantique fleur bleue trouveront donc tous leur compte dans ce film à la fois instructif et attachant.
Fabrice Hatem
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaires de Tato Quiñones, Cuba, 1994, env. 75 minutes
Ce DVD constitue la seconde partie d’une série de sept très intéressants documentaires sur les cultes afro-cubains, produits par l’organisation culturelle Mundo Latino. Il contient lui-même trois documentaires d’environ 25 minutes chacun.
Le premier, Obi Dilogún Ekuele, nous présente les systèmes divinatoires associés à la Regla de Ocha ou Santeria. Utilisant, selon les cas, des bouts de noix de coco ou des coquillages, les babalawos (prêtres) pratiquant le culte d’Orula, le dieu de la divination, apportent réponses et conseils aux croyants qui s’interrogent sur leur avenir. Après quelques explications sur les règles d’interprétation des signes, le documentaire nous fait comprendre la fonction de la divination dans le système de croyances de la Santeria. Dans un monde qui est l’enjeu d’une lutte entre influences négatives (Osobo) et positive (Iré Aché), la pratique divinatoire fournit au croyant des repères pour éloigner les premières et attirer la protection des secondes. Le film aborde également de manière incidente quelques autres thèmes dont certains auraient mérité un développement plus complet, comme les racines africaines (plus précisément nigérianes) des croyances Yorubas de Cuba, la formation des Babalowos, ou encore la passionnante tradition orale des Patakin, la très riche mythologie associée aux croyances religieuses de la Regla de Ocha. Il est illustré par des scènes de cérémonie, des interviews de Babalawos et de spécialistes des cultes afro-cubains, ainsi que par des extraits de chansons de Salsa contemporaines évoquant les croyances de la Santeria.
Le second documentaire, Omo Oricha, est essentiellement consacré au thème de la foi. Plusieurs babalawos décrivent tout d’abord, dans des témoignages souvent émouvants, le chemin personnel, parfois douloureux, qui les a conduit à placer la Santeria au cœur de leur existence. Un long passage est ensuite consacré à la médecine traditionnelle et aux pouvoirs magiques des plantes. D’intéressantes scènes d’herboristerie et de pèlerinages destinés à l’accomplissement d’un vœu ajoutent encore de l’intérêt au propos. Nous comprenons ainsi peu à peu, aidés par les explications des adeptes comme des spécialistes, que l’essor actuel de la santeria à Cuba naît de la rencontre de deux facteurs : le besoin, profondément enraciné en l’Homme, de croire en une forme de transcendance et l’attitude spontanée d’identification à l’héritage culturel de l’île.
Le troisième documentaire est consacré aux cérémonies de célébration des Dieux de la Santeria, les Orishas. Appelés Wemilere, celles-ci incluent des danses, des chants et des jeux de tambours. Après un très rapide rappel de quelques fondamentaux (le panthéon Yoruba, le syncrétisme afro-catholique, une présentation des tambours sacrés Bata), le film est essentiellement constitué d’une succession de séquences de danses et de chants, dont chacune est consacrée à l’un des principaux Saints : Elegba, Ochun, Yemaya, Oggun, Chango, Babalu Aye, Oya, Obatala. Interprétées avec talent par une troupe réunie par l’agence Turarte, elles sont illustrées de quelques commentaires rappelant les principales caractéristiques de la divinité ainsi que la symbolique des mouvements de danse.
Cet ensemble de petits documentaires à la fois instructifs et passionnants, illustrés par un matériel audio-visuel de qualité exceptionnelle, nous fait pénétrer de manière très vivante au cœur de la Santeria dans ses différents aspects. A recommander à tous les publics, du néophyte complet au spécialiste averti.
Fabrice Hatem
Renseignements : mundolat@enet.cu
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Docu-fiction de German Kral, Allemagne, Cuba, Japon, 2004, 88 minutes
La Havane, 2004. Le chauffeur de taxi et aspirant-producteur Barbarito convainc le légendaire chanteur Pío Leiva, vétéran du Buena Vista Social Club, de former un groupe composé de jeunes talents pour participer avec lui à des tournées à l’étranger. Ils nous emmènent à la rencontre de différents artistes incarnant les tendances de la musique populaire cubaine d’aujourd’hui.
Malgré la grande qualité des interprètes, le film décrit à mon avis l’histoire d’un semi-ratage musical. Il est aussi très décevant sur le plan strictement cinématographique.
Le point fort du film est la qualité et la diversité de sa matière première artistique : Timba avec Mayito Rivera et le groupe Los Van Van : Boléros « feeling » interprétés par El Nene et son orchestre Los Jóvenes Clásicos del son ; Son moderne avec Luis Frank Arias Arias et Los soneros de verdad ; Latin pop avec Osdalgia et les Chiki-Chaka girls ; rap cubain avec Telmary et Los Interactivos ; Latin jazzavec le groupe du trompettiste Julio Padrón … et quelques autres, qui, écoutés séparément, sont tous excellents.
Mais lorsque Pìo Leiva tente d’agréger ces talents si divers au sein d’un groupe unique, nommé Sons of Cuba, le résultat musical est loin d’être convaincant. L’idée de mélanger Guarachas, Rap, Latin pop, Timba et Boléro « Feeling » dans une même chanson ne conduit, à mon humble avis, qu’à un magma stylistique, une macédoine musicale où les différents styles se succèdent en se heurtant au passage sans entrer en résonnance.
Cette impasse esthétique est encore aggravée par la médiocrité du film proprement dit. Pìo Lieva, déjà très âgé au moment du tournage, est exaspérant de cabotinage et forme avec le taxi-imprésario Barbarito un couple peu crédible et dégoulinant de bons sentiments. Les scènes de rue où les artistes se mêlent aux gens ordinaires paraissent souvent factices. La manière de filmer manque parfois d’originalité, avec des images dépourvues de la magie poétique de Buena Vista Social Club.
Le film mythique de Wim Wenders apparaît en effet comme l’aune à laquelle le spectateur se réfère spontanément pour mesurer, avec tristesse, la médiocrité de Música Cubana. Au lieu de la poésie simple et bouleversante dégagée par Ibrahim Ferrer, le cabotinage de Pìo Lieva. Au lieu d’un évocation à la fois coquine et romantique des femmes par Compay Segundo évoque les femmes, les propos machistes et la vulgarité de Luis Frank Arias ; au lieu de l’immense émotion musicale dégagée par les retrouvailles de vétérans géniaux de la musique cubaine, un mic-mac stylistique de circonstance ; au lieu des images sublimes de Wim Wenders, un Cuba de carte postale ; au lieu de la splendeur du Carnegie Hall, une salle de concert anonyme au Japon… Au lieu du pur Chan Chan interprété par son auteur, une version en manteau d’Arlequin juxtaposant les styles sans emporter la conviction…. et j’en passe.
Il n’est donc pas étonnant que l’on n’ait plus entendu parler, depuis 2004, du groupe Sons of Cuba, dont les intégrants de circonstance ont poursuivi séparément leur carrière après la fin du tournage, alors que l’orchestre Buena Vista Social Cuba continuera de nous faire rêver, même une fois ses membres disparus, à l’éternelle musique cubaine.
Fabrice Hatem
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Wim Wenders, Cuba, Allemagne, Etats-Unis, 1998, 100 minutes
En 1996, Ry Cooder et Juan de Dios Gonzales réunissent à La Havane un groupe de vétérans de la musique cubaine pour enregistrer trois albums, dont le fameux Buena Vista Social Club. Deux années plus tard en 1998, ils se retrouvent pour donner des concerts à Amsterdam et New-York, accompagnés de Wim Wenders qui réalise à cette occasion son film légendaire.
Pourquoi Buena Vista Social Club est-il, de très loin, le meilleur de tous les nombreux documentaires sur la musique latino que j’ai récemment visionnés ?
Le documentaire musical est un art difficile, toujours en équilibre précaire entre des exigences contradictoires. Il faut généreusement montrer la musique, mais sans lasser le spectateur par l’accumulation de séquences trop longues ; il faut raconter une histoire, mais sans que celle-ci paraisse factice ou convenue ; il faut donner la parole aux artistes, mais sans transformer le film en une succession d’interviews autobiographiques standardisés ; il faut faire un travail de recherche pour recueillir et transmettre les information pertinentes, mais sans excès d’érudition ; il faut faire sentir l’atmosphère dans laquelle évoluent les musiciens, mais en évitant les clichés sur la couleur locale ; il faut saisir le caractère et le charme des artistes, sans pour autant tomber dans l’hagiographie complaisante.. Il faut, il faut… En fait, c’est là une tâche presque impossible, que Buena Vista Social Club parvient cependant à accomplir.
Le film tire, il est vrai, son énergie primaire d’une situation dramatique exceptionnellement intense. Pendant près d’un demi-siècle, en effet, la musique cubaine traditionnelle avait disparu corps et biens, balayée par l’irruption du rock et de pop music, encore aggravée par les effets de la révolution castriste. Découragés, vieillis, certains de ses plus talentueux interprètes avaient pris leur retraite ou décidé d’exercer une autre profession. Et voilà qu’un jour de 1996, pratiquement d’un coup de baguette magique, elle renaît subitement de ses cendres, avec sa poésie et son énergie rythmique intacts, et des vieux musiciens inspirés jusqu’au sublime par l’émotion des retrouvailles.
Cette situation exceptionnelle, Wim Wenders sait nous la faire découvrir sans lourdeur didactique, laissant le spectateur reconstituer lui-même, au détour d’une confidence ou d’un souvenir, le fil de cette histoire aux allures de miracle. Comme Ibrahim Ferrer, devenu cireur de chaussures, mais qui, du jour au lendemain, enregistre un inoubliable Candela avec Eliades Ochoa dans les Studios de la Egrem.
Les amoureux de Cuba savent à quel point la musique et la danse imprègnent la vie de ce peuple, semblant littéralement naître de chaque pierre, de chaque coin de rue. Wim Wenders, là aussi, parvient à nous faire saisir intuitivement cette magie, par exemple à travers de subtils fondus-enchaînés entre une scène de rue où l’artiste égrène tranquillement quelques notes devant quelques voisins et un concert dans un lieu prestigieux où le même thème est acclamé par des milliers de spectateurs éblouis.
Les prises de vue rendent compte de manière magistrale de la poésie de la Havane et de l’émotion dégagée par la musique : Ibrahim Ferrer nous recevant dans son intérieur modeste où trône la statue de son Saint protecteur Babalu Aye, Ruben Gonzales jouant au piano avec ses mains tordues par l’arthrose au milieu d’une volière de gracieuses petites danseuses, Eliades Ochoa grattant sa guitare dans une gare de triage désaffectée, … Et comment oublier cette image tournante d’Omara Portuondo et d’Ibrahim Ferrer interprétant Dos Gardenias dans un duo d’émotion pure ?
Au cours des entretiens, chacun des artistes nous livre ses confidences à sa manière, sans suivre un plan préétabli. Ruben Gonzales nous parle d’Arsenio Rodriguez, Eliades Ochoa des maisons closes de Santiago où il jouait enfant, Compay Segundo de son amour romantique pour les femmes, et Ibrahim Ferrer de la période sombre où il dut abandonner la musique et exercer toutes sortes d’humbles métiers. Et ce puzzle un peu décousu restitue l’atmosphère et histoire de la musique cubaine de manière beaucoup plus évocatrice que ne l’aurait fait une démarche plus « objectiviste ».
Enfin, le montage, faisait alterner de manière à la fois surprenante et juste, images de rue, d’entretiens, de répétions, de concerts, aspire avec une efficacité irrésistible le spectateur dans l’aventure musicale et humaine du Buena Vista Social Club.
On sort du film le cœur empli de musique et de poésie, en n’ayant qu’une envie : appuyer de nouveau sur la touche « play » pour le revoir tout de suite.
Fabrice Hatem
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Fiction de Joyce Sherman Buñuel, France, 1999, 105 minutes
Un jeune pianiste français passionné de musique cubaine, Rémi (Vincent Lecoeur), débarque à Paris, où il est contraint de se faire passer pour cubain afin de pouvoir attirer des élèves de salsa. Il tombe amoureux de l’une de ses élèves, Nathalie (Christianne Gout), elle-même très attirée par celui qu’elle croît être un beau danseur de la Havane… Comment faire pour sortir du mensonge ?
Salsa est à la fois une comédie pleine d’humour, avec un petit côté Vaudeville, et un film musical très réussi. Les mésaventures de notre pseudo-cubain, entre invention d’une biographie fictive, apprentissage d’un faux accent, et séances de bronzage (intégral) pour faire illusion (jusqu’au bout), sont vraiment très cocasses. Les personnages des deux vieux artistes cubains au grand coeur chez lesquels il loge, même s’ils ne sont pas entièrement vraisemblables, attirent une sympathie profonde. La fête réunissant chez eux quelques compatriotes musiciens dégage une atmosphère d’authenticité. Le « happy end » à fronts (ou plutôt à nationalités) renversés donne chaud au cœur, même si on ne croît plus trop à l’histoire depuis un petit moment.
Mais la plus grande qualité du film tient à sa bande sonore : les parties de musique « live », interprétées par l’orchestre Sierra Maestra, nous offrent un Son modernisé tonique et joyeux. Quant aux scènes de danse, en général exécutées sur des thèmes célèbres de la Fania, elles sont chorégraphiées avec assez de liberté pour préserver le sentiment de la fête et exécutées avec un talent qui captive le regard.
Une présentation assez véridique de la musique et de la manière d’être cubaines, des scènes de danse de qualité, une histoire d’amour à la fois émouvante et cocasse : Salsa est un film très réussi qui, près de 15 ans après sa sortie, a conservé toute sa fraîcheur.
Fabrice Hatem
Pour une fiche technique : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=22137.html
Pour quelques extraits du film : http://www.youtube.com/watch?v=EshJzv21Jz4
par Ahinama | Fév 26, 2013 | Films et DVDs
Fiction de Boaz Davidson, Etats-Unis, 1988, 98 minutes
Dans la banlieue de New-York, un jeune et séduisant danseur de salsa d’origine portoricaine, Rico, est sincèrement épris de sa petite amie, Vicki. Mais il attire également la convoitise de beaucoup d’autres femmes, dont celles de Luna, propriétaire du club de danse qu’il fréquente et qui veut en faire son partenaire de salsa. Il surveille par ailleurs étroitement la vertu de sa jeune sœur Rita, qui vit une histoire d’amour clandestine avec le meilleur ami de Rico, Ken. Le bonheur trouvera-t-il sa voie au milieu de toutes ces jalousies croisées ?
Le film coupe le souffle, de la première à la dernière seconde, par ses scènes de danse, avec, dans le rôle de Rico, un Robby Rosa explosif, bourré d’amphétamines naturelles et de testostérone. Certaines scènes de séduction dansées sont parmi les plus érotiques qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. Il y a aussi de très beaux ballets, où chaque couple peut faire valoir, à tour de rôle, son talent.
La distribution musicale est également remarquable, faisant successivement apparaître Celia Cruz, Tito Puente, Mongo Santamaria, Willie Colon… Ce défilé superbe ne paraît d’ailleurs pas invraisemblable au spectateur, puisque l’intrigue est censée avoir pour cadre un grand night-club New-Yorkais.
Mais au-delà de ses qualités musicales, Salsa est également une comédie de moeurs très réussie. Rico en macho latino séduisant et un peu immature, homme-objet de désirs féminins impérieux, est tout à fait touchant et crédible. Tout comme sa sœur Rita, une adolescente en mal d’émancipation. Il y a de plus dans ce film un petit relent de Scarface (la possessivité trouble du frère pour sa soeur) et de La fureur de vivre (l’immaturité juvénile au volant), qui ajoute piment et suspense.
Bref, c’est une oeuvre magnifique en ce qui concerne la danse et de la musique, avec en plus un scénario bien conçu et des personnages psychologiquement intéressants. Et surtout, cela donne terriblement envie de danser la salsa…
Fabrice Hatem
Pour une fiche technique du film : http://www.imdb.com/title/tt0096030/
Pour regarder quelques images du film : http://www.youtube.com/watch?v=4unjPqgrugw
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