par Ahinama | Déc 4, 2008 | Interviews

A la veille quasiment de leur débarquement en France, les Suédois sont de retour avec, en toile de fond, un second album qui promet… Car le groupe scandinave a une marque de fabrique qui ne laisse personne indifférent. Si Timbalero se souvient qu’à la première écoute (et grâce à lui) de la maquette de « Con Fuerza », j’étais dérouté, je ne le suis pas resté longtemps… La Calle Real casse les codes de la Timba pour nous procurer une musique exceptionnelle… Bordeaux et Paris n’ont qu’à bien se tenir, mais on sait aussi que la France sait accueillir les talents… Patricio, le directeur de la Calle Real se confie aux lecteurs de WWW.FIESTACUBANA.NET avec exubérance et sensibilité…
1/ JACK EL CALVO: cher Patricio, merci de donner un peu de ton précieux temps à www.fiestacubana.net . A la fin de cette semaine, tu donnes deux concerts en France. Enfin la Calle Real est de retour ! Raconte-moi quels sont tes souvenirs de tes concerts en France en 2007 ? Tes impressions ?
PATRICIO: salut Jack et merci pour cette interview. Oui, c’est vrai nous sommes finalement de retour avec une série de nouvelles chansons également.
A ce moment précis, je regarde un des prix décernés par www.fiestacubana.net que je tiens d’ailleurs dans mes mains. Et oui nous avons été récompensés par deux fois : un pour le « meilleur album salsa de l’année 2006 » et l’autre pour « la meilleure découverte de l’année 2006 ». J’en garde un à la maison et l’autre dans notre studio de répetitions.
Je ne peux m’empêcher de décocher un grand sourire quand j’y repense…
Le public, l’écoute, les fans, les mains, tous ces visages heureux, toute cette hystérie quand nous avons reçu ces prix, quand le public chantait nos chansons par coeur, breaks inclus ! C’était une belle et chaleureuse expérience à laquelle aucun d’entre nous n’était préparé !
En fait, je pense que le travail fourni par www.fiestacubana.net ou www.timba.com pour promouvoir la Timba est absolument essentiel si nous voulons écouter plus de timba dans le futur.
Le monde manque de « forums » où les artistes Timba sont reconnus pour leur travail et crois moi, en tant que musicien et auteur, recevoir cette tangible reconnaissance nous aide beaucoup.
2/ JACK EL CALVO: votre premier disque « Con fuerza » (2005 ou 2006) a été un véritable cyclone dans le panorama de la salsa.
Vous nous avez sorti d’une certaine routine en cassant certains codes. Vous nous avez offert une véritable bouffée d’air frais. Je peux te dire que le public a été immédiatement sensible à votre musique. Selon toi, quelle est la recette de la réussite de CALLE REAL?
PATRICIO: Jack, je m’incline et te remercie devant ces mots qui me touchent.
Tu ne sais pas à quel point je suis curieux de savoir quels sont les codes que nous avons cassés ! Alors dis-moi stp ! Il est évidemment important pour moi de comprendre comment nous sommes perçus. Très souvent, nous ne sommes pas forcément les meilleurs pour décrire notre propre travail et trouver les bons mots est plutôt difficile. C’est pour cela que la perception extérieure des gens peut nous aider. C’est une réelle benediction que le public ait été si sensible à notre musique et que notre musique puisse s’exposer à leurs oreilles, leurs coeurs et leurs âmes. Nous nous étonnons toujours d’avoir des fans. C’est comme avoir un bon ami dont tu réalises soudain l’importance. Tu te sens alors un peu dépassé par cette émotion pendant un court instant. Puis la vie reprend son cours et la « normalité » reprend le dessus. C’est ce que nous ressentons à propos de notre public.
Peut-être est-ce cela que le public ressent et entend; du moins je l’espère !
La recette du succès de Calle Real doit être l’ardeur au travail, beaucoup de compromis et la passion.

3/ JACK EL CALVO: mis à part la Suède, quels sont les pays dans lesquels tu penses être le plus populaire ?
PATRICIO: je ne suis pas totalement sûr, mais je pense que la France est en haut de la liste (NDLR : Oh que oui !). Il y a d’autres endroits également au top de la liste comme San Francisco et ses environs, mais la France est vraiment spéciale, peut être à cause de son romantisme…!
4/ JACK EL CALVO: même si tu as raconté ton histoire un million de fois : comment est née l’idée de la CALLE REAL ? Comment la CALLE REAL a finalement décidé de sonner ainsi ?
PATRICIO: j’ai 2 versions pour répondre à ta question : une courte mais aussi une plus longue !
La version courte : l’idée de la Calle Real est née lorsque j’ai décidé de jouer plus sérieusement de la musique et non plus comme un simple hobby. J’ai découvert plus tard que des amis partageaient le même désir. Nous avons donc fait un essai et cela a très bien fonctionné dès le premier coup. En prenant soin de ce « momentum », nous nous sommes progressivement développés musicalement et quantitativement pour tenter de recréer le « nouveau » son de l’île de Cuba, à l’époque majoritairement du Son.
Mais étant Suédois, nous ne pouvions ni être Cubains, ni jouer comme des Cubains. Nous avons donc créé notre propre style tout en respectant certains codes cubains. Notre sonorité d’aujourd’hui est le fruit de plusieurs années de travail et reste en constante évolution. Au départ, notre musique s’assimilait plutôt à du Son classique, puis elle a progressivement évolué vers une Timba plus actuelle.
La version longue serait :
L’embryon du groupe que vous connaissez aujourd’hui n’était qu’un simple trio jouant du Son classique, la musique traditionnelle cubaine des anciens. Cette musique a une origine passionnante qui fait vibrer notre nature suédoise mélancolique. Bien sûr, Buena Vista Social Club était une de nos principales influences. Mais avant que nous réalisions cela, beaucoup d’entre nous ont été à Cuba apprendre cette musique. Chacun de nous a des histoires différentes à raconter sur Cuba, comme chacun a sa propre relation avec ce pays.
En ce qui me concerne, j’ai démarré l’embryon fin 1999 avec mon plus jeune frère et le précédent chanteur lors de l’animation d’une soirée privée pour une association de salsa qui célébrait son anniversaire à Stockholm. Nous nous appelions « Los Magnificos « , et nous pouvions seulement jouer trois chansons à l’époque ! Nous portions aussi des chapeaux de paille sur scène… Je suppose que notre modèle devait être Compay Segundo ! Cette seule et première apparition nous a conduit à une beaucoup plus importante deux mois plus tard: nous étions censes assurer la première partie des célèbres… « Los Papines » dans une grande salle de concert de Stockholm ! Pour je ne sais quelle raison Los Papines n’ont pu venir et nous nous sommes retrouvés le seul orchestre live de la soirée. Heureusement ce fut essentiellement un succès pour nous, beaucoup de personnes adorèrent notre performance. C’était tellement sincère et brut.
J’ai soudain réalisé que ce projet avait un avenir prometteur. Et j’ai ainsi commencé à dédier mon temps à vouloir le faire vivre.
Comme j’ai dû plus tard me rendre à l’évidence qu’il n’était pas facile de partager une vision ou un désir. J’avais le sentiment que nous pouvions faire la différence, et créer notre propre style ensemble. Pas seul, mais ensemble. Or, plus tard, j’ai dû malheureusement accepter le fait que mon frère devait déménager dans une autre ville pour son école de théâtre. Le groupe a alors perdu son bassiste. Rickard Valdés (aujourd’hui conguero et timbales) et Thomas Eby (aujourd’hui chanteur puis conguero) ont ensuite intégré le groupe. Puis nous avons commencé à engager des potes musiciens de notre circuit de connaissance au fur et à mesure que cela se faisait ressentir.
Au depart; il nous fallait faire fonctionner la section rythmique. Puis il nous a fallu trouver un nouveau guitariste. C’est à ce moment là que Gunnar Thullberg (piano et guitare) est entré dans le groupe. Nous avons ensuite pensé à des cuivres et Petter Linde (trompette) a intégré l’équipe pour faire à lui tout seul une section de cuivres ! Il a été seul pendant presque deux ans avant que Karl » Kalle » Frid (maintenant au chant et au guiro, puis au trombone) ne le rejoigne. Rickard et le premier bassiste sont partis à Cuba pour 6 mois.
A ce moment là, Harry Wallin (batterie et timbales) est arrivé. Après leur retour, le bassiste a quitté le groupe et nous avions une « machine » totalement fonctionnelle et prometteuse mais sans bassiste. Nous avons ainsi trouvé Andreas Unge (actuel bassiste).
Lorsque nous sommes entrés en studio pour l’enregistrement de notre premier album, Jacek Onuszkiewicz (trompette) et Cezary Tomaszewski (trombone) ont complété la section de cuivres pour aider Petter alors que Kalle voulait être sur le devant de la scène. Michel Zitron (vocals) et Magnus Wiklund (trombone) furent les derniers à intégrer le groupe pour finaliser le format d’aujourd’hui qui est donc à peu près 4 cuivres, 4 de section rythmique et 4 devant.
Un certain nombre de musiciens sont passés chez nous bien sûr et la direction du navire a donc changé quelques fois également. Mais le potentiel a toujours été clair pour moi.
En étudiant ce que nous avons accompli, je pourrai dire que les objectifs durant ces années ont été dépassés par le potentiel que j’ai toujours ressenti en nous et par les circonstances nous environnant à chaque instant.
Commencer à jouer du Son fut la meilleure des choses que nous ayions pu accomplir en tant que groupe. Cela prend des années pour un musicien avant de comprendre complètement les conséquences de la clave sur les harmonies et le rythme et d’assimiler le style, surtout si le musicien n’a pas grandi avec cette musique. Ce fut une bonne école pour commencer, pas impossible à accomplir et finalement très groovy. Dans le groupe, des personnes comme moi ont dû apprendre les bases de la musique avec le Son. D’autres ont dû réadapter leurs oreilles à cette nouvelle musique et apprendre ce style. Pour tout le monde; ce fut une période de construction.
Ressentant absolument le besoin de monter notre propre oeuvre – écrire de nouvelles chansons et passer un message au monde extérieur – nous avons commencé à composer rapidement. Une de nos premières chansons populaires fut « Gozando », un vieux cha-cha à la mélodie prenante. Puis le process d’écriture devint de plus en plus expérimental, accélérant le tempo, se focalisant de plus en plus sur le groove avec une orientation plus » dance floor ». Je pense qu’il s’agissait alors comme d’un fossé qui se dressait devant nous, nous forçant à faire un changement radical dans nos nouvelles chansons, sans que nous n’en ayions nous même conscience.
Rickard m’a dit qu’une fois en présentant notre première demo contenant un répertoire Son à son frère ainé Chucho Valdés, il n’a pas dit grand chose. Puis après un moment il s’est exprimé avec surprise : pourquoi est-ce si rapide ? Et effectivement sans que nous le sachions, notre BPM (NDLR : « beat per minute » indiquant la vitesse) était bien plus haut comparativement à l’album du Buena Vista Social Club. C’est à ce moment là que nous avons commencé à parler d’ « Acid Son ».
Une des bonnes choses que nous ayions faite fut qu’à chacun de nos nouveaux concerts à Stockholm, nous présentions une nouvelle chanson. A cette époque, la scène Son et Timba montait en puissance à Stockholm. Beaucoup de groupes avaient des qualités plus ou moins bonnes mais la plupart n’avait pas la force de survivre longtemps. Trop de projets de reprendre » El Cuarto de Tula » trop souvent des perspectives trop courtes, pas de vision, pas d’esprit d’équipe. Ils n’étaient pas destinés à avoir du succès.
Avec l’arrivée de Gunnar qui avait déjà joué de la timba au piano et d’Harry Wallin qui avait joué de la batterie avec des groupes d’Afrique de l’Ouest et de jazz, cela est soudain devenu plus facile de tester de nouvelles idées et d’expérimenter une sonorité que nous ne pouvions jouer en faisant du Son.
Bien que j’ai dit une fois à Rickard que Calle Real ne jouerait jamais de la Timba et qu’il faudrait me passer sur le corps ! Je réalise aujourd’hui que c’était pour moi une manière de dire que je ne comprenais pas comment se jouait la Timba… A l’époque c’était bien trop complexe pour moi. Bien sûr j’adorais danser sur la musique de Los Van Van, La Charanga Habanera et de Paulito , mais pour la jouer… Cela sonnait trop étrange et la plupart du temps il n’y avait aucun couplet ou quelque chose d’assez accrocheur dont je puisse me souvenir jusqu’à ce que cela sonne comme une interminable jam-session. Pas de réelles chansons…
En fait le problème était juste de trouver les bonnes chansons.
Je crois que c’est » Con la conciencia tranquila » de Paulito qui m’a ouvert l’esprit au vocabulaire de la timba. Je me suis alors ravisé sur le fait de ne pas jouer de la timba.
Un jour, on nous avait booké pour une soirée sur un bateau de croisière avec la demande spécifique d’avoir un tiers de notre repertoire composé de reprises de salsa.
C’est là que nous avons commencé à jouer des chansons de Grupo Niche, Fania All Stars, Africando, Isaac Delgado, Los Van Van et nous l’avons plutôt bien fait. Après cela, jouer ou non de la timba est une discussion que nous n’avons plus jamais eue !!!!
Jouer de la timba était quelque chose qui nous rendait plus confortable avec le format du groupe et la façon de jouer sur scène. Beaucoup d’énergie et d’attitude en même temps.
Bien que le Son soit groovy, son format de gloire repose plus sur un format de formation réduite et une attitude plus en retrait. L’attitude exubérante de la Timba nous collait mieux à la peau et comblait nos besoins nouvellement découverts.
Aujourd’hui, nous jouons majoritairement de la Timba ou du Songo à l’exeption de quelques chansons de Son.

<Patricio Sobrado, directeur de Calle Real
5/ JACK: j’ai entendu dire que tu as appris tout seul le Tres. Est-ce vrai ? Est ce l’instrument que tu as choisis dès le début ? Comment un musicien suédois d’origine chilienne tombe amoureux de la musique cubaine ?
PATRICIO: oui c’est vrai. Je suis autodidacte mais dans le respect de la musique et du jeu du Tres dans la musique cubaine. Avant je jouais de la guitare et je jouais notamment pas mal de chansons folkloriques chiliennes. Ma mère faisait partie d’une troupe de danse folklorique au Chili. Lorsque j’étais plus jeune, Silvio Rodriguez était un de mes artistes favoris et je jouais souvent ses chansons. Je sortais aussi dans des lieux salsa à Stockholm où je rencontrais également d’autres « latinos ». Je ne savais pas danser mais j’aimais la musique.
J’ai toujours eu cette touche de mélancolie dans mon humeur, alors comme une sorte de tuteur la première écoute du disque de Buena Vista Social Club m’a redonné l’esprit et la vibration de la musique de mon enfance. Alors je pense que mon coeur était déjà largement ouvert à cette musique en rapport aux anciens grooves et aux mélodies mélancoliques.
En m’y intéressant de plus près, j’ai découvert un secret jusque là incompréhensible pour moi : il n’est pas contradictoire d’interpréter des histoires tristes et des chansons mélancoliques de manière joviale et dansante !! C’était juste un autre emballage mais le message était bel et bien là : il contenait beaucoup de passion, d’histoires d’un amour meilleur et de destin.
Je crois que c’est à ce moment là que je me suis réellement fait accrocher.
J’ai été à Cuba 6 ou 7 fois et bien sûr quand j’ai commencé à jouer, j’ai pris des cours avec de grands professeurs cubains de Tres comme Cesar Lozada (tresero of Los Jovenes Clásicos del Son). C’est plus précisément lors de mon 3ème voyage à Cuba que j’ai commencé à jouer du Tres. Mais j’ai surtout appris par moi-même sur le tas en pratiquant, en cherchant ce qui était faisable…Et je découvre encore beaucoup de choses aujourd’hui, c’est comme un processus interminable.
La musique possède de multiples facettes qu’il nous faut sans cesse explorer dans l’objectif de devenir meilleur musicien. Du coup, j’essaie aujourd’hui de me tenir au courant et d’être à jour sur tout ce qui touche à la théorie musicale afin de comprendre plus de choses. Le piano est un instrument extraordinaire pour écrire des chansons et j’utilise pratiquement la même approche avec les autres instruments.
La Timba demande beaucoup de rigueur pour n’importe quel musicien. C’est une musique basée sur un groove métronomique et qui se joue avec une précision au millième de seconde. Cela demande un travail d’équipe qui suscite un échange de modèles rythmiques et mélodiques entre les différentes sections d’un orchestre à travers principalement des arrangements ouverts. Mais cela reste principalement un « voyage » en énergie.
Pour moi dans la musique tout est notion d’énergie. Si tu dois écrire une chanson, il s’agit de savoir comment et où tu la positionnes (l’énergie) comment tu l’exhortes, comment tu joues avec, comment elle te surpasse ou comment elle t’explose.
Tu peux toujours analyser un effort simple de cette perspective d’énergie et tu commenceras à voir d’intéressants modèles, pourquoi tel ou tel détail etc…
Pour ma part, le Tres a une simplicité par ses 3 paires de cordes. Mais en même temps c’est un instrument exigeant. Il est très rythmique comme la plupart des instruments utilisés en Timba. On peut utiliser le Tres dans des formations réduites de 2 ou 3 musiciens, comme dans des formations plus grandes. L’instrument joue alors un rôle différent, il est donc à mon avis un instrument versatile.
6/ JACK: seul un musicien est cubain dans le groupe (Rickard Valdes). Est-ce qu’iI vous donne des indications sur les codes de la musique cubaine ? Je suppose que vous avez tous beaucoup étudié à Cuba ?
PATRICIO: ha, ha, ha. Un cubain dans le groupe…Et bien non, je vais devoir te décevoir mais Rickard est seulement à moitié cubain… En effet, son père est le célèbre et légendaire Bebo Valdés, mais il n’en reste pas moins qu’il a du sang suédois et qu’il a grandi et était élevé en Suède. Il a lui aussi découvert la musique beaucoup plus tard et il n’est devenu musicien qu’à l’âge adulte.
Il est vrai aujourd’hui que Rickard est un véritable passionné et fanatique de Timba…Il a une collection impressionante de disques et de DVD à vous faire envier et il apporte comme personne d’autres dans le groupe de l’énergie et des idées. Cependant, il n’est pas si impliqué que cela dans l’écriture même de nos titres.
Tous les membres du groupe, exceptés Rickard et moi même; sont des musiciens qui ont été formés en écoles et qui ont étudié pendant de nombreuses années. Et seule la moitié du groupe a passé un temps de sa formation à Cuba, sorte d’année de specialisation…La plupart de nous tous avons appris sur le tas en écoutant, en pratiquant, en recherchant…C’est définitivement la meilleure école.

7/ JACK: quelles sont vos influences musicales ? Cubaines et/ou autres ?
PATRICIO: bien sûr que nous sommes influencés par de nombreux artistes de la scène de la Timba, mais nous nous inspirons aussi d’artistes issus d’autres genres musicaux.
Pour ne citer que quelques uns des groupes de Timba que nous préférons : Los Van Van, Pupy, Dan Den, NG la Banda, Elito Revé, Manolito y su Trabuco, Manolin el Medico, Pedro Pablo, La Charanga Habanera, Paulito, Isaac Delgado, Irakere, Maikel Blanco y su Salsa Mayor, Michel Maza, Bamboleo, Azucar Negra, Haila et les tout derniers que j’oublie de mentionner…
Chaque membre du groupe a ses préférences… donc si vous posez à l’un d’eux la même question, il est fort probable qu’il vous cite ces noms dans un ordre différent et peut être même qu’il en rajoute!
Certains d’entre nous préfèrent le groove du Songo, d’autres préfèrent celui de la Timba. La Calle Real est un petit peu un mélange des 2.
Nous écoutons aussi beaucoup de musique cubaine traditionnelle étant donné que nous avons presque tous aussi joué dans différents groupes de Son (modeste petit plus). Je veux bien sûr parler ici d’Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo, Guillermo Portabales, Compay Segundo, Trio Matamoros, Septeto Mayor, Cachaito et beaucoup d’autres.
Mais je dois avouer que notre inspiration majeure vient du Jazz (à la fois classique et contemporain), de la Jazz Fusion pour certains d’entre nous, et du Jazz Hardcore pour d’autres. Plus de la moitié des membres du groupe sont issus d’une formation jazz et ont en joué pendant de nombreuses années.
Le Pop Rock et les hits actuels, font également partie de nos influences puisque certains d’entre nous font aussi de la pop music et en vivent.
Pour résumer, je dirais que la Calle Real est un melting pot, un mix d’influences de la musique contemporaine avec le vocabulaire de la Timba pour l’exprimer.
8/ JACK: quelle musique as-tu de chargée dans ton lecteur MP3 au jour d’aujourd’hui ?
Quel genre de musique as-tu l’habitude d’écouter ?
PATRICIO: et bien, en ce moment pour être honnête, j’écoute beaucoup les titres du futur album de la Calle Real, étant donné que nous sommes en plein enregistrement.
Sinon, en temps normal, j’ai plutôt l’habitude d’écouter de la Soul : Stevie Wonder, D’Angelo, Amp Fiddler, Donny Hathaway… Tout dépend de mon humeur !
9/ JACK: bon; Patricio, parle nous de ton futur album ! Tout le monde l’attend impatiemment! J’ai entendu 2 nouveaux titres en live plutôt impressionnants: « ABREME LA PUERTA » et « NO ME DIGAS QUE NO ». Ces 2 titres vont-ils figurer sur le nouvel album ? Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus : le titre du nouvel album, sa date de sortie…etc ?
PATRICIO: c’est exact, nous sommes en train de travailler sur notre nouvel album et je dirais qu’il est pratiquement fini. Il reste encore quelques details post-production à affiner avant le mix final. Si tout va bien le master du CD devrait être prêt vers Février. A partir de là, il faudra compter quelques mois avant qu’il ne soit commercialisé sur le marché. L’affaire n’est pas encore tout à fait conclue donc à suivre…J’aimerais pouvoir vous donner une date exacte de sortie mais je ne peux vraiment pas pour le moment.
Disons qu’en ce qui me concerne; je prévois une sortie si tout va bien pour le Printemps 2009. Mais cela reste du domaine de l’hypothèse.
Pour répondre à ta question, oui les titres que tu as mentionnés figureront sur notre prochain album. En fait, un enregistrement pirate d’une de nos représentations sur scène à un festival Salsa au Venezuela, circule à travers le monde et a même figuré récemment au top ten du hit parade de DJ Melao sur Timba.com.
Je trouve ca assez marrant parce que moi même je ne suis pas en possession de cet enregistrement. C’est tellement agréable de savoir que les gens aiment tant notre musique au point de s’échanger un enregistrement à travers le monde quand même.
Les titres dont tu parles sont :
« Abreme la puerta » : une chanson sur le fait de revenir trop tard à la maison face à un amour fâché !
« La eternidad del amor » : la chanson parle d’un amour que tu as vécu un temps et qui finalement restera éternel quoiqu’il puisse arriver…

10/ JACK: Patricio, quels sont les problèmes que tu as pu rencontrés sur ce projet de sortie de nouvel album ?
PATRICIO: les problèmes que nous avons rencontrés sont essentiellement financiers et logistiques.
Nous sommes 12, et il a été assez difficile de trouver un créneau commun dans nos agendas respectifs plutôt chargés pour l’enregistrement studio, afin de caler les bases, les voix, les cuivres et les détails de post production…Tout cela demande beaucoup de temps. Et avant tout cela, nos titres devaient être finalisés.
Etant donné que nous n’avons pas de compagnie de disque derrière nous, nous faisons tout par nous mêmes. Nous écrivons toutes nos chansons de manière gratuite et nous nous occupons nous mêmes des arrangements. Thomas et moi avons passé un jour par semaine cette année à écrire les paroles et les mélodies. Gunnar, Karl and Petter ont apporté leur propres contributions aux titres en écrivant les arrangements des cuivres pour Thomas et mes chansons.
Donc au final, une fois l’album finalisé, nous commencons avec un déficit d’environ 10 000 euros. Il s’agit donc ici d’un projet basé purement et simplement sur notre volonté personnelle. Nous espérons simplement pouvoir couvrir cette dette dans les années à venir. Jusque là nous n’y sommes malheureusement pas arrivés mais nous continuons quand même.
11/ JACK: peux-tu nous décrire la place de la Timba en Suède ? Le public est il assez large ? Il existe beaucoup de très bons et incroyables musiciens de Jazz – je pense notamment à Esbjorn Svensson : RIP !- mais aussi de salsa en Suède. Peux-tu exliquer ce phénomène ? Cela vient-il de la formation scolaire ? Existe-t-il des formations spéciales ?
PATRICIO: oui c’est vrai. On trouve beaucoup de bons musiciens de renommée internationale en Suède. Cela est peut être dû aux écoles de musique accessibles à tout le monde dès le plus jeune âge mais aussi à une tradition, un héritage et une curiosité pour les musiques du monde.
Il n’est pas question ici de copier ou faire une musique similaire. Il s’agit plutôt d’une façon d’exprimer un désir ou de raconter une histoire, fruit d’une tradition qui existe depuis des années. Je ne suis pas certain, mais je pense que Stockholm va rester pour un moment le « nid bouillant » de la timba. Cependant, il faut garder cela en perspective.
La Timba n’est pas un courant musical à proprement dit comme la pop, le rock , le hip-hop ou même le reggaeton. La Timba est encore confinée à un sous ensemble culturel.
Donc mes amis musiciens sont obligés de travailler avec des artistes des courants principaux pour subvenir à leurs besoins.
Dans un monde meilleur nous pourrions payer nos charges en jouant de la Timba mais c’est loin d’être le cas aujourd’hui.Je crains que ce ne soit la vérité !
12/ JACK: as tu des connections avec JANNE BOGDAN, de Soneros All Stars, un autre tresero suédois ?!
PATRICIO: oui je connais bien Janne du temps où il dirigeait le groupe Stockholm Soneros à Stockholm. En fait, ce groupe a débuté 2-3 ans avant même que la Calle Real ne soit conçue. Ils ont même été les premiers à surfer sur la vague du Buena Vista Social Club avec succès.
J »ai joué avec presque tous les musiciens de ce groupe qui s’est malheureusement dissout quelques temps après.
Aujourd’hui Janne s’implique dans des projets de production de disques Timba avec des musiciens cubains.

Thomas Sebastian Eby, chanteur
13/ JACK: quel serait ton rêve en tant que musicien aujourd’hui ?
PATRICIO: mon rêve serait de consacrer plus de temps à écrire de la musique au lieu de passer mon temps à trouver un moyen pour payer le loyer.
Mon second rêve serait de pouvoir faire des tournées plus sérieuses. Je pense que public doit avoir la possibilité de découvrir notre musique live.
Nous sommes déjà partis en tournée au Venezuela, à Cuba, en Ethiopie et au Mali ou nous avons eu de très très bons resultats. Je rêve aujourd’hui de pouvoir partir en tournée en Amérique du Sud, aux Etats Unis et en Europe bien sûr.
14/ JACK: est-ce que vous souhaiteriez faire passer un message en particulier à votre public francais et aux lecteurs de www.fiestacubana.net ?
PATRICIO: j’ai hate de vous voir ce week end en France. Nous sommes tous très impatients d’arriver.
Je crois sincèrement que si nos fans de France ont aimé notre 1er album alors ils vont encore plus apprécier le prochain !
LA CALLE REAL:
 | Thomas Sebastian Eby a étudié plusieurs années la percussion, notamment au CNSEA à la Havane, Cuba. Il possède un grand sens des arrangements et de la musique dansante. Il a eu une forte influence sur le développement musical du groupe. Même si son intrument principal est la percussion, il est également très demandé pour les vocaux et a tourné avec la plupart des plus grands artistes en Suède. Après 4 années de congas et de vocaux, Thomas a pris le rôle de chanteur principal dans le groupe en 2004. |
 | Patricio Sobrado est le directeur du groupe et est l’un des deux qui n’a pas eu de formation musicale ou qui n’est pas issu d’une famille de musiciens. Autodidacte en guitare et tres. Il a été happé par la musique cubaine après plusieurs voyages à Cuba. Armé d’un Masters d’ingénierie Civile du Royal College of Engineering de Stockholm et de plusieurs années d’expérience en tant que chef de projet, il est d’un des fondateurs du groupe en 1999. |
 | Gunnar Thullberg est un musicien qui est aussi doué à la guitare qu’au piano. Il a également étudié à la Havane. Sa musicalité est étonnante ce qui fait de lui un des pianistes de salsa les plus recherchés en Scandinavie. Son timing brillant et son groove conduit la section rythmique du groupe. Gunnar a rejoint Calle Real en 2002 en tant que guitariste puis s’est mis au piano quand la direction totale du groupe a été modernisée. A côté de ses études d’économie à l’Université, Gunnar est un musicien freelance qui a joué avec notamment Calixto Oviedo y La Recompensa, Gilito y su clave, La Tremenda, Horace Korn et Hans Solo Super Orchestra. |
 | Andreas Unge est probablement connu aujourd’hui comme l’un des bassistes les plus demandés en Europe. Il est également un producteur respecté et participe à l’élaboration de nombreux hits commerciaux pour des artistes européens. Andreas est diplômé du Musikkonservatoriet (Royal Music College) de Copenhague. Il a joué avec Ricky Martin, Christian Waltz et Simone Moreno comme avec des chanteurs suédois comme Robyn, Jennifer Brown, Jessica Folcker et Stephen Simmonds. Andreas a rejoint Calle Real en 2003 et est devenu un pilier de la section rythmique du groupe par sa vertu de la précision et la confiance qu’il donne. Il est un des rares à posséder une Azola Baby bass, typique pour jouer de la Timba. |
 | Rickard Valdés est le second du groupe à ne pas avoir une formation musicale. Né et élevé dans une famille musicale légendaire. Son père Bebo Valdes a gagné 5 fois le Grammy. Comme son frère, Chucho Valdés (Irakere), grand joueur de piano Latin Jazz et recompensé de Grammy, l’héritage musical coule dans ses veines. Rickard a rejoint le groupe en 2000 et a commencé par les bongos, puis les timbales et enfin les congas. Mais son instrument principal reste les Timbales. Avec son feeling spécial pour la musique cubaine, il est un des piliers de la section rythmique. Il a joué dans le groupe de son père pendant 8 ans et a participé à la victoire pour le Grammy du meilleur album « Lagrimas Negras » et « Bebo de Cuba ». Aujourd’hui percussionniste freelance , il a déjà joué avec Bebo Valdés, Chucho Valdés, Paquito D´Rivera, Giovanni Hidalgo, Patato Valdés, Juan Pablo Torrés, Francisco Aguabella, Diego Urcola, Michael Mossman, Mario Rivera, Luis Bonilla, Milton Cardona, Joe Gonzales, Pablo Calogero, Steve Berrios, John Benitez, Andy González, Jerry González, Dafnis Prieto, Raul Agraz, Bobby Porcelli, Douglas Purviance, Papo Vázquez, Ray Vega et Alicia Keys. |
 | Harry Wallin a étudié la musique plusieurs années dans différentes écoles de Suède. Batteur, il est capable de jouer de la pop, du rock, du R&B, soul, jazz, afro pop et aujourd’hui de la timba. En tant que fils du pianiste de jazz Per Henrik Wallin, Harry a grandit dans un environnement musical et a hérité de dons musicaux. Harry a rejoint la CALLE en 2002 et a commencé à la batterie. Lorsque le groupe s’est développé, Harry s’est mis à la batterie et aux timbales comme il se doit de le faire à Cuba ! Musicien freelance, talentueux est lui aussi très demandé ! |

Jacek, Petter, Magnus, Cezary
Jacek Onuskiewicz est né en Pologne en 1980 et a commencé la trompette à l’âge de 13 ans. Il étudie actuellement au Kungliga Musikhögskolan (The Royal Music College en Suède). Jacek est devenu member de la Calle en 2005 et s’est fait depuis connaître pour sa capacité à jouer avec talent les notes les plus hautes. Musicien freelance également.
Petter Linde, trompettiste, est diplômé de Kungliga Musikhögskolan (The Royal Music College en Suède) en jazz et en musique Afro-Americaine. Petter a intégré le groupe en 2001 et est aujourd’hui en charge de la section de cuivres. Petter arrive aujourd’hui à vivre de la musique grâce à ses participations à plusieurs groupes suédois.
Magnus Wiklund tromboniste suédois. Informations non communiquées. NC.
Cezary Tomaszewski est un tromboniste expérimenté qui a étudié dans plusieurs écoles différentes. Sa sonorité particulière fait de lui un musicien très recherché, collant parfaitement à la musique de la Calle Real qu’il a intégré en 2005. Cezary a joué avec Florence Valentin et La Tremenda.
 | Karl « Kalle » Frid, tromboniste très talentueux et est sorti d’écoles aussi prestigieuses que The Royal College of Music à Londres et le CNSEA à la Havane, Cuba. Kalle est aussi diplômé de The Royal Music College en Suède? Il a rejoint le groupe en 2003. Au départ, il a créé avec Petter la section de cuivres, pour se metre ensuite aux vocaux et au güiro. Aujourd’hui Kalle est un musicien également très recherché ! |
par Ahinama | Nov 5, 2008 | Biographies

Le lendemain de sa Victoire au Festival CUBADISCO 2008 qui lui a décerné le Prix du Meilleur Disque de Musique Populaire Cubaine, Elio Revé, directeur du Charangon nous recevait chez lui avec le photographe Patrick Bonnard, alias DannyRose. Il nous a invité d’autant plus volontiers que FiestaCubana.net lui avait remis quelques mois auparavant la le prix du meilleur CD de l’année 2007, pour le superbe album » Fresquecito » et que Elito a gardé un très bon souvenir de ses concerts en Suisse et en France…
Elito nous livre dans cette très belle interview tout ce que vous auriez aimé savoir sur le Charangon sans avoir jamais osé le demander ! Le Changüí, La Salsa, ses expressions singulières ou ses onomatopées, l’histoire de son Orchestre, de sa famille et surtout sa vision de sa musique et du succès du nouveau Charangon dont il a la charge depuis le décès de son père, Elio Revé, le Papa de la Salsa.
Domicile d’Elito Revé – 24 Mai 2008 – 12:30 Leonel: Nous sommes actuellement dans la demeure du si célèbre Elito Revé, directeur du Charangon, orchestre qui vient d’atteindre ses 52 ans. Merci de nous recevoir dans ta maison pour faire cet entretien.
Je tiens d’abord à te féliciter pour les 2 Prix que tu as gagné cette année avec la dernière production du Charangon, le Premier Prix du Disque de l’Année de Fiestacubana.net, mais aussi et surtout tu viens à peine de recevoir au Festival CUBADISCO 2008 le Premier Prix de Musique Populaire Dansante : Félicitations !
Elito: Et bien, je me sens très heureux avec ces 2 récompenses. Dès qu’il est sorti, le disque » Fresquecito » a eu beaucoup de succès, ici a Cuba et en Europe, et partout. Il s’est passé quelque chose d’intéressant. Tu te rappelles quand le premier morceau du disque a été inauguré … (Elito commence à chanter) : » Ya no puedo darte lo que tu me pides… » Ca a marché aussitôt ! Ensuite nous avons lancé « Fresquecito », le morceau puis le disque complet. Ca a été aussitôt un grand succès.
Leonel: Dans ce disque les anges t’ont apporté beaucoup d’inspiration ¡ Il y a beaucoup d’autres morceaux comme « No Te voy a dar nada mas », un tube qui a pris très vite, » Fresquecito « , » A Sancochar Boniato « , » El Martes « , un ancien morceau de Los Van Van.
Elito: Non, c’est effectivement un titre de Juan Formell, mais lorsqu’il était encore musicien de La Orquesta Revé. Ce morceau a été joué par la Revé en 1967. On en a fait une nouvelle version pour le disque » Fresquecito.
Leonel: La Orchesta Révé a intégré les meilleurs musiciens de Cuba !
Elito: Sont passés par la Orquesta Reve Juan Formell, Cesar « Pupy » Pedroso, Yumuri, Juan Carlos Alfonso, El Lele, le père et le fils, et bien d’autres musiciens, comme Chucho Valdés.
Leonel: Et Enrique Lazaga?
Elito: Non, Enrique Lazaga, non.
Leonel: Mais je sais qu’Enrique Lazaga est passé par le même orchestre que ton Papa.
Elito: Tu parles de La Ritmo Oriental ? C’est un orchestre qui a été issu de l’Orchesta Revé.
Leonel: Revenons à « Fresquecito », l’autre succès c’est « El Jonron », que chante Robertòn.
Elito: Oui, Robertòn de Los Van Van et nous avons aussi invité à jouer sur ce disque Irving, le violoniste de Los Van Van.
Leonel: Ah oui ? Et l’excellent morceau « A Sancochar Boniato » qui a deux parties, qui commence comme une rumba-guaguanco et qui continue en son-montuno. C’est vraiment une surprise quand le son-montuno démarre. Mais c’est un morceau qui accroche tout de suite son auditeur. Il y a aussi d’autres morceaux comme « La Viuda », « La Madrugada », « El Teléfono ».
Elito: Il y a aussi le « Changüí Original »
(Elito chante) « Vamos a bailar el Changüí. »

Elito Revé recevant le prix fiestacubana.net des mains de DJ Jack el Calvo
Ecouter l’extrait audio n°1 de l’interview
Leonel: Dans chaque disque que tu as dirigé, tu as mis un morceau de changüí traditionnel. C’est très important pour toi ?
Elito: Bien sûr! Le Changüí, c’est ce que mon papa a amené à La Havane en 1956. Il l’a arrangé, il a ajouté des violons, une flute. A cette époque, dans les années 56-60, la Orquesta Revé était une charanga car elle avait des violons.
Leonel: C’est pour cela qu’on l’appelait El…. (Je me ravise car le nom Charangon a été apposé bien plus tard) … Une charanga ?
Elito: Il faut l’appeler Orquesta Revé. A cette époque, l’orchestre n’avait pas encore de trombones. Il y avait Juan Formell a la basse, Pupy au piano.
Leonel: Mais qui était le flûtiste ?
Elito: Canto, Orlando Canto qui est devenu ensuite le flutiste de Los Van Van jusqu’à il y a quelques années.
Leonel: Orlando Canto qui a sorti un disque avec Mandy comme chanteur, un très bon disque. En tout cas, il y a de nombreuses étoiles qui sont passées par la Orquesta Revé.
LA FAMILLE REVE – DE GUANTANAMO A LA HAVANE
Leonel: Tu nous as indiqué que l’Orquesta Revé a été fondée ici à La Havane. Mais tu as toute ta famille à Guantanamo, n’est-ce pas ?
Elito: Ma famille est à 90 % sur Guantánamo. Mon père est venu à La Havane en 1956 avec ma mère. Ils ont eu trois filles et je suis le seul garçon. J’ai deux sœurs qui sont nées à Guantanamo et moi je suis né ici à La Havane ainsi que ma petite sœur.
Leonel: Ca fait de toi un Habanero! Et la province Orientale ne te manque pas?
Elito: Effectivement ! Dès que je peux je vais à Guantánamo. J’ai beaucoup de famille là-bas et aussi à Sagua de Tanamo (NDLR: entre Mayari et Moa, quasiment sur la côte Atlantique, au nord de Guantánamo).
Il y a une municipalité rurale de la province d’Holguin qui s’appelle Sagua et là-bas ils s’appelent tous Revé ! Ils font partie de ma famille. Il y a des blancs, des métis, des noirs et de toutes les couleurs mais ils sont tous des Revé ! Raúl Revé, Félix Revé, Beatriz Revé…
Leonel: Revé, ca sonne un peu français.
Elito: Oui, et Revé ca veut dire rêve en français ! » en français c’est révé! « . A l’époque de la traite des esclaves, il y a de nombreuses années, Revé était un colon qui avait une raffinerie de sucre à Guantánamo et à Sagua. Il fut avec une esclave, puis une autre si bien que commencèrent à naître des Revé par ci, des Revé par là… et de fait on donnait à ces enfants illégitimes le patronyme du maitre Revé.
L’HEURE TRAGIQUE D’ELITO
Leonel: Maintenant nous allons malheureusement parler d’un moment tragique pour toi et pour Cuba. Ton père fut une immense figure de la musique cubaine. Il a dirigé pendant quasiment 50 ans le Charangon mais il est malheureusement décédé a la fin des années 90.
Elito: Mon papa a eu un tragique accident le 23 Juillet 1997 en se rendant au carnaval de Santa Clara.
Leonel: Au niveau musical, c’est cet accident qui t’a propulsé au devant de l’orchestre. Comment s’est opéré le changement ? Comment es tu devenu le directeur du Charangon ? Comment ca s’est passé car tu n’étais pas préparé pour ça?
Elito: Ecoute. J’ai commencé dans l’Orquesta Revé, j’avais 19 ans. Mais j’ai commencé dans l’orchestre par jouer la clave parce qu’il y avait déjà un pianiste et on ne pouvait pas enlever le pianiste de l’époque ! On parle des années 80 et ensuite je suis devenu le clavier de la Orquesta. Je suis donc monté au devant de la scène avec mon père alors que j’étais encore très jeune.
Quand est survenu le tragique accident de mon papa le 23 juillet 97, j’étais déjà devenu le pianiste de la Orquesta Revé.
Leonel: Tu étais déjà le pianiste de la Revé?
Elito: En fait j’étais pianiste. Mais il y avait un autre pianiste dans l’orchestre afin que je puisse assumer la direction de l’Orquesta Revé, jusqu’à aujourd’hui. Et cela fait 11 ans que je dirige l’Orquesta Revé.

Elito Revé au Cabaret Sauvage – Paris – 22/07/08
Ecouter l’extrait audio n°2 de l’interview
Leonel: Tu as donc été préparé empiriquement. Tu as une technique de piano très originale dans ta manière de jouer le clavier avec les poignets très relevés. Tu as été diplômé dans une école de musique ou tu as fais ton apprentissage dans le Charangon ?
Elito: Non, je suis diplômé de l’école de musique. J’ai étudié au conservatoire Manuel Saumell à Cuba, un très bon conservatoire d’ailleurs. Mais le Charangon a été pour moi une école parce que j’y ai appris ce qu’est le Son, ce qu’est le Changüí.
Leonel: Absolument, c’est pour ça que tu es, que tu te présentes ou qu’on te présente comme « El Príncipe Del Changüí »! (Le Prince du Changüí)
LA MUSIQUE DU CHARANGON ! CHANGUI ou SALSA?
Leonel: Une question pour le Maestro, une question de musicologue pour nous aider nous autres, les européens, les yumas, à situer ta musique et la musique de l’Orquesta Revé. En effet, on identifie le Charangon au Changüí mais nous savons que même s’il y a des morceaux qui sont du Changüí traditionnel il y a aussi d’autres morceaux de Son, comme « Ruñidera », qui est un son, un son montuno. Il y a aussi le dernier morceau « A Sancochar Boniato » qui finit en son-montuno, qui commence en rumba mais finit en son-montuno. Vous ne jouez pas seulement du Changüí, et à Cuba on appelle ton Papa » El Papa de la Salsa » si bien que certains d’entre nous sont perdus. En définitive que joue la Revé ? Du Changüí ? De la Salsa ¿ Du Son ¿ Tu peux nous aider à nous repérer?
Elito: Bien, la Revé, notre musique c’est le Changüí. Il y a beaucoup de groupes dans le monde entier qui jouent la Salsa. D’ailleurs LA SALSA C’EST LA MUSIQUE CUBAINE ! Mais nous avons notre propre style, notre manière de jouer et si tu écoutes l’Orquesta Revé tu sais que c’est l’Orquesta Revé, car aux timbales, la frappe et la base rythmique des timbales est ce que fait le bongo dans le Changüí original.
Leonel: C’est pour cela que cela parait si frénétique?
Elito: (chantant): « para ta co to, ta co to, ta co to, rocoto to, rocoto pin, pa rocoto pete pete pete pin pan … Vamos a bailar el Changüí ….pan, pete pete pete pin pa »
Ce coup, cette frappe grave est ce que fait le bongo, dans le Changüí original. En fait mon papa a vu cette manière de jouer les bongos, cette rythmique et il l’a transférée aux timbales. C’est pour cela que la forme et l’expression rythmique de l’Orquesta Revé ne ressemble à aucun autre orchestre parce que nous avons les racines du Changüí.
Leonel: De fait, la première fois que j’ai vu le Charangon en 2001-2002, à la première chanson je me suis dit » Mais qu’est-ce que c’est que cette musique ? » Je n’y comprenais rien mais j’ai été contaminé ce jour là et dès la deuxième chanson, j’étais devant la scène pour danser jusqu’au bout. Cette musique accroche. Elle est très contagieuse.

Lionel Rogier et Elito Revé
Ecouter l’extrait audio n°3 de l’interview
Elito: Nous avons aussi un tres. Nous avons un tres dans la baraque. Dans le Changüí il y a un tres.
Leonel: Vous avez eu le meilleur tresero de Cuba, Papi Oviedo…
Elito: Papi Oviedo a été le tresero de l’Orquesta Revé.
Leonel: Mais ça a changé. Je l’ai rencontré, tu as enregistré avec El Guajiro de Holguin.
Elito: El Guajiro a aussi été le tresero de l’Orquesta Revé.
Leonel: Et maintenant c’est Jorge…
Elito: Jorge-Luis, c’est le Tresero.
Leonel: Jorge-Luis est celui qui est resté car El Guajiro n’est pas resté très longtemps dans le Charangon.
Elito: El Guajiro est resté un peu plus de 2 ans avec nous.
Leonel: Et maintenant, depuis combien de temps Jorge-Luis est dans le Charangon ?
Elito: Cela fait déjà 8 ans.
Leonel: C’est très difficile de trouver un bon tresero à Cuba?
Elito: Non, c’est que… non ce n’est pas difficile. C’est la manière de jouer le tres, cette manière de jouer le tres dans l’Orquesta provient du Changüí.
Leonel: Il faut sentir la cadence si particulière du Changüí, j’imagine?
Elito: La cadence, la forme rythmique … Le Changüí a une forme très particulière de jouer.
ORQUESTA REVE: UN ORCHESTRE MODERNE DE CHANGUI
Leonel: Quelle est la relation entre le Changüí et le Son? Certains musicologues disent que c’est un ancêtre du Son et d’autres qu’ils sont apparus à peu près à la même époque
Elito: Ecoute, la cellule rythmique vient du Changüí. Nous avons un tres qui nous différencie des autres orchestres, et avec lequel nous faisons la cellule rythmique du Changüí. Nous avons une basse, une baby-bass qui joue comme la marimbula du Changüí. Tu n’as jamais vu une marimbula de changüí ?
Leonel: Si! Là-bas, vers Santiago de Cuba.
Elito: Nous autres nous faisons à la basse ce que fait la marimbula du changüí.
(Chantant) « Kin Kon, KiKin Kon Kon, tsi, Kin Kon, tsi, KiKin Kon Kon »..
Ca c’est ce que fait la basse. Si bien que nous autres… Il y a beaucoup de choses du Changüí que nous transférons à notre manière de jouer dans l’orchestre.
Les trombones sont syncopés. En effet, rien qu’avec un Mambo de la Orquesta Revé tu te mets à danser.
Leonel: En effet vous avez un travail des trombones très particulier.
Elito: (chantant) :
» Paan wum bom bom, pe pum baam, pe pum bam, pa pa pa,
…Tremendo jalajala, Tremendo traqueteo…
Paan wum bom bom, pe pum pe, pe pu pe, po po po… »
Du coup l’effet des trombones est très rythmique.
Leonel: Et vous avez dans l’orchestre de grandes figures du trombone comme « El Caramelo de Zamorana » !
Elito: Ulises Benavides , Orlando… Orlandito, et il y a aussi Yamer. En effet nous avons aux trombones Ulises, Orlando et Yamer.
Nous avons aussi Aisar, le bassiste de la Orquesta, très bon. Le pianiste est Pachy.
Leonel: Le propre fils de Pachy, le directeur de l’orchestre Original de Manzanillo?
Elito: Oui, Pachy Naranjo. Aux congas on a Adrian, le güiro c’est Maikel, voyons….
Les quatre chanteurs: Dagoberto qui est » Le Classique » des chanteurs, la voix historique c’est » El Sinsonte « , et j’ai deux jeunes chanteurs, » El Galan » et » El Chino « .
Le bongosero, c’est Ariel!
Le tresero, c’est Jorge-Luis et aux timbales…

Elito Revé
Ecouter l’extrait audio n°4 de l’interview
LES TIMBALES DE PERE EN FILS
Leonel: Aux timbales, comment s’appelle-t-il ?
Elito: Andy, Andy.
Leonel: Ce n’est pas difficile d’assumer les timbales après Papa Revé?
Elito: C’est un peu difficile.
Leonel: J’imagine qu’il est dans une situation où il a beaucoup de pression, n’est-ce pas ?
Elito: Non, mais Andy a su progresser. C’est un jeune musicien qui a une grande technique et qui est très rythmique. Il sort de l’Ecole de Musique et ça fait déjà 4 – 5 ans qu’il joue dans l’orchestre. Il a étudié la cellule rythmique de l’époque où mon papa jouait les timbales. Il connaît bien la percussion et il lui a fallu s’immerger dans ce rythme pour que ça sonne…
Leonel: Ce rythme ne peut s’apprendre en dehors?
Elito: Non, il faut s’immerger, on ne peut l’apprendre à l’extérieur.
LA ORQUESTA REVE ET LA SALSA
Leonel: Ton papa chante « Mi Salsa Tiene Sandunga » et il y rend un hommage aux salseros, il appelle Johnny Pacheco son frère… quel fut leur relations ? Ils se sont connus au niveau personnel ou seulement par musique interposée ?
Elito: Non, mon papa a eu des relations avec ces salseros parce que l’orchestre a beaucoup voyagé. « Mi Salsa Tiene Sandunga » est un morceau qui a été composé pour le programme de « Mi Salsa » qui a duré 11 ans à la Télévision Cubaine. Et le générique de l’émission c’était la Orquesta Revé.
Leonel: C’est pour cela que l’expression est restée que ton père est » El Papa de La Salsa «
Elito: Oui.
Leonel: C’est la vérité qu’Oscar D’Leon est venu dans votre maison à Guantanamo ou c’est une légende ?
Elito: Non, quand Oscar D’Leon est venu à Guantanamo, il a parlé avec mon père, j’étais un jeune à l’époque. Et Oscar D’Leon a joué à Guantanamo en 1983-1984…
Leonel: On dit d’Oscar D’Leon, qu’on appelle à Venezuela le Diable Rouge, qu’il est venu à la maison de la toupie et qu’il l’a faite virevolter !
Elito: Effectivement il l’a bien faite tourner ! Quand Oscar D’Leon est venu à Cuba et que j’étais encore jeune, il a joué la musique cubaine et il l’a très bien joué !
Leonel: Il a chanté Benny More…
Elito: Il a chanté Benny More, il a chanté de nombreux morceaux et c’est vrai qu’il a très bien chanté et qu’il a très bien interprété la musique de notre pays. Mon plus grand respect pour ce grand Sonero ! Oscar D’Leon !
Leonel: En continuant d’analyser la relation entre l’Orquesta Revé et la salsa, ce que tu nous a éclairci d’une manière inespérée, tu nous a expliqué que le jeu du Charangon prend sa source dans les racines profondes du Changüí.
Elito: Oui, nous jouons avec les racines profondes du Changüí mais que nous enrichissons. Quand tu écoutes l’Orquesta Revé en 1956, dans les années 70, 80, tu vas voir que la Orquesta a beaucoup évolué, tu te rends compte du temps qui a passé, des époques et des générations successives mais la sonorité, le style et el » Sabor » sont restés.
LES TROMBONES DU CHARANGON
Leonel: Et quand avez vous introduit les trombones ?
Elito: Les trombones sont entrés en 1983 -1984.
Leonel: Et pour quelle raison avez vous introduit les trombones? Est-ce dû à une influence de la Salsa New-Yorkaise ?
Elito: Tu vois, l’Orquesta était une charanga. Il y avait des violons, un piano, une flute mais dans les années 80, la musique populaire recevait déjà l’influence de Ruben Blades, Willie Colon, La Dimension Latina.
Leonel: Ainsi, ça sonnait plus moderne?
Elito: Le premier orchestre qui a introduit des trombones à Cuba fut l’Orquesta Revé.
Leonel: Oui parce que Juan Formell a adopté les trombones en 1989, donc après le Charangon.
Elito: Le premier orchestre qui a introduit des trombones fut l’Orquesta Revé, en 83-84 et le hasard a fait que, comme Pupy avait été le pianiste de la Revé au tout début, mon papa a appelé Pupy : » Ecoute Pupy ! Je vais faire quelque chose… Je vais introduire des trombones dans mon orchestre ! Qu’en penses-tu ? » Comme Pupy était aussi arrangeur il a fait les premiers arrangements de trombones à cette époque, et comme il était le pianiste de Los Van Van, il a dit à Juan Formell : » Ecoute, La Revé va mettre des trombones et ca sonne vraiment bien « . Du coup Formell aussi a finalement introduit des trombones dans son orchestre. Ainsi fut l’histoire.
Leonel: Ca, apparemment personne ne le savait. Il faut venir chez toi pour le découvrir !
Elito: Pupy s’est associé avec mon papa comme ensuite avec Formell, mais mon papa a appelé Pupy et lui a dit : » Ecoute, je vais faire un changement dans l’orchestre et je vais ajouter des trombones » parce que le public écoute déjà la salsa qui arrive avec Dimensión Latina, Willie Colon, Rubén Blades, Oscar D’Leon et il y a un changement musical en cours, un changement de sonorité pour les danseurs. Mon père a eu cette vision et le premier orchestre qui a introduit des trombones fut l’Orquesta Revé. C’est aussi de ce changement qu’est sorti le nom de » Charangon « .
NDLR: Je n’ai pas souhaité contredire El Maestro Elito à propos de la date de l’introduction des trombones dans Los Van Van qui en fait remonte à 1980, avec le disque » Juan Formell y Los VAN VAN » (le disque avec Juan Formell sur la moto : collection Los Van Van Vol.6). Apres vérification, nous pouvons confirmer que le premier disque de l’Orquesta Revé avec des trombones est sorti en 1982. Toutefois, la version d’Elito, même si sa chronologie n’est pas exacte, est néanmoins correcte : l’Orquesta Revé a bien introduit les trombones avant Los Van Van. Par contre il y aurait probablement beaucoup à dire a propos de savoir si l’Orquesta Revé était vraiment la première Charanga à utiliser des trombones…(merci a Claudio Marucci, alias Claudion, pour les éclaircissements) Leonel: Parce que c’était une Charanga avec trombones !
Elito: Normalement une Charanga n’a pas de trombones. A Cuba on faisait un festival de Charangas en 81, 82. Mais en 1983, ils n’ont pas invité mon Papa au Festival de Charangas. Mon père leur a demandé » Pourquoi vous ne m’avez pas invité au Festival cette année ? « . Ils lui répondirent » Non, vous n’êtes pas invité parce que vous avez mis des trombones « . Elio Revé leur répondit » Et bien si vous ne m’invitez pas au Festival de Charanga c’est que mon orchestre est un Charangon ! » et le nom de Charangon est resté !
Leonel: Ainsi fut rebaptisé l’orchestre !
Elito: C’est de là qu’est sorti le nom de Charangon.
Leonel: Mais que veut dire exactement « Charangon »? Une Charanga avec des trombones (en jouant sur la contraction phonétique) ou bien est-ce une grosse Charanga (à l’image des suffixes en ‘-on’ qui signifient gros à Cuba) ?
Elito: Un Charangon c’est une grosse Charanga avec des Trombones !

Leonel: Peut-on dire que cette musique appartient au monde de La Salsa?
Elito: Nous appartenons au monde de La Salsa mais avec notre propre style et avec notre… La Revé ne ressemble à aucun orchestre de Salsa !
SAMA ?
Leonel: Vous avez votre propre style qui se reconnait aussitôt. Il y a un groupe qui se rapproche du Charangon, un groupe très récent qui a sorti un disque l’année dernière. Il s’appelle « Sama y Expreso de Oriente ». Tu l’as écouté?
Elito: Il y a un morceau de mon Papa qui dit : (Elito chantant) « Oye me Sama, Me siento morirme ¡ En el otro mundo no se puede guarachar ¡ Oye me Sama ¡ Me siento morir. Oye me Sama ¡ Kin Kon Kong Kin……. »
Leonel: C’est vrai que ce morceau s’appelle ‘Sama’ mais il y a aussi un groupe qui a sorti un disque sous ce nom. Je ne sais pas si tu l’as écouté ? Il s’appelle ‘Expreso de Oriente’.
Elito: Non.
Leonel: La prochaine fois je te l’offre. C’est une fusion entre le travail de la Revé et le travail de Los Van Van. Ils s’inspirent des deux et ca sonne plutôt bien. Continuons ! Ainsi donc vous appartenez au monde de La Salsa mais avec votre style, la richesse du Changüí, mais vous jouez de tout, des bombas, de la rumba, du son, du son montuno par exemple.
Elito: Bien sur car nous faisons une fusion, une fusion de styles. Regarde dans ‘A Sancochar Boniato’ il y a une Rumba mais après ca part en Son Montuno… Il y a une fusion. L’Orquesta enrichit beaucoup et de plus en plus.
Leonel: Et vous vous situez dans le monde de la Timba ou pas ?
Elito: NON, NOUS N’APPARTENONS PAS A LA TIMBA !
Leonel: Vous ne vous identifiez donc pas à la Timba ?
Elito: Nous avons notre identité propre!
LE MONDE PARTICULIER DU CHARANGON
Leonel: Permets nous des petites questions car le Charangon est un monde en soi ! Le Charangon a ses codes, son vocabulaire. Commençons par Pipi ! Vous chantez « Vamos hacer el Changüí en la casa de Pipi » (Allons faire le Changüí a la maison de Pipi). Qui est Pipi ?
Elito: Pipi est un changuisero qui vit à Yateras, une municipalité de la Province de Guantánamo. On fait le Changüí à la Casa de Pipi.
Leonel: C’est à la Loma Del Chivo?
Elito: Non, c’est ailleurs, Dans la province de Guantánamo mais il faut aller en brousse, dans un village à la montagne, Pipi vit dans les collines. C’est un changuisero.
Leonel: Et Nora aussi? (référence au CD « Changüí En Casa De Nora »)
Elito: Non, Nora est une changuisera qui vit à La Loma Del Chivo. Quand nous jouons à Guantánamo, à La Loma Del Chivo, nous faisons les Ajiacos à la maison de Nora. Ajiaco ! C’est un plat typique de Cuba et spécialement de Guantánamo. On y cuisine des bananes plantains, des patates douces et tous types de tubercules, on fait un Ajiaco ¡
Leonel: A Sancochar Boniato!
Elito: A Sancochar Boniato! Oui !
Leonel: Tu as des mots, des expressions uniques qui identifient le Charangon. Tu lances « E Cuajey ¡ », comment fais-tu ?
Elito: E Cuajey ¡
Leonel: Qu’est-ce que ca veut dire?
Elito: C’est une expression… »E Cuajey », « A Sancochar Boniato », « De que estamos hablando », ..
Leonel: Il y en a une que l’on m’a rapporté qui ne serait pas de toi. ¡Apréndetelo ¡ Apréndetelo ¡ (Apprends-toi (la leçon)!). On m’a dit hier que cette expression est en fait attribuée à Los Papines.
Elito: Ce sont des expressions pour la scène, pour le show, mais les gens les apprennent grâce à moi… C’est comme « Deja la Contentilla ! »
Leonel: Celle-là je ne la connaissais pas !
Elito: « Deja la Contentilla » c’est comme si nous allions à la maison de Franck ou chez toi par exemple et que tu me dises » Mais pourquoi tu l’as amenée celle-là? Laisse tomber tes initiatives de m’amener ces gens chez moi ! «
Leonel: C’est comme « Atrevimiento »! Comme « Quel Sans-Gene »!
Elito: Oui, un ‘atrevimiento’, « deja la contentilla » ¡ On va tous a la maison d’untel et on fait la fête et quand le maitre de maison arrive il dit : » Et ce sans-gêne chez moi?! »

LE DERNIER DISQUE « FRESQUECITO »
Leonel: Maintenant nous allons parler du disque « Fresquecito ». A quoi attribues-tu le succès de « Fresquecito » ? Nous avons parlé de la qualité de la composition des morceaux, mais je pense que c’est aussi dû aux ‘coros’ qui plaisent au public et qui se retiennent facilement…
Elito: Il faut reconnaitre dans ce disque le travail des arrangements d’Aisar. Aisar et moi nous nous réunissons souvent, moi au piano et Aisar a la basse, Aisar est un très bon arrangeur. Il m’a déjà dit ce que doit être la direction que je souhaite imprimer au Charangon. La pianistique de l’Orquesta Revé. Tous ces tumbaos sont les miens. L’Orquesta Revé a un jeu de piano très spécial, très parlant, c’est un langage. C’est un jeu de piano très transparent. […] Nous utilisons des accords majeurs ou des accords mineurs selon la séquence harmonique. Mais surtout nous ne compliquons pas tellement l’écriture pianistique de l’orchestre. Elle reste très simple, transparente mais avec beaucoup de goût et de sabor !
(Elito chantant) » Kiki kun gun guen kun guen kun guen, kin kin guin guin, A Sancochar Boniato ken, Kon Kon Guen , KonKon Guen Kon guen… «
Ca c’est ce que fait la basse de l’Orquesta Revé.
Aisar est un excellent arrangeur et il faut lui rendre hommage pour le travail des arrangements qu’il a réalisé sur ce disque.
Il faut aussi noter le remarquable travail des musiciens de l’orchestre.
Andy est un très bon batteur, un bon percussionniste. Ulises Benavides est le premier trombone.
Le grand travail de Pachy, le pianiste. En fait ce sont tous les musiciens qu’il faut remercier.
Dagoberto, LA VOIX, une voix claire, très propre, mais aussi El Sinsonte, la voix historique s’imposent fortement.
Leonel: Ca fait combien d’années que Pascual Ramos et Dagoberto sont entrés dans le Charangon ?
Elito: Dagoberto ca fait comme 10 – 12 ans et Pascual déjà 15 ans.
Leonel: Ce sont les voix qui permettent d’identifier la Revé aujourd’hui.
Elito: Ce sont les voix principales.
Leonel: Mais maintenant Pascual chantent moins de chansons, non?
Elito: Il en chante deux ! Le Changüí et …
Leonel: Il fait plus les chœurs qu’il ne chante comme voix principale, tu ne penses pas?
Elito: C’est que Pascual avait beaucoup de chansons à l’époque de « La Explosion Del Momento » et qu’il a une voix si particulière. Il aide énormément sur les chœurs. Rappelle-toi que pour chanter « Se formo la Ruñidera » (Elito chante de manière très aigue et nasale), pour tenir cette voix.. Il n’y a qu’El Sinsonte pour chanter comme ca. Et « Fresquecito ¡ »
Leonel: Il a une voix très nasale.
Elito: Nasale effectivement! Avec lui les ‘coros’ sont là-haut, là-haut, là-haut…
Il faut reconnaître le travail des chanteurs mais aussi celui du producteur du disque, Juan Manuel Ceruto. C’est lui qui a aussi produit la musique du film » El Benny « .
Il faut remercier également la compagnie discographique cubaine, BIS Music.
Il s’agit d’un disque très pensé, très bien produit par Juan Manuel Ceruto, très bien orchestré et arrangé grâce à Aisar, et très bien interprété par tous les musiciens, Ulises, Dagoberto, El Sinsonte, Andy, Orlandito, Jorge-Luis el tresero, etc.
Ca a été un travail d’ensemble pour arriver à ce résultat.
Leonel: C’est ce que tu disais lors d’une interview à la radio hier, que vous avez réalisé un travail collectif. Vous travaillez vraiment de manière collective ? Comment ca se passe ? Aux répétitions, n’importe qui peut proposer quelque chose ?
Elito: Quelqu’un peut apporter une idée mais c’est Aisar qui va dire » Allons dans cette direction » ou bien » Vous pensez qu’on peut faire quelque chose par là ? « . Je les écoute beaucoup. Mais ce sont eux qui viennent toujours consulter comment on va faire. C’est dans ce collectif que réside notre force et celle du disque « Fresquecito ».
Il y a eu aussi le travail de Robertòn.
Leonel: La Force…
Elito: La force, c’est à dire… ce type a beaucoup de talents et de facettes qui font qu’il mérite le Prix Cubadisco 2008 et le Prix de Fiestacubana. D’ailleurs tout l’orchestre mérite ces Prix. Il y a beaucoup de gens qui connaissent l’Orquesta Revé mais maintenant, avec la production de ce disque, mis a part les orchestrations et les arrangements, il faut avouer que ce disque est explosif… Cette sonorité! Il y a des personnes qui connaissent déjà l’orchestre mais bien d’autres qui nous découvrent avec une formule sonore différente et une cadence ajustée pour les danseurs… Quand c’est comme ça (Elito nous joue une cadence modérée en claquant des doigts), c’est là que se trouve le rythme adapté pour un morceau dédié aux danseurs.
On ne peut pas accélérer. Il faut conserver une cadence pour le danseur. Même celui qui ne danse pas va vouloir bouger avec ce type de rythme, ne serait-ce qu’en bougeant l’épaule.
Leonel: C’est vrai, vous jouez une musique populaire, destinée aux gens simples et chantée pour les danseurs.
Elito: (en chantant tout sourire) « Dale Agua Al Domino, … Con el doble nueve »
Leonel: Tu es le directeur de l’orchestre, tu es aussi pianiste mais tu es un terrible animateur de scène « E Cuajey ! »
Elito: « E Cuajey! A sancochar boniato! «
Leonel: « De que estamos hablando », « Ke ke ke ke ke, Wayaaaa ¡ »
Elito: « Ke ke ke ke ke, Wayaaaa ¡ » Ce sont des petites choses qui plaisent au gens. Je le fais et ces petites phrases que je lance font que l’humeur se fait plus animée, plus cubaine…
Leonel: l’ambiance est plus amusante!
Elito: Oui, c’est plus divertissant, ca amène beaucoup de joie.
Leonel: Vous faites aussi un show sur scène, rien à voir avec La Charanga Habanera, mais vous amenez une joie, une accélération et ça se voit que vous êtes unis, ça fait partie du succès, ca aussi ?
Elito: Nous sommes un orchestre très uni, un orchestre très familial. Il y a une grande discipline aussi. Je travaille énormément, je suis un bourreau de travail. Quand c’est à 7 heures, c’est 7 heures, 8 heures, c’est 8 heures. Ca ne me plait pas de laisser un concert en plan. Chaque représentation à Cuba ou dans le monde me plait. Il ne m’est jamais arrivé de rater un concert jusqu’à présent.
La discipline est très importante pour moi. Je ne supporte pas le musicien qui a bu. Je suis très strict sur la discipline. Le succès d’un orchestre dépend tant de sa musique que de la discipline à l’intérieur du groupe.
Leonel: Effectivement je pense que les orchestres qui se sont maintenus avec succès à Cuba sont ceux qui appliquent une grande discipline comme le Trabuco, Adalberto Alvarez y su Son.

LES CHAISES MUSICALES
Leonel: Je crois que tu n’as pas eu beaucoup de chance récemment avec tes derniers chanteurs, car El Bello et El Chino sont partis. El Bello est allé rejoindre La Charanga Habanera.
Elito: El Bello, Lázaro, je lui ai donné le nom de scène de ‘El Bello’
Leonel: C’est toi qui leur donne leurs surnoms ?
Elito: Oui, je leur ai donné le nom de ‘El Bello’ et de ‘El Chino’. ‘El Chino’ chantait dans le groupe Bakuleye et ‘El Bello’ était dans La (Charanga) Forever. Je l’ai découvert dans La Forever. Je l’ai énormément fait travailler. Il avait une bonne voix mais il venait d’un autre climat musical, avec l’orientation d’un autre orchestre, très bon certes mais pour entrer dans l’Orquesta Revé, il a fallu le mettre au Changüí, à la cadence du Changüí, à la rythmique de la clave. Cela a représenté un gros travail que nous avons fait au studio avec Aisar, Juan Manuel Ceruto. Une fois le disque enregistré et quand le disque sort, on ne sent plus tout ce travail, mais ‘El Bello’ est un chanteur excellent. On peut dire qu’il s’est réalisé dans cet orchestre. C’est l’Orquesta Revé qui l’a fait et pour chanter dans l’Orquesta Revé, il faut savoir chanter. Maintenant il est dans La Charanga Habanera mais j’ai désormais ‘El Galan’ et ‘El Chino’, pas le même mais un autre ‘Chino’.
Leonel: Un autre ‘Chino’?
Elito: ‘El Galan’ et ‘El Chino’. Je vous prépare des surprises. Au début de l’an prochain nous allons lancer deux nouveaux morceaux avec ces chanteurs. C’est une surprise. On continue avec « Fresquecito » mais on vous prépare pour le début de l’année prochaine deux morceaux avec ‘El Galan’. L’Orquesta Revé est un orchestre école […] mais pour chanter dans l’Orquesta Revé il faut vraiment savoir chanter et pour jouer dans l’Orquesta Revé il faut vraiment savoir jouer. C’est un orchestre qui forme et dont je ne suis pas seulement le directeur au niveau musical mais aussi pour la discipline. Nous sommes très exigeants. C’est la recette du succès. Et l’orchestre plait beaucoup, il plait beaucoup en Europe. Il y a une furie pour la Revé en Europe.
Leonel: Oui, tu as vu à Zurich, en France? A Montpellier, Paris, comment s’est formé le délire dès que le Charangon a commencé ?
Elito: Tu te rappelles du concert de Montpellier ? Et après c’était quelle ville ?
Leonel: Bordeaux !
Elito: Ca a été terrible. Il fallu remonter trois fois sur scène !
Leonel: Et a Paris ca a été l’explosion !
Elito: A Paris ce fut l’explosion. Maintenant je vais vous reprendre d’anciens succès de la Revé mais « Fresquecito » reste le grand tube.
EL NENE ET LA REVE
Leonel: En parlant de chanteurs qui sont partis rapidement, il faut parler du cas de El Néné, Alexei Moises Sanchez qui t’a composé « Ya No Te Doy Mas Na' »
Elito: El Nene est un grand chanteur, il a une disposition très particulière, un grand charisme mais… Tout mon respect à lui, il y a des choses avec El Nene, avec qui j’ai beaucoup parlé… Maintenant il est à Santa Clara. C’est un grand chanteur.
Leonel: J’aimais beaucoup comment il interprétait sa propre chanson.
Elito: (en chantant) « Ya no puedo darte lo que tu me … » Tu vois cette chanson, en 2007, en France ou bien à Zurich, et tout d’un coup El Nene me sort « Fiesta, lo que quiero es Fiesta , muchachita hasta que amanezca , Polepopepopaye, … ». C’est justement sorti lorsque nous sommes allés de France à un autre pays.
Leonel: El Nene était dans la Revé, il est parti pour Azucar Negra, pour Chispa (y Los Complices), il est revenu à La Revé, il est retourné dans Azucar Negra et il en est ressorti pour disparaître.

UYUYUYE – FIN DE LA CONTROVERSE AVEC MICHEL MAZA
Leonel: Raconte-nous la légende de ‘Uyuyuye’. Comment a surgi cette chanson ? On parle toujours de la controverse de qui a inventé ce refrain, entre Michel Maza ou le Charangon ?
Elito: Dites donc, mais vous à Fiestacubana vous êtes au courant de tout !
Leonel: La dernière version qui m’a été rapportée c’est que finalement ce sont les deux qui ont créé cette chanson lors d’un concert à La Java à Paris, l’endroit était tellement petit et c’était l’époque à laquelle Michel était avec La Charanga Forever sur Paris. Il est venu au concert du Charangon à Paris à La Java, c’était plein a craquer, il faisait si chaud que Michel a lancé ce ‘coro’ et que vous en avez fait une chanson, c’est correct ? C’est la bonne version ?
Elito: Ecoute, ce fut ainsi. Michel Maza… Nous donnions un concert à La Java à Paris. Je ne me rappelle pas très bien l’année, ça devait être en 2002-2003 et donc, Michel est entré. Michel est un excellent chanteur charismatique et soudain il lance ce ‘coro’ « Uyuyuye, Que veo, tremenda… » et nous avons continué le morceau mais ca m’est resté dans la tête. Nous sommes rentrés par ici à La Havane puis nous sommes allés au Carnaval de Camaguey et j’ai lancé le fameux ‘coro’. Je te parle d’un concert devant quinze à vingt mille personnes sur la place. A la fin du concert je lance encore « Uyuyuye » et tout le monde me répond « Que veo, Tremendo Jalajala, Tremendo Traqueteo ». Je me dis » Mais ça c’est un succès ! «
Leonel: Ca a accroché !
Elito: Ensuite j’ai écrit les paroles, les orchestrations, j’ai tout fait.
Nous avons lancé ce morceau à la radio. Par exemple on a passé ce morceau dès le 1er Février et bien le 10 Février c’était déjà au top du hit parade à Cuba. En 10 jours c’est devenu un tube. Franchement, je ne sais pas ce qui s’est passé. Michel est un grand chanteur, un excellent chanteur, il a lancé le ‘coro’ mais celui qui a écrit les paroles, composé le morceau, c’est moi.
Leonel: Maintenant c’est clair mais il en est resté une jalousie ou bien tout est resté bien entre vous ?
Elito: Nous nous sommes entendus, Michel a compris et il m’a compris.
Leonel: De toute manière il est capable de lancer des ‘coros’ puissants à tout moment, il est tellement créatif ce Michel, c’est un cador.
Elito: C’est un excellent chanteur. Il a lancé ce ‘coro’ et j’ai vu que ce ‘coro’ avait beaucoup de force et nous avons monté la chanson avec l’orchestre.
ELIO REVE ET LE REGGAETON
Leonel: Le Charangon a son identité bien propre, toutefois je crois que le mot ou la question qui prédomine le marché actuel de la musique à Cuba c’est la question de l’identité cubaine. Je ne parle pas du Charangon, mais il semble qu’en ce moment beaucoup de musiciens se confrontent au Reggaeton qui marche très fort, et qu’ils se sentent forcés de se positionner par rapport au reggaeton. Tout ce qu’ils font se fait en réaction au reggaeton. Certains décident de faire de la musique avec du reggaeton, comme La Charanga Habanera ou même Bamboleo. Beaucoup de groupes assimilent le reggaeton et l’enrichissent. D’autres réagissent en refusant le reggaeton et vont rechercher les racines de la musique cubaine comme le son montuno, la rumba. Comment vois-tu le futur de la musique cubaine? En défense de la musique cubaine ? Tu perçois le reggeaton comme un danger ? Comment vois-tu la situation de la musique à Cuba ?
Elito: Bon, écoute. D’abord le reggaeton est un genre musical qui plait beaucoup aux Etats-Unis, à Puerto Rico, en République Dominicaine. C’est un rythme qui est déjà reconnu mondialement. Je ne crois pas que le reggaeton soit un danger pour la musique cubaine parce que la musique cubaine a déjà de nombreuses années. Je te parle de Benny More, Chappottin, Arcaño y sus Maravillas, je te parle des classiques, Pacho Alonso, Elio Revé, Rafael Lay, les grands chanteurs de boléro de Cuba. Cette musique ne disparaitra jamais parce que ce qui est bon est fait pour durer.
Qu’est-ce qui se passe actuellement. Le reggaeton est un genre établi et qui plait mais nous autres, les musiciens cubains, ce que nous faisons, c’est de la musique pour le peuple cubain. Nous devons faire de la musique bien faite et bonne pour qu’elle soit au même niveau que celle de la Revé, de Los Van Van, d’Adalberto et de Simonet, à côté du reggaeton.
C’est vrai qu’aujourd’hui le reggaeton est très populaire à Cuba mais quand je vais (jouer) à la Place (de la Révolution), à Santiago de Cuba, je rassemble les foules. Je jouais le 4 Avril à Santiago de Cuba et il y avait plus de treize mille personnes. J’ai joué à La Tropical, concert où tu es venu, et c’était plein.
Du coup je pense que le reggaeton est un genre musical qui est comme ce que fut à l’époque le cha-cha-cha. C’est un genre musical établi mais il nous faut faire de la bonne musique et défendre nos valeurs culturelles et notre identité culturelle afin que le reggaeton soit mais surtout pour qu’on continue d’écouter de la musique cubaine.
Il y a des gens qui vont écouter du reggaeton et d’autres qui vont écouter d’autres musiques, y compris la musique populaire cubaine. Il y a un public pour tous les genres musicaux. Ce qui est important c’est que la nouvelle génération des musiciens cubains, que les jeunes de 15 à 20 ans écoutent beaucoup de musique. Les jeunes gens qui sortent des écoles de musique sont des musiciens, de très bons musiciens, ils ont un grand talent mais ils doivent écouter de la bonne musique pour assurer notre relève, parce que Elito, ce n’est pas qu’il soit vieux, mais il n’est pas jeune non plus !

Leonel: Tu eres un temba que se mantiene ¡ (NDLR: référence à un coro de la Charanga Habanera : ‘Tu es un homme dans la force de l’âge et qui se maintient bien’)
Elito: Je suis mûr ! Je n’ai ni 20 ans, ni 30 ans, je suis un « temba ». Il faut assurer d’ores et déjà la relève pour dans 15 ans, la relève d’Elito Revé, de Formell, de Adalberto, de Simonet. C’est la dialectique de la vie. Si bien que notre fonction maintenant c’est de nous assurer que ces jeunes musiciens fassent de la très bonne musique populaire cubaine. C’est là que sont les racines et il y a de très bons jeunes musiciens avec beaucoup de talent… mais il faut faire de la bonne musique.
Il peut y avoir du reggeaton ou toute autre forme de musique, il y a un public pour chaque style.
Le reggaeton s’écoute beaucoup à Cuba. Tout mon respect aux grands reggaetoneros de Cuba, il y en a des bons comme Gente De Zona, Baby Llores mais la musique populaire cubaine est là aussi, et nous la faisons depuis des années. C’est la musique populaire cubaine faite par de grands musiciens comme Los Van Van, Adalberto, Pupy, Simonet, Le Charangon. Nous faisons de la musique pour les danseurs, et ce qui est bon ne se perd pas, ce qui est bon perdure. Comme Orquesta Aragón. Tu aimes Orquesta Aragón?
Ce qui est bon est fait pour durer !
Il faut aussi savoir ce qui plait au public. Aux concerts de La Orquesta Revé viennent danser des jeunes de 15-18 ans, rien de plus normal, mais il y a aussi des gens de 30 ou 40 ans qui dansent avec la Revé, même des gens de 50 ans. La musique populaire cubaine est éternelle parce que nous la portons dans notre sang. C’est notre manière de parler, notre manière de marcher, notre manière d’être.
ELITO REVE ET L’INSPIRATION
Leonel: Quelles sont tes sources d’inspiration, celle qui te coule dans les veines ? La vie quotidienne ou les chroniques sociales ? Ou as-tu d’autres sources d’inspiration comme la religion, la fête ou toute autre chose ? Par exemple ton papa a fait Papa Eleggua !
Elito: Nous faisons des morceaux en fonction du moment, avec des expressions cubaines, des surprises. Ce sont les moments forts de la vie cubaine qui nous inspirent. La manière de parler à Cuba, les dictons mais aussi la religion nous inspirent comme « Papa Eleggua », ou le morceau pour San Lazaro :
(Elito chantant) « Como se va al Rincón, caminando ¡ » … Comment va-t-on au Rincón ?
Leonel: Oui, en marchant !
Elito: En marchant. C’est une expression de Cuba. C’est pour cela que ces morceaux marchent si bien.
Leonel: Des morceaux très liés à la vie quotidienne, à la Cubania !
Elito: A la Cubania
Leonel: Y-a-t-il d’autres musiques qui t’inspirent ? Il y a un arrangement dans une de tes chansons qui est inspiré de la Samba, de la musique brésilienne. Je crois que c’est dans » El Diñero « . Il y a un petit passage de Samba, n’est-ce pas?.
Elito: Oui un petit peu, mais pas plus.
Leonel: Tu écoutes d’autres musiques que la musique cubaine ? J’ai vu dans ta discothèque qu’il y a de la salsa, Ismael Rivera…
Elito: Ismael Rivera, Johnny Pacheco, Willie Colon, j’aime les classiques, Marc Anthony me plait, Oscar D’Leon. J’écoute tous types de musique.
Leonel: Et la musique africaine, le Jazz ?
Elito: la musique africaine, le jazz, la musique brésilienne, j’écoute de tout.
Leonel: Et le Funky nord-américain ?
Elito: J’aime Earth, Wind & Fire. Tierra Viento y Fuego! hahahaha
Leonel: Il y a d’autres musiques qui t’inspirent ?
Elito: J’aime la rumba, c’est la rumba qui me plait.
Leonel: C’est vrai qu’on sent beaucoup la rumba dans ta musique. Je ne sais pas si c’est la clave mais il y a toujours cette respiration de la rumba. Ca transpire la rumba.
Elito: Rappele-toi que la clave que nous utilisons est la clave de rumba !
(
Elito chante et joue la clave de rumba avec ses mains) « Se lo llevaron todo, Y no quedo nadita! Se lo llevaron todo….. »
C’est la clave de rumba. L’autre c’est la clave de son. La clave de rumba est un peu plus en avant.
Leonel: Je crois que c’est celle qu’on identifie le plus à la clave cubana, celle qui donne une cadence plus enivrante.

LES PROJETS DU CHARANGON
Leonel: Pour terminer et nous retirer, parlons de tes futurs projets. Tu nous as déjà dit que tu préparais deux morceaux avec ‘El Galan’. Quoi d’autre ? Des projets de tournées ?
Elito: En Juillet nous partons en tournée. Ensuite je crois que nous allons revenir en Europe au mois d’Octobre. Je pense aller au Mexique.
Je vais offrir au Musée de la Musique les premières timbales de mon père. Elles ont 52 ans et on peut lire » Revé Changüí « . Je vais les remettre le 3 Juin ici à Cuba.
Leonel: Ca va être un événement culturel important.
Elito: Très important.
Leonel: Où est le Musée de la Musique ? Ici à La Havane?
Elito: Ici à La Havane. Il y a des objets et des œuvres de grands musiciens et moi je vais leur offrir les timbales de mon père qui disent » Revé Changüí « .
Leonel: Tu rends toujours hommage à ton père. Dans les disques… Combien de disques sont sortis en hommage à ton père ?
Elito: La Orquesta Revé a réalisé 40 disques.
Leonel: Oui mais il me semble que c’est vital pour toi de toujours faire référence à ton papa. Pourtant tu t’es réalisé comme un grand directeur du Charangon ! Tu as gagné les Prix cette année, non ? Tu t’es fait un prénom !
Elito: Le temps passe. Ca fait déjà 11 ans que je suis le directeur de cet orchestre.
Leonel: Et tu prépares encore de nouvelles chansons!
Elito: Oui, nous préparons des nouveaux morceaux mais c’est une surprise ! Je ne peux pas en parler… Je sais qu’avec vous, tout va se… Bon, il va y avoir des surprises, c’est tout ce que je peux dire. Pour le début de 2009 et vous serez les premiers informés.
Bon je m’en vais ! Un grand Salut pour l’Europe et pour FiestaCubana.net de la part de Elito Revé y su Charangon
» Uyuyuye, Que veo ¿ » « A Sancochar Boniato » « De Que Estamos Hablando? » « Weaaaaa ¡ ».
Interview réalisée et traduite de l’espagnol par Leonel.
Crédits photos/vidéos : Patrick Bonnard
Site web : http://www.orquestareve.net/
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