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Interview de Maykel Blanco – Avril 2008

Interview de Maykel Blanco – Avril 2008

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Un orchestre qui doit encore faire ses preuves…
Une nouvelle année et de nouveaux projets. Nouveaux chanteurs, nouvel album mais toujours fidèles à ce que nous sommes et qui vous anime.

Pourquoi j’ai remplacé Norberto et Ricardito ?

Après la seconde tournée en Europe l’année dernière, je me suis aperçu de nombreux problèmes à la fois musicaux et de discipline. Il s’est avéré que cela coïncidait avec le départ de Noro vers Simonet, qui reçut une meilleure offre. Cet orchestre possède derrière lui une longue histoire et une expérience de plus de 15 ans. Je suis fier de voir que les artistes que je découvre attirent l’oreille de directeurs musicaux tel que Manolito Simonet. Mes relations tant avec l’un qu’avec l’autre sont excellentes.

La nouvelle image de l’orchestre se rapproche beaucoup plus de ce que je recherche, et nous le démontrons chaque jours au public qui nous suit à chacune de nos représentations.

Pepitin, Yasser et Pavel sont les nouvelles voix de Salsa Mayor. Nous gardons la même énergie sur scène et peut être même plus, sans parler des performances vocales et scéniques.

Maykel Blanco y su Salsa Mayor

Nous espérons que le public européen accueillera avec le même enthousiasme notre nouvel album, puisqu’il est destiné au « bailador » au même titre que le précédent album Recoge y Vete. Il y aura des titres tels que :

– Si le gusta repite
– Que Buena Está
– Adivina Papá
– Quitate que vengo Boloao
– Maricela

Je pense que ces titres donneront du fils à retordre. Nous avons pu déjà constaté auprès du public européen, cubain et du reste du monde, que les nouveaux titres comme Anda y Pegate ou Ella Dice on reçu un accueil extraordinaire où les gens chantent et dansent avec grand plaisir.

L’influence de ces nouveaux thèmes rassemble beaucoup de styles musicaux issus de différentes cultures, tout en gardant une base qui est « le son » et les rythmes qui nous caractérisent dans le monde entier.

Personnellement cela ne m’intéresse pas de ressembler à quelqu’un ou pas, je ne fais pas de la musique pour les critiques ni les spécialistes. Ce qui me toucherait beaucoup serait que l’on me critique une note ou un accord mal fait. Mon objectif est de faire danser et de me respecter en tant musicien et créateur.

Si il y a des ressemblances avec d’autres groupes, ce que l’on m’a fait remarquer pour Los Van Van, j’éprouve beaucoup de fierté à ce que l’on me compare à la crème. Mais je pourrais vous citer beaucoup d’exemples depuis les débuts du « son » de groupes pour lesquels il y a eu et il y a encore des ressemblances.

Nous sommes actuellement à la radio cubaine, dans les premières places du top avec la chanson « Anda y pegate », et nous participons à un programme de télé très important intitulé Piso 6.

Lorsque l’on aura fini l’enregistrement, nous participerons à toutes les émissions TV pour la sortie du nouvel album.

Mon premier concert à Paris reste un des meilleurs souvenirs de toute ma carrière, et je voudrais remercier Orly pour le superbe travail qu’elle a réalisé. J’espère que le second sera encore meilleur, nous tenterons de nous surpasser. NOUS LE SOUHAITONS A TOUS.

Ensuite, pour notre retour à la Havane, nous continuerons à nous produire dans notre rendez vous habituel à la Casa de la Musica de Miramar les samedis à 17h et aussi sur toutes les places de la Havane et du pays en général.

Fin août, nous effectuerons une tournée au Canada où notre musique est très écoutée tout comme aux Etats Unis et en Colombie entre autres.

Très bientôt, nous vous enverrons les titres enregistrés en exclusivité !!!

Je parle au nom de tout l’orchestre pour envoyer un gros bisou à tous nos fans particulièrement à ceux de Fiesta Cubana et vous rappelons que tous les changements qui ont été effectués étaient pour le bien de l’orchestre. Nous sommes impatients de vous retrouver en France et de jouer pour la première fois en live « Ya Veras » le titre que j’ai composé pour Orly.

Los queremos
Maykel Blanco
La Havane, le 20 avril 2008

Rejoingnez mon myspace !

www.myspace.com/maykelblancoysalsamayor

Propos recueillis par Orly (Candela) et traduite de l’espagnol par Claire Larraga

Interview de Maykel Blanco – Avril 2008

Interview de Yanek Revilla Romero

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Yanek s’est d’abord fait connaître du monde entier par les videos de salsaville.com, puis par ses participations remarquées aux concours de danses de l’émission cubaine « Bailar Casino ». Concours qu’il a d’ailleurs remporté par deux fois en rueda, et une fois en couple. Champion du monde de salsa cubaine en couple et en rueda en Italie (San Marin) en 2004, il est considéré par beaucoup comme une figure emblématique du Casino – le nom de la salsa cubaine à Cuba.

Des vidéos valant plus que des mots, vous pouvez jeter un oeil sur youtube (pensez à le récupérer) :

Yanek et Diana en démonstration à Cuba
Yanek et Casino.com avec la rueda qui les a fait gagner le concours de l’an passé

Yanek étant un Ami de DobleF, nous avons eu le plaisir et le grand honneur de le côtoyer pendant quelques jours lors du festival Tempo Latino 2007, à Vic-Fezensac. L’homme nous toucha plus que le danseur, et une amitié naquit.

C’est autour d’un repas entre amis, à Toulouse, que nous nous retrouvâmes dans une ambiance très conviviale et chaleureuse. Axel choisit cet instant pour sortir le questionnaire qu’il avait préparé il y a déjà une dizaine de jours, en vue d’une interview. Aidé de Ricco, exceptionnel à la traduction, le Nelson Montfort Latino ((c) Pepino), l’interview s’est donc déroulée, enrichie de la participation des convives, et s’est transformée en une discussion passionnée où d’autres questions se sont greffées en cours de soirée. C’est ainsi que ces passionnés de culture cubaine se sont manifestés et régalés : La Mu, Laure, Titi, LaDiosa, Energia, Toulouse12, Papa, Didou Masta, Pepino, DobleF, et Kiriku.

Une interview menée par un fil conducteur, mais toujours dans un esprit plus proche de la discussion que celle d’une interview formelle (n’est-ce pas Juan ?), où nous avons eu le plaisir de voir un Yanek très passionné, très gestuel, et peu avare d’anecdotes et de sentiments.
Les écrits ne nous permettent pas de faire ressortir l’intensité et la passion palpables ce soir-là, mais nous espérons qu’un maximum de sentiments seront transmis.

* Qui es-tu ?
Yanek Revilla Romero. Né le 1er mars 1977, ex-joueur professionnel de base-ball, psychologue et maintenant danseur.

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* Gagnes-tu ta vie en tant que danseur ?
Oui, je travaille dans un hôtel public (donc employé par l’Etat), payé pour enseigner la danse aux touristes.
* Quand es-tu tombé dedans ? Tes parents sont-ils musiciens ?
Je dansais comme tout le monde à Cuba. La danse fait partie de ma famille, surtout du coté de ma mère. Il y avait toujours de la musique dans la maison depuis que je suis tout petit. Mon frère est percussionniste. J’ai toujours eu de la passion pour la danse mais je n’avais jamais pensé pouvoir l’exprimer. J’ai toujours eu une passion forte pour la salsa, j’ai d’abord été un musicien avant d’être un danseur. Mon premier amour, c’était la musique.

Je me suis vraiment impliqué dans le Casino il y a 5 ans, le 16 octobre 2002, avec le groupe casino.com, formé à l’époque uniquement par des membres de ma famille. J’ai alors commencé à créer.

* Qu’est ce qui t’as poussé à explorer les racines culturelles de la danse de ton pays ? (Afro-Cubain, Rumba…)
La salsa peut avoir de nombreuses définitions. Pour moi, elle est le résultat de l’évolution de toutes les danses cubaines. J’ai besoin de connaître les racines de la salsa, l’histoire et l’évolution des différentes danses.
* Comment te documentes-tu sur ces danses ?
Je dansais les danses populaires cubaines avant la salsa : cha cha, mambo, danzon…
Quand j’ai commencé à danser la salsa j’ai trouvé intéressant d’y intégrer ces danses populaires, puis d’apprendre en suivant l’afro-cubain et la rumba.
* Pourquoi n’as-tu pas intégré l’Ecole Nationale des Arts de La Havane ?
Parce que j’avais envie de danser la salsa, et dans ces écoles on n’étudie pas la salsa, mais les ballets folkloriques. J’ai fait partie du ballet folklorique Conjonto Folklorico d’Oriente, et aussi d’une compagnie de danse moderne, mais cela ne correspondait pas à ma vision de la salsa.
* Pourquoi avoir monté Casino.com ?
J’ai monté le groupe mais pas le nom. En fait j’ai été forcé de le faire, car j’avais des amis qui dansaient et qui voulaient participer à un concours international qui avait lieu à Santiago de Cuba. Nous avons monté la rueda en une semaine. Il y avait mes frères, mes cousins et leur compagne. C’était la naissance de Casino.com. Je pense que mes frères sont de meilleurs danseurs que moi. Ils dansaient avant moi, mais uniquement pour le plaisir, ils n’avaient pas les ambitions que j’ai eues par la suite.
* Comment définirais-tu Casino.com ?
Un groupe de danseurs qui partagent la même passion et les mêmes rêves, les mêmes ambitions.
Mais il y a une règle d’or : d’abord ami, puis danseur. Si tu n’as pas envie d’être mon ami, je ne te veux pas dans la troupe, même si tu es une star de la danse. Il n’y a pas de star dans mon groupe, que des amis.
* Comment recrutes-tu ?
C’est très difficile de recruter. Non pas parce que je suis exigeant, mais parce que peu de personnes ont à la fois les qualités et le désir de faire partie de Casino.com.
* Fais-tu des castings ?
Non, pas de casting. Les gens viennent me voir et me demandent de faire partie de la troupe. Je leur expose alors les règles, et les ambitions du groupe. « Partages-tu les mêmes rêves ? ». Je ne veux pas de personnes qui viennent pour qu’on les regarde. Il faut avoir de l’ambition, mais une ambition saine. Quand j’ai démarré Casino.com, j’ai annoncé haut et fort que je voulais être champion du monde. Quand je l’ai dit, je ne savais même pas qu’il y aurait un championnat du monde. Deux ans après, nous étions champions.

L’être humain doit viser haut pour avancer. Si tu penses que tu es limité, même si tu as du potentiel pour faire de grandes choses, tu n’y arriveras pas parce que tu n’y crois pas. Il faut avoir de l’ambition pour faire de grandes choses, et entre amis c’est plus facile. Quand nous sommes allés gagner un concours à Varadero, nous avons dû dormir à 14 dans une seule chambre. C’est à ce jour notre meilleur souvenir.

* Comment te vient l’inspiration ? (passes, chorégraphies…)
Comme tous les artistes, j’ai des moments d’inspiration. Ça arrive certains matins, lorsque je me réveille et que je reste allongé. Les figures viennent toutes seules. Je visualise tout dans ma tête, et lorsque j’arrive à l’entraînement ça va très vite car je sais déjà où sont placés les gens et ce qu’ils doivent faire.
Par contre, pour les cours c’est différent. Souvent, j’improvise sur le moment. Presque tout le temps en fait.
* Regardes-tu des vidéos ?
J’ai la chance d’être très inspiré en ce moment. Ça sort tout seul. Je n’ai jamais vu de vidéos. Même pas les miennes, les vidéos que tout le monde a vues ici en Europe, je ne les ai jamais vues.
* As-tu un modèle, un danseur qui t’inspire ?
Non.
* Des chorégraphies de groupe sur scènes, de chanteurs ?
Non.
Je souhaiterais dire une chose. J’aime créer. C’est un défi pour moi de créer des choses. Si ça fonctionne ou pas, j’en suis responsable.
Ma meilleure inspiration et mes meilleurs critiques sont les garçons de mon groupe. Ce sont eux qui m’obligent à repousser les limites. C’est de plus en plus facile pour eux d’apprendre de nouvelles chorées, ce qui m’oblige à faire des choses plus difficiles.
* Combien d’heures t’entraines-tu par jour ?
Avant d’arriver en France, je n’ai pas dansé pendant trois mois. Normalement, un jour par semaine avec Casino.com. Hors période de compétition. Sinon c’est trois fois par semaine. Pour moi je ne m’entraîne pas, je danse, je danse, je danse, j’improvise en dansant. Je danse tout le temps, comme Kiriku (rires).

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* Que penses-tu de la salsa cubaine telle qu’elle est pratiquée en dehors de Cuba ?
Je pense que la salsa cubaine pourrait être mieux représentée.
Pour deux raisons.
La première, c’est le manque d’information. A Cuba on pourrait faire 800 DVD de salsa cubaine par an, il y a le potentiel en qualité, mais personne ne le fait, faute de moyens.

La seconde, c’est qu’une grande partie de l’émigration cubaine en Europe n’est pas constituée de danseurs de salsa. Nombreux sont les Cubains qui se disent : « Qu’est-ce que je vais faire ? Je suis Cubain. Je vais donner des cours de salsa. ». Au royaume des aveugles les borgnes sont rois. C’est une bonne chose d’un côté car cela amène de l’information, mais cela nuit à la qualité. Je pense que ça caricaturise la salsa cubaine. La salsa ce n’est pas des pantalons à franges et des chemises bigarrées. Si tu vas à Santiago de Cuba, tu peux voir un homme de 70 ans, habillé avec un pantalon, une petite chemise et des chaussures normales.

Je reprends. En un, le manque d’information. En deux : la majorité des danseurs Cubains qui émigrent sont de la ligne folklorique ou des danseurs de Rumba. Ils savent danser la salsa, mais ce ne sont pas des spécialistes.

Il y a encore une chose. Nous sommes en retard par rapport aux autres styles de salsa. Ils ont des règles normalisées, bien définies. Il y a une pédagogie standard pour les autres styles : LA, NY, portoricaine. Il y a des règles uniformes. Il y a des danseurs avancés de casino qui n’ont même pas les bases. Ils sont capables de faire 500 passes avec les bras mais ne bougent pas les pieds ni le corps, ils ne font rien. Certains font le dile que no d’une façon, d’autres d’une autre, il n’y a pas de pédagogie commune. Certains Cubains dansent sur le 3, sur le 5. Il n’y a pas d’unification.

* Comment souhaiterais-tu uniformiser tout cela ?
La revolución ! (rires)
* Ne penses-tu pas que toutes ces différences font justement la richesse de la salsa cubaine ?
Il n’y a pas de diversité à danser en dehors du rythme. Il n’y a pas de diversité si la musique te dit de danser sur le un et que tu danses sur le trois. « La musica es una sola », et tu danses pour la musique.
* Que penses-tu des différents styles des danseurs ?
Les différents styles c’est autre chose. Chacun a son propre style. Axel et moi on danse différemment, mais on danse tous les deux sur le un, on fait les dile que no comme ils doivent être faits, on fait les passes comme elles doivent être faites. C’est une chose d’avoir un style différent et cela en est une autre de ne pas respecter la musique. Tu peux faire les choses avec ton propre style, mais le casino a des règles. Il faut les respecter.
* Que penses-tu des autres types de salsa, y compris les dérivés de la salsa cubaine, comme par exemple le Miami style ?
Le Miami style est le pire. Je ne supporte pas que ce mélange puisse se considérer comme ambassadeur de la salsa cubaine. Ils dansent en cercle mais font des passes de portoricaine. Le pire dans cette dérive est la mise en valeur de passes L.A. Style (il mime des jetés de mains, le mouvement de tête du danseur inclus). Ce n’est pas de la salsa cubaine. Le style maniéré, bras en l’air, des filles dans les ruedas a été inventé par ces gens. On ne danse pas le Casino comme cela à Cuba.

Pour moi, les autres types sont une intention de faire de la salsa une danse de salon. Si tu regardes de la danse de salon, du patinage artistique ou de la portoricaine, c’est la même chose. C’est très chorégraphique. Les danseurs de portoricaine associent aux figures un jeu d’acteur, beaucoup de jeu théâtral.

* On est d’accord que chacun danse comme il le veut. Le plus dangereux n’est-il pas que l’on appelle salsa cubaine ce qui ne l’est pas ?
Exactement. On m’a présenté des références de la salsa cubaine qui ne le sont pas. Ils font du Miami Style. Si tu prends ces gens-là en exemple pour danser la salsa cubaine, tu te trompes de chemin, tu vas à l’opposé de ce que tu es venu chercher, et c’est le plus gros problème de la salsa cubaine. Beaucoup de gens croient danser la salsa cubaine, mais ils se trompent. Et quand tu le leur expliques, ils argumentent.
* Pourquoi cette tendance ?
Toujours à cause du manque d’information. Les gens ne connaissent pas bien la salsa cubaine.
Par exemple, les gens connaissent de moi ce qu’ils ont vu dans les vidéos de Salsaville. Ces vidéos ont été produites en 2002. Depuis 5 ans ma danse a énormément évolué. Depuis, les gens n’ont pas d’information sur moi ou aucun autre danseur Cubain. (ndlr : heureusement grâce à des sites type youtube on peut trouver de plus en plus de vidéos)
* Pourquoi les Cubains de Miami ne perpétuent pas la tradition de la danse telle qu’elle est dansée à Cuba ?
Prenez par exemple Manolin. Ses albums n’ont jamais été aussi bons que lorsqu’il vivait à Cuba. Je pense qu’il y a à Cuba une certaine magie que l’on perd en s’exilant.

Concernant cette tendance du Miami Style, j’ai peut-être une explication. Aux Etats-Unis, le marché est très influencé par le LA Style et le NY Style. Pour percer, il faut y ressembler, c’est pourquoi les gens mélangent. La danse en cercle, avec des figures de portoricaine. C’est ce qui fait vendre.

* Que penses-tu qu’il faudrait faire pour diffuser l’information en Europe ?
La première chose, et la plus difficile, est l’unification des Cubains en Europe. Il y a une grande compétition entre les Cubains ici, et s’ils ne s’unissent pas, on n’y arrivera pas.

La deuxième chose : il faudrait investir le marché avec des DVD de salsa cubaine. Un exemple : certaines personnes sont très connues dans la salsa NY Style. Ils sortent des DVD avec des figures très compliquées, avec les bras, mais ils ne dansent pas, ne font jamais de démos. Et pourtant leur style est le plus connu du monde en Salsa NY Style. Et tout le monde veut apprendre leurs passes. Tout ça grâce au support d’information.

Je pense que le marché est désormais assez mûr pour que l’on diffuse des DVD sur la salsa et la culture cubaines. Les gens s’intéressent de plus en plus à l’histoire, aux danses Afro-Cubaines, à la Rumba. Il faut profiter de l’essor de la musique cubaine et de la présence d’orchestres Cubains en Europe pour surfer sur cette vague.

* Tu as dit tout à l’heure que Manolin avait perdu sa magie en partant de Cuba. Que penses-tu qu’il t’arriverait si tu partais de Cuba pour un contrat de deux ans en Europe par exemple ?
Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais pensé à partir de Santiago de Cuba. Si jamais je devais partir de Cuba… Je ne le vois pas… Si je devais partir… Je ne sais pas… Si demain ça devait arriver… Ça n’arrivera pas (rires)… Supposons que je devienne fou, que je tombe amoureux et que je m’en aille, ce sera six mois ici, et six mois à Cuba. C’est la seule façon. Pas par peur de perdre la magie, mais pour mon coeur, je ne peux pas vivre sans Cuba. Sans Siantago.
* Quelle importance accordes-tu à la musique ?
C’est tout pour moi.
* Quels sont tes groupes préférés ?
Los monstros : l’Orchestra Reve, Adalberto Alvarez, Pupy y los que Son Son, Van Van, et Manolito Simonet. Ces cinq groupes sont les cinq monstres de la musique cubaine. Les grands resteront les grands.
* En ce moment est-ce que les nouveaux groupes de timba arrivent à percer à Cuba, genre Maikel Blanco ?
J’ai une opinion très personnelle à ce sujet. Je pense que les nouveaux groupes doivent trouver de nouveaux chemins. A Cuba si tu fais écouter Maikel Blanco à quelqu’un qui ne connaît pas trop, il pense que c’est du Van Van. C’est pour ça qu’à Cuba personne ne sait qui c’est.
* Alors pourquoi toi tu connais ?
Parce que je suis un fanatique de musique.
A Cuba, ils connaissent le groupe grâce à Sotomayor. Si tu demandes qui est Maikel Blanco, ils ne sauront pas, mais si tu parles du groupe de Sotomayor, alors ils te diront : « Ah oui, Maikel Blanco y su SalsaMayor, je connais, c’est bien ».
* Penses-tu qu’ils font du plagiat ?
Le problème est que le format est le même, violon, flûte, trombone,… Ils ont les mêmes instruments que Van Van, il y a forcément du plagiat. L’influence n’est pas la copie. Je suis un fanatique de la musique cubaine, et je peux te dire qu’il y a des phrases de cuivre qui sont exactement les mêmes que Van Van, des improvisations des chanteurs sont copiées sur Mayito Rivera. Pour moi c’est trop proche. A mon avis, ils vont trouver leur propre chemin, mais ils doivent changer des choses.
* Tu penses donc qu’en dehors des monstres il n’y a pas de nouveaux groupes qui peuvent monter ?
Si si, il y a Azucar Negra, Bamboleo, Bamboleo c’est un train, ils sont très forts !
* Mais Bamboleo n’est pas un nouveau groupe ?!
Non ce n’est pas un nouveau groupe, mais Bamboleo change tout le temps : Bamboleo avec Haila, Bamboleo avec Vania, Bamboleo avec Tanya, demain Bamboleo avec Diana (en regardant LaDiosa – rires)… S’il vous plaît, il faut maintenir une ligne vocale. Quand les gens écoutent, il faut qu’ils puissent reconnaître les chanteurs de Bamboleo.
* Est-ce que des gens qui sont partis de groupes arrivent à percer, comme par exemple Tirso Duarte ?
A Cuba, les grands ne sont pas les chanteurs, contrairement à Porto Rico où il y a Gilberto Santa Rosa, Marc Anthony, etc. A Cuba les grands sont les directeurs d’orchestre. Il n’y a qu’une personne à Cuba qui est partie d’un groupe et qui est devenue plus grande que ce groupe, c’est Issac Delgado. Il est sorti d’NG La Banda et est allé plus haut qu’eux.

Tirso Duarte à Cuba a fait partie des très grands moments de la Charanga Habanera, il a chanté avec Pupy y los que Son Son, et maintenant, il ne peut pas faire mieux que ces deux orchestres. Qu’est-ce qu’il se passe à Cuba ? A Cuba il y a tellement de qualité et de compétition que les gens sont très critiques, ils aiment bien comparer. Michel Maza était la voix de la Charanga Habanera. Tout seul il ne fait pas mieux. Les Cubains aiment la musique, les chanteurs ne viennent qu’après. Il faut que les orchestres se stabilisent pour devenir grands.

* Issac Delgado ? Un monstre ?
(Il tape son poing contre son coeur.) Oui un monstre, intemporellement un monstre. On reconnaît son timbre et sa touche en deux secondes.

Maintenant, son dernier disque, celui qu’il a fait aux Etats-Unis (ndlr : En Primera Plana),… (il fait la moue), son disque précédent ? Meilleur. Et le disque précédent ? Encore meilleur. Et l’autre ? Encore encore meilleur. Le nouveau ? (en espagnol dans le texte) : « muy, pero muy portoricano » (rires). Très portoricain. Il a perdu la magie de Cuba. Il a gagné en qualité technique avec Giovanni Hidalgo, avec Cachao, mais même avec ça, le produit n’est pas aussi bien qu’il était avant.

* Que penses-tu des évolutions de la musique et de la danse à Cuba, et de l’influence du reggaeton ?
D’abord la musique. Deux choses. La première, il y a les monstres, ceux qui continuent à créer de nouvelles sonorités et qui font avancer la musique. Puis il y a les médiocres, ceux qui font de la musique commerciale, du reggaeton, des Boys Band, avec cinq « chicos bonitos » devant qui font crier les « chicas ». J’étais le plus grand fan, le plus grand défenseur de la Charanga Habanera, jusqu’à la sortie de Charangero Mayor. Depuis Soy Cubano Soy Popular, la Charanga se meurt.
* OK, mais que penses-tu des « monstres » qui rentrent dans cette tendance, comme Manolito par exemple, avec Control ? (ndlr : le titre reggaeton de Manolito y Su Trabuco)
Manolito n’a fait qu’un titre de reggaeton. Avec un titre tu ne peux pas parler de tendance. Ils ont fait ce titre car leur nouveau chanteur (ndlr : Lazaro Diaz) vient de ce courant musical. En dehors de cette chanson, Manolito continue sur sa lancée.
* On revient sur le reggaeton, parce que les retours que l’on a des gens qui reviennent de Cuba sont que le reggaeton a une place de plus en plus importante au niveau de la danse et de la musique pour la jeunesse cubaine. Axel : Quand je mixe en soirée, les jeunes Cubains viennent me réclamer du reggaeton, ces mêmes jeunes qui ne connaissent pas forcément le répertoire des « monstres » comme tu les appelles. Ricco : A Cauterets, lors du concert d’Eddy K, tous les Cubains étaient en première ligne, connaissant les paroles par coeur. Lorsque Manolito est arrivé, El Indio chantant « Locos Por Mi Habana », j’étais le seul à l’accompagner. Le reggaeton ?

C’est la danse la plus facile pour tous les Cubains du monde entier ! Tu prends n’importe quel Cubain, il danse le reggeaton. Pour un Cubain, c’est plus facile que de danser le merengue. La facilité est la première raison. La seconde est l’influence de Porto Rico qui est juste à côté. A Cuba on capte les radios de Porto Rico où on passe du reggaeton à longueur de journée. Don Omar, Daddy Yankee, Wisin y Yandel, Hector, Tito El Bambino,… C’est encore une fois la facilité. On demande aux Cubains à l’étranger de bouger leur corps. C’est plus facile et plus spectaculaire de danser le reggaeton.

Une autre raison à Cuba, est que lors de l’organisation de soirées, on fait venir un DJ. A Cuba les DJ passent la musique qu’ils aiment eux, pas celle que les gens sur la piste aiment. Et les DJ à Cuba ne dansent pas. Et quand ils ne dansent pas : reggaeton. En plus, Il est plus aisé de mixer sur du reggaeton et ses rythmes très marqués sans couper les chansons, que de passer de la salsa. Chaque DJ veut montrer qu’il sait mixer mieux que son voisin, donc ils font ça sur du reggaeton. Ce qui explique aussi la mode de la musique techno dans certaines boites à Cuba. Mais à mon avis, ce n’est qu’une mode passagère. Dans deux ans la salsa continuera son chemin et le reggaeton se mourra. Après il y aura autre chose, mais il y aura toujours notre salsa. Je ne suis pas inquiet.

* Que penses-tu de l’influence américaine dans le reggaeton ?
Le reggaeton, socialement, c’est une manière qu’ont trouvée les latinos de ressembler aux rappeurs américains : les casquettes, les chaînes en or… C’est la même intention. De plus, les chanteurs ne dansent pas. Si tu regardes les clips, c’est la même chose. Un clip de Daddy Yankee c’est la même chose qu’un clip de Jay-Z : les filles dans la piscines, les grosses voitures… N’oublions pas que Porto Rico appartient aux Etats-Unis (ndlr : Porto Rico est un État libre associé aux États-Unis).
* Penses-tu que la danse influence la musique ?
Oui. J’en suis sûr. A Cuba on dit : as-tu été à la Trocha ? La Trocha c’est le thermomètre musical de Cuba. Quand les musiciens créent une nouvelle chanson. Ils vont jouer à la Trocha, pour tester la réaction du public. Si le public ne danse pas, ne suit pas, c’est que le groupe n’est pas bon. C’est pour ça que je te dis que les musiciens composent les musiques en pensant aux danseurs, et à la façon dont ils vont réagir.
* Qu’est la Timba pour toi ?
Il y a plusieurs courants dans la musique cubaine. Elle est très riche. Le Son, le Changui, la Charanga, la Guaracha,… Tu peux faire un disque avec 70 rythmes différents, parce qu’ils existent dans la musique cubaine. Mais la Timba est la force de la musique cubaine. C’est la terreur de la piste.
* Quels types de morceaux préfères-tu pour tes chorégraphies ?
En couple, Maraca, parce que c’est la vitesse, et que je suis fan de la musique à 500 à l’heure. Mon énergie, mon point fort, c’est la vitesse. Pour mon groupe, c’est la Revé. « Sa-sal-sa-salsa ! Kan kan kan… » (il chantonne l’intro de « Mi Salsa Tiene Sandunga »). Au final, les monstres.
* Mais tu ne prendrais pas une chanson des Van Van par exemple ?
Non, c’est vrai, je ne prendrais pas Van Van. Où est Kiriku ? (ndlr : référence à un de mes (Kiriku) chambrages sur Yanek dansant sur le 5 à Vic sur une chanson de Van Van) Kiriku m’a dit : « tu danses sur le cinq ! ». Oui, en effet, Van Van change le temps de la chanson. Van Van, Pupy, profitent des breaks pour changer les temps. C’est pour ça que je n’utilise pas leurs chansons.
* Que penses-tu du niveau de la danse en France ?
Meilleur que ce que j’espérais. Bien meilleur que je l’imaginais.
Je ne pensais pas que vous seriez aussi radicaux que moi, je pensais que j’étais l’unique radical, et je suis content d’en avoir trouvé d’autres comme moi (rires). (ndlr : le groupe Toulousain et ses invités présents le soir de l’interview sont connus et reconnus dans le milieu pour être des passionnés de musique et de danse cubaines).

Là où le niveau manque, c’est plutôt dans les ruedas. Il n’y a pas seulement de la danse en couple dans les ruedas. Elles manquent de chorégraphies pour passer au niveau supérieur. Il manque des troupes de danse, des groupes qui font des chorégraphies complètes de suelta, de couple, de rueda.

* Penses-tu que la salsa cubaine est une danse dédiée au spectacle ?
Pas à la base. Mais, sans le vouloir, cette danse est un spectacle en elle-même. Quand tu vas à Santiago et que tu vois un homme de 70 ans en train de danser avec le coeur, c’est spectaculaire. C’est le plus beau spectacle que tu peux voir. La danse est une thérapie. A Cuba, quand j’étais plus jeune, j’ai fait une étude sur l’influence du Danzon dans la vie des personnes âgées (nldr : Yanek a fait des études de psychologie). Les personnes âgées de plus de 70 ans ne faisaient plus rien, se sentaient inutiles (ndlr : sous-entendu attendant la fin). Cette étude a mis en évidence que la danse leur permettait de retrouver la joie de vivre, l’allégresse et parfois même l’amour…
* Quels conseils donnerais-tu aux gens qui veulent progresser dans leur danse ?
Si vous voulez danser la musique cubaine, il faut connaître la musique cubaine. Premièrement. Il faut être dans la musique. Il n’y a que comme ça qu’on peut la sentir. Autre chose : il faut aller à Cuba. Il faut vivre la salsa de l’intérieur à Cuba.

Il faut aussi se fixer des objectifs. Si tu sais que tu peux faire des choses, mets des objectifs qui sont au-delà de ce que tu penses. Tu sais danser la salsa. C’est bien. Maintenant il faut danser la salsa avec de l’afro. De la salsa en faisant de la rumba. Il faut que tu aies envie de connaître toutes les danses populaires de Cuba. C’est autre chose de connaître la culture cubaine que d’être simplement un danseur de salsa. C’est un autre niveau.

* Quels sont les messages principaux que tu fais passer dans tes cours ?
Que la danse c’est quelque chose de complet. La salsa cubaine ce n’est pas que des passes. Ma guerre est là. Ce que je vois c’est que beaucoup font des passes mais ne bougent pas les pieds. Je veux que les gens ressentent ce qu’ils font. Qu’ils ressentent la joie, l’énergie. Je ne veux pas que les gens soient juste en train d’écouter, mais qu’ils sentent la musique. J’essaie de transmettre ça avec intensité.
* Pourquoi ne viens-tu pas plus souvent, est-ce dur de sortir de Cuba ?
Ça ne dépend ni de moi, ni de Cuba. Ça dépend de l’argent que je n’ai pas. Cuba ne t’empêche pas de venir en France. La fois où je n’ai pas pu venir en France, c’était parce que la France n’a pas voulu me délivrer de visa, pas Cuba. C’est plus facile de dire que c’est de la faute de Cuba. Si tu veux venir en Europe, l’Europe exige que quelqu’un se porte garant de toi, que tu aies une assurance maladie, etc. Parce qu’ils considèrent qu’un Latino est un émigrant potentiel. Pour moi c’est un problème, parce qu’on pourrait faire de grandes choses ensemble. Un exemple : en Russie. En Russie, il y a une ville dans le Sud où j’ai vu une discothèque avec 300 personnes qui dansaient la salsa cubaine. Que de la salsa cubaine. Incroyable. Et pas un seul Cubain ne vit là-bas.

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* Et qui y enseigne ?
Les gens de Moscou. En Russie il y a un très bon niveau en salsa cubaine.
* Y-a-t-il quelque chose que tu voudrais rajouter ?
Oui. Je voudrais dire que je veux vivre avec intensité pour que la salsa cubaine, le casino, soit la plus dansée dans la monde, et que tout le monde aime la culture cubaine.
Danser la salsa ce n’est pas quelque chose que tu fais, c’est une manière d’être, une manière de ressentir les choses. C’est ce qui nous a poussé à nous retrouver ici tous ensemble.

C’est ainsi que se conclut la première interview que nous avons l’honneur de vous présenter. Nous avons eu des réponses franches et claires sur toutes nos questions. Sauf pour une qui me (Kiriku) tenait à coeur : « Te gustan las chipolatas » ? Nous ne le saurons jamais…

Vos rédacteurs exclusifs à Toulouse, Le Stagiaire et Kiriku, au nom de la bande citée en début d’interview…
Photos : Baba NGOM.

Interview de Maykel Blanco – Avril 2008

De La Pizza A Pogolotti !

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C’était un soir… A Rome, un vendredi 26 Janvier 2007 …Imaginez une boite dans la proche banlieue de Rome…Toute neuve…Magnifiquement conçue pour ce genre d’événements… Claudio, Indochino et moi débarquons dans un endroit quasiment vide… et devant la scène, Pupy…en train de discuter avec los que Son Son !!

Il nous accorde alors sans aucune difficulté mais au contraire avec plaisir une interview dans la plus grande intimité des loges…

Le nom que tu as donné à l’orchestre est très gai/joyeux: il est très musical et semble exprimer différentes choses…

Pupy : Le nom de l’orchestre comprend le mot Son dans divers sens: « Los que Son Son » fait référence au genre musical du Son mais aussi à la forme du verbe être, entendu comme « ceux qui ont le droit d’être »… et ceux qui n’y sont pas ne méritent pas d’y être.

Claudio/Jack : il y a une Guaracha sympathique que chantait le grand Cascarita dans les années 40 avec l’orchestre Casino della Playa qui s’intitulait « Coge pa’ la coda » et qui disait :  » los que son son son y los que no, van pa’ la cola, porque tu te pone alante si tu eres de los de atras, ocupa tu puesto y no discuta mas « …….

Pupy : Oui c’est un morceau d’anthologie de la musique cubaine mais c’est un pur hasard

Claudio/Jack : Qu’est ce que la Timba pour toi ? Comment est né ce mot ? De la Team Cuba ?

Pupy : La timba c’est une façon de nommer le Son moderne pour le fortifier puisque le mot Son semble un peu désuet/démodé surtout en dehors de Cuba. Cependant la racine de tout est le Son, qui est celui qui donne sens à toute la musique cubaine dansante. Le terme de Timba a commencé à se répandre pour chercher à insérer la musique cubaine dans des espaces internationaux. Il se trouve que moi je suis né dans le quartier de la Timba (NDLR : d’où les paroles de sa chanson « De la Timba a Pogolotti : « Yo nací en La Timba, rinconcito de mi madre, y a los cuatros años yo ya jugaba con la clave. Después nos mudamos y aprendí distintos toques, porque mi crianza la hice entera en Pogolotti…… » ) et je peux te dire que le mot Timba était utilisé quand on voulait exprimer l’approbation de la puissance rythmique d’un orchestre. Je me souviens qu’on l’utilisait déjà à propos de l’orchestre Ritmo Oriental… L’autre signification est une allusion à une confiture de goyave dont le contenant était une caisse en bois. Le terme « Pan con timba » (qui ensuite devint le nom d’un quartier de la Havane), était par extension, le pain à la confiture. Puis ce nom fut choisi par le Team Cuba pour baptiser la musique cubaine dansante contemporaine. De là, le terme se diffusait dans le monde entier. Quoi qu’il en soit ce terme était déjà utilisé par les musiciens qui étudiaient à l’ENA (Escuela Nacional de Arte). A cette époque à Cuba il n’était permis de jouer que de la musique « cultivée », et la musique populaire n’était pas très bien perçue. Mais arriva le moment où les jeunes musiciens qui aimaient la musique populaire commencèrent à se réunir pour jouer leur musique et ils le faisait en disant « Vamos pa’la timba! » Ceci se passa bien avant le Team Cuba.

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Claudio/Jack : Quels sont tes rêves en tant qu’artiste et en tant qu’être humain ?

Pupy : Mon rêve en tant qu’artiste est de continuer mon travail avec cet orchestre et savoir gérer le succès que le public cubain et international nous donne. Il n’est pas facile pour un orchestre cubain de connaître un tel succès en aussi peu de temps, avec tous les talents présents à Cuba. Si les gens continuent de danser et d’apprécier ma musique je suis heureux puisque c’est la musique que j’aime. J’aime aussi beaucoup le jazz dès que je peux dans mes moments libres. Mais je ne peux pas me considérer un jazzman et je serais ridicule si je me mettais à faire du jazz. Je perdrais toute l’estime reçue jusqu’ici et se serait une offense à tous les grands jazzmen présents à Cuba. En tant que père, je rêve de voir mes enfants se réaliser. Je rêve de la même chose pour mes neveux qui veulent poursuivre le chemin artistique de la famille : mon grand père, mes oncles, et surtout mon père qui joua dans l’orchestre Sensacion et le Conjunto Chapottin, ont tracé une voie dans laquelle j’espère voir se réaliser mes neveux. J’espère être encore vivant pour profiter de leur succès.

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Claudio/Jack : En ce moment à Cuba on donne beaucoup de place, peut être trop, au Reggaeton. Tu penses que ce phénomène durera encore longtemps ?

Pupy : Le Reggaeton a son espace à Cuba comme n’importe où dans le monde. En ce moment il est très populaire et c’est un courant qui a pris de la force. Ce qui est certain c’est qu’on ne peut pas aller à contre courant. Personne ne peut le dire le temps que durera ce phénomène. Lorsque quelque chose de nouveau arrive sur la scène musicale et s’impose comme une mode, il est difficile de juger le temps qu’il perdurera. Chaque courant musical marque l’histoire : la lambada eut son succès et de même le mambo à l’époque de Perez Prado, et encore aujourd’hui on le danse au Mexique ou au Japon. Comme n’importe quoi au monde il faudra attendre pour savoir quel est le destin du Reggaeton. Personnellement j’apprécie certaines choses du Reggaeton, et en déteste d’autres. Et comme souvent dans le Reggaeton tout sonne pareil il est plus facile pour moi de ne rien (il rit amusé).

Claudio/Jack :Il semble que le Reggaetton et la Timba soient concurrents en ce moment pour les jeunes générations cubaines…qui l’emportera ?

Pupy : La Timba a un excellent futur devant elle. En ce moment à Cuba une génération d’adolescents, des enfants de 8-10 ans, m’arrête dans la rue comme si j’étais leur idole. Je suis optimiste parce que c’est cette jeunesse de demain qui continuera à préférer notre musique. Au-delà de tout avec la qualité d’excellents musiciens, arrangeurs, et compositeurs présents à Cuba il ne manquera jamais de force et d’énergie nouvelle pour le futur de notre musique. C’est aussi ça ma mission.
Claudio/Jack : Le répertoire que tu joues dans tes tournées à l’étranger est-il le même que tu joues à Cuba ? Tous les morceaux de Timba (pas seulement les tiens) semblent adaptés à la danse de Casino…

Pupy : Dans la Timba il y a des morceaux très dansants et d’autres qui ne le sont pas. Par exemple, je ne présente pas ici certains de mes morceaux qui ne seraient pas appréciés pour danser. Un morceau comme « Calla Calla » demande un style interprétatif qui s’éloigne un peu du Casino, qui ici aussi, en Italie, a un grand succès. Des morceaux, en revanche, comme « La italiana » ou « el buenagente » ou « la borrachera », se prêtent mieux au public de danseurs qui montrent alors leur enthousiasme.

Claudio/Jack : Récemment dans ton orchestre tu as changé un chanteur (Pepito). Nous connaissons tous les talents de Pepito mais nous ne connaissons pas encore les qualités de son remplaçant…

Pupy : Ceux qui étaient furent excellents, mais ce qui y sont maintenant le sont aussi. Un de mes chanteurs (Mandy Cantero) vient juste de recevoir le prix de meilleur chanteur de 2006 (NDLR : il parle bien ici du FIESTACUBANA AWARD !!) , rivalisant et gagnant face à toutes les meilleurs voix de Cuba, incluant celles qui ne sont plus dans mon orchestre aujourd’hui (NDLR : Tirso Duarte) . Nous avons maintenant un nouveau chanteur qui s’appelle William et qui vivait en Italie. Il chantera certains titres du nouveau disque et il se débrouille déjà très bien sur les morceaux qu’il interprète pendant les concerts, les mêmes qu’interprétaient Pepito Gomez.

Claudio/Jack : Nombreux jeunes chanteurs cubains, parfois même avec piètre expérience, décident de se rendre indépendants et de créer leur propre orchestre. Turbulente jeunesse ou génialité précoce.

Pupy : Chacun est patron de sa propre vie. On peut éventuellement dire que tous ne possèdent pas les qualités pour monter leur propre orchestre. Il y a des talents qui ont la capacité de tracer leur propre chemin, et d’autres, aussi grands qu’ils soient, se prêtent mieux à être dirigés. Certains grands chanteurs sont sortis de leurs orchestres et ont échoué dans leurs nouveaux projets. Il n’est pas facile d’avoir son propre orchestre, les qualités requises sont nombreuses : être un bon compositeur, un bon arrangeur, avoir une bonne base financière, et tout cela ce n’est pas évident de l’avoir simultanément.

Claudio/Jack : Parmi les noms cubains qui sont en train de s’imposer on entend Maikel Blanco, qu’ ici en Europe est un des plus programmés sur les pistes de danse, avec de nombreux morceaux du disque « Recoge y vete ». Sa musique qui s’inspire de certains orchestres à succès, se présente comme un cocktail d’ingrédients déjà connus, particulièrement réussi et captivant. Tu le placerais parmi ce que tout à l’heure tu nous indiquais comme les forces nouvelles pour le futur de notre musique ?

Pupy : En ce moment Maikel Blanco a du succès et plait beaucoup puisqu’il a des sonorités proche des Van Van, Manolito ou même de nous. C’est un bon orchestre mais on ne peut pas dire qu’ils aient la popularité et l’intensité des Van Van, Manolito, Charanga Habanera, Adalberto, Bamboleo, N.G la Banba et de notre orchestre.

Claudio/Jack : Certains talents émergent et d’autres semblent s’évaporer dans les cieux de la Timba…Tosco, par exemple, semble définitivement perdu pour la Timba ?

Pupy : (il sourit) Tosco est un créatif agité-torturé-tourmenté. Je le connais depuis les premières années des Van Van lorsque nous jouions ensemble. Aujourd’hui il a un cercle classique, il a crée une école de flûte, il continue le reggaeton avec un groupe de six femmes…il aime beaucoup de choses et domine nombreux styles.

Claudio/Jack : Tu es également célèbre pour tes grands talents de compositeur. Parmi toutes tes chansons, une de nos favorites est « Con el destino no se puede mas », chanson que tu as dédié a ton fils décédé prématurément. Dans ce morceau il y a un solo de piano qui émeut par son intensité…

Pupy : Personnellement ce morceau, je n’arrive plus à l’écouter et encore moins à le jouer. Je dois être chez moi pour l’entendre. Tu peux en imaginer les raisons. (NDLR : cette chanson qui se trouve sur le disque « Azucar » de los VAN VAN, a été écrite par Pupy en hommage à son fils décédé…)

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Claudio/Jack : Parle nous du nouveau disque que tu es en train de préparer ?

Pupy : Le nouveau disque contiendra des morceaux de divers compositeurs : Angelito Bonne « Yo soy de donde tu quiera » que chantera Mandy. Deux morceaux d’un compositeur qui a déjà collaboré avec nous, Gustavo Cabana, il y aura également un morceau d’Enrique Bonne (le père d’Angelito) qui connut le succès avec la Orquesta Aragon, « il vigilante ». Puis 6-7 morceaux composés par moi-même. Il y aura un nouveau morceau dans lequel j’ai confiance : il s’appelle « la machucadera », il a un refrain qui à coup sûr aura grand succès « los hombres suben las manos y las mujeres mueven la caderas ». Un autre morceau que j’ai composé qui s’appelle « Olvidala » et un morceau composé par Mandy. Sera présent également une nouvelle interprétation du morceau « Batanga », un classique rendu célèbre par Benny Moré, il sera réarrangé par Changuito. Le disque devrait sortir sur le marché en septembre.

Attendez vous à un très beau disque et dès que je l’aurai terminé je le mettrai en circulation. Il arrivera certainement entre les mains de Jack afin qu’il le fasse connaître et aimer de mes fans français.

Claudio/Jack : Merci Pupy !

Pupy : Merci à vous Jack et Claudio de votre attention pour ma musique.
Puis, 30 minutes plus tard, Pupy monte sur scène et donne un concert d’exception avec un enchaînement de titres sublimes : « Que cosas tiene la vida », « Buena gente » « A la italiana », « La bala de Billy », « la Machucadera » (nouveau titre qui sera LE futur tube de Pupy !!), « La bomba soy yo » avec sa série de solos à couper le souffle , « la Borrachera » et en bis « De la timba a pogolotti »…

César Pedroso, quand il joue, a toujours ce regard affectueux sur ses musiciens et sur son public qui fait de lui un artiste hors norme… Son tumbao quant à lui est juste unique…
Mandy fut dans un grand soir encore une fois, transcendé par son Award avouera-t-il après !!
Je fus également séduit par le nouveau chanteur William en période d’essai qui ressemble fortement à Aramis tant au niveau vocal que physique…
Si le concert fut excellent, que dire de ce public plutôt tiède ?!

PS : Merci à Claudio Marucci pour son accueil exceptionnel et à Gaëlle pour la traduction !

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Interview de Maykel Blanco – Avril 2008

Interview exclusive pour Fiestacubana.net de BILL WOLFER / MAMBORAMA

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Il était une fois un pianiste californien qui fut le pianiste sur “Hotter than July” de Stevie Wonder, qui travailla avec Michael Jackson (l’un des synthétiseurs sur… « Billie Jean » c’est lui !), Paul Mc Cartney ou encore Shalamar et qui largua presque tout pour aller vivre à la Havane et y travailler avec les meilleurs musiciens de l’île…

Le génial Bill Wolfer nous revient donc très prochainement avec son 3ème disque « Directamente al mambo ». Ses deux premiers disques étaient de très haut niveau « Night of the living mambo » et « Entre La Habana Y El Yuma » (dont les invités prestigieux ne sont que Sixto Llorente « El Indio, » Manolito Simonet, « Pupy » Pedroso, et le leader de Klimax Giraldo Piloto !!), on s’impatientait d’un 3ème opus et c’est presque chose faite…

Après une mise en contact grâce à mon ami Leonel (l”Asterix” du Sud), il m’exprime sa joie sur son nouvel album qui est déjà mixé mais dont la masterisation est encore à finaliser. A priori 11 titres… Et là encore Bill Wolfer nous gratifie d’invités de marque, des génies du genre… Mais laissons-le parler, car cet homme est juste…passionnant !

Jack El Calvo : Bill, bonjour, peux-tu te présenter aux français qui te connaissent mal ? Mais aussi nous expliquer dans quel environnement musical tu es né ?

Bill : Bonjour. Wow. Qui je suis? Ne sommes-nous pas tous en train de chercher la réponse ? Bon, laisse-moi essayer. Ce dont je suis certain c’est que je suis un musicien ! Je me considère un bon musicien mais je suis loin de prétendre être un grand ou un important, j’essaie de faire au mieux ce que je fais… Je ne serai jamais Chucho (NDLR : Chucho Valdes) ou Mozart, mais j’ai encore des choses à dire avec ma musique.

Je ne suis pas né dans un environnement musical, je suis né dans l’Etat du Wyoming, que vous avez pu voir dépeint dans les vieux films de John Wayne. Le seul membre de ma famille qui jouait de la musique était ma mère, elle jouait du piano. Et bien que le Wyoming soit un bel Etat, la musique la plus populaire est la musique, qui ne m’a pas attiré quand j’étais plus jeune. J’écoutais de la pop et du rock à la radio, et j’ai toujours eu une affinité naturelle pour la musique, du moins de ce dont je me souviens !

Jack El Calvo : Parle nous de ta riche carrière musicale ?

Bill: J’ai été extrêmement chanceux. J’ai eu la possibilité de travailler avec des personnes qui sont mes idoles ! A la fin des années 70 , j’ai déménagé à Los Angeles, car j’ai réalisé que le Wyoming n’était certainement pas la place où il fallait être pour faire un carrière de musicien. J’ai obtenu un job dans le plus grand magasin de musique d’Hollywood, pensant que j’aurai ainsi la possibilité de rencontrer d’importants musiciens et artistes, et c’est ce qui s’est passé ! L’un d’eux était Ronnie Foster, qui était à l’époque le claviériste de George Benson. Je faisais des cassettes expérimentales dans le magasin avec des claviers quand il n’y avait pas de clients. Ronnie a donné une des cassettes à son ami Stevie Wonder, qui m’a appelé pour recréer ce son pour lui au studio. Stevie travaillait alors sur l’album Secret Life Of Plants. Ont commencé alors une amitié et une relation qui a duré des années.

J’ai appris bien plus sur la musique, sur l’écriture de chansons et sur la production avec Stevie que lorsque j’étudiais au collège !!

J’ai travaillé avec Stevie 2 ans et demi programmant des synthétiseurs dans les studios. A cette époque, j’adorais les synthétiseurs, et je n’étais pas mauvais pour obtenir des sons d’eux ! J’ai commencé à recevoir des appels d’autres artistes, mais je commençais à être frustré, parce que je voulais jouer, pas seulement être un « technicien ». Parfois, certains réalisaient que je savais jouer, et qu’ils pouvaient économiser de l’argent et ne pas appeler un claviériste pour jouer les sons que je créais !! Je crois que Michael Jackson était le 1er à le faire, quand lui et ses frères étaient sur le disque Triumph.

J’ai donc enchaîné avec le Jackson’s tour de 1981 où je jouais les claviers, et ce fut une expérience incroyable surtout de jouer devant près de 20,000 personnes au Madison Square Garden de New-York. Je n’oublierai jamais ça.

Après la tournée, j’ai fait une cassette démo de quelques chansons que j’avais écrite, et un proche de Stevie m’a eu un contrat avec Solar Records en tant qu’artiste et producteur. A la même période, Michael m’a appelé pour jouer sur son nouvel album solo, Thriller. J’ai joué sur Billie Jean, Wanna Be Starting Something et Beat It.

J’ai commencé à écrire des chansons et à produire des disques pour d’autres artistes, et le plus connu fut le Dancing In The Sheets de Shalamar du film Footloose. Ironiquement, ce n’est pas l’une de mes chansons favorites mais c’est celle qui m’a le plus rapporté d’argent !! Dean Pitchford a écrit les paroles de celle-ci ainsi que toutes les autres de l’album Footloose qui fut un grand hit à l’époque. La chanson a été nominée pour 3 Grammies, et tu n’as pas idée de l’émotion que cela a procuré à un gamin du Wyoming d’assister à la cérémonie des Grammy avec tout le beau linge de l’industrie de la musique.

J’ai eu une bonne carrière à Los Angeles pendant ces années, je travaillais tout le temps et j’adorais cela.

Bill Wolfer

Jack El Calvo : Comment quelqu’un peut abandonner son mode de vie américain pour vivre un mode de vie cubain ?!? Quel étrange parcours !

Bill : Oui, c’est bizarre n’est-ce pas ? Dans les années 90, la pop music a changé radicalement aux US. Je n’aimais pas la nouvelle direction, j’ai fait de mauvais disques en essayant de rester sur la bonne vague, mais j’ai compris qu’il m’était impossible de faire un disque dans lequel je ne croyais pas. Si ce n’est pas sincère, cela ne peut pas marcher. Alors j’ai quitté le business du disque, et j’ai commencé à jouer du jazz dans de petits clubs avec un trio. Mais, quelque chose manquait. Je recherchais un nouveau style de musique dans lequel je pourrai m’exprimer pleinement. J’ai découvert la musique cubaine pour la 1ère fois et cela m’a amené à faire mon 1er voyage à Cuba en Avril 2000. Cela a complètement changé ma vie. Je suis tombé amoureux non seulement de la musique mais aussi du peuple Cubain et le côté relax du mode de vie. « La vida es más tranquila aquí”, me disaient les gens, et ils avaient raison !!!

Alors j’ai fait beaucoup de voyages et à chaque fois j’y passais plus de temps. Maintenant je me sens mieux à la Havane qu’aux US bien que je ne finirai pas mes jours ici. J’ai plus d’amis proches ici à la Havane que je ne peux en avoir dans tous les Etats-Unis !! Au départ, c’était juste dans le domaine de la musique mais Cuba a une façon de te passer sous la peau et de s’imprégner !! C’est une culture unique qu’ils ont, et le peuple Cubain est un des plus extraordinaires au Monde. Ils sont intelligents, travaillent dur, drôles, relax, créatifs, et je pourrai continuer longtemps comme ça. J’ai passé la plupart de 2005 ici, écrivant et arrangeant le nouvel album de Mamborama, faisant quelques courts séjours aux US pour renouveler mon visa touristique.

Jack El Calvo : Comment as tu choisi le piano ?

Bill : Ha ha! Je ne l’ai pas choisi! Je voulais jouer de la batterie, alors ma mère m’avait arrangé des cours dans le magasin d’instruments de musique. Moi je m’imaginais débarquer dans les cours et m’installer derrière une énorme batterie, et être capable de tout casser. A la place le professeur avait une petite garniture en caoutchouc et une paire de baguettes et il m’a appris les rudiments. J’ai vite été lassé et j’ai abandonné les cours. Mais il y avait un piano dans la maison, et grâce à Dieu il n’était pas dans la même pièce que la télévision !! Mes parents m’auraient obligés à regarder des émissions qui ne m’intéressaient pas, et j’errai dans le salon, bricolant sur le piano. Celà a commencé quand j’avais 4 ans. Plus tard, ma mère m’a montré quelques accords de base, mais pendant que je commençais à trouver mon chemin autour du piano, j’ai commencé à apprendre des chansons simples de rock à l’oreille. J’ai continué comme ça et j’ai eu ma première leçon officielle de piano quand j’avais 19 ans.

Jack El Calvo : Raconte-nous comment Mamborama est né ?

Bill : Celà remonte à quand pour la 1ère fois j’ai découvert la musique cubaine. Je ne sais pas pourquoi cela ne s’était pas fait avant, mais c’est ainsi. Un ami musicien un jour m’a appelé pour me demander si je ne voulais pas venir voir un groupe cubain en concert à San Diego. Pourquoi pas, alors nous y sommes allés. Ca m’a complètement renversé le cerveau! Je ne pouvais pas croire ce que j’étais en train d’écouter! Le rythme était si complexe, la musique si sophistiquée, mais les gens dansaient dessus comme des fous. Le groupe était Chucho Valdés et Irakere, et là a commencé ma grande obsession pour la musique Cubaine.

Sur le chemin retour cette nuit, je décidais que je voulais apprendre à jouer cette musique. Par la suite, après avoir étudié quelques bouquins qui n’étaient pas si bons, j’ai décidé de réunir un groupe pour tenter de jouer cette musique dans des clubs locaux. Le seul Cubain de la bande à cette époque était Alan Diaz à la batterie, mais il avait quitté l’Ile quand il avait à peine 18 ans, et bien qu’il maîtrisait parfaitement la musique brésilienne avec 10 ans chez Sergio Mendes(!!), il n’avait jamais joué de la musique cubaine avant. Nous avons tous appris ensemble, et je suis arrivé à écrire des chansons pour le groupe. Après avoir écrit assez de chansons pour en faire un album, on est parti en studio et nous avons enregistré Night Of The Living Mambo. J’avais deux percussionnistes Cubains Nengue Hernandez et Jimmy Branly en plus pour donner un feeling plus cubain.

Mon idée à cette époque était juste de vendre ce CD lors de nos concerts. J’ai créé le site web Mamborama.com, et mis la musique en ligne pour que les gens puissent l’écouter. Un jour, j’ai eu un e-mail d’un DJ italien demandant un disque promo. Je lui en ai envoyé un, et ne pensais pas plus à ça. Huit ou neuf mois après, j’ai eu l’appel d’un marchand de disques de Turin demandant s’il pouvait acheter 200 exemplaires. Bien sûr que vous pouvez, ai-je dit, mais comment avez-vous entendu parler de Mamborama? L’italien a répondu : “Mais vous ne savez pas ? Toute l’Italie danse sur Mamborama!”. Ce fut le vrai départ de tout et cela m’a encouragé à aller plus loin. Sans les DJ’s, je ne sais pas si Mamborama existerait aujourd’hui!

Jack El Calvo : Comment as-tu réussi à réunir toutes ces stars ?

Bill : Bien, les musiciens Cubains ont tendance à être plus accessibles que leurs confrères de tous les autres pays du monde. Ils ont tendance à être plus ouverts et humbles. Lors de mon premier voyage à la Havane, j’ai eu la chance de rencontrer Manolito Simonet, Lázarito Valdés de Bamboleo et d’autres, et c’est depuis qu’une amitié est née et qui perdure encore aujourd’hui… Par la suite, à travers de nombreux voyages, j’ai dû connaître à peu près tous les grands musiciens de la Havane et ils me connaissent ainsi que mon travail. Puisque je n’ai pas une bande permanente à La Havane, je suis libre de sélectionner et de choisir parmi les meilleurs musiciens, d’enregistrer et de tourner avec. Sur le nouvel album, j’ai eu la possibilité de faire un casting comme les Directeurs de films !! Je me demandais quelle serait la personne la plus adaptée pour chanter telle ou telle chanson. Puis il me suffit de l’appeler et boom! Elle arrive !

Jack El Calvo : Celà sonne si bien…Tes deux disques sont juste…fantastiques !! Comment ont-ils réagi de voir un “Yuma” (ndlr : américain) venir et faire de la musique avec eux ? Des anecdotes croustillantes à nous raconter ?

Bill : Pour les cubains, je pense qu’ils le prennent comme un compliment qu’un “yuma” aime tant leur musique qu’il ait envie de s’exprimer lui-même et d’enregistrer. J’ai le plus grand respect pour la musique cubaine, et je pense qu’ils le réalisent, et cela a beaucoup aidé. Celà mais aussi rester humble car je me sens toujours comme un étudiant de la musique cubaine, j’ai encore beaucoup à apprendre.

Anecdotes? En voici une : quand nous enregistrions Entre La Habana Y El Yuma, nous étions tous prêts à faire une prise quand l’électricité a été coupée. Nous sommes tous sortis à l’extérieur pour attendre que les lumières reviennent, et cela a duré pendant 2 ou 3 agréables heures. On parlait, on regardait les filles qui passaient. La chanson que nous voulions enregistrer était un morceau instrumental, et je l’ai nommé Esperando La Luz (= en attendant la lumière !)

En voici une autre : au moment d’enregistrer les voix d’El Indio, je lui ai demandé avec laquelle il souhaitait commencer. “La Gata Loca, parce que je ne connais absolument rien de cette chanson.” J’avais oublié de lui donner la demo! Il a tout de suite appris la chanson dans le studio en 5 minutes de temps, et je suis encore stupéfié de voir combien il a été créatif, sur les choeurs, les bruits de chat et tout le reste. Il a vraiment donné vie à cette chanson…!!

Jack El Calvo : Est-ce que certains des musiciens ont décliné ton offre, ou as-tu réussi à avoir les musiciens que tu voulais ?

Bill : Non, personne n’a refusé, les seuls problèmes étaient ceux de planning. Toutes ces stars jouent avec les meilleurs groupes, et parfois quand je voulais les utiliser, ils tournaient en Europe, ou à une répétition, ce genre de situation. Bien sûr, ils travaillent en priorité avec leur propre groupe. C’est parfois très compliqué de tout mettre en place dans ces conditions.

Jack El Calvo : Parle-nous de ton 3ème CD ? Qui sont les musiciens ?

Bill : Le nouveau CD se nomme Directamente Al Mambo, et j’ai une tonne d’invités spéciaux sur cet album. Les chanteurs sont Tony Calá d’NG La Banda sur deux chansons, Robertón des Van Van, El Nene d’Azucar Negra, Carlos Kalunga ex-Klimax et Manolito Y Su Trabuco et Pepito Goméz de Pupy Y Los Son Son sur deux chansons. J’ai aussi les deux rappers de Cubanito 20.02 sur 2 chansons, bien qu’il n’y ait pas de reggaeton sur le cd, ils rapent sur le rythme de Mamborama, et c’est un super son, très frais. El Tosco d’NG joue son incroyable flûte sur une chanson, et mon trompettiste cubain favori Alexander Abreu est revenu d’Europe à temps pour enregistrer un solo.

Pendant qu’Alexander était en Europe, j’avais Robin Martinéz de Los Jovenes Clasico De Son pour jouer les deux parties des trompettes, et il a fait un superbe boulot. Amaury Peréz, le meilleur tromboniste de Cuba, a fait les deux parties de trombone. J’avais 3 différents bassistes; El Negrón de Pupy y los que Son Son , Roberto Vasquez le nouveau bassiste de Manolito, et l’incroyable Feliciano Arango, qui a joué pendant 15 ans avec NG la Banda et qui joue ici sur 4 titres. Il est génial. Roicel Riverón de Trabuco joue la batterie et les timbales, Evelio Ramos, aussi du Trabuco joue les congas, et Jorge Luis Guerra du Trabuco joue du guiro. Nicolas Gastón “Pescado,” joue deux morceaux au violon sur le danzón qui cloture l’album. Les choeurs sont de Sixto Llorente “El Indio”, David Bencomo (qui joue aussi de la flûte sur 3 titres) et Pepito Goméz. El Indio a aussi écrit les paroles de 4 des chansons.

Bill Wolfer et Sixto Llorente “El Indio”

Jack El Calvo : Joli programme !! Un rêve de musicien ?

Bill : J’ai l’impression de vivre un rêve ! Sérieusement, c’est surréaliste parfois. Mais mon rêve ou ambition, est de continuer de faire ce que je fais, et de faire de Mamborama un des meilleurs groupes cubains, même si c’est un Yuma le Directeur!

Jack El Calvo : Qui est ton pianiste cubain favori ?

Bill : Wow, il y en tellement! Puis-je juste citer quelques favoris ? Pour le jazz, Gonzalo Rubalcaba et Chucho Valdés sont juste impressionnants. Surtout Chucho pour sa technique. J’essaie de lui voler des choses, mais je ne serai jamais capable de jouer comme ça! Pour la timba, j’adore Pupy, il a un style si unique. Et Manolito Simonet a tant de conduite, de rythme et de saveur, que je peux pas me passer de lui !

Jack el Calvo : Peux-tu dire quelque chose à propos de l’embargo US , ou est-ce trop…risqué ?!

Bill : Pas risqué du tout. Je déplore l’embargo. Celà sert uniquement à faire mal au peuple cubain et a été inefficace pour changer le gouvernement cubain depuis 40 ans, pourtant il est toujours en place bien que les Nations Unies aient à plusieurs reprises condamné les USA. Pourquoi ? Parce que c’est devenu un business. Les Cubain-Américains riches à Miami donnent des tonnes d’argent aux politiciens pour leurs campagnes, et alors ils sont récompensés par les politiciens avec des sorts et un bon nombre de dollars d’impôts pour que des projets idiots essayent de miner le gouvernement cubain. Par exemple, Radio Martí reçoit des millions de dollars chaque année pour produire une propagande anti-Castro qui est diffusée sur l’île, mais les cubains ont bloqué la fréquence depuis des années. Personne ne l’écoute, tout le monde sait que personne ne l’écoute, mais l’argent continues de couler à flot. C’est absurde et injuste, et je suis reconnaissant que les cubains soient assez futés pour savoir que ce sont les actions du gouvernement des USA, et je n’ai jamais eu un problème avec un Cubain parce que je suis américain. Ils aiment bien les américains, et chacun a quasiment un proche ou deux qui vivent aux USA. Il serait temps de finir l’embargo car Cuba ne constitue aucune menace pour les USA, et les USA n’ont aucun droit de se mêler de leurs affaires, mais comme nous savons, les USA ont une longue, triste histoire de l’intervention où ils n’ont rien à faire. C’est une honte.

Jack el Calvo : Quel est ton meilleur souvenir musical ?

Bill : Un album dédicacé de Jimi Hendrix. J’ai été chanceux de pouvoir le rencontrer lorsque j’avais à peine 15 ans, et cet album est encadré et trône à côté de mon piano à la maison.

Jack el Calvo : Comment décrirais tu ce qu’est la Timba ? Je n’ai jamais lu quoique ce soit qui soit pareil!!

Bill : C’est parce que c’est si difficile à définir. Je pense que la Timba est un moyen de différencier la musique moderne et contemporaine de Cuba avec le Son plus traditionnel, ou de la salsa de Puerto Rico et de New York. Plus spécifiquement, c’est une fusion de Son, Rumba, de musique religieuse et folklorique Yoruba, du R&B Americain (Earth,Wind & Fire ou Kool and the Gang), et une touche de jazz. La clave vient de la Rumba, plus que du Son, les rythmes peuvent devenir très complexes, l’harmonie est souvent peu traditionnelle, et le niveau d’énergie explose le plafond parfois !! Des stéroïdes de salsa, c’est comme ça que j’aime la décrire !! C’est une musique qui est en perpétuelle évolution, et c’est exactement pour celà que c’est difficile de la définir. Désormais beaucoup de groupes de Timba incorporent du reggaeton dans leur mix. Ca change toujours et c’est comme ça que ça devrait être. La minute où tu dis qu’une musique est seulement comme ça et pas comme ça, tu pourrai aussi bien la mettre dans un musée car tu sais qu’elle n’évoluera plus !!

Jack el Calvo : Que penses-tu du succès du Buena Vista Social Club ? Es-tu le Ry Cooder de la Timba !!??

Bill : Ha ha ha! Le Ry Cooder de la Timba? Je ne sais pas. J’aimerai certainement avoir son niveau de succès, ça c’est sûr. Buena Vista Social Club a été à la fois une bonne et une mauvaise chose pour la musique Cubaine. C’était une bonne chose, parce que cela a fait découvrir la musique cubaine au Monde entier qui ne l’avait pas encore entendue jusque là. Soudain, les touristes commençaient à venir à Cuba juste pour la musique, à cause de cet album et du film. Cela a fait réaliser au gouvernement Cubain quelle valeur il y avait dans sa musique, et je crois qu’ils ont commencé à le prendre plus au sérieux.

La mauvaise part c’est que peu de personnes a réalisé que Buena Vista Social Club est la musique Cubaine des années 50 et comporte très peu de ressemblances avec la musique Cubaine d’aujourd’hui. Alors quelqu’un qui va voir Bamboleo à la Casa De La Musica aura des idées préconçues de ce qu’il va entendre, et sera quelque peu désorienté avec la folie sauvage que dégage Bamboleo en live !!! J’ai été une fois au concert de la Charanga Forever à la Havane, et parlais avec touristes canadiens qui étaient des fans du Buena Vista. Après deux ou trois chansons, même si le groupe jouait bien, ils se sont levés pour partir. “Nous retournons à l’Hôtel Nacional pour écouter un groupe du Buena Vista Social Club, nous voulons écouter de l’authentique musique cubaine!” “Mais c’est de l’authentique musique cubaine !!!!!!” J’ai protesté mais ils sont partis ! Les musiciens cubains sont vraiment frustrés avec ce type de réactions.

Jack el Calvo : Quel style de musique écoutes-tu ?

Bill : Tout, jazz, R&B, old-school funk, classique… Bien que durant les 5 premières années de ma grande obsession pour Cuba, j’écoutais exclusivement de la musique cubaine. Il y a tellement à absorber: Timba, Son, Rumba, Folklorique, Danzón, c’est très divers en soi. Maintenant je me remets à écouter tout style de musique.

Jack el Calvo : Un autre projet dans ta tête ?

Bill : J’ai enregistré un album solo qui devrait se nommer Dos Vidas. C’est totalement instrumental, jouer de la musique de Stevie Wonder et des choses que j’ai écrite il y a longtemps, mais avec les rythmes cubains et en petite formation. Ca va prendre du temps avant que je le finisse, à moins que je trouve un support extérieur, parce qu’il me faut mettre la priorité sur Mamborama. J’aimerai produire d’autres groupes cubains, j’étudie la possibilité. Et, j’ai déjà des idées de chansons pour le prochain Cd de Mamborama CD.

Jack El Calvo : Des connections avec la France ? Que représente ce pays pour toi ?

Bill : France a eu sa contibution pour la musique Cubaine, et la musique cubaine a inspiré des compositeurs français. Le Danzón a commencé avec des rythmes français et des formes, ammenés sur l’île par des Haïtiens profitant du soulèvement contre l’esclavage. Le Boléro de Maurice Ravel était inspiré par de la musique qu’il a entendu lors d’un voyage à Cuba.

Pour ma part, j’adore la France. Je reste toujours à Montmartre quand je suis à Paris, dans un endroit à l’écart des autres touristes et on s’y sent comme dans une petit village, tous les voisins se connaissent, et c’est facile de rencontrer des gens et de se faire des amis. J’ai été au MIDEM de Cannes deux fois, et celà a toujours été un bon moment, et bon pour le business. Et bien que les relations entre les USA et la France aient souffert sous l’administration Bush, les français ont toujours été adorables avec moi, aucun problème. J’ai de bons amis en France. Je veux amener Mamborama en France, allez, on y va ?!? (rires)

Jack el Calvo : Merci Bill !! As tu quelque chose à rajouter ou que tu aimerai dire ?

Bill : Ceci : Merci Jack, et à tous les DJ’s en Europe qui ont encouragé ces dernières années. Sans vous, comme je l’ai dit, Mamborama aurait probablement cessé d’exister depuis longtemps. Et merci spécialement à toi Jack pour ton intérêt dans Mamborama et ces questions pertinentes, j’apprécie vraiment.

BILL WOLFER, MARS 2006

« Directamente al mambo »

1) Mi Bailarina (B. Wolfer/Sixto Llorente)
Featuring Carlos M. Kalunga (Klimax, Manolito) and El Doctor from Cubanito 20.02

2) Puro Y Temba (B. Wolfer/Sixto Llorente)
Featuring Robertón Van Van

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3) Las Cubanas, Que Lindas Son (B. Wolfer/Sixto Llorente)
Featuring Alexei Sanchez Mesa, El Nene (Azucar Negra, Revé)

4) La Mentirosa (B. Wolfer)
Featuring Flipper from Cubanito 20.02

5) Taca Toco (B. Wolfer)
Featuring Tony Calá (NG La Banda)

6) Señorita Pajarita (B. Wolfer)
Featuring José Luís Cortés, El Tosco

7) No Mereces La Pena (B. Wolfer)
Featuring José Goméz, Pepito (Pupy)

8) Directamente Al Mambo (B. Wolfer)

9) Baila Conmigo (B. Wolfer)

10) Yo Con Mi Jolongo (B. Wolfer/Sixto Llorente)
Featuring Tony Calá (NG)

11) Ave Maria, Por Dios (Danzón)(B. Wolfer/David Bencomo)
Featuring José Goméz, Pepito (Pupy)

Interview de Maykel Blanco – Avril 2008

INTERVIEW DE JAN MIKLOS BOGDAN, fondateur de Soneros All Stars

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Ayant fait récemment la découverte de ce collectif et la critique de son disque, j’étais curieux d’en savoir plus.

Jack El Calvo: Bonjour Janne, peux tu nous parler de toi et de ton parcours musical ?

Janne: Bonjour, mon nom est Jan Miklos Bogdan. Mais ici en Suède mes amis m’appellent Janne, et mes amis Cubains Yanesito. Je suis né en 1968 dans une petite ville nommée Sandviken, à 200kms au nord de Stockholm. Ma mère est de Sandviken et mon père est de Budapest/Hongrie.>

Quand j’avais 10 ans, je jouais de la guitare électrique dans un groupe de Punk ! Et mon premier contact avec la musique latine, ce fût à mes 13 ans en entendant l’album de Carlos Santana  » Moonflower « . J’écoutais aussi Chick Corea « My Spanish Heart », Gino Vannelli « Brother To Brother », Mahavishnu Orchestra « Birds of Fire ». Puis à l’âge de 15 ans, j’ai débuté ma période où j’écoutais de la West Coast / AOR avec Earth, Wind and Fire, Chaka Khan, Al Jarreau par exemple.

J’ai toujours aimé les rythmes, les rythmes compliqués et syncopés, ce qui explique sans aucun doute mon goût pour le Changüí !!

Jack El Calvo: Tu joues du Tres, où as-tu appris et comment as-tu découvert la musique cubaine ?

Janne: C’était en 1993 , quand je me suis inscrit dans la classe de percussions latines.
J’ai étudiés les percussions Brésiliennes et Cubaines. J’ai commencé à jouer du Tres en 1997 et mon professeur était Gilberto « Papi » Oviedo. Et bien sûr j’ai écouté beaucoup Isaac Oviedo, Chito Latamblet, Arsenio Rodriguez parmis tant d’autres.

Jack El Calvo: Raconte-nous comment le projet Soneros All Stars a vu le jour ?

Janne: Bien sûr avec beaucoup d’inspiration du projet de Ry Cooder et du Buena Vista Social Club, d’Afro-Cuban All Stars et d’Elio Revé y su Charangon (Revé Matos). Mais je voulais faire un disque focalisé sur le changüí.

Jack El Calvo: Comment as tu réussi à réunir toutes ces stars ?

Janne: Tu sais, quand j’ai été à la Havane pour enregistrer cet album, le bruit du projet courait déjà partout chez les musiciens. Alors beaucoup de fameux musiciens fameux ont commencé à venir frapper à la maison de Sinsonte (Ndlr : Pascual Matos Aguirre ‘El Sinsonte’ ex-Chanteur de la Revé avec qui Janne a monté son projet), juste pour me laisser leur numéro de téléphone et faire savoir qu’ils étaient disponibles en ce moment et intéressés à participer au projet. Mais je savais déjà quelle formation je voulais pour Soneros All Stars. J’y pensais depuis 1 an et il n’était pas facile de réunir tous les artistes au même moment. Il était impossible pour moi de manager tous les petits détails de mon bureau en Europe, alors j’ai beaucoup été aidé par Sinson qui était lui sur place à la Havane. Mais faut savoir que tout le monde voulait faire partie d’un tel projet et y mettait donc de son mieux pour que les choses avancent.

Jan Bogdan

Jack El Calvo: Ca sonne si bien… Comment ont-ils réagi ?

Janne: Tout le monde était ravi de participer à ce projet avec de la musique cubaine géniale. Je pense qu’ils ont aimé le fait que cet album soit produit par un musicien ! Un bon musicien comprend mieux le processus musical et ce qu’il faut entreprendre pour obtenir un résultat du niveau attendu.

Jack El Calvo: Certains musiciens ont-ils refusé ton projet ou as tu vraiment réussi à avoir ceux que tu voulais ?

Janne: Au départ j’avais José Luis Quintana « Changuito » et Samuel Formell dans la section de percussions, mais quand on avait enfin tout le monde réuni, Changuito a dû parti en tour en Espagne. Malheureusement ! Peut-être la prochaine fois…

Jack El Calvo: Parle-nous de la star Arnaldo Jimenez, est-ce lui qui fait sonner ce disque comme la Revé ?

Janne: Moi et Sinsonte avons fait ce CD pour Soneros Records. J’ai demandé à Arnaldo de faire les arrangements et il a écrit la plupart des bases des partitions. Mais dans le studio nous avons travaillé ensemble et fait beaucoup de changements et ajouté diverses vocalises aux arrangements. J’ai ajouté aussi de la bomba et du masacote qui étaient absents au départ. Et après que les enregistrements soient finis, il a tout mis sur papier. Mais c’était un travail d’équipe. La grosse différence de son entre la Revé et Soneros All Stars est la présence des trompettes. C’est plus un travail d’équipe que le travail d’un seul homme.

Jack El Calvo: Elito Reve a-t’il fait part de quelque chose sur ce disque ?

Janne: Pas à moi, mais Sinson m’a dit qu’il l’aimait.

Jack El Calvo: Est-ce un hommage entièrement à Elio Revé ou au Changüí?

Janne: Aux deux je pense, ce CD a été enregistré dans l’école d’Elio Revé Matos.

Jack El Calvo: As tu le projet d’une tournée de concerts ?

Janne: S’il y a un tourneur qui veut me faire une offre… Les musiciens me demandent toujours :  » Quand faisons-nous une tournée ?? » !!

Jack El Calvo: As tu un autre projet en tête ? Un autre rêve ?

Janne: J’ai beaucoup de projets et de rêves excitants dans la tête, certain sont déjà planifiés et d’autres sont plus pour le futur. Par exemple, nous retournons en studio en Juin 2006 avec des chansons arrangées par César « Pupy » Pedroso et dans le line-up on retrouvera des noms aussi prestigieux que Manolito au Piano, Changuito aux percussions, Armando Cantero (NDLR : chanteur de Pupy y los que Son Son), Roisel Riveron (NDLR : batteur de Manolito). En tous les cas, merci de ton intérêt pour ce disque et un grand merci à tout ceux qui ont acheté ce disque . J’ai tellement de superbes retour du monde entier…

Jan Bogdan