par Ahinama | Avr 9, 2007 | Wiki
« Du Quartier à l’Académie » ou plutot « Del Barrio a la Academia » est le premier article introductif d’une série d’études réalisées par la SIBE (Société Iberique d’Ethnomusicologie) sur la Timba.
Ces articles rares montrent l’intérêt que des scientifiques portent à la Timba en tant que phénomène musical, populaire et historique dans la musique populaire dansante de Cuba.
Leurs analyses permettent de découvrir de nombreuses facettes et dimensions de cette révolution esthétique, tant sur le plan musical, culturel, littéraire, chorégraphique et voire même socio-politique.
Nous avons pris l’initiative de traduire et d’annoter ces articles (petit à petit) afin de faciliter leur accès aux passionnés francophones de Timba dans leur quête d’approfondissement et d’appropriation de ce genre musical qui nous passionne et nous réuni sur Fiestacubana.net…
Nous avons essayé de traduire ces textes en respectant leur style académique, en explicitant aussi les notes des auteurs et en annotant ces articles d’explications pour les termes techniques de référence.
Bonne lecture et bonne découverte des faces plus ou moins cachées de la Timba et du Cuba de ces 20 dernières années !
Du quartier à l’académie [1]
Introduction au dossier sur la Timba cubana
Rubén López Cano
“pa’ qué te montaste si tú sabías lo que había…
…pero no me hables con la boca llena, mami,
edúcate, televisión [universidad] para todos”.
Por qué te montaste
José Luis Cortes, El tosco
« pourquoi tu t’es monté si tu savais ce qu’il y avait…
… mais ne me parles pas la bouche pleine, Ma chérie,
éduques toi, télévision [université] pour tous ».
Por qué te montaste
José Luis Cortes, El tosco
1. Et tu arrives au mur où ils finissent tous, où commence la mer… [2]
Le 9 novembre 1989, à la stupéfaction générale, le jadis infranchissable mur de Berlin s’est effondré sous les assauts à mains nues des allemands des deux côtés. Le rideau de fer, qui a divisé le monde en deux, pendant les années de la guerre froide, fut noyé dans une festivité bruyante qui finira par réduire ce mur en des milliers de petits et coûteux souvenirs pour touristes. Octavio Paz (1914-1998), auteur pléthorique et assuré du prix Nobel, a publié à cette époque sa Petite Chronique Des Grands Jours (1990). Il avait toujours été convaincu de la future disparition des régimes du bloc socialiste mais il n’avait jamais imaginé qu’il verrait de ses propres yeux leur historique dissolution (un cadeau inappréciable pour son autobiographie). Paz n’a pas été le seul à poser son regard sur Cuba pendant ces journées « grandioses ».
Dans l’île, Carlos Varela chantait au rythme techno et sur un vieux discours du dirigeant soviétique Nikita Krutchev (1894-1971) : « maintenant que les cartes changent de couleur… cimetière chinois / je crois que cette fois je vois ton destin / et ils ouvriront tes vieilles portes en une seule fois ».( “ahora que los mapas están cambiando de color… cementerio chino/ creo que esta vez veo tu destino/y abrirán tus viejas puertas de una vez” )[3] Les « états totalitaires » tombaient comme des pièces de domino : « ils renversent les statues de l’ours en peluche Misha !! ».( “¡están tumbando las estatuas del osito Misha!!“ )[4] l’Union Soviétique, finalement, se dissolvait officiellement en décembre 1991 tandis que Varela regrettait : « dans ce jeu de l’histoire, nous sommes les seuls à passer notre tour ». (“en este juego de la historia sólo pasamos ficha”)[5] Pour son plus grand bonheur, l’idéologue conservateur Francis Fukuyama nous annonçait ainsi, à propos de ces événements, la « fin de l’histoire ». Willie Chirino, Salsero cubain de Miami, détournait littéralement l’hymne de l’Internationale Socialiste pour chanter sur ses échos lointains et au rythme du Son : « tout le monde l’attend… notre jour arrive déjà… Cuba nous attend !… « .( “ya todo el mundo lo está esperando… nuestro día ya viene llegando… ¡Cuba nos espera!…”)[6] Dans l’île, Varela guettait l’avenir: « Tu jettes trois pièces de monnaies en l’air / et tu demande au Ching / Comment sera la fin ?… peut-être, peut-être, un miracle viendra ».( “tiras tres monedas al aire / y le preguntas al I Ching/ ¿Cómo será el fin?… tal vez, tal vez, un milagro baje”)[7]
Et le miracle ?
Les années quatre-vingt-dix rendirent orphelin économiquement et idéologiquement le régime cubain qui entra alors dans une crise sans précédent. Avec le rigoureux blocus américain et sans l’appui de l’ancien bloc soviétique, on a déclaré « la Période Spéciale en temps de paix ». La population devait se préparer pour le pire : « l’option zéro ». Le gouvernement, incapable de fournir les produits de première nécessité, a dû faire des concessions : il a accepté l’investissement étranger dans des secteurs stratégiques comme le tourisme, il a permis le travail indépendant et par la suite il a légalisé la possession du dollar. Il a fallu aussi assouplir la rigidité idéologique et fermer les yeux sur les milliers de stratégies émergentes qu’ont utilisé les cubains pour survivre : « Ils parlaient toujours d’argent / et projetaient d’attaquer une banque. / Et en plus, ils n’attendraient pas le prochain mois de février/ car ils rêvaient de s’enfuir sur une barque ».[8] La faim a sévi au début des années quatre-vingt-dix car, même si certains pouvaient avoir de l’argent , il n’y avaient pratiquement rien à acheter (même dans les magasins pour étrangers). Mais en avançant dans la décennie, tandis que beaucoup perdaient ou abandonnaient leurs emplois, d’autres ont eu accès au dollar par l’intermédiaire de leurs contacts avec des touristes étrangers ou des membres de leur famille établis à l’étranger, principalement à Miami. Il y eu finalement des choses à acheter (en dollars) quand ont commencé à se dessiner les contours d’une société divisée en de nouvelles classes sociales.
Les problèmes qui existaient déjà avant la crise ont été accentués avec l’ouverture au tourisme. C’est le cas du phénomène du ‘jineterismo’ (NDT : prostitution occasionnelle. Jinetera : prostituée) , euphémisme avec lequel on désigne de multiples et parfois complexes modes de prostitution (« il n’est pas juste qu’on la désigne avec un gros mot » [9]), et aussi certaines formes de discrimination ethnique et économique : « je sais que la devise est à l’économie ce que le blé est au pain,/mais ce que je ne comprends pas, c’est que à cause de l’argent ils se trompent sur les gens / si tu vas dans les hôtels (pour étrangers) ils ne te traitent pas décemment ni de la même manière que les clients, du fait de ne pas être étranger ». [10] Les relations intéressées avec des étrangers, perçues comme une voie légitime de survie, ont transformé le système relationnel et les règles du pacte amoureux entre les jeunes cubains (surtout des classes les plus menacées). Des garçons et des filles ont appris « à tolérer » les relations de leurs fiancé(e)s avec des touristes. Parfois jusqu’à en profiter économiquement. Ce furent des pratiques qui s’approchent beaucoup de celles de la prostitution formelle sans pour autant s’y assimiler totalement dans la majorité des cas. Beaucoup de jeunes filles cubaines dédaignaient les jeunes cubains et elles leur préféraient les étrangers et leurs dollars. La longévité de relations avec le/la cubain(e)s déterminait si elle se poursuivrait par un mariage.
Seulement les vieux dieux syncrétiques des religions afro-cubaines sont restés des références fidèles. On a observé alors un regain des pratiques de la Santería, mais aussi de celles d’autres religions plus institutionnelles comme celles de la religion Catholique : « Oh Dieu, que veux tu de moi, déshabille-toi mon enfant que je viens pour toi, c’est sûrement aujourd’hui qu’ils vont couper la lumière / et il n’y a rien d’autre que de jouer au vodou ». [11]. Le seul pays officiellement athée de l’Amérique latine vécu alors un boom religieux et Cuba s’est préparé pour recevoir le Pape en Janvier 1998. Une accumulation de contradictions insolubles sont apparues au quotidien, et elles ont frappé spécialement une génération de jeunes de plus en plus sceptiques devant les promesses de la Révolution : « je me rappelle qu’à la fin des années soixante-dix, tu ne m’aurais pas dit ce qui se passe aujourd’hui. Que peut-être nous allions peindre le monde d’une nouvelle couleur mais que, sans le vouloir, nous nous sommes finalement rendu compte que non ». [12] La dure réalité cubaine est devenue « plus facile à vivre qu’à expliquer », a déclaré en son temps l’auteur Senel Paz.[13] Les jeunes, principalement des classes les plus menacées, dans leur majorité noirs, affontaient inertes un monde inconnu, résistants à toute conjugaison au futur, avec une seule stratégie de survie : leurs corps, leur rythme, leur malice, leur beauté, leur ardeur : « l’un est devenu pédé,/l’autre est entré dans la marine marchande / Celui-là croit dans la Révolution / alors que son frère est un trafiquant « . [14]
Des milliers d’histoires extravagantes et baroques de survies, d’amour, d’escroqueries, de révoltes, de mauvais tours, de tromperies, de colères, de manifestations de violence, de sexe et de dollars, retombèrent sur les parois sourdes de la Corniche du Malecon de La Havane. Des histoires « qui ne sont pas des contes, mais qui participent de la contre-histoire de l’histoire officielle. L’anti-histoire. La supra-histoire « (Gutiérrez 2002b : 59). Où sont-elles maintenant ces histoires ? Selon l’auteur Camilo Venegas :
…Cuba a vécu des moments graves ; cette longue crise et les traumatismes qu’elle a subi dans tous les couches de la population, ne sont pas restés dans la presse, si quelqu’un retourne aux bibliothèques, il ne saura pas de quoi parlaient les journaux de ces années la. L’île réelle, le pays qui survivait, se retrouve uniquement dans la littérature et dans la musique dansante (Venegas 2000 : 15).
La Timba est la mémoire, le trait d’union, la bande sonore et l’arôme imprégné de tabac, de rhum, de sueur et de sexe, de ces jours où les cubains se sont sentis plus seuls que jamais : « quand Robinson a ouvert les yeux et qu’il a vu qu’il était seul sur une île… seul dans une île… comme toi et comme moi ». [15]
2. La Timba : de l’académie au quartier
Si la Timba constitue un genre musical propre ou si elle s’agit d’un genre intermédiaire (González et Casanella 2002), d’un esprit, d’une sensibilité, d’une attitude, etc., [16] tout ceci est encore sujet à discussion. Disons alors que la Timba est une manifestation (manière d’être) de la Musique Populaire Dansante (MPB) [17] cubaine qui se caractérise par le mélange d’éléments de la musique afro-cubaine avec la musique Pop, plus spécialement celle d’origine afro-américaine. La Timba est un exercice d’exploration, d’appropriation et de fusion d’éléments traditionnels provenant du Son classique, de genres dérivés de la rumba ainsi que de la musique religieuse afro-cubaine comme les chants Yoruba, etc. ; avec des éléments du Funk, de la Soul, du Rhythm n Blues, du Hip Hop, du Jazz, du Rock, du Reggae, du Reggaeton, etc.. Elle n’oublie pas non plus d’autres genres latinos comme les Balades romantiques, comme les balades de mauvais goût (comme les génériques sirupeux des feuilletons télévisés (Novelas) latino-americains), comme les Boléros orchestraux ou de caractère (comme ceux d’Olga Guillot), et autres genres musicaux des Caraïbes comme la Cumbia, la Bomba, etc..
La Timba ne constitue pas la première ni la seule excursion des Musiques Populaire Dansantes cubaines vers un processus d’hybridation avec des musiques afro-américaines. On observe des cas semblables dans le Danzón au début du XXème siècle et dans les années trente, ainsi que dans les musiques fascinantes de la préhistoire du mambo, c’est-à-dire, les types hybrides qu’ont développés divers orchestres cubains à New York et à La Havane pendant les années quarante et qui ont abouti la création du Latin-jazz et du Mambo. Dans l’ère de la révolution, nous observons quelque chose de semblable avec le Songo et avec d’autres tentatives de fusion du Son avec la musique Pop des années soixante et soixante-dix, entreprises principalement par Juan Formell et Los Van Van, mais aussi avec des tentatives de mélange avec le jazz, les racines afro et la musique populaire dansante, effectué par le groupe Afrocuba et, principalement, par Irakere de Chucho Valdés.
Toutefois, il y a quelques éléments qui distinguent la Timba de tous les cas énoncés précédemment. Afrocuba et Irakere ont choisi pour leur fusion la musique du Jazz qui est, en fin de compte, un autre type de musique de choix et atemporelle de surcroît. Par contre, les autres genres se sont mélangés avec la musique dansante de masse, à la mode de son époque, particulièrement le Ragtime dans le Danzón au début du XXème siècle, le Swing (entre autres) dans le Mambo et ses antécédents, la Pop, le Rock et la musique ‘Beat’ dans le Songo de Los Van Van et les rythmes énumérés précédemment dans la Timba. D’autre part, les fusions des années soixante et soixante-dix jouées par Los Van Van apparaissent à un moment où, comme le rappelle Formell lui-même, il existait « des dispositions gouvernementale pour passer Pello l’Afrokán à la radio et ne pas passer les Beatles… ce fut alors une erreur monumentale… De ce fait Les Beatles étaient clandestins » (dans le vidéo Los Van Van : Empezo La Fiesta, approx. 41’00) Ces gars de Liverpool et la musique de leur époque ont été considérés idéologiquement comme dangereux : « et quand on ne pouvait pas posséder des disques des Beatles / les garçons ont découvert que leur musique plaisait aussi à leurs pères ».[18] L’hybridation a alors permis d’accomplir des fonctions d’acclimatation ou de correction idéologique aux yeux du régime (cubain) bien que ce ne fut pas nécessairement le cas pour les musiciens qui voulaient seulement (jouer et) sonner au rythme de leur époque. [19]
Tant le swing des années quarante avec lequel se sont apparentés (entre autres) le Mambo et ses congénères, que le ‘beat’, avec les fusions des années soixante et soixante-dix, bien qu’ils dérivent de musiques afro, sont principalement des musiques faites par des blancs. Par contre, la Timba, en plus de s’être adjointe les styles du Jazz et du Rock, s’approprie le Funk, la Soul ou le Hip Hop, musiques qui se revendiquent puissamment au sein de mouvements de revendication ethnique. En effet, dans la Timba, le partenaire nord-américain n’est ni acclimaté ni idéologiquement réorienté, mais il est précisément utilisé par son ton dénonciateur et sa résistance culturelle noire. Il se produit ainsi des liens d’identité avec d’autres groupes qui défendent agressivement leurs « racines noires ». [20]
D’autre part, de la même manière que pour les musiques de la préhistoire du mambo, l’utilisation de moñas ou d’éléments de style américanisant embrassent une approche de modernité et de modernisation tandis qu’elles construisent un miroir dans lequel une partie importante de la population aiment se regarder. Qui dit modernisation, dit ouverture et il n’est pas banal de rappeler que pour le mouvement de Salsa hispano-américain, la Timba a signifié le retour des groupes cubains dans le circuit de distribution commerciale de masse. Les années quatre-vingt-dix ont été les témoins de la reconquête d’une scène dont les musiciens cubains disparurent après la Révolution de 1959, c’est-à-dire, en pleine apogée du Mambo : le dernier mouvement de Musique Populaire Dansante dans lequel les groupes cubains ont imposé leurs modèle aux scènes latino-americaines et au reste du monde (Arteaga 2000). « Que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba », comme a dit le Pape lors de sa visite dans l’île. [21]
La macro-structure de la Timba dérive de la forme binaire classique du Son ou de la Rumba (Perna 2003 :.86). La première partie est une strophe, un couplet de nature narrative. On y introduit une histoire, un fait, un récit ou un état de choses. Après un pont instrumental suit une section d’une plus grande durée qui est appelée refrain ou montuno. La Timba développe beaucoup plus cette seconde partie dans laquelle elle imprime une plus grande énergie et une plus grande complexité tandis qu’elle la subdivise en de nombreux fragments. Les sous-sections sont intégrées par divers choeurs (coros) de style responsif dans lequel un soliste (guia) improvise des pregones tandis que le choeur répète un refrain différent dans chaque sous-section. Les choeurs commentent ou jugent les faits connexes dans la première partie : c’est la voix, la doxa(*) du peuple, qui se personnalise dans la chanson (Perna 2003 : 105-107). Chaque coro est séparé au moyen d’interventions de la section de cuivres (metales) connues comme mambos. Parfois, ils s’entremêlent aussi avec eux. Perna décrit de cette manière la structure générale de la Timba : introduction/thème pont /coro : choeur I/mambo I/choeur II/mambo II/choeur III/mambo III/choeur IV… etc. (Perna 2003 :.86). Quelques morceaux commencent au milieu par une procédé appelé attaque por el estribillo (NDT : attaque par le refrain) : un faux début constitué par un mambo ou un refrain précèdent l’introduction.
(*) la Doxa est un mot grec désignant la croyance populaire, correspondant au concept latin de vox populi, la voix du peuple.
La musique est intriquée et complexe, pleine de décharges sonores agressives et de déphasages rythmiques et harmoniques. Elle développe une grande virtuosité tant dans les arrangements et dans l’interprétation des musiciens. Il faut se rappeler que les musiciens protagonistes de la Timba sont dans leur majorité des professionnels avec une formation excellente, instruits dans le système académique cubain : la Timba est le retour de la Musique Populaire Dansante de l’académie au quartier : « De la même manière je te chante avec un ` jean’/ je chante avec une costume. / Parce que je suis un écolier,/je suis un garçon de la rue « . [22] « ça s’apprend à l’école,/ ça s’apprend dans la rue / ça s’apprend dans le Solar / et aussi au moment de s’éclater ».[23] la Timba est instable : la musique est ainsi transformée sans cesse en adoptant constamment différents rythmes et styles de référence (variétés musicales). La gestion du temps est dominée par un inexorable sens de l’urgence : on se précipite constamment dans l’innovation avant tout le monde pour arriver à Dieu sait où. On transite par un méandre sans fin de moments chaotiques. Les ruptures ou les cadences rythmiques (connue sous le nom de bloques : des breaks) sont complexes, surprenantes, élaborées à la folie et font contrepoint avec les cadences harmoniques avec lesquelles elles peuvent ne pas arriver à coïncider. Ceci rend propices de nombreux moments de confusion, de doute… vers où on se dirige ? Vers où va-t-on ?[24]
Au début des années quatre-vingt-dix la Timba il a laissé bouche bée le public hispano-américain de la Salsa. Ce magma sonore était tellement proche de la Salsa au point de ne pas le reconnaître comme tel ; mais d’autre part, la Timba était très difficile à danser et particulièrement semblable à tant d’autres musiques, qu’elle ne pouvait pas être complètement confondue avec celles-ci. Alors, ils l’ont doctement et figurativement appelé hyper-salsa. En effet, la Timba fonctionne précisément comme un hypertexte qui renvoie à l’écoute et envoie le danseur dans différentes directions de manière simultanée : ses éléments accusent de nombreux procédés et niveaux sémiotiques. Les parties chantées des chansons tendent à se stabiliser dans certains genres ou styles musicaux à la mode ou de référence comme le Son classique, la Balade Romantique ou Mielleuse, le Boléro orchestral de caractère ou le Boléro –Son. Ce sont les styles qui apparaissent le plus fréquemment dans la première partie. Les montunos sont généralement un défilé de références au funk, soul, hip-hop, rock, jazz ou reggae, mais aussi aux descargas de latin-jazz, à la rumba des quartiers noirs de La Havane, aux congas, aux musiques des steel-drums des îles des Caraïbes auxquelles on expurge tout ce qui apparaît comme espagnol, etc. On peu dire, d’un point de vue formel, que au fur et à mesure qu’une chanson de Timba avance, les styles et les interventions sont rendus chaque fois plus « noires », plus « afros » : afro-américains et afro-cubains. [25]
Les tumbaos (ostinatos) de piano sont bariolés, chromatiques, multidirectionnels et fragmentés, comme s’il s’agissait de l’assemblage cubiste d’extraits arbitraires de différentes idées musicales. Ils permettent à peine de distinguer ces références, mais il y en a, tant au niveau sonore que gestuel. Les tumbaos de basse s’en remettent aux riffs du funk, du rock ou à des formules des tambours rituels ou ceux de la rumba. Quelques mambos des cuivres renvoient à des flexions mélodiques de la Soul ou du Funk. Apparaissent alors par magie la saveur particulière de James Brown, Earth, Wind & Fire, War, Temptations, etc. (Tu prends par Zanja (le fossé), tu montes par Aramburu, tu passes sans voir le bar Colmado parce qu’il est encore très tôt, tu tourne à droite à San Rafaël, regardes à gauche et après avoir inspecté la faune qu’il y a dans le parc, tu salues au chef et soudain… le Bronx t’apparaît au milieu de Centro Habana !, c’est pas grave brother). Un second clavier effectue un contratumbao qui peut adopter la forme d’un guajeo d’une charanga classique, des riffs de musique techno, ou tout simplement restituer des timbres et des sonorités significatives des styles les plus variés. [26]
Les choeurs (coro) ou les refrains (guia) se référent constamment à des phrases et à des choeurs d’autres chansons de Timba, de Musique Populaire Dansante cubaine ou des Balades en espagnol. Toutes sont bien connues du public, de sorte que ses décharges de significations dépassent de beaucoup le cadre de la phrase elle-même pour créer des parcours inter-textuels parmi la vaste encyclopédie musicale que les amateurs de Timba portent en eux comme connaissances et références. Les paroles parlent du nouveau matérialisme dédié à la chasse au dollar, de la frustration amoureuse parce que les filles préfèrent les yumas (étrangers) et leur argent aux modestes cubains, des jineteras et des relations par convenance, du sexe, de Cuba et de la Cubanía qui exalte la culture noire de La Havane. En effet, la Timba réduit la notion de Cuba à la capitale, tandis qu’elle revendique de manière insistante la fierté de la culture et de la race nègre.[27]
On critique généralement les paroles des chansons pour leur mauvais goût, pour leur langage sexuel cru, qui abandonnent le subtil double sens traditionnel de la Musique Populaire Dansante, et pour introduire un lexique vulgaire de la rue ainsi que des termes argots de la communauté noire vivant dans les quartiers populeux de La Havane. Tout cela est certain, mais comme me disait un danseur originaire de Centro Habana « Acere ! (Mon pote) qu’est ce que tu veux, mais la misère est vulgaire et la faim est de très mauvais goût « . La vérité est que les paroles des chansons de Timba fonctionnent moins comme des textes et plus comme des fenêtres par où on distille la quotidienneté la plus immédiate, les rancœurs et les aspirations des personnes les plus malmenés par la crise. De la même manière que dans les histoires de « Réalisme sale » de Pedro Juan Gutierrez (2000, 2002a, 2002b et 2002c), ou dans les scènes de « Suite Havane » (2003), le film de Fernando Pérez, « l’art » cède le pas à la réalité la plus brute, la plus baroque, parfois hilarante et souvent douloureuse.
Les chansons sont spécialement cruelles avec les femmes. Elles célèbrent la tromperie, l’adultère, la promiscuité, les « je te largue parce que maintenant je préfère ta meilleure amie », « si tu veux, on peut rester des amis… mais on fait quand même l’amour » ou « tu me méprises mais la vérité c’est que je ne t’aimais pas » et en général témoignent d’un machisme des plus outranciers. Toutefois, cette attitude polarisée doit être comprise dans le contexte de frustration et d’intense agressivité de l’environnement immédiat. De manière très spéciale, il faut rappeler qu’il s’agit d’un moment où le jineterismo (la prostitution occasionnelle), les relations de convenance avec des étrangers, et la nouvelle répartition des richesses économiques, dérivée du tourisme en général, promeuvent l’ascension et l’indépendance économique des jeunes femmes et une déstabilisation conséquente de l’organisation patriarcale, traditionnelle de la société cubaine (Perna 2003 :.113 et 140-175). La Timba est la réponse agressive et rancunière à tout cela, dans son ensemble. Elle représente une radicalisation de la rhétorique machiste qui est, somme toute, traditionnelle dans la Musique Populaire Dansante cubaine.[28]
Et la danse ?
On danse la musique, on danse avec la musique et on danse parfois en dépit de la musique. Du point de vue de la danse, la Timba défie les danseurs et les force à dévoiler des stratégies pour extraire une cohérence cinétique de ce chaos sonore de la même manière que la dure situation socio-économique leur demande d’exceptionnelles compétences de survie. L’élégante et présomptueuse danse de couple, (le Casino), traditionnelle de la Musique Populaire Dansante, a cédé sa place à la danse séparée où la femme (une fois de plus) s’arrache le premier rôle. Toute l’énergie est focalisée dans son exécution du despelote, le mixeur ou le tembleque : styles dans lesquels, avec des mouvements fougueux, on imite l’acte sexuel. De cette manière, la perception Timbera de l’espace et du mouvement (coréutica) reflète ainsi la sexualité vulgaire et directe exprimée dans les paroles, en même temps qu’elle se réclame héritière des gesticulations et des mouvements de danses afro-cubaines profanes (comme le vacunao de la rumba guaguancó) ainsi que de cérémonies afro-cubaines. De fait, certains ont identifié dans la danse frénétique des échos lointains de cérémonies africaines de la fertilité (Perna 2003 : 117). Tout ceci n’est en rien surprenant, en des temps où les manques excessifs privent la population de tout.
Dans l’évolution des paroles, utilisant initialement des jeux de mots et des double sens, vers des textes au langage direct, de même que dans l’abandon de l’allégorie féerique de la chorégraphie de danse en couple pour la pleine imitation de l’acte sexuel, il existe une similarité de transformation sémiotique. L’allégorie du ballet de danse de Casino repose sur des signes qui fonctionnent comme des symboles (ou des métaphores) tandis que le mixeur ou le despelote sont des signes indicatifs (ou métonymies) de l’activité sexuelle. Les symboles reposent sur les conventions culturelles tandis que les signes indicatifs font partie du processus qu’ils représentent (la fumée est signe de feu ; la trace, de l’animal qui est passé par là) (Freadman 2001a et 2001b et Marty S.D). Pour sa part, les paroles cessent d’être autosuffisante et recourent à des jeux de contrepoint sémiotique avec la musique pour la production de tropos audio-verbaux (*).[29]
(*) tropos : trope en français, mot grec désignant une figure rhétorique faite de jeux de mots et de sons utilisés hors de leur contexte habituel. Il s’agit de détournement de certains mots ou sons pour signifier un autre concept qui lui est associé. Rappelez vous du « Bla Bla Bla » de Bamboleo dans ‘Aparentemente Ideal’.
En effet, l’articulation des éléments signifiés dans le texte, la danse et la musique, illustre les différents changements de signification qui soutiennent les jeux d’ironies, de revanche, d’agressivité et encore de cynisme qui caractérisent l’esprit de cette musique. De cette manière, la Timba fonctionne comme une espèce de plate-forme sémiotique qui permet à une frange importante de la jeunesse cubaine de canaliser symboliquement l’agressivité et la frustration dont elle souffre, en nourrissant son identité (noire et Habanera) et en développant des attitudes cyniques qui lui permette d’assumer sa dure réalité et ses non moins difficiles stratégies de survie. La Timba est un facteur fondamental dans la construction de l’archétype culturel du « Mauvais Garçon de La Havane », la cuirasse qui protège certains face à la réalité. La Timba n’est ni une lamentation qui pleurerait sur ce qu’il se passe, ni une hypocrisie qui nierait ce qu’il se passe : c’est une attitude cynique qui permet de supporter et de normaliser la vie au moyen de tout ce qu’il se passe (cf. López Cano 2002, 200â, 2004b, 2005 et dans la presse).[30]
3. La Timba dans la musicologie : du quartier à l’académie (et le dédain à son égard)…
En dépit de l’importance sociale, musicale et encore historique de la Timba, celle-ci a à peine fait l’objet d’études sérieuses. La Timba a représenté une rencontre unique entre des musiques de la diaspora noire d’Amérique du Nord et des Caraïbes. Ça a été aussi l’occasion de concilier le talent énorme et la formation d’une génération nombreuse de musiciens, avec une possibilité de subsistance réelle qui a, en outre, renouvelé les pratiques de la Musique Populaire Dansante. Il n’y a pas de doute que les parole ‘rapées’ (salmodias) des choeurs de la Timba ont préparé le terrain pour l’actuel succès du hip hop cubain. Elle a aussi été le responsable du retour de la Musique Populaire Dansante sur les scènes internationales, avant même le phénomène de Buena Vista Social Club, tandis qu’elle a été la première à faire découvrir au régime cubain le précieux capital économique latent qu’il y avait dans la musique cubaine durant les années les plus dures de la période spéciale. Mais le plus important est qu’elle a été un prétexte, une opportunité pour des milliers de cubains qui ont trouvé en elle un écho et un refuge durant ces heures des plus incertaines.
Toutefois, ni sa complexité musicale ni sa popularité n’ont évité à la Timba d’être la cible privilégiée de nombreux discours qui l’ont maltraitée. Maltraitée au moins en deux sens : maltraitée parce qu’elle a seulement mérité une attention très superficielle de la part des publications consacrées à la musique cubaine ou à la Salsa ; et maltraitée par ceux qui lui ne pardonnent pas que, dans sa bruyante festivité, elle porte la marque des années dures qui ont accouchées d’elle. Cette musique réclame à celui qui l’étudie une largesse de vue qui transcende son apparence immédiate et choquante. Fréquemment on pense que les paroles vulgaires des chansons de la Timba incarnent la voix (et l’avis) des chanteurs, ces « nouveaux riches » qui ont été couverts de dollars grâce à la soudaine et nécessaire ouverture économique. Toutefois, en réalité, par leurs chansons, émerge la voix de ceux-là même qui ont vécu au présent, au passé et au futur la décennie des années quatre-vingt-dix. En effet, celui qui est incarné dans les chansons de la Timba, c’est la voix de l’homme de la rue qui devant ce désastre, a désespérément essayé de se protéger avec la seule chose qu’il avait encore à sa portée, et avec ce que cette terrible crise n’a pas pu lui arracher: ses grossièretés, sa vulgarité, sa danse, la Santería et le sexe, beaucoup de sexe. Le sexe n’entre pas dans la carte de rationnement, il n’est pas non plus régulé par l’autorité. C’est le seul « état » dans lequel le Timbero est « libre et souverain » et peut se gérer comme bon lui semble.[31]
Nous pouvons nous offenser pour la vulgarité de la Timba, pour sa mauvaise éducation, ses carences et son odeur des quartiers. Nous pouvons être gêné par la Timba parce qu’on n’y chante pas avec l’exquise malice de bon goût développée par Los Van Van, par exemple. Mais dans ce cas, nous la condamnerions pour ce qu’elle n’est pas, au lieu de nous occuper de notre responsabilité : nous occuper de ce qu’elle est en réalité, et plus important encore, analyser et expliquer pourquoi elle est comme elle est. Dans le cas contraire il apparaîtrait que nous serions seulement disposés à nous approcher de ce qui est « populaire » seulement quand c’est ‘packagé’ et aseptisé dans des chansons correctes et bien domestiquées : « Vive les guenilles, Monsieur, et les tables sans nappe ; / vive celui qui sent la ruelle, les grossièretés et les garages ».[32] Permettez moi d’ouvrir un espace pour un extrait de Chronique sociale, une chanson inédite (évidemment) de José Luis Cortes de NG La Banda qui témoigne du sentiment des musiciens en ce qui concerne ces critiques :
¿Chabacanos? ¿Quién te dijo?/ ¿Has ido tú, a los solares de Cuba, has estado en Los Sitios, Jesús María?… candinga./ ¿Has visto a la gente que se levanta a las cinco de la mañunga [mañana]…?/ que son los que ponen la música popular…¿qué tú sabes de esto, qué tú dices de esto?… Por eso es que te digo que está bueno ya chico… ¿Y tú te acuerdas de… Albita,… Malena Burke,… Arturo Sandoval…? / … se fueron … candinga …¿y los salseros?…en Cuba …/ tocándole su música a su pueblo,/ ¿Porqué te metes con los que están aquí, con los que están luchando con la gente?/ ¿Pero qué te pasa cabeza de puerco, oye qué te pasa a ti?… tú no eres nadie para decir … que yo, no puedo cantarle a mi gente, lo que ellos me dan./ Y yo se los devuelvo … hecho música,/ yo no inventé el idioma,/ yo no soy chabacano,/ ¿Saben qué … lo que soy? ¡Es Tremendo Cubano!”.[33]
Grossièretés ? Qui t’a dit ? / Tu es allé toi, dans les Solars de Cuba, tu as été dans les quartiers de Los Sitios, Jesus María ?… candinga. / Tu as vu aux gens qui se lèvent à cinq du mat’ [matin]… ? / qui sont ceux qui font la musique populaire… qu’est-ce que t’en sais de ceci, qu’est-ce que t’en dis de ceci ?… C’est pourquoi que je te dis que ça suffit mon gars… Et tu te rappelles de… Albita… Malena Burke… Arturo Sandoval… ?/… ils sont partis… candinga… et les Salseros?… à Cuba…/en train de jouer leur musique à leur peuple, / Pourquoi tu traînes avec ceux qui sont ici, avec ceux qui galèrent avec le peuple ? / Mais qu’est-ce qu’il t’arrive tête de cochon, Dis moi, qu’est ce qu’il te prend ?… tu n’es personne pour me dire… que je ne peux pas chanter pour mes gens, ce qu’ils me donnent. / Et je le leur rend bien… Je fais de la musique,/je n’ai- pas inventé la langue,/ Je ne suis pas grossier,/ Vous savez quoi… Ce qui suis ? Un vrai Cubain d’enfer ! ».[33]
Dans le peu d’études sérieuses sur la Timba, il apparaît, peu à peu, de nouveaux regards, de nouveaux discours et une nouvelle manière de penser cette musique. D’abord, il faut mentionner à ceux qui s’intéressent aux Musiques Populaires Dansantes cubaines que se développent désormais des discours plus justes en ce qui concerne la Timba. Pour citer seulement quelques travaux, je mentionnerai ceux de Leonardo Acosta (1997,.1998 et 2004), Danilo Orozco (1995) et Hélium Orovio (1998), sans oublier ceux de Zoila Gómez et Victoria Eli (1995). Avec eux, on commence à souligner les voix de jeunes chercheurs avec des contributions comme celles de Neris Beau González (1999) et celles effectuées par elle-même avec la spécialiste en littérature Liliana Casanella Cué (2002 et 2003) ou le travail de Raimundo Villaurrutia, Mirna Guerra et Ada Oviedo (1997).
Hors de Cuba il se produit aussi quelque chose d’intéressant. La Timba a suscité l’intérêt d’un certain public qui refuse de réduire la culture cubaine à la carte postale du rhum, du cigare ‘habano’, des Chevrolets des années cinquante et de l’admirable « Son gériatrique » du genre Buena Vista Social Club. Toutefois, ils sont encore peu ceux qui osent l’étudier en profondeur. Parmi eux, il convient de mentionner le travail de Neustadt (2002) et les intéressantes approximations analytiques de Kevin Moore (2001 et 2002) et des autres membres du site Web www.timba.com . Pour ma part, j’ai essayé de développer des méthodologies sémiotiques cognitives pour l’étude des processus au moyen desquels la Timba participe à la construction d’attitudes cyniques indispensables à la survie des jeunes cubains qui appartiennent aux classes les plus marginales (López Cano 2002, 2004a, 2004b, 2005 et en presse).
D’autre part, il est particulièrement frappant de noter l’intérêt que cette musique a suscité dans le cadre académique européen et américain, où on lui a consacré des projets de fin cursus, des thèses de maîtrise et des thèses de doctorat. Dans cette rubrique ils convient de souligner les travaux d’Iñigo Sánchez Fuarroz (2001), Patrick Noble (2001) et Patrick Frölicher (2002). Il convient de mentionner de manière très spéciale les articles et la thèse doctorale de Vicenzo Perna (2002,.2003 et 2005) qui ont donné lieu à l’unique monographie dédiée à la Timba. Son travail est tout autant bon qu’exhaustif. Il aborde tout autant des aspects techniques, critiques ou historiques comme politiques et sociaux. Il marque un avant et un après dans la recherche sur la Timba tandis qu’il définit d’une certaine manière l’agenda pour les recherches suivantes.
4. La Timba dans la revue TRANS… Attention ! Les Salseros arrivent !
C’est dans ce contexte que s’inscrit la présente collection de travaux. Ce qui a été prétendu avec ce dossier spécial pour la revue TRANS, c’était de réunir différentes voix de différents registres générationnels, géographiques et académiques, pour donner l’ampleur nécessaire à un phénomène qui le mérite. Les auteurs de cette collection d’études ne sont pas les seuls mais ils sont parmi les meilleurs et les plus qualifiés pour parler de ce sujet.
Il est vrai que pour comprendre la Timba, il faut l’insérer dans le contexte social et politique des années où elle est apparue, mais il serait très injuste de penser qu’il s’agit d’un produit « conjoncturel » disjoint de l’histoire de la Musique Populaire Dansante cubaine. Cuba a été une puissance musicale régionale et internationale depuis le début du XXème siècle. A l’instar du Brésil, ses caractéristiques contrastent avec le reste de la musique hispano-américaine. Victoria Eli, dans sa contribution pour cette collection, « La musique dansante de Cuba : du Son à la Timba, rupture ou continuité ? », positionne la Timba dans l’histoire (ou dans l’une des histoires) de la Musique Populaire Dansante de Cuba. Au travers de cette étude, on nous montre ses antécédents et ses similitudes avec des mouvements, des genres et des rythmes précédents, l’influence des institutions pré- et post-révolutionnaires dans la musique populaire et la manière particulière de concevoir la musique et la danse dans l’île qui a caractérisé beaucoup de ses moments les plus « stellaires », comme on dit ici.
Pour sa part, Iñigo Sánchez Fuarros dans « Timba et rumba et l’appropriation de l’intérieur » nous fait une visite guidée des espaces imaginaires que la Timba construit depuis la musique en son sein. Avec son concept d' »appropriation de l’intérieur », Sánchez Fuarros explique comment la Timba revendique la Rumba pour sa sonorité, son espace, ses relations interpersonnelles tant ethniques que surnaturelles et comment elle s’est positionnée sur le plan culturel, social et jusqu’à politique, vis-à-vis de la « culture dominante ». Ce mouvement donne naissance, comme toujours, à une série de processus de sélection, d’utilisation et de réinvention de la tradition avec lesquels on interpelle des franges spécifiques de la population.
Vicenzo Perna va plus loin et dans son article « Making meaning by default. Timba and the challenges of escapist music » ou il soutient que la Timba est une forme « non- politique » d’ « expression politique »: « la politique est dans les tambours ». Pour Perna, la Timba est un magma « intermodal dont la signification émerge de l’interaction entre la musique, la danse, les codes vestimentaires, le langage et les paroles des chansons ». À partir ceux-ci, il s’est imposé un nouveau discours de Cubanía basé sur des conceptions de styles, de race, de classe sociale, de langage et d’expérience corporelle particulières qui, loin de rester dans l’hédonisme et le rejet des messages profonds, révèlent une subversion par rapport à « la rationalité du discours dominant ». La dimension politique de cette musique a été mise en évidence au moment même où elle a fait l’objet de répressions ponctuelles mais emblématiques. Ainsi, la Timba est une musique qui s’est placée du côté d’une frange de la population spécialement malmenée par la crise et qui cherche à se réarticuler autour d’une racine culturelle qui peut être comprise au moyen de la notion de Black Atlantic proposé par Paul Giroy. Pour Perna, ceci explique son succès inhabituel dans la décennie des années 90 ainsi que, malgré la diversification de la musique cubaine durant ces dernières années, la Timba est encore la musique de divertissement préférée par la population noire. Artefact intéressant qui permet de gérer de nouvelles clés d’identité tandis qu’il renforce les thèses occidentales sur le thème du cubain comme synonyme de rythme, de joie, d’hypersexualité active, etc. De cette manière la Timba sert d’agent médiateur entre les touristes étrangers et une partie de la jeunesse cubaine qui grâce à elle « exploitent son capital culturel représenté par son corps, son habilité à danser, sa connaissance de la musique et de la `rue’ « .
La contribution de Liliana Casanellas, « Intertextualité dans les paroles de la Timba cubaine. Premières notes « , explore un des aspects les plus intéressants que la musique populaire dansante cubaine : les références incessantes des textes, des lettres, des refrains et des choeurs d’autres chansons appartenant au même style ou à des genres différents, cubains ou étrangers, et les citations de refrains, proverbes, et expressions populaires. L’auteur mentionne les différentes fonctions de ces références intertextuelles. Parmi celles-ci, elle souligne la faculté de faciliter la compréhension et l’appropriation de chaque sujet par le public, celle de garantir ainsi le succès d’une chanson, celle de développer et d’étendre de nouvelles possibilités de signification de chaque thème et la critique ironique, à la fois ingénieuse et voilée, du discours dominant au moyen de la parodie.
Patrick Froelicher dans son » Somos Cubanos !, timba cubana and the construction of national identity in Cuban Popular Music » effectue un parallèle intéressant à propos des relations complexes entre la Timba cubaine et la Salsa née dans la communauté Latino de New York à la fin des années soixante. Il analyse comment après vingt années de discours anti-salsero développé à Cuba, les groupes de la Timba naissante du début des années quatre-vingt-dix ont profité du succès du processus de globalisation de la Salsa pour trouver un créneau sur le marché international. De la même manière que les portoricains et les autres communautés latinos de New York se sont appropriés la musique cubaine traditionnelle pour construire leur identité en Amérique du Nord, les musiciens cubains de la génération de la « période spéciale » se sont à leur tour approprié le terme de « Salsa » dans le but de renforcer leur diffusion et de s’insérer dans le dialogue créatif de leurs collègues d’autres pays. Toutefois, les politiques culturelles de l’île, ainsi que le potentiel de la musique cubaine à produire de puissants signes d’identité dans la population tandis qu’il produit une forte image de l’île à l’extérieur, ont fait que le terme Timba s’est imposé comme un caractère distinctif de la Musique Dansante du Cuba de la Révolution, face au concept de Salsa ou à la sonorité archaïque et prérévolutionnaire du Son traditionnel, propre au style du célébrissime Buena Vista Social Club.
5. Prospective et suggestions pour de futures recherches
Dans les matières en suspens à développer dans la recherche sur la Timba, il conviendrait de souligner les suivantes. Après avoir s’être attardé sur les musiciens, les chanteurs et les compositeurs, il est maintenant nécessaire que la recherche entreprenne une ethnographie des danseurs, le public qui reste dans l’île ou expatrié dans une autre partie du monde. Comment les gens ont-ils vécu la Timba, étant donné que certains des points de repère de son développement ont coïncidé avec les moments les plus durs que la crise ? Le danseur est-il sensible aux messages de résistance culturelle que nous autres chercheurs détectons ? Pour le public, la Timba est une espèce de protestation ou simplement une évasion de stentor ? Qu’en est il d’autres acteurs impliqués dans la musique comme les jineteras ou les touristes étrangers ?
Il faut approfondir aussi dans l’analyse technique de cette musique complexe. Il est nécessaire aussi de reconstruire les réseaux intertextuels qui émanent de celle-ci. Pourquoi certains styles de musiques noires ont-ils été utilisés et d’autres non ? Au niveau des contenus des chansons, il serait intéressant de se faufiler plus finement dans le type de narration, les personnages et les modèles de relations amoureuses qui sont dépeints dans la Timba. De quelle manière s’articule la narration des paroles par rapport aux douloureuses et parfois grotesques histoires de survie ? D’autre part les discussions sur le fait de savoir si la Timba constitue ou non un genre musical propre, peuvent servir à réfléchir une fois de plus sur ce sujet complexe parmi les études de la musique populaire urbaine latino-américaine. Quand, comment, pourquoi, pour qui et pourquoi la Timba constitue-t-elle un genre musical en tant que tel ?
Il serait aussi nécessaire d’inspecter plus en détail le rôle de l’industrie musicale dans laquelle la Timba s’inscrit à l’intérieur et hors de Cuba. De plus, il ne s’avérerait pas trivial d’analyser en profondeur l’impact réel qu’a causé le boom du phénomène Buena Vista Social Club sur la diffusion, l’économie et aussi sur la définition de la Timba comme genre musical.
6. Pour Conclure
Je crois que ce dossier sur la Timba est absolument nécessaire et j’espère que, d’une certaine manière, il encourage de nouveaux étudiants à participer à cette recherche. Ceux qui ont pris part à cette étude, sont des étudiants d’académie d’origine cubaine ou yuma que nous reconnaissons pour leurs compétences musicales, socio-historiques et culturelles dans le domaine de la Timba. Mais surtout, nous sommes aussi des amants passionnés de cette île de Cuba, de sa culture et de ses gens. Nous nous réjouissons, nous souffrons et nous nous indignons avec elle et par elle. Mais aimer signifie aussi accepter et être contaminé, d’une certaine manière, par les contradictions de l’être aimé. Néanmoins ce n’est pas pour cela que nous nous arrêterons d’exercer une réflexion critique au vu du discours de chacun d’entre nous.
En rappelant la position épistémologique de Jeff Titton (1997) arrêtant le travail des champs et l’entreprise ethnomusicologique en général, nous devons rappeler que l’étude de la musique est toujours l’étude des gens qui la font et cela ne doit pas être oublié. Les pages suivantes non seulement sont consacrées à l’analyse d’une musique virtuose et complexe ou à l’analyse de personnalités polémiques de leurs chanteurs et de leurs manières grossières (« chabacanos ») de chanter la rue. Ces pages sont surtout un exercice de reconstruction de l’histoire non dite de milliers de cubains. Une histoire dépourvue de mots mais non dépourvue de rythme ni de son. Une histoire tissée à coup de larmes et de rigolades par ceux qui depuis les pénibles années quatre-vingt-dix ont passé la vie sur les pistes de danse… dans la rue… dans le bisness ou les affaires de survie… ou dans le fonds de la mer.
C’est par eux et pour eux.
Pour consulter les annotations cliquez sur les references [ ] dans le texte ou sur :
Notes
1. Je remercie pour leurs commentaires critiques et leurs apports gentiment offerts au présent texte, Iñigo Sánchez Fuarros, Liliana González, Susana G Aktories et Abel Fernández. Je remercie aussi l’équipe éditoriale précédente de la revue TRANS pour son accord, il y a plus de an et demi, pour la proposition de ce dossier. Le hasard a voulu que l’apparition de ce dossier coïncide avec l’anniversaire de ma première année à la tête, officiellement, de cette revue. Il s’agit seulement d’une coïncidence involontaire.[§]
2. Extrait de la chanson “Muro” (1990) du disque de Carlos Varela ‘Monedas Al aire’ (1991).[§]
3. “Ahora que los mapas están cambiando de color” (1990), du disque ‘Monedas al aire’ (1991). Le « cimetière chinois » est un petit cimetière situé dans Nouveau Vedado, à La Havane, où étaient enterrés les cubains d’origine chinoise. On n’est pas sûr de ce à quoi se réfère la phrase « il ouvrira ses vieilles portes en ‘une seule fois ». Ce qui est certain est que, effectivement, cet espace autrefois réservé et mystérieux, ouvre maintenant ses portes de part en part au tourisme.[§]
4. “Robinson” (1991) du disque ‘Monedas al aire’ (1991). Dans cette chanson-là nous assistons alors à l’impressionnant et symbolique démontage de centaines de statues de Lenine, de Staline et de tout le panthéon communiste. Misha a été ce sympathique ours en peluche, mascotte des jeux olympiques de Moscou en 1980. Son effigie ornait les rues de la capital de l’URSS. Je ne suis pas sûr si Misha a aussi été un des objectifs pour les foules qui ont effectué ces soudaines et destructrices réformes urbaines ou s’il s’agit d’une hyperbole malicieuse de Varela.[§]
5. “Robinson” (1991) du disque ‘Monedas al aire’ (1991).
6. “Nuestro día viene llegando”, du disque ‘Oxigeno’ (1991). La chanson a beaucoup circulé dans l’île. Y compris ses échos pouvaient être écoutés dans les rues des quartiers de La Havane les plus populaires, au début des années 90.[§]
7. “Monedas al aire” (1990), du disque ‘Monedas al aire’ (1991).[§]
8. “En este barrio” de Santiago Feliú du disque ‘En vivo’ (2000).[§]
9. “Marucha la Jinetera” de Pedro Luis Ferrer du disque ‘100% Cubano’.[§]
10. “Tropicollage” de Carlos Varela du disque ‘Jalisco Park’ (1989).[§]
11. “La política no cabe en la azucarera” de Carlos Varela du disque ‘Como los peces’ (1995)[§]
12. “Generación” de Santiago Feliú du disque ‘Futuro inmediato’ (1999).[§]
13. Paz est l’auteur de l’oeuvre de théâtre polémique qui a donné naissance au film tant célébré ‘Fraise et Chocolat’ (1992) de Tomás Gutiérrez Alea.[§]
14. “En este barrio” de Santiago Feliú du disque ‘En vivo’ (2000).[§]
15. “Robinson” (1991) de Carlos Varela du disque ‘Monedas al aire’ (1991).
16. Le concept d’inter-genre a été proposé par le musicologue cubain Danilo Orozco. cf. González et Casanella (2002). Pour Juan Formell, directeur de l’orchestre emblématique Los Van Van, la Timba « n’est pas un genre musical ; c’est une attitude devant le public qui apprécie et connaît la musique qu’il veut danser « (Cortázar 2001).[§]
17. Les musiques de danse à Cuba représentent une pléiade de genres qui s’entremêlent et fusionnent sans cesse défiant toute taxonomie simpliste. La musicologie cubaine a consacré le terme Musique Populaire Dansante, ainsi que le terme de complexe générique pour affronter et négocier la complexité de celle-ci.[§]
18. “Memorias” de Carlos Varela du disque ‘Jalisco Park’ (1989).[§]
19. Il n’est que justice que d’indiquer que des titres de Formell du début des années soixante-dix comme « Chirrin chirrán » (disponible dans la compilation ‘25 Años…¡Y Seguimos Ahí!’) sonnent comme d’authentiques chansons de Timba. De fait, l’orchestre les réutilise dans ses récents concerts de Timba. Toutefois, comme nous verrons, la Timba ne peut pas être réduite à un catalogue de caractéristiques form
par Ahinama | Mar 28, 2007 | Wiki
A la suite de l’article sur La Timba et les différents Genres de la Musique Cubaine et de la discussion qui en a suivi, Rumberito nous a indiqué une publication décrivant les relations entre la Timba et la Rumba et écrite dans le cadre d’une thèse d’ethnomusicologie espagnole.
Nous avons traduit cet article et avons essayé d’en garder le style académique voire verbeux et ‘intéllo’ à certains égards.
Loin de partager nombres des arguments et certaines thèses (sujettes à caution) de cet article, il en demeure néanmoins intéressant sur le plan des références musicales, historiques et sociologiques et aussi pour la documentation qu’il apporte.
Nous apporterons nos commentaires et dans une certaine mesure la contradiction aux contresens de cet article avec l’aide de musiciens et de danseurs diplômés de Cuba et ayant bien connu cette ‘Période Spéciale’.
Nous avons toutefois indiqué en gras les affirmations qui nous semblaient justes et dignes d’apporter un éclairage pertinent.
Timba, rumba et l’appropriation de l’intérieur[1]
Íñigo Sánchez Fuarros
Résumé
Le présent article prétend discuter les lectures de la Timba qui la considèrent comme une simple continuation de la tradition de musique populaire cubaine, et qui, d’une certaine manière, supposent l’existence de traditions musicales plus ou moins fixes, avec ou à partir desquelles les musiciens actuels établissent des relations de continuité ou de rejet.
En prenant le concept d’ « appropriation » comme point de départ, je ferai valoir que la « tradition » n’est pas quelque chose qui est passivement reçu mais qui, pour pouvoir être héritée, doit disposer de la complicité active du récepteur de cette dernière, en mettant l’accent, de cette manière, sur la participation active du sujet, par opposition à ces approches musicologiques qui cherchent uniquement à analyser au travers de l’existence de traces qui démontrent (ou non) la fidélité à une tradition déterminée.
Je parlerai, dans ce cas, « d’appropriation de l’intérieur » pour dénoter ce processus de sélection, d’invention et d’utilisation postérieure de la tradition, appliqué au cas concret de la relation entre la Timba et la rumba.
Todos los negros finos /
nos hemos reunido /
y hemos decidido /
no tocar más rumba.
Free Hole Negro[2]
Le début de la décennie des années 90 a été particulièrement critique pour la population cubaine. Le pays se levait chaque jour sans provisions, les vitrines des magasins vides et la population plongée dans l’embarras. Il s’ouvrait une étape d’incertitude qui a été euphémiquement baptisé « Période Spéciale ». La disparition de l’Union Soviétique et du Conseil de l’Aide Économique Mutuelle (COMECON), la disparition des principaux marchés extérieurs et des fournisseurs de l’île, combinées à l‘inefficacité de la structure économique cubaine et à la continuation de l’embargo américain, ont plongé Cuba dans leur plus grande crise du siècle passé.
Dans le cadre quotidien, la crise a été traduite par une diminution considérable des moyens matériels et du pouvoir d’achat du peuple cubain, avec des répercussions sur le plan subjectif. « Rien, il n’y avait rien, tu comprends ? », condamnait une femme cubaine, interrogée sur les premiers temps de la « Période Spéciale » (Reposé 2000:26). Les défaillances dans l’approvisionnement électrique, la réduction dramatique du transport public, la pénurie d’aliments et une inflation démesurée, entre autres facteurs, ont placé la population devant une situation inextricable. À partir de 1993, et au vue de la gravité de la situation, le gouvernement cubain a été forcé d’entreprendre quelques réformes, tant dans la sphère économique que dans le système politique et social, lesquelles ont été traduites, dans les grandes lignes, en une plus grande ouverture politique du régime. [3] Toutefois, ces réformes, en même temps qu’elles allégeaient partiellement les difficultés de certains cubains, ont provoqué à leur tour l’augmentation des inégalités sociales, suite à un accès inégal au dollar, converti pendant ces années en la monnaie « forte » (cf. Ritter 1995,.1998). La société cubaine entrait, de cette manière, dans une décennie pleine de contradictions et d’incertitudes.
La fond sonore de cette période a été principalement marqué par l’interprétation de la clave de Timba. Ce style de la musique populaire dansante, apparu à la fin de la décennie des années 80, s’est transformé très vite en un véhicule important de la représentation collective pour de vastes catégories de la population cubaine. Grâce à l’influence de styles musicaux étrangers, à l’utilisation particulière que les musiciens firent de la tradition, à l’agressivité des arrangements musicaux, grâce à des paroles directes, à une mise en scène provocatrice, la Timba a rassemblé un public avide d’instruments qui leur permettraient, d’une part, d’exprimer ce que c’était que de vivre la réalité cubaine de la fin du XX siècle et, d’autre part, d’articuler des possibilités d’intervention sur cette dernière réalité. La Timba devient durant ces années comme un espace expressif alternatif face à celui offert par la propagande officielle, ou celui forgé depuis certaines positions en exil. Autrement dit, la Timba s’est développée avec la vocation de devenir un langage parlant du quotidien réel et où les mots sont à nouveau récupérés pour designer ce qui existe réellement.
L’objet de cet article ne sera pas d’analyser les utilisations politiques, sociales ou culturelles qui sont faites de la Timba, à travers différents domaines, ni non plus de la définir en termes musicaux. [4] Dans le présent travail je me centrerai sur l’étude de certains des processus qui la constituent, et plus concrètement le processus de l’appropriation. Dans ce travail, j’aborderai la Timba comme un espace d’appropriations multiples, en me centrant sur l’utilisation que les musiciens timberos font de l’univers socio musical de la rumba. Ce cas particulier n’annule pas d’autres formes d’appropriation qui peuvent se produire, et de fait elles se sont produites, au sein de la Timba. Les analyser toutes est une tâche qui échappe aux limitations du présent travail. Pour illustrer mon exposé, je me servirai de quelques exemples pris dans la production discographique des orchestres de Timba les plus populaires que la décennie des années 90, spécialement de NG la Banda, considéré par beaucoup comme le groupe qui a donné naissance à ce mouvement.
« Expropriation », appropriation et « appropriation de l’intérieur »
Le concept d’appropriation acquiert de la pertinence dans le domaine de la musicologie au sein des débats qui apparaissent autour de la « world-music ». Dans cette perspective, le concept d’appropriation est compris, généralement, comme un geste impérialiste, associé à des notions de pouvoir, de contrôle et de domination culturelle, et fréquemment sous la forme d’un musicien occidental qui s’approprie des « musiques exotiques » et qui les transforme en objets de consommation soumis à la logique commerciale du capitalisme (cf. Barañano 2003 et Keil et Feld 1994). L’influence des études postcoloniales dans ce type d’analyses s’avère évidente (cf. Born et Hesmondhalgh 2000).
Sans aller trop loin dans l’histoire récente de la musique populaire cubaine nous trouvons un bon exemple d’appropriation, auquel l’anthropologue brésilien José Jorge Carvalho s’est référé comme « expropriation » (Carvalho 2003) : le phénomène de la Buena Vista Social Club. Produit par Ry Cooder, cet album a diffusé dans les tous les foyers et sur toutes les scènes de l’hémisphère occidental un catalogue de musiciens cubains vieillissants, qui, du fait de ce musicien américain, ont popularisé un répertoire composé de vieilles mélodies de la musique cubaine traditionnelle. De cette manière, on a fabriqué une image de l’île où celle-ci était réduite à un paradis exotique, gentil et inoffensif, ancré dans le devenir du temps, et adapté aux goûts du public (occidental) auquel un tel produit était destiné. Transformé de cette manière en un phénomène musical fulgurant en dehors de l’île, avec d’importantes implications non seulement pour le développement ultérieur de la musique populaire cubaine mais aussi pour l’ensemble de la « world-music » (Neustadt 2000), l’intense campagne promotionnelle du disque a abouti avec la première d’un film – Buena Vista Social Club, Le Film -, dirigée par le célèbre réalisateur Wim Wenders.
Ce film rassemblait des moments d’une des tournées internationales de promotion du disque, et il montre une peinture de la vie a Cuba, soigneusement montée dans une structure narrative qui, bien loin d’être innocente, dissimulait une morale curieuse, et est synthétisée dans cet extrait de la page Web officielle de Wim Wenders:
The film [Buena Vista Social Club] helped immortalize both the music and its now-famous practitioners who had been living in near poverty, all but forgotten in their own country.[5]
Ce film [Buena Vista Social Club] a aidé à immortaliser à la fois la musique et ses interprètes désormais célèbres qui ont vécu proche du seuil de la pauvreté, tous mais oubliés dans leur propre pays.
Effectivement, une bonne partie du succès de Buena Vista Social Club a été dû précisément à l’histoire lancée autour de la production du disque, un « conte de fées » habilement fabriqué dans lequel on nous présente la figure de Ry Cooder, d’abord, comme le découvreur des talents qui avaient été oublié dans leur propre pays et, ensuite, comme l’âme charitable qui les dégage de la pauvreté et à qui il restitue la place légitime qu’ils devraient occuper : les théâtres et les auditoires du monde entier. L’ironie de l’affaire est que pendant ce temps, la musique véritablement populaire dans l’île, la Timba, restait ignorée et occultée hors de Cuba par le succès de la saga » Buena Vista Social Club ».
En retournant au sujet qui nous occupe, quelques musicologues se sont référés, toutefois, au processus d’appropriation dans un sens plus positif, comme une partie intégrante d’une démarche locale qui entreprend la récupération de ses racines, la préservation de la tradition. En tant que contrepoint polyphonique relative à la première interprétation, cette « seconde voix » peut être comprise, en suivant Steven Feld, comme « une mélodie d’admiration, voire même un hommage et un respect, une source fondamentale de connectivité, de créativité et d’innovation » (Feld 1994 : 238). C’est précisément la lecture que le musicologue cubain Leonardo Acosta fait de la Timba: »[nous croyons que] la Timba est héritière d’une longue tradition de musique populaire dansante et c’est dans cette perspective nous devons la traiter » (Acosta 2003).
La thèse que défend Acosta me paraît effectivement applicable au cas concret de la Timba, bien que, à mon avis, elle parte d’hypothèses qu’il serait nécessaire de réviser. D’abord, il suppose que la relation entre la Timba et la tradition des musiques populaires cubaines est le résultat d’une évolution naturelle. Il s’agirait, par conséquent, d’une relation passive. Sans discuter le fait que la Timba doit être comprise dans un contexte global de développement expérimenté par la musique populaire cubaine tout au long du siècle passé, nous ne pouvons pas oublier, toutefois, que la tradition est quelque chose qui est reçu passivement, mais, qui pour être héritée, doit disposer de la complicité active du récepteur de cette dernière, parce qu’il est, en définitive, celui qui la reconnaît comme telle et l’accepte. Deuxièmement, cette approche musicologique suppose, explicitement ou implicitement, l’existence de traditions musicales fixes avec ou à partir desquelles le musicien actuel établit des relations de continuité ou de rejet. Ces approches , à la lumière des recherches musicologiques récentes, s’avèrent difficiles à soutenir. Pour tout cela, je préfère considérer la relation de la Timba avec la rumba comme un processus actif d’appropriation. Et, pour cette raison, en parallèle au concept d’appropriation comme « expropriation », je propose l’utilisation du concept « d’appropriation de l’intérieur ».
En ce sens, une analyse qui tient compte cette dimension « de l’appropriation de l’intérieur » mettra nécessairement l’accent sur la participation active du sujet qui se présente comme le corollaire, le point culminant ou simplement le continuateur d’une tradition précédente, contrairement à une approche musicologique qui viserait à évaluer les traces qui subsistent de la survie ou de la fidélité à cette tradition. Ce changement de perspective enrichit le concept d’appropriation, en permettant de le décrire comme un processus actif qui est articulé dans deux mouvements : sélection et, dans beaucoup de cas, invention d’une tradition déterminée, et utilisation postérieure de cette dernière. Processus qui, de mon point de vue, et toujours à propos de la relation entre la Timba et la rumba, révèle une prise de position politique concrète par les musiciens timberos.
“En la calle”
En 1989, le groupe NG la Banda (Nouvelle Génération la Banda) fait irruption dans la scène musicale habanera avec une tournée atypique par les quartiers de la Capitale pour présenter leur second disque, intitulé ‘En La Calle’ (Cortès 1992). Ce travail marque un point d’inflexion dans le développement de la musique populaire dansante cubaine, en cela que l’on y découvre/voit les bases d’un nouveau style qui, une fois consolidé pendant les années 90, sera connu sous le nom générique de Timba. Parmi les nouveautés qu’apporte ce travail, et qui finiront par être des traits caractéristiques de la Timba, nous pouvons souligner la présence proéminente de la rumba et d’autres traditions d’origine afro-cubaine, tant sur le plan musical comme dans les aspects non strictement musicaux. [6] Le style de ‘En La Calle’ me paraît, de ce point de vue, assez exemplaire de ce changement. [7].

L’image en couverture de ce disque est un instantané dans lequel les membres de l’orchestre sont photographiés dans un Solar [16]. Le sol terreux, les bâtiments du fonds, ainsi que les vêtements étendus qui encadrent la photographie, rendent compte de tout cela. Dans ces cours intérieures, propres aux quartiers humbles de La Havane, les habitants se réunissaient généralement autour des tambours pour faire la Rumba, et c’est dans ces dernières que s’est forgée la rumba de Solar. La rumba est un style musical cubain, dont les origines remontent au XIXème siècle, et qui est interprété, traditionnellement, avec des instruments de percussion et des voix. La percussion crée, dans ce cas, une base rythmique répétitive, de texture complexe, sur laquelle improvisent le percussionniste soliste et le chanteur « guia » (« guide »). De plus, la danse, individuelle ou en couple, selon le style de rumba, est un autre des éléments indispensables de toute performance ‘rumbera’, laquelle atteint différentes intensités selon le degré d’interactions entre les danseurs, les musiciens et le public. [8]
En même temps qu’une forme divertissement et de distraction des travaux quotidiens, cette rumba spontanée servait aussi, selon le musicologue cubain Leonardo Acosta, « de chronique de la maison ou du Solar, dans lequel les événements quotidiens sont raconté, mais dans lequel sont aussi rassemblés des aspects de la vie sociale et politique » (Acosta 1991:55). Mais, retournons à l’image. La pose des musiciens, engoncés dans des costumes impeccables, contraste avec celle des enfants, à moitié habillés et dans une certaine mesure perplexes devant l’objectif de l’appareil. Situées dans le centre de l’image, d’une couleur jaune frappante, les tumbadoras (les Congas) servent d’axe autour duquel on dispose les sujets photographiés, en délimitant un espace semi-circulaire, « l’espace propre de la rumba » (Daniel 1995:75). Instrument au pouvoir agglutinant, les tumbadoras représente ici, métaphoriquement, le pouvoir de la rumba véhiculant un certain sens de la communauté vaste et unificatrice. La spontanéité, réelle ou prétendue, de l’image fait que, loin d’être statique, elle projette un certain dynamisme qui invite à la participation : les tumbadoras sonnent au rythme de la clave, jouées par un des membres du groupe, tandis que le reste des musiciens frappent des mains ou rient tout simplement.
Cette image synthétise, à mon avis, la relation symbiotique complexe que les deux styles, timba et rumba, entretiennent entre eux. [9] Equivoque si elle en est, l’image recueille à la perfection la tension entre la tradition et la modernité, c’est-à-dire, entre les mouvements de continuité et de rupture, tandis qu’elle interroge les limites qui séparent, d’une part, le monde de la rumba et, d’autre part, l’univers récemment créé de la Timba. Les déclarations suivantes d’Issac Delgado, qui a été le chanteur de NG la Banda dans cet album, renforcent cette idée, tandis qu’elles approfondissent un peu plus la relation complexe entre la Timba et la Rumba : On parle aujourd’hui de Timba comme d’un nouveau rythme ou d’une tendance de notre musique populaire contemporaine, quand réellement depuis les temps anciens, les rumberos se réunissaient pour danser, parler, sentir (…) et depuis lors ceux qui « chantaient et dansaient » le mieux étaient les timberos, les vrais timberos. (Delgado 2001. L’emphase c’est de moi).
Quels liens existent donc entre la Timba et la rumba ? Quels processus d’appropriation ont eu lieu entre les deux styles ? J’aimerais me concentrer sur trois aspects. D’une part, l’appropriation par la Timba de l’espace physique et symbolique de la rumba, c’est-à-dire, du Solar. D’autre part, comment la Timba récupère la musique comme outil de dénonciation et comment rend au musicien sa fonction de chroniqueur social, à travers l’emphase qu’il porte a ce qui est relatif au quotidien. Tous ces éléments étaient présents dans le rôle que la rumba jouait dans le Cuba prérévolutionnaire. Et finalement, de quelle manière la Timba rassemble quelques éléments musicaux de la rumba et les incorpore dans son style compositionnel propre.
Le son des quartiers
Si nous revenons à nouveau à l’image à laquelle nous faisions allusion précédemment, nous pouvons apprécier comme le titre lui-même du disque, ‘En La Calle’ (‘Dans la rue’), ne fait qu’aboutir à ce qui est évident : un regard perspicace n’est pas nécessaire pour vérifier que, effectivement, les musiciens sont photographiés « dans la rue », et non ailleurs. Toutefois, le titre peut être lu au-delà du plan descriptif comme une prise de position, laquelle prend un sens, à mon avis, à la lumière de la distinction historique qui identifiait la rumba comme une musique de la rue, ce qui est la même chose de dire une musique subalterne ou marginale, et qui l’opposait à une autre musique populaire qui était interprétée dans les salons de danse. L’appropriation de la rumba par l’État après le triomphe révolutionnaire, résulta en ce que la Timba, durant les années quatre-vingt-dix, vint réclamer l’héritage de cet espace
L’approche de NG La Banda pour aborder cette distinction rigide et pour occuper l’espace de la rue, n’est pas resté, toutefois, dans une simple déclaration d’intentions, mais, au contraire, ce groupe a entrepris une tournée pour apporter son projet musical, la Timba, à des quartiers et des communes qui se trouvaient hors des circuits habituels de diffusion de la musique dansante, ce qui a constitué un fait sans précédent dans l’histoire de la musique populaire cubaine. [10]. En outre les noms des quartiers sont entrés en force comme partie intégrante de leurs chansons. Sans aller plus loin, la chanson « La Expresiva » (Cortès 1992) nous est présentée comme « l’hommage de NG La Banda à tous les quartiers de La Havane », lesquels sont dépeints à travers une succession de refrains qui font appel directement aux habitants de chacun de ces quartiers. Ces allusions continuelles aux quartiers de La Havane par les orchestres timberos contribuent à rendre propice une certaine rivalité entre les danseurs des différentes communes constituant la ville de La Havane (cf. Mastro 2004), tandis qu’ils fixent l’identité de la Timba comme une musique éminemment originaire de La Havane.
Dans ses origines, l’espace propre de la rumba était circonscrit au Solar. Étymologiquement, le mot « Timba lui-même » nous resitue immédiatement à ces cours intérieures, dans lesquelles il était utilisé comme synonyme de rumba, de festivité, et où on s’exclamait généralement « la Timba est bonne! » pour décrire ce que les musiciens, les chanteurs et les danseurs faisaient de bon, ainsi que pour qualifier le niveau de ‘sabrosura’ (NDLT : saveur, jouissance, extase) de la festivité. De cette manière, la Timba va revendiquer le Solar comme son espace naturel, bien que son espace réel soit un autre. Je crois que nous pouvons distinguer deux dimensions superposées en ce sens. La Timba s’approprie le Solar, comme espace émotionnel, un espace de la mémoire affective visant à la relier avec les racines d’une certaine tradition, fondamentalement celle de la population afro-cubaine qui vit dans la ville. Toutefois, l’espace réel de la Timba, le paysage de ses chansons et celui du public auquel il s’adresse, est celui du quartier. Il se crée, de cette manière, entre ces deux types urbains, la rumba et la Timba, un intéressant jeu de différence et une dissimulation. La Timba ouvre les limites du Solar au quartier, mais elle s’adresse à celui-ci comme si il s’agissait de l’ancien Solar rumbero.
Un bon exemple de cette superposition d’espaces nous le trouvons dans l’un des sujets d’un autre travail précoce de NG La Banda, ‘No se puede tapar el sol’ (‘on ne peut pas couvrir le soleil’ Cortès 1990), « Los Sitios entero ». « Los Sitios » est le nom d’un des quartiers qui appartient à la commune populaire de Centro Habana. Quartier populaire, de classe humble, connu comme étant le berceau de rumberos célèbres, » Los Sitios entero » passe pour être, par essence, une chanson en hommage à ce lieu. La chanson commence directement avec le refrain, utilisant un procédé appelée ‘ataque por el estribillo’ (‘attaque par refrain’ López Blanc 2004:2), refrain qui sera répété tout au long de la composition :
Coro: Nací en La Habana
soy habanero.
Jesús María, Belén
y Los Sitios entero.
Refrain: Je suis né à La Havane
je suis havanais.
de Jesús María, de Belén
et de Los Sitios en entier.
Sur ce dernier refrain, le soliste va développe le sujet, et en l’occurrence, par une succession de « guias » (d’appels) qu’ils chantent à la gloire de la ‘sabrosura’ (le charme, l’ambiance, la folie) du quartier et à leur idiosyncrasie (*) particulière. Dans le refrain lui-même on apprécie déjà la superposition de deux espaces, celui de la ville et celui du quartier, lesquels constituent, comme nous avons indiqué, l’espace réel de la Timba.
(*) En philosophie, l’idiosyncrasie est un ensemble de particularités et de traits de caractères propre à chaque individu, qui représente ce qu’il est en tant qu’être conscient, ce qui définit son ontologie.
Un de ces « guias », au milieu de la composition, prépare le changement qui fera place à la partie centrale de la chanson. L’allusion directe à la rumba, au « rumbón », avance ce qui reste à venir :
Guía: Los Sitios me está esperando
para tocar un rumbón,
y cuando suena la clave
me palpita el corazón.
¡Te digo, rumbero!
Appel: Los Sitios m’attendent
pour jouer un rumbón,
et dès que sonne la clave
mon cœur palpite.
Je te le dis, rumbero!
Un break prolongé de la batterie marque l’entrée des Metales (cuivres), et après un peu de ceux-ci puis une marche isolée de la campana (cloche : percussion latine), « on attaque » la rumba. Le Solar est incarné alors dans la forme d’un guaguancó, interprété dans sa manière traditionnelle – avec seulement la percussion et la voix -, et c’est à partir de là que le chanteur entonne sa chanson d’hommage particulier à Los Sitios :
Guía: Pretendo con esta rumba
homenajear a Los Sitios,
que es un barrio…
le-le-le-lele-lelelé, ¡güiro!
bien bonito.
Appel: Je prétend avec cette rumba
faire hommage à Los Sitios,
qui est un quartier…
le-le-le-lele-lelelé, ¡güiro!
bien beau.
Dans le contexte de la composition, la rumba fonctionne ici comme une métonymie (**) du Solar, en ce sens que c’est depuis ce Solar ‘recréé’ musicalement qu’est interpellé le quartier, et depuis celui-ci qu’est interpellé la ville, « La Habana entera » (« à La Havane en entier »). Il conviendrait de demander, alors, si le rôle que le Solar accomplissait dans la rumba, – en tant qu’espace vécu, l’espace de vie et d’expérience vécue- est le même rôle que le « quartier » joue maintenant dans la Timba ; ou si, au contraire, c’est plutôt à travers la Timba que les quartiers se vengent de ceux qui veulent les renier – hôtels, moyens de communication, autorités – et conquièrent, de cette manière, ainsi ces espaces interdits – les cabarets, la radio ou le marché d’exportation prioritaire, entre autres.
(**) La métonymie en philosophie est la substitution d’un concept par un autre par correspondance logique. Il s’agit d’un type de métaphore substituant un sens par un autre lie par une relation déterminée : cause et conséquence, contenant et contenu, entité et symbole, auteur et œuvre, etc.
« Le Cuba réel »
La présence du quartier conditionne nécessairement la thématique de la Timba, la même manière que le Solar a conditionné en son temps l’univers référentiel de la rumba. Malheureusement, rares sont les documents sonores ou visuels qui nous permettent de savoir comment sonnait la rumba ou comment on dansait ces rumbas de Solar aux débuts du XXème siècle. La bibliographie secondaire nous offre, pour sa part, une image de la rumba selon laquelle celle-ci fonctionnait à cette époque comme « un moyen d’expression publique de ceux qui manquaient de moyens de représentation » (Moore 2002:213). Ses textes parlaient non seulement de ce qui arrivait à l’intérieur du Solar, mais aussi on y discutait aussi de sujets politiques, ou bien on y critiquait l’oppression et les mauvais traitements infligés à la population noire en particulier, et cubaine en général, par les Etats-Unis ou par le gouvernement cubain de l’époque, à une époque où la rumba, tout comme d’autres manifestations artistiques afro-cubaines, étaient réprimées et étaient censurées par le pouvoir en place. [11]
Après le triomphe de la Révolution en1959, de profondes transformations sociales se sont produites, dans le but de déraciner les structures néo-colonialistes qui régnaient encore au sein de la société cubaine. Ceci a supposé l’élévation du statut du folklore, et sa reconnaissance comme partie intégrante de la culture nationale, grâce à laquelle, selon les termes du musicologue cubain Argeliers Leon, la rumba a cessé d’être, durant ces années, « de la musique d’un seul partie de la population pour constituer une expression généralisée de ce qui est profondément cubain » (Leon 1981:141. Mon emphase). La rumba se transforme ainsi en un symbole culturel, acquiert le statut de danse nationale et se « folklorise », à travers la professionnalisation de ses interprètes, la création de compagnies de danse et les centres d’enseignement, ainsi que par la prolifération d’espaces publics pour sa représentation. On a désamorcé ainsi le potentiel de critique sociale inhérente à la rumba, bien que dans la mémoire collective, la rumba soit chargée de connotations ethniques, tant positives que négatives, comme la musique des noirs, et assimilée à des valeurs de marginalité et de protestation. [12]
La timba, pendant les années de la « Période Spéciale », va récupérer cette valeur potentiellement critique de la rumba, et reprend le quotidien comme source d’inspiration, en délaissant pour cela les artifices rhétoriques sophistiqués et en rétablissant un langage « de vérité ». J’en veut pour preuve certaines des compositions de NG La Banda, ainsi que d’autres groupes plus jeunes, comme la Charanga Habanera ou « El Medico de la Salsa », pour en citer certains. [13] Outre les changements dans le langage, – donné pour vulgaire, violent, machiste ou grossièrement argotique (chabacano) -, la Timba met sur la table des sujets qui s’avèrent délicats et que, pour différentes raisons, la censure officielle occulte ou ne permet pas d’aborder ouvertement. Tel est le cas des cultes afro-cubains, qui occupent une place importante dans l’univers thématique de certains des orchestres timberos les plus populaires. Des compositions comme « Santa Palabra » (Cortès 1995), traitent ouvertement de la problématique qui entoure ces cultes et traitent des instances officielles qui ont censuré ou ont interdit ces pratiques à certains moments de l’histoire.
Dans d’autres cas, les musiciens recourent à l’allégorie, comme ressource littéraire pour se référer à la situation sociopolitique difficile du moment, comme dans le cas du refrain suivant, popularisé au début des 90 :
Coro: No se puede tapar
el sol con un dedo
la verdad es la verdad,
mala cara no quiero (Cortés 1990)
Refrain:
On ne peut pas recouvrir
Le soleil avec un seul doigt
La vérité est la vérité,
Je ne veux pas de mauvaise mine (Cortés 1990)
(NDLT : a mal tiempo buena cara : contre mauvaise fortune bon cœur)
Mais parfois, les musiciens ne sont pas aussi métaphoriques. Dans cet autre refrain du chanteur Paulito FG, la critique de la demande constante de sacrifice par l’appareil étatique est assez explicite,
Coro: San Dame y San Dame…
Guía: Claro.
Coro: y ¿San Toma dónde está?
Guía: si todo no es recibir,
hay que dar a los demás… ¡también! (Fernández Gallo 1997)
Coro: Saint Donne Moi et Saint Donne Moi…
Guía: Bien sur.
Coro: et Saint Thomas, ou es tu ?
Guía: S’il s’agit de ne rien recevoir,
Il faut bien en donner encore plus… Encore! (Fernández Gallo 1997)
Souvent, la musique elle-même se présente comme une des voies possibles d’échappatoire ou l’ »antidote » devant le manque d’opportunités et devant un futur incertain. Il suffit de prendre comme exemple ce refrain d’un autre succès de la première époque de NG La Banda :
Guía: Si no bailan con NG La Banda
Seguro que el sol no les da
Así que…escucha comodice:
Coro: Ni el sol te da
Guía:Si tú no bailas conmigo… (Cortés 1992)
Guía: S’ils ne dansent pas avec NG La Banda
C’est sur que le soleil ne lui apporte rien
Ainsi écoute comment on dit :
Coro: Le soleil ne te donne rien
Guía:Si tu ne danses pas avec moi… (Cortés 1992)
Avec ces sujets, les paroles de la Timba abordent aussi d’autres sujets épineux qui sont consubstantiels à la vie de la « Période Spéciale » : la prostitution (cf. Neustadt 2002 et Perna 2003), les nouveaux styles de vie, la culture de la consommation, les inégalités, la promiscuité, la tromperie en amour, etc. (cf. López Blanc 2004). Ils le font outre d’une manière directe et explicite, si bien qu’il ne fut pas surprenant que la Timba fusse accusée, en général, de grossièreté (chabacanería) et de vulgarité. De fait, il s’avère très significatif que la même accusation de vulgarité, qui a été attribuée en son temps à la rumba prérévolutionnaire, ait été utilisée durant les années 90 par quelques prises de positions du discours musicologique cubain et par d’autres instances à caractère officiel, pour délégitimer la Timba, non seulement sur la base des contenus de ses textes mais aussi à cause de sa danse, effrontément provoquante et explicite [14]. À propos des critiques versées sur les paroles de ses chansons, José Luis Cortès, dit « Le Grossier » (El Tosco), leader et fondateur de NG la Banda, s’est défendu en affirmant que :
las élites ignoran la dura realidad cotidiana de la vida en la isla. Nosotros somos cubanos y en nuestras canciones hablamos de la Cuba real (citado en Cantor 1999).
les élites ignorent la dure réalité de la vie quotidienne dans l’île. Nous sommes cubains et dans nos chansons nous parlons du Cuba réel (cité dans Chanteur 1999).
De cette manière, avec un point de vue sur les affaires du quartier, la Timba rend au musicien sa fonction de chroniqueur social, et à la musique son role d’outil de dénonciation, en occupant le poste qu’une rumba, une fois officialisée, avait perdu.
“La Clave de rumba, avec la guapería rumbera”
La Clave de Rumba avec l’agressivité rumbera
Si la volonté d’appropriation de l’espace paraît claire ; si les paroles essayent de reprendre les fonctions les plus critiques de la rumba, du point de vue sonore l’appropriation par la Timba d’éléments musicaux propres à la rumba s’avère également évidente. Je me référerai brièvement à trois d’entre eux que je considère dignes d’intérêt.
D’abord, il s’agit d’indiquer comment, la Timba adopte comme Clave de référence la Clave de rumba, face à la tradition de la musique populaire dansante cubaine qui est encadrée dans le complexe générique du Son. De manière significative, le producteur de musique cubaine Ned Sublette s’est référé à la Timba comme « clave de rumba, avec guapería rumbera » (Sublette 2001). Du point de vue compositionnel, ce choix fournit une plus grande liberté pour l’improvisation et la sophistication de la section rythmique des orchestres timberos, en l’approchant de l’esprit propre de la rumba, ce qui s’est traduit par des orchestrations chargées et une sonorité complexe, avec une grande emphase sur tout ce qui est percussif. D’autre part, la clave de rumba, aussi connue (et ce n’est pas un hasard) comme « clave cubana », articule un fort ressenti de cubanidad (‘Cubanité’), grâce à sa cadence caractéristique, qui nous transporte immédiatement à l’imaginaire de la rumba, « l’expression la plus pure de la cubanía » (Linares 2001). La cubanidad à laquelle se réfère la Timba est, en tout cas, une identité qui – contrairement à leur parent mulâtre, le Son – est construite sur la base de l’affirmation de la fierté de être afro-cubain (noir), à partir, entre autres, de son identification à des styles musicaux associés avec ce qui est ‘black’ comme la rumba.
Mais, l’appropriation que la Timba fait des caractéristiques musicales de la rumba est encore plus évidente dans l’importance que toutes les deux accordent au choeur ou au refrain, comme élément sur lequel se structure la composition. [15 ] Dans le cas de la rumba, la section de chœur (coro) – réponse marque le moment culminant de la performance, un moment de grande énergie, quand la rumba explose et entame un dialogue intense entre le chanteur soliste, le choeur et le ‘quinto’ (percussionniste soliste), et auquel participent les danseurs et le public. Dans la Timba, pour sa part, le chœur (coro) se transforme en » corpus essentiel de l’oeuvre » (Elis et Alfonso 1999). Cette appréciation est renforcée par Juan Formell, un des compositeurs actuels les plus prolixes que la musique dansante cubaine, pour lequel « la qualité du refrain est celle qui décide du succès d’un morceau dansant » (cité dans Padron 1998:34). Le poids spécifique de cette section est important dans la composition, au point que fréquemment elle se transforme en une succession de ’coros’. Le montuno est généralement aussi l’espace réservé pour l’improvisation, il s’ensuit que, en live, les morceaux se rallongent ad infinitum selon l’inspiration du chanteur, celui-là même qui improvise les « guias » entre coro et coro, et entre les réponses que celui-ci reçoit du public à ses appels.
Musicalement, le montuno se caractérise par la répétition des cycles harmoniques et la récidive du tumbao du piano, par de fréquents changements tempo et d’une plus grande présence de tout ce qui contribue à la production de cet accroissement progressif de l’intensité musicale par des breaks (bloques). C’est aussi le moment où la danse atteint son apogée, son intensité maximale. Les mouvements des danseurs sont exacerbés au rythme de la musique et commence ce que l’on appelle le « despelote » : une succession de mouvements vertigineux, ouvertement sexuels et aux noms aussi figuratifs qu’expressifs que sont « le tembleque » (le tremblement) ou « la batidora » (le mixeur). Les musiciens interpellent alors les danseurs en utilisant des coros au langage simple, direct, trivial, habituellement à la seconde personne du singulier. De cette manière, l’auditoire qui fait sien le coro et la voix individuelle du compositeur se sont transformés en une voix collective comme une expression communautaire, processus qui atteint son paroxysme dans le « despelote » que nous décrivions il y a un moment. Les danseurs commencent ainsi à faire partie de l’univers des sens de la musique et, de cette manière, le montuno peut être considéré comme le moment de communion authentique entre le groupe et le public.
L’appropriation par la Timba d’éléments musicaux propres à la rumba atteindra, en tout cas, son expression la plus claire quand la rumba sera incorporée telle quelle dans les compositions de Timba. Parfois elle apparaît comme introduction, en situant l’atmosphère du sujet (« El Tragico », Cortes 1995) ; d’autres fois, elle acquiert le statut de section indépendante dans la composition, comme nous avons vu dans le cas « Los Sitios entero » ; ou bien, elle est incorporée dans les arrangements et dans l’orchestration de la composition timbera, sans que sa structure cesse d’être parfaitement reconnaissable (« De La Habana » de Paulito Fernández Gallo 1997). On révèle ainsi l’intention d’appropriation par la Timba, durant les années de la « Période Spéciale », du potentiel symbolique – critique, consolidateur d’identités, etc. – qui avait été traditionnellement associé à la rumba de Solar du Cuba prérévolutionnaire.
Conclusion
Considérer la Timba comme le développement naturel de la tradition de musique dansante cubaine est, je crois, une simplification de la signification culturelle et sociale de ce genre musical. En ce sens, analyser les relations entre la Timba et la tradition musicale cubaine, spécialement la rumba, depuis ce que j’ai appelé « appropriation de l’intérieur » révèle une complexité de relations qu’un autre type d’analyse oublie. En s’identifiant au monde de la rumba, les groupes timberos retournent au Solar comme source d’inspiration, récupèrent la fonction du musicien comme chroniqueur social et de la musique comme outil de dénonciation, en re-actualisant de cette manière les valeurs propres de la rumba avant que celle-ci n’ait été incorporée au discours officiel et par conséquent coupées ses possibilités comme agent d’agitation sociale. La Timba est fixée dans la tradition, choisit entre les possibilités qu’elle lui offre, et s’approprie le sens original de la rumba et offre, de cette manière, un espace alternatif pour penser la réalité cubaine, en proposant de nouvelles lectures du sens Communauté et « Cubanidad ».
Notes
1- Ce travail a été effectué tandis qu’il jouissait d’une bourse de Formation du Professorat Universitaire, du Ministère l’Éducation et de la Science (AP2002-0142). Une première version de ce dernier a été présentée sous forme de communication dans le VIII Congrès de la Société Ibérienne d’Etnomusicología (SiBE) A celui qui appartient la musique ? La musique comme patrimoine et comme culture (Saragosse, 25-28de marzode 2004). Je remercie à Josep Martí pour commentaires précieux sur cette première version. La même manière, je m’aimerais montrer mon remerciement à Rubén López Blanc par les suggestions et les commentaires à cette nouvelle version, qui sans doute l’ont notamment enrichie. Gerardo de Crémone m’a offert son hospitalité et amitié, en créant les conditions nécessaires pour pouvoir armer ce texte à des moments difficiles pour moi. Ma gratitude aussi vers él.[§]
2-« Superfinos negros », del disco Habana Blues B.S.O. Dro East West. 2005.[§]
3-Entre les mesures adoptées pour pallier la crise on peut souligner l’ouverture de certains secteurs de l’économie nationale à l’investissement étranger, l’expansion de l’industrie touristique, la légalisation timide de l’emploi d’indépendant, la libre circulation du dollar ou la création de marchés agricoles. Pour une analyse plus détaillée des implications économiques, politiques et sociales « de la Période Especial »cf. Moreno (1998).[§]
4-Quelques travaux qui offrent une caractérisation générale de la timba sont l’article des musicologues cubains Beau González et Casanella Cué (2003), la monographie excellente de Perna (2003), ou l’introduction concise au travail de López Blanc (2004). Pour une discussion sur les définitions emic et etic de la timba cf. Sánchez (2001).[§]
5-source http://www.wim-wenders.com/art/buenavistasocialclub.htm[date de consultation, septembre 2005][§]
6-Pour une analyse de ce disque par rapport à ses implications en termes d’ethnicité cf. Perna (2002).[§]
7-L’image objet de la discussion correspond a la couverture de l’édition que, sous le nom de ‘En La Calle’, la compagnie discographique américaine Qbadisc a lancé en format CD durant l’année 1992. Dans ce CD on a rassemblé des thèmes des deux premiers albums de NG La Banda (En La Calle et No Se Puede Tapr El Sol). La couverture de l’édition originale du vinyle « En La Calle » (EGREM, 1989) est composé seulement du nom du groupe, dans de grandes lettres oranges, et le titre du disque, en noir et dans la partie inférieure, sur un fonds blanc, conception sobre qui est partagée avec d’autres 33 tours publiés par le label discographique cubain à cette époque. L’image qui illustre la couverture de l’édition de Qbadisc est, en tout cas, une photographie professionnelle, avec une mise en scène parfaitement prévue, dans laquelle les musiciens posent d’une certaine manière, et qui n’est absolument pas accidentelle. Cette circonstance, pertinente, à mon avis, soutient l’argument que je prétends exposer. Je remercie à Kevin Moore, comme éditeur du portail Internet timba.com, pour l’information offerte sur l’origine de l’image de couverture de ‘En La Calle’.[§]
8-Le complexe de la rumba est composé de trois parties qui possèdent des caractéristiques propres. Le yambú, une partie lente de la rumba, dont la danse marque un mouvement pelvien de possession et dans lequel les danseurs imitent les mouvements difficiles d’une personne âgée. Le guaguancó est la modalité la plus connue. Plus rapide que le yambú, le couple de danseurs développe un jeu attraction et rejet qui aboutit au vacunao, c’est-à-dire avec la possession symbolique de l’homme sur la femme. Finalement, la Colombia dévoile la chorégraphie la plus acrobatique. Dansée seulement par des hommes, le rythme de cette variante est rapide et entrecoupé.[§]
9-Bien que ce travail vise à analyser les emprunts de la Timba sur la rumba, un aspect non moins intéressant que cette relation impliquerait d’aborder ce qu’a signifié, pour la rumba de des 90, l’irruption de la Timba dans la scène musicale cubaine dans ces années-là.[§]
10-Il convient de souligner comment cette initiative s’est ensuite cristallisée, peu après, dans un circuit stable de musique populaire dansante qui a permis aux orchestres plus jeunes d’apporter leurs projets musicaux à un public qu’ils n’auraient pas pu approcher avec facilité, d’une autre manière, en faisant des concerts dans des espaces normalement dédiés au tourisme. Il est aussi intéressant de noter comment, tandis que ceci arrivait, les groupes timberos ont porté « le barrio » et toute sa problématique, au coeur de la scène musicale habanera émergente, concentrée dans des hôtels exclusifs et les établissements visant au tourisme international (Perna 2002:216), lieux où curieusement, les destinataires de ces chansons, les gens du quartier, avaient un accès restreint.[§]
11-Un rumbero singulier de cette époque, Gonzalo Asensio, davantage connu comme Oncle Tom, reflète de manière exemplaire certains de ces événements dans les paroles des rumbas. Prenez comme exemple le guaguancó suivant, dans lequel il dénonce l’outrage au drapeau cubain par des Marins américains : « Entendez Monsieur le président/je veux savoir ton avis/sur la réclamation/qu’a présenté ce cubain/contre ces Américains/qui sont venus depuis l’étranger/renverser le drapeau/de notre sol cubain » (cité en Acosta 1991).[§]
12-Sur le sujet rumba et ethnicité cf. Moore (2002)
13-Les exemples sont innombrables, il suffit d’aller à la discographie de chacun des groupes mentionnés. Des chansons comme « El Tragico », « Chronique sociale » ou « Picadillo de Soya », toutes de NG La Banda, constituent une excellente galerie de personnages et de situations tellement crûment quotidiennes dans la vie de la « Période Spéciale » qu’elles finissent par apparaître irréelles.[§]
14-Un bon exemple de ce discours accusatoire vers la timba nous pouvons le trouver en Casanellas (1999).[§]
15-Cette section est connue comme montuno, et ainsi je me référerai à elle a partir d’ici et plus en avant.[§]
16-Le Solar est un lotissement, un ensemble d’habitations ou d’appartements minuscules, généralement construits ou réaménagés autour d’une cour intérieure, où s’entasse une population modeste, souvent noire. Il s’y crée une communauté de vie du fait de la promiscuité où les gens se retrouvent pour tout mais surtout pour faire la fête. Il existait des Solars où de nombreux artistes vivaient en communauté dont le célèbre Solar de La California (Centro Habana) chanté par Issac Delgado :
Donde vive un ingeniero, un constructor
Un ecobio y un doctor, un obrero
Donde sube y baja el dólar
Se venden los cucuruchos, se hacen los pues y las manos
Se hace el amor en colores
Se hacen primos, hermanos, que son buenos
Y de segunda mano tambien
Bibliographie
- ACOSTA, Leonardo. 2003. »La timba y sus antecedentes en la música popular cubana del siglo X ». El Solar de la Timba3 http://www.solardelatimba.com/main_art/esp_timba-antecedentes.htm [Consulta: marzo de 2004].
- ______1991. « The Rumba, the Guaguancó and Tío Tom ». En Essays on Cuban Music. North American and Cuban Perspectives, ed. Peter Manuel, 51-73, Nueva York: University Press of America.
- BORN, Georgina y Hesmondhalgh, David (eds.). 2000. Western Music and its Others. Difference, Representation and Appropriation in Music. Berkeley: University of California Press.
- CARVALHO, Jorge José. 2003.“La etnomusicología en tiempos de canibalismo musical. Una reflexión a partir de las tradiciones musicales afro-americanas”. TRANS. Revista Transcultural de Música, 7 http://www.sibetrans.com/trans/trans7/indice7.htm [Consulta: marzo de 2004].
- CASANELLAS, Liliana. 1999. “Textos para bailar. ¿Una polémica actual?”. Salsa Cubana 7-8:12-15.
- DANIEL, Yvonne. 1995. Rumba, Dance and Social Change in Contemporary Cuba. Bloomington e Indianápolis: Indiana University Press.
- ELI, Victoria y Alfonso, Mª A. 1999. La música entre Cuba y España: Tradición e innovación. Madrid: Autor.
- FELD, Steven. 1994. »Notes on World Beat »

par Ahinama | Mar 17, 2007 | Wiki
La Timba représente depuis ces 15 dernières années les derniers développements de la musique cubaine. C’est le genre musical, pris au sens large, qui nous réunit principalement sur Fiestacubana.net.
Toutefois, il regroupe différents courants comme la Timba hard-core (ou pura dura) représentée par La Charanga Habanera, Manolin, Paulito FG ou Bamboleo, le Son Moderno représenté par Manolito y su Trabuco ou Adalberto Alvarez, mais aussi par différents courant uniques mais héritiers d’autres rythmes anciens comme Los Van Van ou Pupy y Los Que Son Son représentant le Songo, Elito Revé y su Charangon représentant le Changui con Timba, Sur Caribe représentant la Salsa con Conga, etc.
Tout comme le reste de la musique cubaine dansée, la Timba est le résultat d’une lente distillation dans l’alambic des cultures que constitue Cuba. Ce n’est que le dernier cru (je devrais dire avant-dernier si je prends en considération le Reggeaton) d’un processus finalement extrêmement lent de trans-culturation où les rythmes et influences africaines, créoles et populaires ou paysannes, ont peu a peu pénétré au cœur de la musique officielle aux origines européennes, espagnole (la guaracha), française (le menuet) et/ou anglaise (la contredanse ou ‘country dance’).
La Timba est construite, comme la Salsa, principalement sur le Son auquel elle a souvent substitué la Clave de Rumba, rendant le rythme plus complexe, plus syncopé, et dont la danse est plus ancré dans la terre. C’est une musique d’avant-garde dont les maîtres mots sont innovation, créativité d’une part et popularité et transe d’autre part.
Les Timberos continuent la tradition des Soneros avec les « Pregon », les question–réponses, mais ils utilisent des thèmes plus contemporains, plus urbains. Ils cherchent petit à petit à faire monter la sauce jusqu’à l’apothéose, jusqu’au délire total.
Pour arriver à leur fins, ils utilisent soient les joutes verbales qui excitent le public (parfois en montant un quartier de La Havane contre l’autre comme dans « La Expresiva » de NG La Banda), soit le défi d’une scène à l’autre (Sombrilla de La Charanga Habanera traitait Mayito Rivera de Los Van Van de « négresse » ou Michel Maza se moquait ouvertement de la chanson de Carlos Manuel « La Manzana » en la parodiant en « Mango en la cabeza » ou encore Manolin chante que c’est lui le roi « Yo soy el rey »). Il n’y a quasiment pas de chansons romantiques. L’attitude est plus proche du rappeur que du crooner. Les chansons traitent souvent des difficultés de la vie quotidiennes après la « Période Spéciale » de 1993 durant laquelle les cubains ont connu la disette suite à l’effondrement du mur de Berlin et à l’arrêt de l’aide économique du grand frère russe.
NG La Banda se moque des solutions proposées par le gouvernement pour lutter contre la disette et sa promotion du soja avec la fameuse chanson « Picadillo de Soja ». Los Van Van parlent du « Cheque » envoyé par la famille de Miami ou de la belle fiancée mulâtre qui est partie se marier avec un touriste italien dans « El Chocolate ». La Charanga Habanera parle de la prostitution induite dans « La Superturitica » ou de l’opportunisme féminin : « Buscate un temba que mantenga » disent ils : « cherche-toi un quadragénaire fortuné qui t’entretienne ». NG parlent de la rudesse des sentiments dans « La Bruja », tout comme plus récemment Calle Real qui chantent « Cuadrate porque si tu no te cuadras me voy con otras porque soy sueno de muchas otras ! » = « Change de comportement ! Parce que si tu ne changes pas, je m’en vais avec une autre, car je représente le rêve de bien d’autres ».
L’attitude n’est pas aux lamentations ou larmoiements si fréquents dans la Salsa Romantica mais à l’affirmation de soi (« (Ese) Soy Yo » que bizarrement chantent la Charanga Habanera, El Clan et Maraca ou bien « Yo no me parezco a nadie » chanté par Haila avec Bamboleo et Azucar Negra) et l’affirmation de ses propres chances dans la vie (« Ya No Hace Falta » de Bamboleo dans laquelle Vannia chante pour que son ex le laisse tranquille).
Typiques de cette démarche à la fois jubilatoire et prolétarienne, les titres de 2 disques phares du groupe le plus emblématique de la Timba, La Charanga Habanera, sont très clairs « Tremendo Delirio » (on traduirait de nos jours : Grave Délire) et « Soy Cubano, Soy Popular » (Je suis Cubain, Je suis populaire (*)) !
La religion afro-cubaine, la Santeria, est aussi très présente, comme un moyen de sortir des problèmes du quotidien cubain. Même si la Santeria a toujours été une source d’inspiration dans la musique populaire cubaine, la venue du Pape Jean-Paul II dans les années 90 a permis de libéraliser la pratique de tous les cultes et les cubains se sont souvent tournés vers cette religion bien ancrée et héritée des esclaves venus du Nigeria et qui ne s’apparentent ni à la sphère d’influence des capitalistes comme le catholicisme ni à celle des communistes.
Los Van Van chantent une ode à tous les saints du panthéon Yoruba, les Orishas, dans la chanson culte de Mayito « Soy Todo – Ay Dios Amparame », dérivée d’un magnifique poème. Adalberto Alavarez fait de même avec cette dernière interprétation de « Y Que Tu Quieres Que Te Den ». Mais on retrouve aussi des références aux Orishas partout, chez Pachito Alonso « Maferfu Obatala », chez NG La Banda « Santa Palabra », chez Dan Den avec « Viejo Lazaro », chez Elio Reve « Papa Eleggua » ou encore chez la Charanga Habanera « Extranos Ateos ».
Pour exciter le public, les Timberos utilisent aussi et surtout la virtuosité rythmique et mélodique. Ils concassent et fusionnent tous le genres musicaux en interprétant du coq à l’âne dans la composition ou dans l’improvisation des succès funky de Kool & the Gang, Earth Wind & Fire. Bamboleo jouait récemment « No Woman No Cry » de Bob Marley et l’an dernier Los Van Van chantait les Beatles! Tous les coups sont permis du moment que le public est surpris et est pris de transe.
Pour atteindre cette folie, ce délire, les musiciens de Timba ont intégré de nombreux éléments empruntés au Funk, au Jazz, au Rock et au Rap. Ils usent et abusent de breaks (les bloques), de polyrythmies issues des rythmes Batas, de riffs de cuivres syncopés (les Mambos et Champolas), de références au mélodies afro-cubaines de la Santeria (Orishas : Agua pa’Yemaya, Obatala esta wini wini, Eleggua Ooo.., Papa Chango, Oggun, etc.), de choeurs (les coros) empruntés aux succès de la Salsa (« La vida es un Carnaval », « La vida te da sorpresa, sorpresa te da la vida », « la vida esta loca loca…», etc..) ou aux dictons populaires cubains (« Ay que Dios se lo dio, San Pedro se lo bendiga », « El que no tiene de Congo, tiene de Calabari », etc.).
Les musiciens Timberos sont parmi les meilleurs musiciens à Cuba, voire au monde, malgré leur jeunesse. Ils ont étudié dans les exigeantes écoles de musique de l’Etat cubain (qui leur enseignent la musique classique avec l’influence des professeurs espagnols ou russes (**)) et ils leur faut à la fois dominer la musique classique, les musiques traditionnelles cubaines (Son et Afro-cubain) tout autant que le Jazz, le Funk, le Rock, la Salsa, etc. La plupart de ces musiciens sont issus de la Escuela Nacional de Arte (ENA) et/ou de l’Instituto Superior de Arte (ISA).
Certains sont de vrai maîtres comme Lazaro Valdes, le directeur, compositeur et pianiste de Bamboleo qui nous a montré qu’il jouait aussi la contrebasse. Jose-Luis Cortes « El Tosco » directeur, compositeur, chanteur et flûtiste de NG La Banda, est un virtuose de la flûte traversière dont il fut premier prix de conservatoire classique à Cuba (la légende prétend qu’il n’aurait pas été retenu comme premier soliste dans l’orchestre symphonique de Cuba car il est noir). Ces deux derniers jouent, composent et enregistrent avec des formations de Jazz de renommée internationale. De même pour le saxophoniste Juan Manuel Ceruto (ex Paulito FG, Issac Delgado), le trompettiste Alexander Abreu (ex Paulito FG, Issac Delgado, Caros Manuel, Los Van Van, etc.), le tromboniste Amaury Perez (ex Paulito FG, Issac Delgado), le violoniste et arrangeur Joaquin Betancourt (ex Issac Delgado, Adalberto Alvarez, La Rumba Soy Yo, etc.).
D’autres ont eu une influence décisive et définitive sur l’ensemble de la musique cubaine comme Juan Formell et Cesar ‘Pupy’ Pedroso de Los Van Van, ou Elio Revé et son Charangon, Enrique Lazaga et La Ritmo Oriental, ou David Calzado et sa Charanga Habanera grâce à leurs inventions dans le domaine de l’orchestration, des arrangements et des compositions.
Enfin, et non des moindres, certains laissent un trace indélébile par leurs interprétations, leur style et leurs compositions, Issac Delgado, Manolin El Médico De La Salsa, Paulito FG. Ces 3 artistes sont de vrais génies qui se sont échangés pendant quelques années les meilleurs musiciens de Cuba tout frais sortis de l’école.
La Timba a mis au devant de la scène de véritables talents exceptionnels pour leurs voix, des Divas ou de Stentors qui renverraient notre Star Académie au bac à sable. Michel Maza, en fait Michel Maza Marquez, un jeune chanteur effronté et instable, surnommé El Menor de La Salsa à ses débuts avec la Charanga Habanera, a en fait une voix exceptionnelle de Ténor. Son père, Jose ‘Pepe’ Maza du groupe Layé du Tropicana, et sa mère, Beatriz Marquez, Diva du Boléro, sont de grands chanteurs et professeurs de chant à Cuba et leur rejeton en a bien profité pour notre plus grand plaisir. Transposé en France, ça serait un peu le Pavarotti du 93 !
Paulito Fernandez Gallo fait ses débuts dans Dan Den puis dans Opus 13 avec une Sonera exceptionnelle, Jaqueline Castellano. Il est probablement aujourd’hui l’une des plus grande voix de Cuba.
Mario ‘Mayito’ Rivera , le chanteur noir de Los Van Van, bien qu’à l’origine bassiste et percussionniste, a imposé ses talents de chanteurs et fait rocker Los Van Van sur scène. Réécoutez ‘Tim-Pop con Birdland’ dans En Vivo en El Malecon De La Habana !
Bamboleo, Azucar Negra et NG La Banda ont révélés les nouvelles Divas de la chanson cubaine : Haila Mompie, Vannia Borges, Tanja Pantejo et Yeni Valdés. Ces 4 chanteuses ont à la fois des timbres très particuliers, un coffre impressionnant, un charisme et une présence scénique qui soulève et chavire les foules.
Les musiciens adoptent des tumbao complexes et obsessionnels. Juan Carlos Gonzalez de la Charanga Habanera développe pour la première fois des Tumbaos « sales » .. L’attaque rythmique est très percussive et elle se joue de l’exactitude du tempo, les harmonies sont très riches et les dissonances souvent recherchées et revendiquées. Les claviers répondent avec des contretumbaos. Le même phénomène intervient dans les arrangements des cuivres. Ils jouent en force, avec virtuosité, mais aussi jouent avec les dissonances. Rythmiquement, le Timba déchaîne un enchevêtrement de breaks, de bloques, et construit un échafaudage de figures syncopées, de polyrythmies mélangeant afro-cubain, rumba, funk et surenchère d’improvisation. Les Timberos commettent le sacrilège de changer souvent de clave (entre la clave de Rumba et celle du Son, entre la clave 2-3 et 3-2 ) au milieu du même morceau. Juan Formell répondra ironiquement aux critiques des puristes qu’il possède depuis longtemps sa « licence de Clave ». La Charanga Habanera et la Elite, l’orchestre de Paulito FG, excellent dans ces ruptures rythmiques et ces changements de braquets démultipliant la cadence ou reversant l’accentuation.
La Salsa est au Son ce que le Pointillisme et le Fauvisme sont à l’Impressionnisme. La Timba est un revolution musicale au même titre que l’apparition du Cubisme. La Timba, comme le Cubisme en peinture déstructure les perspectives, assemble les contraires et concasse les références.
Il s’agit de rompre avec la routine de la Salsa commerciale. Chaque groupe de La Havane développe un son unique, immédiatement reconnaissable et identifiable. Il n’y a pas 2 grands groupes de Timba qui sonnent de la même manière :
Bamboleo sonne comme l’apocalypse avec des harmonies solennelles et sombres (Si agua no cae, Fiebre, etc.) , Paulito FG est plus pop, reggeaton funky ou romantique , Manolin El Medico De La Salsa est carrément funky, Issac Delgado apparaît comme l’oeil du cyclone, avec un swing particulier posé sur des compositions empruntées de tradition mais au milieu d’un déchaînement rythmique et instrumental, La Charanga Habanera adopte un style ouvertement Hip-Hop mais avec une section de cuivre à la virtuosité inégalée, Juan Carlos Alfonso mélange l’héritage de la Révé avec un nouvel approche sonore des synthétiseurs et le rythme Dan Den, Los Van Van durcissent continuellement leur Songo, ils nous mettent « La Cabeza Mala » pour finir par exploser récemment avec Agua, Pupy Los que Son Son réalise une synthèse, un mur de son et de Son, en intégrant les apports de tous ces derniers groupes et en proposant une musique nouvelle et puissante.
Sous la pression, même les groupe de Son Moderno, comme Manolito y su Trabuco et Adalberto Alvarez y su Son, ou même Maraca, commencent à jouer de plus en plus dur, de plus en plus afro, et à oser des figures harmoniques, rythmiques plus périlleuses, plus afro-cubaines, plus Timbera. Maraca lance le « Castigala » (Punis la !), avec « Hablando en Serio », Manolito fait bouillir la marmite et nous sert un magma en fusion. Il fait entrer dans le groupe le Reggeaton avec un jeune Rappeur, Lazaro Miami Diaz ! L’autre chanteur, Amaray, se montre de plus en plus RnB dans ses interprétations.
La Timba utilise tous les registres de la culture et de la musique cubaine ou d’ailleurs afin d’innover et de surprendre sans cesse son public, principalement la jeunesse de 7 à 77 ans à Cuba et nous autres, les fanatiques ! C’est bien ce qui en fait son intérêt.
Nombreux sont les morceaux de Timba où l’on peut ressentir le rythme Pilon, ou un Mambo à la Perez Prado, un passage de pur Guaguanco, un détour par un Danzon-Cha-Cha-Cha. Tous trouvent leurs racines profondes dans le Son (de Compay Segundo) ou le Son Montuno (de Arsenio Rodriguez) ! L’influence de Jean-Sebastien Bach se fait sentir dans les Tumbaos de piano (re-écoutez le dernier disque de Michel Maza « Que Hablen Los Habladores » avec Sergio Noroña au piano dans la chanson « El Coleccionista »). On entend parfois dans Los Van Van « Que le den candela » ou NG La Banda des reprises de compositeurs russes comme Rimsky-Korsakof dans certaines mélodies.
Quelques projets récents montrent clairement que la Timba n’est que le prolongement naturel de la Musique Cubaine traditionnelle. Je citerai « Ese Huevo Quiere Sal » de Pascualito Cabreras y su Tumbao Habana ou « Projecto Nega – Salsa Son Timba » de Fidel Morales qui démontrent que l’on peut interpréter n’importe quel genre traditionnel cubain et l’amener à de la Timba. On peut encore citer le magnifique disque de Grupo Danson « Mi Musica ».
Toutefois les influences les plus récentes sont clairement le mélange avec le rythme de la Conga (Pupy y Los Que Son Son, Sur Caribe), avec les rythmes Bata (Los Van Van « Chapeando », Adalberto « Y que tu quieres que te den ? », Tirso Duarte, etc. ), avec le Reggeaton (Bamboleo, Manolito, La Charanga Habanera), avec la Pop Latino et le Merengue (Haila, Arnaldo y su Talisman, Manolito, Aramis Galindo), avec les Mariachis et le Rock Latino (Dayron y el Boom, El Clan), et avec tout et n’importe quoi comme des compressions du sculpteur César en France (Los Angeles De La Habana).
Le Son et la Rumba sont clairement les 2 pièces angulaires de la musique cubaine populaire. Lorsque Juan Formell a inventé le Songo pour Los Van Van avec José Luis ‘Changuito’ Quintana, Cesar ‘Pupy’Pedroso et Blas Egües, il l’a fait en fusionnant le Son, le Guaguanco avec le Rock et le Jazz.
Le Son et la Rumba restent très vivants à Cuba et se développent de leur cotés avec des échanges avec la Timba. Il n’était pas rare de voir à La Havane un concert de Timba avec un groupe Folklorique comme Tumbao Habana avec Yoruba Andabo, Bamboleo avec Clave y Guaguanco, ou NG La Banda accueillant el Gran Dia del Babalawo.
De même que la Timba se développe, les groupes de Rumba inventent sans cesse de nouvelle formes : le dernier disque de Clave y Guaguanco « La Rumba que no se termina » montre cette démarche d’expérimentation. Mayito Rivera de Los Van Van essaye la fusion du Guaguanco et du Negro Spirituals dans une magnifique chanson « Y Sigo Buscando » de son dernier disque en solo « Llego La Hora ». Le succès et la nomination aux Grammy de « La Rumba Soy Yo », dirigé par Joaquin Betancourt, ancien directeur musical de Opus 13 et Paulito FG, démontrent de la vivacité et de la qualité de la créativité dans le monde de la Rumba à Cuba.
Le Son aussi, même traditionnel ou populaire, se renouvelle avec de jeunes prodiges comme David Alvarez y su Juego De Mano ou Los Jovenes Clasicos Del Son et le célèbre Pedro Lugo « El Nene » (un génie de la voix à la fois Sonero et Rumbero).
Le Son Montuno est toujours porté haut et fort par le Septeto Habanero, le Septeto Nacional, Sierra Maestra ou le Conjunto Rumbavana. Le dernier disque de Rolo Martinez ‘Para Bailar Mi Son’ montre la proximité du Son Montuno et de la Timba (avec Bamboleo comme orchestre). Tout comme les magnifiques interprétations par Manolito y su Trabuco des compositions d’Arsenio Rodiguez dans « Eso si se llama Querer » ou « Hablando en Serio ».
(*) « Soy Cubano, Soy Popular » est probablement un triple jeu de mots : Je suis Cubain je suis « populaire » au sens de « du peuple » ou « célèbre » ou « Popular » (une marque de cigarette à Cuba dont « Soy Cubano soy Popular » est le slogan publicitaire)
(**) Le nouveau choriste et violoniste de Bamboleo fait une démonstration en concert de sa virtuosité dans le style
russo-tzigane avant de faire une introduction
orientale pour « Amor Loco » !
Afin de s’y retrouver, la musique cubaine peut être catégorisée comme suit (*):
Musique Populaire Dansante Contemporaine
– Son moderno : Adalberto Alvarez, Manolito y su Trabuco, Salsa Mayor
– Songo : Los Van Van, Pupy y Los que Son Son, Ritmo Oriental
– Salsa Cubana: Issac Delgado, Yumuri, Pedrito Calvo
– Timba : Charanga Habanera, Paulito FG, Bamboleo, Manolin, Azucar Negra, Klimax, Tirso Duarte, Tumbao Habana, etc.
Le Complexe du Son ou La Musique Cubaine traditionnelle
– Son Tradicional : Compay Segundo, Faustino Oramas,
– Nengon, Changüí : Elio Revé, Grupo Changüí de Guantánamo,
– Guarija, Guaracha, Guapacha, Punto Cubano : Celina Gonzalez, Celia Cruz,
– Son Popular: Polo Montanez, Los Jóvenes Clasicos Del Son, David Alvarez,
– Son Montuno : Arsenio Rodriguez, Conjunto Chappotin, Benny More, Roberto Faz, Rolo Martinez,
– Sucu Sucu : Isla Caribe
– Merengue / Cumbias / Bachatas Acubanadas : Manolito y su Trabuco, FeverSon, Aramis Galindo, Ritmo Oriental
– Les Charangas : Original de Manzanillo, Maravillas de Florida, Ritmo Oriental,
– Pachanga : Pacho Alonso,
– Mambo: Perez Prado,
Musique Dansante de Salon
– Contradanza,
– Danzon,
– Danzonete,
– Bolero,
– Cha Cha Cha : Orquesta Aragon,
Le Complexe de la Rumba
– Rumba (Yambu, Guaguanco, Columbia) : Clave y guaguanco, Los Munequitos de Matanzas, Yoruba Andabo, Conjunto Nacional Folklorico, Coro de voces y coro de clave,
Les Rythmes de Carnaval et de Fiesta de la Calle : les Comparsas
– Conga : Conga de los Hoyos,
– Pilon : Pacho Alonso y Enrique Bonne,
– Mozambique : Pello El Afrokan,
La musique Afro-Cubaine
– Orishas : Tambor Iyesa, Igbodu (Nigeria) ou Arara (Benin), Chekere ou Guiros : Lazaro Ros, Abbilona
– Abakua (Calabar),
– Congo : Palo, Makuta, Kinfuiti,
– Yucca,
– Tumba francesa,
– Bembe,
La Chanson Cubaine
– Cancion,
– Feeling,
– Trova,
– Nueva Trova : Pablo Milanes, Silvio Rodriguez, Francisco Cespedes,
Les autres musiques venus d’ailleurs :la musique populaire et commerciale : – Reggaeton : Eddy-K, Cubanito 20.02, Candyman, Clan 537, le Fres-K,
– Rap : Orishas, HEL, Eleyo, etc.
– Rock : Moneda Dura, Wena Onda,
– House, Techno,
– Funk, etc…
le jazz, le latin-jazz, la musique experimentale la musique classique, musique sacrée (*) Ces catégories sont indicatives et non définitives même si les musicologues cubains ne la renieraient pas. La références au groupes est elle plus discutable mais elle permet d’avoir quelques point d’ancrage afin de débuter sa quête (interminable) de la connaissance de la musique cubaine ;-).
par Ahinama | Mar 3, 2007 | Wiki
A l’heure du renouveau du casino et de la rueda de casino à Cuba, pour la première fois le casino et la salsa sont l’objet d’une étude approfondie menée par une spécialiste du folklore cubain et de la danse cubaine . L’analyse porte sur les éléments sociologiques et culturels qui ont contribué à la naissance de cette danse à Cuba au début des années 50 et son évolution jusqu’à nos jours.
Dans la première partie, elle met très clairement en évidence dans chaque danse (contredanse, danzòn, son, chachacha…) les éléments qui vont donner naissance à la danse casino.
Dans la deuxième partie, suite à une enquête minutieuse auprès des anciens » casineros » et restituant le contexte culturel des différentes époques l’auteur nous éclaire sur ce qu’a représenté et ce que représente actuellement le casino et la rueda de casino à Cuba et dans le monde.
Une troisième partie est consacrée à la description des pas de bases de casino et passes de base ruedas apportant des explications sur leur origine et la signification des noms de passes.
Cet ouvrage offre un véritable appui pour tous ceux qui bataillent depuis longtemps pour que le casino » la salsa cubaine » soit reconnue et enseignée dans toute sa dimension technique et culturelle et est à recommander vivement à tous les enseignants de salsa cubaine, ainsi qu’aux musiciens, pratiquants…
Il me paraît très important que les enseignants et tous ceux qui s’intéressent au casino et la salsa puissent avoir accès à ces informations. Ce livre est en espagnol, mais relativement facile à lire pour ceux qui ont quelques bases mais pour le moment je ne l’ai vu qu’à la Havane.
Barbara Balbuena Gutiérez est née à Camagüey en 1960. Professeur et danseuse de Danse moderne et Folklorique, licenciée en Arte Danzario, Docteur en Sciences de l’art.
En 1996, elle obtient le prix national de recherche avec son œuvre El ireme Abakuà
En 2001, elle obtient le prix de la recherche culturelle avec son texte Las celebraciones rituales festivas en la Regla de Ocha.
Les antécédents du Casino
Depuis le 18ème siècle et peut-être même avant, de nombreuses danses de salon à la mode provenant d’autres pays furent introduites à Cuba (contredanse française, menuet, rigaudon, quadrille, valse…)
Apres avoir atteint leur apogée, elles y ont subi un processus d’adaptation aux nouvelles conditions socio-culturelles et géographiques, ce qui souvent a entraîné la criolisation de la musique comme de la danse tandis que dans d’autres cas surgissaient de nouvelles danses de salon (contredanse créole, la danza, la habanera, le danzòn)…
L’auteur met en évidence à travers l’étude des différentes danses cubaines les éléments qui ont influé directement dans le casino.
La Contredanse cubaine, avec particulièrement le pas de base et l’utilisation des 4 temps musicaux, la présence du » bastonero » qui dirige la danse (chanteur de la rueda) et la position de danse ouverte.
La Danza où pour la première fois on voit apparaître la position de danse fermée (influence de la valse) et le paseo qui consiste à déplacer le pas de base en avant ou en arrière.
Le Danzòn qui au niveau danse et au niveau musique intègre des traits caractéristiques de la culture cubaine et dont les différentes figures peuvent se retrouver synthétisées ou ayant subi une évolution dans le casino.
Le chachacha et le son dont l’auteur dit qu’ils ont été les piliers fondamentaux pour la création du casino comme nouveau style de danse.
Le son fut la manifestation dansée la plus représentative des couches humbles de la population. Il fut tout d’abord rejeté dans les salons élégants mais il a fini par s’imposer,devenant la préférence du peuple. C’est le » son urbain » qui va le plus influencer dans la naissance du casino ;
Le chachacha fut la conséquence d’un processus créatif qui a son origine dans le » danzon de nuevo ritmo « .
L’apport du chachacha au casino fut fondamentalement chorégraphique principalement dans les figures pas dans les pas de base. Beaucoup de figures de chachacha coïncident avec celles du casino et surtout l’exécution de la rueda.
A la fin des années 50, surgit la rueda comme une variante du chachacha connu populairement comme le » chachacha en rueda » : les couples exécutaient des figures à l’unisson, l’un derrière l’autre en formant un cercle qui avançait dans le sens des aiguilles d’une montre ou à l’encontre. Elle était dirigée par un homme qui avait developpé une bonne habilité à la danse, auquel signal (connu des danseurs) les couples réalisaient des changements de couple, combinaisons de tours et autres figures inventées à cette fin.
L’origine de la rueda de » chachacha » peut provenir du » danzòn » qui se dansait également en forme de rueda mais sans changement de couples .
Le son également se faisait en rueda et dans le » son montuno » on réalisait des figures et changements simples de couple.
Les débuts du casino 1950-1959
L’auteur expose les différents facteurs qui vont influer dans l’émergence du casino
Les espaces de danse (sociétés de divertissement) qui se multiplient avec une différenciation toujours entre les clubs des blancs, des mulâtres et des noirs
L’apogée d’importants groupes musicaux cubains
L’engouement pour le son et la guaracha
L’invention du chachacha
La fondation de la télévision
L’influence culturelle des Etats-Unis (rock’n roll)
La naissance du casino est lié au Club Casino Deportivo (société de blancs)
Cette nouveauté créative plut aux jeunes et ils furent imités par les danseurs d’autres clubs nautiques de Playa (quartier de La Habana) et plus tard dans les autres sociétés de la capitale
On disait : on va faire la rueda comme au casino est devenu par la suite on va faire la rueda du casino
Autre version : le nom viendrait du fameux orchestre » Conjunto Casino « , un des orchestres les plus populaires de l’époque.
Les fêtes des 15 ans des filles ont favorisé le développement du casino
Le casino aurait d’abord été dansé en rueda avant d’être dansé en couple
Il n ‘y pas de musique particulière attribuée au casino qui se dansait sur les musiques à la mode dans la mesure où le rythme le permettait.
1960-1980 :étape du développement du casino
Avec la révolution, les clubs privés sont nationalisés et la plupart sont transformés en centres sociaux pour les travailleurs qui vont se convertir en principaux centres de divertissement pour les jeunes.
Dans ces centres va naître une nouvelle génération de danseurs de casino. Les ruedas sont formées par des personnes appartenant au même lieu de divertissement, amis… Elles étaient souvent reconnues par l’habileté de celui qui les dirigeait ou du lieu où elle se pratiquait.
Une des plus fameuses a atteint cent couples .Composée de blancs de métis et de noirs sans distinction de couleur de peau. Elle était réputée pour ne jamais se tromper et quand cela arrivait, le fautif subissait les moqueries de groupe avant d’être rejeté.
Selon l’auteur, le développement du casino à cette époque est aussi la conséquence de la politique culturelle qui offre un accès illimité à la culture pour tout le peuple cubain.
Les Ballets Folckloriques , les écoles de formation des danseurs vont intégrer dans leur programme de danses populaires cubaines le casino.
De nouveaux genres musicaux et dansés apparaissent
C’est l’époque du mozambique, pilòn, pacà, dengué, mais aussi de la pénétration de genres étrangers comme la bossa nova, le twist, le rock. Ils influèrent également dans le casino. Les danseurs compliquèrent leurs passes et incorporèrent des mouvements en provenance de ces danses dans le but d’enrichir la danse et de rendre plus compliquée son exécution.
Cependant les lieux consacrés à la danse disparaissent peu à peu car devenant lieux de rixes..
A partir des années 70, la musique cubaine prend un nouvel essort
1969 : création de los Van Van par Juan Formell et d’une nouvelle interprétation du son : le songo
1973 : création de Irakere par Chucho Valdes créé notamment avec des musiciens issus de la Escuela Nacional de Artes.
1978 : création de Son 14 dirigé par Adalberto Alvarez
1979 : création du programme « Para Bailar » qui avait comme principal objectif de sauver et de revaloriser les danses populaires cubaines délaissées par les jeunes qui préféraient danser sur les musiques étrangères ;le très grand succès du programme démontre que les jeunes s’étaient éloignés de la musique cubaine du fait de la disparition d’espace pour les orchestres et pour la danse
La musique salsa
Apparut dans les années 60 aux Etats Unis portés par les émigrants portoricains et cubains,
l’auteur la définit comme une interaction culturelle caribéenne très complexe qui a son origine dans la tradition musicale de ces pays bien qu’il existe la conviction que le tronc commun est la musique cubaine et principalement le son.
A Cuba également la » salsa music « s’est établie et fut acceptée par le public et les danseurs de casino.
Les fêtes des 15 ans des filles contribuent au développement de la danse casino .
Le casino en pleine splendeur se caractérisait à cette époque par la qualité la virtuosité et le style des danseurs.
L’auteur a relevé certains paramètres qui définissaient le danseur virtuose :
Danser a contretemps de la clave ; c’était un symbole d’élégance et aussi un défi
Exécuter des changements brusques dans le tempo.
Réaliser des tours très rapides en couple enlacé sur son axe, sans perdre le rythme et en se maintenant face à face.
Exécuter des passes différentes , la plus grande quantité possible de manière continue et sans se tromper
Savoir improviser (dibujar) jouer avec le rythme, et combiner le pas de base avec des jeux de jambes
Réaliser des grands déplacements sans se » perdre » au niveau musical et avec sa partenaire
Ne pas se tromper dans une rueda
» Chanter » la rueda
Même si le casino était une danse de masse, il y avait un caractère sélectif , des niveaux de qualité exigés en fonction des lieux de danse ou des ruedas ainsi qu’une exigence dans la manière de s’habiller.
Inventer un nouvelle passe était un fait créatif une recherche constante pour les danseurs dans un esprit de compétition.
Le style de danse était aussi fonction du quartier.
Certaines personnes incorporaient dans leur danse des mouvements caractéristiques de leur milieu social qui n ‘étaient pas toujours acceptés comme c’est le cas pour les mouvements empruntés à la rumba.
Cette période va consolider le casino dans le fait d’être le genre dansé le plus populaire.
Troisième étape : l’actualité du casino 1981-2000
L’auteur continue de faire le parallèle entre le dévelopement de la musique cubaine et le casino.
Elle nous parle du début des années 80 ou au niveau musical existe une recherche de nouveaux chemins dans l’interprétation, la virtuosité et la créativité provocant un développement du casino qui atteint des dimensions internationales sous le nom de » baile de salsa. «
Certains evènements musicaux vont être marquants
La venue d’Oscar de Leon en 1983 dont la façon de danser sur scène va inspirer les danseurs de casino.
A partir de 1988, de nouveaux groupes surgissent NG La Banda, Isaac Delgado, Dan Den, Charanga Habanera, Manolin, el medico de la salsa, PaulitoFG y su élite…
La majorité de ces groupes, renouvellent le jeu de scène qui inclut le montage ou l’improvisation de mouvements chorégraphiques que réalisent en premier plan les chanteurs et en certaines occasions le directeur du groupe.
Les chorégraphies oscillent entre la réalisation du pas de base casino du casino, avec différents changements dans les accents rythmiques par rapport à la clave, également la combinaison de ce pas de base avec d’autres genres de la danses cubaine comme le mambo, la rumba et la conga.
Un des éléments qui met le plus en relation la musique et la danse est le texte des chansons ;
utilisation de termes et expressions populaires ou double sens..
En général,ces expressions s’utilisent dans le refrain et tous les créateurs affirment que leur contenu détermine le succès du morceau.
Exemple » hay que estar arriba de la bola « , « ay dios amparame «
Ces éléments expriment une gestuelle sociale, émotionnelle, fonctionnelles et rituelles. se traduisant par l’utilisation des différentes parties du corps de manière spontanée
La plupart furent créés par les musiciens , les danseurs intégrant ces éléments dans leur danse.
.La danse se pratique désormais en couple libre , ruedas, lignes de couples qui improvisent ou exécutent à l’unisson différentes figures, un homme avec deux filles,, personnes seules..
L’objectif fondamental est le plaisir, coupant tous types de barrières sociales démontrant la satisfaction spirituelle que représente la danse pour la majorité des cubains.
Le développement du tourisme international et la sortie des groupes cubains à l’extérieur du pays ont contribué au rayonnement de la musique et de la danse populaire cubaine.
A Cuba, les espaces de danse constituent un élément de grande importance pour que s’établisse le contact direct entre les musiciens et les danseurs.
A partir de 1985, réouverure de nouveaux lieux : le Salon Rosado de La Tropical
L’auteur conclut que le casino contemporain s’est enrichi en incorporant de nouveaux déplacements, figures et mêmes des pas empruntés d’autres genres populaires ou folkloriques cubains.
Aujourd’hui le pas de base de casino s’exécute en prenant en comme guide rythmique les différents accents de la musique à l’intérieur du choix à temps de clave ou à contre temps.
En général, le tempo est plus rapide et il existe une grande polyrythmie dans la percussion, ce qui favorise l’ajout de mouvements de pieds dans le pas, qui n’altèrent pas en essence la forme traditionnelle
Il est possible d’accentuer la première croche dans le premier pas
Attendre le premier temps, et avancer sur le deuxième croche, dans ce cas on accentue le troisième pas dans la quatrième croche.
Depuis quelques années, il y a une tendance à accentuer la troisième croche
Ce thème est sujet à de grandes polémiques la réalité étant qu’il n ‘y pas une manière unique de marquer le pas en relation avec la musique.
Le casino actuel peut se danser en couple enlacé en position fermée, en couples lâchés placés face à face, en files ou en rueda…
A la différence des étapes antérieures, les couples se séparent pour avoir une plus grande liberté de mouvements et surtout pour pouvoir improviser.
L’improvisation s’exécute en n’importe quel moment mais fondamentalement quand on atteint le moment le plus intense de la musique, où se produit une grande polyrythmie dans la percussion, la partie la plus rapide et où coïncide l’improvisation du chanteur et l’alternance du refrain et chœur. Cette partie les musiciens l’appelle » bomba » ou » timba « .
Le mot » timba «
Il a acquis une connotation très spéciale dans le milieu de la musique populaire dansée à Cuba , sujet d’une profonde polémique pour définir théoriquement ce complexe phénomène musical.
Le » despelote » correspond a ce moment le plus » caliente » du morceau : il se réalise en couple lâché. C’est à ce moment que l’on reproduit les gestes et mouvements qu’improvisent le chanteur ou que chantent le chœur.
» El tembleque » ; mouvement vibratoire de tout le corps à partir de la zone pelvique qui se transmet a tout le corps et fait partie du style despelote.
Il peut également arriver que les danseurs réalisent d’autres pas issus des différentes manifestations des cultures afro-cubaines comme les danses de santerìa, de la rumba, makuta, yucca… ou d’autres genres populaires comme le mambo, le chachacha ou la conga.
Un autre forme de danser le casino est celle en » en double file » : ligne de garçon, face à ligne de fille avec un fonctionnement ressemblant à la rueda mais plus simple. Il n’y pas de passes traditionnelles mais des morceaux chorégraphiques dont certains se retrouveront appliqués en rueda, ; en plus sont intégrées sous cette forme les pas et mouvements du despelote.
Il faut également beaucoup d’habileté et de dextérité pour intégrer la forme en double files
La rueda de casino est actuellement la forme préférée des connaisseurrs de casino du à la très grande variété de pas et figures, passes, phrases chorégraphiques et variantes de pas que le peuple a inventé en partant des ruedas traditionnelles, imitant les leaders des groupes musicaux, synthétisant la culture dansée cubaine, incorporant manières et expressions de personnages du cinéma ou de feuilletons télévisés,.. apparition de doubles ruedas de casino..
L’auteur souligne l’importance de la famille dans l’apprentissage du casino
Les femmes vont gagner en liberté d’improvisation
Le style de danse » reparto » (du quartier)
Jeunes danseurs appartenant aux quartiers marginaux de la Havane qui se caractérisent par l’invention et la réalisation de mouvements, gestes et pas vulgaires : ils ont inspiré beaucoup de pas du despelote
Les fêtes des 15 ans continuent dans les années 80 à être le lien pour danser et chorégraphier les ruedas de casino , valses, de 15 couples
Actuellement la fête des 15 ans comprend une valse une rueda de casino et un merengue
En conclusion l’auteur nous dit que le casino est bien une conséquence de l’évolution et de l’intégration des genres dansés proprement cubains et aussi de l’intégration d’influences étrangères
.Le casino d’aujourd’hui reflète le caractère du peuple cubain, synthétisant les composantes de la nation cubaine
Danse de divertissement dont la dynamique contemporaine se reflète dans la grande créativité et la liberté de ses mouvements corporels et spatiaux.D’entre les différents facteurs qui ont influé dans l’apogée du Casino à Cuba , existe la dimension qu’a prise la musique salsa au niveau international. Identifié comme danse de salsa cubaine, le casino s’est converti en véhicule idoine pour mieux apprécier cette manière de faire de la musique.
L’auteur poursuit en parlant de l’importance de la salsa cubaine au niveau inetrnational grâce au dévelopement du tourisme : spectacles, stages organisés pour les étrangers à Cuba, mais aussi tournées des compagnies folkloriques, cubains résidants à l’étranger, étrangers montant leurs propres écoles, festivals de salsa sans oublier l’aspect commercial lié à ces évenements fustigeant dans la foulée les personnes peu scrupuleuses qui profitent de la mode salsa pour inventer des « méthodologies », « pas » ou « figures »qui n’ont rien à voir avec la réalité du casino, les accusant de dépradateurs de la culture cubaine.
L’auteur souligne le fait que pour des étrangers vouloir danser comme les cubains est difficile car la cubanité résulte des gestes, attitudes, sentiments manière de penser et de l’ame du cubain. Elle conclut en disant que le casino continuera de se développer en continuant à puiser dans ce qui fait sa cubanité, sa propre dynamique sociale.
J’ai tenté à la fois de traduire et de résumer les idées principales de ce livre très riche et très intéressant. Beaucoup de détails manquent et ils font toute la saveur et l’intérêt de ce livre dont je vous recommande la lecture.
par Ahinama | Fév 28, 2007 | Chroniques de concerts

Voilà… Ceux qui ont vu la prestation d’hier soir comprennent les raisons pour lesquelles cette salsa me fait vibrer au-dessus de tout le reste et au-dessus de la plupart des autres musiques…
Hier ou plutôt tout à l’heure, Bamboleo a donné une prestation encore une fois explosive : une rare intensité, une générosité propre aux cubains, un talent évident, une virtuosité incomparable et une sonorité qui font de Bamboleo un groupe à part et un de mes groupes fétiches…
Bamboleo c’est d’abord l’immense Lazaro Valdes, un maître des claviers emprunt du funk et du jazz rock qui aime sortir des sonorités qui me rappellent toutes ces musiques avec lesquelles j’ai grandi…Un Directeur d’orchestre humble et discret laissant la « lumière » à ses chanteurs. Pourtant quel travail d’orfèvre derrière les chanteurs…Il dirige avec une précision à couper le souffle… Les breaks sont EX-EM-PLAIRES !!!! et ont fait école chez beaucoup de groupes…(ceux qui ne connaissaient pas comprennent désormais pourquoi !!). Mais Lazaro est également un exceptionnel compositeur…
Bamboleo, précision dans les breaks donc… Quelle section rythmique de percussions !!!
et on peut y inclure comme souvent dans la timba la basse… Batterie + Timbales + Congas + Basse ont produit hier des breaks ENORMISSIMES à en faire pâlir PAULITO et MANOLIN réunis!

Bamboleo c’est aussi cette fameuse section de cuivres, une des plus précises qui m’ait été donné de voir depuis longtemps…(On se souvient que sur le DVD Knock Out opposant Manolito à Bamboleo, les « metales » de ce dernier avait largement prouvé qu’ils étaient au dessus…) 2 saxophones + 2 trompettes… Quel plaisir de voir aligner des saxophones… Précision dans des compositions pas toujours évidentes (ce n’est pas non plus « Murakami Mambo » d’NG la Banda…) mais aussi évidemment beauté des lignes musicales…
Et puis Bamboleo sans sa 1ere ligne d’attaque…Les chanteurs !! Mais autant le dire tout de suite, quel dommage que l’ingénieur du son de Bamboleo ne l’ai pas entendu mais les voix étaient peu audibles dès le départ, noyées dans l’orchestration massive…Quel dommage de vouloir toujours jouer aussi haut en décibels…
Car les talents de Ronnis et de Tania ont dû paraître moins évidents au public…
Et pourtant quels talents… Ronnis et Tania aidés par l’étonnant violonniste et choriste Yosvani ont donné hier une sublime prestation…
Oui, je sais, je ne suis pas objectif, mais Tania quelle présence, quel talent vocal, quel jeu de scène, quel humour… Celà fait d’elle pour moi sans contestation LA chanteuse la plus étonnante et la plus scénique de Cuba actuellement…Vous avez bien fait de voter pour elle mes amis… Vous savez quoi les absents ? Le trophée Fiestacubana lui a arraché des larmes de plaisir et rien que pour ça, soyons fiers tous ensemble de ce que nous avons pu créer…Car les larmes de plaisir c’est surtout elle qui me les arrachées hier !!

Quant aurépertoiremes amis…!!! Evidemment essentiellement porté sur le dernier album « Mi verdad »…
Mais prenez l’intro jazz funk du début mêlés à l' »Opening », puis dans le désordre « Todo lo bonito », « Fiebre », ma préférée de l’album « Amor loco », « La culpa », « Sueno de Cristal », » Chisme « , » Lagrimas negras « , « El maiz » (avec l’eau que nous avons reçu : « Agua lo que quiero es Agua »), une superbe nouvelle chanson (qui doit s’appeler « Atrevete » ou quelque chose dans le genre chantée par Ronnis!), « Me encanta » , un mix sublime de « Ya no hace falta » et « yo no me parezco a nadie » et un final explosif funky « Shake Your Body (Si Bamboleo Te Gusta) » , avant le très attendu et exceptionnel « Atrevimiento » en bis.
BAM BAM BAMBOLEO !!!!!!!!!!!!!!!
Crédits photos : (c) IndochinoDJ@yahoo.fr
par Ahinama | Fév 17, 2007 | Interviews

C’était un soir… A Rome, un vendredi 26 Janvier 2007 …Imaginez une boite dans la proche banlieue de Rome…Toute neuve…Magnifiquement conçue pour ce genre d’événements… Claudio, Indochino et moi débarquons dans un endroit quasiment vide… et devant la scène, Pupy…en train de discuter avec los que Son Son !!
Il nous accorde alors sans aucune difficulté mais au contraire avec plaisir une interview dans la plus grande intimité des loges…
Le nom que tu as donné à l’orchestre est très gai/joyeux: il est très musical et semble exprimer différentes choses…
Pupy : Le nom de l’orchestre comprend le mot Son dans divers sens: « Los que Son Son » fait référence au genre musical du Son mais aussi à la forme du verbe être, entendu comme « ceux qui ont le droit d’être »… et ceux qui n’y sont pas ne méritent pas d’y être.
Claudio/Jack : il y a une Guaracha sympathique que chantait le grand Cascarita dans les années 40 avec l’orchestre Casino della Playa qui s’intitulait « Coge pa’ la coda » et qui disait : » los que son son son y los que no, van pa’ la cola, porque tu te pone alante si tu eres de los de atras, ocupa tu puesto y no discuta mas « …….
Pupy : Oui c’est un morceau d’anthologie de la musique cubaine mais c’est un pur hasard
Claudio/Jack : Qu’est ce que la Timba pour toi ? Comment est né ce mot ? De la Team Cuba ?
Pupy : La timba c’est une façon de nommer le Son moderne pour le fortifier puisque le mot Son semble un peu désuet/démodé surtout en dehors de Cuba. Cependant la racine de tout est le Son, qui est celui qui donne sens à toute la musique cubaine dansante. Le terme de Timba a commencé à se répandre pour chercher à insérer la musique cubaine dans des espaces internationaux. Il se trouve que moi je suis né dans le quartier de la Timba (NDLR : d’où les paroles de sa chanson « De la Timba a Pogolotti : « Yo nací en La Timba, rinconcito de mi madre, y a los cuatros años yo ya jugaba con la clave. Después nos mudamos y aprendí distintos toques, porque mi crianza la hice entera en Pogolotti…… » ) et je peux te dire que le mot Timba était utilisé quand on voulait exprimer l’approbation de la puissance rythmique d’un orchestre. Je me souviens qu’on l’utilisait déjà à propos de l’orchestre Ritmo Oriental… L’autre signification est une allusion à une confiture de goyave dont le contenant était une caisse en bois. Le terme « Pan con timba » (qui ensuite devint le nom d’un quartier de la Havane), était par extension, le pain à la confiture. Puis ce nom fut choisi par le Team Cuba pour baptiser la musique cubaine dansante contemporaine. De là, le terme se diffusait dans le monde entier. Quoi qu’il en soit ce terme était déjà utilisé par les musiciens qui étudiaient à l’ENA (Escuela Nacional de Arte). A cette époque à Cuba il n’était permis de jouer que de la musique « cultivée », et la musique populaire n’était pas très bien perçue. Mais arriva le moment où les jeunes musiciens qui aimaient la musique populaire commencèrent à se réunir pour jouer leur musique et ils le faisait en disant « Vamos pa’la timba! » Ceci se passa bien avant le Team Cuba.

Claudio/Jack : Quels sont tes rêves en tant qu’artiste et en tant qu’être humain ?
Pupy : Mon rêve en tant qu’artiste est de continuer mon travail avec cet orchestre et savoir gérer le succès que le public cubain et international nous donne. Il n’est pas facile pour un orchestre cubain de connaître un tel succès en aussi peu de temps, avec tous les talents présents à Cuba. Si les gens continuent de danser et d’apprécier ma musique je suis heureux puisque c’est la musique que j’aime. J’aime aussi beaucoup le jazz dès que je peux dans mes moments libres. Mais je ne peux pas me considérer un jazzman et je serais ridicule si je me mettais à faire du jazz. Je perdrais toute l’estime reçue jusqu’ici et se serait une offense à tous les grands jazzmen présents à Cuba. En tant que père, je rêve de voir mes enfants se réaliser. Je rêve de la même chose pour mes neveux qui veulent poursuivre le chemin artistique de la famille : mon grand père, mes oncles, et surtout mon père qui joua dans l’orchestre Sensacion et le Conjunto Chapottin, ont tracé une voie dans laquelle j’espère voir se réaliser mes neveux. J’espère être encore vivant pour profiter de leur succès.

Claudio/Jack : En ce moment à Cuba on donne beaucoup de place, peut être trop, au Reggaeton. Tu penses que ce phénomène durera encore longtemps ?
Pupy : Le Reggaeton a son espace à Cuba comme n’importe où dans le monde. En ce moment il est très populaire et c’est un courant qui a pris de la force. Ce qui est certain c’est qu’on ne peut pas aller à contre courant. Personne ne peut le dire le temps que durera ce phénomène. Lorsque quelque chose de nouveau arrive sur la scène musicale et s’impose comme une mode, il est difficile de juger le temps qu’il perdurera. Chaque courant musical marque l’histoire : la lambada eut son succès et de même le mambo à l’époque de Perez Prado, et encore aujourd’hui on le danse au Mexique ou au Japon. Comme n’importe quoi au monde il faudra attendre pour savoir quel est le destin du Reggaeton. Personnellement j’apprécie certaines choses du Reggaeton, et en déteste d’autres. Et comme souvent dans le Reggaeton tout sonne pareil il est plus facile pour moi de ne rien (il rit amusé).
Claudio/Jack :Il semble que le Reggaetton et la Timba soient concurrents en ce moment pour les jeunes générations cubaines…qui l’emportera ?
Pupy : La Timba a un excellent futur devant elle. En ce moment à Cuba une génération d’adolescents, des enfants de 8-10 ans, m’arrête dans la rue comme si j’étais leur idole. Je suis optimiste parce que c’est cette jeunesse de demain qui continuera à préférer notre musique. Au-delà de tout avec la qualité d’excellents musiciens, arrangeurs, et compositeurs présents à Cuba il ne manquera jamais de force et d’énergie nouvelle pour le futur de notre musique. C’est aussi ça ma mission.
Claudio/Jack : Le répertoire que tu joues dans tes tournées à l’étranger est-il le même que tu joues à Cuba ? Tous les morceaux de Timba (pas seulement les tiens) semblent adaptés à la danse de Casino…
Pupy : Dans la Timba il y a des morceaux très dansants et d’autres qui ne le sont pas. Par exemple, je ne présente pas ici certains de mes morceaux qui ne seraient pas appréciés pour danser. Un morceau comme « Calla Calla » demande un style interprétatif qui s’éloigne un peu du Casino, qui ici aussi, en Italie, a un grand succès. Des morceaux, en revanche, comme « La italiana » ou « el buenagente » ou « la borrachera », se prêtent mieux au public de danseurs qui montrent alors leur enthousiasme.
Claudio/Jack : Récemment dans ton orchestre tu as changé un chanteur (Pepito). Nous connaissons tous les talents de Pepito mais nous ne connaissons pas encore les qualités de son remplaçant…
Pupy : Ceux qui étaient furent excellents, mais ce qui y sont maintenant le sont aussi. Un de mes chanteurs (Mandy Cantero) vient juste de recevoir le prix de meilleur chanteur de 2006 (NDLR : il parle bien ici du FIESTACUBANA AWARD !!) , rivalisant et gagnant face à toutes les meilleurs voix de Cuba, incluant celles qui ne sont plus dans mon orchestre aujourd’hui (NDLR : Tirso Duarte) . Nous avons maintenant un nouveau chanteur qui s’appelle William et qui vivait en Italie. Il chantera certains titres du nouveau disque et il se débrouille déjà très bien sur les morceaux qu’il interprète pendant les concerts, les mêmes qu’interprétaient Pepito Gomez.
Claudio/Jack : Nombreux jeunes chanteurs cubains, parfois même avec piètre expérience, décident de se rendre indépendants et de créer leur propre orchestre. Turbulente jeunesse ou génialité précoce.
Pupy : Chacun est patron de sa propre vie. On peut éventuellement dire que tous ne possèdent pas les qualités pour monter leur propre orchestre. Il y a des talents qui ont la capacité de tracer leur propre chemin, et d’autres, aussi grands qu’ils soient, se prêtent mieux à être dirigés. Certains grands chanteurs sont sortis de leurs orchestres et ont échoué dans leurs nouveaux projets. Il n’est pas facile d’avoir son propre orchestre, les qualités requises sont nombreuses : être un bon compositeur, un bon arrangeur, avoir une bonne base financière, et tout cela ce n’est pas évident de l’avoir simultanément.
Claudio/Jack : Parmi les noms cubains qui sont en train de s’imposer on entend Maikel Blanco, qu’ ici en Europe est un des plus programmés sur les pistes de danse, avec de nombreux morceaux du disque « Recoge y vete ». Sa musique qui s’inspire de certains orchestres à succès, se présente comme un cocktail d’ingrédients déjà connus, particulièrement réussi et captivant. Tu le placerais parmi ce que tout à l’heure tu nous indiquais comme les forces nouvelles pour le futur de notre musique ?
Pupy : En ce moment Maikel Blanco a du succès et plait beaucoup puisqu’il a des sonorités proche des Van Van, Manolito ou même de nous. C’est un bon orchestre mais on ne peut pas dire qu’ils aient la popularité et l’intensité des Van Van, Manolito, Charanga Habanera, Adalberto, Bamboleo, N.G la Banba et de notre orchestre.
Claudio/Jack : Certains talents émergent et d’autres semblent s’évaporer dans les cieux de la Timba…Tosco, par exemple, semble définitivement perdu pour la Timba ?
Pupy : (il sourit) Tosco est un créatif agité-torturé-tourmenté. Je le connais depuis les premières années des Van Van lorsque nous jouions ensemble. Aujourd’hui il a un cercle classique, il a crée une école de flûte, il continue le reggaeton avec un groupe de six femmes…il aime beaucoup de choses et domine nombreux styles.
Claudio/Jack : Tu es également célèbre pour tes grands talents de compositeur. Parmi toutes tes chansons, une de nos favorites est « Con el destino no se puede mas », chanson que tu as dédié a ton fils décédé prématurément. Dans ce morceau il y a un solo de piano qui émeut par son intensité…
Pupy : Personnellement ce morceau, je n’arrive plus à l’écouter et encore moins à le jouer. Je dois être chez moi pour l’entendre. Tu peux en imaginer les raisons. (NDLR : cette chanson qui se trouve sur le disque « Azucar » de los VAN VAN, a été écrite par Pupy en hommage à son fils décédé…)

Claudio/Jack : Parle nous du nouveau disque que tu es en train de préparer ?
Pupy : Le nouveau disque contiendra des morceaux de divers compositeurs : Angelito Bonne « Yo soy de donde tu quiera » que chantera Mandy. Deux morceaux d’un compositeur qui a déjà collaboré avec nous, Gustavo Cabana, il y aura également un morceau d’Enrique Bonne (le père d’Angelito) qui connut le succès avec la Orquesta Aragon, « il vigilante ». Puis 6-7 morceaux composés par moi-même. Il y aura un nouveau morceau dans lequel j’ai confiance : il s’appelle « la machucadera », il a un refrain qui à coup sûr aura grand succès « los hombres suben las manos y las mujeres mueven la caderas ». Un autre morceau que j’ai composé qui s’appelle « Olvidala » et un morceau composé par Mandy. Sera présent également une nouvelle interprétation du morceau « Batanga », un classique rendu célèbre par Benny Moré, il sera réarrangé par Changuito. Le disque devrait sortir sur le marché en septembre.
Attendez vous à un très beau disque et dès que je l’aurai terminé je le mettrai en circulation. Il arrivera certainement entre les mains de Jack afin qu’il le fasse connaître et aimer de mes fans français.
Claudio/Jack : Merci Pupy !
Pupy : Merci à vous Jack et Claudio de votre attention pour ma musique.
Puis, 30 minutes plus tard, Pupy monte sur scène et donne un concert d’exception avec un enchaînement de titres sublimes : « Que cosas tiene la vida », « Buena gente » « A la italiana », « La bala de Billy », « la Machucadera » (nouveau titre qui sera LE futur tube de Pupy !!), « La bomba soy yo » avec sa série de solos à couper le souffle , « la Borrachera » et en bis « De la timba a pogolotti »…
César Pedroso, quand il joue, a toujours ce regard affectueux sur ses musiciens et sur son public qui fait de lui un artiste hors norme… Son tumbao quant à lui est juste unique…
Mandy fut dans un grand soir encore une fois, transcendé par son Award avouera-t-il après !!
Je fus également séduit par le nouveau chanteur William en période d’essai qui ressemble fortement à Aramis tant au niveau vocal que physique…
Si le concert fut excellent, que dire de ce public plutôt tiède ?!
PS : Merci à Claudio Marucci pour son accueil exceptionnel et à Gaëlle pour la traduction !

Commentaires récents