par Ahinama | Déc 2, 2007 | Approfondir

1/ Le contexte:
Deux ans après la sortie du fantastique «
Se sigue comentando » (Bis music, 2005), revoilà donc Elio Revé Jr et son Charangon…
Mais cette fois-ci l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne » n’est pas vérifié… Arnaldo Jimenez le bassiste- arrangeur qui fait aujourd’hui les beaux jours de Pedrito Calvo est remplacé (même s’il est crédité des arrangements d’ « El jonron ») par un jeune bassiste-arrangeur non moins talentueux : Aisar Hernandez Segundo (Maravilla de Florida, Dan Den).On se souviendra toutefois d’Arnaldo comme celui avait remis Elio Revé Jr sur les rails du succès.
Mais finalement l’objectif du fils d’une des plus grandes figures de la musique cubaine reste à l’ordre du jour : prolonger l’héritage de son papa, de Papa Revé.Il y arrive à merveille tout en modernisant le Changüi au fil des ans…D’abord par les disques mais aussi par les concerts où le fils prend plaisir à jouer les morceaux du père.C’est primordial pour Elito mais également pour nous auditeurs. En effet l’inconditionnel de ces dernières productions ne peut que suivre la démarche d’aller en amont pour découvrir la discographie complète.
La sortie d’un disque d’Elio Revé est souvent surprenante , voire désordonnée… On se souviendra en effet que la chanson « Se sigue comentando » avait fait l’objet d’une première version qui circulait sous le manteau pratiquement un an avant la sortie du CD…
Cette fois-ci c’est le cas du morceau « Fresquecito » déjà officialisé sur le disque « Homenaje 50 años Orquesta Revé »
Ce disque (Fresquecito), dont la production musicale est confiée à Juan Manuel Ceruto, marque la 51ème année d’une tradition familiale… Magnifique n’est ce pas ?
2/ Le disque:
La pochette du disque annonce la couleur… Elio Revé en posture de danseur…! Ce disque est on ne peut plus « bailable » !
Et autant dire que ça commence très très fort…Le nouvel arrangement d’Aisar sur « Fresquecito » est une totale réussite. Cette chanson dédiée au Papa et à l’orchestre qui fêtait l’année dernière ses 50 ans d’existence est une pure merveille. Les harmonies croisées des trombones, du piano et du violon invité d’Irwing Frontela (Los Van Van) font de ce titre un marque-page dans l’histoire contemporaine de l’orchestre. Le choeur final modifié par rapport à la 1ere version est celle que l’orchestre aime jouer sur scène. On en demanderait bien 1 minute de plus tant la montée en puissance et en transe est impressionnante…!!! Et puis comment ne pas remarquer la similarité de la voix d’Elito avec celle de son père… Sigue la tradicion !!

Elito Revé
La chanson suivante écrite par Aisar est interprétée par l’ancien chanteur de « Cambia tu faceta » de Maikel Blanco y su Salsa Mayor :
Lazaro « El Bello » Cuesta. «
El telefono » est un thème comportant tous les ingrédients habituels de la Revé: des choeurs très soignés, des lignes de trombones archi-présentes, un piano plus en retrait et des percussions essentielles à la montée en puissance du morceau.
Anecdote : Lazaro a commencé chez Arnaldo Jimenez dans le groupe Arnaldo y la Cosmopolita avant de rejoindre brièvement Maikel Blanco. Son timbre de voix fonctionne à mon goût très bien avec les compositions du groupe. Voilà une bonne nouvelle après la perte d’El Néné et de Roberto Morales (même ce dernier est invité dans les choeurs) qui étaient des figures importantes.
La composition d’un des meilleurs chanteurs de la musique cubaine moderne est une bonne surprise… « El dinero » est écrite par Dagoberto Vazquez. Une chronique de la vie cubaine sur l’argent et son prêt au taux 0…?!
Puis la reprise qui fait plaisir : « El Martes » écrite par Juan Formell (le fondateur de los Van Van ). Cette chanson qui a toujours sonné pour moi comme un hommage aux Beatles est ici plus apparentée à un hommage au « maestro » Juan Formell qui a commencé sa carrière avec Papa et qu’Elio respecte au plus haut point. Déjà présente dans l’« Homenaje 50 años Orquesta Revé » elle est ici arrangée avec talent.
Quelle musicalité dans les interventions des chanteurs, quelle beauté dans les choeurs et dans la ligne des trombones…!!! Le final a capella me laisse sans voix !! Assurément un bijou !
Mais où est le chanteur Sinsonte ? Le voilà avec un des meilleurs titres de l’album… « La Viuda » qui commence par un classicisme Revé. Le titre prend tout son envol au premier pont pour ne plus jamais redescendre. Sinsonte passe d’une voix très basse à cette voix si particulière qu’on affectionne chez lui. Ce morceau est d’une puissance rarement égalée dans le reste de l’album (hors « Fresquecito »). Les multiples breaks feront le bonheur des danseurs et des auditeurs. Le seul reproche qu’on pourra lui faire est sa durée… On aimerait prolonger le plaisir.
Le titre qui fâche est évidemment le suivant… « Ya no te doy mas na’ ». Mais où est donc passée la version d’anthologie d’El Néné ????!!! Celle qui nous faisait vibrer, celle qui nous mettait en transe… Je suis bien obligé de dire que le Eric El « Chino » Broche neutralise la beauté du titre avec son timbre de voix et sa façon tristement désagréable de l’interpréter. Fort heureusement il le réussit mieux en concert mais j’espère que vous avez la chance de posséder la 1ere version chez vous. Dans le cas contraire procurez vous la d’urgence car c’est bien l’une des plus belles chansons de ces deux dernières années…Et lorsque l’on sait que l’auteur n’est autre que…Alexei Moises Sanchez Mesa surnommé… « El néné », ça agace…!!
La suprise du chef est « El jonron » que l’orchestre jouait déjà depuis un moment en concert. Mais l’invité surprise Roberton, chanteur de los Van Van, rend la version mémorable… Evidemment les voix des deux « nounours de la Timba » (Dagoberto et Roberton) se marient à merveille et rendent ce titre festif au plus haut point…
Anecdote : 3 invités de los Van Van sur le disque mais l’absence de Lele qui a pourtant oeuvré au sein de l’orchestre d’Elio Revé entre ses participations à Pachito et los Van Van…

Dagoberto
« Vamos a bailar el Changüi » est un morceau dans la plus pure tradition du style musical. L’auditeur non averti saurait-il reconnaître le Changüi ou plutôt le Son ? Le débat sur l’antériorité du Changüi sur le Son ne vous étonnera donc plus. Qui mieux qu’el Sinsonte pouvait s’y coller ?
Le «
A sancochar boniato » est un titre qui a fait vibrer tout le monde, et ceci, dès sa première écoute tant sa structure musicale originale, ses ruptures rythmiques, sa mélodie, son orchestration sont de très haut niveau. La musicalité de la voix de Lazaro encore une fois colle parfaitement à cette musique. Aisar qui en est le compositeur, prouve bien de son côté sa parfaite adaptabilité au Charangon. Un titre incontournable !
« No le pegues con el pie » est un « merengon al estilo del charangon » chanté par Dagoberto. Autant dire que ce morceau ne restera qu’une curiosité…
« La Madrugada » en revanche chantée par Lazaro et composé par El Néné est magnifique. Très beau tumbao appuyé par un choeur toujours aussi parfait et le morceau déroule pour notre plus grand bonheur sur des bons mambos de trombone… Ainsi s’achève une merveille d’album…
L’album « Fresquecito » est un coup de coeur 2007 et je le recommande vivement à tout amateur de cette musique !!
Aviso a los cubanos que ya llegué el ultimo disco de la Revé, empezamos la fiesta!!!! SI O NO ? CLARO QUE SI !!! Vamos a Sancochar…
Titres:1/ Fresquecito
2/ El Teléfono
3/ El Dinero
4/ El Martes
5/ La Viuda
6/ Ya No Te Doy Mas Ná
7/ El Jonrón
8/ Vamos A Bailar El Changüi
9/ A Sancochar Boniato
10/ No Le Pegues Con El Pie
11/ La Madrugada

Musiciens:
Elito Revé Duverger : Voix
Wilfredo A.Naranjo (Pachy Jr) : Piano
Aisar Hernandez Segundo : Basse
Jorge Luis Vila : Tres
Andy Fornet : Timbales, güiro, bata
Arian Chacon : conga, bata
Ariel Hernandez : bongos, campanas, bata
Maikel Diaz : Güiro
Eulices Benavides : Trombone
Yamer Perez : Trombone
Orlando Montaner : Trombone
Dagoberto Vazquez : voix
Pascual Matos « el Sinsonte » : Voix
Eric E. Broche « el Chino » : Voix
Lazaro Cuesta « El Bello »: Voix
Crédits photos : Indochino (c) IndochinoDJ@yahoo.fr
par Ahinama | Nov 3, 2007 | Wiki
Le guaguancó est né dans les faubourgs de la Havane et de Matanzas à la fin du XIX ème siècle. Véritable genre musical, la rumba comporte de nombreuses variétés qui se sont nourries les unes des autres. Comme son prédécesseur le yambú, le guaguancó a aussi assimilé des composantes de la columbia tout en gardant un style propre et original. Comment un style musical a-t-il pu garder pendant plus d’un siècle sa popularité ?
La persistance extraordinaire de la rumba est dû à une spécificité cubaine de l’esclavage. Aboli très tardivement (1860) il ne s’est pas accompagné d’une destruction quasi totale de la culture des esclaves comme dans de nombreux autres pays esclavagistes, les USA par exemple. L’esclavage à Cuba était très important en densité et en variété. Fernando Ortiz a dénombré plus de cent groupes éthniques différents à Cuba et il estimait qu’à la fin du XIX ème siècle il y avait encore quarante ’nations’ distinctes qui avaient su préserver leur identité à l’aide d’associations d’entraide, de clubs ou de loges, connues sur le nom de « cabildos » (les cabildos Yoruba, Congo -Bantu-, Arara -Fon-…). Tolérés par le pouvoir, les cabildos étaient des regroupements d’esclaves, d’anciens esclaves affranchis et de leurs descendants. Dès la fin du XIX ces sociétés prirent des noms de saints catholiques et tissèrent des liens avec l’Eglise. Les dieux du Panthéon Yoruba ont pris ainsi un deuxième nom catholique. Camouflage pour préserver une culture, ou tactique d’intégration d’une Eglise, cela a permis de conserver à travers le temps de nombreuses cultures. Le caractère très organisé, parfois très fermé, très secret, de ces regroupements a permis de conserver la mémoire en particulier les chants, des rites, des cérémonies, des instruments et des rythmes de ces cultures.

Alberto Zayas « El Melodioso »
Mais la conservation de cette mémoire n’a pas figé le genre au contraire . Les choeurs de guaguancó ont continué d’évoluer en assimilant les mélodies des chorales de chant et de « clave » pendant les premières années du XX ème siècle. Sur le plan rythmique le guaguancó est plus dynamique plus rapide que le yambú mais le chant y est plus fluide. Il s’accompagne avec trois tambours -« salidor », « tres glopes », « quinto »-, des « clave » pour donner le rythme de base, une « cajita », un tronc de « caña brava » (ou le cata formé avec un tronc de bambou) qui se percutait à l’origine avec des cuillères. La polyrythmie est particulièrement riche et mélodieuse. Le tambour le plus grave soutient le rythme et le tambour intermédiaire dialogue avec le quinto.
Le morceau est introduit par un chant unique (« aléléléalalalaaaa ….) qui donne le ton aux musiciens tandis que la clave va donner le rythme. La partie initiale du chant est plus longue que dans le yambú. Le texte est narratif avec de la prose alternant avec des vers de 8 syllabes enchainés par groupes de dix. Les thèmes sont ceux de la vie quotidienne, du pays, des sentiments. Ils sont chantés avec humour ou gravité, et sont souvent des chroniques populaires. L’influence de l’Andalousie est très marquée dans les paroles et les improvisations qui s’expriment surtout dans la troisième et dernière partie constituées de questions/réponses entre le choeur et le soliste.
La chorégraphie est d’une très grande richesse. De contenu érotique c’est une parade, une pantomime sexuelle, un jeu de séduction. Un homme et une femme tour à tour s’attirent puis se repoussent avec une grâce sensuelle, dans une gestuelle explicite. La femme séductrice et aguicheuse se protège avec les plis de sa robe, la paume de ses mains … car l’homme est ardent et la poursuit de ses avances pour la posséder (« vacunarla ») d’un mouvement du pelvis qui se nomme aussi « abrochao ». La femme montre alors sa défaite. Quelques fois l’homme simule un geste de possession avec le pied ou la main. Généralement la représentation continue en entraînant à tour de rôle d’autres couples dans la danse.

Clave y Guaguancó
De nombreux guaguancós ont été composés par des auteurs anonymes et mais aussi par des auteurs notables comme Ignacio Piñeiro (« Sobre una tumba una Rumba », « Papá Oggún », « El Desengaño de Los Roncos », « Para niñas y señoras »), Tío Tom (« Consuélate come yo », « Chango ta’veni »), Evaristo Aparicio (« Xiomara », Alberto Zayas (« El vive bien », « Tindé aró »), Calixto Callava, Santoz Ramirez, Chano Pozo, Pascual Herrera, Silvestre Méndez, Florencio Calle, Esteban Lantri … etc.
Les excellents interprêtes sont si nombreux qu’il est difficile de faire une sélection complète : Chano Pozo, Augustin Gutiérrez, Ángel Contreras, Pedro Izquierdo, Candidi Camero, Carlos Valdés, « Patato », Aristide Soto, Tata Güines, Lazarito Quinto… Sans oublier les orchestres : Estrellas Amalianas, Los Muñequitos, Los Papines, Conjunto Clave y Guaguancó, Yoruba Andabo… ni les chanteurs : Agustin Pina, « Flor de Amor », Miguel Chapottin, Alberto Zayas, Carlos Embale, Juan Núñez, Benito Gonzalez, « Roncona », Juan Campos, Estaban Lantri, « Saldiguera », Hortensio Alfonso, « Virulilla » et les merveilleuses Merceditas Valdes, Celeste Mendoza, Lucrecia Oxamendi, Manuela Alonso, …
Quand aux danseurs ils constituent une pléiade inclassable qui rendent toujours aussi vrai l’interrogation populaire :
« ¿En Cuántas casas, salores, parques de la Habana, Matanzas, Santiago de Cuba, Guantanamo… se ha cantado, tocado y bailado guaguancó ? »
| Titre: Cuba Linda | Compositeur: José Deza |
| Original | Traduction |
Cuba Linda de mi vida Cuba Linda siempre te recordaré (bis) Yo quisiera verte ahora Como la primera vez Cuba Linda de mi vida Cuba Linda siempre te recordaré (bis) Cundo escucho un son cubano Cundo escucho un son cubano, De los tiempos ya pasada Mi corazón se entristece Y mi juventud revive ese tesoro cubano Tierra de ensueño y encanto Con su son tan habanero Tierra que yo tanto quiero Tierra que yo tanto quiero Y por ella yo me muero Cuba Linda de mi vida Cuba Linda siempre te recordaré Te recordaremos, te recordaré Rumbero te recordaremos Coro : Te recordaremos | Belle Cuba de ma vie Belle Cuba dont je me souviendrai toujours (bis) J’aimerais te voir maintenant Comme la première fois Belle Cuba de ma vie Belle Cuba dont je me souviendrai toujours (bis) Quand j’écoute un son cubain Quand j’écoute un son cubain, Des temps déjà passés Mon coeur s’attriste Et ma jeunesse revit ce trésor cubain Terre de rêve et d’enchantement Avec son son si havanais Terre que j’aime tant Terre que j’aime tant Et pour qui je me meurs Belle Cuba de ma vie Belle Cuba dont je me souviendrai toujours Nous nous souviendrons de toi, je me souviendrai de toi Rumbero, nous nous souviendrons de toi Coeur : Nous nous souviendrons de toi |
| Titre: Consuélate como yo | Compositeur: José Deza |
| Original | Traduction |
Consuélate como yo Que yo también tuve un amor Y lo perdí Y por eso digo ahora Ya yo no vuelvo a querer ¿De que te sirvió el querer Si a ti también te traiciono Como a mi Coro : Por eso ahora, ya yo no vuelvo a querer | Console-toi comme moi J’avais aussi un amour Et je l’ai perdu C’est pourquoi je dis aujourd’hui Que je n’aimerai plus A quoi cela t’a-t’-il servi d’aimer ? S’il t’a trahi toi aussi Comme à moi Coeur : C’est pourquoi maintenant je n’aimerai plus |
| Titre: ¿Dónde andabas anoche ? | Compositeur: Ignacio Piñeiro |
| Original | Traduction |
Avísale a la vecina Que aquí estoy yo Que vengan para que aprecie dulce cantar Después no quiero que digan Que di la rumba y no la invité Que vengan para que aprecie sonoridad ¿Dónde andabas anoche ? Qué bien te busqué (bis) Recorrí La Habana y no te encontré Me fuí con mamita, y el Ronco seguí Me gustó su canto Y con el me fuí Coro : Ven, ven, Iroko, ven, ven | Préviens la voisine Que je suis ici Qu’ils viennent pour apprécier le chant doux Après je n’aime pas qu’on dise Que j’ai donné la rumba et que je ne l’ai pas invité Qu’ils viennent pour que apprécier la sonorité Où as-tu passé la nuit ? Je t’ai cherché partout (bis) J’ai parcouru la Havane et je ne t’ai pas croisé Je suis parti avec ma petite chérie et le rauque a continué J’aimais son chant Et avec lui je suis parti Choeur : Viens, viens Iroko, viens, viens |
| Titre: La ultima rumba | Compositeur: Inconnu |
| Original | Traduction |
Esta es la última rumba Que cantamos en tu morada (bis) Oyelo bien encargada, Hay una voz que retumba Esta la última rumba Que cantamos en tu morada Para que viva alegrada Hay una voz que retumba Esta es la última rumba, etc. Coro : Soba quien soba | C’est la dernière rumba Que nous chantons dans ta maison (bis) Ecoute-là bien encargada… ???? Il y a une voix qui résonne C’est la dernière rumba Que nous chantons dans ta maison Pour qu’elle vive heureuse Il y a une voix qui résonne (qui retentit ?) C’est la dernière rumba, etc. Chœur *Sobar veut dire : tripoter (tocar), fouler (pieds), pétrir, rosser |

Courte discographie :
Los Muñequitos de Matanzas « Cuban Classics IV »
Carlos Embale « Rumbero Mayor », EGREM
Clave y Guaguanco « 60 Anniversario, La Rumba que no termina », Cuba Chévere
Rumboleros Grupo « Protesta carabalí », Envidia
Grupo Afro-Cubano de Alberto Zayas « El yambú de los barrios »
Grupo Yoruba Andabo « El callejón de los rumberos »
divers interprêtes « Rapsodia Rumbera » EGREM CD0121
divers interprêtes La Rumba Soy Yo – Bis Music, 2000
divers interprêtes La Rumba Soy Yo II – Bis Music, 2004
Yoruba Andabo « Rumba en la Habana » (CD et/ou DVD)
Los Muñequitos de Matanzas « Live in LA » (DVD)
Ouvrages de référence :
« Diccionario de la Musica Cubana », Helio Orovio, Editorial Oriente, Santiago de Cuba 1994
« La conga, la rumba : columbia, Yambu y guaguanco », Helio Orovio, Editorial Letras Cubanas, La Habana 1992
« Los Instrumentos de la Musica Afrocubana », ensemble de 8 livrets, Fernando Ortiz, Editorial Letras Cubanas, La Habana 1995
Sites de référence :
¡Vamos a guarachar !: le meilleur blog consacré à la rumba
Rumbabierta: un excellent groupe de rumba en France
par Ahinama | Août 31, 2007 | Biographies

Angel Bonne est une figure particulière dans le paysage de la musique cubaine. Il est né le 16 août 1961 à Santiago de Cuba. Il étudie la musique très jeune et se spécialise avec la clarinette. Il est diplômé de l’ENA en 1980. Ses qualités de saxophoniste lui permettent de collaborer avec de nombreux groupes comme Galaxia, l’orchestre de Santiago Feliu, celui de Beatriz Marquez (dont il fut le directeur), l’orchestre Granma (de Santiago de Cuba), l’ Orquesta Cubana de Musica Moderna (de Santiago de Cuba).
Il est avant tout connu pour sa participation à Los Van Van comme arrangeur, saxophoniste puis chanteur d’un des plus beaux succès du Tren : Havana City ! (Havana City, Havana Crazy, Welcome to the capital !) Il a aussi joué avec le groupe Sintesis et avec Irakere de Chucho Valdes et a enregistré comme saxophoniste sur les disques de Laronte, Amaury Perez Vidal et de Evelyn Garcia Marquez.
De même qu’un certain Osmani Collado de la Charanga Habanera, Angel est un musicien complet qui compose, arrange, joue le piano et le saxophone mais qui chante aussi magnifiquement avec un timbre posé et chaleureux… ‘Camina’ lance-t-il ! Sa voix s’unit à merveille avec celle d’Issac Delgado, légèrement rugueuse, nasale et si profonde ! A l’instar d’Issac il possède un swing propre, rumbero et des paroles qui touchent l’âme et la sensibilité des poètes de la nuit. Il démarre sa carrière solo au milieu des années 90.
Sa salsa n’est jamais agressive, mais elle est pleine de la force d’un héritage nourri des toutes les musiques cubaines, de la Salsa, du Son à la Rumba en passant par l’incontournable Pilon popularisé dans les années 50 par son père Enrique Bonne, grand compositeur de Santiago de Cuba, et par Pacho Alonso, le père d’un autre timbero bien apprécié, Pachito Alonso.
Angel Bonne est un libre penseur, à la personnalité à la fois douce et forte, ne suivant que son instinct et son destin, il délivre ici un message de simplicité et de sincérité loin des paillettes de la salsa spectacle qu’il qualifie de ‘Pura imagen, pura vestimenta !’
Angel m’a été présenté le 2 Octobre 2003, au Café Cantante Mi Habana par un ami commun, Osiris Martinez, le clavier de Pupy y Los Que Son Son (ex-Manolito y su Trabuco). Il m’a fait le cadeau par amitié de nous faire partager en Avril 2006 au même Cafe Cantante cette entrevue qui me semble révéler beaucoup de son âme d’artiste et d’homme simple.
La Habana – Café Cantante Mi Habana – Vendredi 21 Avril 2006
Propos recueillis par Leonel (LR), transcription & traduction Leonel, Zaida et Marbelis Reyes Reyes
LR: Aujourd’hui nous allons faire l’interview de Ángel Bonne qui est un chanteur, un grand musicien qui joue du saxophone et d’autres instruments…
AB: Le saxophone je l’ai appris en chemin mais ce que j’ai étudie, c’est la clarinette. Je suis diplômé de l’école de musique pour la Clarinette.
LR: Mais tu joues aussi du clavier et du piano ?
AB : Le problème c’est que depuis tout petit je jouais le piano petit à petit, j’étais collé au piano.

LR: Si car je t’ai vu chanter et jouer du piano lors de l’anniversaire de ‘Los Que Son Son’. Comme chaque musicien cubain, tu joues de tous les instruments mais tu le fais avec beaucoup de goût.AB : C’est parce que je me suis bien préparé. Je suis un musicien académique. J’ai fini par chanter par hasard.
J’ai toujours aimé chanter mais je le faisais dans la salle de bain chez moi. J’ai toujours considéré que je n’aimais pas ma voix. Finalement une nuit bien arrosée, j’étais à la ENA (Escuela Nacional de Arte) lors d’une fête et je me suis mis à jouer de la basse et à chanter. Le lundi je me suis retrouvé avec 3 propositions de groupes de l’école pour chanter. Je leur ai dit « Je ne suis pas chanteur » et ils m’ont répondu « Non mais tu as beaucoup de feeling ». En définitive je n’ai pas donné suite même si je m’y suis essayé quelques fois.
Finalement (Juan) Formell qui est un type avec une grande vision commerciale, un jour quand il m’a vu chanter, m’a dit : « J’aime tes morceaux, choisis un morceau (parmi les miens pour un essai) » et j’ai sélectionné une chanson dans le disque ‘Disco Azucar’ qui s’appelle ‘Tania y Juan’ qui en fait est de son fils (NDT : Juan Carlos Formell qui vit aux USA) … Puis, ces jours la, Pupy est apparu. J’avais monté un morceau, un pot-pourrit de Cha-Cha-Cha… Il m’a écouté chanter et il m’a dit « je vais te dédier un morceau, un morceau que j’ai déjà composé mais que j’aimerais que tu chantes ».
Ce fut le morceau ‘Azucar’ qui au final eu un impact auprès d’un large public… un thème qui a reçu une grand succès pour le moins à Cuba.
A partir de ce moment il m’a fallu continuer à chanter pour les gens définitivement en pensant en premier au public.
LR : Alors finalement tu n’as jamais joué le saxophone ou la clarinette ?
AB: Bien sûr que si ¡
LR: Il faut expliquer au gens que Angel Bonne est le fils de Enrique Bonne et était l’un des chanteurs important de Los Van Van. Tu as enregistré 4 disques avec Los Van Van qui sont ‘Azucar’ ….

AB : j’ai enregistré ‘Aquí el que baila que gana’, ‘Azucar’, ‘El Ultimo en Vivo’, ‘Llego Van Van’ (Grammy Awards) , j’ai enregistré le disque ‘En El Malecón’ … j’ai enregistré aussi tous les disques en tant que choriste car j’ai toujours gardé une relation d’amitié avec eux.
LR: Mais tu as aussi enregistré avec d’autres groupes comme Sur Caribe ?
AB: Avec Sur Caribe… J’ai participé à l’enregistrement d’environ 50 disques. J’ai participé aux disques de beaucoup de gens. J’ai enregistré comme 3 ou 4 disques avec Sur Caribe. J’ai enregistré avec La Ritmo Oriental… En cherchant plus loin j’ai enregistré avec La Barriada et beaucoup d’autres gens mais pour être précis …j’ai finalement beaucoup travaillé.
LR: Tu es diplomé de la ENA ¿
AB: Si
LR : La ENA est la ‘Escuela Nacional de Arte’. Quelle fut l’influence de ta famille sur ta musique ?
AB: Si tu savais… Contrairement à ce que les gens pensent, l’influence principale que j’ai reçue est venue de ma famille maternelle parce que la maman de ma maman, ma grand-mère maternelle, était professeur et mon oncle Pedro Julio Sánchez est saxophoniste et clarinettiste. Aujourd’hui c’est un vieillard… même si maman m’a aussi aidé, celui qui m’a aidé à passer les examens à l’école et à m’en sortir fut mon oncle maternel. C’est plus du coté de la famille maternelle qu’est venue l’influence génétique.
LR : Nous savons que tu as beaucoup travaillé avec Los Van Van mais ça fait un bail que tu est parti de Los Van Van et que tu as développé ton propre projet musical. J’ai 5 disques de toi, en fait 4 originaux mais il y en a un que tu dois me procurer. Il s’agit de ‘Pa’ decir lo que siento’ car il ne se trouve nulle part aujourd’hui.

AB: Ah. Celui-ci s’est très bien vendu ! Paradoxalement ce disque fut très spécial. Ce fut mon premier disque que j’ai réalisé.
LR: Mais il est introuvable !
AB: C’est le disque que j’ai le plus vendu dans ma vie. Il a fallu que je me démène moi-même pour me procurer mon exemplaire. Le label avec lequel je l’ai enregistré était mi-vénézuélien, mi-cubain et ils en ont vendu partout.
LR: Cette musique, ce type de voix que tu as, le concept musical que tu as développé, c’est une musique qui nous plait beaucoup. C’est pour cela que nous sommes ici avec toi..
AB: Je vais te dire que nous allons faire un concert le 11 Mai (2006) a 7 heures du soir au musée national des Beaux-Arts de La Havane. Un concert de ‘Cancion’ (Chanson cubaine) pas de Salsa. En fait nous allons quand même jouer une Salsa pour être précis.

Un concert de Chansons car je me considère comme un musicien de chanson cubaine. S’il fallait mettre une étiquette à ma musique, ce serait de la ‘Chanson cubaine pour danser’. Tu vois. C’est très différent de la Musique dansante (Musica Bailable). La musique dansante consiste à placer un chœur et tu le danses, et tous le monde danse comme on fait à Cuba. Ce que je fais ce sont des Chansons avec des histoires vécues, avec des situations précises auquelles on rajoute de bons refrains pour danser. C’est ça le concept.
LR: C’est ça le concept ¿ Car il y a de nombreux concepts en fait. Les paroles que tu écris… J’imagine que c’est toi qui les écris ¿
AB: Si, si Bien sûr ¡
LR: Les paroles que tu écris sont très belles. Il y a beaucoup d’harmonie, beaucoup de mélodie, c’est aussi ça ton concept musical… c’est plus des chansons que tu arranges comme de la musique dansante ?

AB: Mon paradigme dans la musique c’est Ruben Blades ¡ Quand je suis parti de Los Van Van, je rêvais de faire de la Salsa de scène, de concert. Finalement les choses ne se sont pas si bien passées parce que à Cuba avec la scène, tu peux ‘mourir de faim’, car faire de la musique de scène ne génère pas assez de revenus pour se maintenir. Du coup, pour pouvoir me maintenir dans la vie nocturne de La Havane, pour pouvoir m’y faire ma place, et pouvoir manger à ma faim, pas seulement moi mais aussi les musiciens, il m’a fallu consacrer ma musique à faire danser le public. Mais ceci ne fut pas l’objectif initial.
Je vais donc faire un concert le 11 Mai a 7 heures du soir avec l’intention d’ouvrir cette porte. Pour voir si finalement je peux ouvrir cette porte et arriver à trouver l’espace dont j’ai besoin. Ce n’est pas que je méprise la musique dansante, j’aime la Salsa, le Son , la musique dansante cubaine, d’autant plus que mon propre père (NDT: Enrique Bonne) en est un représentant illustre du courant traditionnel dans ce pays, mais moi je suis définitivement une espèce de ‘Trovador’ (NDT : Trovador, terme proche des nouveaux troubadours comme Francisco Cespedes, Silvio Rodriguez, Pablo Milanes).

Enrique Bonne (le papa)
Tu vois, un genre que j’aime et qu’ils appellent dans le monde anglo-saxon « History Telling » (NDT : raconter une histoire). J’aime raconter des histoires, j’aime raconter des histoires qui me soient arrivées à moi ou à d’autres personnes et dont j’étais témoin. Ou simplement des choses qui m’arrivent d’observer du fait de ma manière particulière de voir la vie. A Cuba ça a été difficile car les gens pensent que ma Salsa est sophistiquée et de ce fait ils n’ont pas la patience d’écouter un thème. Aujourd’hui le monde a perdu l’habitude d’écouter et en plus nous ne nous écoutons pas les uns les autres. Lorsque je regarde la TV et que je vois les ‘Talk-Show’ américains, les deux débatteurs se disputent et se crient en même temps, en fait ils ne s’écoutent ni l’un ni l’autre. Les gens n’ont plus la patience d’attendre. Tu me dis ce que tu dois me dire et je te dis ce que je dois te dire.
LR: Mais cela ne t’a pas contaminé car tu as suivi ta propre voie !
AB: Non car j’ai hérité du caractère de ma maman qui était professeur d’espagnol et de littérature. Elle est à la retraite maintenant.
LR: Un caractère fort avec beaucoup de sensibilité ?
AB: Si, un caractère fort mais avec beaucoup de patience. Il est très important d’être patient … comme on dit « S’il n’y a pas de pain, il y a du ‘Kasabe’ », il faut savoir attendre (NDT : le Kasabe est une galette de farine manioc). Et il faut avoir aussi beaucoup de volonté. Il est important de rester humble pour pouvoir démarrer de zéro et se voir soi-même et le monde avec objectivité. Si tu commences à croire que tu es un super-doué, t’es perdu en rase campagne ! En définitive il m’a fallu beaucoup travailler et ce travail m’a beaucoup coûté pour parvenir à ma situation à Cuba. Ca fait des années que je bataille.

Cuba est un pays qui a un certain niveau d’éducation parce que l’Etat investit beaucoup dans l’éducation mais le public est principalement composé de danseurs. Le cubain ne pourra jamais s’asseoir seulement pour écouter des chansons. Du coup, je suis une espèce de personne qui nage à contre courant. Je n’en suis pas fier mais je suis tranquille avec ma conscience et je crois que la vie me poussera à l’endroit où je dois finalement être. Je n’ai pas plus de prétentions. Seulement je veux travailler et être comme ça.
LR : Je pense que toutes les valeurs que tu exprimes maintenant s’entendent dans ta musique.
AB: Merci.
LR: Ce sont des choses qui s’entendent et tu as un public exactement pour cela car tu as suivi ainsi ton concept original, le tien propre, qui a beaucoup de sens et de sentiments, et une harmonie qui te rendent unique.
AB: Merci, les principes, la manière dont chacun voit la vie, les principes de chacun se glissent dans le comportement quotidien et dans les chansons que l’on fait. C’est une chose qu’on ne peut empêcher. J’ai décidé de m’assumer pleinement, et de ne pas essayer d’être un autre car je pourrais parfaitement faire choriste et bien d’autres choses qui marcheraient bien mais je veux faire seulement ce qu’il me plait et je préfère mourir avec la conscience tranquille… Je voudrais en profiter pour te remercier pour la sensibilité que tu portes en toi…
LR: Merci. Après un an, as tu eu beaucoup de changements dans ton orchestre ? Il y a des têtes nouvelles non ?
AB: Si, si il y a eu des changements. D’abord la fille que tu as vue chanter et jouer du Güiro est nouvelle.

Est aussi entré dans l’orchestre un nouveau trompettiste qui est le mari de la fille et qui jouait avec La Caro Band. C’était un de mes musiciens il y a des années. C’est une histoire très intéressante car il est parti d’ici grâce à un contrat qu’ils lui ont proposé au Pérou et il a commencé à faire des allers-retours. Au final, il a atterri dans La Caro Band. Ensuite La Caro Band a eu un problème avec leurs instruments qui sont restés boqués au Pérou et lui a commencé à travailler avec moi pour gagner un peu d’argent et il m’ dit qu’il ne voulait plus s’en aller de mon groupe. Il voulait travailler dans mon groupe et ceci ne fut pas un problème pour moi car je partage avec les gens de La Caro Band beaucoup de tendresse et parce que Blas et Marta Caro (NDT : Blas Munoz Gaston est le Directeur, Compositeur et bassiste de La Caro Band et Marta Caro, son épouse, est chanteuse avec ses sœurs Lisett, Diana et Odalys) sont des amis depuis l’école et sont des gens que j’apprécie beaucoup.

Lisett Caro
Il avait de la peine et il m’a dit : « Ecoute, je voudrais jouer dans ton groupe, car ma femme y est déjà et il y a aussi mon frère.. en effet l’autre trompettiste et moi sommes comme des frères ou quelque chose comme ça..je voudrais rester ici ».
LR : Et maintenant les trompettes sonnent bien et fort.
AB : Effectivement
LR : Je suis heureux de voir que nous avons les mêmes amitiés. La Caro Band ont été mes premiers amis à Cuba.
AB: Eh bien, Marta et Blas sont mes amis depuis l’école. Ca fait 30 ans que nous nous connaissons.
LR : Et tu t’entends bien avec Pupy, une personne que nous aimons vraiment beaucoup.
AB : C’est clair. C’est mon frère.
LR: Tu as aussi travaillé avec Jeni, Jeni Valdez, que tu connais bien aussi..
AB : Jeni et moi sommes des amis. Elle a enregistré dans mon dernier disque qui s’appelle ‘Por favor escúchame’.

Dans mon dernier disque ont enregistré le trombonne, Hugo Morejon, le premier Trombonne de Los Van Van et aux chœurs ont chanté Jorge Leliebre (flutiste et choriste de Los Van Van), Jeni Valdez et Mayito Rivera avec moi. Et Pupy a enregistré un morceau . ainsi j’ai une bonne relation avec de nombreux musiciens qui me sont proches.
LR : Quels sont tes projets pour l’avenir ¿ Aujourd’hui la majorité des morceaux provenaient de tes 2 derniers disques. La première chanson est nouvelle ?
AB : Non, le premier morceau provient du deuxième disque. Ce qui se passe c’est qu’il fut enregistré dans le disque “Circunstancias”. C’est le pire disque que j’ai fait dans ma vie.
LR : Le pire ! pourquoi ?
AB : Parce que… Tu vois… ce disque a une caractéristique… J’avais déjà fait le premier disque “Para decir lo que siento” qui s’est ensuite tres bien vendu en dehors de Cuba. A Cuba, cela plaisait à certains mais les gens me critiquaient parce que c’est une Salsa douce si bien que dans le deuxieme disque “Circunstancias” j’ai voulu essayer une Salsa plus dure et ce qui en a résulté fut une horreur avec laquelle je ne suis pas satisfait et c’est le seul disque dont je ne parle pas si on ne me pose pas la question.

Ce morceau vient de ce disque. J’ai un plan parce que ce disque “Circunstancias” contient de très bons morceaux mal produits et mal arrangé… J’ai le projet de réformer ces morceaux en les insérant dans mes prochains disques… Dans le prochain disque il y aura certains des ces morceaux.
LR: Donc après celui-la, il y’aura un nouveau disque ?
AB : Mon label discographique m’a dit qu’ils m’appelleront à partir du mois de Juin pour nous mettre en contact pour faire quelque chose avec ce disque. Ainsi donc nous avons un disque en préparation dans lequel il y aura un duo avec Alain Daniel, le gars de Bamboleo, nous allons donc l’inviter d’autant plus que je l’aime beaucoup sur le plan personnel. Je vais aussi faire un duo avec une grande amie qui s’appelle Miriela Moreno, de ‘Aceituna Sin Huesos’. D’ailleurs elle-même ne le sait pas ! Elle s’en rendra compte seulement en entrant au studio.
LR : Ecoutez moi cette nouvelle ! Qu’elle même ne le sait pas !
AB : C’est une de ses chansons que je vais enregistrer. J’ai déjà fait les arrangements et le morceau est quasiment monté…. Mais si je le monte et que je commence à le jouer, ca va me fermer la porte de l’effet de surprise car elle vient régulièrement à mes concerts. Aujourd’hui il se trouve qu’elle n’est pas venue. Ca sera un disque intéressant car ça sera un disque varié. J’aime bien varier les styles. Personnellement je n’aime pas sentir que ‘c’est Salsa’ ! D’autant plus que même ceux qui génèrent beaucoup d’argent avec la Salsa comme Gilberto Santa Rosa font des disques variés… et Victor Manuelle fait des disques variés, Luis Enrique Mejías (Salsero du Nicaragua) fait des disques variés.. Je ne le fais pas parce que eux le font mais parce que j’aime varier et mélanger les genres.
LR : En effet, tu introduis le Pilon, la Cancion, etc.. Si, entra el Pilón, la Canción
AB : Oui, oui. Il y a un morceau que j’ai dédié à Jennifer Lopez
LR : Ah oui ?
AB : Oui, oui. Je me suis mis à regarder le film “Planeadora de Boda” (NDT : Planes de Boda , The Wedding Planner) et il y a une scène particulière où elle nage avec Matthew McConaughey et l’autre protagoniste … Elle recule et elle regarde la fille, Non, elle regarde Matthew d’une manière qui m’a inspiré cette chanson. Du coup cette chanson sera dans le prochain disque probablement. Si je continue à préparer un disque juste de chansons et non de salsa, alors je la laisserai pour ce disque.
LR : Donc la peinture qu’il y a dans tes mains sur la couverture du disque “Bonne & Bonne Co.”, quand tu la mélanges dans tes mains , cela veut dire ce que tu fais en musique ?

AB : Exactement. Mais tu vois, il y a une chose que les gens ne savent pas c’est que je suis fanatique de Rock, je suis fanatique de Iron Maiden, de Steven Tyler (NDT : chanteur d’Aerosmith) , c’est mon chanteur préféré.
(NDT : ….Angel Bonne entonne alors le refrain d’une chanson d’ Aerosmith….)
Je suis aussi un grand admirateur de Stevie Wonder. J’aime beaucoup sa musique. Je suis très varié. Je suis issu d’une génération qui a grandi en écoutant Earth Wind & Fire, Commodores, Lionel Ritchie, etc. Donc j’ai cet héritage varié en même temps que nous écoutions Los Van Van, Irakere. Nous avons en nous ce mélange de genres ainsi je crois que cela se traduit dans mes chansons.
Au final, tu vois, ce que je veux, comme je vais atteindre mes 45 ans, ce que je veux c’est me réaliser moi-même. Ca m’intéresse de rendre les autres heureux mais sans devoir faire des concessions pour qu’ils soient heureux. Donc ce que je veux faire c’est seulement ce qu’il me plait , ce qu’il me plait avec la musique. Et quand tout se terminera, je pourrai mourir heureux ! (Il rit) Quand la place me sera retiré, quand tout s’arrêtera je m’assiérai à la maison pour profiter de mes enfants !
LR : Tu continues ton chemin ¡ Avec beaucoup de paix dans la tête et dans le coeur! Bon une dernière question… Quel est le message que tu souhaiterais envoyer au public francophone de Fiestacubana.net ?
AB : Que tous les problèmes des français de résolvent (NDT : l’entretien se déroule juste après les grandes grèves étudiantes contre le Contrat Nouvelle Embauche, CNE, du premier ministre Dominique De Villepin). Que les français aient une vie plaisante, agréable, pleine de paix et de Salsa, qu’ils dansent et se divertissent car la vie est unique et elle est très courte. Et si je peux leur apporter un peu de bonheur, c’est avec beaucoup de plaisir !
LR : Voila ¡ Tu sais que tes chansons sont appréciées dans les discothèques ou nous autres DJs officions et nous espérons que un jour nous pourrons partager tes chansons ‘en vivo’ en France ¡
(NDT : Angel Bonne me tend son verre de bière pour trinquer ….)
AB : Ceci n’arrive pas à devenir une faiblesse pour moi mais c’est quelque chose que j’adore, boire de la bière !
LR : Boire de la bière c’est bon ! C’est comme ça que nous partageons tous !
AB : Oui mais c’est un anti-chanteur ¡ Tu savais que les chanteurs ne boivent pas de bière, ils boivent du Rhum pour les cordes vocales. Les gens disent « les chanteurs ne boivent pas de bière » mais moi je ne suis pas un chanteur, je suis un musicien qui chante. De toute manière on va tous mourir.. Je dois boire ma bière et mourir heureux avec ma musique et ma bière ! Merci.
LR : Merci beaucoup !
Discographie :
Angel Bonne y su Grupo :
• Para Decir Lo Que Siento
• Circunstancias
• Esta Es Mi Musica
• Bonne & Bonne Co.
• Por Favor Escúchame
Los Van Van
• Aquí el que baila gana
• Azucar
• Lo Ultimo en Vivo
• Llego Van Van…Van Van is here (Grammy)
• Chapeando
Cesar “Pupy” Pedroso
• Fruta Prohibida – «Será que se acabó» : duo avec Issac Delgado
• Pupy Y Los Que Son Son: Timba – The New Generation Of Latin Music
• Pupy Y Los Que Son Son: De La Timba A Pogolotti – «Parece Mentira» & «Ya tus campanas no suenan»
Ritmo Oriental
• Euforia Cubana – «Los tocadores de Güiro».
• Mucho Más Que Éxitos… Enrique Lazaga Y La Ritmo Oriental – «Mujer» de Agustín Lara
Sur Caribe
• Caminando – «Tu negro está sufriendo»
La Barriada
• Adios La Tristeza
Clave Y Guaguancó
• La Rumba Que No Termina – «La rumba de la corbata»
Martin Richard Lehner « El Zorro »
• Volando
Fidel Morales
• Salsa Son Timba: Fidel Morales & Proyecto Nega
Augusto Enríquez
Homenaje a Benny Moré – «Deja que suba la marea» duo avec Angel Bonne et Augusto Enríquez .
Todos Estrellas – EGREM
• Yo Si Como Candela – «Esas no son cubanas» de Ignacio Piñeiro
Various Artists
• !Gracias Formell! – «La Habana Joven»
• Cuba en Navidad – «Noche de paz» en versión de Guaguancó
• recopilaciones de Música Cubana para ARTEX y EGREM
• Cuba Forever – «La Habana no aguanta más» de Juan Formell & «El rico pilón» de Pacho Alonso
• Cubamanía – «Lo tuyo es llegar» y «Pura Vestimenta» d’Angel Bonne.
• 200% Salsa – «Pepe Cabecita» de Enrique Bonne avec son groupe
Eugenio Acosta
• De allá para acá – «Para que volver» (Tite Curet Alonso ,Cheo Feliciano).
Enregistrements exceptionnels :
• «Acuérdate de Abril» de Amaury Pérez, en célébration du 4 Avril 1996.
• un morceau de Adalberto Alvarez en célébration du 28 Juillet.
Angel Bonne a aussi participé à l’enregistrement de nombreux disques comme instrumentiste :
2 LD de l’auteur, compositeur interprète cubain Amaury Pérez: “Estaciones de vidrio” y “De vuelta”, solos de saxophone et de clarinette.
LD de Edesio Alejandro, solo de saxophone.
CD de Richard Egües, solo de saxophone.
LD de Annia Linares, solo de saxophone.
CD de Laronte, solo de saxophone.
CD de Evelín García, solo de saxophone.
DD de Augusto Enrique, solo de saxophone.
CD de María Antonieta, solo de saxophone.
CD de Grupo Galaxia, solo de saxophone.
par Ahinama | Août 20, 2007 | Interviews

Yanek s’est d’abord fait connaître du monde entier par les videos de salsaville.com, puis par ses participations remarquées aux concours de danses de l’émission cubaine « Bailar Casino ». Concours qu’il a d’ailleurs remporté par deux fois en rueda, et une fois en couple. Champion du monde de salsa cubaine en couple et en rueda en Italie (San Marin) en 2004, il est considéré par beaucoup comme une figure emblématique du Casino – le nom de la salsa cubaine à Cuba.
Des vidéos valant plus que des mots, vous pouvez jeter un oeil sur youtube (pensez à le récupérer) :
– Yanek et Diana en démonstration à Cuba
– Yanek et Casino.com avec la rueda qui les a fait gagner le concours de l’an passé
Yanek étant un Ami de DobleF, nous avons eu le plaisir et le grand honneur de le côtoyer pendant quelques jours lors du festival Tempo Latino 2007, à Vic-Fezensac. L’homme nous toucha plus que le danseur, et une amitié naquit.
C’est autour d’un repas entre amis, à Toulouse, que nous nous retrouvâmes dans une ambiance très conviviale et chaleureuse. Axel choisit cet instant pour sortir le questionnaire qu’il avait préparé il y a déjà une dizaine de jours, en vue d’une interview. Aidé de Ricco, exceptionnel à la traduction, le Nelson Montfort Latino ((c) Pepino), l’interview s’est donc déroulée, enrichie de la participation des convives, et s’est transformée en une discussion passionnée où d’autres questions se sont greffées en cours de soirée. C’est ainsi que ces passionnés de culture cubaine se sont manifestés et régalés : La Mu, Laure, Titi, LaDiosa, Energia, Toulouse12, Papa, Didou Masta, Pepino, DobleF, et Kiriku.
Une interview menée par un fil conducteur, mais toujours dans un esprit plus proche de la discussion que celle d’une interview formelle (n’est-ce pas Juan ?), où nous avons eu le plaisir de voir un Yanek très passionné, très gestuel, et peu avare d’anecdotes et de sentiments.
Les écrits ne nous permettent pas de faire ressortir l’intensité et la passion palpables ce soir-là, mais nous espérons qu’un maximum de sentiments seront transmis.
* Qui es-tu ?
Yanek Revilla Romero. Né le 1er mars 1977, ex-joueur professionnel de base-ball, psychologue et maintenant danseur.
* Gagnes-tu ta vie en tant que danseur ?
Oui, je travaille dans un hôtel public (donc employé par l’Etat), payé pour enseigner la danse aux touristes.
* Quand es-tu tombé dedans ? Tes parents sont-ils musiciens ?
Je dansais comme tout le monde à Cuba. La danse fait partie de ma famille, surtout du coté de ma mère. Il y avait toujours de la musique dans la maison depuis que je suis tout petit. Mon frère est percussionniste. J’ai toujours eu de la passion pour la danse mais je n’avais jamais pensé pouvoir l’exprimer. J’ai toujours eu une passion forte pour la salsa, j’ai d’abord été un musicien avant d’être un danseur. Mon premier amour, c’était la musique.
Je me suis vraiment impliqué dans le Casino il y a 5 ans, le 16 octobre 2002, avec le groupe casino.com, formé à l’époque uniquement par des membres de ma famille. J’ai alors commencé à créer.
* Qu’est ce qui t’as poussé à explorer les racines culturelles de la danse de ton pays ? (Afro-Cubain, Rumba…)
La salsa peut avoir de nombreuses définitions. Pour moi, elle est le résultat de l’évolution de toutes les danses cubaines. J’ai besoin de connaître les racines de la salsa, l’histoire et l’évolution des différentes danses.
* Comment te documentes-tu sur ces danses ?
Je dansais les danses populaires cubaines avant la salsa : cha cha, mambo, danzon…
Quand j’ai commencé à danser la salsa j’ai trouvé intéressant d’y intégrer ces danses populaires, puis d’apprendre en suivant l’afro-cubain et la rumba.
* Pourquoi n’as-tu pas intégré l’Ecole Nationale des Arts de La Havane ?
Parce que j’avais envie de danser la salsa, et dans ces écoles on n’étudie pas la salsa, mais les ballets folkloriques. J’ai fait partie du ballet folklorique Conjonto Folklorico d’Oriente, et aussi d’une compagnie de danse moderne, mais cela ne correspondait pas à ma vision de la salsa.
* Pourquoi avoir monté Casino.com ?
J’ai monté le groupe mais pas le nom. En fait j’ai été forcé de le faire, car j’avais des amis qui dansaient et qui voulaient participer à un concours international qui avait lieu à Santiago de Cuba. Nous avons monté la rueda en une semaine. Il y avait mes frères, mes cousins et leur compagne. C’était la naissance de Casino.com. Je pense que mes frères sont de meilleurs danseurs que moi. Ils dansaient avant moi, mais uniquement pour le plaisir, ils n’avaient pas les ambitions que j’ai eues par la suite.
* Comment définirais-tu Casino.com ?
Un groupe de danseurs qui partagent la même passion et les mêmes rêves, les mêmes ambitions.
Mais il y a une règle d’or : d’abord ami, puis danseur. Si tu n’as pas envie d’être mon ami, je ne te veux pas dans la troupe, même si tu es une star de la danse. Il n’y a pas de star dans mon groupe, que des amis.
* Comment recrutes-tu ?
C’est très difficile de recruter. Non pas parce que je suis exigeant, mais parce que peu de personnes ont à la fois les qualités et le désir de faire partie de Casino.com.
* Fais-tu des castings ?Non, pas de casting. Les gens viennent me voir et me demandent de faire partie de la troupe. Je leur expose alors les règles, et les ambitions du groupe. « Partages-tu les mêmes rêves ? ». Je ne veux pas de personnes qui viennent pour qu’on les regarde. Il faut avoir de l’ambition, mais une ambition saine. Quand j’ai démarré Casino.com, j’ai annoncé haut et fort que je voulais être champion du monde. Quand je l’ai dit, je ne savais même pas qu’il y aurait un championnat du monde. Deux ans après, nous étions champions.
L’être humain doit viser haut pour avancer. Si tu penses que tu es limité, même si tu as du potentiel pour faire de grandes choses, tu n’y arriveras pas parce que tu n’y crois pas. Il faut avoir de l’ambition pour faire de grandes choses, et entre amis c’est plus facile. Quand nous sommes allés gagner un concours à Varadero, nous avons dû dormir à 14 dans une seule chambre. C’est à ce jour notre meilleur souvenir.
* Comment te vient l’inspiration ? (passes, chorégraphies…)
Comme tous les artistes, j’ai des moments d’inspiration. Ça arrive certains matins, lorsque je me réveille et que je reste allongé. Les figures viennent toutes seules. Je visualise tout dans ma tête, et lorsque j’arrive à l’entraînement ça va très vite car je sais déjà où sont placés les gens et ce qu’ils doivent faire.
Par contre, pour les cours c’est différent. Souvent, j’improvise sur le moment. Presque tout le temps en fait.
* Regardes-tu des vidéos ?
J’ai la chance d’être très inspiré en ce moment. Ça sort tout seul. Je n’ai jamais vu de vidéos. Même pas les miennes, les vidéos que tout le monde a vues ici en Europe, je ne les ai jamais vues.
* As-tu un modèle, un danseur qui t’inspire ?
Non.
* Des chorégraphies de groupe sur scènes, de chanteurs ?
Non.
Je souhaiterais dire une chose. J’aime créer. C’est un défi pour moi de créer des choses. Si ça fonctionne ou pas, j’en suis responsable.
Ma meilleure inspiration et mes meilleurs critiques sont les garçons de mon groupe. Ce sont eux qui m’obligent à repousser les limites. C’est de plus en plus facile pour eux d’apprendre de nouvelles chorées, ce qui m’oblige à faire des choses plus difficiles.
* Combien d’heures t’entraines-tu par jour ?
Avant d’arriver en France, je n’ai pas dansé pendant trois mois. Normalement, un jour par semaine avec Casino.com. Hors période de compétition. Sinon c’est trois fois par semaine. Pour moi je ne m’entraîne pas, je danse, je danse, je danse, j’improvise en dansant. Je danse tout le temps, comme Kiriku (rires).

* Que penses-tu de la salsa cubaine telle qu’elle est pratiquée en dehors de Cuba ?
Je pense que la salsa cubaine pourrait être mieux représentée.
Pour deux raisons.
La première, c’est le manque d’information. A Cuba on pourrait faire 800 DVD de salsa cubaine par an, il y a le potentiel en qualité, mais personne ne le fait, faute de moyens.
La seconde, c’est qu’une grande partie de l’émigration cubaine en Europe n’est pas constituée de danseurs de salsa. Nombreux sont les Cubains qui se disent : « Qu’est-ce que je vais faire ? Je suis Cubain. Je vais donner des cours de salsa. ». Au royaume des aveugles les borgnes sont rois. C’est une bonne chose d’un côté car cela amène de l’information, mais cela nuit à la qualité. Je pense que ça caricaturise la salsa cubaine. La salsa ce n’est pas des pantalons à franges et des chemises bigarrées. Si tu vas à Santiago de Cuba, tu peux voir un homme de 70 ans, habillé avec un pantalon, une petite chemise et des chaussures normales.
Je reprends. En un, le manque d’information. En deux : la majorité des danseurs Cubains qui émigrent sont de la ligne folklorique ou des danseurs de Rumba. Ils savent danser la salsa, mais ce ne sont pas des spécialistes.
Il y a encore une chose. Nous sommes en retard par rapport aux autres styles de salsa. Ils ont des règles normalisées, bien définies. Il y a une pédagogie standard pour les autres styles : LA, NY, portoricaine. Il y a des règles uniformes. Il y a des danseurs avancés de casino qui n’ont même pas les bases. Ils sont capables de faire 500 passes avec les bras mais ne bougent pas les pieds ni le corps, ils ne font rien. Certains font le dile que no d’une façon, d’autres d’une autre, il n’y a pas de pédagogie commune. Certains Cubains dansent sur le 3, sur le 5. Il n’y a pas d’unification.
* Comment souhaiterais-tu uniformiser tout cela ?
La revolución ! (rires)
* Ne penses-tu pas que toutes ces différences font justement la richesse de la salsa cubaine ?
Il n’y a pas de diversité à danser en dehors du rythme. Il n’y a pas de diversité si la musique te dit de danser sur le un et que tu danses sur le trois. « La musica es una sola », et tu danses pour la musique.
* Que penses-tu des différents styles des danseurs ?
Les différents styles c’est autre chose. Chacun a son propre style. Axel et moi on danse différemment, mais on danse tous les deux sur le un, on fait les dile que no comme ils doivent être faits, on fait les passes comme elles doivent être faites. C’est une chose d’avoir un style différent et cela en est une autre de ne pas respecter la musique. Tu peux faire les choses avec ton propre style, mais le casino a des règles. Il faut les respecter.
* Que penses-tu des autres types de salsa, y compris les dérivés de la salsa cubaine, comme par exemple le Miami style ?Le Miami style est le pire. Je ne supporte pas que ce mélange puisse se considérer comme ambassadeur de la salsa cubaine. Ils dansent en cercle mais font des passes de portoricaine. Le pire dans cette dérive est la mise en valeur de passes L.A. Style (il mime des jetés de mains, le mouvement de tête du danseur inclus). Ce n’est pas de la salsa cubaine. Le style maniéré, bras en l’air, des filles dans les ruedas a été inventé par ces gens. On ne danse pas le Casino comme cela à Cuba.
Pour moi, les autres types sont une intention de faire de la salsa une danse de salon. Si tu regardes de la danse de salon, du patinage artistique ou de la portoricaine, c’est la même chose. C’est très chorégraphique. Les danseurs de portoricaine associent aux figures un jeu d’acteur, beaucoup de jeu théâtral.
* On est d’accord que chacun danse comme il le veut. Le plus dangereux n’est-il pas que l’on appelle salsa cubaine ce qui ne l’est pas ?
Exactement. On m’a présenté des références de la salsa cubaine qui ne le sont pas. Ils font du Miami Style. Si tu prends ces gens-là en exemple pour danser la salsa cubaine, tu te trompes de chemin, tu vas à l’opposé de ce que tu es venu chercher, et c’est le plus gros problème de la salsa cubaine. Beaucoup de gens croient danser la salsa cubaine, mais ils se trompent. Et quand tu le leur expliques, ils argumentent.
* Pourquoi cette tendance ?
Toujours à cause du manque d’information. Les gens ne connaissent pas bien la salsa cubaine.
Par exemple, les gens connaissent de moi ce qu’ils ont vu dans les vidéos de Salsaville. Ces vidéos ont été produites en 2002. Depuis 5 ans ma danse a énormément évolué. Depuis, les gens n’ont pas d’information sur moi ou aucun autre danseur Cubain. (ndlr : heureusement grâce à des sites type youtube on peut trouver de plus en plus de vidéos)
* Pourquoi les Cubains de Miami ne perpétuent pas la tradition de la danse telle qu’elle est dansée à Cuba ?Prenez par exemple Manolin. Ses albums n’ont jamais été aussi bons que lorsqu’il vivait à Cuba. Je pense qu’il y a à Cuba une certaine magie que l’on perd en s’exilant.
Concernant cette tendance du Miami Style, j’ai peut-être une explication. Aux Etats-Unis, le marché est très influencé par le LA Style et le NY Style. Pour percer, il faut y ressembler, c’est pourquoi les gens mélangent. La danse en cercle, avec des figures de portoricaine. C’est ce qui fait vendre.
* Que penses-tu qu’il faudrait faire pour diffuser l’information en Europe ?La première chose, et la plus difficile, est l’unification des Cubains en Europe. Il y a une grande compétition entre les Cubains ici, et s’ils ne s’unissent pas, on n’y arrivera pas.
La deuxième chose : il faudrait investir le marché avec des DVD de salsa cubaine. Un exemple : certaines personnes sont très connues dans la salsa NY Style. Ils sortent des DVD avec des figures très compliquées, avec les bras, mais ils ne dansent pas, ne font jamais de démos. Et pourtant leur style est le plus connu du monde en Salsa NY Style. Et tout le monde veut apprendre leurs passes. Tout ça grâce au support d’information.
Je pense que le marché est désormais assez mûr pour que l’on diffuse des DVD sur la salsa et la culture cubaines. Les gens s’intéressent de plus en plus à l’histoire, aux danses Afro-Cubaines, à la Rumba. Il faut profiter de l’essor de la musique cubaine et de la présence d’orchestres Cubains en Europe pour surfer sur cette vague.
* Tu as dit tout à l’heure que Manolin avait perdu sa magie en partant de Cuba. Que penses-tu qu’il t’arriverait si tu partais de Cuba pour un contrat de deux ans en Europe par exemple ?
Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais pensé à partir de Santiago de Cuba. Si jamais je devais partir de Cuba… Je ne le vois pas… Si je devais partir… Je ne sais pas… Si demain ça devait arriver… Ça n’arrivera pas (rires)… Supposons que je devienne fou, que je tombe amoureux et que je m’en aille, ce sera six mois ici, et six mois à Cuba. C’est la seule façon. Pas par peur de perdre la magie, mais pour mon coeur, je ne peux pas vivre sans Cuba. Sans Siantago.
* Quelle importance accordes-tu à la musique ?
C’est tout pour moi.
* Quels sont tes groupes préférés ?
Los monstros : l’Orchestra Reve, Adalberto Alvarez, Pupy y los que Son Son, Van Van, et Manolito Simonet. Ces cinq groupes sont les cinq monstres de la musique cubaine. Les grands resteront les grands.
* En ce moment est-ce que les nouveaux groupes de timba arrivent à percer à Cuba, genre Maikel Blanco ?
J’ai une opinion très personnelle à ce sujet. Je pense que les nouveaux groupes doivent trouver de nouveaux chemins. A Cuba si tu fais écouter Maikel Blanco à quelqu’un qui ne connaît pas trop, il pense que c’est du Van Van. C’est pour ça qu’à Cuba personne ne sait qui c’est.
* Alors pourquoi toi tu connais ?
Parce que je suis un fanatique de musique.
A Cuba, ils connaissent le groupe grâce à Sotomayor. Si tu demandes qui est Maikel Blanco, ils ne sauront pas, mais si tu parles du groupe de Sotomayor, alors ils te diront : « Ah oui, Maikel Blanco y su SalsaMayor, je connais, c’est bien ».
* Penses-tu qu’ils font du plagiat ?
Le problème est que le format est le même, violon, flûte, trombone,… Ils ont les mêmes instruments que Van Van, il y a forcément du plagiat. L’influence n’est pas la copie. Je suis un fanatique de la musique cubaine, et je peux te dire qu’il y a des phrases de cuivre qui sont exactement les mêmes que Van Van, des improvisations des chanteurs sont copiées sur Mayito Rivera. Pour moi c’est trop proche. A mon avis, ils vont trouver leur propre chemin, mais ils doivent changer des choses.
* Tu penses donc qu’en dehors des monstres il n’y a pas de nouveaux groupes qui peuvent monter ?
Si si, il y a Azucar Negra, Bamboleo, Bamboleo c’est un train, ils sont très forts !
* Mais Bamboleo n’est pas un nouveau groupe ?!
Non ce n’est pas un nouveau groupe, mais Bamboleo change tout le temps : Bamboleo avec Haila, Bamboleo avec Vania, Bamboleo avec Tanya, demain Bamboleo avec Diana (en regardant LaDiosa – rires)… S’il vous plaît, il faut maintenir une ligne vocale. Quand les gens écoutent, il faut qu’ils puissent reconnaître les chanteurs de Bamboleo.
* Est-ce que des gens qui sont partis de groupes arrivent à percer, comme par exemple Tirso Duarte ?A Cuba, les grands ne sont pas les chanteurs, contrairement à Porto Rico où il y a Gilberto Santa Rosa, Marc Anthony, etc. A Cuba les grands sont les directeurs d’orchestre. Il n’y a qu’une personne à Cuba qui est partie d’un groupe et qui est devenue plus grande que ce groupe, c’est Issac Delgado. Il est sorti d’NG La Banda et est allé plus haut qu’eux.
Tirso Duarte à Cuba a fait partie des très grands moments de la Charanga Habanera, il a chanté avec Pupy y los que Son Son, et maintenant, il ne peut pas faire mieux que ces deux orchestres. Qu’est-ce qu’il se passe à Cuba ? A Cuba il y a tellement de qualité et de compétition que les gens sont très critiques, ils aiment bien comparer. Michel Maza était la voix de la Charanga Habanera. Tout seul il ne fait pas mieux. Les Cubains aiment la musique, les chanteurs ne viennent qu’après. Il faut que les orchestres se stabilisent pour devenir grands.
* Issac Delgado ? Un monstre ?(Il tape son poing contre son coeur.) Oui un monstre, intemporellement un monstre. On reconnaît son timbre et sa touche en deux secondes.
Maintenant, son dernier disque, celui qu’il a fait aux Etats-Unis (ndlr : En Primera Plana),… (il fait la moue), son disque précédent ? Meilleur. Et le disque précédent ? Encore meilleur. Et l’autre ? Encore encore meilleur. Le nouveau ? (en espagnol dans le texte) : « muy, pero muy portoricano » (rires). Très portoricain. Il a perdu la magie de Cuba. Il a gagné en qualité technique avec Giovanni Hidalgo, avec Cachao, mais même avec ça, le produit n’est pas aussi bien qu’il était avant.
* Que penses-tu des évolutions de la musique et de la danse à Cuba, et de l’influence du reggaeton ?
D’abord la musique. Deux choses. La première, il y a les monstres, ceux qui continuent à créer de nouvelles sonorités et qui font avancer la musique. Puis il y a les médiocres, ceux qui font de la musique commerciale, du reggaeton, des Boys Band, avec cinq « chicos bonitos » devant qui font crier les « chicas ». J’étais le plus grand fan, le plus grand défenseur de la Charanga Habanera, jusqu’à la sortie de Charangero Mayor. Depuis Soy Cubano Soy Popular, la Charanga se meurt.
* OK, mais que penses-tu des « monstres » qui rentrent dans cette tendance, comme Manolito par exemple, avec Control ? (ndlr : le titre reggaeton de Manolito y Su Trabuco)
Manolito n’a fait qu’un titre de reggaeton. Avec un titre tu ne peux pas parler de tendance. Ils ont fait ce titre car leur nouveau chanteur (ndlr : Lazaro Diaz) vient de ce courant musical. En dehors de cette chanson, Manolito continue sur sa lancée.
* On revient sur le reggaeton, parce que les retours que l’on a des gens qui reviennent de Cuba sont que le reggaeton a une place de plus en plus importante au niveau de la danse et de la musique pour la jeunesse cubaine. Axel : Quand je mixe en soirée, les jeunes Cubains viennent me réclamer du reggaeton, ces mêmes jeunes qui ne connaissent pas forcément le répertoire des « monstres » comme tu les appelles. Ricco : A Cauterets, lors du concert d’Eddy K, tous les Cubains étaient en première ligne, connaissant les paroles par coeur. Lorsque Manolito est arrivé, El Indio chantant « Locos Por Mi Habana », j’étais le seul à l’accompagner. Le reggaeton ?C’est la danse la plus facile pour tous les Cubains du monde entier ! Tu prends n’importe quel Cubain, il danse le reggeaton. Pour un Cubain, c’est plus facile que de danser le merengue. La facilité est la première raison. La seconde est l’influence de Porto Rico qui est juste à côté. A Cuba on capte les radios de Porto Rico où on passe du reggaeton à longueur de journée. Don Omar, Daddy Yankee, Wisin y Yandel, Hector, Tito El Bambino,… C’est encore une fois la facilité. On demande aux Cubains à l’étranger de bouger leur corps. C’est plus facile et plus spectaculaire de danser le reggaeton.
Une autre raison à Cuba, est que lors de l’organisation de soirées, on fait venir un DJ. A Cuba les DJ passent la musique qu’ils aiment eux, pas celle que les gens sur la piste aiment. Et les DJ à Cuba ne dansent pas. Et quand ils ne dansent pas : reggaeton. En plus, Il est plus aisé de mixer sur du reggaeton et ses rythmes très marqués sans couper les chansons, que de passer de la salsa. Chaque DJ veut montrer qu’il sait mixer mieux que son voisin, donc ils font ça sur du reggaeton. Ce qui explique aussi la mode de la musique techno dans certaines boites à Cuba. Mais à mon avis, ce n’est qu’une mode passagère. Dans deux ans la salsa continuera son chemin et le reggaeton se mourra. Après il y aura autre chose, mais il y aura toujours notre salsa. Je ne suis pas inquiet.
* Que penses-tu de l’influence américaine dans le reggaeton ?
Le reggaeton, socialement, c’est une manière qu’ont trouvée les latinos de ressembler aux rappeurs américains : les casquettes, les chaînes en or… C’est la même intention. De plus, les chanteurs ne dansent pas. Si tu regardes les clips, c’est la même chose. Un clip de Daddy Yankee c’est la même chose qu’un clip de Jay-Z : les filles dans la piscines, les grosses voitures… N’oublions pas que Porto Rico appartient aux Etats-Unis (ndlr : Porto Rico est un État libre associé aux États-Unis).
* Penses-tu que la danse influence la musique ?
Oui. J’en suis sûr. A Cuba on dit : as-tu été à la Trocha ? La Trocha c’est le thermomètre musical de Cuba. Quand les musiciens créent une nouvelle chanson. Ils vont jouer à la Trocha, pour tester la réaction du public. Si le public ne danse pas, ne suit pas, c’est que le groupe n’est pas bon. C’est pour ça que je te dis que les musiciens composent les musiques en pensant aux danseurs, et à la façon dont ils vont réagir.
* Qu’est la Timba pour toi ?
Il y a plusieurs courants dans la musique cubaine. Elle est très riche. Le Son, le Changui, la Charanga, la Guaracha,… Tu peux faire un disque avec 70 rythmes différents, parce qu’ils existent dans la musique cubaine. Mais la Timba est la force de la musique cubaine. C’est la terreur de la piste.
* Quels types de morceaux préfères-tu pour tes chorégraphies ?
En couple, Maraca, parce que c’est la vitesse, et que je suis fan de la musique à 500 à l’heure. Mon énergie, mon point fort, c’est la vitesse. Pour mon groupe, c’est la Revé. « Sa-sal-sa-salsa ! Kan kan kan… » (il chantonne l’intro de « Mi Salsa Tiene Sandunga »). Au final, les monstres.
* Mais tu ne prendrais pas une chanson des Van Van par exemple ?
Non, c’est vrai, je ne prendrais pas Van Van. Où est Kiriku ? (ndlr : référence à un de mes (Kiriku) chambrages sur Yanek dansant sur le 5 à Vic sur une chanson de Van Van) Kiriku m’a dit : « tu danses sur le cinq ! ». Oui, en effet, Van Van change le temps de la chanson. Van Van, Pupy, profitent des breaks pour changer les temps. C’est pour ça que je n’utilise pas leurs chansons.
* Que penses-tu du niveau de la danse en France ?
Meilleur que ce que j’espérais. Bien meilleur que je l’imaginais.
Je ne pensais pas que vous seriez aussi radicaux que moi, je pensais que j’étais l’unique radical, et je suis content d’en avoir trouvé d’autres comme moi (rires). (ndlr : le groupe Toulousain et ses invités présents le soir de l’interview sont connus et reconnus dans le milieu pour être des passionnés de musique et de danse cubaines).
Là où le niveau manque, c’est plutôt dans les ruedas. Il n’y a pas seulement de la danse en couple dans les ruedas. Elles manquent de chorégraphies pour passer au niveau supérieur. Il manque des troupes de danse, des groupes qui font des chorégraphies complètes de suelta, de couple, de rueda.
* Penses-tu que la salsa cubaine est une danse dédiée au spectacle ?
Pas à la base. Mais, sans le vouloir, cette danse est un spectacle en elle-même. Quand tu vas à Santiago et que tu vois un homme de 70 ans en train de danser avec le coeur, c’est spectaculaire. C’est le plus beau spectacle que tu peux voir. La danse est une thérapie. A Cuba, quand j’étais plus jeune, j’ai fait une étude sur l’influence du Danzon dans la vie des personnes âgées (nldr : Yanek a fait des études de psychologie). Les personnes âgées de plus de 70 ans ne faisaient plus rien, se sentaient inutiles (ndlr : sous-entendu attendant la fin). Cette étude a mis en évidence que la danse leur permettait de retrouver la joie de vivre, l’allégresse et parfois même l’amour…
* Quels conseils donnerais-tu aux gens qui veulent progresser dans leur danse ?Si vous voulez danser la musique cubaine, il faut connaître la musique cubaine. Premièrement. Il faut être dans la musique. Il n’y a que comme ça qu’on peut la sentir. Autre chose : il faut aller à Cuba. Il faut vivre la salsa de l’intérieur à Cuba.
Il faut aussi se fixer des objectifs. Si tu sais que tu peux faire des choses, mets des objectifs qui sont au-delà de ce que tu penses. Tu sais danser la salsa. C’est bien. Maintenant il faut danser la salsa avec de l’afro. De la salsa en faisant de la rumba. Il faut que tu aies envie de connaître toutes les danses populaires de Cuba. C’est autre chose de connaître la culture cubaine que d’être simplement un danseur de salsa. C’est un autre niveau.
* Quels sont les messages principaux que tu fais passer dans tes cours ?
Que la danse c’est quelque chose de complet. La salsa cubaine ce n’est pas que des passes. Ma guerre est là. Ce que je vois c’est que beaucoup font des passes mais ne bougent pas les pieds. Je veux que les gens ressentent ce qu’ils font. Qu’ils ressentent la joie, l’énergie. Je ne veux pas que les gens soient juste en train d’écouter, mais qu’ils sentent la musique. J’essaie de transmettre ça avec intensité.
* Pourquoi ne viens-tu pas plus souvent, est-ce dur de sortir de Cuba ?
Ça ne dépend ni de moi, ni de Cuba. Ça dépend de l’argent que je n’ai pas. Cuba ne t’empêche pas de venir en France. La fois où je n’ai pas pu venir en France, c’était parce que la France n’a pas voulu me délivrer de visa, pas Cuba. C’est plus facile de dire que c’est de la faute de Cuba. Si tu veux venir en Europe, l’Europe exige que quelqu’un se porte garant de toi, que tu aies une assurance maladie, etc. Parce qu’ils considèrent qu’un Latino est un émigrant potentiel. Pour moi c’est un problème, parce qu’on pourrait faire de grandes choses ensemble. Un exemple : en Russie. En Russie, il y a une ville dans le Sud où j’ai vu une discothèque avec 300 personnes qui dansaient la salsa cubaine. Que de la salsa cubaine. Incroyable. Et pas un seul Cubain ne vit là-bas.
* Et qui y enseigne ?
Les gens de Moscou. En Russie il y a un très bon niveau en salsa cubaine.
* Y-a-t-il quelque chose que tu voudrais rajouter ?
Oui. Je voudrais dire que je veux vivre avec intensité pour que la salsa cubaine, le casino, soit la plus dansée dans la monde, et que tout le monde aime la culture cubaine.
Danser la salsa ce n’est pas quelque chose que tu fais, c’est une manière d’être, une manière de ressentir les choses. C’est ce qui nous a poussé à nous retrouver ici tous ensemble.
C’est ainsi que se conclut la première interview que nous avons l’honneur de vous présenter. Nous avons eu des réponses franches et claires sur toutes nos questions. Sauf pour une qui me (Kiriku) tenait à coeur : « Te gustan las chipolatas » ? Nous ne le saurons jamais…
Vos rédacteurs exclusifs à Toulouse, Le Stagiaire et Kiriku, au nom de la bande citée en début d’interview…
Photos : Baba NGOM.
par Ahinama | Août 18, 2007 | Critiques de CDs

Après un 1er disque passé inaperçu : Andres Revé y el Expreso de Oriente « De Guantanamo a la Habana » (Envidia) a changé de leader… Curieux et rare, n’est-ce-pas?
Andres Revé (famille d’Elio) a effectivement pris une autre « direction » (Melodias del 40) et a été remplacé par un certain bassiste Ernesto I.Sama Curbelo .
1er disque d’El Expreso De OrienteEncore une curiosité, Sama ne joue pas sur le disque, puisque le bassiste annoncé est Pedro Pablo Gutierrez (ex-Charanga Habanera et Forever, actuel leader de son groupe)…Il est en fait cité comme directeur musical et arrangeur.
Un Pedro Pablo qui remplace le très célèbre Arnaldo Jimenez (ex-Elio Revé) présent sur le 1er album…Vous me suivez ?! Quel embroglio n’est-ce pas ? Mais peu importe, car le résultat est conséquent !
Et lorsque Luis Dominguez, producteur de ce disque, affirme que l’esprit de la musique d’el Expreso est resté pratiquement intact, le « pratiquement » a son importance…!! Le 1er disque avait une sonorité que l’on pourrait qualifier de plus traditionnelle et pourtant déjà bien pêchue…Mais cet opus est un savant cocktail de Changüi et de Timba, plus moderne qui plaira à tous les amoureux du genre…
Luis Dominguez ne le cache pas, ce disque se situe entre les sonorités des Van Van et d’Elio Revé. Et pour ce faire, quoi de mieux que de prendre des musiciens et chanteurs qui en font ou en ont fait partie ? Et pas n’importe lesquels… Tant qu’à faire prenons le symbole vocal avec Pascual Matos aka « El Sinsonte » et le symbole du trombone si important chez Revé et chez Van Van : Ulises Benavides.
Javier Rodriguez « Chocolate » à la voix rauque merveilleuse et « El Sinsonte » au timbre si charismatique font un travail remarquable vocalement. Sinsonte qu’on entend rarement chanter aussi bas, est exceptionnel. Chocolate fait penser indubitablement à certains moments à Pedro Calvo et ce n’est pas pour me déplaire !!!
Roberto Morales n’est pas en reste : sa voix me plaît particulièrement , un timbre pas commun dans lequel il donne une énergie impressionnante !
Je serai plus sur la réserve quant à la voix d’Eduardo Boloy invité à reprendre deux titres mais chantés précédemment, et de bien meilleure facture…! Alors où est l’intérêt ? Sans aucun doute des arrangements entre musiciens que nous ne connaissons pas…
Les orchestrations de
Lazaro Rozabal (tromboniste) et de
Sama sont absolument parfaites.
La couleur des trombones associée aux violons et flûte sont d’une efficacité fracassante, comme notamment par exemple dans le morceau exceptionnel qui ouvre l’album : « Guarachando ».
La basse magnifique de Pedro Pablo Gutierrez est excellement appuyée par le bon tumbao de Mayito Rosabal et la section de percussions…
Quant aux choeurs si importants chez Elio Revé, ils sont ici également soignés.
Sur le répertoire des chansons, se détachent évidemment quelques morceaux…
La reprise de «
Se sigue comentando » est efficace, le travail d’El Sinsonte est différent de celui figurant sur l’album d’Elio Revé. Je garde cependant ma préférence pour la version d’origine…
Mais la reprise de « Las Manos en la masa » apporte elle une fraîcheur sur les arrangements (même si j’avoue préférer la voix de Dagoberto et l’intervention d’Elio Revé Jr!).
« Guarachando » et « Mi Gallo » sont des pures merveilles à tous les niveaux et je peux oser dire qu’elles resteront longtemps dans ma play-list…
Mais la grande curiosité reste pour moi « El Repartero de la Habana », un morceau hors normes, rythmiquement cela sonne comme le Sur Caribe des grands jours. Une voix à la rupture del « Chocolate » de la Salsa, avec des choeurs exceptionnels, un changement de gamme au milieu de la chanson très gonflé, et une section de cuivres obsédante. Ce morceau est originellement composé et joué par Lisandro y su Tratado. Lisandro Alfredo Arias Baro appartenait à la Banda Meteoro très reconnue dans les années 80 et vit désormais à New-York. Il a un répertoire très changüi et ses chansons sont de pures merveilles, malheureusement pas encore enregistrées. Et n’en déplaise à qui que ce soit, Lisandro n’a pas été contacté pour la reprise de ce morceau…!! Vraiment regrettable…Rendons aujourd’hui à César…
Lisandro Alfredo Arias Baro En résumé un disque surprise et choc qu’il ne vous faut pas rater si vous êtes amateur de sonorités de la Revé ou des vieux Van Van… On attend avec impatience la suite…
Chansons :
1/ Guarachando
2/ Tengo una situacion
3/ El Repartero de la Habana
4/ Si te caigo mal
5/ Yo no sé que me pasa
6/ Son para un chabacano
7/ Se sigue comentando
8/ Tremendo tiempo
9/ Mi gallo
10/ Las manos en la masa
Extra tracks:
11/ Guarachando
12/ Mi gallo
13/ Tengo una situacion
Musiciens : entre parenthèses, les enregistrements sur lesquels figurent ces stars !
Mayito Rosabal : Piano (José Miguel)
Pedro Pablo Gutierrez : Basse (ex CH, CF, actuel Pedro Pablo y la Rebambaramba)
Jorge Felix Bravo : Timbales (ex Yumuri)
Gustavo Benavides : Congas
Carlos Amores : Guïro et Maracas (ex Pedrito Calvo, Tirso Duarte, Orlando Canto, Arnaldo y la Cosmopolita, Habana Express etc…)
Oswaldo Huerta : Bongos (ex Lusson y Lusson, Michel Maza, Tirso Duarte, Orlando Canto, Maikel Blanco, Habana Express, Habana Power Band etc…)
Lazaro Rosabal : Trombone (José Miguel, Son 14)
Ulises Benavides : Trombone (Elio Revé Jr, Maikel Blanco, Tirso Duarte, Michel Maza, Sur Caribe etc…)
Ronny Cabarrocas : Violon (Machado y sus estrellas…)
Edward Marzan : Violon (Machado y sus estrellas…)
J.J. Oliveros : Flûte (Machado y sus estrellas, Habana Express, Charanga Rubalcaba…)
Javier « Chocolate » Rodriguez : chanteur (1, 2, 3, 5) (Sur Caribe)
Pascual « El Sinsonte » Matos : chanteur (1, 6, 7, 9, 10,11) (Elio Revé, Soneros All Stars, Havana City, El Zorro, etc…)
Roberto « Robertico » Morales (4 ,8) ex- Angel Bonne, Nelson Manuel y Elio Revé
Eduardo « El Bolo » Boloy (12, 13)
Michel Perez : Choeurs
(Charanga Forever, Pedro Pablo)Barbarito Lopez : Choeurs (Maikel Blanco, Orlando Canto, Tirso Duarte, Donaldo Flores, Michel Maza, etc…)
José Lusson : Choeurs (Arnaldo y la Cosmopolita, Maikel Blanco, Pedro Calvo, Orlando Canto, Michel Maza, etc…)
par Ahinama | Juin 20, 2007 | Critiques de CDs

L’arrivée d’un nouvel album de celui qu’on surnomme El Chevere de la salsa
méritait forcément un article dans nos colonnes .
Mais sans pour autant dévoiler un verdict couru d’avance, l’exceptionnelle teneur de ce nouvel opus méritait bien mieux qu’une seule chronique !
C’est pourquoi nous avons décidés de vous livrer , Jack et moi-même, non pas un, mais deux articles pour célébrer cet artiste que nous affectionnons tout particulièrement et qui a une place à part dans le paysage musical cubain .
Mais avant de parcourir ce nouvel album, un petit rappel s’impose pour les lecteurs qui auraient ratés certains épisodes et que nous avions déjà évoqués dans le forum de Fiesta Cubana .
Fin 2006: Alors que des rumeurs circulaient ici et là sur la sortie d’un nouvel album d’Issac ainsi qu’une tournée en Europe prévue pour l’été 2007, une autre rumeur , moins artistique , évoquait son hypothétique exil de Cuba pour les US .
Et cette rumeur s’est rapidement confirmée ,avec dans la foulée l’annonce d’un nouvel album sous la houlette de Sergio George, grand manitou des studios et productions salsa US ( DLG, Victor Manuelle, etc…) ce qui a bien sûr interpellé et inquiété un certain nombre d’Issac addict… (pas vraiment en fait..).
Et voici donc que débarque cette nouvelle et très attendue production du maitre du swing vocal cubain pour laquelle j’ouvre le bal des mots.
En primera plana, vu par Timbalero
– Sir George:
Bon Issac, je te propose un deal.
– Issac :
Vas y , je t’écoute.
– Sir George:
Voilà, je produis ton album si en contre partie tu acceptes de pousser la chansonnette avec Victor Manuelle sur un titre et avec Fragancia sur un autre.– Issac:
Je n’ai pas vraiment le choix, si ? – Sir George:
C’est dans ton intérêt, crois moi . Pour le reste de l’album tu as carte blanche.– Issac:
Ok, va pour placer un ou deux « Chevere » aux cotés de Victor. Voici une libre interprétation personnelle des échanges totalement imaginaires à l’origine de ce projet et de cette collaboration peu commune entre le timbero-salsero-rumbero Issac Delgado et le producteur inspiré Sergio George.
Et c’est donc avec cette collaboration et ce titre avec Victor Manuelle ; « La mujer que mas te duele », que démarre cet album.
Ce titre fonctionne parfaitement dans le registre salsa romantica et aurait pu tout aussi bien figurer sur un album del Sonero de la Juventud .
La référence au décès de la mère d’Issac ne fait aucun doute même si elle n’est pas clairement exprimée dans le texte. A propos de ce décès , dans les notes de l’album, Issac déclare : « Con el permiso de todos, en homenaje posturno a mi madre »…, Issac reste humble et n’impose rien, pas même sa peine…
Mais c’est sur le deuxième titre que les choses se gâtent sérieusement avec l’arrivée du « Medley » que je qualifierai de rappel biographique musical , rappel d’une déjà longue carrière.
Quelques notes de saxo et ce sont les premières mesures délicieuses de « Necesito un amiga » ( 1990 : « En la calle » ), un morceau essentiel de la carrière d’Issac, lorsqu’il démarrait avec NG la Banda, à l’époque où José Luis Cortès consolidait les bases de la Timba.
Viens ensuite « Que te pasa loco » (1993 : Con Ganas), titre composé par José Luis Cortés lui même et qui n’a pris aucune ride (qui reste d’ailleurs un de mes titres fétiches d’Issac).
Puis à 3 :20, le ciel vous tombe littéralement sur la tête sous une pluie battante de cuivres avec l’arrivée de « No me mires a los ojos » , titre composé par Giraldo Piloto (leader de Klimax) et où le pianiste et fils prodigue Issac Delgado Jr reproduit fidèlement le tumbao originel d’Ivan Melon.

Ce titre sera d’ailleurs la valeur sûre de ses concerts , durant lesquels se mesure pleinement l’exigence , la rigueur musicale et la générosité de ce « crooner » à la sauce cubaine.
Et pour couronner le tout, un second break introduit « La formula », son hit de l’an 2000 qui termine ce medley euphorisant sur un nouveau coro :
Que no hay ma‘ na’, lo dice la farandula !
Chapitre 3 : « Soñé / La campaña »
Les deux titres du groupe de reggaeton cubain Gente d’Zona sont compactés et présentés ici sous leur format salsa façon Sergio George .
Issac qui swingue, épaulé par des breaks réglés au millimètre, des coros puissants et Fragancia (ex-DLG) qui délivre ici la juste dose de reggaeton, font de ce morceau le plus dancefloor de l’album et fera sans aucun doute les beaux jours des pistes de France, de Navarre, et d’ailleurs (et d’Alsace bien entendu !)
Ay por Dios, ay por Dios, si a la niña le gustan los feos no digan que no.
« Cemento, Ladrillo y Arena » :
Issac , on le sait , est attaché à la musique cubaine , à toutes les musiques cubaines ,et il le prouve une fois de plus avec ce « son- cha », prétexte musical pour réunir trois artistes de 1ère classe dans une succession de solos :
– l’immense Cachao à la basse ,
– le piano jazzy de Gonzalo Rubalcaba ( fidèle compagnon musical des premières heures : Son de Cuba a Puerto Rico sur l’album Con Ganas, c’était lui !! ) ,
– et encore une belle démonstration du maitre conguero Giovanni Hidalgo ( le portoricain aux 8 bras tellement il est veloce le bougre !! ).
Plus qu’un morceau All Stars inutile et opportuniste, ce titre confirme une fois de plus combien Issac met en valeur les musiciens qui l’accompagnent et le résultat est tout simplement parfait, le tout une fois de plus mis en avant par une production impeccable .
Et on repart de plus belle en trombe (-one, ou plutôt en trompettes ) avec « Vengo Venenoso » , où Issac va encore une fois chercher une mélodie qui vous secoue les tripes sans vous lâcher une seule seconde.
Cette mélodie, cette voix, sur les premières mesures sont encore une fois à tomber par terre :
Sin saber no sé por qué te encuentro ahora
No sé por qué, tù te cruzaste en mi camino
Es un peligro este querer, no es una broma
Que son tus besos lo mejor que he conocido
Mais la cerise sur le gâteau apparait à 1mn40, quand débarque par surprise un passage rumba jubilatoire .
Cette touche guaguanco est légère mais suffit à donner à ce titre sa légitimité musicale, son authenticité et à nous rassurer une fois de plus sur la projection artistique d’El Chevere, restée intacte au-delà des étiquettes ,des frontières ou des contraintes de marché.
Quelque soit son pays de résidence, Issac reste rumbero.
Alors quoi de plus normal que de finir sur un rythme 6/8 :
Este año yo vengo acabando .
A ti te canto esta rumba oyé !!
Porqué tengo un swing sabroso ! ( C’est Issac qui parle le mieux d’Issac ).
« Paquito Va »: arrêt sur image.
Sans doute le titre le plus impliqué de cet album, le seul d’ailleurs qu’il ait co-écrit .
Il règne un parfum de Ruben Blades sur ce titre, que ce soit dans sa structure musicale, métissée autour de la Murga , de la Cumbia et de la Salsa que dans les textes.
On y perçoit cette même joyeuse-mélancolie pour rendre hommage au peuple latino d’où qu’il soit et surtout où qu’il aille.
On peut s’interroger sur la volonté d’Issac sur ce titre de parler de son propre exil, à mots couverts et avec la pudeur qu’on lui connait .
Paquito est Issac. Issac est Paquito…
« No lo defiendo pero es verdad,
la gente sufre con lo que él goza.
Es que él no puede hacer otra cosa
y eso a la gente no le hace mal.
Por eso quiero reflexionar,
siempre es de sabios encontrar razones,
lo ves en fiestas y vacilones, pero tambien lo ves trabajar.
Et malgré cette déchirure (c’est ainsi qu’il décrit son départ de Cuba), Paquito va con alegria, Issac peut avancer malgré tout , en restant un hermano latino, humilde y trabajador .
Et bien qu’il rende hommage aux pays d’ amérique latine en fin de morceau ,c’est bien sur un « CUBA » lâché avec force qu’il termine ce titre sublime.
« En primera plana » :
Sans aucun doute pour moi, LE titre de cet album (ça tombe bien c’est le cas justement ! ).
Encore un morceau pour rassurer les fidèles, c’est du pur Delgado, un départ en douceur, cette voix (et quelle voix nom d’un chauve !!) qui vous emporte dans les hauteurs mais derrière, et sans prévenir, s’installe la rythmique qui va faire décoller le morceau, cette même force tranquille que l’on retrouve chez Manolin El Medico de la salsa . De l’orfèvrerie musicale je vous dis !!!!
Et tout ça, ammené d’un simple mais grisant « Dale Candela ».
Et les textes, comme sur l’ensemble de l’album, sont d’une justesse exemplaire.
Y en el amor como en la ruleta, jugaste al rojo, y te salio el negro .
Tu no eres, noticia de primera plana.
Porqué te fuiste, yo no, yo me quede, guarachando ( Esprit de Manolin y es-tu ?)
« De 2 a 3 » :
Encore un titre Delgadesque, encore une mélodie tranquille, lègère, qui accompagne un crescendo rythmique et des coros qui claquent avec précision !
60 minutos de ilusion, siempre de 2 a 3.
Issac revient avec ses soneos , avec aisance , sans forcer, et donne cette impression qu’il pourrait donner la réplique pendant des heures à son orchestre de pointures.
C’est d’ailleurs encore une fois sur scène qu’il montre cette capacité d’improvisation , quand il emmène des morceaux de 15 minutes avec l’agilité d’une plume sur un rhinocéros lancé à 60 km/h !!!
« Deja esa gente » :
Nous venons à peine de quitter Issac et son 5 à 7 de 2 à 3 musical , que démarre sur les chapeaux de roue , le titre le plus « salsa » de l’album avec une fois de plus cette confrontation habile entre une rythmique soutenue et Issac qui pose ses vers en douceurs, juste ce qu’il faut et au moment où il faut pour succiter l’oreille, pour titiller notre système cardio-vasculaire , pour rester d’autant plus accrocher à sa voix de velours.
Le feu et la glace !
Déjalo, déjalo asi, deja a esa gente, y quiéreme a mi.
« Como se baila se toca »:
Alors, question subsidiaire : Comment terminer un album comme celui là , déjà chargé en morceaux sublimes sans en faire un album salsa trop commercial ,au sens péjoratif du terme…?
…Et bien Issac a une fois de plus trouvé la juste voie (et quelle voix !) , un changuï traditionnel , pour revenir aux fondamentaux et comme pour nous rappeler une fois de plus ce qui pourrait caractériser son travail depuis toutes ces années :
la vérité est dans le mélange ( salsa vous dites ?) , mélange des traditions, des rythmes, mais aussi et surtout mélange des origines sans jamais renier sa cubania !
Et c’est en fade-out , progressivement , que termine ce « como se baila se toca » ,… como se toca se baila….comme si Issac et ses musiciens quittaient tout à coup le studio pour aller jouer dans la rue ….en la calle….et nous laisse avec cette impression d’avoir écouté un seul titre au lieu de 10…
Et c’est à ce moment là que vous êtes pris d’un réflexe humain et normal, appelé le syndrôme du « je n’ai pas bien tout entendu , j’en veux encore » qui consiste à remettre aussitôt le début de l’album.
Soyez rassurés , ce syndrôme est bon pour votre organisme et vous êtes au contraire invités à le transmettre autour de vous.
Mais…vous aller me dire…tu nous bassines avec la qualité musicale de cet album sans parler des musiciens justement, ce n’est pas un peu léger comme approche ?!
Sommes-nous sur le site www.fiestacubana-light.net ??
Pas de panique mes amis, j’y viens justement car ces musiciens méritaient un focus tout particulier .
On démarre par Sergio George , pianiste, arrangeur, producteur , j’en passe et des meilleurs. La garantie d’une production irréprochable, qu’on aime ou qu’on n’aime pas les artistes qu’il produit.
Isaac Delgado Jr : pianiste, fils du père et qui accompagne papa déjà depuis quelques années , notamment sur scène.
Gonzalo Rubalcaba : pianiste , jazzman et compagnon de route d’Issac depuis ses débuts.
Osmani Paredes : Autre pianiste de latin-jazz. Solo sur Como se baila se toca
Alaín Pérez : Bassiste, arrangeur, également timbalero sur le changuï final.
Il est le « son » d’Issac depuis « la primera noche ».
Israel López « Cachao »: la légende de la basse revient ici avec son archer pour un solo sur « Cemento, Ladrillo y Arena »
Dennys Savon alias Papacho : conguero déjà présent sur La formula et également sur le projet solo de Mayito « Llego la hora » (le solo de Negrito Bailador c’était lui ).
Giovanni Hidalgo: maitre des congas estampillé Puerto rico, qu’on ne présente plus également.
Les cuivres :
Dante Vargas, Michael Mossman : trompettes
Alberto Barros: trombones
Felipe Lamoglia, Javier Olivencia: sax
Ahmed Barroso Jr : tres
Et je termine par ceux qui , selon moi, réalisent un travail énorme sur cet album et qui sont pour beaucoup dans la réussite de cet album:
Les chœurs :
Guianko Gómez, Kevin Ceballo, Issac Delgado Jr : énorme travail de ces trois choristes qui font littéralement décoller les morceaux et donnent parfaitement la réplique à Issac.
On connaissait déjà bien sur les talents en solo de Kevin Ceballo mais là avec ce trio de choc …c’est un régal…
Et enfin…et sans bien entendu dénigrer le travail des autres musiciens responsable de la qualité de l’album…je vous prie de bien vouloir faire un triomphe pour Monsieur Percussion , énormissime timbalero devant l’éternel , en provenance directe du Vénézuela et véritable requin de studio , présent sur un nombre incalculable d’albums de ces 15 dernières années (et bien entendu sur Con Ganas d’Issac)….j’ai nommé…LUIS QUINTERO !
La précision dans le jeu par excellence !!
Un seul regret : l’absence d’un vrai solo mais bon, là je ne serais plus là pour vous en parler si ça avait été le cas !!
Issac est à un artiste à part entière, je le disais en préambule, et c’est un immense cadeau qu’il nous fait là.
Sa voix, sa générosité et sa rigueur musical sont restées intactes voir accrues par cet exil ( libérateur ? )
Il ne nous reste plus qu’à attendre de pied ferme l’annonce d’une tournée européenne .
Soyez donc rassurés, ISSAC DELGADO n’a perdu ni sa « formula », ni sa cubania et reste malgré les 90 miles qui le séparent de CUBA…
….El CHEVERE DE LA SALSA…et il n’a pas fini de nous enchanter de sa voix bienveillante.
Sa mère peut être fière de son crooner de fils…(que descanse en paz )
Issac, tu eres noticia de primera plana !
En primera plana, vu par Jack el Calvo
1/ Le contexte :
La nouvelle de l’exil d’Issac à Miami en décembre 2006 avait été (comme beaucoup d’autres exils) un choc… «Quoi ? Issac à Miami ?! Oh non!» Derrière ces mots la crainte de perdre artistiquement un des acteurs majeurs et adulés de la scène cubaine… Que nenni !!!!!
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la fidélité d’Issac à sa musique.
– Tout d’abord, ce n’est pas la première fois qu’Issac enregistre sous l’hégémonie latino aux USA. En effet en 1995, Issac signe avec le producteur vedette du moment Ralph Mercado et fait une grande tournée aux USA.
S’ensuit le fameux « Otra Idea » sous RMM en 1997 puis « Primera noche » en 1998 avant de rentrer finalement à Cuba… Ces productions avaient connu un vif succès et finalement ne décevant pas son public…
– Et comme de fait exprès, il est ici co-produit par un ex producteur de la RMM et ancien proche de Ralph Mercado : le grand pianiste et producteur qu’est Sergio George… On l’aime ou on ne l’aime pas mais ce musico-producteur est un véritable découvreur de talents : D.LG., Frankie Negron, Victor Manuelle, La India (découverte à partager avec Eddie Palmieri!) et les premiers excellents disques de Marc Anthony. Un courant novateur et d’air frais à l’époque…
Un courant que Sergio George nomme « Nueva Generacion ». Novateur par sa sonorité très moderne, ses arrangements particuliers et l’introduction pour la première fois du ragga. Le label Sergio George est alors une garantie d’une qualité de son, de respect de l’artiste et de la mise en avant de ses forces…
– Puis aussi parce que comme il le dit si bien dans son édito, Miami n’est que « el norte de la Habana » !!!! Il y retrouve donc une marmite bouillonnante de musiciens cubains plus talentueux les uns que les autres : l’immense Cachao qu’on en présente plus; le génie pianistique de ses premiers disques et un ami de toujours qui l’a aidé depuis le début de sa carrière : Gonzalo Rubalcaba !!! Et enfin son conguero parti avant lui (en précurseur ?!) à Miami, Papacho !
– Et enfin dernière raison : Issac est depuis ses débuts (après son départ de chez NG la Banda) d’enregistrements solo, fidèle à une sonorité, à une qualité qui n’a jamais trompé son public. Pourquoi commencer maintenant ?!! .
Issac est la garantie d’une qualité d’interprétations et de compositions…

2/ Le disque :
Issac et Sergio George ont-ils eu un accord secret ? Sergio place deux de « ses artistes » en échange d’une co-production : Victor Manuelle et Fragrancia?! Le nom de Gilberto Santa Rosa avait même circulé…
Et c’est donc ainsi que le disque commence : « La mujer que mas te duele » (Jorge Luis Piloto- Yoel Henriquez) en duo avec Victor Manuelle. Et comme un fait exprès, ce morceau commence avec la voix seule d’Issac… « Oui c’est bien moi qui revient… » Cette chanson est troublante à plusieurs points.
La sonorité du morceau ne trahit pas Issac mais sonne également typiquement Sergio George par les breaks, les arrangements des cuivres et les choeurs. Cette chanson trouble aussi car il faut quand même tendre l’oreille au départ pour se rendre compte que Victor Manuelle commence à chanter…!!
Il me semble qu’il tente de calquer à la voix d’Issac (sans jamais y parvenir…). Ce morceau co-signé par l’incontournable Jorge Luis Piloto (quelle usine à morceaux !!!!) sera ou est déjà pour sûr un tube dans le monde latino…
Puis c’est le moment pour lui d’affirmer aux cubains que son passé n’est pas que du passé mais bien encore présent et futur… Le « Medley » de 4 parmi ses plus belles chansons sont réarrangées par Alain Perez et avec au piano son fils Issac Jr. !
Cela commence par le sublime « Necesito una amiga » (interprétée par Issac à l’époque où il faisait partie d’NG la Banda) avec une intro très belle dans un style smooth jazz saxophone à l’appui et qui prend toute son ampleur dès que la voix d’Issac commence avec « La historia que vivimos… ».
Puis on appréciera la transition avec « Que pasa loco » écrite par… José Luis Cortes (NG La Banda)!! Un des grands tubes d’Issac dont l’esprit est totalement gardé intact. Et que dire de l’autre transition qui me fait vibrer dès qu’elle retentit ?
Une plage de synthé « agressive » pour annoncer une des chansons qu’Issac affectionne particulièrement puisque chaque fois que j’ai pu le voir en concert il l’interprétait… « No me mires a los ojos » composée par son ami et leader actuel de Klimax, Giraldo Piloto, rencontré chez NG la Banda…
Le lien est encore présent !! Puis il termine par son propre morceau « La Formula », réarrangée, modifiée, comme s’il nous transmettait que justement la formule, il l’a toujours…!!
Mais quel plaisir d’entendre ces morceaux raffraîchis même si forcément on trouve que le traitement de chaque thème est trop court !
« Soñé/La campana » : voilà un titre typiquement dans l’esprit de Sergio George. Les morceaux de reggaeton à l’origine « chantés » par le groupe phare actuellement à Cuba, Gente D’Zona.
L’introduction est un réchauffé de D.L.G., mais juste après la rythmique salsa et la voix d’Issac reprennent le dessus ! Fragrancia vient donc ici rapper et les breaks avec le piano sont typiquement ce que l’on peut retrouver par exemple chez Victor Manuelle, ainsi que les arrangements des trombones et des trompettes présents dans toutes les productions de Sergio George…
Pour la première fois, Issac intègre dans ses disques du reggaeton. Un titre très commercial encore une fois formaté idéalement pour fonctionner dans l’intégralité du marché latino…
Le morceau suivant est LE morceau all-stars. En effet « Cemento, ladrillo y arena » (José Antonio Mendez/Andres Echevarria) regroupe l’immense « maestro » contrebassiste Cachao (Cemento!), le grand pianiste Gonzalo Rubalcaba (Ladrillo!) (je conseille d’ailleurs aux amoureux de jazz, son disque solo « Solo » de 2006, magnifique de raffinement et de toucher, disponible chez Blue Note) et le non moins talentueux conguero et élève du grand cubain Changuito : Giovanni Hidalgo (Arena!). (anecdote : Issac lâche un « Aouh » en le présentant qui est le cri de guerre du cubain conguero Tata Güines !).
Chacun y va de son solo et fait de ce morceau un moment de pur bonheur musical. Gonzalo y fait un travail énormissime de raffinement et de travail sur le contretemps…
Cette chanson descarga chachacha est une reprise du guitariste José Antonio Mendez (1927-1989). Là encore Issac affirme haut et fort ses racines…et lâche à la fin lorsque le son baisse « Pa’ la gente de la Habana » !
« Vengo venenoso » est une reprise du grand guitariste compositeur chanteur ex-pilier de Ketama (groupe espagnol) Antonio Carmona. C’est pour moi un excellent titre dont la mélodie nostalgique convient parfaitement à la voix d’Issac. Il y inclut des passages de rumba qui enrichissent la structure musicale du morceau. C’est un très beau morceau…
Mais que dire du suivant ? Obsédant… L’introduction est obsédante et d’une grande beauté. « Paquito va » (Hiram Sanchez/Issac Delgado), seul morceau de l’album co-écrit par Issac est sans aucun une de mes chansons préférées de cet opus.
Une forme de cumbia de Colombie ? De murga de Panama ? Une bomba de Puerto Rico ? Peu importe, ce morceau finit en salsa et peu importe car c’est finalement l’idée, le thème de la chanson : « Paquito va pa’donde quiera !! Pa’ donde quiera que haya un bembé ! Pa’ donde quiere que haya una fiesta!!! »
C’est pour moi le meilleur titre par sa conception et par ses inspirations : comment ne pas penser à Willie Colon, à Ruben Blades et même à Willy Chirino… Et surtout, comment ne pas penser au titre « la Vida es un Carnaval » rendu célèbre par sa tante d’adoption Celia Cruz !!!
Cette dernière avait en effet pour habitude de l’appeler « mi sobrino » (mon neveu)… Et pour Issac, il est normal aujourd’hui de rendre hommage à une artiste et à un être humain (disparu le 16 juillet 2003) qui est pourtant en train de changer le cours de sa vie… Et puis comment ne pas avoir comme Issac la gorge nouée lorsqu’après réciter tous les pays d’Amérique Latine, il lâche un Cuba rempli d’émotions ??!!
« En primera plana » (Gradelio Perez Romero/Alain Perez) qui sert de nom à l’album est un morceau dans la pure lignée des vieux morceaux d’Issac Delgado. Et voilà certainement aussi pourquoi il est mon favori également de l’album…
La présence de Gonzalo Rubalcaba ne fait qu ‘accentuer cette sensation. Le refrain est un pur bonheur et Alain Perez fait à la basse un travail remarquable. Le final avec Issac chantant avec les percussions… Ay mama !!!!!!!! N’oublions pas le clin d’oeil à son ami d’exil Manolin el Medico de la Salsa « Y si te fuiste… »!!
« De 2 a 3 » (Gradelio Perez Romero/Alain Perez): idem que le précédent : tous les ingrédients de la vieille formula d’Issac sont bien encore présents : choeurs, breaks, arrangements cuivres, mélodie… Il saupoudre de références cubaines « Sabrosona » de La Aragon et « Eso que anda » de los Van Van. Très beau morceau qui me laisse cependant sur ma faim : 3’15 !!! C’est court !!!
« Deja esa gente » (Gradelio Perez Romero/Alain Perez): morceau énergique superbe. De l’orfèvre… Les mambos des cuivres est magnifiquement bien écrit.
Issac finit par un changüi traditionnel : « Como se baila, se toca » (Marcelino Ruiz Hipolito). Voilà une grande première pour Issac !! Au tres, le fameux Ahmed Barroso (admirable à la guitare électrique sur les enregistrements des Van Van et de Manolin live à Miami), au piano un solo magnifique de Osmany Paredes et aux Congas un duo Giovanni Hidalgo et son conguero Papacho.
Le Kaleidoscope musical d’Issac prend ainsi fin jusqu’à la prochaine production…
Un hommage au grand Alain Pérez qui est à la co-production (et quelle production mes amis… !), à la basse et a composé trois morceaux. (Alain Pérez, « la Sandunguita », c’est aussi lui qui l’a écrite..)
Et n’oublions pas de citer l’un des deux frères percussionnistes vénézuéliens Luis Quintero (déjà présent sur « Con ganas » de 1992 et sur « Prohibido »), qui a joué avec les plus grosses pointures : Oscar D’ Leon, Tito Puente, Celia Cruz, Eddie Palmieri, Ray Barretto, Cachao, Gato Barbieri, Marc Anthony, Gonzalo Rubalcaba, La India.
Je concluerai en affirmant que ce disque est sans aucun doute l’un de ses plus complets et accomplis à ce jour. Que la production , ce dont souffre la plupart des artistes cubains fait plaisir tant elle est propre et soignée.
Je dirai aussi que cet exil est bon pour lui comme pour nous, car avec un tel disque Issac va pouvoir rayonner de plus belle et de manière plus intense…
Issac a toujours été un événement à part entière et ses disques sont des diamants à stocker dans le coffre de son coeur et de son âme…
Ahora Issac va a ser noticia de primera plana !!!!
ISSAC DELGADO : En Primera Plana (La Calle Records: 2007)1. La Mujer Que Mas Te Duele
2. Medley
3. Sone/ La Campana
4. Cemento, Ladrillo Y Arena
5. Vengo Venenoso
6. Paquito Va
7. En Primera Plana
8. De 2 A 3
9. Deja Esa Gente
10. Como Se Toca Se Baila
Crédits photos :
Photos par Indochino (1) et Dannyrose (2)
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