par Ahinama | Juin 13, 2015 | Danse
Pour consulter directement cet article, cliquez sur le lien suivant : PARIS Alors que la France était resté, jusqu’aux années 1970, relativement étrangère à la culture des caraïbes hispanique, Paris s’est aujourd’hui transformé en l’un des hauts lieux mondiaux de la danse et de musique afro-latine. Cet enracinement spectaculaire s’est cependant accompagné d’une adaptation des caractéristiques de la culture importée aux conditions locales, donnant ainsi naissance à une Salsa « Made in France » originale tant dans ses formes expressives que dans ses pratiques sociales. Cet article a pour ambition de rendre compte de ces mouvements simultanés d’appropriation et de transculturation, à travers une démarche en trois temps :
– La description des étapes historiques de cet enracinement ; – L’analyse des spécificités de la Salsa « made in Paris » par rapport à celle pratiquée dans d’autres villes latino-américaines ou européennes ; – Enfin une description de la scène salsera parisienne d’aujourd’hui. Pour consulter cet article, cliquez sur le lien suivant : PARIS |
par Ahinama | Avr 15, 2014 | Approfondir
Depuis une quinzaine d’année, la musique des caraïbes hispaniques – tout particulièrement celle originaire de Cuba – s’est enracinée en France. On compte ainsi aujourd’hui dans notre pays une quarantaine d’orchestres de niveau professionnel pratiquant la Rumba, le Son, la Timba, la Salsa, ou d’autres formes musicales originaires de cette région (photo ci-contre : l’orchestre Conga Libre).
L’arrivée de nombreux jeunes musiciens cubains en France depuis la fin du siècle dernier, l’apparition d’une nouvelle génération d’artistes autochtones passionnés par les rythmes caribéens, le développement d’un public de plus en plus vaste de mélomanes et de danseurs, expliquent cette évolution spectaculaire.
L’article ci-joint a pour ambition de vous entraîner à la découverte de ces orchestres de musique cubaine et, accessoirement, de Salsa aujourd’hui actifs en France, en distinguant trois grandes mouvances – entre lesquelles existent d’ailleurs des interactions multiples liées à la mixité des répertoires et à la circulation des interprètes :
1) les orchestres de musique cubaine traditionnelle ;
2) les orchestres de Timba ;
3) enfin les autres orchestres de Salsa ainsi que ceux influencés, à des degrés divers, par les rythmes des caraïbes hispaniques (photo ci-contre : l’orchestre Yemaya la Banda).
Cette présentation est accompagnée de nombreux liens vidéos qui vous permettront d’apprécier à leur juste valeur la qualité de ces formations.
Pour accéder à cet article, cliquez sur le lien suivant : ORCHESTRES
Bonne lecture et bonne écoute !!!
Fabrice Hatem
par Ahinama | Jan 4, 2014 | Wiki
Ecrit par l’équipe FC.net
Meilleur Album de l’Année 2012 :
Havana D’ Primera – Pasaporte
Meilleure Chanson de l’Année 2012 :
Angel Yos Y La Mecanica Loca – A Lo Loco Titi (Album « Lucharé »)
Meilleur Chanteur de l’Année 2012 :
Alexander Abreu (du groupe Havana D’Primera)
Meilleure Chanteuse de l’Année 2012 :
Yenisel « Yeni » Valdes (du groupe Los Van Van)
Meilleur Groupe en Live de l’Année 2012 :
Tirso Duarte Y La Mecanica Loca (Tournée Été 2012)
Révélation de l’Année 2012 :
Tirso Duarte Y La Mecanica Loca – (Album « Lucharé »)
Meilleure Chanson de Reggaeton de l’Année 2012 :
El Micha – Un Millon (Album « Fuera De Liga » 2012)
Une fois de plus nous avons célébré ensemble la Musique Cubaine et nous avons donné notre avis, de façon ludique, en votant pour les FIESTA CUBANA AWARDS 2012 avec un succès égal aux années précédentes.
Les Lauréats :
La « Mecanica Loca » et « Havana D’ Primera » sont les deux groupes qui ont marqué l’année 2012, avec des batailles acharnées dans plusieurs catégories, et à eux seuls 5 awards remportés. Meilleur Album de l’année 2012, Meilleur Chanteur de l’année 2012
1) Meilleur Album de l’Année 2012 : Havana D’ Primera - Pasaporte
2) Meilleur Chanteur de l’Année 2012 : Alexander Abreu (du groupe Havana D’ Primera)
Havana D’ Primera avec son chef de file Alexander Abreu remporte cette année, deux awards. A moins de 5 voix, « Tirso Duarte & La Mecanica Loca » ; avec leur album « Lucharé » ; suivent de près et Angel Yos dans la catégorie chanteur talonne Alexander.
Très belle bataille, avec 2 magnifiques albums, et les résultats ne sont pas très surprenants tant l’attachement du public francophone à la musique bailable (dansante) du groupe Havana D’ Primera est important.
Sur l’album « Pasaporte » vous avez découvert des titres comme « Plato De Segunda Mesa » et bien d’autres.Cet album s’est imposé à tous, autant en France, qu’en Europe et dans toutes les Amériques, par la beauté de sa mélodie, le naturel de son déroulement et la force de ses paroles.
Sur scène, Alexander Abreu époustoufle son public par son charisme, sa générosité, son engagement physique voire mystique. Ses musiciens sont parmi les meilleurs virtuoses de la Havane et délivrent comme le reconnaît Juan Formell (Directeur de Los Van Van) une salsa de luxe, précise, brillante, inventive et naturelle.
Vous avez choisi de récompenser Alexander Abreu pour ses prestations accomplies sur cette année 2012.
Meilleure Chanson de l’Année 2012, Révélation de l’Année 2012, Meilleur Groupe en Live 20121) Meilleure Chanson de l’Année 2012: Angel Yos Y La Mecanica Loca – A Lo Loco Titi
2) Révélation de l’Année 2012 : Tirso Duarte Y La Mecanica Loca – (Album Lucharé)
3) Meilleur Groupe en Live de l’Année 2012 : Tirso Duarte y La Mecanica Loca (Tournée Été 2012) On peut dire que Tirso Duarte Y La Mecanica Loca ont conquis le cœur du public français !
Le 27 Avril 2012 ; lors d’un concert exceptionnel à Bayonne ; Tirso Duarte Y La Mecanica Loca lancent leur CD « Lucharé » dans l’univers de la Timba.
La Super Nova de la Timba francocubaine crée la révélation de l’année avec une œuvre fabuleuse, remportant très haut la main la catégorie Révélation ; avec 85% des suffrages ; consacrant l’ascension de “La Mecanica Loca” dans le paysage timbero et le retour de l’Ange Noir au devant de la scène avec enfin un enregistrement à la hauteur de son génie.
La chanson de l’année est présente sur ce CD, c’est « A Lo Loco Titi » chantée par Angel Yos. Elle l’emporte dans le cœur du public français avec un total de 81 votes, « A Lo Loco Titi » reçoit 46% de votes suivie de « Plato De Segunda Mesa » de Havana D’ Primera avec 31% de suffrages.
Yosvany nous livre avec « A Lo Loco Titi » une pure Timba endiablée, dotée de chœurs accrocheurs, d’un tumbao implacable, contagieux, flirtant par moment avec le Timbaton comme Angel Yos sait si bien le faire.
L’équipe de www.fiestacubana.net, parrain du projet, est fière de décerner par le biais de vos votes ces trois Awards à ce groupe de Toulouse que vous portez dans vos cœurs.
Bravo à Julien Garin Y Su Mecanica Loca dont la force, et l’inspiration, ont séduit bon nombre de Salseros en France, mais aussi dans le monde latino.
Meilleure Chanteuse de l’Année 2012Yenisel « Yeni » Valdes (du groupe Los Van Van)
Yeni charme et excelle lors de ses interprétations avec Los Van Van, son titre « Despues de Todo » est devenu un classique indémodable du groupe et elle hérite aussi du fameux titre « Que Tiene Ese Guajiro » qu’elle interprète à merveille sur scène.
Vous avez choisi de la récompenser cette année et elle remporte ainsi ce fameux prix FC.net de la meilleure chanteuse de l’année 2012, une catégorie où Susel Gomez de la Revé a aussi brillé avec seulement 6 voix d’écart avec Yeni.
Meilleure Chanson de Reggaeton de l’Année 2012El Micha – Un Millon (Album « Fuera De Liga » 2012)
Le reggaeton a encore une fois largement été diffusé sur les ondes à Cuba en cette année 2012, malgré la polémique qu’il suscite.
Beaucoup d’événements, de concerts et de plateaux TV pour une production qui s’est largement développée sur l’île; un nombre croissant de groupes pour des
titres toujours plus nombreux.
C’est la catégorie la plus serrée de ces awards, avec les 3 premiers se suivant à seulement 1 vote d’écart, Adonis MC, Pipey & El Coman2 et leur titre « Agua Sala » finissent 3e, Osmani Garcia & Los Desiguales et leur chanson « Agua » se hissent à la 2e place du podium, mais c’est El Micha qui remporte vos suffrages avec son timbre de voix si particulier et sa chanson au tempo reggae et lancinant : « Un Million » !
Les votes pour l’année 2012 se terminent avec un peu de retard, nous voulions attendre que le site ait fait peau neuve et comme tous les lancements il y a eu quelques imprévus ; mais les Awards 2012 ont bien eu lieu !
Nous remercions tous ceux et celles qui ont pris le temps de voter.
Nous remercions également tous les DJ de France qui soutiennent l’événement, les radios Timba Para Siempre, l’émission de Dj Kinder.Voter pour les FiestaCubana Awards, c’est faire part de ses préférences, exprimer ses choix, et c’est aussi une manière de célébrer le talent des artistes cubains et de soutenir leurs musiques, au delà d’acheter les disques, de télécharger légalement et d’aller aux concerts.
Au nom de toute l’équipe de Fiestacubana, merci pour eux.L’équipe FC.net
par Ahinama | Nov 25, 2013 | Wiki
Chers amis de Fiestacubana.net, nous avons le plaisir de vous annoncer l’ouverture des votes de 2013 pour les « FC Awards 2012 ».
Vous pouvez trouver un peu étrange d’arriver à la fin de 2013 pour décider du meilleur de 2012, on vous l’accorde. Nous vous devons donc une petite explication. En fait, l’opération était prête à être lancée depuis déjà plusieurs mois, mais nous voulions attendre que le site ait fait peau neuve pour vous offrir cette petite surprise supplémentaire.
C’est maintenant chose faite. Alors, à vos écrans, ravivez vos souvenirs et à vous de jouer.
Les votes ont déjà débuté et se poursuivront jusqu’à la fin de l’année. Pour voter, il suffit d’accéder au forum (cliquez sur le bandeau en haut de la page d’accueil). L’inscription est tout à fait possible pour ceux qui ne possèdent pas encore de compte et souhaiteraient participer à l’opération. Une fois sur le forum, cliquer sur Fiesta Cubana Awards 2012 et voter.
Voici, à titre informatif, la liste des candidats sélectionnés par l’équipe FC pour les Awards dans les différentes catégories :
Catégorie MEILLEUR ALBUM DE L’ANNEE 2012
– Tirso Duarte Y La Mecanica Loca : Lucharé
– Havana D’ Primera : Pasaporte
– Pupy : Siempre Pupy
– Maikel Blanco : A Toda Máquina
– Manolin : Tiene Que Ser Manolin
– Klimax : Todo Esta Bien
– Azucar Negra : Se Acabo El Pescao
– Chispa y Los Complices : Fiel A Mi Tumbao
Catégorie MEILLEURE CHANSON DE L’ANNEE 2012
– Havana D’ Primera : Plato De Segunda Mesa
– Havana D’ Primera : El Que Sabe Esta Calla’o
– Maykel Blanco : El Bembe
– Tirso Duarte Y La Mecanica Loca (Angel Yos) : A Lo Loco Titi
– Tirso Duarte Y La Mecanica Loca : Te Quiero Y Mas
– Pupy : Me Estan Llamando
– Azucar Negra : Se acabo El Pescao
– Klimax : Todo Esta Bien
– Adalberto y su Son : La Lengua
– Manolin : Tiene que ser Manolin
Catégorie REVELATION DE L’ANNEE 2012
– Tirso Duarte Y La Mecanica Loca : Lucharé
– Maikel Dinza : Al Compás Del Bailador
– Manana Club Y Papucho : Contra La Pared
– Yuly & Havana C : Todo Lo Malo Se Va Bailando
– JG Juan Guillermo : Empezar de Zero
Catégorie MEILLEUR CHANTEUR 2012
– TIRSO DUARTE (La Mecanica Loca)
– MANDY CANTERO (Los Van Van)
– EMILIO FRIAS « El Niño » (Elito Reve y su Charangon)
– ALEXANDER ABREU (Havana D’Primera)
– NORISLEY VALLADARES « EL NORO » (Pupy y Los Que Son Son)
– DAYAN CARRERA (Pupy y los que son son)
– YORDIS LARRAZABAL (Maykel Blanco)
– ANGEL YOS (La Mecanica Loca)
Catégorie MEILLEURE CHANTEUSE 2012
– HAILA MOMPIE (carrière solo)
– TANIA PANTOJA (carrière solo)
– YENISEL « YENI » VALDES (Los Van Van)
– SUSEL GOMEZ « La China » (Elito Reve y su Charangon)
– MONICA MESA (Solo « El SMS »)
Catégorie MEILLEUR GROUPE EN LIVE 2012
– ELITO REVE Y SU CHARANGON (tournée juin/juillet)
– LOS VAN VAN (tournée mars/avril)
– PUPY Y LOS QUE SON SON (tournée juin/juillet)
– ISSAC DELGADO (concert à Montpellier le 2 avril)
– HAVANA D’PRIMERA (tournée juillet 2012)
– MAYIMBE (tournée mars 2012)
– TIRSO DUARTE Y LA MECANICA LOCA (tournée été)
– MAYKEL BLANCO Y SU SALSA MAYOR
– CONTRABANDO ( Aqui Cuba Rennes)
Catégorie MEILLEURE CHANSON DE REGGAETON 2012
– El Yonki : A Que Me Hago El Yonki (album Super Friki 2012)
– Osmani Garcia & Los Desiguales : Agua (albums El Extermino 2012, La Fabrica de Exitos 2012)
– Los Desiguales : Mentiras (album El Extermino 2012)
– El Micha : Un Millon (album Fuera De Liga 2012)
– Adonis MC, Pipey Y el Coman 2 : Agua Sala (Album « Agua Sala », 2012)
La radio www.timbaparasiempre, bien connue dans le milieu des amateurs de Timba, et désormais partenaire de FC.net, vous servira de plate-forme d’écoute pour ces Awards. Vous pouvez y accéder en passant par le site Fiestacubana.net : la radio s’affiche sur la page d’accueil. Les plages horaires pour l‘écoute des thèmes en compétition sont les suivantes : de 8h à 10h puis de 18h à 20h, 7 jours par semaine. Un tag sur les jaquettes affichées rappelle qu’il s’agit de morceaux sélectionnés pour les « Awards ».
Ce partenariat avec la Radio Timbaparasiempre, mis en place depuis cette année, a d’ailleurs constitué un évènement important dans la vie du site, qui peut ainsi vous offrir, en plus des articles, des informations et du forum, un accès direct et de qualité à l’écoute de la musique cubaine.
Profitez-en aussi pour faire un tour sur la nouvelle version, très enrichie, de notre site, qui comporte désormais plus de 500 articles sur la musique et la culture populaires cubaines !!!
A bientôt à vous tous pour les résultats !!!
L’équipe Fiestacubana.net
par Ahinama | Nov 22, 2013 | Interviews
Manuel José Denis Martinez est une valeur importante de la Timba cubaine et plus généralement de la Salsa. Ce musicien au talent multiforme a en effet été rien moins que membre fondateur du Trabuco de Manolito Simonet, chanteur du groupe Klimax et du Afro-Cuban All Stars, et compositeur de nombreux thèmes interprétés par les chanteurs les plus célèbres comme Gilberto Santa Rosa. Il a également collaboré avec Pancho Amat, Diego Peláez et Willy Rosario.
Mais c’est en tant que directeur et chanteur de son propre groupe Denis y su Swing qu’il est venu donner un concert au Festival Latinossegor d’août 2013.
Cet orchestre nous propose une salsa romantique aux irisations très variées, allant du Cha Cha Cha au Mambo en passant par la Cumbia et le Rap. Son récent thème El Drama donne une assez bonne idée de cet éclectisme stylistique.
Mais j’ai surtout découvert en la personne de son animateur principal, Denis,une « bête de scène » à l’énergie impressionnante, capable de soulever progressivement d’enthousiasme une foule initialement placidede plusieurs milliers de personnes.
http://www.youtube.com/watch?v=SWxahm9QD7s
Ce n’est cependant pas sur une scène de spectacle que j’ai vu Denis pour la première fois, mais au bord de la piscine de l’hôtel d’Hossegor où nous résidions tous les deux. J’étais en train de rôder dans les lieux, à l’affut de quelques images d’ambiance pour le reportage que je préparais pour le festival Latinossegor. En passant devant la piscine, je vis dans l’eau un homme assez corpulent, à la peau couleur café au lait, au visage rond et jovial, barbotant joyeusement en aspergeant assez généreusement les alentours. Pensant qu’il agissait de l’un des musiciens des orchestres qui jouaient ce soir-là, je braquais sur lui ma caméra pour tourner quelques images. Ce que voyant, il commença à me faire de grands signes et à barboter de plus belle. Visiblement très heureux d’être l’objet de mon attention cinématographique, il riait à gorge déployée tout en échangeant quelques plaisanteries avec un autre chanteur cubain, Moreno Chembele, accompagné de son épouse.
Je venais de faire la connaissance du chanteur et compositeur Manuel José Denis Martinez, dit Denis.
L’étape suivante de ma rencontre avec ce personnage à la fois chaleureux, extraverti et hypersensible, se déroula sur la scène du concert, sur la place des Landais d’Hossegor, une jolie place rectangulaire entourée de petites terrasses de restaurant où l’on peut déjeuner agréablement face à la plage – celle-là même où se déroulent en automne des compétitions mondiales de surf.
Avec Denis et son hyperactivité permanente, la scène de répétition se transforma ce jour-là en une sorte de jam session improvisée entre amis : Denis, dans son rôle de maître de céans, allait, omniprésent, d’un musicien à l’autre, réglant ici un micro, essayant là un instrument –car il joue d’à peu près tout – discutant de la position d’un micro avec les techniciens… Un mélange d’homme-orchestre et d’ouragan.
Mais je ne l’avais pas encore entendu chanter !!! Comme l’orchestre jouait déjà depuis une bonne demi-heure, la balance ressemblant de plus en plus à une jam session improvisée par son enthousiaste directeur, la foule des vacanciers commença à s’agglutiner autour de l’estrade pour écouter et prendre quelques photos. Denis, visiblement ravi d’avoir devant lui un public, commença alors à chanter pour eux, oubliant visiblement qu’il était simplement en train de répéter. Comme les gens s’approchaient de plus en plus nombreux, Il commença à s’adresser à eux, leur demandant ce qu’il voudrait entendre et interprétant pour eux quelques notes de leur chanson favorite. Avec son public improvisé, il semblait vraiment nager dans le bonheur, heureux de leur donner du plaisir et de partager avec eux tout en étant au centre de leur attention – une bande d’amis joyeux tournés vers lui comme le tournesol vers le soleil. Tout le monde était ravi et moi le premier. Mais lorsqu’il me vit filmer la scène, ce fut pour lui comme une poussée d’adrénaline supplémentaire. II se mit alors à sourire, chanter et danser devant la caméra.
Mais Denis sait aussi faire preuve d’une chaleureuse sollicitude pour ceux qu’il a choisis pour amis. Un moment indisposé par la chaleur, je m’étais en effet étendu, à l’arrière de la scène, sur une grande caisse de matériel. Remarquant que je n’étais plus à ses côtés, il vint prendre – marque d’intérêt qui me toucha beaucoup – de mes nouvelles. Et il le fit avec tant de jovialité et de bonne humeur que j’éclatais d’un rire amical tout en lui disant : « el periodista esta cansado », « le journaliste est fatigué ». Lui-même éclata alors de rire en faisant passer l’information à la cantonade, musiciens et public inclus, avec une sorte de jubilation enfantine : « el periodista esta cansado !! », « el periodista esta cansado !!». Puis il revient vers moi, me serra dans ses bras et commença à me chanter… une berceuse sur le même thème, tout en ajustant, pour me procurer un meilleur confort, le petit sac à dos que j’avais mis derrière ma tête en guise d’oreiller. Venant d’une gloire de la Timba cubaine, j’étais évidemment très touché par de telles marques d’attention…
Il s’en est finalement fallu de très peu, me semble-t-il, pour qu’il ne commence à improviser un embryon de chanson sur cette phrase…. Enfin, si l’été prochain, vous entendez une nouvelle Salsa intitulée « El periodista esta cansado » et composée par Denis, vous saurez comment lui est venue l’inspiration… Car, comme vous l’apprendrez peut-être en lisant l’entretien qu’il m’a accordé, Denis n’est pas seulement chanteur et directeur d’orchestre, mais aussi – et peut-être surtout – compositeur…
Le reste de l’après-midi se passa autour de la piscine, où les musiciens avaient amené quelques bouteilles de rhum « 7 años », que nous partageâmes en frères… Moins aguerri que mes amis cubains, c’est donc la tête un peu lourde et la démarche légèrement titubante que je me rendis place des Landais pour filmer le concert de Denis y su Swing après l’avoir dûment interviewé.
Ce qui m’impressionna le plus, durant la soirée, fut la très forte présence scénique de Denis et sa capacité à instiller progressivement un enthousiasme collectif dans une foule de plusieurs milliers de personnes au départ relativement calme. Essayons d’en détailler la recette :
– Une formation à l’énergie rythmique communicative, dont le directeur sait mettre en valeur les interprètes en les invitant à des improvisations solos, tout en faisant preuve lui-même d’une impressionnante vitalité.
– Un meneur de jeu généreux qui aime partager la scène avec d’autres artistes invités – comme ce soir-là chanteur Moreno Chembele (photo ci-contre) et la jeune chanteuse Orielis Mayer Lugo (photo ci-dessous).
– Un sens instinctif de la communication avec le public, qu’il sait interpeler, stimuler en reprenant un thème connu comme Guantanamera ou Chan Chan, associer à son jeu de scène en invitant les meilleurs danseurs à venir le rejoindre sur scène pour un petit spectacle improvisé, ou encore en prenant un enfant dans ses bras pour chanter avec lui.
– Enfin, un talent artistique multiforme. Car Denis est à la fois compositeur (un grande partie des thèmes qu’il interpréta ce soir-là étaient de lui), arrangeur (les vieux thèmes comme Guantanamera ou Chan Chan sont « relookés Timba » par lui de manière très convaincante) et chanteur improvisateur (Denis semble capable de bien chanter n’importe quoi, n’importe où et avec n’importe qui). Ajoutons à cette liste déjà longue qu’il est capable de jouer un nombre impressionnant d’instruments (Piano, congas, guitare…)
Bref, avec Denis en meneur de jeu, la scène devient un lieu de fête partagée et improvisée.
Cela se fait-il au détriment de la rigueur et de la clarté musicale ? A chacun de se faire une opinion. En tout cas, j’ai pour ma part passé un excellent moment, surtout pendant la première partie du concert où l’extraordinaire énergie musicale de Denis était parfaitement contrôlée (pour revivre quelques thèmes de ce concert, cliquez sur les liens internet en bas de l’article).
Mais juste avant le concert, Denis avait eu l’amabilité de répondre à quelques-unes de mes questions.
Je vous livre ici le contenu de cet entretien, où il égrené quelques-uns des plus chers souvenirs de sa riche carrière musicale.
Manolito Simonet y su Trabuco
Denis a été membre fondateur en 1992 du groupe Manolito Simonet y su Trabuco, avec lequel il a mené pendant plusieurs années une intense activité musicale. Il m’a expliqué les circonstances de son entrée dans l’orchestre. « Je connaissais Manolito depuis longtemps. Lorsque j’avais 14 ans, il était directeur du groupe Maravilla de Florida. Ils sont venus donner un concert dans ma ville natale, Ciego de Ávila,dans la région de Camaguey. Je regardais l’orchestre, très enthousiaste. Tout à coup, je suis monté sur la scène et j’ai dit à un musicien que je voulais chanter. Manolito m’a regardé et a dit : « Fait chanter le petit ». J’ai commencé à chanter. Quand je suis sur la scène, je deviens une autre personne, je suis complètement en transe. Les musiciens me regardaient et semblaient se dire : « Comment est-il possible qu’un gamin de cet âge puisse avoir l’expérience d’un artiste confirmé ? ». A la fin du concert, Manolito m’a dit : « Quand tu seras grand, tu vas travailler avec moi. »
« Dix ans après, j’habitais La Havane où j’étais arrivé en 1992. Je me suis présenté à Manolito qui était en train de fonder son orchestre Manolito y su Trabuco. Il m’a dit : « tu es le petit gars qui a chanté il y a dix ans à mon concert à Cienfuegos. Ce n’est pas la peine de faire un essai. Tu peux chanter avec moi. ».» J’ai commencé à chanter avec eux dès la fondation du groupe. Ils ont aussi mis à leur répertoire des compositions de moi, comme Guiro, Calabaza y Miel. Cela a été une période musicalement très intense. »
Le groupe KIimax
En 1995, Denis a participé à la fondation du groupe Klimax de Giraldo Piloto, où il a été à la fois chanteur principal et compositeur. Il a enregistré deux CD avec cet orchestre Mira si te gusta et Juego de Manos, réalisant de nombreuses tournées internationales qui lui ont visiblement laissé un souvenir très intense.
« Klimax été l’orchestre où j’ai pu me développer comme compositeur et chanteur et où j’ai pu m’intégrer à la nouvelle génération de la musique populaire cubaine, dont Giraldo Piloto est selon moi l’un des plus grands représentants vivants. Lorsque je suis venu le voir pour la première fois j’avais eu un accident et j’étais en chaise roulante. Lui était déjà connu et jouait dans plein d’endroits comme le Tropicana. Il m’a demandé ce que je voulais et je lui ai répondu que je souhaitais chanter avec lui. Il a alors décidé de me faire passer un test. Il m’a dit : « je vais te faire écouter une chanson et il faut que tu la chantes. Combien de temps te faut-il pour la chanter ? » Je lui ai répondu : « dix minutes », car j’ai une grande mémoire musicale. Il me regarde, un peu surpris, me donne un disque avec trois thèmes et me conduit dans une chambre. J’ai écoute les chansons une fois. Il revient au bout de dix minutes et me dit de chanter la chanson. Je le fais, et il me regarde encore avec surprise, puis me dit : « C’est ok, je te prends dans mon orchestre, mais le premier concert est dans un mois. Est-ce que tu peux le faire ? Je lui dis qui oui. J’ai fais les essais en chaise roulante et, par un gros effort de volonté, j’étais sur pieds pour le concert. C’est ainsi qu’a commencé mon histoire avec Klimax. »
« Avec ce groupe, j’ai fréquenté de grands noms de la musique mondiale comme Celia Cruz, Willie Colon… Je me souviens en particulier d’un concert en Hollande vers 97-98 lors d’un festival où participaient également Ray Charles, Winton Marsalis, Earth Wind and Fire, Al Jarreau, Herbie Hancock. Ils m’ont demandé de chanter avec eux pour la descarga finale. Ils m’ont dit : « Chante ce que tu veux.». C’est ainsi que j’ai chanté Guantanamera avec tous ces grands artistes. »
L’Afro-Cuban All Stars
Denis a participé, en tant que choriste à l’aventure des Afro-Cuban All Stars (phto ci-contre) et à celle du Buena Vista Social club qui l’a suivi. Il m’a raconté la manière dont les choses se sont passées. « C’était vers 1998-1999. Juan de Marcos m’a appelé par téléphone. J’étais déjà à la Havane. Il me dit : « On m’a dit beaucoup de bien de toi. Viens au studio de l’Egrem ». C’est là que j’ai rencontré Omara Portuondo, Ibrahim Ferrer, Ruben Gonzales, Ry Cooder. Ry a amené une bouteille de Johnny Walker et m’a dit : « est-ce que tu peux chante une chanson ? » Je lui ai répondu : « je peux chanter ce que tu veux ». Il me dit : « Rentre dans le studio ». Je commence à chanter le premier des thèmes et tous les vieux étaient très enthousiastes. Ils se sont mis à rigoler en disant : « tu es notre père à tous ».Ry m’a regardé et m’a dit : « tous les autres sont vieux et toi tu es jeune, tu es un gosse. Mais tu peux entrer dans le groupe puisque ce sont tes enfants. » C’est ainsi qu’a commencé pour moi toute l’histoire du Buena Vista Social Club, où j’étais chanteur choriste et qui a gagné en 1998 un Latin Grammy avec son CD. Simultanément, je continuais à animer mon propre orchestre Denis y Su Swing. »
Denis y su Swing
Denis a en effet fondé son propre orchestre, Denis y su Swing, en 1998. Il va enregistrer avec lui plusieurs album au cours des quinze années suivantes, comme « Nunca Pescao, siempre Tiburón » au début des années 2000, et Son de Cristal en 2006.
L’orchestre possède un répertoire très large : musique cubaine, internationale; Cha Cha Cha, Mambo, Cumbia, Rap, etc. » Dans les concerts de mon orchestre, comme celui de ce soir au festival d’Hossegor, j’associe deux types de répertoires : d’une part, des « standards » réarrangés par moi, comme les chansons du Buena Vista Social Club, ou encore La Engañadora, Un monton de estrellas, Che commandante, Guantanamera… Et d’autre part, mes propres compositions comme El Bonbon, El Drama, El ventilador de la Havana, Préguntame como Estoy ou Comigo no se puede. »
Le compositeur
Denis, en effet, n’est pas seulement chanteur, mais aussi compositeur. Avec un grand succès d’ailleurs, puisque plusieurs de ses thèmes ont été interprétés par des grandes vedettes internationales de la Salsa comme Gilberto Santa Rosa. « Une grande partie du répertoire de mon propre orchestre est composé de mes chansons. J’aime inventer des thèmes que les gens vont chanter et danser. Pendant quelques temps, au début des années 2000, j’ai même arrêté de chanté et je me suis un peu enfermé chez moi pour composer. C’était pour moi comme une lutte intérieure, comme un défi de voir mes œuvres adoptées par le public. Pendant cette période, en 2002, j’ai enregistré un disque de House Music, dont tous les thèmes sont de ma composition et comportant un hommage à Perez Prado, qui a connu un beau succès Puis un jour le musicien Roberto Carcacesse m’a dit : « c’est un crime si tu ne chantes pas, retourne chanter, mon frère. ». J’ai alors recommencé à chanter et, depuis, je ne me suis plus arrêté. »
« Actuellement, je prépare avec mon orchestre un nouveau CD intitulé« Contra el olvido. ». C’est un hommage à des artistes représentatifs de la musique cubaine et latino comme Manu Bravo, Julio Iglesias. Il y aura des chanteurs invités comme El Canario, Antonio Carmona…. «
Si vous apprenez que Denis y su Swing passent à côté de chez vous à l’occasion d’un prochaine tournée en Europe, n’hésitez pas : vous passerez avec eux un moment festif et agréable.
Fabrice Hatem
Nb : Certains des photos du groupe Klimax, et du Trabuco de Manolito Simonet figurant dans cet articles ont été reproduites de www.montunocubano.com/, site de référence sur les musiques populaires cubaines. Pour écouter quelques thèmes du concert d’Hossegor le 31 août dernier :
Un monton de Estrellas
https://www.youtube.com/watch?v=pUnqfpj_eTE
Preguntame como estoy
https://www.youtube.com/watch?v=b6ljCBHmYMM
Pour savoir et écouter davantage sur Denis :
https://www.facebook.com/pages/Manuel-Denis-Swing/440734882676433
par Ahinama | Nov 16, 2013 | Interviews
En guise d’introduction…
Installé à Bruxelles depuis 2003, le tresero et chanteur Rey Cabrera est aujourd’hui l’un des représentants les plus éminents de la tradition musicale populaire de Santiago de Cuba. C’est un plaisir immense de l’écouter jouer le Son avec son Septet Rey Cabrera y Sus Amigos. Ces excellents artistes interprètent, avec talent et sans chichis, un répertoire composé de thèmes à la facture simple et forte, souvent composés par Rey lui-même. Une musique merveilleusement propice à la danse, mais que l’on peut aussi goûter en mélomane, tranquillement assis devant un mojito.
Mais Rey Cabrera est aussi une mémoire vivante de l’histoire du Son Santiaguero aux cours de la seconde moitié du XXème siècle. Né comme cette musique dans les collines des alentours de la ville, il a commencé très jeune tôt sa carrière comme musicien de rue en duo avec… Eliades Ochoa, avant de donner vie, pendant plusieurs décennies de travail artistique à Cuba, à la musique populaire sous toutes ses formes : émissions de radio et de télévision, concerts et descargas en compagnie des nombreux groupes auxquels il a participé dans les différents lieux de spectacles de Santiago – au premier rang desquels la fameuse Casa de la Trova…
Il a bien voulu égrener pour nous ces riches souvenirs, bourré d’anecdotes souvent drôles, toujours pleines d’enseignements sur la vie quotidienne des artistes cubains et sur l’histoire de la musique populaire. Cela pourrait fournir la trame d’un véritable roman, dont les péripéties rappellent celle des fameux musiciens du Buena Vista Social Club – un groupe dont il aurait pu de toute évidence faire partie.
Je vous propose de découvrir ce témoignage, enrichi par des captations réalisées lors du concert donné par Rey aux Hangar d’Ivry le 14 juin dernier, dans l’article suivant. Vous y découvrez également une présentation de son dernier CD, Controversia, révélé au public lors d’un concert à Bruges le 5 octobre dernier, et qui s’inscrit comme le reste de l’œuvre de Rey dans la tradition du meilleur Son cubain.
Rey Cabrera : L’histoire du Son au bout des doigts
La vitalité spontanée, le jaillissement multiforme de la culture populaire cubaine m’ont toujours fasciné. Là-bas, le talent artistique peut naître et grandir dans le quartier le plus déshérité, dans le village le plus reculé, dans la maison la plus modeste, comme une vigoureuse semence d’arbre tropical qui bientôt dépasse la taille humaine pour lancer ses feuillages vers le ciel. La densité en est telle que, dans certains quartiers de la Havane de Santiago, chaque pierre semble cacher un artiste. La musique et la danse jaillissent, vivantes et pures, de chaque cour, de chaque fenêtre, de chaque place, de chaque jardin public…
Une scène du film « Buena Vista Social Club » illustre à mes yeux, de manière particulièrement émouvante, cette vitalité. On y voit Eliades Ochoa, marchant, sa guitare à la main et son éternel chapeau de cow-boy sur la tête, dans ce qui semble être une gare de triage ou un dépôt de vieux trains désaffectés (ce qui, à Cuba, revient un peu au même). Il évoque ses débuts de musicien lorsque, encore enfant, il allait jouer dans les rues du port de Santiago, qui était aussi le « quartier chaud » de la ville, pour recueillir quelques pièces de monnaie.
Vivante à jamais dans mon cœur, cette scène présentait cependant pour moi le caractère d’un mythe. Il s’agissait forcément d’un passé hors d’atteinte, dont je ne pourrais jamais que rêver sans pouvoir le rencontrer réellement. Les vieux musiciens étaient morts, les bordels de Santiago étaient fermés depuis longtemps et plus aucun bateau ne déchargeait plus dans le port sa cargaison de marins en goguette… Tout cela était donc définitivement rangé sur les étagères de la mémoire, derrière une transparente mais infranchissable paroi de verre….
Et puis, un soir de juin 2013, j’ai assisté, dans la salle du Hangar d’Ivry, à un concert du vieux tresero Rey Cabrera et de son Septet de Son. Sa voix et des doigts ressuscitèrent alors pour moi ce que le Son Santiaguero avait de plus vivant, rythmé et amical dans sa vigoureuse simplicité qui fait vibrer les coeurs. J’ai alors voulu en savoir davantage sur lui. J’ai interviewé ce musicien. Et brusquement; sans crier gare, a resurgi devant le monde évoqué par Eliades Ochoa – mais pas cette fois sur une inaccessible toile de cinéma : bien vivant, en chair et en os, conté par une voix proche, amicale et chaleureuse.
C’était dans les années 1950, un peu avant le début de la dictature castriste…
Mais n’anticipons pas, et parlons tout d’abord du concert de juin 2013.
C’est sur le conseil de Dj Pascualito je me rendis ce soir-là, avec Salsero Loco Volante Olivier, au concert du Septet Rey Cabrera y Sus Amigos. Il s’agit d’une formation de Son assez traditionnelle avec deux chanteurs (Rey Cabrera au tres accompagné d’une seconde voix aux percussions mineures), un trompettiste, un pianiste, un bongocero, un conguero, et un bassiste. Tous excellents, notamment le pianiste, le trompettiste et Rey Cabrera au tres (voir la liste des musiciens en fin d’article).
Situé sur un terrain très dégagé, juste derrière la mairie, le Hangar d’Ivry est une salle de spectacle installée, comme son nom l’indique, sur les lieux d’un ancien hangar. Si le bâtiment, rectangulaire et longiligne, ne paye pas vraiment de mine de l’extérieur, il abrite une salle moderne et bien aménagée, beaucoup plus longue que large. La piste de danse, où le public se presse debout les soirs de concerts, est assez étroite, un peu coincée entre la scène et la guérite de mixage, qui trône sur une sorte de mezzanine le long du mur faisant face à la piste.
Cette disposition a priori un peu étrange – on a le nez littéralement collé sur la scène – possède un mérite immense, celui de créer une très forte proximité entre les artistes et le public. Et accessoirement, de créer des conditions idéales pour les captations, comme vous pourrez le constater vous-même en regardant les vidéos associées à cet article. Les caméras sont en effet installées en hauteur, à quelques mètres de la scène. Le confort de tournage est encore accru par l’accueil chaleureux, serviable et efficace de l’équipe technique (Pour écouter quelques enregistrements de ce concert, cliquez sur les liens en bas de cet article).
Le concert commença donc, à peu près à l’heure, devant une audience assez fournie de danseurs, dont la présence joyeuse en face de la scène encourageait les artistes à donner le meilleur d’eux-mêmes. Rey Cabrera trônait assis, la guitare à la main devant ses musiciens, imperturbable, hiératique, avec sur son visage rond et boucané un imperceptible sourire qui le faisait un peu ressembler à un sphinx. Il nous interpréta un répertoire de Son à la sonorité très traditionnelle, bien ancrée dans la terre et dans le rythme, avec des solos de trompette, de piano et de tres capables de réveiller un paralytique. Une musique à la fois sans prétention, terriblement dansante, et originale, puisque la plupart des morceaux ne sont pas des reprises de thèmes existants, mais des compositions de Rey Cabrera lui-même. Des compositions d’ailleurs de très bonne facture malgré leur simplicité apparente, et dont plusieurs seraient parfaitement digne d’être intégrées d’emblée dans le noyau du répertoire traditionnel, suivant l’exemple du récent mais déjà intemporel Chan Chan de Compay Segundo.
Une présence scénique forte et tranquille, sans aucune trace d’histrionisme ; une relation simple et amicale avec le public, des compositions de valeur, des interprètes de grande qualité, un mélange d’immense professionnalisme et de décontraction bonhomme : tranquillement assis sur sa chaise, Rey Cabrera son chante la poésie des collines de Santiago, avec ses guateke (petits restaurants), ses bohios (petite chaumière), sa récolte de café, ses bons plats de viande mijotée, les jolis yeux de la fille du voisin…
Un monde mythique, disparu, réinventé par un compositeur moderne en mal de couleur locale ? Pas du tout. Ce monde, c’est celui de l’enfance de Rey, né en 1943 dans une famille de paysans pauvres des environs de Santiago. Et c’est de ce monde pas encore complètement disparu (on peut encore entendre aujourd’hui, au lever du jour, des marchands ambulants chanter leurs pregones dans les rues de la vieille ville de Santiago) dont il m’a parlé lors des entretiens qu’il a bien voulu m’accorder.
L’enfant-musicien : des collines de San Luis au port de Santiago
« Mon père vivait dans les collines autour de Santiago, dans un lieu appelé Los chivos, près du village de Dos Caminos de San Luis. Il était paysan, il cultivait le café et la canne à sucre. Nous étions une famille pauvre, même s’il était propriétaire de sa terre : un lopin de terre, avec quelques animaux, des yucas et des goyaves. Il travaillait aussi pour des plus grands propriétaires.
Notre famille avait 11 enfants. J’étais l’un des plus jeunes. Nous travaillions tous dans les champs avec mon père, avec des bœufs et des machettes. A 4 ans je travaillais déjà dans les champs.
Mon père aimait la musique et jouait du tres, et mes frères aînés aussi. Ils avaient formé un groupe musical, Los complacientes, et, en fin de semaine, le soir, pour un anniversaire, pour les cérémonies de la Santeria ou du Bembé, ils allaient jouer chez les voisins. Mais je suis le seul à avoir suivi une carrière musicale professionnelle.
J’étais doué pour la musique et j’ai été intégré très jeune dans le groupe Flor de oriente. Mes frères m’emmenaient avec eux à la ville en cachette pour jouer et pouvoir se faire offrir un tonneau de rhum. Une fois, nous sommes allés à Guantanamo pour passer une sorte de radio Crochet. Mais mon père s’en est aperçu et a été très fâché.
Mon père était très ami avec le papa d’Eliades Ochoa, qui habitait du côté de Mayari. Ils se sont rencontrés parce que sa sœur était notre voisine. Le père d’Eliades a vu que j’étais doué pour la musique et m’a emmené à Santiago lorsque j’avais 14 ans. C’est là que j’ai commencé à jouer dans la rue, avec Eliades. C’était dans le quartier des prostituées, du côté de Alameda, de Baracones (photo ci-contre). Il y avait beaucoup de cafés, de musique… Nous jouions ensemble pour qu’on nous donne des pourboires. Nous vendions aussi des fleurs. Je faisais les chœurs, la second voix, et Eliades faisant la voix principale. Parfois, nous nous chamaillions, car il voulait être toujours le premier. Il a toujours été leader partout. On se séparait et puis on revenait ensemble. Je jouais aussi avec le groupe Los populares.
Une jeunesse sous la révolution
Ma famille a été pauvre sous Batista, mais elle est restée tout aussi pauvre après la Révolution. Sous Batista, chaque famille pauvre recevait un cadeau de Noël, la Cena de Navidad, mais cela a disparu après l’arrivée au pouvoir des castristes. Quand Fidel est arrivé, il a exigé qu’on apprenne à lire et à écrire. Je savais lire, mais Maria, la sœur d’Eliades (photo ci-contre), ne savait pas, et c’est à ce moment-là qu‘elle a appris. Les musiciens ont dû passer des examens pour obtenir leur diplôme professionnel et exercer légalement. Mais nous, avec Eliades, nous avions toujours joué de la musique spontanément. Nous sommes allés à l’école de musique, mais nous n’aimions pas cela car nous savions déjà plein de choses d’oreille. Nous avions envie de gagner de l‘argent, pas d’aller à l’école. Alors, le professeur nous a dit : « Si vous êtes aussi mauvaises têtes, on va vous renvoyer de l’école ». Nous avons été renvoyés, et nous avons dû faire à la place une sorte de service civil. Nous travaillions toujours dans une école de musique, mais pas comme musiciens. Nous faisions de petits travaux. Par exemple, avons été facteurs pour un théâtre. Mais rien n’a duré longtemps, car ni moi ni Eliades n’avions de discipline. Un jour nous étions en train de distribuer du courrier à bicyclette. Eliades conduisait, moi assis derrière. Nous sommes tombés, et tout le courrier était par terre. Alors ils nous ont retiré ce travail.
J’ai ensuite abandonné la musique et je suis parti vivre de nouveau avec mes parents à la campagne. Puis je suis rentré dans l’armée pendant quelques années.
Pendant la révolution, Raoul Castro avait un camp avec ses troupes près de la maison de mon papa. Je les regardais revenir des combats en me cachant dans un arbre. Alors j’ai compris qu’en me faisant enrôler dans l’armée, j’aurais un petit salaire et à manger. Je me suis donc engagé après la Révolution. J’ai alors suivi une formation militaire avec une discipline très dure. Je suis parti avec mon bataillon vers la région de la Havane. Je me suis même battu dans la baie des Cochons, où mon unité a abattu un avion américain que l’on peut encore voir au musée là-bas. Cela a duré 3 ou 4 ans, et pendant tout ce temps, je n’ai pas eu la possibilité de jouer de la musique.
Puis j’ai quitté l’armée, car j’étais malade et je suis rentré à la maison pour me faire soigner par ma mère. A vrai dire, je n’ai demandé à personne l’autorisation de m’en aller, mais ils ne sont jamais venus me chercher.
J’ai alors repris la musique dans le groupe aficionado Los Populares de San Luis entre 1962 et 1967. Je jouais alors de la guitare électrique.
Musicien professionnel à Santiago de Cuba : l’aventure de Trincheria agraria
Je suis aussi allé à Santiago retravailler avec Eliades dans un groupe non homologué qu’il dirigeait et qui s’appelait Trinchera agraria. Nous allions jouer à la Casa de la trova et pour des émissions de radio. Puis, en 1968, j’ai finalement passé le diplôme de musicien professionnel (photo ci-contre, avec Eliades, de dos).
L’orchestre Trinchera Agraria animait un programme du même nom pour la Radio CMKC et un autre pour Radio Mambi, qui s’appelait Ecos de Nuestra agricultura. Nous devions jouer tous les jours pour être payés. Nous n’avons pas gardé d’enregistrements ni de photos de cette période, mais on voit quelques scènes dans un documentaire d’Yves Billon où nous jouons dans un hospice pour gens âgés.
Au cours de l’émission de radio Trinchera Agraria, j’ai accompagné de grands interprètes, comme Maria Ochoa, Ofelia Suarez, Ramon Galobos, Sita Cuba, Isabelita Perez, ainsi que les poètes Rey Costafreda et Luis Bello.
Les programmes Trinchera agraria et Ecos de Nuestra agricultura était très écouté par des gens de la campagne. Ils pensaient que j’étais poète et parfois ils m’appelaient pour que je chante in vivo une chanson pour une voisine ou une fille dont ils étaient amoureux. Mais en fait je ne savais pas écrire les paroles et j’ai demandé à Rey Costafreda qu’il m’écrive des décimas.
Avec Eliades, nous avons beaucoup travaillé pour le programme de Trincheria Agraria. Puis il a quitté cet orchestre pour rejoindre Cuarteto Patria et je suis devenu directeur de ce groupe. Nos chemins se sont donc un peu séparés à ce moment, mais nous sommes restés très amis. Quand Eliades est venu en Belgique avec le Buena Vista Social Club, il nous a appelés et nous avons fait un grand diner avec lui (photo ci-contre).
J’animais aussi une émission en « live » à la télévision de Santiago, Tele rebelde, qui s’appelait Rumores de la campina. Celle-ci était aussi reprise dans l’émission de la télévision nationale Palmas y caña tous les dimanches soirs. J’ai accompagné à cette occasion beaucoup de grands chanteurs cubains, qui venaient de la Havane à Santiago pour faire les enregistrements : Celina Gonzales, au tempérament très fort et très gai, Gigero de Cienfuegos, Martica Moregon, Ramon Velos, le Quarteto Los Sakras… Cette période a été très heureuse pour moi.
Tout cela a duré pendant une dizaine d’années, jusqu’à la seconde moitié de la décennie soixante-dix. Puis je suis parti me battre en Angola, et je suis revenu à Santiago en 1976. J’ai alors recommencé mes programmes radio, je me suis marié et j’ai intégré le Trio Oriente, dont faisaient partie Fausto (guitare, voix principale), Rafael (guitare d’accompagnement, voix seconde) et moi-même (troisième voix, première guitare). Nous jouions dans différents hôtels : Balcon del Caribe (dans le quartier Versailles), Buccanero, ainsi que dans des restaurants, comme la Parillada de Vista Alegre. J’ai aussi travaillé à l’hôtel Daiquiri, dans la périphérie de Santiago, en même temps que Compay Segundo. Il jouait dans un groupe et moi dans un autre, qui s’appelait le Cuarteto Daiquiri (photo ci-contre).
Il y avait déjà quelques touristes étrangers, mais pas beaucoup. Les musiciens qui travaillaient comme moi pour Cubanacan (l’organisation cubaine du tourisme) avaient un peu plus de possibilités que les autres, mais ils n’avaient pas le droit de recevoir directement des pourboires.
Un jour, à l’hôtel de Las palmas, nous jouions une chanson qui s’appelait Piense en mi. Et, devant nous, deux dames se sont mises à pleurer. On leur a demandé pourquoi. Elles ont dit que c’était à cause de la chanson, qui les rendait très tristes. Alors nous leur avons chanté une chanson gaie et nous avons pris une bière avec elles pour qu’elles d’arrêtent de pleurer et qu’elles oublient.
Au cours de ces années, j’ai bien connu de très grand musiciens, comme ñico Saquito, Adalberto Alvarez, Omara Portuondo (photo ci-dessus), on encore l’orchestre Buena Vista Social Club, dont j’ai accompagné de nombreux musiciens dans le programme Rumores de la campiña.
J’ai beaucoup joué à la Casa de la Trova, avec la Vieja Trova Santiaguera et d’autres musiciens, comme Eliades Ochoa, Felix Dima, Alejandro Almenares, le trompettiste El Paisan. Nous faisions souvent des descargas. Un jour, au début des années 1990, on nous a demandé de venir jouer pour une fête dans un guateke (restaurant) de Puerto Boniato. Mais nous avons bu tout le cachet qu’on nous avait donné. Alors, nous avons dû faire à pied les 20 kilomètres du retour. Heureusement qu’une charrette nous a pris en cours de route !!!
Au cours des années 1990, j’ai commencé à travailler comme chauffeur, au Ministère provincial de l’éducation. Et, à la même époque, je jouais dans le groupe de Maria Ochoa, Corazon de Son (photo ci-dessous). Maria est une très bonne chanteuse du genre campesino, avec un style un peu semblable à celui de Celina Gonzales.
L’installation en Europe et la formation du septet Rey Cabrera y sus amigos
Nous faisions des tournées en Europe avec Maria Ochoa. A l’occasion d’un passage en Belgique, au mois de mai 2002, j’ai rencontré Lydia, puis je suis revenu en tournée en France au mois de septembre. Je suis alors resté en Europe, j’ai rassemblé mes papiers, puis nous nous sommes mariés à Santiago en 2003. Lorsque qu’elle est arrivée là-bas, ils avaient mis tous ses bagages dans une belle voiture pour touristes. Mais quand ils se sont aperçus qu’elle était avec Maria et moi, ils l’ont mise avec nous dans une vieille Lada pour cubains.
Quand je suis arrivé en Europe, j’ai cherché des musiciens pour jouer avec moi. J’ai d’abord rencontré un guitariste et bassiste, Humberto Gonzalez, avec lequel j’ai formé un duo. Humberto avait un cousin, un jeune trompettiste qui habitait à Cienfuegos, Rubén Hernandéz. Nous l’avons aidé à faire venir Rubén, qui est arrivé en novembre 2005 et a tout de suite fait son premier concert avec le groupe. Il a ensuite fréquenté le conservatoire de jazz de Bruxelles. Puis le septet s’est constitué avec l’arrivée d’autres musiciens, comme le pianiste Andrés Fernández « El paisan ».
Le compositeur et son oeuvre
Beaucoup de titres de mon répertoire sont autobiographiques, comme El bohío de Rey Cabrera (qui parle de ma maison dans les collines), La luz de mi corazón (écrit pour Lydia), Camilla (une chanson écrite pour la petite-fille de Lydia, Camilla), Me voy a recoger café (dans mon enfance, je semais et récoltais le café), Canto a Bruselas (un Danzon en l’honneur de ma nouvelle ville d’adoption où je vis depuis 2003). J’écris à la fois la musique et les paroles, comme dans Mi prieta azucarada.
J’interprète aussi des thèmes d’autres musiciens, comme El Guateke de Don Tomas, écrit par Angel Villavicencio, du groupe Guitaras y trovadores.
J’ai déjà publié deux CD en Europe, Color Cuba en 2007 et Cubel Son en 2011. Mon nouveau CD, Controversia, a été inauguré à Bruges le 5 octobre dernier.
Propos recueillis par Fabrice Hatem
Ecouter Rey Cabrera
Rey Cabrera nous propose dans ses CD Cubel Son (2011) et Controversia (2013) un florilège de la musique de l’oriente cubain dans (presque) tous ses états : Son (El guateke de Don Tomas, El bohio de Rey Cabrera, Quien sabe, Ivon, Merci beaucoup, Mi prieta azucarada, Guateke criollo, El cochero, Me voy a recoger cafe,Mi niña mari, Los refrancitos, Le Canto al palenque, El Canto al Sol), Son-boleros (La luz de mi corazon), Changüi (Changüi Mundial, El Yatera), Cha cha cha (Camilla) Fuki Fuki (El Fuiki Fuiki) Danzon (Canto a Brusselas), Bolero-Cha (Pot pourri), avec aussi des reflets de Rumba (Los Testigos, La Calabaza).
Ces thèmes sont écrits et interprétés dans une facture musicale simple et solide, fidèle à la tradition, avec de jolies mélodies bien marquée rythmiquement et le plus souvent très entraînantes pour la danse, qu’il s’agisse des tempos endiablés du Son ou de la voluptueuse langueur du Boléro et du Danzon.
Les paroles, presque naïves, nous font rêver de l’Oriente et de Santiago, en évoquant, avec gouaille ou nostalgie selon les cas, mille petites situations de la vie quotidienne : bons repas dans des bouis-bouis accueillants, amourettes heureuses ou malheureuses, personnages familiers ou picaresques, anecdotes burlesques ou touchantes… Quel miracle que tant de poésie puisse émaner d’un propos aussi simple !!!
Le talent des instrumentistes éblouit à chaque mesure : transparence presque cristalline de la section des percussions qui permet de distinguer clairement chaque instrument ; qualité des solos éclatants de trompette, des improvisations de piano aux reflets très jazzy et de celles, plus traditionnelles mais étincellantes, du tres de Rey Cabrera ; échanges haletants entre soliste et chœurs dans des montunos à l’énergie tourbillonnante.
Ces grandes qualités sont particulièrement marquées dans les enregistrements en « live » : L’orchestre de Rey Cabrera se nourrit alors – suivant en cela la grande tradition de la musique cubaine et tout particulièrement santiaguera – de la forte interaction qui se noue entre musiciens, public et danseurs, dans un échange d’énergie à somme positive ou chaque protagoniste restitue à l’autre davantage qu’il n’a absorbé.
Les musiciens du septeto « Rey Cabrera y sus amigos »
Tres et chant : Rey Cabrera
Piano : Andres Fernandez « El Paisan »
Trompette : Rubén Hernandéz
Bongo, timballes : Gilberto Quevedo
Congas : Amel Serra
Percussions mineures et chœur : Renato Mora
Basse : Humberto Gonzalez ou Dennis Nicles
Le CD Controversiasera bientôt en vente sur i-tunes à partir du 10 décembre et dans les bacs à partir de janvier 2014. Sinon, contacter par e-mail : lydiarey230103@yahoo.fr
Prochaines dates de concerts en Belgique :
23/11/2013 : Concert de Rey Cabrera, Watermael Boitsfort
06/12/2013 : Concert du trio Rey Cabrera, Ogenblik Haren
18/12/2013 : Présentation du film-documentaire « Gol de Cuba », musique de Rey Cabrera, Roma Anvers.
7/02/2014 : Présentation du CD Controversia à Bruxelles, avec la présence de nombreux musiciens, au Théâtre Molière (Muziekpublique) avec une after-party au Midi-Station (place Victor Hortal).
21/02/2014 : soirée Haïti, Roma Anvers
03/05/2014 : Mayito Rivero & Rey Cabrera, Roma Anvers
Quelques titres à écouter sur Youtube :
Me voy a recoger Café
https://www.youtube.com/watch?v=f3Ai1eZXZVI
El guateke de Don Tomas
https://www.youtube.com/watch?v=vwjWFJrGVE4
El bohío de Rey Cabrera
https://www.youtube.com/watch?v=7WV244b5LX0
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par Ahinama | Oct 4, 2013 | Evènements

Qui parmi nous n’a déjà rêvé d’une grande croisière dans les Caraïbes, pour y découvrir, en navigant d’une île à l’autre, la foisonnante diversité des musiques et des danses de la région ? Ce voyage magnifique, l’association Cuba Sin Fronteras nous propose de le réaliser en un seul jour. Et pour un prix de transport plus que modeste : un ticket de RER de zone 4. Pour la 8ème année consécutive, la ville d’Argenteuil va en effet accueillir, 23 mars prochain, le festival Caribedanza. L’objectif de celui-ci : familiariser le public français avec la diversité des expressions culturelles Caraïbes, tout en lui faisant prendre conscience de leur unité profonde. Pendant toute la journée, voisineront dans la salle des fêtes Jean Vilar d’Argenteuil la Samba, le Son, la Rumba, les danses Afro-cubaines, la Rueda, la Bachata, la Salsa, la Kizomba… et j’en oublie….
Une coexistence qui ne choque aucun des vingt artistes mobilisés pour animer le festival, tous convaincus que ces différentes formes d’expression populaire forment en fait une même famille. « Les musiques des caraïbes sont toutes issue d’un processus de métissage multiséculaire entre polyrythmies africaines et mélodies européennes, qui a donné lieu à la naissance d’une phénoménale variété de styles » explique le danseur Cubain Carlos Rafael Gonzales, l’organisateur du festival. Un point de vue partagé par son collègue portoricain Felipe Polanco : « Les phénomènes de métissage qui se sont produits à Porto Rico et à Cuba sont très proches, même si les ingrédients de départ n’étaient pas exactement les mêmes.»

Nelson Palacio au festival Caribedanza 2012
Comme les musiques, les danses présentent, au-delà de différences superficielles ou factices, de fortes similitudes. Elles associent toutes en effet des éléments d’origines africaines (ondulations du corps, déhanchements et mouvements pelviens, genoux pliés, connexion étroite avec le rythme musical…) et européennes (danse de couple enlacée, tenue corporelle, recherche des bonnes manières et de la distinction…). Et Carlos de me démontrer, exemples à l’appui, les passages possibles, à travers des transformations parfois minimes, entre différentes danses caraïbes comme le Son, le Cha Cha Cha, la Salsa, la Samba, la Bachata, et même avec certaines danses africaines récemment influencées par le folklore des Caraïbes, comme la Semba angolaise contemporaine.

Carlos et Maire Line en démonstration de Son
Installé à Paris depuis 1999, Carlos y a joué depuis lors un rôle important dans la diffusion des cultures cubaine et caraïbes, d’abord comme professeur de danse à la Pachanga, puis comme animateur du fameux Diab’litho, qui fut l’un des hauts lieux de la culture populaire latino dans la capitale jusqu’à sa fermeture en 2010. « Il faut transcender les barrières un peu artificielles qui ont été créées en Europe entre les différentes formes de culture caraïbes, alors qu’ils ont en fait une unité profonde. Quand j’étais à Saint Domingue, je me sentais chez moi : même mélange ethnique, même culture yoruba, même sens de fête, même désordre aussi. Cela ressemblait beaucoup à Santiago de Cuba » explique-t-il. « J’aime bien le mélange de tous ces rythmes afro caraïbes. C’est pourquoi je voudrais faire voyager les gens, les former à la connaissance de cette histoire, en prenant ce qu’il y a de bien dans chaque culture. C’est ce que j’ai essayé de faire au Diab’litho, et maintenant avec Caribe Danza.» Un peu comme un modèle réduit du Festival des Caraïbes qui a lieu chaque année à Santiago de Cuba, et auquel Carlos voue apparemment une admiration profonde.

Miguel Gomez y orquesta au Festival Caribedanza 2012
En arrivant à Paris, Carlos a découvert un univers culturel et un état d’esprit très différents de ceux de Cuba. « Ici, les gens sont dans une bonne situation matérielle, mais ont une attitude un peu inhibée. Ils veulent prouver quelque chose aux autres et à eux-mêmes et en dansant. A Cuba, les gens dansent où et comme ils peuvent, pour oublier des conditions de vie difficiles, qui leur donnent par ailleurs une grande force intérieure. Ils cherchent à s’amuser, à communiquer entre eux, à prendre chez chacun ce qu’il a de bien, pas à impressionner les autres ou à entrer en compétition. Aussi, j’essaye d’apprendre à mes élèves à s’ouvrir, à accepter la diversité, le droit à l’erreur, à se débarrasser des peurs qui paralysent. Une fois que l’on a libéré son esprit, on peut faire ce que l’on veut avec son corps. Il est très important de transmettre ces valeurs, d’enseigner ces bases culturelles et corporelles aux européens. »

Alexandre Abreu en 2010
Le festival Caribedanza a été créé il y a huit ans, sous le nom originel de Cubanadanza. « Mais nous avons changé le nom au bout de quelques années, pour élargir la manifestation à l’ensemble des expressions culturelles de la région » explique Carlos. Modeste à ses débuts, celle-ci a progressivement pris de l’ampleur, les succès donnant à chaque fois un peu plus de courage aux animateurs. « La venue d’Orlando Poleo, en 2008, a été un grand moment », explique Nadine Barrillet, présidente de l’association Cuba Sin Fonteras. « Mais c’est lorsque nous avons appris, en 2009, que Manolito Simonet acceptait de participer au festival que nous avons réalisé que les gens nous faisaient vraiment confiance. La soirée a été une grand succès et cela nous a beaucoup encouragés à poursuivre ».

Manilito Simonet y su trabuco en 2009
Aujourd’hui, Caribedanza est devenu un évènement de grande ampleur, mobilisant plus de 50 bénévoles et 20 professeurs. au fil des années, il a vu défiler de prestigieux artistes, comme Alexander Abreu, Geraldo Piloto avec son groupe Kllimax, Cuban Mob…..

Geraldo Piloto et Klimax en 2011
… et aussi plein de groupes de danse, comme l’équipe de démo de l’école salsabor…

…ou le groupe la Timba basé à Caen …

C’est aussi un moment important dans la vie culturelle de la ville d’Argenteuil, dont les habitants participent en masse aux différents stages d’initiation à la danse organisés tout au long de la journée ainsi qu’à la grande soirée de clôture.

Un public conquis par Klimax
Cette année, le festival accueillera pour sa soirée rien moins que le Charangon d’Elio Revé. Un orchestre très profondément ancré dans les formes d’expression populaires cubaines, comme le Changüi, et bien au diapason de cette recherche d’authenticité qui constitue l’esprit de Caribedanza. Les billets se vendent bien et les organisateurs espèrent la venue de plus de 1000 personnes au concert.

Au-delà de leur air de famille, les cultures caraïbes présentent aussi une incroyable variété, comme une poignée de pierres précieuses aux reflets infiniment nuancés jetés par l’histoire moderne sur les rivages de la région. La diversité des origines ethniques, les aléas de l’histoire, les caprices de la géographie, les interactions complexes entre les différents bassins culturels ont constitué le creuset de mille combinaisons originales : Plena portoricaine jouée par des formations proches de celle du Son, mais dont la structure rythmique s’apparente plutôt à celle du Merengue dominicain ; Bomba pratiquée par les esclaves Noirs des plantations côtières de Porto-Rico, mais présentant de fortes similitudes avec la Rumba des faubourgs pauvres de La Havane et de Matanzas ; forte présence dans l’oriente cubain de la culture afro-franco-haïtienne amenée au début du XIXème siècle par les colons français chassés par les révoltes de Toussant Louverture, accompagnés de leur derniers esclaves fidèles ; Cumbia colombienne intégrant des influences noires, européennes et indiennes, pratiquée par les pêcheurs pauvres de la côte de Carthagène, et qui a beaucoup influencé la Salsa…

Tagnon Sessou danse la rumba
Ce syncrétisme s’est également à travers un processus historique complexe de filiations, de transmutations et d’influences croisées : « le Cha cha cha vient du Danzon ; la Bachata est en partie issue du Son ; la Rueda de casino a joué un rôle majeur dans le développement de la Salsa dansée » nous rappelle Carlos. Felipe Polanco, de son côté, évoque volontiers les fortes influences croisées qui sont produites, au cours de l’histoire entre les cultures populaires de Cuba, de la République dominicaine et de Porto Rico.

Yoannis Tamayo en démonstration
Pour rendre compte de cette diversité, les organisateurs ont réuni un « dream team » éclectique d’une vingtaine de danseurs représentants de toutes les cultures de la région : Cuba, Porto-Rico, Vénézuela, Brésil…
Je connaissais déjà plusieurs d’entre eux, dont les noms éveillent pour moi de nostalgiques souvenirs de Santiago de Cuba, ville aimée entre toutes : cours de Son sur les terrasses du quartier de Tivoli avec Victor Manuel Zapata ; accueillants diners offerts par Yanet Ochun dans sa maison familiale située près de la rue Heredia ; interviews d’Onilde Gomez Valon pour Fiestacubana.net où celui-ci évoquait les danseurs de rumba et les groupes de conga de son quartier d’enfance de Los Hoyos, où j’ai moi-même si souvent flâné…

Carlos et Yanet et démonstration
Mais ce reportage m’a également permis de découvrir d’autres artistes : le brésilien Alex Lima, accompagné de ses joueurs de tambours, dont la pédagogie est largement axée sur l’éveil du sens musical de ses élèves de Samba ; la vénézuélienne Yulaidis Villaroel, spécialiste reconnue des danses afro-caraïbes ; ou encore le portoricain Felipe Polanco, dont l’enfance, dans une petite ville située entre San Juan et Loiza, a été bercée à la fois par les Salsa viejas jouées par son père musicien et par les danses traditionnelles de son pays : Bomba, Plena…

Yulaidis et Léo dansent la Kizomba
La plupart de ces artistes sont installés en France, plus particulièrement à Paris, comme Felipe Polanco, tombé amoureux de notre capitale il y a dix ans et qui depuis n’en n’est plus reparti. Le programmen du festival témoigne en cela de la richesse et de la diversité de la présence caraïbes dans notre pays « On retrouve à Paris des gens venus de toutes les Caraïbes », explique Carlos. « Comme ils se sentent parfois un peu seuls, dans une culture étrangère à la leur, ils se réunissent dans des endroits comme hier le Diab’litho ou aujourd’hui la Peña Saint Germain. » Un sentiment d’appartenance commune se forme ainsi. Après voir été la capitale de la littérature latino américaine dans les années 1980, et l’un des centres les plus actifs de la renaissance du tango argentin à la fin du XXème siècle, Paris est-il en passe de devenir l’un des creusets de la culture pan-caraïbes de demain ?
Fabrice Hatem
Pour en savoir plus sur le festival Caribedanza : www.caribedanza.com
par Ahinama | Oct 4, 2013 | Films et DVDs
Documentaire de Fernanda Trueba, France-Espagne, 2000, 60 minutes
Cet excellent documentaire sur l’histoire du Jazz latino possède deux particularités. D’une part, il est presque exclusivement construit autour d’entretiens avec une douzaine de musiciens latinos de premier plan, pour la plupart installés aux Etats-Unis. D’autre part, il n’est illustré que par un nombre très réduit de documents d’archives : photos, matériel audio-visuels ou enregistrements sonores.
Ces caractéristiques s‘expliquent par la genèse de ce film, qui apparaît en quelque sorte comme le « petit frère » d’un autre documentaire, presque entièrement musical celui-là : le magnifique Calle 54, dont la matière principale est constituée de très beaux enregistrements en studio réalisés par une douzaine de musiciens de Latin jazz. Ceux-ci ont également accordé à cette occasion de longs entretiens au réalisateur, souvent sur les lieux mêmes où ils ont passé leur jeunesse et où s’est construite leur carrière : rues et nights-clubs du Bronx ou de Broadway, cabaret de la Havane, plages de Porto-Rico… Seule une petite partie de ce précieux matériel a été utilisée dans Calle 54, le reste étant « recyclé » dans Side B.
D’un côté, donc, un film de pure énergie musicale : Calle 54. De l’autre, une série très dense de témoignages de première main sur le vécu et la trajectoire de musiciens latinos de grand talent : Side B. Deux approches très complémentaires, dont chacune frappe d’ailleurs si fortement le spectateur par son intensité monochrome que celui-ci se prend parfois à regretter qu’elles n’aient pu être combinées – diluées aurait-on envie on dire – au sein d’un film unique.
Les passionnants témoignages des grands anciens, comme Chico O’Farril ou Tito Puente, dont la jeunesse se confond avec celle du Latin Jazz, nous permettent de remonter jusqu’aux sources de ce style, lorsque, au cours des années 1930 et 1940, commence à se rassembler à New-York une communauté de plus en plus importante de musiciens latinos. Le cubain Mario Bauza va alors jouer un rôle pionnier dans la recherche d’une fusion entre Jazz et musique des Caraïbes. Ce style métissé s’appellera successivement mambo instrumental, puis Cu-bop et Afro-Cuban jazz, avant de prendre au cours des années 1960 sa dénomination toujours en usage de Latin Jazz.
L’alchimie du métissage constitue le sujet récurrent de plusieurs entretiens. Bebo et Chuco Valdès rappellent la longue histoire des influences réciproques entre Jazz et musique cubaine, rendues possibles par un va-et-vient permanent de musiciens entre La Havane, New York et la Nouvelle Orléans. Eliane Elias évoque la combinaison génétique particulière de la samba brésilienne, où l’on perçoit, en plus du mélange hispano-africain commun à toutes les musiques caraïbes, quelques influences indiennes. Chano Dominguez décortique, travaux pratiques à l’appui, les similitudes rapprochant les rythmes cubains de ceux du flamenco.
Le bouillonnement musical New-yorkais des années et 1950 et 1960, la fertilisation croisée qui se produit alors entre be bop et musique latino sont évoqués d’une manière particulièrement vivante par le trompettiste Jerry Gonzales : arrivée aux Etats-Unis de grands percussionnistes cubains comme Mongo Santamaria ou Chano Pozo, qui jouera un rôle éminent dans l’orchestre de Dizzy Gillespie ; influence de grands jazzmen comme Charlie Parker ou Georges Coleman sur les jeunes musiciens latinos auxquels ils se mêlent dans de mémorables jam sessions. L’évocation savoureuse par Jerry de sa rencontre avec Dizzy Gillespie constitue une illustration presque parfaite de ce métissage entre rythmes caraïbes et improvisation jazz. Incorporé dans l’orchestre du jazzman nord-américain pour y exercer ses talents de percussionniste, Jerry en profite pour se former à ses côtés à… l’art de la trompette jazz.
Paquito de Rivera évoque pour sa part l’aventure du groupe cubain Irakere, tiraillé entre deux pôles esthétiques : d’une part, une démarche plutôt commerciale orientée vers la musique de danse caraïbes qui en fait un prédécesseur direct de la Timba cubaine ; et d’autre part, une sensibilité plus tournée vers l’expérimentation musicale et le concert, qui l‘intègre pleinement dans le processus évolutif du Latin Jazz.
Le documentaire se termine par quelques scènes de jam sessions improvisées entre les musiciens ayant participé aux deux films. Une manière peut-être de nous dire que ce processus de métissage et de recréation permanente intrinsèquement lié au Latin Jazz, loin d’être un phénomène du passé, se poursuit directement sous nos yeux à l’occasion du tournage du film, qui passe ainsi du statut de documentaire à celui d’espace de création musicale…
Fabrice Hatem
par Ahinama | Oct 4, 2013 | Livres et revues
Ou de la difficulté d’écrire une bonne biographie sur un artiste vivant
Ce petit ouvrage consacré à l’un des fondateurs de la Nueva Trova cubaine appartient à une collection de biographies publié par les Editions Letras Cubanas, aux côtés d’un Benny Moré de Raúl Martínez Rodríguez et d’un Compay Segundo de Luis Betancourt que j’avais beaucoup appréciés. Comme ces autres opuscules, ce petit livre (une centaine de pages de format poche) se divise en quatre parties : la biographie proprement dite, qui ne dépasse pas 40 pages ; un court recueil de citations sur l’artiste ; une mini-anthologie de ses principales chansons ; enfin, une iconographie commentée.
Dans une langue claire, concise, entrecoupée de témoignages de l’artiste, l’auteur(e) nous fait revivre les principales étapes de la vie et de l’œuvre de Pablo Milanés : sa naissance en 1943 à Bayamo ; son enfance dans famille pauvre de l’oriente cubain ; ses premiers pas de musiciens amoureux du Son ; sa découverte du style dit « Feelin » ; ses premiers succès de chanteur-interprète puis de compositeur au début des années 1960 ; son rôle dans la création du mouvement dit de la « Nueva trova » cubaine à la fin de la même décade ; sa participation au Groupe d’expérimentation sonore animé par Léo Brouwer à l’institut cubain du Cinéma (ICAIC) au cours des années 1970 ; l’essor de sa carrière internationale qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui ; ses différentes tentatives, généreuses mais souvent sans lendemain, pour aider à la promotion des artistes et de la culture populaire cubaine…
Nous pouvons ensuite savourer les textes de ses principales chansons, comme Mis vientidos años, Para vivir, Se el poeta eres tú, La vida no vale nada, Amor, Amo esta isla, Te quiero porque te quiero, La felicidad, La soledad, Sandra, Plegaria, Despestar, etc.
Je n’ai cependant pas éprouvé le même plaisir à la lecture de cet ouvrage qu’à celle de ses petits frères consacrés dans la même série à Benny Moré ou à Compay Segundo. La principale raison tient au caractère très lisse et assez froidement factuel de l’écriture de Clara Díaz. Le livre se présente un peu, en effet, comme un curriculum vitae bien fait et très détaillé, mais dépourvu du souffle de passion, des anecdotes palpitantes, des portraits plein de vie qui faisaient la valeur des deux autres.
Par exemple, Clara Díaz ne nous dit absolument rien de la vie sentimentale de Pablo ; elle ne nous livre aucun détail sur l’évolution de sa pensée politique et notamment sur sa prise de distances progressive par rapport au régime cubain actuel. Elle ne fournit également aucune analyse musicologique ou littéraire de l’œuvre du compositeur, se contentant d’égrener, au fil des pages, la liste commentée des CDs édités, des chansons écrites, des concerts et des tournées. De même, l’analyse de filiations et de ses affinités artistiques de Pablo – son amour pour le Son, sa longue collaboration avec Silvio Rodriguez, son intérêt plus récent pour le Jazz afro-cubain – restent, en gros, limitée à l’énumération détaillée des musiciens avec lesquels il a travaillé, des concerts qu’il a donnés, ou des orchestres auxquels il a participé.
Tout cela est un peu décevant et surtout insuffisant pour comprendre la trajectoire d’un auteur-compositeur dont le répertoire, mélange de thématiques personnelles et de chansons engagées, mériterait des mises en perspective et des analyses plus poussées dans ces différentes dimensions. De plus, écrit en 1999, le livre ne nous dit rien (en tout cas dans la version que j’ai eu entre les mains) sur les 13 dernières années de la carrière de Pablo. Or, celles-ci furent extrêmement fécondes, comme en témoignent les discographies que l’on peut trouver sur Wikipedia (1) ou sur le site personnel de l’artiste (2).
Nous touchons sans doute ici à l’une des limites principales du travail de Clara Díaz : écrire une biographie sur un personnage vivant, dont la coopération est nécessaire pour la publication du livre, peut contraindre fortement la liberté d’expression de l’auteur. Il est en effet tentant pour celui-ci – voire inévitable dans certains cas – d’éviter les sujets polémiques, gênants ou douloureux, de ne pas se livrer à des analyses personnelles pouvant présenter un aspect critique, de passer sous silence les accidents ou incidents de la vie de l’artiste, ses faiblesses et ses défauts éventuels, etc.
Mais tout cela limite alors considérablement l’intérêt du travail biographique. L’alcoolisme de Benny Moré, l’instabilité chronique de Sindo Garay, les périodes creuses dans la carrière de Compay Segundo, les démêlés de Miguel Matamoros avec le régime de Géraldo Machado, constituaient par exemple des ressorts dramatiques majeurs dans les différentes biographies que j’ai pu lire à leur sujet. Et si, comme on le dit, les peuples heureux n’ont pas d’histoire, comment les poètes sans histoire pourraient-ils, de leur côté, alimenter leur inspiration ? Et c’est cette clé de compréhension sur Pablo Milanés qui, justement, fait cruellement défaut dans le fort honnête ouvrage de Clara Diaz.
Fabrice Hatem
Clara Díaz, Pablo Milanés, Editorial Letras Cubanas, 1999, ISBN, 959 10 0470
(1) http://es.wikipedia.org/wiki/Pablo_Milan%C3%A9s
(2) http://www.milanespablo.com/
par Ahinama | Oct 3, 2013 | Paroles commentées
Pour consulter une traduction de cette chanson, cliquez sur le lien suivant : yosoy.
Ecrite en 1947 par Celinia González et Reutilio Dominguez, cette chanson utilise les structures du punto cubain traditionnel : successions de strophes composées de vers de huit ou dix syllabes, accompagnement de guitare.
Comme beaucoup d’autres oeuvre du répertoire de Celinia González[1], elle exalte l’une des composantes du patrimoine culturel cubain – ici, le punto – et, à travers celui-ci, l’histoire toute entière du pays.
La simplicité de ses paroles et de sa musique, l’interprétation énergique de la chanteuse, son style populaire teinté d’un patriotisme sans complexe, expliquent sans doute le succès immédiat rencontrée par cette chanson dès sa création.
Je vous propose de l’écouter dans une interprétation assez « kitch » de Celina González, tout en lisant ma traduction.
Fabrice Hatem
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