par Ahinama | Fév 25, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Rigoberto Lopez, Cuba, 1997, environ 100 minutes
Ce film réalisé à l’initiative d’Issac Delgado nous présente une vision cubaine des origines de la Salsa, avec le célèbre chanteur dans le rôle du meneur de jeu. L’enracinement de la Salsa dans le Son, ainsi que le rôle fondamental des musiciens cubains dans la genèse de ce style musical – de Benny Moré et Perez Prado à Celia Cruz en passant par Mario Bauza, Machito et Chano Pozo – sont mis en lumière à travers un ensemble très riche et bien rythmé d’images d’archives, d‘entretiens et de commentaires dits par El chevere de la Salsa.
Parmi les orchestres historiques que le film nous permet d’apprécier, on peut citer le Trio Matamoros, le Septeto de Ignacio Piñeiro, les orchestres d’Arsenio Rodríguez, Benny Moré, Félix Chappotin, Pérez Prado, Dizzy Gillespie, Machito, Tito Puente et Tito Rodríguez, ou encore la Sonora Matancera. Et parmi les artistes plus récents, on reconnait Eddie Palmieri, Larry Harlow, Oscar D’León, Andy Montañez, la Sonora Ponceña, El Gran Combo de Puerto Rico, Los Van Van, Isaac Delgado…
Les témoignages de nombreux acteurs majeurs – entre lesquels se détachent les figures de Eddie Palmieri, Johnny Pacheco, Tito Puente, Celia Cruz et Oscar d’Léon – sont également mis à contribution pour nous conter l’histoire du genre tout en illustrant l’un des leit-motive du film : la Salsa n’est qu’un terme commercial inventé aux Etats-Unis pour promouvoir sur le marché international différentes expressions modernisées des musiques populaires caraïbes et notamment cubaine. Parallèlement à la description de la scène New-Yorkaise, de longs développements sont consacrés aux évolutions de la musique cubaine au cours des années 1960 et 1970, avec la création des groupes Irakere puis Van Van, qui prépare l’explosion de la timba contemporaine.
Ce discours subtilement revendicatif réduit quelque peu le rôle de la scène New-Yorkaise à sa dimension commerciale, en sous-estimant la valeur proprement artistique du processus de métissage et d’innovation dont elle a constitué le creuset. Mais, s’appuyant sur un corpus documentaire et analytique de grande qualité, Yo Soy permet aussi de replacer la genèse de la Salsa dans un contexte plus large, celui de l’évolution d’ensemble de la musique caraïbe aux cours de la seconde moitié du XXème siècle. Le film constitue de ce fait une œuvreincontournable pour les amateurs de ce genre musical.
Fabrice Hatem
Pour visionner ce documentaire : http://www.youtube.com/watch?v=f4420xqy5Zo
A noter qu’un album de 36 titres, reprenant les principaux thèmes musicaux du documentaire, a également été réalisé. Pour plus d’informations : http://www.artistdirect.com/nad/store/artist/album/0,,305859,00.html
par Ahinama | Fév 25, 2013 | Culture populaire cubaine
Documentaire d’Oscar Valdés, Cuba, 1978, 20 minutes (extraits ?)
J’ai hésité à faire figurer ce documentaire – ou plutôt ces trois extraits dénichés sur internet – dans ma liste de films favoris sur la culture populaire cubaine. En effet, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de la version complète – ou, plus exactement, je suis presque certain que ce n’est pas le cas. Cependant, ces trois segments d’une durée totale de vingt minutes sont d’une telle qualité que je me suis finalement décidé à les intégrer dans ma sélection.
Qualité, d’abord des images de danse, qu’il s’agisse de groupes artistiques de premier plan (Conjunto folklorico nacional, Munequitos de Matanzas, Grupo Patakin, Columbia del Puerto de Cárdenas…) ou de simples afficionados filmés dans la cour de leur solar, dans la rue, dans une gare routière…
Qualité aussi des commentaires, enrichis par les témoignages d’artistes populaires, comme Saldiguera Machaco ou Florencio Calle, expliquant de manière très claire les origines de cette danse. Celle-ci, quoiqu’originellement surtout pratiquée par les Noirs dans les zones rurales et les périphéries urbaines pauvres, provient en fait d’un métissage complexe entre apports espagnols (Flamenco…) et africains (Yuka, danse de la fertilité des peuples Congos).
Les caractéristiques des différentes formes de rumba – Yambu, Guaguanco (danse de séduction et de possession sexuelle interprétée en couples), Colombia (parade guerrière interprétée par des danseurs solistes) sont également bien distinguées. Un passage est consacré aux Coros de guanguanco, groupes musicaux directement héritiers de traditions africaines.
Bref, il s’agit d’un documentaire très intéressant en l’état malgré de très probables mutilations, qui insiste sur le rôle central de la Rumba – la Rumba authentique s’entend, et non sa déformation de cabaret, commerciale et galvaudée, dixit le commentateuir – dans l’identité et la manière d’être des cubains.
Fabrice Hatem
Pour visionner des extraits de ce documentaire : http://www.youtube.com/watch?v=YDkIE6PG2Eg
par Ahinama | Fév 25, 2013 | Culture populaire cubaine
Une (trop) brève histoire de la musique cubaine
A l’occasion de mes voyages successifs à Cuba, j’étais bien décidé à approfondir ma connaissance des danses locales, non seulement en les pratiquant sur les pistes, mais également à travers une démarche plus intellectuelle visant à comprendre les filiations complexes qui relient la Salsa à des formes d’expression plus anciennes : Mambo, Danzon, Son, Contredanse, etc.
Dès mon premier séjour à Santiago de Cuba, en 2010, je me précipitai donc chez un bouquiniste de la rue Heredia – l’axe musical central de la ville, le long duquel se succèdent de nombreuses « Casas » de concerts et de danse – pour essayer de me procurer quelques ouvrages sur le sujet. Ce ne fut pas trop difficile, car – fait peu surprenant vu sa localisation – la librairie était fort bien achalandée en publications sur la musique populaire cubaine. Parmi mes multiples acquisitions du jour, deux livres se révélèrent, à la lecture, particulièrement instructifs.
Le premier, La música y el pueblo de Maria Teresa Linares, traite de l’histoire de la musique cubaine depuis les débuts de la colonisation espagnole jusqu’aux années 1960. Il propose, en 200 pages très denses, une véritable fresque détaillant chaque étape de cette évolution : les très anciennes racines espagnoles (danses et chants folkloriques comme le Punto, instruments à cordes pincées), et africaines (rythmes et percussions) ; l’apport plus tardif de la Contredanse française au début du XIXème siècle ; la « criollisation » de la musique locale au cours du XIXème siècle avec l’apparition des style nationaux comme la Contredanse cubaine, qui plus tard donnera naissance au Danzón. Dès le milieu du XIXème siècle, les cellules rythmiques fondamentales de la musique et de la danse cubaine – la clave en 3-2 et le pas de base sur 4 temps où seulement trois pas sont effectués – sont déjà présentes dans pratiquement tous les styles autochtones.
Ces évolutions sont replacées avec clarté dans leur contexte social et historique. Deux chapitres jumeaux sont ainsi consacrés, d’une part à la pratique de la musique « cultivée » interprétée, souvent sur des rythmes de habaneras, dans les salons des familles blanches aisées, et d’autre part à celle des musiques populaires de rue, largement influencées par les rythmes africains (Cumparsas ; ensembles de percussion nègres, dits aussi « Coros de claves » ; tambours et cornets de Carnaval ; Tumba francesa ; Rumba). Un autre chapitre décrit la floraison précoce, dans les villes cubaines, des salles de bals, gloriettes et autres lieux de loisir, signes de cette passion pour la danse et la fête remarquée il y déjà plusieurs siècles par des voyageurs de passage. Enfin, le rôle du théâtre et de ses petites saynètes, où s’intercalent des pièces chantées (guarachas satyriques, boléros romantiques) et des scènes de danse est également bien mis en lumière.
Le livre décrit ensuite le vaste mouvement qui, à partir de la fin du XIXème siècle, va aboutir aux formes actuelles de la musique et de la danse cubaines. C’est abord l’essor de la chanson ou « Trova », largement sous l’impulsion de compositeurs venus de l’est de l’île (région de Santiago de Cuba), comme Pepe Sanchez, Sindo Garay ou Rosendo Ruiz (1) ; c’est aussi la formation de nouveaux types d’orchestres, comme la « Charanga francesa », intégrant, à côté des guitares et des percussions, des instruments jusque-là peu utilisés dans la musique populaire locale, comme le violon et la flûte. Dans les premières décennies du XXème siècle, le cinéma va jouer un rôle fondamental dans l’essor de la musique cubaine. De nombreux intermèdes chantés ou instrumentaux sont effet intercalés entre la projection des films muets, offrant une source de travail appréciable aux artistes et permettant à de futurs très grands chanteurs, comme María Teresa Vera, de faire leurs débuts.
A partir des années 1920, le Son, musique originaire des villages reculés de l’Oriente, va descendre de ses montagnes pour conquérir les cabarets de La Havane. Originellement joué en petites formations de guitares et percussions – comme dans le cas par exemple du fameux trio Matamoros – il va bientôt incorporer de nouveaux instruments empruntés au Jazz alors à l’apogée de son influence – tout particulièrement la trompette et le piano. De cette époque date la création de très fameux sextets de Son – comme le Sexteto Nacional Ignacio Piñeiro, le Septeto Havana ou la Sonora Matancera – dont certains ont poursuivi, à travers plusieurs générations d’artistes, leur activité jusqu’à aujourd’hui.
Le succès de cette musique – amplifié par le développement de la radiodiffusion et du disque – est tel qu’il se traduit rapidement par l’apparition d’une nouvelle danse, le Son (sous sa forme « urbaine », car il existait déjà un Son rural, appelé « Montuno »). Dans les années 1940 et 1950, de grands et prestigieux orchestres, comme ceux de Felix Chapottín, Arsenio Rodríguez et Benny Moré animent les nuits des grands cabarets de luxe de la capitale, interprétant Son, Guajiras, Guarachas et Boléros pour faire danser la bourgeoisie blanche et les touristes américains. Les mêmes soirs, un public plus populaire et de peau plus foncée se presse dans d’autres lieux, comme Los Jardines de la Tropical, pour écouter la Charanga Aragon ou l’orchestre Arcañio y su Maravillas.
Plusieurs chapitres du livre sont ensuite consacrés à la l’apparition, dans les années 1950, du Mambo et du Cha-Cha-Cha, danses directement dérivées du Danzón et du Son, mais modernisés et sophistiquées pour répondre aux goûts d’un public désormais international. C’est d’ailleurs souvent à l’occasion de séjours à l’étranger que les musiciens Orestes López, Pérez Prado et Enrique Jorrín purent mettre définitivement au point ces nouveaux styles et les faire connaître hors de Cuba.
Les derniers chapitres, consacrés aux années 1960 et 1970, proposent, entre autres, d’intéressantes informations sur l’essor de la « Nueva Trova », style de chanson aux thématiques contestataires, mais dont les structures rythmiques et mélodiques sont directement inspirées de la musique populaire traditionnelle.
Ces pages sont cependant un peu moins convaincantes que le reste de l’ouvrage, pour trois raisons principales : d’abord parce que le manque de recul historique fait que l’auteur se perd un peu dans une profuse présentation d’artistes alors prestigieux, mais parfois aujourd’hui un peu oubliés ; ensuite parce que les analyses de Maria Teresa Linares opposent, de manière un peu trop sommaire et partiale à mon goût, les acquis supposés de la nouvelle politique culturelle mise en place par le gouvernement de Fidel Castro, aux dérives mercantilistes dont est accusé le show-business américain ; enfin, parce que les années 1960 et 1970, loin d’être marquées, comme le suggère l’auteur, par une floraison de nouveaux talents musicaux dans l’île, correspondent au contraire à une période de crise de la musique populaire cubaine, dont les causes principales doivent justement être recherchée dans certains aspects de ladite « politique culturelle progressiste » (fermeture des cabarets, émigration vers les Etats-Unis de très nombreux artistes, etc.).
Il n’en reste pas moins que l’ouvrage constitue, pour toute la période antérieure à 1959, une source d’informations exceptionnelle. La filiation des différents genres musicaux y est présentée avec une grande clarté. Chaque style, chaque artiste important fait l’objet d’un développement suffisant pour permettre au lecteur néophyte de fixer ses premiers points de repère. Le style agréable du livre rend sa lecture plaisante et relativement facile malgré l’accumulation des faits et des analyses. Enfin, les évolutions musicales stricto sensu sont bien replacées dans leur contexte historique et social : mouvement indépendantiste et guerre contre l’Espagne, se traduisant entre 1870 et la fin du siècle par l’émergence d’un répertoire de chansons patriotiques, dont la fameuse Bayamesa, devenue l’hymne national cubain ; mouvements de populations liées aux évènements politiques ou aux évolutions économiques, conduisant à des brassages culturels et à l’essor de nouvelles formes musicales métissées, dont notamment le Son sous ses différentes formes régionales ; impact de l’évolution des medias – théâtre, puis cinéma, radio, disque, enfin télévision – sur la diffusion et les formes de la culture populaire. Le livre est également complété par une riche iconographie qui permet de se faire une idée des lieux ou de mettre un visage sur des noms des artistes…
Ecrit en 1974, le livre ne traite cependant pas des évolutions les plus récentes. Celui qui voudrait en savoir un peu plus sur ce sujet, et notamment sur ce qui touche à l’apparition et au développement de la Salsa, pourra avec profit consulter un second ouvrage très complémentaire de celui que je viens de vous présenter : Casino and Salsa in Cuba, écrit en 2007 par Bárbara Balbuena. Mais c’est une autre histoire …
Fabrice Hatem
María Teresa Linares, 1974, La música y el pueblo, Colleción música, María Teresa Linares, Editorial Pueblo y Educacíon, (Première réimpression : 1979)
Bárbara Balbuena, 2007, Casino and Salsa in Cuba, Colleción Cinquillo, Editorial José Martí, IBDN 978-959-09-0353-3, e-mail : editjosemarti@ceninia.inf.cu
(1) Mais aussi d’autres régions, comme Manuel Corona, né dans la province ds Villas, au centre de l’ile.
par Ahinama | Fév 25, 2013 | Livres et revues
Une exploration scientifique des origines de la musique cubaine
Elève de la célèbre musicologue Maria Térésa Linarès à laquelle son livre est d’ailleurs dédié, Martha Esquenazi nous livre ici un précieux ouvrage d’éthno-musicologie qui poursuit et approfondit les travaux de l’auteur(e) de La música y el Pueblo. Comme nous le savons, la musique populaire traditionnelle cubaine est issue d’un métissage d’influence liées aux diverses origines du peuplement de l’île. L’ouvrage détaille de manière systématique et approfondie l’ensemble de ces composantes, soigneusement classées selon leurs origine ethnique et-géographique, leur localisation dans l’île, leur date d’apparition, leur fonction sociale, la forme par laquelle elles se manifestent, leur degré de métissage ou de « transculturation ».
Le premier chapitre explore les traces fragiles et incertaines des traditions indiennespré-colombiennes (peuples Siboney et surtout Taïnos, de civilisation beaucoup plus évoluée). Il présente, en quelques pages passionnantes, basées sur des témoignages d’époque, le peu de ce que nous pouvons savoir des pratiques musicales antérieures à la colonisation espagnole : instruments de musique (maracas, tambours. flûtes, cornes), chants et danses (areitos) pratiqués à l’occasion des fêtes rituelles et profanes. L’auteur cherche également à mettre à jour les traces rémanentes de leur influence, en particulier dans l’oriente cubain où subsistent encore quelques groupes ethniques d’origine indienne (dans les régions de Guantanamo et Bayamo notamment). Certaines figures de danses paysannes ou « zapateos », ainsi que les danses spiritistes dites du « Cordon de Orilé », pourraient en particulier intégrer – fortement métissés avec d’autres – quelques influences indiennes. Ces vestiges, cependant, paraissent à la fois bien faibles et bien fragiles, voire tout simplement non démontrés.
Le second chapitre insiste sur la très grande diversité des influences dites « espagnoles », apportées par les différents courants migratoires en provenance de toute les régions de la Péninsule, depuis la Galice jusqu’à l’Andalousie. Ces traditions populaires sont soigneusement classées selon leur genre et leur fonction : musique pour enfants (berceuses, jeux, ritournelles,…) ; chants de travail (tonadas campesinas, chants polyphoniques); chants religieux (fêtes dites « des autels de crucifix », inspirés des fêtes andalouses et anciennement célébrées au mois de Mai,musiques liées à la nativité..) ; groupes vocaux (notamment les « estudiantinas ») ; et bien sûr, romances paysannes, appelées « Punto guarijo » ou « Punto cubano ». Inspirées du « ay » espagnol traditionnel, celles-ci sont chantées en couplets de dix vers improvisés (dits « decimas) sur un style dit de « Tonada » utilisant un rythme ternaire en 3/4 ou 6/8. Autrefois accompagnées de danses de Zappateos, elles ont pris différentes formes à Cuba : Punto libre de la région occidentale laissant davantage de liberté rythmique au chanteur, Puntofijo de la région de Camaguey, Punto Espirituano de la région de Sancto Espiritu, Seguidille, etc. Ces différentes formes d’expression ont subi des transformations progressives, entre autres à l’occasion de échanges musicaux avec l’Europe (mouvements dits « d’aller et venue » ou « ir y vuelta »). Certaines d’entre elles restent aujourd’hui très vivantes, servant même de base à des styles musicaux de diffusion massive, tandis que d’autres (chant des « Altares de cruz » par exemple..) sont en voie de disparition.
Le troisième chapitre nous rappelle que l’influence africaine dans la musique cubaine loin de constituer un bloc unique, se décomposeen une grande diversité de croyances, de rites, de cultures, et bien sûr de formes musicales. Martha Esquenazi nous détaille chacune de ces influences de manière extrêmement précise et détaillée. Elle insiste tout d’abord sur la diversité du peuplement africain de l’île – groupes Mandingue, Mina, Congo, Ganga, Carabali, Bantou, Lucumi…, – chaque ethnie amenant avec elle ses danses, ses instruments, ses rythmes spécifiques.
Ces coutumes se sont, bien sûr, métissées à l’occasion du processus de transculturation né de la coexistence d’éthnies différentes dans les plantations esclavagistes de l’époque coloniale ; d’autres ont pratiquement disparu du fait d’un processus naturel d’acculturation, parfois accéléré par la répression dont elles firent l’objet à différentes époques de l’histoire de Cuba ; mais une partie d’entre ont également été relativement préservés, du fait notamment de l’existence des associations d’entraide et de loisirs,dites « Cabildos » rassemblant les descendants d’une ethnie particulière. Un des grands intérêts du livre tient justement dans la description précise des vestiges actuels, plus ou moins métissés et/ou dégradés, de ces cultures populaires originelles.
Le quatrième chapitre détaille quelques autres influences présentes dans la musique populaire cubaine, et en tout premier lieu celle de Haïti, bien connue déjà, mais qui fait ici l’objet de nouveaux approfondissements. L’auteur met tout d’abord en lumière le caractère continu de l’immigration haïtienne vers l’Oriente Cubain au cours des XIXème et XXème siècles, bien au-delà du fait fondateur constitué par l’arrivéeà la fin du XVIIIème siècle des colons français et de leurs quelques esclaves Noirs fidèles chassés par la révolution de Toussaint Louverture. Le livre décrit ensuite, l’une après l’autre, chacune des traditions portées par ces flux migratoires : Vaudou et autres musiques religieuses rituelles (ex : Bande rara) ; Tumba française sous ses différentes formes (danse de Mason et Yesa) ; danses de Cocoyé, de Tajona, de Tejer la Cinta (les danseurs enroulent des fils de couleurs différentes en dansant en cercle autour d’un long bâton de bois dressé verticalement) ; Merengue haïtien, danses Congo, Rada, Petro, Gaga ; enfin, chants et contes récités à l’occasion des veillées funèbres. L’ouvrage décrit également le processus de disparition ou de transformation progressive de certaines de ces traditions, comme les danses d’origine Congo, presque entièrement disparues ou absorbées par d’autres comme le Palo ou le Petro. Il montre aussi que beaucoup de ces pratiques sont aujourd’hui encore très vivantes dans l’est du pays, à l’occasion notamment des fêtes de Carnaval.
D’autres courants d’immigration ont laissé leur empreinte, plus ou moins marquée, dans la musique populaire cubaine : immigration asiatique (Japonaise, Indienne, mais surtout Chinoise, la plus importante, qui a légué notamment les cornets chinois, instruments typiques des congas de l’Oriente cubain) ; populations d’origine Proche et Moyen-orientale (Turcs, Juifs ladinos), immigration Jamaïcaine… L’auteur mentionne également d’existence,au début du XXème siècle, d’un courant migratoire nord américain de type néo-colonial, qui s’est cependant rapidement dispersé et a laissé peu de traces dans la culture populaire traditionnelle.
Dans un cinquième chapitre, l’auteur décrit le double processus de « criolisation » et de métissage par lequel ces différentes sources primaires se sont combinées pour donner lieu à la formation de la musique populaire cubaine traditionnelle, par exemple par la transformation de la Contredanse française en Danza Cubana puis en Danzon. Le livre décrit également le long processus de métissage, bien antérieur à la fin du XIXème, par lequel la juxtaposition d’influences africaines et européennes donna progressivement naissance, notamment dans l’oriente cubain, au formes très diverses du Son. Des analyses similaires sont consacrées à la dynamique de formation de la chanson cubaine ou Trova, ainsi que de la Rumba. L’ouvrage analyse également le rôle des fêtes, qu’elles soient urbaines ou rurales, dans ce processus de transculturation et de métissage. Les carnavals, en particulier, furent des lieux privilégiés de rencontre entre les différents styles de danse populaire. On y vit en effet s’y cotoyer toutes sortes de Cumparsas (groupes de dansepopulaire) au cours du XIXème siècle : Cabildos Carabali ou Congo, Comparsas espagnoles, haïtiennes ou chinoises, Congas, etc.
Quoique de très bonne facture scientifique, ce dernier chapitre n’apporte cependant pas de révélation majeures par rapport à des ouvrages antérieurs, comme ceux de Maria Teresa Linares, écrits dans une style peut-être un peu plus littéraire et moins académique, mais qui racontait déjà grosso modo, la même histoire de fusions et d’évolutions stylistiques. Dans l’ensemble, le mérite principal ce l’ouvrage de Martha Esquenazi réside donc moins, à mon humble avis, dans la description qu’il fait du processus de transculturation et de métissage conduisant à la formation de la musique populaire cubaine que dans celle de ses composants originels, matière première de ce phénomène de « criolisation ».
L’ouvrage est illustré d’un riche matériel iconographique, à base essentiellement de partitions de chansons populaires traditionnelles et de photographies d’instruments de musique, de groupes orchestraux et de scène de danse. On est ému de voir ainsi sauves de l’oubli, sous leur forme authentique, ces modes d’expression à l’origine parfois très ancienne, et dont certains sont aujourd’hui en voie de disparition.
Fabrice Hatem
Martha Esquenazi Pérez, Del Areito y otros sones, Editorial Letras Cubanas, Centro de investigación y desarrollo de la cultura cubana Juan Marinello, 2001, ISBN 959 10 05 587 3
par Ahinama | Fév 24, 2013 | Livres et revues
Un merveilleux voyage à travers la culture musicale pan-Caraïbes
La région des Caraïbes constitue depuis plusieurs siècles un extraordinaire foyer d’effervescence musicale. La colonisation européenne et l’arrivée forcée d’esclaves d’origine africaine y ont enclenché un phénomène de métissage culturel, particulièrement fécond dans le domaine de la musique et de la danse populaires. L’ouvrage d’Helio Orovio nous invite à un voyage à travers ces rythmes caraïbes, dans leur diversité comme dans leurs similitudes.
Le livre est divisé en une trentaine de courts chapitres, consacré chacun à un style musical, et tous construits selon même plan (voir quelques exemples en annexe) : sont ainsi évoqués le berceau géographique de la musique concernée, les conditions de sa naissance et de son développement, ses structure mélodique, rythmique et harmonique, son instrumentation, les caractéristiques de son répertoire chanté et des danses qui l’accompagnent, ses principaux interprètes, son évolution jusqu’à aujourd’hui et les formes actuelles de son rayonnement.
Cette lecture permet de prendre conscience des fortes similitudes unissant ces différents musiques, au point qu’on a parfois le sentiment de voir la même histoire se répéter, d’une île ou d’un pays à l’autre : d’abord la lente gestation, souvent dans les milieux ruraux les plus pauvres, de formes musicales syncrétiques associant les polyrythmies africaines et les mélodies européennes, avec, parfois, présence de quelques influences indigènes ; puis l’apparition et la diffusion, au cours du XIXème siècle -souvent de façon concomitante avec l’indépendance du pays ou l’abolition de l’esclavage, d’un style de musique populaire issu de cette gestation, souvent fondé sur un rythme binaire et presque toujours accompagné de danses (en général des danses collectives impliquant plusieurs couples).
Dans ces musiques, l’influence africaine se fait sentir notamment à travers la polyrythmie et l’utilisation des tambours et de différents instruments de percussion, par la présence d’un dialogue entre soliste et chœur dans la seconde partie de la chanson, ainsi que par l’érotisme parfois très explicite de la danse , quant à l’influence européenne, elle se ressent par la présence des instruments à vent et à cordes – parfois ajoutés plus tardivement-, par la formes des mélodies interprétées par le soliste (notamment dans la première partie de la chanson) et par la langue utilisé par les chanteurs. Quant au répertoire chanté, il aborde en général des thèmes très simples liés à l’amour, à l’actualité, à la chronique sociale, avec une dimension souvent satirique ou humoristique.
L’histoire de ces différentes styles musicaux est également caractérisée par des dynamiques assez semblables, depuis les baraquements des esclaves noirs des plantations jusqu’au lieu de danse et aux salons aisés des villes, enfin jusqu’aux qu’aux scènes de spectacle et aux night clubs d’aujourd’hui – ceci s’accompagnant d’évolutions concomitantes dans les styles musicaux et dansés : incorporations d’instruments européens (vents, cordes), puis, plus récemment, de claviers, de batteries et d’instruments électriques, passage de danses collectives à des danses de couple, élimination, au cours de la phase « d’embourgeoisement » des éléments d’érotisme les plus explicites dans la danse puis réintroduction récente de ceux-ci, etc.
A partir de ce tronc commun, on observe cependant de très grandes différences entre les différents styles musicaux, tant en ce qui concerne leur formation originelle que leur évolution historique. Tout d’abord, le dosage des influences ethniques est très variable selon les musiques, ce fait reflétant assez fidèlement la diversité des peuplements. Par exemple, le Meringue de Haïti – île d’où furent chassé les colons blancs à la fin du XVIIIème siècle – est plus fortement marqué que d’autres par les influences africaines. La Gaita zuliana, a l’inverse, est d’ascendance plus nettement espagnole. Enfin, une influence indienne assez forte peut être observée dans la Cumbia de Colombie, pays où existent d’importantes minorités d’origine indigène.
La diversité des histoires coloniales se reflète également dans les langues utilisées dans les chansons : anglais dans le reggae jamaïcain et à Trinidad, français créole à Haïti et aux Antilles, et bien sûr espagnol dans les autres cas.
La fonction sociale et les conditions d’interprétation de ces musiques sont également variables selon les lieux et les époques. Beaucoup d’entre elles étaient par exemple fréquemment jouées, dans le passé, à l’occasion de fêtes, et tout particulièrement des fêtes de carnaval. Mais si certaines, comme par exemple le Palo de Mayo, restent encore aujourd’hui très marquées par ce caractère folklorique, d’autres ont évolués vers des formes de loisirs plus modernes, pratiquées tout au long de l’année dans les night -clubs et sur les scènes de spectacle. Enfin, si la majorité de ces musiques sont intrinsèquement liées à la danse, cette caractéristique est moins marquée dans une minorité d’entre elles, comme le Reggae ou encore la Gaita, plus centrées sur l’expression musicale et chantée.
Notons enfin que ces musiques connaissent aujourd’hui un rayonnement très variables. Certaines, comme la Plena ou la Cumbia, ont envahi, sous des formes adaptées aux goûts de l’époque, les discothèques du monde entier, influençant notamment des styles de grande diffusion comme la Salsa. D’autres, comme le Tamborito panaméen, restent très vivantes au niveau national sans forcément jouir d’un rayonnement international exceptionnel. Enfin, certaines, comme le Palo de Mayo, n’ont une influence limitée au niveau régional, et sont parfois même entrées dans un processus de déclin.
Par ailleurs, la structure de l’ouvrage fait une très large place – pratiquement la moitié des chapitres – à la seule musique populaire cubaine, depuis la Habanera et le Danzon qu’au à la Timba et au Reggaeton, en passant bien sûr par le Son et la Rumba. Le lecteur cubanophile est d’ailleurs heureux de se retrouver alors dans cette atmosphère familière. Même en tenant compte d’un possible tropisme national de l’auteur, ce fait illustre l’importance majeure de la contribution cubaine à la créativité musicale des Caraïbes. On peut s’étonner cependant de la place relativement limitée accordée à la musique populaire colombienne, qui aurait peut-être mérité de plus larges développement, ainsi que par l’absence totale de référence au Mexique. Même si l’auteur s’explique largement dans son introduction sur son choix de se limiter à la zone Caraïbe au sens strict (i.e l’arc insulaire augmenté), j’aurais personnellement trouvé naturel- mais ceci est sans doute lié à ma crasse ignorance de la géographie de la région – qu’une plus large place soit accordée dans l’ouvrage aux musiques d’Amérique centrale. Par ailleurs, j’ai été également étonné de me trouver aucune référence dans l’ouvrage aux danses afro-cubaines (cycle Yoruba) ainsi qu’ à la Tumba française…
Il s’agit en résumé d’un ouvrage de lecture extrêmement agréable et instructive, mais dont la partie « non-cubaine » déçoit un tout petit peu par sa relative brièveté et son caractère à mon humble avis légèrement incomplet. Par ailleurs, la présence d’un CD ou d’un DCD pédagogique aurait permis d’illustrer de manière plus accessible des descriptions écrite de styles musicaux et de danse qui restent forcément un peu abstraites pour un lecteur non familiarisé, comme moi-même, avec ceux-ci.
Fabrice Hatem
Helio Orivio, Música por el Caribe, Editorial Oriente, Santiago de Cuba, 2007, Première edición 1994, ISBN 978 959 11 0590 5 www.cubalietraria.com
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Annexe
Quelques exemples de musiques populaires des Caraïbes (hors Cuba)
(résumé de l’ouvrage de Helio Orovio)
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Bomba. Style de musique polyrythmique chantée portoricaine, de rythme binaire et interprétée en mode majeur, associant les influences africaine et espagnole. Malgré d’anciennes origines dans les pratiques musicales des esclaves Noirs des plantations, il n’est apparu en tant que tel que vers les années 1870, sous des formes régionales d’abord très diverses, puis progressivement unifiées. L’instrumentation était initialement composée de trois tambours appelés bomba, ainsi par quelques autres instruments de percussion mineurs, auxquels se sont ensuite ajoutée la guitare, puis les instruments à vents, le piano et la contrebasse. Le chant est structuré autour d’un dialogue chœur-soliste. La danse, fondée sur un dialogue entre l’improvisation des danseurs (solo, en couple ou en groupe) et du tambour majeur, présente certaines similitudes avec la Rumba cubaine. Née dans les milieux ruraux les plus pauvres du pays, la bomba migra progressivement vers la ville, où elle fut adoptée par les classés plus aisées, moyennant un processus classique d’évolution stylistique (vêtements, positions de la danse, instruments, etc.). Les chansons, exprimées en espagnol, mélangées avec un vocabulaire dialectal, évoquent la vie quotidienne, l’amour, les faits d’actualité. La bomba a été largement popularisée à l’extérieur du pays (Etats-Unis notamment) par les musiciens portoricains émigrés, et son influence stylistique peut se reconnaître aujourd’hui dans la Salsa. Elle peut également être considérée comme un antécédent de la Plena.
Plena. Style de musique chantée portoricaine, de rythme binaire, apparue au début du XXème siècle. Associant les apports de la polyrythmie africaine et de la poly-instrumentalité européenne, elle peut être jouée en mode majeur ou mineur. Son instrumentation intégrait au départ la guitare (cuatro), le guiro, la pandereta (petit tambour) et l’harmonica, puis s’est enrichie d’autres sonorités, comme celle de l’accordéon, du piano, du saxophone, du trombone, de la clarinette, etc. Les chansons commencent par un ou deux strophes interprétées par le soliste, suivies d’un dialogue chœur-soliste. Leurs paroles, chantées en espagnol, constituent une chronique, souvent satirique et humoristique, de la vie sociale, accompagnée par une musique vivante, allègre, basée sur de petites phrases musicales aux mélodies assez syncopées. La danse de couple est faite de tours rapides et de pas improvisés. Cette musique a été largement popularisée dans le monde par les musiciens portoricains, parmi lesquels on peut citer Cesar Conception et Rafael Cortijo.
Merengue Dominicain. Musique dominicaine de rythme binaire, née au milieu du XIXème siècle, fusionnant les apports africains (polyrythmie) et espagnols (mélodies chantées). Elle présente des similitudes assez marquées avec le Son cubain. Son instrumentation intégrait initialement le tres, le guiro et la tambora, auxquels se rajoutèrent plus tard le saxophone, la basse et l’accordéon. Son rythme, vif, sert de base à une danse de couple très populaire dans l’île. Les chansons, interprétées en espagnol, comportaient à l’origine trois parties : introduction instrumentale, partie chanté et improvisations (jalao). Dans les versions actuelles, les deux premières parties sont plus ou moins fusionnées. Interprétées par de très nombreux musiciens dominicains dans l’île et à l’étranger, le merengue reste aujourd’hui très populaire. Ses orchestres à l’instrumentation modernisée intègrent désormais les instruments à vent, la batterie, la piano et la basse électrique.
Merengue de Haïti. Musique de très forte influence africaine (Chica, Calenda Vaudou…), avec également quelques apports des danses européennes comme le menuet. Ses antécédents historiques sont assez anciens, mais elle n’est apparue en tant que telle qu’au milieu du XIXème siècle. De rythme binaire, elle fut à l’origine interprétée par des tambours, avec intégration progressive d’instruments à vent comme la clarinette, le saxophone et l’harmonica. Les paroles des chansons, exprimées en créole, évoquent des thèmes simples liés à la vie quotidienne et à l’amour. Il existe plusieurs styles différents de meringue haïtien : Congo (où les percussions jouent un rôle prépondérant), rural, de carnaval, de salon (au rythme plus lents), Carabiné (servant de base à une danse très vive et rapide). Cette musique présente des similitudes avec la Cocoye de l’oriente cubain. Le compas direct en constitue une variante contemporaine.
Biguine antillaise. Style de musique dansée directement inspirée, comme le Merengue Haïtien, de danses africaines comme la Chica et la Calenda, avec également présence d’influences françaises. Au départ interprétée par des tambours, elle a ensuite intégré d’autres instruments comme l’accordéon. C’est une danse de couple très vive, à caractère érotique assez marqué, mais dansée en groupe, qui présente des similitudes avec la Tumba francesa et le Merengue Haïtien. Après quelques strophes interprétées par le soliste, le reste de la chanson est structurée autour d’un dialogue entre soliste et chœur. Autrefois fréquemment interprétée à l’occasion des fêtes de carnaval, elle s’est transformée au cours du XXème siècle en danse de loisirs pratiquée en couple (night-clubs et cabaret).
Calypso. Style musical et dansé originaire de l’île de Trinidad, interprété sur un rythme binaire (2/4) associant influences africaine, européennes et indoues. Son atmosphère est joyeuse et pleine d’humour, avec des chansons exprimées en anglais, évoquant l’amour et les incidents de la vie quotidienne. Elle est très présente dans les fêtes de Carnaval. Proche de la Calenda antillaise, elle emprunte à la racine africaine la polyrythmie, ainsi que l’alternance chœur-soliste. Son instrumentation était originellement constituée d’un tambour et de bouteilles remplie d’eau, auxquels se sont par la suite rajoutés de nouvelles percussions, des instruments à vent puis des tambours métalliques (steel bands).
Reggae. Musique jamaïcaine relativement récente, de rythme binaire (4/4) née à Kingston dans les années 1970. Chantés en langue anglaise créolisée, ses textes sont largement inspirés par l’idéologie du mouvement Rasta prônant le retour des peuples afro-caraïbes vers leurs racines africaines, avec une forte dimension protestataire contre l’oppression née de la colonisation. Cette musique trouve ses racines dans le Mento, un style proche du Calypso de Trinidad, métissé de musiques nord-américaines comme le Rythm and Blues, le Boogie Woogie, le Rock et le Soul. Jimmy Cliff et, bien sûr, Bob Marley, figurèrent parmi ses interprètes les plus fameux.
Gaia zuliana. Style de musique chanté, de très forte influence espagnole, interprété sur un rythme ternaire (6/8) originaire de région de Zulia, sur la côte atlantique du Vénézuela. Les paroles des chansons, constituées de vers octosyllabiques interprétés en espagnol par un soliste dialoguant avec un chœur, constituent une chronique de la vie quotidienne, avec une forte composante de satire sociale et politique. L’orchestre se compose d’un cuatro, d’un tambour, d’un guiro, accompagnés d’instruments de percussion mineurs comme les maracas ou la tambora. Née en milieu rural, la gaia migra ensuite progressivement vers la ville. Elle a connu un certain déclin à partir de la seconde moitié du XXème siècle.
Cumbia colombienne. Musique chantée et dansée originaire de la côte atlantique de la Colombie. Elle associe les rythmes africains, les danses d’inspiration indienne les mélodies espagnoles. Elle est fondée sur un rythme binaire, avec présence d’une alternance chœur- soliste dans la partie chantée. Les orchestres traditionnels intègrent des instruments d’origine indienne comme la cana de millo, ou la gaita – une sorte de flûte. Les chansons, interprétées en espagnol, évoquent l’amour et les évènements de la vie quotidienne. La danse, interprétée par un ou plusieurs couples, est essentiellement une danse de séduction sexuelle. Les couples se placent en file ou en ronde ; l’homme danse autour de la femme qui de séduit mais le repousse lorsqu’il cherche à s’approcher de trop près d’elle. Les Cumbias étaient fréquemment interprétées à l’occasion des fêtes populaires. Ce style musical a beaucoup influencé la Salsa.
Porro. Musique pratiquée sur la côte atlantique de la Colombie, sur un rythme binaire. Elle est dérivée de la Cumbia, mais avec un tempo plus rapide. Originellement jouée par des tambours, elle a progressivement incorporé de nouveaux instruments et est aujourd’hui interprétée par des orchestres de type Jazz Band. Les chansons, structurées en couplets, évoquent es thèmes de l’actualité, la vie sociale, l’amour… La danse fut d’abord collective, avant de se transformer en danse de couple. Le style de musique, très populaire en Colombie, a également connu un succès croissant sur la scène international au cours de la seconde moitié du XXème siècle.
Vallenato. Musique populaire d’origine rurale, au rythme binaire, d’ascendance afro-espagnole, apparue à la fin du XIXème siècle dans la région de Valledupar, sur la côte atlantique de la Colombie. Les instruments originels sont la guitare, l’accordéon, la guacharaca, et le-tambour, auxquels se sont plus tard ajoutés des instruments et la contrebasse. Les chansons sont structurés sous forme de decimas (groupes de 10 vers souvent improvisés). Cette musique comporte quatre variantes principales : le son (assez lent), la paseo (plus rapide et propice à la danse), le merengue (sur des rythmes binaires ou ternaires, sans lien avec celui de Saint-Domingue) et la Puya (au tempo plus rapide que celui du Merengue).
Tamborito. Musique panaméenne, de rythme binaire, dérivée de musiques de danse africaines (bunte). Au départ constitué de trois tambours, l’orchestre intégra plus tard des instruments d’origine européenne comme la guitare, la flûte et le violon. La danse, collective, se fait sous forme d’une ronde au milieu de laquelle se succèdent les couples de danseurs solistes. Cette musique, composant important de la culture populaire panaméenne, comporte, plusieurs variantes. Le Tamborito Santeno est davantage marquée par ses origines espagnoles, tandis que le tamborito chorrerano, plus africanisé, comporte une section de percussions plus importante. Les chansons, interprétées par une soliste et un chœur de chanteuses, évoquent l’amour, les événements de la vie quotidienne, avec une dimension importante de satire sociale. La musique accompagne une danse de couple assez érotique, souvent interprétée à l’occasion des fêtes de carnaval.
Palo de mayo. Musique populaire née au début du XIXème siècle, et dont l’épicentre se trouve dans le port de BlueFields, sur la côte Atlantique du Nicaragua. Elle présente des ressemblances avec le Reggae Jamaïcain et le Calipso de Trinadad. Il s’agissait au départ d’une imitation par les Noirs de fêtes populaires célébrées par les colons Blancs au mois de Mai. L’orchestre comporte une section percussive d’origine nettement africaine, avec une ligne mélodique tenue par l’accordéon, la guitare et des instruments à vent. La danse est une ronde rapide et joyeuse autour d’un arbre, sur lequel les danseurs enroulent des fils de couleur. Les chansons, chantées en anglais créolisé, reprennent la structure classique d’une première partie en solo, suivie d’une alternance chœur-soliste.
par Ahinama | Fév 24, 2013 | Livres et revues
Une approche hétérodoxe de la musique populaire cubaine
Leonardo Acosta est tout le contraire d’un marginal dans le monde de la musicologie cubaine. Lui-même musicien assez réputé, il fut rien moins que l’un des fondateurs, dans les années 1970, du fameux groupe d’expérimentation sonore de l’ICAIC (l’Institut cubain du cinéma). Autant dire que sa voix, est écoutée, même lorsqu’elle dénote, comme dans ce livre, avec celle de ses pairs.
Dans Otra visión de la música popular cubana, Leonardo Acosta bouscule en effet un certain nombre d’idées communément admises sur la musique cubaine. Rejetant classifications simplistes et datations arbitraires, il cherche à mettre évidence son unité profonde et à reconstituer les dynamiques longues de sa genèse. Cette démarche parfois un peu provocatrice, fondée sur une connaissance magistrale du sujet, captive l’intérêt du lecteur et surtout l’incite à réfléchir par lui-même sur ces questions. Cependant, ce livre écrit sur un ton assez polémique déçoit parfois quelque peu en ne tenant pas toujours ses promesses initiales de révélations fracassantes et de concepts novateurs.
L’ouvrage, qui est en fait un recueil d’articles et non un livre écrit d’un seul tenant, comprend trois parties. Dans la première, quatre grands textes sont consacrés à la critique d’un certain nombre d’idées ou de concepts très généralement admis sur la musique cubaine. Dans la seconde, sont regroupés divers écrits sur des phénomènes contemporains, comme la Salsa ou la Timba. Enfin, la troisième partie a pour thème général les influences réciproques qui se sont noués depuis un siècle et demi entre les musiques populaires cubaine et nord-américaine.
Les idées de la première partie sont décapantes, stimulantes, mais parfois aussi décevantes quand on s’aperçoit, in fine, qu’elles ne sont peut-être pas aussi novatrices ou incontestables que l’auteur nous l’avait au départ annoncé.
Par exemple, l’affirmation, faite sur un ton quelque peu fracassant, de la découverte d’influences indigènes rémanentes dans la musique cubaine d’aujourd’hui – alors que la plupart des musicologues avaient jusque-là constaté leur absence – ne semble reposer, après lecture attentive du livre, que sur des preuves à la fois très fragiles, très hypothétiques et très indirectes.
De même, la critique un peu brutale de l’idée communément admise selon laquelle la clave constitue l’élément commun à toute la musique populaire cubaine ne débouche, in fine, que sur quelques évidences déjà connues, à savoir : 1) qu’il existe, non pas un, mais plusieurs types de clave ; et 2) qu’au-delà de la clave stricto sensu, c’est plutôt la présence de la polyrythmie qui caractérise la musique cubaine. Et cela n’empêchera pas tous les cubains que je connais de battre la ou les clave en écoutant le Son et la Rumba.
En troisième lieu, l’auteur prétend, avec quelque raison, dénoncer l’utilisation selon lui abusive d’événements mythifiés pour attribuer une date de naissance selon lui fictive à un style musical donné (le Boléro avec Tristeza en 1883, le Danzon avec Las Alturas de Simpson en 1879, le Cha Cha Cha avec La engañadora en 1951, etc.). A cet effet, il décrit de manière très détaillé et très instructive le cheminement parfois lent et tortueux ayant conduit à l’apparition progressive de chacun de ces styles. Mais était-il pour autant nécessaire, comme le fait Acosta, d’afficher ce ton véhément et hautain vis-à-vis des tenants desdites « dates historiques », accusés par lui à demi-mots, pour les uns de malhonnêteté intellectuelle dans leur revendication de paternité, et pour les autres, de grégarité dans la répétition des erreurs admises ?
Acosta utilise à nouveau le même ton un peu trop polémique à mon goût lorsqu’il remet en cause la notion de « complexes génériques » (Rumba, Danzon, Son), classification qui depuis son élaboration par le musicologue Argeliers Leon au milieu du XXème siècle, constitue l’une des pierres angulaires de la musicologie cubaine. Reconnaissons cependant que dans ce cas, les arguments de Acosta (portant notamment sur le caractère en fait très hétérogène des supposés « complexes » et l’arbitraire des séparations tranchées et figées entre les différents genres) fait vraiment mouche.
En particulier, l’auteur montre avec beaucoup de clarté l’existence d’interactions constantes entre ces genres, par exemple entre la Rumba et le Son, ou encore, plus récemment, entre celui-ci et le Danzon, aboutissant à la création du Cha Cha Cha. Et l’on est convaincu et séduit par le schéma alternatif proposé par Acosta, où la construction de la musique populaire cubaine, tous styles et genres confondus, est présentée comme le résultat d’un processus long et continu de transculturation et de fertilisations réciproques entre genre, à partir des mêmes racines communes : polyrythmie africaine, mélodies et instruments d’origine européenne. Un processus qui, loin de se limiter à Cuba, s’est déroulé selon des mécanismes identiques – quoiqu’avec d’infinies variantes – dans toute cette région du globe, conduisant à l’éclosion de ce qu’Acosta désigne avec bonheur sous le nom de « civilisation musicale pan-caraïbes ».
Les textes consacrés à la Salsa s’attaquent quant à eux avec courage, et de manière un peu provocatrice, à l’idée très répandue à Cuba selon laquelle la Salsa ne serait rien d’autre que le Son cubaine, « volé » et commercialisé par les musiciens new-yorkais au cours des années 1960 et 1970. A cette vision un peu manichéenne et vindicative, il oppose une analyse très détaillée du processus de métissage par lequel la coexistence, depuis une époque d’ailleurs bien antérieure aux années 1960, de musiciens cubains et portoricains à New York a permis la gestation de nouvelles musiques de fusion, largement – mais pas seulement – inspirées de la culture cubaine. Mais plus encore que la qualité des informations fournies, c’est l’affirmation selon laquelle les musiques cubaine et nord-américaine se sont en fait développées non en opposition, mais en symbiose, tirant chacune une partie de sa créativité de influence de l’autre, qui constitue ici l’apport majeur d’Acosta.
La troisième partie du livre approfondit l’analyse de ce processus de co-développement entre musiques cubaine et nord-américaine. Acosta montre par exemple le rôle important des musiciens cubains émigrés dans la naissance du Jazz à la Nouvelle Orléans au début du XXème siècle. Il montre aussi la contribution décisive de l’industrie du disque nord-américaine dans la diffusion internationale de la musique cubaine pendant de la première moitié du XXème siècle. Ce faisant, il égratigne au passage le mythe d’une prétendue « culture de masse » imposée par l’industrie des loisirs, en soulignant que ce sont, au contraire, les goûts et choix actifs du public, auxquels les medias doivent se plier pour survivre, qui déterminent in fine le succès ou l’échec des styles musicaux. Il souligne, preuve à l’appui, l’influence du jazz sur les conjuntos cubains de la Havane entre 1920 et 1960. Il analyse également de manière très approfondie le processus de confluence entre le jazz et la musique afro-cubaine, débouchant sur la création de ce que l’on appelle habituellement le latin Jazz, et qu’Acosta préfère désigner par le terme d’Afro-Cubain Jazz. Et l’on sort convaincu de cette lecture qu’au-delà des confrontations stériles, les Etats-Unis et surtout Cuba ne se portent jamais mieux que lorsqu’ils coopèrent … Conclusion qui va, bien entendu, très au-delà de la seule analyse musicologique.
Bref, c’est un livre provoquant et stimulant, mais qui parfois ne tient pas toutes ses promesses, et risque aussi, en bousculant trop de repères peut-être simplistes mais pédagogiquement utiles, de brouiller les idées du néophyte. Reste que le parti pris de vision longue de Leonardo Acosta (« Todo empezo antes de lo que se cree », aime-t-il répéter), son analyse fouillée des processus de transculturation et de métissage à l’origine de la musique populaire cubaine, l’affirmation, au-delà de la variété des genres et des styles, d’une racine commune à ceux -ci (ce qu’il appelle « la marmite polyrythmique afro-caraïbéenne »), constituent autant d’apport très tonifiants pour l’esprit.
Fabrice hatem
Leonardo Acosta, Otra visión de la música popular cubana, Ed. Letras Cubanas, 2004 ISBN 959 10 0867 8
par Ahinama | Fév 24, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Otto M. Guzman, Cuba, 2013, 45 minutes
Grande nouvelle !!! Plus besoin de faire 4000 kilomètres pour regarder les émissions musicales de la télévision cubaine. Il est désormais possible de le faire en direct, depuis son ordinateur, en se connectant sur le canal des programmes internationaux de Cubavision.
Bien sur, l’offre reste encore un peu limitée et répétitive. Mais, entre un documentaire sur « l’agression impérialiste », un discours-fleuve de Fidel Castro et une télénovela bas de gamme, il est possible au salsamane d’y dénicher quelques perles magnifiques.
C’est ce qui m’est arrivé samedi dernier, avec La Salsa Cubana de Otto Guzman : 45 minutes d’un excellent documentaire, associant de nombreux extraits de concerts avec des analyses musicologiques de bonne facture.
Le film était rythmé par des rappels forts instructifs sur la genèse de la Salsa, présentée comme une descendante en droite ligne du Son traditionnel. Les étapes de cette transformation étaient clairement articulées, au moins pour sa partie proprement cubaine, à travers les analyses de plusieurs musicologues : cristallisation du Son urbain dans les années 1930 à 1950 avec les orchestres d’Arsenio Rodriguez puis de Benny Moré ; poursuite de la modernisation de ce style dans le courant des années 1970 et 1980, à travers l’adjonction massive de cuivres, l’accélération du rythme, l’évolution des paroles et de la manière de chanter, enfin par l’importance accrue donnée à la partie finale, semi improvisée, du morceau, aboutissant à un climax frénétique. Une très intéressante interview de Juan Formell permettait à cet égard de mettre en lumière le rôle clé du Groupe Los Van Van dans la cristallisation de la Timba – sœur cubaine, si l’on veut, de la Salsa – à travers l’invention du style Songo.
Agréable surprise : le documentaire évite de tomber dans la dénonciation hargneuse du caractère supposément commercial et galvaudé du terme Salsa, considéré il y encore peu de temps dans l’île comme un vulgaire plagiat nord-américain de la musique cubaine authentique : il admet en effet sans autres débats, comme en témoigne son titre, l’existence d’une « Salsa cubaine ».
Voila pour la partie musicologique. Mais le film vaut aussi par la succession rapide, à l’écran, d’une profusion de groupes qui font aujourd’hui l’actualité salsera à Cuba : Los Van Van, la Charanga Habanera, Manolito Simmonet y su trabujo, Pedrito Calvo y su nueva Justicia, mais aussi quelques uns un peu moins connus du grand public, comme Arnaldo y su talisman, Ricardo Leyva y su Caraibe. Et malgré cette profusion, le film permet, grâce à quelques entretiens ou commentaires clairs et concis, de nous faire sentir la spécificité de chacun. C’est peut -être un peu superficiel ou incomplet pour un spécialiste, mais c’est un premier survol tout à fait utile pour un débutant.
Et surtout, cette chaîne va révolutionner la relation des « cubanophiles » à leur patrie de coeur, dès que ses programmes auront été un peu étoffés. Imaginez que toutes les émissions musicales de la télévision cubaine (et elles sont nombreuses, presque autant que les interminables discours de Fidel Castro) soient ainsi mises en ligne !! Quelle belle révolution dans le monde des amoureux de la salsa !
Fabrice Hatem
Pour visionner in vivo les programmes de la télévision cubaine : http://www.cubavision.icrt.cu/
(cliquez sur l’onglet « cartelera » pour la programmation. Attention ! Le décalage horaire est de 5h30)
Ps : merci à Patio Cubain de m’avoir mis sur la piste de cette info !!!
par Ahinama | Fév 24, 2013 | Approfondir
Documentaire de Liliana Mazure et Aaron Vega, ICAIC, Cuba, 2000 (?), 80 minutes
Ce long-métrage sur le groupe mythique n’est en fait pas exactement un documentaire : c’est plutôt une plongée au cœur du quotidien des Van Van et du ressenti de chacun de ses principaux musiciens. Nous écoutons chacun d’entre eux nous parler de son expérience au sein de l’orchestre, nous assistons à leurs répétitions, et, bien sur, nous pouvons voir de larges extraits de leurs concerts, à Cuba, en Argentine ou même… à Miami.
Le jugement que l’on peut porter sur ce film est très différent selon que l’on est un « fan » inconditionnel ou un mélomane intello à la recherche d’information musicologiques précises.
La première catégorie trouvera largement matière dans ce film – malgré sa relative ancienneté – à alimenter sa passion pour Los Van Van : images de concert – y compris de rares documents d’archives datant du début des années 1970 – montrant l’atmosphère de fête et de communion que le groupe a toujours veillé à entretenir avec son public ; radio-trottoir mettant en lumière l’attachement porté par le peuple cubain à ce groupe ; scène de diners amicaux ou de répétitions ; longs interviews inédits, plein d’anecdotes intéressantes ou amusantes, de Mayito, Changito, Pedrito Calvo, Pupy Pedroso, el Nene, etc. Sans oublier Juan Formell, qui explique de manière très claire les innovations musicales introduites par Los Van Van depuis leur création en 1969 (par exemple, concernant la structure orchestrale, en modernisant la charanga traditionnelle par l’apport d’une batterie, d’un synthétiseur, de cuivres et d’une guitare électrique).
La valeur de ce documentaire est cependant gâchée par une tendance un peu trop marquée à privilégier l’adoration béate au détriment de l’analyse musicale. Que les Van Van soient un groupe de grande valeur composé de musiciens de talent, je le savais déjà, et je n’ai pas besoin qu’on me le rappelle. Par contre, j’aurais aimé en savoir davantage, de la bouche par exemple d’un musicologue indépendant, sur la nature exacte des innovations apportés par le groupe, sur sa place dans l’histoire de la musique cubaine moderne et surtout – point le moins abordé dans le documentaire – sur l’évolution de son style et de ses thématiques au cours de ses quarante années d’existence.
Il aurait été possible, au cours des 80 minutes que dure le film, de répondre, même de manière très concise, à ces questions. Au lieu de cela, les réalisateurs ont pris le risque de tomber dans une admiration sans recul qui finit par susciter un sentiment d’ennui, voire d’agacement. Heureusement qu’il y a la musique. Mais alors, autant assister simplement à un concert des Van Van…
Fabrice Hatem
Pour visionner ce documentaire : http://www.youtube.com/watch?v=6s1uoH5mMqE
par Ahinama | Fév 24, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Sandra Padilla, série Historias Verdaderas, Venezuela, 2001, 45 minutes
Cet excellent documentaire, produit pour la télévision vénézuélienne E Entertainment, retrace la vie et l’œuvre du grand chanteur de salsa, en suivant un plan chronologique simple mais efficace : son enfance à Porto-Rico où il nait en 1946 ; sa vocation musicale précoce ; son arrivée à New York en 1963 et sa rencontre avec les animateurs du Label Fania à la fin des années 1960 ; ses premiers albums à succès avec l’orchestre de Willie Colón entre 1967 et 1973 ; son mariage et sa relation tumultueuse avec sa femme Puchi ; ses problèmes croissants d’addiction et d’instabilité psychologique ; son rythme de travail épuisant au cours des années 1980 et l’exploitation sans scrupules dont il est l’objet de la part de ses « agents artistiques » ; la mort accidentelle de son fils, sa maladie du SIDA et ses internements psychiatriques ; sa tentative de suicide à Porto Rico en 1988 ; et sa triste fin de star déchue à New York en 1993.
Le récit est vivant, dramatique, ponctué de témoignages de première main comme ceux de Willie Colón, Cheo Feliciano ou Rubén Blades, de quelques amis d’enfance de Porto Rico ainsi que de sa soeur. Le savoir encyclopédique de Cesar Miguel Rondon, auteur de El Libro de la Salsa, est également mis à contribution pour restituer le climat artistique et humain dans lequel évoluait le chanteur.
De longs extraits de concert permettent de retrouver, replacés dans leur contexte biographique, les principaux thèmes popularisés par la voix de Héctor Lavoe, comme Asalto Navideño, Periodico de ayer, et bien sur le célèbre El cantate que lui offrit Rubén Blades. Nous y suivons les étapes de son ascension artistique, puis de son déclin, jusqu’aux terribles images de cet ultime concert de 1993 où il n’est plus que l’ombre de lui-même et ne parvient même pas à chanter.
Bien construit, le documentaire va au-delà d’une narration linéaire de la vie de l’artiste. C’est aussi le témoignage d’une époque, celle de la Salsa triomphante des années 1970 dont l’essor doit beaucoup au talent d’Héctor Lavoe. C’est enfin, une terrible tragédie, celle d’un artiste à l’immense talent poursuivi par le malheur et finalement détruit par la drogue.
Le film dresse le portrait d’un artiste rebelle, instable, autodestructeur, miné jusqu’à l’épuisement moral et physique par l’excès de travail et par les addictions, mais dont la voix emplie d’une poignante mélancolie, parfois cri de rage et de douleur, de temps à autres tendrement burlesque, exprimait l’âme de son public populaire.
Fabrice Hatem
Pour visionner le documentaire : http://www.youtube.com/watch?v=Y4ThUe7RIGs
par Ahinama | Fév 24, 2013 | Films et DVDs
Drame musical deArne Glimcher, Etats-Unis, 1992, 89 minutes
New York, 1952. Deux frères musiciens, Cesar et Nestor, quittent Cuba où leur vie est menacée pour tenter leur chance aux Etats-Unis.
Leur carrière y connaît des hauts et des bas avant qu’ils ne rencontrent le succès avec l’orchestre qu’ils ont créé, The Mambo Kings. Mais ils sont rattrapés par le destin …
Le film reconstitue de manière saisissante l’atmosphère des cabarets new-yorkais du début des années 1950, comme l’Empire Ballroom, le Babalù et surtout le mythique Palladium Ballroom, où se produisent alors de fabuleux orchestres de Mambo et de Latin Jazz, comme celui de Tito Puentes. Rythmes latinos endiablés jouées par un big band devant des pistes de danse bondées, boléros romantiques susurrés par un chanteur dans l’intimité protectrice d’un petit night-club, producteurs à l’affut de nouveaux talents, émissions télévisées des années 1950 où les artistes latinos devaient chanter en anglais pour être acceptés par le public mainstream …. Toute une sociologie musicale est ici finement restituée.
La bande sonore est particulièrement intéressante. Elle nous propose une vingtaine de thèmes célèbres de l’époque, commeMambo Caliente, Melao de Cana, Sh.Boon, La dicha mia, Ran Kan Kan, Cuban Pete, Para los rumberos, Ahora soy tan feliz, Como fue, Tanga Rumba Afro-cubana, Mucho Corrazon, Quiereme Mucho, Perfidia, Ponce, Guantanamera… Plus quelques jolis thèmes composés pour les besoins du film par Robert Kraft, commeBeautifull Maria of my soul. Deux grands artistes de l’époque, Tito Puente dans son propre rôle et Celia Cruz dans un personnage de fiction (elle n’était pas encore arrivée aux Etats-Unis à l’époque) prêtent leur talent à cette reconstitution très réussie.
L’intrigue est tout à fait captivante, avec sa description très crédible des hauts et des bas d’une carrière artistique et des ambiguïtés du sentiment amoureux, avec aussi ses rebondissements aussi inattendus que ceux de la vraie vie. Mention spéciale pour la description très subtile des rapport entre les deux frères, l’ainé Cesar (Armand Assante), protecteur, dominant, séducteur et colérique, et le cadet Nestor (Antonio Banderas), sensible, vulnérable, créatif et introverti.
Cependant, si Antonio Banderas est tout à fait convaincant dans son rôle de jeune musicien cubain, on ne peut pas en dire autant d’Armand Assante, trop froid et surtout beaucoup trop raide pour un latino, notamment dans les scènes de danse.
The Mambo Kingsn’en reste pas moins un excellent film, par sa triple qualité de bouleversant mélodrame, de reconstitution réussie d’une époque, et d’œuvre musicale de grande valeur.
Fabrice Hatem
Pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Mambo_Kings
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