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Juana Magdalena

Juana Magdalena

ImageL’oeuvre

Cette Timba a été enregistrée par La Charanga Habanera avec la voix de Dantes Cardoza dans l’album No me mires La Caratula en 2009.

Le texte est centré autour du thème très classique de l’amant malheureux qui reproche à une femme son inconduite et son manque d’amour pour lui.

Son interprétation commence par un long monolgue romantique du chaneur soliste, qui se transforme ensuite en Salsa déchaìnée avec l’entrée en action de l’orchestre.

L’album No me mires la caratula a rencontré à Cuba un très vif succès qui a permis à la Charanga Habanera de continuer à caracoler en tête des groupes les plus populaires de l’île, surtout auprès de la jeunesse.

Fabrice Hatem

 

Ses interprétations par la Charanga Habanera

En « live » pour le programme de la télévision cubaine Donde si no

Ses paroles en espagnol[1]

Sa traduction en français

Juana Magdalena (papeles)
(David Calazado y su Charanga Habanera)

Papeles[2] son papeles, promesas son promesas
Palabras de tu boca ya no me interesan
Me has dicho tantas veces que soy el hombre de tu vida
Pero reconozco tu alma de bandida[3].
Y tú juegas conmigo y por las noches
Quieres que sea tu abrigo yo
Pero yo estoy convencido
Que no soy tu destino. No, no…
Ya no me busques, ya no me ames,
Ya no me pienses, ya no me extrañes,
Fue tan duro lo que yo viví contigo
Que ya no quiero ni siquiera ser tu amigo…
(bis)

Ya no me busques, ya no me ames,
Ya no me pienses, ya no me extrañes,
Que yo seguiré mi vida
Aunque no puedo olvidarte.
Ay bandida bandida bandida bandida, la bandida
Mas bandolera, la que me da donde duele
Eres mi bandida, mi dulce bandida
Y aunque no vuelvas conmigo
Tu sigues siendo la mía, la mía,
Ay bandida bandida bandida bandida, la bandida
Mas bandolera, la que me da donde duele
Y aunque sigas acabando
Con la timba y con el tango
Y a ti te sigo queriendo mami y te regalo mi mambo…
Mambooooooooo…

Come me dolio
Que dolor que dolor que pena,
Esa niña se llama Juana Magdalena (rép)
Tu tienes que usar la cabeza muchacha
Analiza y piensa.
Come me dolio
Que dolor que dolor que pena,
Esa niña se llama Juana Magdalena
Si árbol que nace torcido
Jamás su tronco endereza
Come me dolio
Que dolor que dolor que pena,
El que tenga tienda que la atienda
Sino oye! sino que la venda
Que dolor que dolor que pena,
Esa niña se llama Juana Magdalena (rép)
Por eso te digo
Juana yo te quiero porque a mi me da la gana… (7)

Variante (non reprise dans le lien)

Ya no quiero verte, no puedo creerte
Recuerda el primer día fué tan diferente
Prefieres a la gente que tenerme a mi en tu vida
No puedes esconderme tu alma de bandida.

Juana Magdalena (comédie)
(Traduction de Fabrice Hatem)

Un rôle n’est qu’un rôle, une promesse n’est qu’une promesse
Les paroles sorties de tes lèvres ne m’intéressent plus
Tu m’as dit tant de fois que je suis l’homme de ta vie
Mais maintenant, j’ai découvert ton âme de bandite.
Tu joues avec moi et la nuit
Tu veux que je sois ton abri
Mais je suis convaincu
Que je ne suis pas ton destin. Non, non…
Ne me cherches pas, ne m’aimes pas
Ne pense pas à moi, ne me regrette pas
Cela fut si dur, ce que j’ai vécu avec toi
Que maintenant, je ne veux même plus être ton ami…
(bis)

Ne me cherche pas, ne m’aime pas,
Ne pense pas à moi, ne me regrette pas
Je vais poursuivre ma vie
Même si je ne peux t’oublier
Ah bandite, bandite, bandite, bandite, la bandite
La plus bandite, celle qui me frappe là où ça fait mal.
Tu es ma bandite, ma douce bandite
Et même si tu ne reviens pas avec moi,
Tu continues à être la mienne, la mienne.
Ah bandite, bandite, bandite, bandite, la bandite
La plus bandite, celle qui me frappe là où ça fait mal.
Et même su tu continues à en finir
Avec la timba et avec le tango
Je continue à t’aimer et je t’offre mon mambo….
Mambooo…

Comme cela m’a fait mal
Quelle douleur, quelle douleur, quelle peine
Cette petite s’appelle Juana Magdalena
Tu dois utiliser ta tête, fillette
Analyse et pense
Comme cela m’a fait mal
Quelle douleur, quelle douleur, quelle peine
Cette petite s’appelle Juana Magdalena
Oui, l’arbre qui naît tordu
Jamais son tronc ne deviendra droit
Comme cela m’a fait mal
Quelle douleur, quelle douleur, quelle peine
Celui qui a une boutique, il doit s’en occuper
Sinon, écoute, il n’a qu’à la vendre
Quelle douleur, quelle douleur, quelle peine
Cette petite s’appelle Juana Magdalena
C’est pour ça que je dis
Juana je t’aine parce que tu me donnes envie…

Variante (non reprise dans le lien)

Je ne veux plus te voir, je ne peux plus te croire
Rappelle-toi, le premier jour fut si différent
Tu préfères les autres que m’avoir dans ta vie
Tu ne peux me cacher ton âme de bandite.

Références complémentaires

Présentation générale de la Charanga Habanera

Présentation détaillée du parcours artistique de la Charanga Habanera

Discographie complète de la Charanga Habanera

Site officiel de la Charanga Habanera

Présentation de l’album No me Mires la Caratula

Pour écouter plusieurs titres de l‘album No me mires la caratula (accessibilité du site aléatoire)

Une interview de David Calzado à l’occasion de la sortie de l’album No me mires la caratula (en espagnol)


[1] Le texte est basé sur la version de l’émission télévisée proposée en lien. Les parties interprétées par le chœur figurent en italiques.
[2] On peut traduire ce terme par « papier » ou par « rôle, comédie ».
[3] J’ai choisi de traduire « Bandida » par l’amusant (et féministe) néologisme Bandite plutôt que par le plus classique criminelle pour respecter la sonorité du texte original.

Juan Pachanga

Juan Pachanga

ImageL’œuvre

Composée par Rubén Blades, la salsa Juan Pachanga a été enregistrée en 1977 avec un arrangement de Louis Ramirez dans l’album Rhythm Machine de la Fania all stars.

Juan Pachanga est un viveur, qui cherche à s’étourdir de fêtes et d’alcool pour oublier une peine d’amour qui le ronge. Ce personnage est l’un des plus célèbres de la galerie de portraits d’habitants du faubourg réalisée par Rubén Blades au fil de ses chansons : Decisiones, Amor y control, Chica Plastica, Pedro Navaja, pour n’en citer que quelques-unes. Jeunes filles accidentellement tombées enceintes, bagarres entre voisins, accident de circulation provoqué par l’alcool, mère mourant d’un cancer à l’hôpital, jeune fils drogué morigéné par son père, jeunes snobs fascinés par l’argent et les belles fringues, serial killer agressant une prostituée, tels sont les personnages qui peuplent la « comédie humaine latino » de l’auteur.

C’est toute l’Amérique latine urbaine d’aujourd’hui qui défile ainsi sous nos yeux, sous la forme originale de petites nouvelles chantées sur un rythme de salsa, et qui pourraient aisément fournir la trame d’un film ou d’un feuilleton.

Fabrice Hatem

Ses interprétations par Rubén Blades


En concert avec la Fania All Stars en 1978

En concert plus récemment (fin des années 1990 ?)

Ses paroles en espagnol[1]

Sa traduction en français

Juan Pachanga[2]
(Rubén Blades)

O le le a la la la le
Son las cinco de la mañana
Y ya amanece
Juan Pachanga bien vestido aparece
Todos en el barrio estan descansando
Y Juan Pachanga en silencio va pensando
Que aunque su vida de fiesta y ron, noche y rumba
Su plan es falso igual que aquel amor que lo engaño
Y la luz del sol se ve alumbrando
Y Juan Pachanga el mamito va penando
Vestido a la ultima moda y perfumado
Con sapáto en colores YeYe bien lustrados
Los que encuentren en su camino lo saludan
Hey man
Que feliz es Juan Pachanga todos juran
Pero lleva el alma el dolor de una traicion
Que solo calman los tragos, los tabacos y el tambor
Y mientras la gente duermen aparece
Juan Pachanga con su pena y amanece
Oyeme Juan Pachanga olvidala
Amanece con la pena
Oyeme Juan Pachanga olvidala
No no no no no no te quiere la morena
Oyeme Juan Pachanga olvidala
Mira que esta amaneciendo
Oyeme Juan Pachanga olvidala
El amor amor amor esta muriendo
Oyeme Juan Pachanga olvidala
Olvidala (répét.)
Oyeme Juan Pachanga olvidala
Ay despierta y bótala
Oyeme Juan Pachanga olvidala
Porque nunca te ha querido
Oyeme Juan Pachanga olvidala
Dale tambien olvido
Oyeme Juan Pachanga olvidala
Dejale tu a la mentira
Oyeme Juan Pachanga olvidala
Que el amor no se mendiga.

(Instrumental et improvisation vocale)

Juan Pachanga
(Traduction de Fabrice Hatem)

O le le a la la la le
Il est cinq heures du matin
Déjà le soleil s’est levé
Juan Pachanga, bien vêtu, apparaît
Tous dans le quartier se reposent
Et Juan Pachanga, avance en silence et pense,
Que malgré sa vie de fête et de rhum, de nuits et de rumba
Son plan est faux, comme cet amour qui l’a trompé,
On voit se lever la lumière du soleil
Et Juan Pachango, le joli garçon, va avec sa peine
Bien parfumé, vêtu à la dernière mode
Avec des chaussures de couleur yeye bien cirées
Ceux qui le rencontrent sur son chemin le saluent
Eh mon gars !
Comme il est heureux, Juan Pachanga, tous le disent
Mais son âme est tourmentée par la douleur d’une trahison
Que seuls calment l’alcool, le tabac et le tambour
Et pendant que les gens dorment, apparaît
Juan Pachanga avec sa peine dans le petit matin
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
Il est avec sa peine dans le petit matin
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
Non non, non, non, elle ne t’aime pas la morena
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
Regarde le petit matin qui se lève
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
L’amour, l’amour, l’amour est en train de mourir
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
Oublie-la
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
Ah réveille-toi et débarrasse-toi d’elle
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
Parce qu’elle ne t’a jamais aimé
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
Toi aussi, oublie-la
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
Laisse tomber tous ces mensonges
Ecoute-moi, Juan Pachanga, oublie-la
Parce que l’amour ne se mendie pas.

(Improvisation vocale finale non traduite)

Références complémentaires

Une biographie en anglais de Rubén Blades

Une discographie en français de Rubén Blades

Une discographie en français de Rubén Blades

Une analyse en espagnol des personnages de Rubén Blades

Un site très complet en espagnol consacré à Rubén Blades

Une discographie en espagnol très précise de Rubén Blades


[1] Le texte est basé sur la version du concert Fania all Stars de 1978. Les parties interprétées par le chœur figurent en italiques.
[2] Pachanga : viveur, fêtard .

Huellas del Pasado

Huellas del Pasado

Image Pour lire une traduction de cette chanson de Compay Segundo, cliquez sur le lien suivant : huellas.

Ce boléro-son raconte l’histoire d’un homme qui perd son unique enfant, fruit d’une liaison avec une femme qui l’a trahi. Il vient l’enterrer au cimetière, qui fut aussi le témoin de ses amours malheureuses. Premier degré ou métaphore d’un deuil amoureux ? En tout cas, comme Compay Segundo le dit d’ailleurs lui-même dans le refrain, il s’agit là d’une œuvre de pure fiction[1].

Je vous propose d’écouter ce thème dans l’interprétation de Pablo Milanés, tout en lisant ma traduction.

Fabrice Hatem

Historia de un amor

Historia de un amor

Image Ce boléro célèbre a été écrit en 1955 par le compositeur panaméen Carlos Eleta Almarán (voir photo ci-contre), à l’occasion du décès de la femme de son frère.

Il a depuis connu un extraordinaire succès et a été reprise par un très grand nombre d’orchestres à travers le monde (voir liste).

Je vous propose de l’écouter dans l’interprétation du trio Los Panchos tout en lisant ma traduction.

Bonne écoute et bonne lecture !

Fabrice Hatem

Hasta siempre

Hasta siempre

Image Pour écouter cette chanson interprétée par Silvio Rodriguez tout en lisant ma traduction, cliquer sur les liens suivants : musique et paroles.

Un curieux paradoxe

Cette célèbre chanson en mémoire de Che Guevara, écrite par Carlos Puenta en 1965, constitue un paradoxe. D’un côté, il s’agit d’une assez banale – voire insipide – œuvre de propagande politique, très comparable par ses objectifs et son style à ce qui s’est écrit sur Staline ou sur Kim il Sung aux pires heures de leur culte de la personnalité. Mais cette chanson possède aussi un charme, un pouvoir d’envoûtement, qui fait qu’elle peut être fredonnée avec plaisir par des gens qui n’en partagent pas les convictions révolutionnaires. Elle peut même, dans certaines versions, être dansée, alors que personne n’aurait l’idée de pratiquer gaiement la Salsa sur les paroles de L’ode à Staline de Paul Eluard ou sur un poème à la gloire du « soleil resplendissant de tous les peuples », Kim Il Sung.

Quatre facteurs fondamentaux permettent, selon moi, de comprendre cette étrange et sympathique spécificité : le contenu de l’œuvre proprement dite ; le caractère et la trajectoire personnelle du « Che » ; la force d’attraction romantique du mythe révolutionnaire latino-américain ; enfin l’efficacité avec laquelle le mouvement poétique de la Nueva Trova a su capter et exprimer cette sensibilité.

Une guajira romantique

La chanson masque son appareil de propagande sous les dehors aimables d’une guajira romantique. Les paroles, tout d’abord, décrivent un personnage qui, quoique paré d’immenses qualités, n’en reste par moins proche de nous et amical. D’un côté, il est fort et brave, sa main est « glorieuse » ; mais d’un autre côté, il nous sourit, il est aimé, il est « tendre ». Des qualités bien différentes de celles d’un Staline, que l’immensité un peu écrasante de son génie rend beaucoup plus lointain. ImageDans le fameux poème Staline, guide des siècles, le tyran rouge apparaît sous les traits d’un véritable Dieu, capable de commander au temps et source de la vie elle même:

Ô grand Staline, Ô chef des peuples / Toi qui fais naître l’homme / Toi qui fécondes la terre / Toi qui rajeunis les siècles / Toi qui fais fleurir le printemps / Toi qui fais vibrer les cordes musicales / Toi splendeur de mon printemps, / Soleil reflété par des milliers de cœurs. (Rakhimov, La pravda, 28 août 1936, mis en musique par Serge Prokofiev).

Un peu plus raisonnable, le poète français Paul Eluard se contente de décrire Staline comme un génie exceptionnel et bienveillant :

Staline dans le coeur des hommes / Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris / Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes / Staline récompense les meilleurs des hommes / Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir / Car travailler pour vivre est agir sur la vie / Car la vie et les hommes ont élu Staline / Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes. / Et Staline pour nous est présent pour demain / Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur / La confiance est le fruit de son cerveau d’amour / La grappe raisonnable tant elle est parfaite(Ode à Staline, Paul Eluard, 1950).

Che Guevara apparaît au contraire dans la chanson de Carlos Puenta, non comme un demi-Dieu, mais comme une sorte d’archétype du héros masculin dont pourraient rêver n’importe quelle femme et auquel n’importe quel jeune homme pourrait souhaiter s’identifier. Avec sa force, son courage et sa tendresse, c’est un modèle, mais un modèle accessible. Et ses qualités personnelles en feraient toujours un héros romantique en l’absence même de son engagement révolutionnaire.

ImageCette caractéristique est encore soulignée par la musique qui accompagne le texte : une mélodie très suave et très douce, sur un rythme de guajira, c’est-à-dire de chanson campagnarde interprétée par un chanteur accompagné de sa guitare (voir contre une image de Silvio Rodriguez). Ceci crée un climat bucolique et intime, qui n’a rien à voir avec les flonflons bruyants de la musique de propagande soviétique. Et, pour peu qu’on en accélère et qu’on en marque un peu plus le rythme, cette musique, comme toutes les guajiras, peut facilement ouvrir la voie au plaisir de la danse, alors que les compositions en l’honneur de Staline ou de Kim il Sung ne proposent qu’un embrigadement gymnique de type militaire.

Il semble d’ailleurs que la capacité de transformer n’importe quel événement collectif en une fête dansée constitue un talent spécifique du peuple cubain. J’en avais eu pour preuve deux anecdotes, vécues à Santiago de Cuba, à quelques jours d’intervalle : une messe en l’honneur de la Vierge de la Caritad del Cobre dans l’église du village éponyme ; et une cérémonie officielle, organisée à Santiago de Cuba pour fêter les 50 ans des comités de défense de la révolution (CDR). Les deux évènements s’étaient terminés de la même manière : des danses au son de la musique tropicale. A chaque fois, l’idiosyncrasie cubaine – ce mélange si sympathique de romantisme, d’envoûtement rythmique et d’amour de la fête – avait réussi a « phagocyter » un événement officiel, emprunt de sérieux pour lui donner un aspect festif et empli de chaleur humaine. Et c’est la même transmutation qui, me semble-t-il, est également à l’œuvre dans la chanson Hasta Siempre, commandante.

Un personnage de romans d’aventure

Mais, pour qu’une chanson romantique gagne le cœur du public, encore faut-il que le sujet en soit crédible. Or, même avec beaucoup d’efforts, il est difficile de donner à Lénine ou à Kim-Il-Jong les traits d’un jeune et séduisant héros de roman. La personnalité de Che Guevara, au contraire, se prête extrêmement bien à cette idéalisation

ImageTout d’abord, il était beau, ou du moins très photogénique, comme en témoigne la célèbre photographie d’Alberto Korda, encore aujourd’hui placardée aux murs de la moitié des chambres d’adolescents de la planète (cf supra). Il était doté de grandes qualités personnelles, comme le courage physique, l’éloquence, le désintéressement. La sincérité de son engagement pour la justice sociale ne peut être niée. Et puis, c’était un extraordinaire aventurier, comme en témoignent les étapes successives de sa vie : son périple de jeunesse en Amérique latine sur une vieille moto déglinguée (voir photo ci-contre) ; son engagement, lui l’argentin, aux côtés des guerilleros cubains ; son départ vers le Congo puis vers la Bolivie pour y créer des foyers révolutionnaires… En dehors même de tout contexte politique, Che Guevara est donc un vrai personnage de roman d’aventure – une sorte de Corto Maltese révolutionnaire.

ImageDe plus, il possède par rapport à ses compagnons d’armes un atout majeur pour accéder de manière durable au statut de « héros romantique »: il est mort jeune et de manière héroïque. Cette caractéristique comporte de nombreux avantages, certains évidents, d’autres plus cachés. Tout d’abord, de quelle fin plus glorieuse peut-on rêver que de mourir en pleine possession de ses moyens, après un courageux martyre, au service de ses idéaux ? Ensuite, le fait de disparaître jeune, comme James Dean ou Marilyn Monroe, a pour conséquence que l’image du héros est à jamais fixée dans la splendeur de sa beauté juvénile, sans avoir à subir les ravages du temps et les outrages de la vieillesse. Enfin, pour un leader politique, le fait de mourir après avoir vaincu l’oppression contre laquelle il a combattu, mais avant d’avoir exercé le pouvoir, lui permet de maintenir intact le capital d’espoir associé à son nom, sans le détruire par des erreurs et des crimes presqu’inévitables – surtout dans la mouvance politique à laquelle appartenait le Che. (voir ci-dessous l’image d’une des 200 exécutions ordonnées par la Che alors qu’était procureur général du Tribunal révolutionnaire). Dans l’imagination populaire, Che Guevara reste ainsi le libérateur de Santa Clara et le courageux organisateur des maquis révolutionnaires boliviens, victime de la cruauté des militaires et des manigances de la CIA.

ImageCette caractéristique se reflète dans les paroles de la chanson de Carlos Puenta : on y évoque en effet ses glorieux faits d’armes passés – comme la prise de Santa Clara, qui ouvrit aux Barbudos les portes de la Havane en 1959. On y évoque également l’avenir de succès révolutionnaires dont le Che ouvert la voie. Mais on n’y évoque pas le présent – le présent, cet horrible moment empli de contraintes et d’incertitudes, où triomphe la plate réalité. Or dans les autres chansons hagiographiques, les leaders communistes – qui eux exercent effectivement le pouvoir – sont décrit dans l’effort surhumain qu’il en train de réaliser pour amener l’Humanité sur la voie du bonheur. Face à cet effort présent et quotidien, réalisé pour son bien, le fait pour l‘auditeur de rire, de se détendre, de chercher à s’amuser plutôt que de participer à l’oeuvre commune, sous la conduite du grand leader, ne pourrait être considéré, au mieux que comme une marque d‘absence de conscience politique, au pire comme une trahison. Moins totalitaire dans son message, la chanson Hasta siempre invite plutôt à une rêverie poétique sur la vie, l’œuvre et le personnage du Che. C’est un peu moins pesant et totalitaire, même si c’est aussi efficace – et peut-être plus pernicieux – sur le plan de la propagande.

Mythe révolutionnaire latino-américain et sécularisation de la figure christique

Aucun génie, aucun chef d’œuvre ne naissent ex nihilo. Ils ne constituent que le plus haut sommet d’une accumulation de talents qui ont préparé leur venue. Jesus-Christ apparaît dans une Palestine profondément tournée vers l’attente messianique, où de nombreux prédicateurs, moins chanceux ou moins talentueux ont prétendu avant lui à ce statut. Jean-Sébastien Bach appartient à une longue lignée familiale de musiciens de grand talent dont il ne fut que le plus illustre représentant. En 1798, plusieurs généraux révélés par les guerres révolutionnaires avaient la capacité et le désir de se saisir d’un pouvoir dont s’empara finalement l’un entre eux, Napoléon Bonaparte.

ImageQuant aux Che, il apparaît dans une Amérique latine où l’attente d’un caudillo libérateur, capable de mettre fin aux injustices par son action courageuse – et violente – constitue un élément important de la sensibilité politique populaire. De Bolivar à Perón, en passant par Pancho Villa ou Zapata (cf image ci-contre), l’histoire latino-américaine est emplie de ces personnages prêts à utiliser la force et à rassembler derrière eux des armées pour subvertir le pouvoir en place et faire triompher leur idée de la justice. Ils ont en commun un certain nombre de traits de caractère et d’épisode biographiques : la révolte devant l’injustice, la bravoure, le charisme personnel, les victoires gagnées par leur courage, enfin l’errance à laquelle les conduit leur engagement (opérations militaires, diffusion de la révolution vers l’autres pays, exil). Partageant ces caractéristiques, le Che s’inscrit dans cette lignée de Caudillos si présents dans l’imaginaire politique latino-américain. Il rejoint aussi, aux côtés de Zapata, d’Eva Peron et de Salvadore Aliende, le panthéon plus restreint des grands dirigeants morts pour la cause de la justice, mais supposément toujours vivants dans nos cœurs.

ImageA la fin sa dernière aventure bolivienne, Che Guevara, à l’issue d’un long calvaire, est en effet mort pour ses idées, « assassiné par ses bourreaux ». Et cette mort possède de très troublantes ressemblances avec celles d’un autre prophète des temps nouveaux : Jésus Christ. Ce beau visage au regard mystique, entouré d’une barbe sombre ; cette montée vers le martyre du héros blessé, maltraité par ses gardes ; ce message supposé de la CIA demandant son exécution par les militaires boliviens un peu comme Pilate se lave les mains de la crucifixion du Christ ; cette photo du Che mort, reposant sur une table comme Jesus-Christ dans son suaire (voir photo ci-dessous). Ces similitudes ne peuvent qu’impressionner, même inconsciemment, un imaginaire collectif latino-américain, et plus généralement occidental, encore pétri des mythes, des représentations et des structures de pensées issues du christianisme. En témoigne notamment cette interprétation de Nathalie Cardone, dans une mise en scène évoquant irresistiblement l’image d’une Madone en pleurs aux pieds du Christ mort.

La chanson elle-même reflète à plusieurs reprises ce report de croyances ou de représentation chrétiennes sur la personne du Che : la « couronne » posée sur sa mort, par exemple, pourrait faire penser à la couronne d’épine, à moins qu’il ne s’agisse d’une auréole de sainteté. Image

La « transparence » de sa présence aimée fait penser à la présence du Saint-Esprit. Fidel, évoqué à la fin du poème, n’a-t-il pas quelques-unes des caractéristiques de Dieu le Père ?

A la manière d’un Christ ressuscité et toujours vivant, le Che ne va-t-il pas continuer à parcourir à nos côtés le glorieux chemin de la Révolution, puisque, dit le texte, « nous continuerons à tes côtés ».

Enfin, la formule « Hasta siempre » fait plutôt penser à l’Eternité du Paradis qu’à un concept emprunté au matérialisme dialectique.

Image Il n’est donc pas surprenant que la référence au mythe du Che ait constitué, de Atahualpa Yupanqui à Silvio Rodriguez (cf photo ci-contre), l’un des thèmes récurrents les plus fréquents de la « Nueva cancion » latino-américaine engagée et de son avatar cubain, la « Nueva Trova ».

Les mouvements marxistes d’Amérique latine ont ainsi trouvé en sa personne leur prophète et leur martyr.

Mais tout cela n’empêche pas le vieux réac que je suis de beaucoup aimer cette chanson, que je vous propose d’écouter dans l’interprétation de Silvio Rodriguez ou de l’orchestre Buena Vista Social Club, tout en lisant ma traduction.

Fabrice Hatem

 


Guantanamera

Guantanamera

ImagePour consulter ma traduction de l’une des versions possibles de cette chanson, cliquez sur le lien suivant : guantanamera

Traduire, commenter et illustrer par des documents sonores la plus célèbre des chansons cubaines relève un peu de la gageure, pour plusieurs raisons.

D’abord parce qu’il est difficile de fournir à son sujet des informations sures, comme la date de sa création ou le nom de son compositeur. Joseito Fernandez a souvent déclaré l’avoir écrite en 1929, mais il a également évoqué d’autres dates à plusieurs reprises. Sa paternité a d’ailleurs été contestée par un autre musicien, Herminio « El Diablo » García Wilson, que de nombreux musicologues s’accordent à considérer comme – au moins – le co-auteur de l’œuvre.

Quant aux paroles… Pratiquement chacune des très nombreuses interprétations que j’ai écoutées en proposent une version différente, soit par suppression ou interversion de certaines parties du texte de référence (cf infra), soit – encore plus fréquemment – par invention pure et simple de nouvelles strophes. Plus qu’une oeuvre finie, cette chanson apparaît donc comme une trame d’improvisation permettant aux interprètes de donner libre cours à leur imagination. C’est particulièrement vrai de Joseito Fernandez lui-même, qui livrait chaque jour une version différente de la chanson dans l’émission de radio qu’il animait à Cuba dans les années 1930.

Vous pouvez vous-même vous faire une idée de cette prolificité en écoutant quelques-unes des innombrables versions de l’œuvre : deux interprétations très différentes l’une de l’autre de Joseito Fernandez ; une descarga débridée de celui-ci en compagnie de Benny Moré ; une interprétation célèbre de Celia Cruz ; une version plus jazzy de José Feliciano… et ce n’est là qu’un tout petit échantillon…

ImageIl existe cependant un texte de référence servant en quelque sorte de point focal à ce feu d’artifice d’invention poétique ou chansonnière : c’est un très beau poème de José Martí, chantre de l’indépendance cubaine, écrit en 1895, et adapté à la chanson en 1958 par le compositeur Julián Orbón.

Je vous propose donc de considérer, de manière quelque peu abusive, cette adaptation comme « la » version de référence de la chanson. Je suis cependant pleinement conscient des limites de ce choix, qui fait en quelque sorte l’impasse sur un fait essentiel : Guantanamera, plus qu’un contenu littéraire, est un contenant culturel dans lequel viennent s’exprimer l’âme du peuple cubain et le talent de ses interprètes sous forme d’une chanson éternellement changeante. C’est d’ailleurs peut-être cette « plasticité » de Guantanamera, cette capacité à être perpétuellement ré-inventée en fonction des humeurs des chanteurs et du public, qui explique son extraordinaire succès auprès du peuple cubain dont elle exprime en quelque sorte en en direct les états d’âme.

Mais une fois traduit le poème dans cette version, je ne suis pas encore au bout de mes peines, puisqu’il me faut trouver un interprète qui l’ait respectée à la lettre de manière à vous permettre de l’écouter confortablement.

Ce n’est sans doute pas un hasard si les seuls interprètes ayant parfaitement respecté le texte originel de Marti ne sont pas des cubains, mais des étrangers comme Pete Seeger ou Joan Baez. Je vous propose donc, par commodité pédagogique, d’écouter ce poème – ou plus exactement une partie de celui-ci, les strophes 1,2, et 5 -, interprétée par la voix très claire de Joan Baez, tout en lisant ma traduction.

Fabrice Hatem