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ANGEL BONNE, Le Poète et La Conscience de la Chanson Salsera  !

ANGEL BONNE, Le Poète et La Conscience de la Chanson Salsera !

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Angel Bonne est une figure particulière dans le paysage de la musique cubaine. Il est né le 16 août 1961 à Santiago de Cuba. Il étudie la musique très jeune et se spécialise avec la clarinette. Il est diplômé de l’ENA en 1980. Ses qualités de saxophoniste lui permettent de collaborer avec de nombreux groupes comme Galaxia, l’orchestre de Santiago Feliu, celui de Beatriz Marquez (dont il fut le directeur), l’orchestre Granma (de Santiago de Cuba), l’ Orquesta Cubana de Musica Moderna (de Santiago de Cuba).

Il est avant tout connu pour sa participation à Los Van Van comme arrangeur, saxophoniste puis chanteur d’un des plus beaux succès du Tren : Havana City ! (Havana City, Havana Crazy, Welcome to the capital !) Il a aussi joué avec le groupe Sintesis et avec Irakere de Chucho Valdes et a enregistré comme saxophoniste sur les disques de Laronte, Amaury Perez Vidal et de Evelyn Garcia Marquez.

De même qu’un certain Osmani Collado de la Charanga Habanera, Angel est un musicien complet qui compose, arrange, joue le piano et le saxophone mais qui chante aussi magnifiquement avec un timbre posé et chaleureux… ‘Camina’ lance-t-il ! Sa voix s’unit à merveille avec celle d’Issac Delgado, légèrement rugueuse, nasale et si profonde ! A l’instar d’Issac il possède un swing propre, rumbero et des paroles qui touchent l’âme et la sensibilité des poètes de la nuit. Il démarre sa carrière solo au milieu des années 90.

Sa salsa n’est jamais agressive, mais elle est pleine de la force d’un héritage nourri des toutes les musiques cubaines, de la Salsa, du Son à la Rumba en passant par l’incontournable Pilon popularisé dans les années 50 par son père Enrique Bonne, grand compositeur de Santiago de Cuba, et par Pacho Alonso, le père d’un autre timbero bien apprécié, Pachito Alonso.

Angel Bonne est un libre penseur, à la personnalité à la fois douce et forte, ne suivant que son instinct et son destin, il délivre ici un message de simplicité et de sincérité loin des paillettes de la salsa spectacle qu’il qualifie de ‘Pura imagen, pura vestimenta !’

Angel m’a été présenté le 2 Octobre 2003, au Café Cantante Mi Habana par un ami commun, Osiris Martinez, le clavier de Pupy y Los Que Son Son (ex-Manolito y su Trabuco). Il m’a fait le cadeau par amitié de nous faire partager en Avril 2006 au même Cafe Cantante cette entrevue qui me semble révéler beaucoup de son âme d’artiste et d’homme simple.

La Habana – Café Cantante Mi Habana – Vendredi 21 Avril 2006
Propos recueillis par Leonel (LR), transcription & traduction Leonel, Zaida et Marbelis Reyes Reyes

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LR: Aujourd’hui nous allons faire l’interview de Ángel Bonne qui est un chanteur, un grand musicien qui joue du saxophone et d’autres instruments…

AB: Le saxophone je l’ai appris en chemin mais ce que j’ai étudie, c’est la clarinette. Je suis diplômé de l’école de musique pour la Clarinette.

LR: Mais tu joues aussi du clavier et du piano ?
AB : Le problème c’est que depuis tout petit je jouais le piano petit à petit, j’étais collé au piano.

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LR: Si car je t’ai vu chanter et jouer du piano lors de l’anniversaire de ‘Los Que Son Son’. Comme chaque musicien cubain, tu joues de tous les instruments mais tu le fais avec beaucoup de goût.

AB : C’est parce que je me suis bien préparé. Je suis un musicien académique. J’ai fini par chanter par hasard.

J’ai toujours aimé chanter mais je le faisais dans la salle de bain chez moi. J’ai toujours considéré que je n’aimais pas ma voix. Finalement une nuit bien arrosée, j’étais à la ENA (Escuela Nacional de Arte) lors d’une fête et je me suis mis à jouer de la basse et à chanter. Le lundi je me suis retrouvé avec 3 propositions de groupes de l’école pour chanter. Je leur ai dit « Je ne suis pas chanteur » et ils m’ont répondu « Non mais tu as beaucoup de feeling ». En définitive je n’ai pas donné suite même si je m’y suis essayé quelques fois.

Finalement (Juan) Formell qui est un type avec une grande vision commerciale, un jour quand il m’a vu chanter, m’a dit : « J’aime tes morceaux, choisis un morceau (parmi les miens pour un essai) » et j’ai sélectionné une chanson dans le disque ‘Disco Azucar’ qui s’appelle ‘Tania y Juan’ qui en fait est de son fils (NDT : Juan Carlos Formell qui vit aux USA) … Puis, ces jours la, Pupy est apparu. J’avais monté un morceau, un pot-pourrit de Cha-Cha-Cha… Il m’a écouté chanter et il m’a dit « je vais te dédier un morceau, un morceau que j’ai déjà composé mais que j’aimerais que tu chantes ».

Ce fut le morceau ‘Azucar’ qui au final eu un impact auprès d’un large public… un thème qui a reçu une grand succès pour le moins à Cuba.

A partir de ce moment il m’a fallu continuer à chanter pour les gens définitivement en pensant en premier au public.

LR : Alors finalement tu n’as jamais joué le saxophone ou la clarinette ?

AB: Bien sûr que si ¡

LR: Il faut expliquer au gens que Angel Bonne est le fils de Enrique Bonne et était l’un des chanteurs important de Los Van Van. Tu as enregistré 4 disques avec Los Van Van qui sont ‘Azucar’ ….

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AB : j’ai enregistré ‘Aquí el que baila que gana’, ‘Azucar’, ‘El Ultimo en Vivo’, ‘Llego Van Van’ (Grammy Awards) , j’ai enregistré le disque ‘En El Malecón’ … j’ai enregistré aussi tous les disques en tant que choriste car j’ai toujours gardé une relation d’amitié avec eux.

LR: Mais tu as aussi enregistré avec d’autres groupes comme Sur Caribe ?
AB: Avec Sur Caribe… J’ai participé à l’enregistrement d’environ 50 disques. J’ai participé aux disques de beaucoup de gens. J’ai enregistré comme 3 ou 4 disques avec Sur Caribe. J’ai enregistré avec La Ritmo Oriental… En cherchant plus loin j’ai enregistré avec La Barriada et beaucoup d’autres gens mais pour être précis …j’ai finalement beaucoup travaillé.

LR: Tu es diplomé de la ENA ¿

AB: Si

LR : La ENA est la ‘Escuela Nacional de Arte’. Quelle fut l’influence de ta famille sur ta musique ?

AB: Si tu savais… Contrairement à ce que les gens pensent, l’influence principale que j’ai reçue est venue de ma famille maternelle parce que la maman de ma maman, ma grand-mère maternelle, était professeur et mon oncle Pedro Julio Sánchez est saxophoniste et clarinettiste. Aujourd’hui c’est un vieillard… même si maman m’a aussi aidé, celui qui m’a aidé à passer les examens à l’école et à m’en sortir fut mon oncle maternel. C’est plus du coté de la famille maternelle qu’est venue l’influence génétique.

LR : Nous savons que tu as beaucoup travaillé avec Los Van Van mais ça fait un bail que tu est parti de Los Van Van et que tu as développé ton propre projet musical. J’ai 5 disques de toi, en fait 4 originaux mais il y en a un que tu dois me procurer. Il s’agit de ‘Pa’ decir lo que siento’ car il ne se trouve nulle part aujourd’hui.

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AB: Ah. Celui-ci s’est très bien vendu ! Paradoxalement ce disque fut très spécial. Ce fut mon premier disque que j’ai réalisé.

LR: Mais il est introuvable !

AB: C’est le disque que j’ai le plus vendu dans ma vie. Il a fallu que je me démène moi-même pour me procurer mon exemplaire. Le label avec lequel je l’ai enregistré était mi-vénézuélien, mi-cubain et ils en ont vendu partout.

LR: Cette musique, ce type de voix que tu as, le concept musical que tu as développé, c’est une musique qui nous plait beaucoup. C’est pour cela que nous sommes ici avec toi..

AB: Je vais te dire que nous allons faire un concert le 11 Mai (2006) a 7 heures du soir au musée national des Beaux-Arts de La Havane. Un concert de ‘Cancion’ (Chanson cubaine) pas de Salsa. En fait nous allons quand même jouer une Salsa pour être précis.

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Un concert de Chansons car je me considère comme un musicien de chanson cubaine. S’il fallait mettre une étiquette à ma musique, ce serait de la ‘Chanson cubaine pour danser’. Tu vois. C’est très différent de la Musique dansante (Musica Bailable). La musique dansante consiste à placer un chœur et tu le danses, et tous le monde danse comme on fait à Cuba. Ce que je fais ce sont des Chansons avec des histoires vécues, avec des situations précises auquelles on rajoute de bons refrains pour danser. C’est ça le concept.

LR: C’est ça le concept ¿ Car il y a de nombreux concepts en fait. Les paroles que tu écris… J’imagine que c’est toi qui les écris ¿

AB: Si, si Bien sûr ¡

LR: Les paroles que tu écris sont très belles. Il y a beaucoup d’harmonie, beaucoup de mélodie, c’est aussi ça ton concept musical… c’est plus des chansons que tu arranges comme de la musique dansante ?

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AB: Mon paradigme dans la musique c’est Ruben Blades ¡ Quand je suis parti de Los Van Van, je rêvais de faire de la Salsa de scène, de concert. Finalement les choses ne se sont pas si bien passées parce que à Cuba avec la scène, tu peux ‘mourir de faim’, car faire de la musique de scène ne génère pas assez de revenus pour se maintenir. Du coup, pour pouvoir me maintenir dans la vie nocturne de La Havane, pour pouvoir m’y faire ma place, et pouvoir manger à ma faim, pas seulement moi mais aussi les musiciens, il m’a fallu consacrer ma musique à faire danser le public. Mais ceci ne fut pas l’objectif initial.

Je vais donc faire un concert le 11 Mai a 7 heures du soir avec l’intention d’ouvrir cette porte. Pour voir si finalement je peux ouvrir cette porte et arriver à trouver l’espace dont j’ai besoin. Ce n’est pas que je méprise la musique dansante, j’aime la Salsa, le Son , la musique dansante cubaine, d’autant plus que mon propre père (NDT: Enrique Bonne) en est un représentant illustre du courant traditionnel dans ce pays, mais moi je suis définitivement une espèce de ‘Trovador’ (NDT : Trovador, terme proche des nouveaux troubadours comme Francisco Cespedes, Silvio Rodriguez, Pablo Milanes).


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Enrique Bonne (le papa)

Tu vois, un genre que j’aime et qu’ils appellent dans le monde anglo-saxon « History Telling » (NDT : raconter une histoire). J’aime raconter des histoires, j’aime raconter des histoires qui me soient arrivées à moi ou à d’autres personnes et dont j’étais témoin. Ou simplement des choses qui m’arrivent d’observer du fait de ma manière particulière de voir la vie. A Cuba ça a été difficile car les gens pensent que ma Salsa est sophistiquée et de ce fait ils n’ont pas la patience d’écouter un thème. Aujourd’hui le monde a perdu l’habitude d’écouter et en plus nous ne nous écoutons pas les uns les autres. Lorsque je regarde la TV et que je vois les ‘Talk-Show’ américains, les deux débatteurs se disputent et se crient en même temps, en fait ils ne s’écoutent ni l’un ni l’autre. Les gens n’ont plus la patience d’attendre. Tu me dis ce que tu dois me dire et je te dis ce que je dois te dire.

LR: Mais cela ne t’a pas contaminé car tu as suivi ta propre voie !

AB: Non car j’ai hérité du caractère de ma maman qui était professeur d’espagnol et de littérature. Elle est à la retraite maintenant.

LR: Un caractère fort avec beaucoup de sensibilité ?

AB: Si, un caractère fort mais avec beaucoup de patience. Il est très important d’être patient … comme on dit « S’il n’y a pas de pain, il y a du ‘Kasabe’ », il faut savoir attendre (NDT : le Kasabe est une galette de farine manioc). Et il faut avoir aussi beaucoup de volonté. Il est important de rester humble pour pouvoir démarrer de zéro et se voir soi-même et le monde avec objectivité. Si tu commences à croire que tu es un super-doué, t’es perdu en rase campagne ! En définitive il m’a fallu beaucoup travailler et ce travail m’a beaucoup coûté pour parvenir à ma situation à Cuba. Ca fait des années que je bataille.

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Cuba est un pays qui a un certain niveau d’éducation parce que l’Etat investit beaucoup dans l’éducation mais le public est principalement composé de danseurs. Le cubain ne pourra jamais s’asseoir seulement pour écouter des chansons. Du coup, je suis une espèce de personne qui nage à contre courant. Je n’en suis pas fier mais je suis tranquille avec ma conscience et je crois que la vie me poussera à l’endroit où je dois finalement être. Je n’ai pas plus de prétentions. Seulement je veux travailler et être comme ça.

LR : Je pense que toutes les valeurs que tu exprimes maintenant s’entendent dans ta musique.

AB: Merci.

LR: Ce sont des choses qui s’entendent et tu as un public exactement pour cela car tu as suivi ainsi ton concept original, le tien propre, qui a beaucoup de sens et de sentiments, et une harmonie qui te rendent unique.

AB: Merci, les principes, la manière dont chacun voit la vie, les principes de chacun se glissent dans le comportement quotidien et dans les chansons que l’on fait. C’est une chose qu’on ne peut empêcher. J’ai décidé de m’assumer pleinement, et de ne pas essayer d’être un autre car je pourrais parfaitement faire choriste et bien d’autres choses qui marcheraient bien mais je veux faire seulement ce qu’il me plait et je préfère mourir avec la conscience tranquille… Je voudrais en profiter pour te remercier pour la sensibilité que tu portes en toi…

LR: Merci. Après un an, as tu eu beaucoup de changements dans ton orchestre ? Il y a des têtes nouvelles non ?

AB: Si, si il y a eu des changements. D’abord la fille que tu as vue chanter et jouer du Güiro est nouvelle.

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Est aussi entré dans l’orchestre un nouveau trompettiste qui est le mari de la fille et qui jouait avec La Caro Band. C’était un de mes musiciens il y a des années. C’est une histoire très intéressante car il est parti d’ici grâce à un contrat qu’ils lui ont proposé au Pérou et il a commencé à faire des allers-retours. Au final, il a atterri dans La Caro Band. Ensuite La Caro Band a eu un problème avec leurs instruments qui sont restés boqués au Pérou et lui a commencé à travailler avec moi pour gagner un peu d’argent et il m’ dit qu’il ne voulait plus s’en aller de mon groupe. Il voulait travailler dans mon groupe et ceci ne fut pas un problème pour moi car je partage avec les gens de La Caro Band beaucoup de tendresse et parce que Blas et Marta Caro (NDT : Blas Munoz Gaston est le Directeur, Compositeur et bassiste de La Caro Band et Marta Caro, son épouse, est chanteuse avec ses sœurs Lisett, Diana et Odalys) sont des amis depuis l’école et sont des gens que j’apprécie beaucoup.

 

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Lisett Caro

Il avait de la peine et il m’a dit : « Ecoute, je voudrais jouer dans ton groupe, car ma femme y est déjà et il y a aussi mon frère.. en effet l’autre trompettiste et moi sommes comme des frères ou quelque chose comme ça..je voudrais rester ici ».

LR : Et maintenant les trompettes sonnent bien et fort.

AB : Effectivement

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LR : Je suis heureux de voir que nous avons les mêmes amitiés. La Caro Band ont été mes premiers amis à Cuba.

AB: Eh bien, Marta et Blas sont mes amis depuis l’école. Ca fait 30 ans que nous nous connaissons.

LR : Et tu t’entends bien avec Pupy, une personne que nous aimons vraiment beaucoup.

AB : C’est clair. C’est mon frère.

LR: Tu as aussi travaillé avec Jeni, Jeni Valdez, que tu connais bien aussi..

AB : Jeni et moi sommes des amis. Elle a enregistré dans mon dernier disque qui s’appelle ‘Por favor escúchame’.

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Dans mon dernier disque ont enregistré le trombonne, Hugo Morejon, le premier Trombonne de Los Van Van et aux chœurs ont chanté Jorge Leliebre (flutiste et choriste de Los Van Van), Jeni Valdez et Mayito Rivera avec moi. Et Pupy a enregistré un morceau . ainsi j’ai une bonne relation avec de nombreux musiciens qui me sont proches.

LR : Quels sont tes projets pour l’avenir ¿ Aujourd’hui la majorité des morceaux provenaient de tes 2 derniers disques. La première chanson est nouvelle ?

AB : Non, le premier morceau provient du deuxième disque. Ce qui se passe c’est qu’il fut enregistré dans le disque “Circunstancias”. C’est le pire disque que j’ai fait dans ma vie.

LR : Le pire ! pourquoi ?

AB : Parce que… Tu vois… ce disque a une caractéristique… J’avais déjà fait le premier disque “Para decir lo que siento” qui s’est ensuite tres bien vendu en dehors de Cuba. A Cuba, cela plaisait à certains mais les gens me critiquaient parce que c’est une Salsa douce si bien que dans le deuxieme disque “Circunstancias” j’ai voulu essayer une Salsa plus dure et ce qui en a résulté fut une horreur avec laquelle je ne suis pas satisfait et c’est le seul disque dont je ne parle pas si on ne me pose pas la question.

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Ce morceau vient de ce disque. J’ai un plan parce que ce disque “Circunstancias” contient de très bons morceaux mal produits et mal arrangé… J’ai le projet de réformer ces morceaux en les insérant dans mes prochains disques… Dans le prochain disque il y aura certains des ces morceaux.

LR: Donc après celui-la, il y’aura un nouveau disque ?

AB : Mon label discographique m’a dit qu’ils m’appelleront à partir du mois de Juin pour nous mettre en contact pour faire quelque chose avec ce disque. Ainsi donc nous avons un disque en préparation dans lequel il y aura un duo avec Alain Daniel, le gars de Bamboleo, nous allons donc l’inviter d’autant plus que je l’aime beaucoup sur le plan personnel. Je vais aussi faire un duo avec une grande amie qui s’appelle Miriela Moreno, de ‘Aceituna Sin Huesos’. D’ailleurs elle-même ne le sait pas ! Elle s’en rendra compte seulement en entrant au studio.

LR : Ecoutez moi cette nouvelle ! Qu’elle même ne le sait pas !

AB : C’est une de ses chansons que je vais enregistrer. J’ai déjà fait les arrangements et le morceau est quasiment monté…. Mais si je le monte et que je commence à le jouer, ca va me fermer la porte de l’effet de surprise car elle vient régulièrement à mes concerts. Aujourd’hui il se trouve qu’elle n’est pas venue. Ca sera un disque intéressant car ça sera un disque varié. J’aime bien varier les styles. Personnellement je n’aime pas sentir que ‘c’est Salsa’ ! D’autant plus que même ceux qui génèrent beaucoup d’argent avec la Salsa comme Gilberto Santa Rosa font des disques variés… et Victor Manuelle fait des disques variés, Luis Enrique Mejías (Salsero du Nicaragua) fait des disques variés.. Je ne le fais pas parce que eux le font mais parce que j’aime varier et mélanger les genres.

LR : En effet, tu introduis le Pilon, la Cancion, etc.. Si, entra el Pilón, la Canción

AB : Oui, oui. Il y a un morceau que j’ai dédié à Jennifer Lopez

LR : Ah oui ?

AB : Oui, oui. Je me suis mis à regarder le film “Planeadora de Boda” (NDT : Planes de Boda , The Wedding Planner) et il y a une scène particulière où elle nage avec Matthew McConaughey et l’autre protagoniste … Elle recule et elle regarde la fille, Non, elle regarde Matthew d’une manière qui m’a inspiré cette chanson. Du coup cette chanson sera dans le prochain disque probablement. Si je continue à préparer un disque juste de chansons et non de salsa, alors je la laisserai pour ce disque.

LR : Donc la peinture qu’il y a dans tes mains sur la couverture du disque “Bonne & Bonne Co.”, quand tu la mélanges dans tes mains , cela veut dire ce que tu fais en musique ?

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AB : Exactement. Mais tu vois, il y a une chose que les gens ne savent pas c’est que je suis fanatique de Rock, je suis fanatique de Iron Maiden, de Steven Tyler (NDT : chanteur d’Aerosmith) , c’est mon chanteur préféré.

(NDT : ….Angel Bonne entonne alors le refrain d’une chanson d’ Aerosmith….)

Je suis aussi un grand admirateur de Stevie Wonder. J’aime beaucoup sa musique. Je suis très varié. Je suis issu d’une génération qui a grandi en écoutant Earth Wind & Fire, Commodores, Lionel Ritchie, etc. Donc j’ai cet héritage varié en même temps que nous écoutions Los Van Van, Irakere. Nous avons en nous ce mélange de genres ainsi je crois que cela se traduit dans mes chansons.

Au final, tu vois, ce que je veux, comme je vais atteindre mes 45 ans, ce que je veux c’est me réaliser moi-même. Ca m’intéresse de rendre les autres heureux mais sans devoir faire des concessions pour qu’ils soient heureux. Donc ce que je veux faire c’est seulement ce qu’il me plait , ce qu’il me plait avec la musique. Et quand tout se terminera, je pourrai mourir heureux ! (Il rit) Quand la place me sera retiré, quand tout s’arrêtera je m’assiérai à la maison pour profiter de mes enfants !

LR : Tu continues ton chemin ¡ Avec beaucoup de paix dans la tête et dans le coeur! Bon une dernière question… Quel est le message que tu souhaiterais envoyer au public francophone de Fiestacubana.net ?

AB : Que tous les problèmes des français de résolvent (NDT : l’entretien se déroule juste après les grandes grèves étudiantes contre le Contrat Nouvelle Embauche, CNE, du premier ministre Dominique De Villepin). Que les français aient une vie plaisante, agréable, pleine de paix et de Salsa, qu’ils dansent et se divertissent car la vie est unique et elle est très courte. Et si je peux leur apporter un peu de bonheur, c’est avec beaucoup de plaisir !

LR : Voila ¡ Tu sais que tes chansons sont appréciées dans les discothèques ou nous autres DJs officions et nous espérons que un jour nous pourrons partager tes chansons ‘en vivo’ en France ¡
(NDT : Angel Bonne me tend son verre de bière pour trinquer ….)

AB : Ceci n’arrive pas à devenir une faiblesse pour moi mais c’est quelque chose que j’adore, boire de la bière !

LR : Boire de la bière c’est bon ! C’est comme ça que nous partageons tous !

AB : Oui mais c’est un anti-chanteur ¡ Tu savais que les chanteurs ne boivent pas de bière, ils boivent du Rhum pour les cordes vocales. Les gens disent « les chanteurs ne boivent pas de bière » mais moi je ne suis pas un chanteur, je suis un musicien qui chante. De toute manière on va tous mourir.. Je dois boire ma bière et mourir heureux avec ma musique et ma bière ! Merci.

LR : Merci beaucoup !

Discographie :

Angel Bonne y su Grupo :
• Para Decir Lo Que Siento
• Circunstancias
• Esta Es Mi Musica
• Bonne & Bonne Co.
• Por Favor Escúchame

Los Van Van
• Aquí el que baila gana
• Azucar
• Lo Ultimo en Vivo
• Llego Van Van…Van Van is here (Grammy)
• Chapeando

Cesar “Pupy” Pedroso
• Fruta Prohibida – «Será que se acabó» : duo avec Issac Delgado
• Pupy Y Los Que Son Son: Timba – The New Generation Of Latin Music
• Pupy Y Los Que Son Son: De La Timba A Pogolotti – «Parece Mentira» & «Ya tus campanas no suenan»

Ritmo Oriental
• Euforia Cubana – «Los tocadores de Güiro».
• Mucho Más Que Éxitos… Enrique Lazaga Y La Ritmo Oriental – «Mujer» de Agustín Lara

Sur Caribe
• Caminando – «Tu negro está sufriendo»

La Barriada
• Adios La Tristeza

Clave Y Guaguancó
• La Rumba Que No Termina – «La rumba de la corbata»

Martin Richard Lehner « El Zorro »
• Volando

Fidel Morales
• Salsa Son Timba: Fidel Morales & Proyecto Nega

Augusto Enríquez
Homenaje a Benny Moré – «Deja que suba la marea» duo avec Angel Bonne et Augusto Enríquez .

Todos Estrellas – EGREM
• Yo Si Como Candela – «Esas no son cubanas» de Ignacio Piñeiro

Various Artists
• !Gracias Formell! – «La Habana Joven»
• Cuba en Navidad – «Noche de paz» en versión de Guaguancó
• recopilaciones de Música Cubana para ARTEX y EGREM
• Cuba Forever – «La Habana no aguanta más» de Juan Formell & «El rico pilón» de Pacho Alonso
• Cubamanía – «Lo tuyo es llegar» y «Pura Vestimenta» d’Angel Bonne.
• 200% Salsa – «Pepe Cabecita» de Enrique Bonne avec son groupe

Eugenio Acosta
• De allá para acá – «Para que volver» (Tite Curet Alonso ,Cheo Feliciano).

Enregistrements exceptionnels :
• «Acuérdate de Abril» de Amaury Pérez, en célébration du 4 Avril 1996.
• un morceau de Adalberto Alvarez en célébration du 28 Juillet.

Angel Bonne a aussi participé à l’enregistrement de nombreux disques comme instrumentiste :
2 LD de l’auteur, compositeur interprète cubain Amaury Pérez: “Estaciones de vidrio” y “De vuelta”, solos de saxophone et de clarinette.
LD de Edesio Alejandro, solo de saxophone.
CD de Richard Egües, solo de saxophone.
LD de Annia Linares, solo de saxophone.
CD de Laronte, solo de saxophone.
CD de Evelín García, solo de saxophone.
DD de Augusto Enrique, solo de saxophone.
CD de María Antonieta, solo de saxophone.
CD de Grupo Galaxia, solo de saxophone.

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Interview de Yanek Revilla Romero

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Yanek s’est d’abord fait connaître du monde entier par les videos de salsaville.com, puis par ses participations remarquées aux concours de danses de l’émission cubaine « Bailar Casino ». Concours qu’il a d’ailleurs remporté par deux fois en rueda, et une fois en couple. Champion du monde de salsa cubaine en couple et en rueda en Italie (San Marin) en 2004, il est considéré par beaucoup comme une figure emblématique du Casino – le nom de la salsa cubaine à Cuba.

Des vidéos valant plus que des mots, vous pouvez jeter un oeil sur youtube (pensez à le récupérer) :

Yanek et Diana en démonstration à Cuba
Yanek et Casino.com avec la rueda qui les a fait gagner le concours de l’an passé

Yanek étant un Ami de DobleF, nous avons eu le plaisir et le grand honneur de le côtoyer pendant quelques jours lors du festival Tempo Latino 2007, à Vic-Fezensac. L’homme nous toucha plus que le danseur, et une amitié naquit.

C’est autour d’un repas entre amis, à Toulouse, que nous nous retrouvâmes dans une ambiance très conviviale et chaleureuse. Axel choisit cet instant pour sortir le questionnaire qu’il avait préparé il y a déjà une dizaine de jours, en vue d’une interview. Aidé de Ricco, exceptionnel à la traduction, le Nelson Montfort Latino ((c) Pepino), l’interview s’est donc déroulée, enrichie de la participation des convives, et s’est transformée en une discussion passionnée où d’autres questions se sont greffées en cours de soirée. C’est ainsi que ces passionnés de culture cubaine se sont manifestés et régalés : La Mu, Laure, Titi, LaDiosa, Energia, Toulouse12, Papa, Didou Masta, Pepino, DobleF, et Kiriku.

Une interview menée par un fil conducteur, mais toujours dans un esprit plus proche de la discussion que celle d’une interview formelle (n’est-ce pas Juan ?), où nous avons eu le plaisir de voir un Yanek très passionné, très gestuel, et peu avare d’anecdotes et de sentiments.
Les écrits ne nous permettent pas de faire ressortir l’intensité et la passion palpables ce soir-là, mais nous espérons qu’un maximum de sentiments seront transmis.

* Qui es-tu ?
Yanek Revilla Romero. Né le 1er mars 1977, ex-joueur professionnel de base-ball, psychologue et maintenant danseur.

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* Gagnes-tu ta vie en tant que danseur ?
Oui, je travaille dans un hôtel public (donc employé par l’Etat), payé pour enseigner la danse aux touristes.
* Quand es-tu tombé dedans ? Tes parents sont-ils musiciens ?
Je dansais comme tout le monde à Cuba. La danse fait partie de ma famille, surtout du coté de ma mère. Il y avait toujours de la musique dans la maison depuis que je suis tout petit. Mon frère est percussionniste. J’ai toujours eu de la passion pour la danse mais je n’avais jamais pensé pouvoir l’exprimer. J’ai toujours eu une passion forte pour la salsa, j’ai d’abord été un musicien avant d’être un danseur. Mon premier amour, c’était la musique.

Je me suis vraiment impliqué dans le Casino il y a 5 ans, le 16 octobre 2002, avec le groupe casino.com, formé à l’époque uniquement par des membres de ma famille. J’ai alors commencé à créer.

* Qu’est ce qui t’as poussé à explorer les racines culturelles de la danse de ton pays ? (Afro-Cubain, Rumba…)
La salsa peut avoir de nombreuses définitions. Pour moi, elle est le résultat de l’évolution de toutes les danses cubaines. J’ai besoin de connaître les racines de la salsa, l’histoire et l’évolution des différentes danses.
* Comment te documentes-tu sur ces danses ?
Je dansais les danses populaires cubaines avant la salsa : cha cha, mambo, danzon…
Quand j’ai commencé à danser la salsa j’ai trouvé intéressant d’y intégrer ces danses populaires, puis d’apprendre en suivant l’afro-cubain et la rumba.
* Pourquoi n’as-tu pas intégré l’Ecole Nationale des Arts de La Havane ?
Parce que j’avais envie de danser la salsa, et dans ces écoles on n’étudie pas la salsa, mais les ballets folkloriques. J’ai fait partie du ballet folklorique Conjonto Folklorico d’Oriente, et aussi d’une compagnie de danse moderne, mais cela ne correspondait pas à ma vision de la salsa.
* Pourquoi avoir monté Casino.com ?
J’ai monté le groupe mais pas le nom. En fait j’ai été forcé de le faire, car j’avais des amis qui dansaient et qui voulaient participer à un concours international qui avait lieu à Santiago de Cuba. Nous avons monté la rueda en une semaine. Il y avait mes frères, mes cousins et leur compagne. C’était la naissance de Casino.com. Je pense que mes frères sont de meilleurs danseurs que moi. Ils dansaient avant moi, mais uniquement pour le plaisir, ils n’avaient pas les ambitions que j’ai eues par la suite.
* Comment définirais-tu Casino.com ?
Un groupe de danseurs qui partagent la même passion et les mêmes rêves, les mêmes ambitions.
Mais il y a une règle d’or : d’abord ami, puis danseur. Si tu n’as pas envie d’être mon ami, je ne te veux pas dans la troupe, même si tu es une star de la danse. Il n’y a pas de star dans mon groupe, que des amis.
* Comment recrutes-tu ?
C’est très difficile de recruter. Non pas parce que je suis exigeant, mais parce que peu de personnes ont à la fois les qualités et le désir de faire partie de Casino.com.
* Fais-tu des castings ?
Non, pas de casting. Les gens viennent me voir et me demandent de faire partie de la troupe. Je leur expose alors les règles, et les ambitions du groupe. « Partages-tu les mêmes rêves ? ». Je ne veux pas de personnes qui viennent pour qu’on les regarde. Il faut avoir de l’ambition, mais une ambition saine. Quand j’ai démarré Casino.com, j’ai annoncé haut et fort que je voulais être champion du monde. Quand je l’ai dit, je ne savais même pas qu’il y aurait un championnat du monde. Deux ans après, nous étions champions.

L’être humain doit viser haut pour avancer. Si tu penses que tu es limité, même si tu as du potentiel pour faire de grandes choses, tu n’y arriveras pas parce que tu n’y crois pas. Il faut avoir de l’ambition pour faire de grandes choses, et entre amis c’est plus facile. Quand nous sommes allés gagner un concours à Varadero, nous avons dû dormir à 14 dans une seule chambre. C’est à ce jour notre meilleur souvenir.

* Comment te vient l’inspiration ? (passes, chorégraphies…)
Comme tous les artistes, j’ai des moments d’inspiration. Ça arrive certains matins, lorsque je me réveille et que je reste allongé. Les figures viennent toutes seules. Je visualise tout dans ma tête, et lorsque j’arrive à l’entraînement ça va très vite car je sais déjà où sont placés les gens et ce qu’ils doivent faire.
Par contre, pour les cours c’est différent. Souvent, j’improvise sur le moment. Presque tout le temps en fait.
* Regardes-tu des vidéos ?
J’ai la chance d’être très inspiré en ce moment. Ça sort tout seul. Je n’ai jamais vu de vidéos. Même pas les miennes, les vidéos que tout le monde a vues ici en Europe, je ne les ai jamais vues.
* As-tu un modèle, un danseur qui t’inspire ?
Non.
* Des chorégraphies de groupe sur scènes, de chanteurs ?
Non.
Je souhaiterais dire une chose. J’aime créer. C’est un défi pour moi de créer des choses. Si ça fonctionne ou pas, j’en suis responsable.
Ma meilleure inspiration et mes meilleurs critiques sont les garçons de mon groupe. Ce sont eux qui m’obligent à repousser les limites. C’est de plus en plus facile pour eux d’apprendre de nouvelles chorées, ce qui m’oblige à faire des choses plus difficiles.
* Combien d’heures t’entraines-tu par jour ?
Avant d’arriver en France, je n’ai pas dansé pendant trois mois. Normalement, un jour par semaine avec Casino.com. Hors période de compétition. Sinon c’est trois fois par semaine. Pour moi je ne m’entraîne pas, je danse, je danse, je danse, j’improvise en dansant. Je danse tout le temps, comme Kiriku (rires).

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* Que penses-tu de la salsa cubaine telle qu’elle est pratiquée en dehors de Cuba ?
Je pense que la salsa cubaine pourrait être mieux représentée.
Pour deux raisons.
La première, c’est le manque d’information. A Cuba on pourrait faire 800 DVD de salsa cubaine par an, il y a le potentiel en qualité, mais personne ne le fait, faute de moyens.

La seconde, c’est qu’une grande partie de l’émigration cubaine en Europe n’est pas constituée de danseurs de salsa. Nombreux sont les Cubains qui se disent : « Qu’est-ce que je vais faire ? Je suis Cubain. Je vais donner des cours de salsa. ». Au royaume des aveugles les borgnes sont rois. C’est une bonne chose d’un côté car cela amène de l’information, mais cela nuit à la qualité. Je pense que ça caricaturise la salsa cubaine. La salsa ce n’est pas des pantalons à franges et des chemises bigarrées. Si tu vas à Santiago de Cuba, tu peux voir un homme de 70 ans, habillé avec un pantalon, une petite chemise et des chaussures normales.

Je reprends. En un, le manque d’information. En deux : la majorité des danseurs Cubains qui émigrent sont de la ligne folklorique ou des danseurs de Rumba. Ils savent danser la salsa, mais ce ne sont pas des spécialistes.

Il y a encore une chose. Nous sommes en retard par rapport aux autres styles de salsa. Ils ont des règles normalisées, bien définies. Il y a une pédagogie standard pour les autres styles : LA, NY, portoricaine. Il y a des règles uniformes. Il y a des danseurs avancés de casino qui n’ont même pas les bases. Ils sont capables de faire 500 passes avec les bras mais ne bougent pas les pieds ni le corps, ils ne font rien. Certains font le dile que no d’une façon, d’autres d’une autre, il n’y a pas de pédagogie commune. Certains Cubains dansent sur le 3, sur le 5. Il n’y a pas d’unification.

* Comment souhaiterais-tu uniformiser tout cela ?
La revolución ! (rires)
* Ne penses-tu pas que toutes ces différences font justement la richesse de la salsa cubaine ?
Il n’y a pas de diversité à danser en dehors du rythme. Il n’y a pas de diversité si la musique te dit de danser sur le un et que tu danses sur le trois. « La musica es una sola », et tu danses pour la musique.
* Que penses-tu des différents styles des danseurs ?
Les différents styles c’est autre chose. Chacun a son propre style. Axel et moi on danse différemment, mais on danse tous les deux sur le un, on fait les dile que no comme ils doivent être faits, on fait les passes comme elles doivent être faites. C’est une chose d’avoir un style différent et cela en est une autre de ne pas respecter la musique. Tu peux faire les choses avec ton propre style, mais le casino a des règles. Il faut les respecter.
* Que penses-tu des autres types de salsa, y compris les dérivés de la salsa cubaine, comme par exemple le Miami style ?
Le Miami style est le pire. Je ne supporte pas que ce mélange puisse se considérer comme ambassadeur de la salsa cubaine. Ils dansent en cercle mais font des passes de portoricaine. Le pire dans cette dérive est la mise en valeur de passes L.A. Style (il mime des jetés de mains, le mouvement de tête du danseur inclus). Ce n’est pas de la salsa cubaine. Le style maniéré, bras en l’air, des filles dans les ruedas a été inventé par ces gens. On ne danse pas le Casino comme cela à Cuba.

Pour moi, les autres types sont une intention de faire de la salsa une danse de salon. Si tu regardes de la danse de salon, du patinage artistique ou de la portoricaine, c’est la même chose. C’est très chorégraphique. Les danseurs de portoricaine associent aux figures un jeu d’acteur, beaucoup de jeu théâtral.

* On est d’accord que chacun danse comme il le veut. Le plus dangereux n’est-il pas que l’on appelle salsa cubaine ce qui ne l’est pas ?
Exactement. On m’a présenté des références de la salsa cubaine qui ne le sont pas. Ils font du Miami Style. Si tu prends ces gens-là en exemple pour danser la salsa cubaine, tu te trompes de chemin, tu vas à l’opposé de ce que tu es venu chercher, et c’est le plus gros problème de la salsa cubaine. Beaucoup de gens croient danser la salsa cubaine, mais ils se trompent. Et quand tu le leur expliques, ils argumentent.
* Pourquoi cette tendance ?
Toujours à cause du manque d’information. Les gens ne connaissent pas bien la salsa cubaine.
Par exemple, les gens connaissent de moi ce qu’ils ont vu dans les vidéos de Salsaville. Ces vidéos ont été produites en 2002. Depuis 5 ans ma danse a énormément évolué. Depuis, les gens n’ont pas d’information sur moi ou aucun autre danseur Cubain. (ndlr : heureusement grâce à des sites type youtube on peut trouver de plus en plus de vidéos)
* Pourquoi les Cubains de Miami ne perpétuent pas la tradition de la danse telle qu’elle est dansée à Cuba ?
Prenez par exemple Manolin. Ses albums n’ont jamais été aussi bons que lorsqu’il vivait à Cuba. Je pense qu’il y a à Cuba une certaine magie que l’on perd en s’exilant.

Concernant cette tendance du Miami Style, j’ai peut-être une explication. Aux Etats-Unis, le marché est très influencé par le LA Style et le NY Style. Pour percer, il faut y ressembler, c’est pourquoi les gens mélangent. La danse en cercle, avec des figures de portoricaine. C’est ce qui fait vendre.

* Que penses-tu qu’il faudrait faire pour diffuser l’information en Europe ?
La première chose, et la plus difficile, est l’unification des Cubains en Europe. Il y a une grande compétition entre les Cubains ici, et s’ils ne s’unissent pas, on n’y arrivera pas.

La deuxième chose : il faudrait investir le marché avec des DVD de salsa cubaine. Un exemple : certaines personnes sont très connues dans la salsa NY Style. Ils sortent des DVD avec des figures très compliquées, avec les bras, mais ils ne dansent pas, ne font jamais de démos. Et pourtant leur style est le plus connu du monde en Salsa NY Style. Et tout le monde veut apprendre leurs passes. Tout ça grâce au support d’information.

Je pense que le marché est désormais assez mûr pour que l’on diffuse des DVD sur la salsa et la culture cubaines. Les gens s’intéressent de plus en plus à l’histoire, aux danses Afro-Cubaines, à la Rumba. Il faut profiter de l’essor de la musique cubaine et de la présence d’orchestres Cubains en Europe pour surfer sur cette vague.

* Tu as dit tout à l’heure que Manolin avait perdu sa magie en partant de Cuba. Que penses-tu qu’il t’arriverait si tu partais de Cuba pour un contrat de deux ans en Europe par exemple ?
Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais pensé à partir de Santiago de Cuba. Si jamais je devais partir de Cuba… Je ne le vois pas… Si je devais partir… Je ne sais pas… Si demain ça devait arriver… Ça n’arrivera pas (rires)… Supposons que je devienne fou, que je tombe amoureux et que je m’en aille, ce sera six mois ici, et six mois à Cuba. C’est la seule façon. Pas par peur de perdre la magie, mais pour mon coeur, je ne peux pas vivre sans Cuba. Sans Siantago.
* Quelle importance accordes-tu à la musique ?
C’est tout pour moi.
* Quels sont tes groupes préférés ?
Los monstros : l’Orchestra Reve, Adalberto Alvarez, Pupy y los que Son Son, Van Van, et Manolito Simonet. Ces cinq groupes sont les cinq monstres de la musique cubaine. Les grands resteront les grands.
* En ce moment est-ce que les nouveaux groupes de timba arrivent à percer à Cuba, genre Maikel Blanco ?
J’ai une opinion très personnelle à ce sujet. Je pense que les nouveaux groupes doivent trouver de nouveaux chemins. A Cuba si tu fais écouter Maikel Blanco à quelqu’un qui ne connaît pas trop, il pense que c’est du Van Van. C’est pour ça qu’à Cuba personne ne sait qui c’est.
* Alors pourquoi toi tu connais ?
Parce que je suis un fanatique de musique.
A Cuba, ils connaissent le groupe grâce à Sotomayor. Si tu demandes qui est Maikel Blanco, ils ne sauront pas, mais si tu parles du groupe de Sotomayor, alors ils te diront : « Ah oui, Maikel Blanco y su SalsaMayor, je connais, c’est bien ».
* Penses-tu qu’ils font du plagiat ?
Le problème est que le format est le même, violon, flûte, trombone,… Ils ont les mêmes instruments que Van Van, il y a forcément du plagiat. L’influence n’est pas la copie. Je suis un fanatique de la musique cubaine, et je peux te dire qu’il y a des phrases de cuivre qui sont exactement les mêmes que Van Van, des improvisations des chanteurs sont copiées sur Mayito Rivera. Pour moi c’est trop proche. A mon avis, ils vont trouver leur propre chemin, mais ils doivent changer des choses.
* Tu penses donc qu’en dehors des monstres il n’y a pas de nouveaux groupes qui peuvent monter ?
Si si, il y a Azucar Negra, Bamboleo, Bamboleo c’est un train, ils sont très forts !
* Mais Bamboleo n’est pas un nouveau groupe ?!
Non ce n’est pas un nouveau groupe, mais Bamboleo change tout le temps : Bamboleo avec Haila, Bamboleo avec Vania, Bamboleo avec Tanya, demain Bamboleo avec Diana (en regardant LaDiosa – rires)… S’il vous plaît, il faut maintenir une ligne vocale. Quand les gens écoutent, il faut qu’ils puissent reconnaître les chanteurs de Bamboleo.
* Est-ce que des gens qui sont partis de groupes arrivent à percer, comme par exemple Tirso Duarte ?
A Cuba, les grands ne sont pas les chanteurs, contrairement à Porto Rico où il y a Gilberto Santa Rosa, Marc Anthony, etc. A Cuba les grands sont les directeurs d’orchestre. Il n’y a qu’une personne à Cuba qui est partie d’un groupe et qui est devenue plus grande que ce groupe, c’est Issac Delgado. Il est sorti d’NG La Banda et est allé plus haut qu’eux.

Tirso Duarte à Cuba a fait partie des très grands moments de la Charanga Habanera, il a chanté avec Pupy y los que Son Son, et maintenant, il ne peut pas faire mieux que ces deux orchestres. Qu’est-ce qu’il se passe à Cuba ? A Cuba il y a tellement de qualité et de compétition que les gens sont très critiques, ils aiment bien comparer. Michel Maza était la voix de la Charanga Habanera. Tout seul il ne fait pas mieux. Les Cubains aiment la musique, les chanteurs ne viennent qu’après. Il faut que les orchestres se stabilisent pour devenir grands.

* Issac Delgado ? Un monstre ?
(Il tape son poing contre son coeur.) Oui un monstre, intemporellement un monstre. On reconnaît son timbre et sa touche en deux secondes.

Maintenant, son dernier disque, celui qu’il a fait aux Etats-Unis (ndlr : En Primera Plana),… (il fait la moue), son disque précédent ? Meilleur. Et le disque précédent ? Encore meilleur. Et l’autre ? Encore encore meilleur. Le nouveau ? (en espagnol dans le texte) : « muy, pero muy portoricano » (rires). Très portoricain. Il a perdu la magie de Cuba. Il a gagné en qualité technique avec Giovanni Hidalgo, avec Cachao, mais même avec ça, le produit n’est pas aussi bien qu’il était avant.

* Que penses-tu des évolutions de la musique et de la danse à Cuba, et de l’influence du reggaeton ?
D’abord la musique. Deux choses. La première, il y a les monstres, ceux qui continuent à créer de nouvelles sonorités et qui font avancer la musique. Puis il y a les médiocres, ceux qui font de la musique commerciale, du reggaeton, des Boys Band, avec cinq « chicos bonitos » devant qui font crier les « chicas ». J’étais le plus grand fan, le plus grand défenseur de la Charanga Habanera, jusqu’à la sortie de Charangero Mayor. Depuis Soy Cubano Soy Popular, la Charanga se meurt.
* OK, mais que penses-tu des « monstres » qui rentrent dans cette tendance, comme Manolito par exemple, avec Control ? (ndlr : le titre reggaeton de Manolito y Su Trabuco)
Manolito n’a fait qu’un titre de reggaeton. Avec un titre tu ne peux pas parler de tendance. Ils ont fait ce titre car leur nouveau chanteur (ndlr : Lazaro Diaz) vient de ce courant musical. En dehors de cette chanson, Manolito continue sur sa lancée.
* On revient sur le reggaeton, parce que les retours que l’on a des gens qui reviennent de Cuba sont que le reggaeton a une place de plus en plus importante au niveau de la danse et de la musique pour la jeunesse cubaine. Axel : Quand je mixe en soirée, les jeunes Cubains viennent me réclamer du reggaeton, ces mêmes jeunes qui ne connaissent pas forcément le répertoire des « monstres » comme tu les appelles. Ricco : A Cauterets, lors du concert d’Eddy K, tous les Cubains étaient en première ligne, connaissant les paroles par coeur. Lorsque Manolito est arrivé, El Indio chantant « Locos Por Mi Habana », j’étais le seul à l’accompagner. Le reggaeton ?

C’est la danse la plus facile pour tous les Cubains du monde entier ! Tu prends n’importe quel Cubain, il danse le reggeaton. Pour un Cubain, c’est plus facile que de danser le merengue. La facilité est la première raison. La seconde est l’influence de Porto Rico qui est juste à côté. A Cuba on capte les radios de Porto Rico où on passe du reggaeton à longueur de journée. Don Omar, Daddy Yankee, Wisin y Yandel, Hector, Tito El Bambino,… C’est encore une fois la facilité. On demande aux Cubains à l’étranger de bouger leur corps. C’est plus facile et plus spectaculaire de danser le reggaeton.

Une autre raison à Cuba, est que lors de l’organisation de soirées, on fait venir un DJ. A Cuba les DJ passent la musique qu’ils aiment eux, pas celle que les gens sur la piste aiment. Et les DJ à Cuba ne dansent pas. Et quand ils ne dansent pas : reggaeton. En plus, Il est plus aisé de mixer sur du reggaeton et ses rythmes très marqués sans couper les chansons, que de passer de la salsa. Chaque DJ veut montrer qu’il sait mixer mieux que son voisin, donc ils font ça sur du reggaeton. Ce qui explique aussi la mode de la musique techno dans certaines boites à Cuba. Mais à mon avis, ce n’est qu’une mode passagère. Dans deux ans la salsa continuera son chemin et le reggaeton se mourra. Après il y aura autre chose, mais il y aura toujours notre salsa. Je ne suis pas inquiet.

* Que penses-tu de l’influence américaine dans le reggaeton ?
Le reggaeton, socialement, c’est une manière qu’ont trouvée les latinos de ressembler aux rappeurs américains : les casquettes, les chaînes en or… C’est la même intention. De plus, les chanteurs ne dansent pas. Si tu regardes les clips, c’est la même chose. Un clip de Daddy Yankee c’est la même chose qu’un clip de Jay-Z : les filles dans la piscines, les grosses voitures… N’oublions pas que Porto Rico appartient aux Etats-Unis (ndlr : Porto Rico est un État libre associé aux États-Unis).
* Penses-tu que la danse influence la musique ?
Oui. J’en suis sûr. A Cuba on dit : as-tu été à la Trocha ? La Trocha c’est le thermomètre musical de Cuba. Quand les musiciens créent une nouvelle chanson. Ils vont jouer à la Trocha, pour tester la réaction du public. Si le public ne danse pas, ne suit pas, c’est que le groupe n’est pas bon. C’est pour ça que je te dis que les musiciens composent les musiques en pensant aux danseurs, et à la façon dont ils vont réagir.
* Qu’est la Timba pour toi ?
Il y a plusieurs courants dans la musique cubaine. Elle est très riche. Le Son, le Changui, la Charanga, la Guaracha,… Tu peux faire un disque avec 70 rythmes différents, parce qu’ils existent dans la musique cubaine. Mais la Timba est la force de la musique cubaine. C’est la terreur de la piste.
* Quels types de morceaux préfères-tu pour tes chorégraphies ?
En couple, Maraca, parce que c’est la vitesse, et que je suis fan de la musique à 500 à l’heure. Mon énergie, mon point fort, c’est la vitesse. Pour mon groupe, c’est la Revé. « Sa-sal-sa-salsa ! Kan kan kan… » (il chantonne l’intro de « Mi Salsa Tiene Sandunga »). Au final, les monstres.
* Mais tu ne prendrais pas une chanson des Van Van par exemple ?
Non, c’est vrai, je ne prendrais pas Van Van. Où est Kiriku ? (ndlr : référence à un de mes (Kiriku) chambrages sur Yanek dansant sur le 5 à Vic sur une chanson de Van Van) Kiriku m’a dit : « tu danses sur le cinq ! ». Oui, en effet, Van Van change le temps de la chanson. Van Van, Pupy, profitent des breaks pour changer les temps. C’est pour ça que je n’utilise pas leurs chansons.
* Que penses-tu du niveau de la danse en France ?
Meilleur que ce que j’espérais. Bien meilleur que je l’imaginais.
Je ne pensais pas que vous seriez aussi radicaux que moi, je pensais que j’étais l’unique radical, et je suis content d’en avoir trouvé d’autres comme moi (rires). (ndlr : le groupe Toulousain et ses invités présents le soir de l’interview sont connus et reconnus dans le milieu pour être des passionnés de musique et de danse cubaines).

Là où le niveau manque, c’est plutôt dans les ruedas. Il n’y a pas seulement de la danse en couple dans les ruedas. Elles manquent de chorégraphies pour passer au niveau supérieur. Il manque des troupes de danse, des groupes qui font des chorégraphies complètes de suelta, de couple, de rueda.

* Penses-tu que la salsa cubaine est une danse dédiée au spectacle ?
Pas à la base. Mais, sans le vouloir, cette danse est un spectacle en elle-même. Quand tu vas à Santiago et que tu vois un homme de 70 ans en train de danser avec le coeur, c’est spectaculaire. C’est le plus beau spectacle que tu peux voir. La danse est une thérapie. A Cuba, quand j’étais plus jeune, j’ai fait une étude sur l’influence du Danzon dans la vie des personnes âgées (nldr : Yanek a fait des études de psychologie). Les personnes âgées de plus de 70 ans ne faisaient plus rien, se sentaient inutiles (ndlr : sous-entendu attendant la fin). Cette étude a mis en évidence que la danse leur permettait de retrouver la joie de vivre, l’allégresse et parfois même l’amour…
* Quels conseils donnerais-tu aux gens qui veulent progresser dans leur danse ?
Si vous voulez danser la musique cubaine, il faut connaître la musique cubaine. Premièrement. Il faut être dans la musique. Il n’y a que comme ça qu’on peut la sentir. Autre chose : il faut aller à Cuba. Il faut vivre la salsa de l’intérieur à Cuba.

Il faut aussi se fixer des objectifs. Si tu sais que tu peux faire des choses, mets des objectifs qui sont au-delà de ce que tu penses. Tu sais danser la salsa. C’est bien. Maintenant il faut danser la salsa avec de l’afro. De la salsa en faisant de la rumba. Il faut que tu aies envie de connaître toutes les danses populaires de Cuba. C’est autre chose de connaître la culture cubaine que d’être simplement un danseur de salsa. C’est un autre niveau.

* Quels sont les messages principaux que tu fais passer dans tes cours ?
Que la danse c’est quelque chose de complet. La salsa cubaine ce n’est pas que des passes. Ma guerre est là. Ce que je vois c’est que beaucoup font des passes mais ne bougent pas les pieds. Je veux que les gens ressentent ce qu’ils font. Qu’ils ressentent la joie, l’énergie. Je ne veux pas que les gens soient juste en train d’écouter, mais qu’ils sentent la musique. J’essaie de transmettre ça avec intensité.
* Pourquoi ne viens-tu pas plus souvent, est-ce dur de sortir de Cuba ?
Ça ne dépend ni de moi, ni de Cuba. Ça dépend de l’argent que je n’ai pas. Cuba ne t’empêche pas de venir en France. La fois où je n’ai pas pu venir en France, c’était parce que la France n’a pas voulu me délivrer de visa, pas Cuba. C’est plus facile de dire que c’est de la faute de Cuba. Si tu veux venir en Europe, l’Europe exige que quelqu’un se porte garant de toi, que tu aies une assurance maladie, etc. Parce qu’ils considèrent qu’un Latino est un émigrant potentiel. Pour moi c’est un problème, parce qu’on pourrait faire de grandes choses ensemble. Un exemple : en Russie. En Russie, il y a une ville dans le Sud où j’ai vu une discothèque avec 300 personnes qui dansaient la salsa cubaine. Que de la salsa cubaine. Incroyable. Et pas un seul Cubain ne vit là-bas.

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* Et qui y enseigne ?
Les gens de Moscou. En Russie il y a un très bon niveau en salsa cubaine.
* Y-a-t-il quelque chose que tu voudrais rajouter ?
Oui. Je voudrais dire que je veux vivre avec intensité pour que la salsa cubaine, le casino, soit la plus dansée dans la monde, et que tout le monde aime la culture cubaine.
Danser la salsa ce n’est pas quelque chose que tu fais, c’est une manière d’être, une manière de ressentir les choses. C’est ce qui nous a poussé à nous retrouver ici tous ensemble.

C’est ainsi que se conclut la première interview que nous avons l’honneur de vous présenter. Nous avons eu des réponses franches et claires sur toutes nos questions. Sauf pour une qui me (Kiriku) tenait à coeur : « Te gustan las chipolatas » ? Nous ne le saurons jamais…

Vos rédacteurs exclusifs à Toulouse, Le Stagiaire et Kiriku, au nom de la bande citée en début d’interview…
Photos : Baba NGOM.

ANGEL BONNE, Le Poète et La Conscience de la Chanson Salsera  !

SAMA Y EL EXPRESO DE ORIENTE ou el tren à grande vitesse !

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Après un 1er disque passé inaperçu : Andres Revé y el Expreso de Oriente « De Guantanamo a la Habana » (Envidia) a changé de leader… Curieux et rare, n’est-ce-pas?

Andres Revé (famille d’Elio) a effectivement pris une autre « direction » (Melodias del 40) et a été remplacé par un certain bassiste Ernesto I.Sama Curbelo .

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1er disque d’El Expreso De Oriente

Encore une curiosité, Sama ne joue pas sur le disque, puisque le bassiste annoncé est Pedro Pablo Gutierrez (ex-Charanga Habanera et Forever, actuel leader de son groupe)…Il est en fait cité comme directeur musical et arrangeur.

Un Pedro Pablo qui remplace le très célèbre Arnaldo Jimenez (ex-Elio Revé) présent sur le 1er album…Vous me suivez ?! Quel embroglio n’est-ce pas ? Mais peu importe, car le résultat est conséquent !

Et lorsque Luis Dominguez, producteur de ce disque, affirme que l’esprit de la musique d’el Expreso est resté pratiquement intact, le « pratiquement » a son importance…!! Le 1er disque avait une sonorité que l’on pourrait qualifier de plus traditionnelle et pourtant déjà bien pêchue…Mais cet opus est un savant cocktail de Changüi et de Timba, plus moderne qui plaira à tous les amoureux du genre…

Luis Dominguez ne le cache pas, ce disque se situe entre les sonorités des Van Van et d’Elio Revé. Et pour ce faire, quoi de mieux que de prendre des musiciens et chanteurs qui en font ou en ont fait partie ? Et pas n’importe lesquels… Tant qu’à faire prenons le symbole vocal avec Pascual Matos aka « El Sinsonte » et le symbole du trombone si important chez Revé et chez Van Van : Ulises Benavides.

Javier Rodriguez « Chocolate » à la voix rauque merveilleuse et « El Sinsonte » au timbre si charismatique font un travail remarquable vocalement. Sinsonte qu’on entend rarement chanter aussi bas, est exceptionnel. Chocolate fait penser indubitablement à certains moments à Pedro Calvo et ce n’est pas pour me déplaire !!!
Roberto Morales n’est pas en reste : sa voix me plaît particulièrement , un timbre pas commun dans lequel il donne une énergie impressionnante !

Je serai plus sur la réserve quant à la voix d’Eduardo Boloy invité à reprendre deux titres mais chantés précédemment, et de bien meilleure facture…! Alors où est l’intérêt ? Sans aucun doute des arrangements entre musiciens que nous ne connaissons pas…

Les orchestrations de Lazaro Rozabal (tromboniste) et de Sama sont absolument parfaites.

La couleur des trombones associée aux violons et flûte sont d’une efficacité fracassante, comme notamment par exemple dans le morceau exceptionnel qui ouvre l’album : « Guarachando ».

La basse magnifique de Pedro Pablo Gutierrez est excellement appuyée par le bon tumbao de Mayito Rosabal et la section de percussions…
Quant aux choeurs si importants chez Elio Revé, ils sont ici également soignés.
Sur le répertoire des chansons, se détachent évidemment quelques morceaux…
La reprise de « Se sigue comentando » est efficace, le travail d’El Sinsonte est différent de celui figurant sur l’album d’Elio Revé. Je garde cependant ma préférence pour la version d’origine…

Mais la reprise de « Las Manos en la masa » apporte elle une fraîcheur sur les arrangements (même si j’avoue préférer la voix de Dagoberto et l’intervention d’Elio Revé Jr!).
« Guarachando » et « Mi Gallo » sont des pures merveilles à tous les niveaux et je peux oser dire qu’elles resteront longtemps dans ma play-list…

Mais la grande curiosité reste pour moi « El Repartero de la Habana », un morceau hors normes, rythmiquement cela sonne comme le Sur Caribe des grands jours. Une voix à la rupture del « Chocolate » de la Salsa, avec des choeurs exceptionnels, un changement de gamme au milieu de la chanson très gonflé, et une section de cuivres obsédante. Ce morceau est originellement composé et joué par Lisandro y su Tratado. Lisandro Alfredo Arias Baro appartenait à la Banda Meteoro très reconnue dans les années 80 et vit désormais à New-York. Il a un répertoire très changüi et ses chansons sont de pures merveilles, malheureusement pas encore enregistrées. Et n’en déplaise à qui que ce soit, Lisandro n’a pas été contacté pour la reprise de ce morceau…!! Vraiment regrettable…Rendons aujourd’hui à César…

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Lisandro Alfredo Arias Baro

En résumé un disque surprise et choc qu’il ne vous faut pas rater si vous êtes amateur de sonorités de la Revé ou des vieux Van Van… On attend avec impatience la suite…

Chansons :

1/ Guarachando
2/ Tengo una situacion
3/ El Repartero de la Habana
4/ Si te caigo mal
5/ Yo no sé que me pasa
6/ Son para un chabacano
7/ Se sigue comentando
8/ Tremendo tiempo
9/ Mi gallo
10/ Las manos en la masa

Extra tracks:
11/ Guarachando
12/ Mi gallo
13/ Tengo una situacion

Musiciens : entre parenthèses, les enregistrements sur lesquels figurent ces stars !
Mayito Rosabal : Piano (José Miguel)
Pedro Pablo Gutierrez : Basse (ex CH, CF, actuel Pedro Pablo y la Rebambaramba)
Jorge Felix Bravo : Timbales (ex Yumuri)
Gustavo Benavides : Congas
Carlos Amores : Guïro et Maracas (ex Pedrito Calvo, Tirso Duarte, Orlando Canto, Arnaldo y la Cosmopolita, Habana Express etc…)
Oswaldo Huerta : Bongos (ex Lusson y Lusson, Michel Maza, Tirso Duarte, Orlando Canto, Maikel Blanco, Habana Express, Habana Power Band etc…)
Lazaro Rosabal : Trombone (José Miguel, Son 14)
Ulises Benavides : Trombone (Elio Revé Jr, Maikel Blanco, Tirso Duarte, Michel Maza, Sur Caribe etc…)
Ronny Cabarrocas : Violon (Machado y sus estrellas…)
Edward Marzan : Violon (Machado y sus estrellas…)
J.J. Oliveros : Flûte (Machado y sus estrellas, Habana Express, Charanga Rubalcaba…)
Javier « Chocolate » Rodriguez : chanteur (1, 2, 3, 5) (Sur Caribe)
Pascual « El Sinsonte » Matos : chanteur (1, 6, 7, 9, 10,11) (Elio Revé, Soneros All Stars, Havana City, El Zorro, etc…)
Roberto « Robertico » Morales (4 ,8) ex- Angel Bonne, Nelson Manuel y Elio Revé
Eduardo « El Bolo » Boloy (12, 13)
Michel Perez : Choeurs (Charanga Forever, Pedro Pablo)

Barbarito Lopez : Choeurs (Maikel Blanco, Orlando Canto, Tirso Duarte, Donaldo Flores, Michel Maza, etc…)

José Lusson : Choeurs (Arnaldo y la Cosmopolita, Maikel Blanco, Pedro Calvo, Orlando Canto, Michel Maza, etc…)
ANGEL BONNE, Le Poète et La Conscience de la Chanson Salsera  !

ISSAC DELGADO ou l’exil réussi !

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L’arrivée d’un nouvel album de celui qu’on surnomme El Chevere de la salsa
méritait forcément un article dans nos colonnes .

Mais sans pour autant dévoiler un verdict couru d’avance, l’exceptionnelle teneur de ce nouvel opus méritait bien mieux qu’une seule chronique !

C’est pourquoi nous avons décidés de vous livrer , Jack et moi-même, non pas un, mais deux articles pour célébrer cet artiste que nous affectionnons tout particulièrement et qui a une place à part dans le paysage musical cubain .

Mais avant de parcourir ce nouvel album, un petit rappel s’impose pour les lecteurs qui auraient ratés certains épisodes et que nous avions déjà évoqués dans le forum de Fiesta Cubana .

Fin 2006: Alors que des rumeurs circulaient ici et là sur la sortie d’un nouvel album d’Issac ainsi qu’une tournée en Europe prévue pour l’été 2007, une autre rumeur , moins artistique , évoquait son hypothétique exil de Cuba pour les US .

Et cette rumeur s’est rapidement confirmée ,avec dans la foulée l’annonce d’un nouvel album sous la houlette de Sergio George, grand manitou des studios et productions salsa US ( DLG, Victor Manuelle, etc…) ce qui a bien sûr interpellé et inquiété un certain nombre d’Issac addict… (pas vraiment en fait..).

Et voici donc que débarque cette nouvelle et très attendue production du maitre du swing vocal cubain pour laquelle j’ouvre le bal des mots.

En primera plana, vu par Timbalero

– Sir George: Bon Issac, je te propose un deal.
– Issac : Vas y , je t’écoute.
– Sir George: Voilà, je produis ton album si en contre partie tu acceptes de pousser la chansonnette avec Victor Manuelle sur un titre et avec Fragancia sur un autre.
– Issac: Je n’ai pas vraiment le choix, si ?
– Sir George: C’est dans ton intérêt, crois moi . Pour le reste de l’album tu as carte blanche.
– Issac: Ok, va pour placer un ou deux « Chevere » aux cotés de Victor.

Voici une libre interprétation personnelle des échanges totalement imaginaires à l’origine de ce projet et de cette collaboration peu commune entre le timbero-salsero-rumbero Issac Delgado et le producteur inspiré Sergio George.

Et c’est donc avec cette collaboration et ce titre avec Victor Manuelle ; « La mujer que mas te duele », que démarre cet album.

Ce titre fonctionne parfaitement dans le registre salsa romantica et aurait pu tout aussi bien figurer sur un album del Sonero de la Juventud .

La référence au décès de la mère d’Issac ne fait aucun doute même si elle n’est pas clairement exprimée dans le texte. A propos de ce décès , dans les notes de l’album, Issac déclare : « Con el permiso de todos, en homenaje posturno a mi madre »…, Issac reste humble et n’impose rien, pas même sa peine…

Mais c’est sur le deuxième titre que les choses se gâtent sérieusement avec l’arrivée du « Medley » que je qualifierai de rappel biographique musical , rappel d’une déjà longue carrière.

Quelques notes de saxo et ce sont les premières mesures délicieuses de « Necesito un amiga » ( 1990 : « En la calle » ), un morceau essentiel de la carrière d’Issac, lorsqu’il démarrait avec NG la Banda, à l’époque où José Luis Cortès consolidait les bases de la Timba.

Viens ensuite « Que te pasa loco » (1993 : Con Ganas), titre composé par José Luis Cortés lui même et qui n’a pris aucune ride (qui reste d’ailleurs un de mes titres fétiches d’Issac).

Puis à 3 :20, le ciel vous tombe littéralement sur la tête sous une pluie battante de cuivres avec l’arrivée de « No me mires a los ojos » , titre composé par Giraldo Piloto (leader de Klimax) et où le pianiste et fils prodigue Issac Delgado Jr reproduit fidèlement le tumbao originel d’Ivan Melon.

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Ce titre sera d’ailleurs la valeur sûre de ses concerts , durant lesquels se mesure pleinement l’exigence , la rigueur musicale et la générosité de ce « crooner » à la sauce cubaine.

Et pour couronner le tout, un second break introduit « La formula », son hit de l’an 2000 qui termine ce medley euphorisant sur un nouveau coro :
Que no hay ma‘ na’, lo dice la farandula !

Chapitre 3 : « Soñé / La campaña »

Les deux titres du groupe de reggaeton cubain Gente d’Zona sont compactés et présentés ici sous leur format salsa façon Sergio George .

Issac qui swingue, épaulé par des breaks réglés au millimètre, des coros puissants et Fragancia (ex-DLG) qui délivre ici la juste dose de reggaeton, font de ce morceau le plus dancefloor de l’album et fera sans aucun doute les beaux jours des pistes de France, de Navarre, et d’ailleurs (et d’Alsace bien entendu !)

Ay por Dios, ay por Dios, si a la niña le gustan los feos no digan que no.

« Cemento, Ladrillo y Arena » :

Issac , on le sait , est attaché à la musique cubaine , à toutes les musiques cubaines ,et il le prouve une fois de plus avec ce « son- cha », prétexte musical pour réunir trois artistes de 1ère classe dans une succession de solos :

– l’immense Cachao à la basse ,
– le piano jazzy de Gonzalo Rubalcaba ( fidèle compagnon musical des premières heures : Son de Cuba a Puerto Rico sur l’album Con Ganas, c’était lui !! ) ,
– et encore une belle démonstration du maitre conguero Giovanni Hidalgo ( le portoricain aux 8 bras tellement il est veloce le bougre !! ).

Plus qu’un morceau All Stars inutile et opportuniste, ce titre confirme une fois de plus combien Issac met en valeur les musiciens qui l’accompagnent et le résultat est tout simplement parfait, le tout une fois de plus mis en avant par une production impeccable .

Et on repart de plus belle en trombe (-one, ou plutôt en trompettes ) avec « Vengo Venenoso » , où Issac va encore une fois chercher une mélodie qui vous secoue les tripes sans vous lâcher une seule seconde.

Cette mélodie, cette voix, sur les premières mesures sont encore une fois à tomber par terre :

Sin saber no sé por qué te encuentro ahora
No sé por qué, tù te cruzaste en mi camino
Es un peligro este querer, no es una broma
Que son tus besos lo mejor que he conocido

Mais la cerise sur le gâteau apparait à 1mn40, quand débarque par surprise un passage rumba jubilatoire .

Cette touche guaguanco est légère mais suffit à donner à ce titre sa légitimité musicale, son authenticité et à nous rassurer une fois de plus sur la projection artistique d’El Chevere, restée intacte au-delà des étiquettes ,des frontières ou des contraintes de marché.

Quelque soit son pays de résidence, Issac reste rumbero.
Alors quoi de plus normal que de finir sur un rythme 6/8 :

Este año yo vengo acabando .
A ti te canto esta rumba oyé !!
Porqué tengo un swing sabroso ! ( C’est Issac qui parle le mieux d’Issac ).

« Paquito Va »: arrêt sur image.

Sans doute le titre le plus impliqué de cet album, le seul d’ailleurs qu’il ait co-écrit .
Il règne un parfum de Ruben Blades sur ce titre, que ce soit dans sa structure musicale, métissée autour de la Murga , de la Cumbia et de la Salsa que dans les textes.

On y perçoit cette même joyeuse-mélancolie pour rendre hommage au peuple latino d’où qu’il soit et surtout où qu’il aille.
On peut s’interroger sur la volonté d’Issac sur ce titre de parler de son propre exil, à mots couverts et avec la pudeur qu’on lui connait .
Paquito est Issac. Issac est Paquito…

« No lo defiendo pero es verdad,
la gente sufre con lo que él goza.
Es que él no puede hacer otra cosa
y eso a la gente no le hace mal.
Por eso quiero reflexionar,
siempre es de sabios encontrar razones,
lo ves en fiestas y vacilones, pero tambien lo ves trabajar.

Et malgré cette déchirure (c’est ainsi qu’il décrit son départ de Cuba), Paquito va con alegria, Issac peut avancer malgré tout , en restant un hermano latino, humilde y trabajador .

Et bien qu’il rende hommage aux pays d’ amérique latine en fin de morceau ,c’est bien sur un « CUBA » lâché avec force qu’il termine ce titre sublime.

« En primera plana » :

Sans aucun doute pour moi, LE titre de cet album (ça tombe bien c’est le cas justement ! ).

Encore un morceau pour rassurer les fidèles, c’est du pur Delgado, un départ en douceur, cette voix (et quelle voix nom d’un chauve !!) qui vous emporte dans les hauteurs mais derrière, et sans prévenir, s’installe la rythmique qui va faire décoller le morceau, cette même force tranquille que l’on retrouve chez Manolin El Medico de la salsa . De l’orfèvrerie musicale je vous dis !!!!

Et tout ça, ammené d’un simple mais grisant « Dale Candela ».

Et les textes, comme sur l’ensemble de l’album, sont d’une justesse exemplaire.
Y en el amor como en la ruleta, jugaste al rojo, y te salio el negro .

Tu no eres, noticia de primera plana.
Porqué te fuiste, yo no, yo me quede, guarachando ( Esprit de Manolin y es-tu ?)

« De 2 a 3 » :

Encore un titre Delgadesque, encore une mélodie tranquille, lègère, qui accompagne un crescendo rythmique et des coros qui claquent avec précision !

60 minutos de ilusion, siempre de 2 a 3.

Issac revient avec ses soneos , avec aisance , sans forcer, et donne cette impression qu’il pourrait donner la réplique pendant des heures à son orchestre de pointures.

C’est d’ailleurs encore une fois sur scène qu’il montre cette capacité d’improvisation , quand il emmène des morceaux de 15 minutes avec l’agilité d’une plume sur un rhinocéros lancé à 60 km/h !!!

« Deja esa gente » :

Nous venons à peine de quitter Issac et son 5 à 7 de 2 à 3 musical , que démarre sur les chapeaux de roue , le titre le plus « salsa » de l’album avec une fois de plus cette confrontation habile entre une rythmique soutenue et Issac qui pose ses vers en douceurs, juste ce qu’il faut et au moment où il faut pour succiter l’oreille, pour titiller notre système cardio-vasculaire , pour rester d’autant plus accrocher à sa voix de velours.
Le feu et la glace !

Déjalo, déjalo asi, deja a esa gente, y quiéreme a mi.

« Como se baila se toca »:

Alors, question subsidiaire : Comment terminer un album comme celui là , déjà chargé en morceaux sublimes sans en faire un album salsa trop commercial ,au sens péjoratif du terme…?

…Et bien Issac a une fois de plus trouvé la juste voie (et quelle voix !) , un changuï traditionnel , pour revenir aux fondamentaux et comme pour nous rappeler une fois de plus ce qui pourrait caractériser son travail depuis toutes ces années :
la vérité est dans le mélange ( salsa vous dites ?) , mélange des traditions, des rythmes, mais aussi et surtout mélange des origines sans jamais renier sa cubania !

Et c’est en fade-out , progressivement , que termine ce « como se baila se toca » ,… como se toca se baila….comme si Issac et ses musiciens quittaient tout à coup le studio pour aller jouer dans la rue ….en la calle….et nous laisse avec cette impression d’avoir écouté un seul titre au lieu de 10…

Et c’est à ce moment là que vous êtes pris d’un réflexe humain et normal, appelé le syndrôme du « je n’ai pas bien tout entendu , j’en veux encore » qui consiste à remettre aussitôt le début de l’album.

Soyez rassurés , ce syndrôme est bon pour votre organisme et vous êtes au contraire invités à le transmettre autour de vous.

Mais…vous aller me dire…tu nous bassines avec la qualité musicale de cet album sans parler des musiciens justement, ce n’est pas un peu léger comme approche ?!
Sommes-nous sur le site www.fiestacubana-light.net ??

Pas de panique mes amis, j’y viens justement car ces musiciens méritaient un focus tout particulier .

On démarre par Sergio George , pianiste, arrangeur, producteur , j’en passe et des meilleurs. La garantie d’une production irréprochable, qu’on aime ou qu’on n’aime pas les artistes qu’il produit.

Isaac Delgado Jr : pianiste, fils du père et qui accompagne papa déjà depuis quelques années , notamment sur scène.

Gonzalo Rubalcaba : pianiste , jazzman et compagnon de route d’Issac depuis ses débuts.

Osmani Paredes : Autre pianiste de latin-jazz. Solo sur Como se baila se toca

Alaín Pérez : Bassiste, arrangeur, également timbalero sur le changuï final.
Il est le « son » d’Issac depuis « la primera noche ».

Israel López « Cachao »: la légende de la basse revient ici avec son archer pour un solo sur « Cemento, Ladrillo y Arena »

Dennys Savon alias Papacho : conguero déjà présent sur La formula et également sur le projet solo de Mayito « Llego la hora » (le solo de Negrito Bailador c’était lui ).

Giovanni Hidalgo: maitre des congas estampillé Puerto rico, qu’on ne présente plus également.

Les cuivres :
Dante Vargas, Michael Mossman : trompettes
Alberto Barros: trombones
Felipe Lamoglia, Javier Olivencia: sax

Ahmed Barroso Jr : tres

Et je termine par ceux qui , selon moi, réalisent un travail énorme sur cet album et qui sont pour beaucoup dans la réussite de cet album:

Les chœurs :

Guianko Gómez, Kevin Ceballo, Issac Delgado Jr : énorme travail de ces trois choristes qui font littéralement décoller les morceaux et donnent parfaitement la réplique à Issac.
On connaissait déjà bien sur les talents en solo de Kevin Ceballo mais là avec ce trio de choc …c’est un régal…

Et enfin…et sans bien entendu dénigrer le travail des autres musiciens responsable de la qualité de l’album…je vous prie de bien vouloir faire un triomphe pour Monsieur Percussion , énormissime timbalero devant l’éternel , en provenance directe du Vénézuela et véritable requin de studio , présent sur un nombre incalculable d’albums de ces 15 dernières années (et bien entendu sur Con Ganas d’Issac)….j’ai nommé…LUIS QUINTERO !

La précision dans le jeu par excellence !!
Un seul regret : l’absence d’un vrai solo mais bon, là je ne serais plus là pour vous en parler si ça avait été le cas !!

Issac est à un artiste à part entière, je le disais en préambule, et c’est un immense cadeau qu’il nous fait là.

Sa voix, sa générosité et sa rigueur musical sont restées intactes voir accrues par cet exil ( libérateur ? )

Il ne nous reste plus qu’à attendre de pied ferme l’annonce d’une tournée européenne .

Soyez donc rassurés, ISSAC DELGADO n’a perdu ni sa « formula », ni sa cubania et reste malgré les 90 miles qui le séparent de CUBA…

….El CHEVERE DE LA SALSA…et il n’a pas fini de nous enchanter de sa voix bienveillante.

Sa mère peut être fière de son crooner de fils…(que descanse en paz )

Issac, tu eres noticia de primera plana !

En primera plana, vu par Jack el Calvo

1/ Le contexte :

La nouvelle de l’exil d’Issac à Miami en décembre 2006 avait été (comme beaucoup d’autres exils) un choc… «Quoi ? Issac à Miami ?! Oh non!» Derrière ces mots la crainte de perdre artistiquement un des acteurs majeurs et adulés de la scène cubaine… Que nenni !!!!!

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la fidélité d’Issac à sa musique.

– Tout d’abord, ce n’est pas la première fois qu’Issac enregistre sous l’hégémonie latino aux USA. En effet en 1995, Issac signe avec le producteur vedette du moment Ralph Mercado et fait une grande tournée aux USA.
S’ensuit le fameux « Otra Idea » sous RMM en 1997 puis « Primera noche » en 1998 avant de rentrer finalement à Cuba… Ces productions avaient connu un vif succès et finalement ne décevant pas son public…

– Et comme de fait exprès, il est ici co-produit par un ex producteur de la RMM et ancien proche de Ralph Mercado : le grand pianiste et producteur qu’est Sergio George… On l’aime ou on ne l’aime pas mais ce musico-producteur est un véritable découvreur de talents : D.LG., Frankie Negron, Victor Manuelle, La India (découverte à partager avec Eddie Palmieri!) et les premiers excellents disques de Marc Anthony. Un courant novateur et d’air frais à l’époque…

Un courant que Sergio George nomme « Nueva Generacion ». Novateur par sa sonorité très moderne, ses arrangements particuliers et l’introduction pour la première fois du ragga. Le label Sergio George est alors une garantie d’une qualité de son, de respect de l’artiste et de la mise en avant de ses forces…

– Puis aussi parce que comme il le dit si bien dans son édito, Miami n’est que « el norte de la Habana » !!!! Il y retrouve donc une marmite bouillonnante de musiciens cubains plus talentueux les uns que les autres : l’immense Cachao qu’on en présente plus; le génie pianistique de ses premiers disques et un ami de toujours qui l’a aidé depuis le début de sa carrière : Gonzalo Rubalcaba !!! Et enfin son conguero parti avant lui (en précurseur ?!) à Miami, Papacho !

– Et enfin dernière raison : Issac est depuis ses débuts (après son départ de chez NG la Banda) d’enregistrements solo, fidèle à une sonorité, à une qualité qui n’a jamais trompé son public. Pourquoi commencer maintenant ?!! .

Issac est la garantie d’une qualité d’interprétations et de compositions…

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2/ Le disque :

Issac et Sergio George ont-ils eu un accord secret ? Sergio place deux de « ses artistes » en échange d’une co-production : Victor Manuelle et Fragrancia?! Le nom de Gilberto Santa Rosa avait même circulé…

Et c’est donc ainsi que le disque commence : « La mujer que mas te duele » (Jorge Luis Piloto- Yoel Henriquez) en duo avec Victor Manuelle. Et comme un fait exprès, ce morceau commence avec la voix seule d’Issac… « Oui c’est bien moi qui revient… » Cette chanson est troublante à plusieurs points.

La sonorité du morceau ne trahit pas Issac mais sonne également typiquement Sergio George par les breaks, les arrangements des cuivres et les choeurs. Cette chanson trouble aussi car il faut quand même tendre l’oreille au départ pour se rendre compte que Victor Manuelle commence à chanter…!!

Il me semble qu’il tente de calquer à la voix d’Issac (sans jamais y parvenir…). Ce morceau co-signé par l’incontournable Jorge Luis Piloto (quelle usine à morceaux !!!!) sera ou est déjà pour sûr un tube dans le monde latino…

Puis c’est le moment pour lui d’affirmer aux cubains que son passé n’est pas que du passé mais bien encore présent et futur… Le « Medley » de 4 parmi ses plus belles chansons sont réarrangées par Alain Perez et avec au piano son fils Issac Jr. !

Cela commence par le sublime « Necesito una amiga » (interprétée par Issac à l’époque où il faisait partie d’NG la Banda) avec une intro très belle dans un style smooth jazz saxophone à l’appui et qui prend toute son ampleur dès que la voix d’Issac commence avec « La historia que vivimos… ».

Puis on appréciera la transition avec « Que pasa loco » écrite par… José Luis Cortes (NG La Banda)!! Un des grands tubes d’Issac dont l’esprit est totalement gardé intact. Et que dire de l’autre transition qui me fait vibrer dès qu’elle retentit ?

Une plage de synthé « agressive » pour annoncer une des chansons qu’Issac affectionne particulièrement puisque chaque fois que j’ai pu le voir en concert il l’interprétait… « No me mires a los ojos » composée par son ami et leader actuel de Klimax, Giraldo Piloto, rencontré chez NG la Banda…

Le lien est encore présent !! Puis il termine par son propre morceau « La Formula », réarrangée, modifiée, comme s’il nous transmettait que justement la formule, il l’a toujours…!!
Mais quel plaisir d’entendre ces morceaux raffraîchis même si forcément on trouve que le traitement de chaque thème est trop court !

« Soñé/La campana » : voilà un titre typiquement dans l’esprit de Sergio George. Les morceaux de reggaeton à l’origine « chantés » par le groupe phare actuellement à Cuba, Gente D’Zona.

L’introduction est un réchauffé de D.L.G., mais juste après la rythmique salsa et la voix d’Issac reprennent le dessus ! Fragrancia vient donc ici rapper et les breaks avec le piano sont typiquement ce que l’on peut retrouver par exemple chez Victor Manuelle, ainsi que les arrangements des trombones et des trompettes présents dans toutes les productions de Sergio George…

Pour la première fois, Issac intègre dans ses disques du reggaeton. Un titre très commercial encore une fois formaté idéalement pour fonctionner dans l’intégralité du marché latino…

Le morceau suivant est LE morceau all-stars. En effet « Cemento, ladrillo y arena » (José Antonio Mendez/Andres Echevarria) regroupe l’immense « maestro » contrebassiste Cachao (Cemento!), le grand pianiste Gonzalo Rubalcaba (Ladrillo!) (je conseille d’ailleurs aux amoureux de jazz, son disque solo « Solo » de 2006, magnifique de raffinement et de toucher, disponible chez Blue Note) et le non moins talentueux conguero et élève du grand cubain Changuito : Giovanni Hidalgo (Arena!). (anecdote : Issac lâche un « Aouh » en le présentant qui est le cri de guerre du cubain conguero Tata Güines !).

Chacun y va de son solo et fait de ce morceau un moment de pur bonheur musical. Gonzalo y fait un travail énormissime de raffinement et de travail sur le contretemps…

Cette chanson descarga chachacha est une reprise du guitariste José Antonio Mendez (1927-1989). Là encore Issac affirme haut et fort ses racines…et lâche à la fin lorsque le son baisse « Pa’ la gente de la Habana » !

« Vengo venenoso » est une reprise du grand guitariste compositeur chanteur ex-pilier de Ketama (groupe espagnol) Antonio Carmona. C’est pour moi un excellent titre dont la mélodie nostalgique convient parfaitement à la voix d’Issac. Il y inclut des passages de rumba qui enrichissent la structure musicale du morceau. C’est un très beau morceau…

Mais que dire du suivant ? Obsédant… L’introduction est obsédante et d’une grande beauté. « Paquito va » (Hiram Sanchez/Issac Delgado), seul morceau de l’album co-écrit par Issac est sans aucun une de mes chansons préférées de cet opus.

Une forme de cumbia de Colombie ? De murga de Panama ? Une bomba de Puerto Rico ? Peu importe, ce morceau finit en salsa et peu importe car c’est finalement l’idée, le thème de la chanson : « Paquito va pa’donde quiera !! Pa’ donde quiera que haya un bembé ! Pa’ donde quiere que haya una fiesta!!! »

C’est pour moi le meilleur titre par sa conception et par ses inspirations : comment ne pas penser à Willie Colon, à Ruben Blades et même à Willy Chirino… Et surtout, comment ne pas penser au titre « la Vida es un Carnaval » rendu célèbre par sa tante d’adoption Celia Cruz !!!

Cette dernière avait en effet pour habitude de l’appeler « mi sobrino » (mon neveu)… Et pour Issac, il est normal aujourd’hui de rendre hommage à une artiste et à un être humain (disparu le 16 juillet 2003) qui est pourtant en train de changer le cours de sa vie… Et puis comment ne pas avoir comme Issac la gorge nouée lorsqu’après réciter tous les pays d’Amérique Latine, il lâche un Cuba rempli d’émotions ??!!

« En primera plana » (Gradelio Perez Romero/Alain Perez) qui sert de nom à l’album est un morceau dans la pure lignée des vieux morceaux d’Issac Delgado. Et voilà certainement aussi pourquoi il est mon favori également de l’album…

La présence de Gonzalo Rubalcaba ne fait qu ‘accentuer cette sensation. Le refrain est un pur bonheur et Alain Perez fait à la basse un travail remarquable. Le final avec Issac chantant avec les percussions… Ay mama !!!!!!!! N’oublions pas le clin d’oeil à son ami d’exil Manolin el Medico de la Salsa « Y si te fuiste… »!!

« De 2 a 3 » (Gradelio Perez Romero/Alain Perez): idem que le précédent : tous les ingrédients de la vieille formula d’Issac sont bien encore présents : choeurs, breaks, arrangements cuivres, mélodie… Il saupoudre de références cubaines « Sabrosona » de La Aragon et « Eso que anda » de los Van Van. Très beau morceau qui me laisse cependant sur ma faim : 3’15 !!! C’est court !!!

« Deja esa gente » (Gradelio Perez Romero/Alain Perez): morceau énergique superbe. De l’orfèvre… Les mambos des cuivres est magnifiquement bien écrit.

Issac finit par un changüi traditionnel : « Como se baila, se toca » (Marcelino Ruiz Hipolito). Voilà une grande première pour Issac !! Au tres, le fameux Ahmed Barroso (admirable à la guitare électrique sur les enregistrements des Van Van et de Manolin live à Miami), au piano un solo magnifique de Osmany Paredes et aux Congas un duo Giovanni Hidalgo et son conguero Papacho.

Le Kaleidoscope musical d’Issac prend ainsi fin jusqu’à la prochaine production…

Un hommage au grand Alain Pérez qui est à la co-production (et quelle production mes amis… !), à la basse et a composé trois morceaux. (Alain Pérez, « la Sandunguita », c’est aussi lui qui l’a écrite..)

Et n’oublions pas de citer l’un des deux frères percussionnistes vénézuéliens Luis Quintero (déjà présent sur « Con ganas » de 1992 et sur « Prohibido »), qui a joué avec les plus grosses pointures : Oscar D’ Leon, Tito Puente, Celia Cruz, Eddie Palmieri, Ray Barretto, Cachao, Gato Barbieri, Marc Anthony, Gonzalo Rubalcaba, La India.

Je concluerai en affirmant que ce disque est sans aucun doute l’un de ses plus complets et accomplis à ce jour. Que la production , ce dont souffre la plupart des artistes cubains fait plaisir tant elle est propre et soignée.

Je dirai aussi que cet exil est bon pour lui comme pour nous, car avec un tel disque Issac va pouvoir rayonner de plus belle et de manière plus intense…
Issac a toujours été un événement à part entière et ses disques sont des diamants à stocker dans le coffre de son coeur et de son âme…

Ahora Issac va a ser noticia de primera plana !!!!

ISSAC DELGADO : En Primera Plana (La Calle Records: 2007)

1. La Mujer Que Mas Te Duele
2. Medley
3. Sone/ La Campana
4. Cemento, Ladrillo Y Arena
5. Vengo Venenoso
6. Paquito Va
7. En Primera Plana
8. De 2 A 3
9. Deja Esa Gente
10. Como Se Toca Se Baila

Crédits photos :
Photos par Indochino (1) et Dannyrose (2)

ANGEL BONNE, Le Poète et La Conscience de la Chanson Salsera  !

Timba : Du Barrio à l’Académie

« Du Quartier à l’Académie » ou plutot « Del Barrio a la Academia » est le premier article introductif d’une série d’études réalisées par la SIBE (Société Iberique d’Ethnomusicologie) sur la Timba.

Ces articles rares montrent l’intérêt que des scientifiques portent à la Timba en tant que phénomène musical, populaire et historique dans la musique populaire dansante de Cuba.

Leurs analyses permettent de découvrir de nombreuses facettes et dimensions de cette révolution esthétique, tant sur le plan musical, culturel, littéraire, chorégraphique et voire même socio-politique.

Nous avons pris l’initiative de traduire et d’annoter ces articles (petit à petit) afin de faciliter leur accès aux passionnés francophones de Timba dans leur quête d’approfondissement et d’appropriation de ce genre musical qui nous passionne et nous réuni sur Fiestacubana.net…
Nous avons essayé de traduire ces textes en respectant leur style académique, en explicitant aussi les notes des auteurs et en annotant ces articles d’explications pour les termes techniques de référence.

Bonne lecture et bonne découverte des faces plus ou moins cachées de la Timba et du Cuba de ces 20 dernières années !

Du quartier à l’académie [1]

Introduction au dossier sur la Timba cubana

Rubén López Cano

“pa’ qué te montaste si tú sabías lo que había…

…pero no me hables con la boca llena, mami,

edúcate, televisión [universidad] para todos”.

Por qué te montaste

José Luis Cortes, El tosco

« pourquoi tu t’es monté si tu savais ce qu’il y avait…

… mais ne me parles pas la bouche pleine, Ma chérie,

éduques toi, télévision [université] pour tous ».

Por qué te montaste

José Luis Cortes, El tosco

 

 

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1. Et tu arrives au mur où ils finissent tous, où commence la mer… [2]

 

Le 9 novembre 1989, à la stupéfaction générale, le jadis infranchissable mur de Berlin s’est effondré sous les assauts à mains nues des allemands des deux côtés. Le rideau de fer, qui a divisé le monde en deux, pendant les années de la guerre froide, fut noyé dans une festivité bruyante qui finira par réduire ce mur en des milliers de petits et coûteux souvenirs pour touristes. Octavio Paz (1914-1998), auteur pléthorique et assuré du prix Nobel, a publié à cette époque sa Petite Chronique Des Grands Jours (1990). Il avait toujours été convaincu de la future disparition des régimes du bloc socialiste mais il n’avait jamais imaginé qu’il verrait de ses propres yeux leur historique dissolution (un cadeau inappréciable pour son autobiographie). Paz n’a pas été le seul à poser son regard sur Cuba pendant ces journées « grandioses ».

 

Dans l’île, Carlos Varela chantait au rythme techno et sur un vieux discours du dirigeant soviétique Nikita Krutchev (1894-1971) : « maintenant que les cartes changent de couleur… cimetière chinois / je crois que cette fois je vois ton destin / et ils ouvriront tes vieilles portes en une seule fois ».( “ahora que los mapas están cambiando de color… cementerio chino/ creo que esta vez veo tu destino/y abrirán tus viejas puertas de una vez” )[3] Les « états totalitaires » tombaient comme des pièces de domino : « ils renversent les statues de l’ours en peluche Misha !! ».( “¡están tumbando las estatuas del osito Misha!!“ )[4] l’Union Soviétique, finalement, se dissolvait officiellement en décembre 1991 tandis que Varela regrettait : « dans ce jeu de l’histoire, nous sommes les seuls à passer notre tour ». (“en este juego de la historia sólo pasamos ficha”)[5] Pour son plus grand bonheur, l’idéologue conservateur Francis Fukuyama nous annonçait ainsi, à propos de ces événements, la « fin de l’histoire ». Willie Chirino, Salsero cubain de Miami, détournait littéralement l’hymne de l’Internationale Socialiste pour chanter sur ses échos lointains et au rythme du Son : « tout le monde l’attend… notre jour arrive déjà… Cuba nous attend !… « .( “ya todo el mundo lo está esperando… nuestro día ya viene llegando… ¡Cuba nos espera!…”)[6] Dans l’île, Varela guettait l’avenir: « Tu jettes trois pièces de monnaies en l’air / et tu demande au Ching / Comment sera la fin ?… peut-être, peut-être, un miracle viendra ».( “tiras tres monedas al aire / y le preguntas al I Ching/ ¿Cómo será el fin?… tal vez, tal vez, un milagro baje”)[7]

 

Et le miracle ?

 

Les années quatre-vingt-dix rendirent orphelin économiquement et idéologiquement le régime cubain qui entra alors dans une crise sans précédent. Avec le rigoureux blocus américain et sans l’appui de l’ancien bloc soviétique, on a déclaré « la Période Spéciale en temps de paix ». La population devait se préparer pour le pire : « l’option zéro ». Le gouvernement, incapable de fournir les produits de première nécessité, a dû faire des concessions : il a accepté l’investissement étranger dans des secteurs stratégiques comme le tourisme, il a permis le travail indépendant et par la suite il a légalisé la possession du dollar. Il a fallu aussi assouplir la rigidité idéologique et fermer les yeux sur les milliers de stratégies émergentes qu’ont utilisé les cubains pour survivre : « Ils parlaient toujours d’argent / et projetaient d’attaquer une banque. / Et en plus, ils n’attendraient pas le prochain mois de février/ car ils rêvaient de s’enfuir sur une barque ».[8] La faim a sévi au début des années quatre-vingt-dix car, même si certains pouvaient avoir de l’argent , il n’y avaient pratiquement rien à acheter (même dans les magasins pour étrangers). Mais en avançant dans la décennie, tandis que beaucoup perdaient ou abandonnaient leurs emplois, d’autres ont eu accès au dollar par l’intermédiaire de leurs contacts avec des touristes étrangers ou des membres de leur famille établis à l’étranger, principalement à Miami. Il y eu finalement des choses à acheter (en dollars) quand ont commencé à se dessiner les contours d’une société divisée en de nouvelles classes sociales.

 

Les problèmes qui existaient déjà avant la crise ont été accentués avec l’ouverture au tourisme. C’est le cas du phénomène du ‘jineterismo’ (NDT : prostitution occasionnelle. Jinetera : prostituée) , euphémisme avec lequel on désigne de multiples et parfois complexes modes de prostitution (« il n’est pas juste qu’on la désigne avec un gros mot » [9]), et aussi certaines formes de discrimination ethnique et économique : « je sais que la devise est à l’économie ce que le blé est au pain,/mais ce que je ne comprends pas, c’est que à cause de l’argent ils se trompent sur les gens / si tu vas dans les hôtels (pour étrangers) ils ne te traitent pas décemment ni de la même manière que les clients, du fait de ne pas être étranger ». [10] Les relations intéressées avec des étrangers, perçues comme une voie légitime de survie, ont transformé le système relationnel et les règles du pacte amoureux entre les jeunes cubains (surtout des classes les plus menacées). Des garçons et des filles ont appris « à tolérer » les relations de leurs fiancé(e)s avec des touristes. Parfois jusqu’à en profiter économiquement. Ce furent des pratiques qui s’approchent beaucoup de celles de la prostitution formelle sans pour autant s’y assimiler totalement dans la majorité des cas. Beaucoup de jeunes filles cubaines dédaignaient les jeunes cubains et elles leur préféraient les étrangers et leurs dollars. La longévité de relations avec le/la cubain(e)s déterminait si elle se poursuivrait par un mariage.

 

Seulement les vieux dieux syncrétiques des religions afro-cubaines sont restés des références fidèles. On a observé alors un regain des pratiques de la Santería, mais aussi de celles d’autres religions plus institutionnelles comme celles de la religion Catholique : « Oh Dieu, que veux tu de moi, déshabille-toi mon enfant que je viens pour toi, c’est sûrement aujourd’hui qu’ils vont couper la lumière / et il n’y a rien d’autre que de jouer au vodou ». [11]. Le seul pays officiellement athée de l’Amérique latine vécu alors un boom religieux et Cuba s’est préparé pour recevoir le Pape en Janvier 1998. Une accumulation de contradictions insolubles sont apparues au quotidien, et elles ont frappé spécialement une génération de jeunes de plus en plus sceptiques devant les promesses de la Révolution : « je me rappelle qu’à la fin des années soixante-dix, tu ne m’aurais pas dit ce qui se passe aujourd’hui. Que peut-être nous allions peindre le monde d’une nouvelle couleur mais que, sans le vouloir, nous nous sommes finalement rendu compte que non ». [12] La dure réalité cubaine est devenue « plus facile à vivre qu’à expliquer », a déclaré en son temps l’auteur Senel Paz.[13] Les jeunes, principalement des classes les plus menacées, dans leur majorité noirs, affontaient inertes un monde inconnu, résistants à toute conjugaison au futur, avec une seule stratégie de survie : leurs corps, leur rythme, leur malice, leur beauté, leur ardeur : « l’un est devenu pédé,/l’autre est entré dans la marine marchande / Celui-là croit dans la Révolution / alors que son frère est un trafiquant « . [14]

 

Des milliers d’histoires extravagantes et baroques de survies, d’amour, d’escroqueries, de révoltes, de mauvais tours, de tromperies, de colères, de manifestations de violence, de sexe et de dollars, retombèrent sur les parois sourdes de la Corniche du Malecon de La Havane. Des histoires « qui ne sont pas des contes, mais qui participent de la contre-histoire de l’histoire officielle. L’anti-histoire. La supra-histoire « (Gutiérrez 2002b : 59). Où sont-elles maintenant ces histoires ? Selon l’auteur Camilo Venegas :

 

…Cuba a vécu des moments graves ; cette longue crise et les traumatismes qu’elle a subi dans tous les couches de la population, ne sont pas restés dans la presse, si quelqu’un retourne aux bibliothèques, il ne saura pas de quoi parlaient les journaux de ces années la. L’île réelle, le pays qui survivait, se retrouve uniquement dans la littérature et dans la musique dansante (Venegas 2000 : 15).

 

La Timba est la mémoire, le trait d’union, la bande sonore et l’arôme imprégné de tabac, de rhum, de sueur et de sexe, de ces jours où les cubains se sont sentis plus seuls que jamais : « quand Robinson a ouvert les yeux et qu’il a vu qu’il était seul sur une île… seul dans une île… comme toi et comme moi ». [15]

 

2. La Timba : de l’académie au quartier

 

Si la Timba constitue un genre musical propre ou si elle s’agit d’un genre intermédiaire (González et Casanella 2002), d’un esprit, d’une sensibilité, d’une attitude, etc., [16] tout ceci est encore sujet à discussion. Disons alors que la Timba est une manifestation (manière d’être) de la Musique Populaire Dansante (MPB) [17] cubaine qui se caractérise par le mélange d’éléments de la musique afro-cubaine avec la musique Pop, plus spécialement celle d’origine afro-américaine. La Timba est un exercice d’exploration, d’appropriation et de fusion d’éléments traditionnels provenant du Son classique, de genres dérivés de la rumba ainsi que de la musique religieuse afro-cubaine comme les chants Yoruba, etc. ; avec des éléments du Funk, de la Soul, du Rhythm n Blues, du Hip Hop, du Jazz, du Rock, du Reggae, du Reggaeton, etc.. Elle n’oublie pas non plus d’autres genres latinos comme les Balades romantiques, comme les balades de mauvais goût (comme les génériques sirupeux des feuilletons télévisés (Novelas) latino-americains), comme les Boléros orchestraux ou de caractère (comme ceux d’Olga Guillot), et autres genres musicaux des Caraïbes comme la Cumbia, la Bomba, etc..

 

La Timba ne constitue pas la première ni la seule excursion des Musiques Populaire Dansantes cubaines vers un processus d’hybridation avec des musiques afro-américaines. On observe des cas semblables dans le Danzón au début du XXème siècle et dans les années trente, ainsi que dans les musiques fascinantes de la préhistoire du mambo, c’est-à-dire, les types hybrides qu’ont développés divers orchestres cubains à New York et à La Havane pendant les années quarante et qui ont abouti la création du Latin-jazz et du Mambo. Dans l’ère de la révolution, nous observons quelque chose de semblable avec le Songo et avec d’autres tentatives de fusion du Son avec la musique Pop des années soixante et soixante-dix, entreprises principalement par Juan Formell et Los Van Van, mais aussi avec des tentatives de mélange avec le jazz, les racines afro et la musique populaire dansante, effectué par le groupe Afrocuba et, principalement, par Irakere de Chucho Valdés.

 

Toutefois, il y a quelques éléments qui distinguent la Timba de tous les cas énoncés précédemment. Afrocuba et Irakere ont choisi pour leur fusion la musique du Jazz qui est, en fin de compte, un autre type de musique de choix et atemporelle de surcroît. Par contre, les autres genres se sont mélangés avec la musique dansante de masse, à la mode de son époque, particulièrement le Ragtime dans le Danzón au début du XXème siècle, le Swing (entre autres) dans le Mambo et ses antécédents, la Pop, le Rock et la musique ‘Beat’ dans le Songo de Los Van Van et les rythmes énumérés précédemment dans la Timba. D’autre part, les fusions des années soixante et soixante-dix jouées par Los Van Van apparaissent à un moment où, comme le rappelle Formell lui-même, il existait « des dispositions gouvernementale pour passer Pello l’Afrokán à la radio et ne pas passer les Beatles… ce fut alors une erreur monumentale… De ce fait Les Beatles étaient clandestins » (dans le vidéo Los Van Van : Empezo La Fiesta, approx. 41’00) Ces gars de Liverpool et la musique de leur époque ont été considérés idéologiquement comme dangereux : « et quand on ne pouvait pas posséder des disques des Beatles / les garçons ont découvert que leur musique plaisait aussi à leurs pères ».[18] L’hybridation a alors permis d’accomplir des fonctions d’acclimatation ou de correction idéologique aux yeux du régime (cubain) bien que ce ne fut pas nécessairement le cas pour les musiciens qui voulaient seulement (jouer et) sonner au rythme de leur époque. [19]

 

Tant le swing des années quarante avec lequel se sont apparentés (entre autres) le Mambo et ses congénères, que le ‘beat’, avec les fusions des années soixante et soixante-dix, bien qu’ils dérivent de musiques afro, sont principalement des musiques faites par des blancs. Par contre, la Timba, en plus de s’être adjointe les styles du Jazz et du Rock, s’approprie le Funk, la Soul ou le Hip Hop, musiques qui se revendiquent puissamment au sein de mouvements de revendication ethnique. En effet, dans la Timba, le partenaire nord-américain n’est ni acclimaté ni idéologiquement réorienté, mais il est précisément utilisé par son ton dénonciateur et sa résistance culturelle noire. Il se produit ainsi des liens d’identité avec d’autres groupes qui défendent agressivement leurs « racines noires ». [20]

 

D’autre part, de la même manière que pour les musiques de la préhistoire du mambo, l’utilisation de moñas ou d’éléments de style américanisant embrassent une approche de modernité et de modernisation tandis qu’elles construisent un miroir dans lequel une partie importante de la population aiment se regarder. Qui dit modernisation, dit ouverture et il n’est pas banal de rappeler que pour le mouvement de Salsa hispano-américain, la Timba a signifié le retour des groupes cubains dans le circuit de distribution commerciale de masse. Les années quatre-vingt-dix ont été les témoins de la reconquête d’une scène dont les musiciens cubains disparurent après la Révolution de 1959, c’est-à-dire, en pleine apogée du Mambo : le dernier mouvement de Musique Populaire Dansante dans lequel les groupes cubains ont imposé leurs modèle aux scènes latino-americaines et au reste du monde (Arteaga 2000). « Que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba », comme a dit le Pape lors de sa visite dans l’île. [21]

 

La macro-structure de la Timba dérive de la forme binaire classique du Son ou de la Rumba (Perna 2003 :.86). La première partie est une strophe, un couplet de nature narrative. On y introduit une histoire, un fait, un récit ou un état de choses. Après un pont instrumental suit une section d’une plus grande durée qui est appelée refrain ou montuno. La Timba développe beaucoup plus cette seconde partie dans laquelle elle imprime une plus grande énergie et une plus grande complexité tandis qu’elle la subdivise en de nombreux fragments. Les sous-sections sont intégrées par divers choeurs (coros) de style responsif dans lequel un soliste (guia) improvise des pregones tandis que le choeur répète un refrain différent dans chaque sous-section. Les choeurs commentent ou jugent les faits connexes dans la première partie : c’est la voix, la doxa(*) du peuple, qui se personnalise dans la chanson (Perna 2003 : 105-107). Chaque coro est séparé au moyen d’interventions de la section de cuivres (metales) connues comme mambos. Parfois, ils s’entremêlent aussi avec eux. Perna décrit de cette manière la structure générale de la Timba : introduction/thème pont /coro : choeur I/mambo I/choeur II/mambo II/choeur III/mambo III/choeur IV… etc. (Perna 2003 :.86). Quelques morceaux commencent au milieu par une procédé appelé attaque por el estribillo (NDT : attaque par le refrain) : un faux début constitué par un mambo ou un refrain précèdent l’introduction.

 

(*) la Doxa est un mot grec désignant la croyance populaire, correspondant au concept latin de vox populi, la voix du peuple.

 

La musique est intriquée et complexe, pleine de décharges sonores agressives et de déphasages rythmiques et harmoniques. Elle développe une grande virtuosité tant dans les arrangements et dans l’interprétation des musiciens. Il faut se rappeler que les musiciens protagonistes de la Timba sont dans leur majorité des professionnels avec une formation excellente, instruits dans le système académique cubain : la Timba est le retour de la Musique Populaire Dansante de l’académie au quartier : « De la même manière je te chante avec un ` jean’/ je chante avec une costume. / Parce que je suis un écolier,/je suis un garçon de la rue « . [22] « ça s’apprend à l’école,/ ça s’apprend dans la rue / ça s’apprend dans le Solar / et aussi au moment de s’éclater ».[23] la Timba est instable : la musique est ainsi transformée sans cesse en adoptant constamment différents rythmes et styles de référence (variétés musicales). La gestion du temps est dominée par un inexorable sens de l’urgence : on se précipite constamment dans l’innovation avant tout le monde pour arriver à Dieu sait où. On transite par un méandre sans fin de moments chaotiques. Les ruptures ou les cadences rythmiques (connue sous le nom de bloques : des breaks) sont complexes, surprenantes, élaborées à la folie et font contrepoint avec les cadences harmoniques avec lesquelles elles peuvent ne pas arriver à coïncider. Ceci rend propices de nombreux moments de confusion, de doute… vers où on se dirige ? Vers où va-t-on ?[24]

 

Au début des années quatre-vingt-dix la Timba il a laissé bouche bée le public hispano-américain de la Salsa. Ce magma sonore était tellement proche de la Salsa au point de ne pas le reconnaître comme tel ; mais d’autre part, la Timba était très difficile à danser et particulièrement semblable à tant d’autres musiques, qu’elle ne pouvait pas être complètement confondue avec celles-ci. Alors, ils l’ont doctement et figurativement appelé hyper-salsa. En effet, la Timba fonctionne précisément comme un hypertexte qui renvoie à l’écoute et envoie le danseur dans différentes directions de manière simultanée : ses éléments accusent de nombreux procédés et niveaux sémiotiques. Les parties chantées des chansons tendent à se stabiliser dans certains genres ou styles musicaux à la mode ou de référence comme le Son classique, la Balade Romantique ou Mielleuse, le Boléro orchestral de caractère ou le Boléro –Son. Ce sont les styles qui apparaissent le plus fréquemment dans la première partie. Les montunos sont généralement un défilé de références au funk, soul, hip-hop, rock, jazz ou reggae, mais aussi aux descargas de latin-jazz, à la rumba des quartiers noirs de La Havane, aux congas, aux musiques des steel-drums des îles des Caraïbes auxquelles on expurge tout ce qui apparaît comme espagnol, etc. On peu dire, d’un point de vue formel, que au fur et à mesure qu’une chanson de Timba avance, les styles et les interventions sont rendus chaque fois plus « noires », plus « afros » : afro-américains et afro-cubains. [25]

Les tumbaos (ostinatos) de piano sont bariolés, chromatiques, multidirectionnels et fragmentés, comme s’il s’agissait de l’assemblage cubiste d’extraits arbitraires de différentes idées musicales. Ils permettent à peine de distinguer ces références, mais il y en a, tant au niveau sonore que gestuel. Les tumbaos de basse s’en remettent aux riffs du funk, du rock ou à des formules des tambours rituels ou ceux de la rumba. Quelques mambos des cuivres renvoient à des flexions mélodiques de la Soul ou du Funk. Apparaissent alors par magie la saveur particulière de James Brown, Earth, Wind & Fire, War, Temptations, etc. (Tu prends par Zanja (le fossé), tu montes par Aramburu, tu passes sans voir le bar Colmado parce qu’il est encore très tôt, tu tourne à droite à San Rafaël, regardes à gauche et après avoir inspecté la faune qu’il y a dans le parc, tu salues au chef et soudain… le Bronx t’apparaît au milieu de Centro Habana !, c’est pas grave brother). Un second clavier effectue un contratumbao qui peut adopter la forme d’un guajeo d’une charanga classique, des riffs de musique techno, ou tout simplement restituer des timbres et des sonorités significatives des styles les plus variés. [26]

 

Les choeurs (coro) ou les refrains (guia) se référent constamment à des phrases et à des choeurs d’autres chansons de Timba, de Musique Populaire Dansante cubaine ou des Balades en espagnol. Toutes sont bien connues du public, de sorte que ses décharges de significations dépassent de beaucoup le cadre de la phrase elle-même pour créer des parcours inter-textuels parmi la vaste encyclopédie musicale que les amateurs de Timba portent en eux comme connaissances et références. Les paroles parlent du nouveau matérialisme dédié à la chasse au dollar, de la frustration amoureuse parce que les filles préfèrent les yumas (étrangers) et leur argent aux modestes cubains, des jineteras et des relations par convenance, du sexe, de Cuba et de la Cubanía qui exalte la culture noire de La Havane. En effet, la Timba réduit la notion de Cuba à la capitale, tandis qu’elle revendique de manière insistante la fierté de la culture et de la race nègre.[27]

 

On critique généralement les paroles des chansons pour leur mauvais goût, pour leur langage sexuel cru, qui abandonnent le subtil double sens traditionnel de la Musique Populaire Dansante, et pour introduire un lexique vulgaire de la rue ainsi que des termes argots de la communauté noire vivant dans les quartiers populeux de La Havane. Tout cela est certain, mais comme me disait un danseur originaire de Centro Habana « Acere ! (Mon pote) qu’est ce que tu veux, mais la misère est vulgaire et la faim est de très mauvais goût « . La vérité est que les paroles des chansons de Timba fonctionnent moins comme des textes et plus comme des fenêtres par où on distille la quotidienneté la plus immédiate, les rancœurs et les aspirations des personnes les plus malmenés par la crise. De la même manière que dans les histoires de « Réalisme sale » de Pedro Juan Gutierrez (2000, 2002a, 2002b et 2002c), ou dans les scènes de « Suite Havane » (2003), le film de Fernando Pérez, « l’art » cède le pas à la réalité la plus brute, la plus baroque, parfois hilarante et souvent douloureuse.

 

Les chansons sont spécialement cruelles avec les femmes. Elles célèbrent la tromperie, l’adultère, la promiscuité, les « je te largue parce que maintenant je préfère ta meilleure amie », « si tu veux, on peut rester des amis… mais on fait quand même l’amour » ou « tu me méprises mais la vérité c’est que je ne t’aimais pas » et en général témoignent d’un machisme des plus outranciers. Toutefois, cette attitude polarisée doit être comprise dans le contexte de frustration et d’intense agressivité de l’environnement immédiat. De manière très spéciale, il faut rappeler qu’il s’agit d’un moment où le jineterismo (la prostitution occasionnelle), les relations de convenance avec des étrangers, et la nouvelle répartition des richesses économiques, dérivée du tourisme en général, promeuvent l’ascension et l’indépendance économique des jeunes femmes et une déstabilisation conséquente de l’organisation patriarcale, traditionnelle de la société cubaine (Perna 2003 :.113 et 140-175). La Timba est la réponse agressive et rancunière à tout cela, dans son ensemble. Elle représente une radicalisation de la rhétorique machiste qui est, somme toute, traditionnelle dans la Musique Populaire Dansante cubaine.[28]

 

Et la danse ?

 

On danse la musique, on danse avec la musique et on danse parfois en dépit de la musique. Du point de vue de la danse, la Timba défie les danseurs et les force à dévoiler des stratégies pour extraire une cohérence cinétique de ce chaos sonore de la même manière que la dure situation socio-économique leur demande d’exceptionnelles compétences de survie. L’élégante et présomptueuse danse de couple, (le Casino), traditionnelle de la Musique Populaire Dansante, a cédé sa place à la danse séparée où la femme (une fois de plus) s’arrache le premier rôle. Toute l’énergie est focalisée dans son exécution du despelote, le mixeur ou le tembleque : styles dans lesquels, avec des mouvements fougueux, on imite l’acte sexuel. De cette manière, la perception Timbera de l’espace et du mouvement (coréutica) reflète ainsi la sexualité vulgaire et directe exprimée dans les paroles, en même temps qu’elle se réclame héritière des gesticulations et des mouvements de danses afro-cubaines profanes (comme le vacunao de la rumba guaguancó) ainsi que de cérémonies afro-cubaines. De fait, certains ont identifié dans la danse frénétique des échos lointains de cérémonies africaines de la fertilité (Perna 2003 : 117). Tout ceci n’est en rien surprenant, en des temps où les manques excessifs privent la population de tout.

 

Dans l’évolution des paroles, utilisant initialement des jeux de mots et des double sens, vers des textes au langage direct, de même que dans l’abandon de l’allégorie féerique de la chorégraphie de danse en couple pour la pleine imitation de l’acte sexuel, il existe une similarité de transformation sémiotique. L’allégorie du ballet de danse de Casino repose sur des signes qui fonctionnent comme des symboles (ou des métaphores) tandis que le mixeur ou le despelote sont des signes indicatifs (ou métonymies) de l’activité sexuelle. Les symboles reposent sur les conventions culturelles tandis que les signes indicatifs font partie du processus qu’ils représentent (la fumée est signe de feu ; la trace, de l’animal qui est passé par là) (Freadman 2001a et 2001b et Marty S.D). Pour sa part, les paroles cessent d’être autosuffisante et recourent à des jeux de contrepoint sémiotique avec la musique pour la production de tropos audio-verbaux (*).[29]

 

(*) tropos : trope en français, mot grec désignant une figure rhétorique faite de jeux de mots et de sons utilisés hors de leur contexte habituel. Il s’agit de détournement de certains mots ou sons pour signifier un autre concept qui lui est associé. Rappelez vous du « Bla Bla Bla » de Bamboleo dans ‘Aparentemente Ideal’.

 

En effet, l’articulation des éléments signifiés dans le texte, la danse et la musique, illustre les différents changements de signification qui soutiennent les jeux d’ironies, de revanche, d’agressivité et encore de cynisme qui caractérisent l’esprit de cette musique. De cette manière, la Timba fonctionne comme une espèce de plate-forme sémiotique qui permet à une frange importante de la jeunesse cubaine de canaliser symboliquement l’agressivité et la frustration dont elle souffre, en nourrissant son identité (noire et Habanera) et en développant des attitudes cyniques qui lui permette d’assumer sa dure réalité et ses non moins difficiles stratégies de survie. La Timba est un facteur fondamental dans la construction de l’archétype culturel du « Mauvais Garçon de La Havane », la cuirasse qui protège certains face à la réalité. La Timba n’est ni une lamentation qui pleurerait sur ce qu’il se passe, ni une hypocrisie qui nierait ce qu’il se passe : c’est une attitude cynique qui permet de supporter et de normaliser la vie au moyen de tout ce qu’il se passe (cf. López Cano 2002, 200â, 2004b, 2005 et dans la presse).[30]

 

3. La Timba dans la musicologie : du quartier à l’académie (et le dédain à son égard)…

 

En dépit de l’importance sociale, musicale et encore historique de la Timba, celle-ci a à peine fait l’objet d’études sérieuses. La Timba a représenté une rencontre unique entre des musiques de la diaspora noire d’Amérique du Nord et des Caraïbes. Ça a été aussi l’occasion de concilier le talent énorme et la formation d’une génération nombreuse de musiciens, avec une possibilité de subsistance réelle qui a, en outre, renouvelé les pratiques de la Musique Populaire Dansante. Il n’y a pas de doute que les parole ‘rapées’ (salmodias) des choeurs de la Timba ont préparé le terrain pour l’actuel succès du hip hop cubain. Elle a aussi été le responsable du retour de la Musique Populaire Dansante sur les scènes internationales, avant même le phénomène de Buena Vista Social Club, tandis qu’elle a été la première à faire découvrir au régime cubain le précieux capital économique latent qu’il y avait dans la musique cubaine durant les années les plus dures de la période spéciale. Mais le plus important est qu’elle a été un prétexte, une opportunité pour des milliers de cubains qui ont trouvé en elle un écho et un refuge durant ces heures des plus incertaines.

 

Toutefois, ni sa complexité musicale ni sa popularité n’ont évité à la Timba d’être la cible privilégiée de nombreux discours qui l’ont maltraitée. Maltraitée au moins en deux sens : maltraitée parce qu’elle a seulement mérité une attention très superficielle de la part des publications consacrées à la musique cubaine ou à la Salsa ; et maltraitée par ceux qui lui ne pardonnent pas que, dans sa bruyante festivité, elle porte la marque des années dures qui ont accouchées d’elle. Cette musique réclame à celui qui l’étudie une largesse de vue qui transcende son apparence immédiate et choquante. Fréquemment on pense que les paroles vulgaires des chansons de la Timba incarnent la voix (et l’avis) des chanteurs, ces « nouveaux riches » qui ont été couverts de dollars grâce à la soudaine et nécessaire ouverture économique. Toutefois, en réalité, par leurs chansons, émerge la voix de ceux-là même qui ont vécu au présent, au passé et au futur la décennie des années quatre-vingt-dix. En effet, celui qui est incarné dans les chansons de la Timba, c’est la voix de l’homme de la rue qui devant ce désastre, a désespérément essayé de se protéger avec la seule chose qu’il avait encore à sa portée, et avec ce que cette terrible crise n’a pas pu lui arracher: ses grossièretés, sa vulgarité, sa danse, la Santería et le sexe, beaucoup de sexe. Le sexe n’entre pas dans la carte de rationnement, il n’est pas non plus régulé par l’autorité. C’est le seul « état » dans lequel le Timbero est « libre et souverain » et peut se gérer comme bon lui semble.[31]

 

Nous pouvons nous offenser pour la vulgarité de la Timba, pour sa mauvaise éducation, ses carences et son odeur des quartiers. Nous pouvons être gêné par la Timba parce qu’on n’y chante pas avec l’exquise malice de bon goût développée par Los Van Van, par exemple. Mais dans ce cas, nous la condamnerions pour ce qu’elle n’est pas, au lieu de nous occuper de notre responsabilité : nous occuper de ce qu’elle est en réalité, et plus important encore, analyser et expliquer pourquoi elle est comme elle est. Dans le cas contraire il apparaîtrait que nous serions seulement disposés à nous approcher de ce qui est « populaire » seulement quand c’est ‘packagé’ et aseptisé dans des chansons correctes et bien domestiquées : « Vive les guenilles, Monsieur, et les tables sans nappe ; / vive celui qui sent la ruelle, les grossièretés et les garages ».[32] Permettez moi d’ouvrir un espace pour un extrait de Chronique sociale, une chanson inédite (évidemment) de José Luis Cortes de NG La Banda qui témoigne du sentiment des musiciens en ce qui concerne ces critiques :

 

¿Chabacanos? ¿Quién te dijo?/ ¿Has ido tú, a los solares de Cuba, has estado en Los Sitios, Jesús María?… candinga./ ¿Has visto a la gente que se levanta a las cinco de la mañunga [mañana]…?/ que son los que ponen la música popular…¿qué tú sabes de esto, qué tú dices de esto?… Por eso es que te digo que está bueno ya chico… ¿Y tú te acuerdas de… Albita,… Malena Burke,… Arturo Sandoval…? / … se fueron … candinga …¿y los salseros?…en Cuba …/ tocándole su música a su pueblo,/ ¿Porqué te metes con los que están aquí, con los que están luchando con la gente?/ ¿Pero qué te pasa cabeza de puerco, oye qué te pasa a ti?… tú no eres nadie para decir … que yo, no puedo cantarle a mi gente, lo que ellos me dan./ Y yo se los devuelvo … hecho música,/ yo no inventé el idioma,/ yo no soy chabacano,/ ¿Saben qué … lo que soy? ¡Es Tremendo Cubano!”.[33]

 

Grossièretés ? Qui t’a dit ? / Tu es allé toi, dans les Solars de Cuba, tu as été dans les quartiers de Los Sitios, Jesus María ?… candinga. / Tu as vu aux gens qui se lèvent à cinq du mat’ [matin]… ? / qui sont ceux qui font la musique populaire… qu’est-ce que t’en sais de ceci, qu’est-ce que t’en dis de ceci ?… C’est pourquoi que je te dis que ça suffit mon gars… Et tu te rappelles de… Albita… Malena Burke… Arturo Sandoval… ?/… ils sont partis… candinga… et les Salseros?… à Cuba…/en train de jouer leur musique à leur peuple, / Pourquoi tu traînes avec ceux qui sont ici, avec ceux qui galèrent avec le peuple ? / Mais qu’est-ce qu’il t’arrive tête de cochon, Dis moi, qu’est ce qu’il te prend ?… tu n’es personne pour me dire… que je ne peux pas chanter pour mes gens, ce qu’ils me donnent. / Et je le leur rend bien… Je fais de la musique,/je n’ai- pas inventé la langue,/ Je ne suis pas grossier,/ Vous savez quoi… Ce qui suis ? Un vrai Cubain d’enfer ! ».[33]

 

Dans le peu d’études sérieuses sur la Timba, il apparaît, peu à peu, de nouveaux regards, de nouveaux discours et une nouvelle manière de penser cette musique. D’abord, il faut mentionner à ceux qui s’intéressent aux Musiques Populaires Dansantes cubaines que se développent désormais des discours plus justes en ce qui concerne la Timba. Pour citer seulement quelques travaux, je mentionnerai ceux de Leonardo Acosta (1997,.1998 et 2004), Danilo Orozco (1995) et Hélium Orovio (1998), sans oublier ceux de Zoila Gómez et Victoria Eli (1995). Avec eux, on commence à souligner les voix de jeunes chercheurs avec des contributions comme celles de Neris Beau González (1999) et celles effectuées par elle-même avec la spécialiste en littérature Liliana Casanella Cué (2002 et 2003) ou le travail de Raimundo Villaurrutia, Mirna Guerra et Ada Oviedo (1997).

 

Hors de Cuba il se produit aussi quelque chose d’intéressant. La Timba a suscité l’intérêt d’un certain public qui refuse de réduire la culture cubaine à la carte postale du rhum, du cigare ‘habano’, des Chevrolets des années cinquante et de l’admirable « Son gériatrique » du genre Buena Vista Social Club. Toutefois, ils sont encore peu ceux qui osent l’étudier en profondeur. Parmi eux, il convient de mentionner le travail de Neustadt (2002) et les intéressantes approximations analytiques de Kevin Moore (2001 et 2002) et des autres membres du site Web www.timba.com . Pour ma part, j’ai essayé de développer des méthodologies sémiotiques cognitives pour l’étude des processus au moyen desquels la Timba participe à la construction d’attitudes cyniques indispensables à la survie des jeunes cubains qui appartiennent aux classes les plus marginales (López Cano 2002, 2004a, 2004b, 2005 et en presse).

 

D’autre part, il est particulièrement frappant de noter l’intérêt que cette musique a suscité dans le cadre académique européen et américain, où on lui a consacré des projets de fin cursus, des thèses de maîtrise et des thèses de doctorat. Dans cette rubrique ils convient de souligner les travaux d’Iñigo Sánchez Fuarroz (2001), Patrick Noble (2001) et Patrick Frölicher (2002). Il convient de mentionner de manière très spéciale les articles et la thèse doctorale de Vicenzo Perna (2002,.2003 et 2005) qui ont donné lieu à l’unique monographie dédiée à la Timba. Son travail est tout autant bon qu’exhaustif. Il aborde tout autant des aspects techniques, critiques ou historiques comme politiques et sociaux. Il marque un avant et un après dans la recherche sur la Timba tandis qu’il définit d’une certaine manière l’agenda pour les recherches suivantes.

 

4. La Timba dans la revue TRANS… Attention ! Les Salseros arrivent !

 

C’est dans ce contexte que s’inscrit la présente collection de travaux. Ce qui a été prétendu avec ce dossier spécial pour la revue TRANS, c’était de réunir différentes voix de différents registres générationnels, géographiques et académiques, pour donner l’ampleur nécessaire à un phénomène qui le mérite. Les auteurs de cette collection d’études ne sont pas les seuls mais ils sont parmi les meilleurs et les plus qualifiés pour parler de ce sujet.

 

Il est vrai que pour comprendre la Timba, il faut l’insérer dans le contexte social et politique des années où elle est apparue, mais il serait très injuste de penser qu’il s’agit d’un produit « conjoncturel » disjoint de l’histoire de la Musique Populaire Dansante cubaine. Cuba a été une puissance musicale régionale et internationale depuis le début du XXème siècle. A l’instar du Brésil, ses caractéristiques contrastent avec le reste de la musique hispano-américaine. Victoria Eli, dans sa contribution pour cette collection, « La musique dansante de Cuba : du Son à la Timba, rupture ou continuité ? », positionne la Timba dans l’histoire (ou dans l’une des histoires) de la Musique Populaire Dansante de Cuba. Au travers de cette étude, on nous montre ses antécédents et ses similitudes avec des mouvements, des genres et des rythmes précédents, l’influence des institutions pré- et post-révolutionnaires dans la musique populaire et la manière particulière de concevoir la musique et la danse dans l’île qui a caractérisé beaucoup de ses moments les plus « stellaires », comme on dit ici.

 

Pour sa part, Iñigo Sánchez Fuarros dans « Timba et rumba et l’appropriation de l’intérieur » nous fait une visite guidée des espaces imaginaires que la Timba construit depuis la musique en son sein. Avec son concept d' »appropriation de l’intérieur », Sánchez Fuarros explique comment la Timba revendique la Rumba pour sa sonorité, son espace, ses relations interpersonnelles tant ethniques que surnaturelles et comment elle s’est positionnée sur le plan culturel, social et jusqu’à politique, vis-à-vis de la « culture dominante ». Ce mouvement donne naissance, comme toujours, à une série de processus de sélection, d’utilisation et de réinvention de la tradition avec lesquels on interpelle des franges spécifiques de la population.

 

Vicenzo Perna va plus loin et dans son article « Making meaning by default. Timba and the challenges of escapist music  » ou il soutient que la Timba est une forme « non- politique » d’ « expression politique »: « la politique est dans les tambours ». Pour Perna, la Timba est un magma « intermodal dont la signification émerge de l’interaction entre la musique, la danse, les codes vestimentaires, le langage et les paroles des chansons ». À partir ceux-ci, il s’est imposé un nouveau discours de Cubanía basé sur des conceptions de styles, de race, de classe sociale, de langage et d’expérience corporelle particulières qui, loin de rester dans l’hédonisme et le rejet des messages profonds, révèlent une subversion par rapport à « la rationalité du discours dominant ». La dimension politique de cette musique a été mise en évidence au moment même où elle a fait l’objet de répressions ponctuelles mais emblématiques. Ainsi, la Timba est une musique qui s’est placée du côté d’une frange de la population spécialement malmenée par la crise et qui cherche à se réarticuler autour d’une racine culturelle qui peut être comprise au moyen de la notion de Black Atlantic proposé par Paul Giroy. Pour Perna, ceci explique son succès inhabituel dans la décennie des années 90 ainsi que, malgré la diversification de la musique cubaine durant ces dernières années, la Timba est encore la musique de divertissement préférée par la population noire. Artefact intéressant qui permet de gérer de nouvelles clés d’identité tandis qu’il renforce les thèses occidentales sur le thème du cubain comme synonyme de rythme, de joie, d’hypersexualité active, etc. De cette manière la Timba sert d’agent médiateur entre les touristes étrangers et une partie de la jeunesse cubaine qui grâce à elle « exploitent son capital culturel représenté par son corps, son habilité à danser, sa connaissance de la musique et de la `rue’ « .

 

La contribution de Liliana Casanellas, « Intertextualité dans les paroles de la Timba cubaine. Premières notes « , explore un des aspects les plus intéressants que la musique populaire dansante cubaine : les références incessantes des textes, des lettres, des refrains et des choeurs d’autres chansons appartenant au même style ou à des genres différents, cubains ou étrangers, et les citations de refrains, proverbes, et expressions populaires. L’auteur mentionne les différentes fonctions de ces références intertextuelles. Parmi celles-ci, elle souligne la faculté de faciliter la compréhension et l’appropriation de chaque sujet par le public, celle de garantir ainsi le succès d’une chanson, celle de développer et d’étendre de nouvelles possibilités de signification de chaque thème et la critique ironique, à la fois ingénieuse et voilée, du discours dominant au moyen de la parodie.

 

Patrick Froelicher dans son  » Somos Cubanos !, timba cubana and the construction of national identity in Cuban Popular Music  » effectue un parallèle intéressant à propos des relations complexes entre la Timba cubaine et la Salsa née dans la communauté Latino de New York à la fin des années soixante. Il analyse comment après vingt années de discours anti-salsero développé à Cuba, les groupes de la Timba naissante du début des années quatre-vingt-dix ont profité du succès du processus de globalisation de la Salsa pour trouver un créneau sur le marché international. De la même manière que les portoricains et les autres communautés latinos de New York se sont appropriés la musique cubaine traditionnelle pour construire leur identité en Amérique du Nord, les musiciens cubains de la génération de la « période spéciale » se sont à leur tour approprié le terme de « Salsa » dans le but de renforcer leur diffusion et de s’insérer dans le dialogue créatif de leurs collègues d’autres pays. Toutefois, les politiques culturelles de l’île, ainsi que le potentiel de la musique cubaine à produire de puissants signes d’identité dans la population tandis qu’il produit une forte image de l’île à l’extérieur, ont fait que le terme Timba s’est imposé comme un caractère distinctif de la Musique Dansante du Cuba de la Révolution, face au concept de Salsa ou à la sonorité archaïque et prérévolutionnaire du Son traditionnel, propre au style du célébrissime Buena Vista Social Club.

 

5. Prospective et suggestions pour de futures recherches

 

Dans les matières en suspens à développer dans la recherche sur la Timba, il conviendrait de souligner les suivantes. Après avoir s’être attardé sur les musiciens, les chanteurs et les compositeurs, il est maintenant nécessaire que la recherche entreprenne une ethnographie des danseurs, le public qui reste dans l’île ou expatrié dans une autre partie du monde. Comment les gens ont-ils vécu la Timba, étant donné que certains des points de repère de son développement ont coïncidé avec les moments les plus durs que la crise ? Le danseur est-il sensible aux messages de résistance culturelle que nous autres chercheurs détectons ? Pour le public, la Timba est une espèce de protestation ou simplement une évasion de stentor ? Qu’en est il d’autres acteurs impliqués dans la musique comme les jineteras ou les touristes étrangers ?

 

Il faut approfondir aussi dans l’analyse technique de cette musique complexe. Il est nécessaire aussi de reconstruire les réseaux intertextuels qui émanent de celle-ci. Pourquoi certains styles de musiques noires ont-ils été utilisés et d’autres non ? Au niveau des contenus des chansons, il serait intéressant de se faufiler plus finement dans le type de narration, les personnages et les modèles de relations amoureuses qui sont dépeints dans la Timba. De quelle manière s’articule la narration des paroles par rapport aux douloureuses et parfois grotesques histoires de survie ? D’autre part les discussions sur le fait de savoir si la Timba constitue ou non un genre musical propre, peuvent servir à réfléchir une fois de plus sur ce sujet complexe parmi les études de la musique populaire urbaine latino-américaine. Quand, comment, pourquoi, pour qui et pourquoi la Timba constitue-t-elle un genre musical en tant que tel ?

 

Il serait aussi nécessaire d’inspecter plus en détail le rôle de l’industrie musicale dans laquelle la Timba s’inscrit à l’intérieur et hors de Cuba. De plus, il ne s’avérerait pas trivial d’analyser en profondeur l’impact réel qu’a causé le boom du phénomène Buena Vista Social Club sur la diffusion, l’économie et aussi sur la définition de la Timba comme genre musical.

 

6. Pour Conclure

 

Je crois que ce dossier sur la Timba est absolument nécessaire et j’espère que, d’une certaine manière, il encourage de nouveaux étudiants à participer à cette recherche. Ceux qui ont pris part à cette étude, sont des étudiants d’académie d’origine cubaine ou yuma que nous reconnaissons pour leurs compétences musicales, socio-historiques et culturelles dans le domaine de la Timba. Mais surtout, nous sommes aussi des amants passionnés de cette île de Cuba, de sa culture et de ses gens. Nous nous réjouissons, nous souffrons et nous nous indignons avec elle et par elle. Mais aimer signifie aussi accepter et être contaminé, d’une certaine manière, par les contradictions de l’être aimé. Néanmoins ce n’est pas pour cela que nous nous arrêterons d’exercer une réflexion critique au vu du discours de chacun d’entre nous.

En rappelant la position épistémologique de Jeff Titton (1997) arrêtant le travail des champs et l’entreprise ethnomusicologique en général, nous devons rappeler que l’étude de la musique est toujours l’étude des gens qui la font et cela ne doit pas être oublié. Les pages suivantes non seulement sont consacrées à l’analyse d’une musique virtuose et complexe ou à l’analyse de personnalités polémiques de leurs chanteurs et de leurs manières grossières (« chabacanos ») de chanter la rue. Ces pages sont surtout un exercice de reconstruction de l’histoire non dite de milliers de cubains. Une histoire dépourvue de mots mais non dépourvue de rythme ni de son. Une histoire tissée à coup de larmes et de rigolades par ceux qui depuis les pénibles années quatre-vingt-dix ont passé la vie sur les pistes de danse… dans la rue… dans le bisness ou les affaires de survie… ou dans le fonds de la mer.

C’est par eux et pour eux.

 

Pour consulter les annotations cliquez sur les references [ ] dans le texte ou sur :

 

Notes

 

 

 

1. Je remercie pour leurs commentaires critiques et leurs apports gentiment offerts au présent texte, Iñigo Sánchez Fuarros, Liliana González, Susana G Aktories et Abel Fernández. Je remercie aussi l’équipe éditoriale précédente de la revue TRANS pour son accord, il y a plus de an et demi, pour la proposition de ce dossier. Le hasard a voulu que l’apparition de ce dossier coïncide avec l’anniversaire de ma première année à la tête, officiellement, de cette revue. Il s’agit seulement d’une coïncidence involontaire.[§]

 

 

 

2. Extrait de la chanson “Muro” (1990) du disque de Carlos Varela ‘Monedas Al aire’ (1991).[§]

 

 

3. “Ahora que los mapas están cambiando de color” (1990), du disque ‘Monedas al aire’ (1991). Le « cimetière chinois » est un petit cimetière situé dans Nouveau Vedado, à La Havane, où étaient enterrés les cubains d’origine chinoise. On n’est pas sûr de ce à quoi se réfère la phrase « il ouvrira ses vieilles portes en ‘une seule fois ». Ce qui est certain est que, effectivement, cet espace autrefois réservé et mystérieux, ouvre maintenant ses portes de part en part au tourisme.[§]

 

 

4. “Robinson” (1991) du disque ‘Monedas al aire’ (1991). Dans cette chanson-là nous assistons alors à l’impressionnant et symbolique démontage de centaines de statues de Lenine, de Staline et de tout le panthéon communiste. Misha a été ce sympathique ours en peluche, mascotte des jeux olympiques de Moscou en 1980. Son effigie ornait les rues de la capital de l’URSS. Je ne suis pas sûr si Misha a aussi été un des objectifs pour les foules qui ont effectué ces soudaines et destructrices réformes urbaines ou s’il s’agit d’une hyperbole malicieuse de Varela.[§]

 

 

5. “Robinson” (1991) du disque ‘Monedas al aire’ (1991).

 

 

6. “Nuestro día viene llegando”, du disque ‘Oxigeno’ (1991). La chanson a beaucoup circulé dans l’île. Y compris ses échos pouvaient être écoutés dans les rues des quartiers de La Havane les plus populaires, au début des années 90.[§]

 

 

7. “Monedas al aire” (1990), du disque ‘Monedas al aire’ (1991).[§]

 

 

8. “En este barrio” de Santiago Feliú du disque ‘En vivo’ (2000).[§]

 

 

9. “Marucha la Jinetera” de Pedro Luis Ferrer du disque ‘100% Cubano’.[§]

 

 

10. “Tropicollage” de Carlos Varela du disque ‘Jalisco Park’ (1989).[§]

 

 

11. “La política no cabe en la azucarera” de Carlos Varela du disque ‘Como los peces’ (1995)[§]

 

 

12. “Generación” de Santiago Feliú du disque ‘Futuro inmediato’ (1999).[§]

 

 

13. Paz est l’auteur de l’oeuvre de théâtre polémique qui a donné naissance au film tant célébré ‘Fraise et Chocolat’ (1992) de Tomás Gutiérrez Alea.[§]

 

 

14. “En este barrio” de Santiago Feliú du disque ‘En vivo’ (2000).[§]

 

 

15. “Robinson” (1991) de Carlos Varela du disque ‘Monedas al aire’ (1991).

 

 

16. Le concept d’inter-genre a été proposé par le musicologue cubain Danilo Orozco. cf. González et Casanella (2002). Pour Juan Formell, directeur de l’orchestre emblématique Los Van Van, la Timba « n’est pas un genre musical ; c’est une attitude devant le public qui apprécie et connaît la musique qu’il veut danser « (Cortázar 2001).[§]

 

 

17. Les musiques de danse à Cuba représentent une pléiade de genres qui s’entremêlent et fusionnent sans cesse défiant toute taxonomie simpliste. La musicologie cubaine a consacré le terme Musique Populaire Dansante, ainsi que le terme de complexe générique pour affronter et négocier la complexité de celle-ci.[§]

 

 

18. “Memorias” de Carlos Varela du disque ‘Jalisco Park’ (1989).[§]

 

 

19. Il n’est que justice que d’indiquer que des titres de Formell du début des années soixante-dix comme « Chirrin chirrán » (disponible dans la compilation ‘25 Años…¡Y Seguimos Ahí!’) sonnent comme d’authentiques chansons de Timba. De fait, l’orchestre les réutilise dans ses récents concerts de Timba. Toutefois, comme nous verrons, la Timba ne peut pas être réduite à un catalogue de caractéristiques form

Timba, Rumba et l’appropriation de l’intérieur

Timba, Rumba et l’appropriation de l’intérieur

A la suite de l’article sur La Timba et les différents Genres de la Musique Cubaine et de la discussion qui en a suivi, Rumberito nous a indiqué une publication décrivant les relations entre la Timba et la Rumba et écrite dans le cadre d’une thèse d’ethnomusicologie espagnole.

Nous avons traduit cet article et avons essayé d’en garder le style académique voire verbeux et ‘intéllo’ à certains égards.

Loin de partager nombres des arguments et certaines thèses (sujettes à caution) de cet article, il en demeure néanmoins intéressant sur le plan des références musicales, historiques et sociologiques et aussi pour la documentation qu’il apporte.

Nous apporterons nos commentaires et dans une certaine mesure la contradiction aux contresens de cet article avec l’aide de musiciens et de danseurs diplômés de Cuba et ayant bien connu cette ‘Période Spéciale’.

Nous avons toutefois indiqué en gras les affirmations qui nous semblaient justes et dignes d’apporter un éclairage pertinent.

Timba, rumba et l’appropriation de l’intérieur[1]

Íñigo Sánchez Fuarros

Résumé

Le présent article prétend discuter les lectures de la Timba qui la considèrent comme une simple continuation de la tradition de musique populaire cubaine, et qui, d’une certaine manière, supposent l’existence de traditions musicales plus ou moins fixes, avec ou à partir desquelles les musiciens actuels établissent des relations de continuité ou de rejet.

En prenant le concept d’ « appropriation » comme point de départ, je ferai valoir que la « tradition » n’est pas quelque chose qui est passivement reçu mais qui, pour pouvoir être héritée, doit disposer de la complicité active du récepteur de cette dernière, en mettant l’accent, de cette manière, sur la participation active du sujet, par opposition à ces approches musicologiques qui cherchent uniquement à analyser au travers de l’existence de traces qui démontrent (ou non) la fidélité à une tradition déterminée.

Je parlerai, dans ce cas, « d’appropriation de l’intérieur » pour dénoter ce processus de sélection, d’invention et d’utilisation postérieure de la tradition, appliqué au cas concret de la relation entre la Timba et la rumba.

Todos los negros finos /
nos hemos reunido /
y hemos decidido /
no tocar más rumba.
Free Hole Negro
[2]

Le début de la décennie des années 90 a été particulièrement critique pour la population cubaine. Le pays se levait chaque jour sans provisions, les vitrines des magasins vides et la population plongée dans l’embarras. Il s’ouvrait une étape d’incertitude qui a été euphémiquement baptisé « Période Spéciale ». La disparition de l’Union Soviétique et du Conseil de l’Aide Économique Mutuelle (COMECON), la disparition des principaux marchés extérieurs et des fournisseurs de l’île, combinées à l‘inefficacité de la structure économique cubaine et à la continuation de l’embargo américain, ont plongé Cuba dans leur plus grande crise du siècle passé.

Dans le cadre quotidien, la crise a été traduite par une diminution considérable des moyens matériels et du pouvoir d’achat du peuple cubain, avec des répercussions sur le plan subjectif. « Rien, il n’y avait rien, tu comprends ? », condamnait une femme cubaine, interrogée sur les premiers temps de la « Période Spéciale » (Reposé 2000:26). Les défaillances dans l’approvisionnement électrique, la réduction dramatique du transport public, la pénurie d’aliments et une inflation démesurée, entre autres facteurs, ont placé la population devant une situation inextricable. À partir de 1993, et au vue de la gravité de la situation, le gouvernement cubain a été forcé d’entreprendre quelques réformes, tant dans la sphère économique que dans le système politique et social, lesquelles ont été traduites, dans les grandes lignes, en une plus grande ouverture politique du régime. [3] Toutefois, ces réformes, en même temps qu’elles allégeaient partiellement les difficultés de certains cubains, ont provoqué à leur tour l’augmentation des inégalités sociales, suite à un accès inégal au dollar, converti pendant ces années en la monnaie « forte » (cf. Ritter 1995,.1998). La société cubaine entrait, de cette manière, dans une décennie pleine de contradictions et d’incertitudes.

La fond sonore de cette période a été principalement marqué par l’interprétation de la clave de Timba. Ce style de la musique populaire dansante, apparu à la fin de la décennie des années 80, s’est transformé très vite en un véhicule important de la représentation collective pour de vastes catégories de la population cubaine. Grâce à l’influence de styles musicaux étrangers, à l’utilisation particulière que les musiciens firent de la tradition, à l’agressivité des arrangements musicaux, grâce à des paroles directes, à une mise en scène provocatrice, la Timba a rassemblé un public avide d’instruments qui leur permettraient, d’une part, d’exprimer ce que c’était que de vivre la réalité cubaine de la fin du XX siècle et, d’autre part, d’articuler des possibilités d’intervention sur cette dernière réalité. La Timba devient durant ces années comme un espace expressif alternatif face à celui offert par la propagande officielle, ou celui forgé depuis certaines positions en exil. Autrement dit, la Timba s’est développée avec la vocation de devenir un langage parlant du quotidien réel et où les mots sont à nouveau récupérés pour designer ce qui existe réellement.

L’objet de cet article ne sera pas d’analyser les utilisations politiques, sociales ou culturelles qui sont faites de la Timba, à travers différents domaines, ni non plus de la définir en termes musicaux. [4] Dans le présent travail je me centrerai sur l’étude de certains des processus qui la constituent, et plus concrètement le processus de l’appropriation. Dans ce travail, j’aborderai la Timba comme un espace d’appropriations multiples, en me centrant sur l’utilisation que les musiciens timberos font de l’univers socio musical de la rumba. Ce cas particulier n’annule pas d’autres formes d’appropriation qui peuvent se produire, et de fait elles se sont produites, au sein de la Timba. Les analyser toutes est une tâche qui échappe aux limitations du présent travail. Pour illustrer mon exposé, je me servirai de quelques exemples pris dans la production discographique des orchestres de Timba les plus populaires que la décennie des années 90, spécialement de NG la Banda, considéré par beaucoup comme le groupe qui a donné naissance à ce mouvement.

 

« Expropriation », appropriation et « appropriation de l’intérieur »

Le concept d’appropriation acquiert de la pertinence dans le domaine de la musicologie au sein des débats qui apparaissent autour de la « world-music ». Dans cette perspective, le concept d’appropriation est compris, généralement, comme un geste impérialiste, associé à des notions de pouvoir, de contrôle et de domination culturelle, et fréquemment sous la forme d’un musicien occidental qui s’approprie des « musiques exotiques » et qui les transforme en objets de consommation soumis à la logique commerciale du capitalisme (cf. Barañano 2003 et Keil et Feld 1994). L’influence des études postcoloniales dans ce type d’analyses s’avère évidente (cf. Born et Hesmondhalgh 2000).

Sans aller trop loin dans l’histoire récente de la musique populaire cubaine nous trouvons un bon exemple d’appropriation, auquel l’anthropologue brésilien José Jorge Carvalho s’est référé comme « expropriation » (Carvalho 2003) : le phénomène de la Buena Vista Social Club. Produit par Ry Cooder, cet album a diffusé dans les tous les foyers et sur toutes les scènes de l’hémisphère occidental un catalogue de musiciens cubains vieillissants, qui, du fait de ce musicien américain, ont popularisé un répertoire composé de vieilles mélodies de la musique cubaine traditionnelle. De cette manière, on a fabriqué une image de l’île où celle-ci était réduite à un paradis exotique, gentil et inoffensif, ancré dans le devenir du temps, et adapté aux goûts du public (occidental) auquel un tel produit était destiné. Transformé de cette manière en un phénomène musical fulgurant en dehors de l’île, avec d’importantes implications non seulement pour le développement ultérieur de la musique populaire cubaine mais aussi pour l’ensemble de la « world-music » (Neustadt 2000), l’intense campagne promotionnelle du disque a abouti avec la première d’un film – Buena Vista Social Club, Le Film -, dirigée par le célèbre réalisateur Wim Wenders.

Ce film rassemblait des moments d’une des tournées internationales de promotion du disque, et il montre une peinture de la vie a Cuba, soigneusement montée dans une structure narrative qui, bien loin d’être innocente, dissimulait une morale curieuse, et est synthétisée dans cet extrait de la page Web officielle de Wim Wenders:

The film [Buena Vista Social Club] helped immortalize both the music and its now-famous practitioners who had been living in near poverty, all but forgotten in their own country.[5]

Ce film [Buena Vista Social Club] a aidé à immortaliser à la fois la musique et ses interprètes désormais célèbres qui ont vécu proche du seuil de la pauvreté, tous mais oubliés dans leur propre pays.

Effectivement, une bonne partie du succès de Buena Vista Social Club a été dû précisément à l’histoire lancée autour de la production du disque, un « conte de fées » habilement fabriqué dans lequel on nous présente la figure de Ry Cooder, d’abord, comme le découvreur des talents qui avaient été oublié dans leur propre pays et, ensuite, comme l’âme charitable qui les dégage de la pauvreté et à qui il restitue la place légitime qu’ils devraient occuper : les théâtres et les auditoires du monde entier. L’ironie de l’affaire est que pendant ce temps, la musique véritablement populaire dans l’île, la Timba, restait ignorée et occultée hors de Cuba par le succès de la saga  » Buena Vista Social Club ».

En retournant au sujet qui nous occupe, quelques musicologues se sont référés, toutefois, au processus d’appropriation dans un sens plus positif, comme une partie intégrante d’une démarche locale qui entreprend la récupération de ses racines, la préservation de la tradition. En tant que contrepoint polyphonique relative à la première interprétation, cette « seconde voix » peut être comprise, en suivant Steven Feld, comme « une mélodie d’admiration, voire même un hommage et un respect, une source fondamentale de connectivité, de créativité et d’innovation » (Feld 1994 : 238). C’est précisément la lecture que le musicologue cubain Leonardo Acosta fait de la Timba: »[nous croyons que] la Timba est héritière d’une longue tradition de musique populaire dansante et c’est dans cette perspective nous devons la traiter » (Acosta 2003).

La thèse que défend Acosta me paraît effectivement applicable au cas concret de la Timba, bien que, à mon avis, elle parte d’hypothèses qu’il serait nécessaire de réviser. D’abord, il suppose que la relation entre la Timba et la tradition des musiques populaires cubaines est le résultat d’une évolution naturelle. Il s’agirait, par conséquent, d’une relation passive. Sans discuter le fait que la Timba doit être comprise dans un contexte global de développement expérimenté par la musique populaire cubaine tout au long du siècle passé, nous ne pouvons pas oublier, toutefois, que la tradition est quelque chose qui est reçu passivement, mais, qui pour être héritée, doit disposer de la complicité active du récepteur de cette dernière, parce qu’il est, en définitive, celui qui la reconnaît comme telle et l’accepte. Deuxièmement, cette approche musicologique suppose, explicitement ou implicitement, l’existence de traditions musicales fixes avec ou à partir desquelles le musicien actuel établit des relations de continuité ou de rejet. Ces approches , à la lumière des recherches musicologiques récentes, s’avèrent difficiles à soutenir. Pour tout cela, je préfère considérer la relation de la Timba avec la rumba comme un processus actif d’appropriation. Et, pour cette raison, en parallèle au concept d’appropriation comme « expropriation », je propose l’utilisation du concept « d’appropriation de l’intérieur ».

En ce sens, une analyse qui tient compte cette dimension « de l’appropriation de l’intérieur » mettra nécessairement l’accent sur la participation active du sujet qui se présente comme le corollaire, le point culminant ou simplement le continuateur d’une tradition précédente, contrairement à une approche musicologique qui viserait à évaluer les traces qui subsistent de la survie ou de la fidélité à cette tradition. Ce changement de perspective enrichit le concept d’appropriation, en permettant de le décrire comme un processus actif qui est articulé dans deux mouvements : sélection et, dans beaucoup de cas, invention d’une tradition déterminée, et utilisation postérieure de cette dernière. Processus qui, de mon point de vue, et toujours à propos de la relation entre la Timba et la rumba, révèle une prise de position politique concrète par les musiciens timberos.

“En la calle”

En 1989, le groupe NG la Banda (Nouvelle Génération la Banda) fait irruption dans la scène musicale habanera avec une tournée atypique par les quartiers de la Capitale pour présenter leur second disque, intitulé ‘En La Calle’ (Cortès 1992). Ce travail marque un point d’inflexion dans le développement de la musique populaire dansante cubaine, en cela que l’on y découvre/voit les bases d’un nouveau style qui, une fois consolidé pendant les années 90, sera connu sous le nom générique de Timba. Parmi les nouveautés qu’apporte ce travail, et qui finiront par être des traits caractéristiques de la Timba, nous pouvons souligner la présence proéminente de la rumba et d’autres traditions d’origine afro-cubaine, tant sur le plan musical comme dans les aspects non strictement musicaux. [6] Le style de ‘En La Calle’ me paraît, de ce point de vue, assez exemplaire de ce changement. [7].

NG La Banda - En La Calle

L’image en couverture de ce disque est un instantané dans lequel les membres de l’orchestre sont photographiés dans un Solar [16]. Le sol terreux, les bâtiments du fonds, ainsi que les vêtements étendus qui encadrent la photographie, rendent compte de tout cela. Dans ces cours intérieures, propres aux quartiers humbles de La Havane, les habitants se réunissaient généralement autour des tambours pour faire la Rumba, et c’est dans ces dernières que s’est forgée la rumba de Solar. La rumba est un style musical cubain, dont les origines remontent au XIXème siècle, et qui est interprété, traditionnellement, avec des instruments de percussion et des voix. La percussion crée, dans ce cas, une base rythmique répétitive, de texture complexe, sur laquelle improvisent le percussionniste soliste et le chanteur « guia » (« guide »). De plus, la danse, individuelle ou en couple, selon le style de rumba, est un autre des éléments indispensables de toute performance ‘rumbera’, laquelle atteint différentes intensités selon le degré d’interactions entre les danseurs, les musiciens et le public. [8]

En même temps qu’une forme divertissement et de distraction des travaux quotidiens, cette rumba spontanée servait aussi, selon le musicologue cubain Leonardo Acosta, « de chronique de la maison ou du Solar, dans lequel les événements quotidiens sont raconté, mais dans lequel sont aussi rassemblés des aspects de la vie sociale et politique » (Acosta 1991:55). Mais, retournons à l’image. La pose des musiciens, engoncés dans des costumes impeccables, contraste avec celle des enfants, à moitié habillés et dans une certaine mesure perplexes devant l’objectif de l’appareil. Situées dans le centre de l’image, d’une couleur jaune frappante, les tumbadoras (les Congas) servent d’axe autour duquel on dispose les sujets photographiés, en délimitant un espace semi-circulaire, « l’espace propre de la rumba » (Daniel 1995:75). Instrument au pouvoir agglutinant, les tumbadoras représente ici, métaphoriquement, le pouvoir de la rumba véhiculant un certain sens de la communauté vaste et unificatrice. La spontanéité, réelle ou prétendue, de l’image fait que, loin d’être statique, elle projette un certain dynamisme qui invite à la participation : les tumbadoras sonnent au rythme de la clave, jouées par un des membres du groupe, tandis que le reste des musiciens frappent des mains ou rient tout simplement.

Cette image synthétise, à mon avis, la relation symbiotique complexe que les deux styles, timba et rumba, entretiennent entre eux. [9] Equivoque si elle en est, l’image recueille à la perfection la tension entre la tradition et la modernité, c’est-à-dire, entre les mouvements de continuité et de rupture, tandis qu’elle interroge les limites qui séparent, d’une part, le monde de la rumba et, d’autre part, l’univers récemment créé de la Timba. Les déclarations suivantes d’Issac Delgado, qui a été le chanteur de NG la Banda dans cet album, renforcent cette idée, tandis qu’elles approfondissent un peu plus la relation complexe entre la Timba et la Rumba : On parle aujourd’hui de Timba comme d’un nouveau rythme ou d’une tendance de notre musique populaire contemporaine, quand réellement depuis les temps anciens, les rumberos se réunissaient pour danser, parler, sentir (…) et depuis lors ceux qui « chantaient et dansaient » le mieux étaient les timberos, les vrais timberos. (Delgado 2001. L’emphase c’est de moi).

Quels liens existent donc entre la Timba et la rumba ? Quels processus d’appropriation ont eu lieu entre les deux styles ? J’aimerais me concentrer sur trois aspects. D’une part, l’appropriation par la Timba de l’espace physique et symbolique de la rumba, c’est-à-dire, du Solar. D’autre part, comment la Timba récupère la musique comme outil de dénonciation et comment rend au musicien sa fonction de chroniqueur social, à travers l’emphase qu’il porte a ce qui est relatif au quotidien. Tous ces éléments étaient présents dans le rôle que la rumba jouait dans le Cuba prérévolutionnaire. Et finalement, de quelle manière la Timba rassemble quelques éléments musicaux de la rumba et les incorpore dans son style compositionnel propre.

Le son des quartiers

Si nous revenons à nouveau à l’image à laquelle nous faisions allusion précédemment, nous pouvons apprécier comme le titre lui-même du disque, ‘En La Calle’ (‘Dans la rue’), ne fait qu’aboutir à ce qui est évident : un regard perspicace n’est pas nécessaire pour vérifier que, effectivement, les musiciens sont photographiés « dans la rue », et non ailleurs. Toutefois, le titre peut être lu au-delà du plan descriptif comme une prise de position, laquelle prend un sens, à mon avis, à la lumière de la distinction historique qui identifiait la rumba comme une musique de la rue, ce qui est la même chose de dire une musique subalterne ou marginale, et qui l’opposait à une autre musique populaire qui était interprétée dans les salons de danse. L’appropriation de la rumba par l’État après le triomphe révolutionnaire, résulta en ce que la Timba, durant les années quatre-vingt-dix, vint réclamer l’héritage de cet espace

L’approche de NG La Banda pour aborder cette distinction rigide et pour occuper l’espace de la rue, n’est pas resté, toutefois, dans une simple déclaration d’intentions, mais, au contraire, ce groupe a entrepris une tournée pour apporter son projet musical, la Timba, à des quartiers et des communes qui se trouvaient hors des circuits habituels de diffusion de la musique dansante, ce qui a constitué un fait sans précédent dans l’histoire de la musique populaire cubaine. [10]. En outre les noms des quartiers sont entrés en force comme partie intégrante de leurs chansons. Sans aller plus loin, la chanson « La Expresiva » (Cortès 1992) nous est présentée comme « l’hommage de NG La Banda à tous les quartiers de La Havane », lesquels sont dépeints à travers une succession de refrains qui font appel directement aux habitants de chacun de ces quartiers. Ces allusions continuelles aux quartiers de La Havane par les orchestres timberos contribuent à rendre propice une certaine rivalité entre les danseurs des différentes communes constituant la ville de La Havane (cf. Mastro 2004), tandis qu’ils fixent l’identité de la Timba comme une musique éminemment originaire de La Havane.

Dans ses origines, l’espace propre de la rumba était circonscrit au Solar. Étymologiquement, le mot « Timba lui-même » nous resitue immédiatement à ces cours intérieures, dans lesquelles il était utilisé comme synonyme de rumba, de festivité, et où on s’exclamait généralement « la Timba est bonne! » pour décrire ce que les musiciens, les chanteurs et les danseurs faisaient de bon, ainsi que pour qualifier le niveau de ‘sabrosura’ (NDLT : saveur, jouissance, extase) de la festivité. De cette manière, la Timba va revendiquer le Solar comme son espace naturel, bien que son espace réel soit un autre. Je crois que nous pouvons distinguer deux dimensions superposées en ce sens. La Timba s’approprie le Solar, comme espace émotionnel, un espace de la mémoire affective visant à la relier avec les racines d’une certaine tradition, fondamentalement celle de la population afro-cubaine qui vit dans la ville. Toutefois, l’espace réel de la Timba, le paysage de ses chansons et celui du public auquel il s’adresse, est celui du quartier. Il se crée, de cette manière, entre ces deux types urbains, la rumba et la Timba, un intéressant jeu de différence et une dissimulation. La Timba ouvre les limites du Solar au quartier, mais elle s’adresse à celui-ci comme si il s’agissait de l’ancien Solar rumbero.

Un bon exemple de cette superposition d’espaces nous le trouvons dans l’un des sujets d’un autre travail précoce de NG La Banda, ‘No se puede tapar el sol’ (‘on ne peut pas couvrir le soleil’ Cortès 1990), « Los Sitios entero ». « Los Sitios » est le nom d’un des quartiers qui appartient à la commune populaire de Centro Habana. Quartier populaire, de classe humble, connu comme étant le berceau de rumberos célèbres,  » Los Sitios entero  » passe pour être, par essence, une chanson en hommage à ce lieu. La chanson commence directement avec le refrain, utilisant un procédé appelée ‘ataque por el estribillo’ (‘attaque par refrain’ López Blanc 2004:2), refrain qui sera répété tout au long de la composition :

Coro: Nací en La Habana
soy habanero.
Jesús María, Belén
y Los Sitios entero.

Refrain: Je suis né à La Havane
je suis havanais.
de Jesús María, de Belén
et de Los Sitios en entier.

Sur ce dernier refrain, le soliste va développe le sujet, et en l’occurrence, par une succession de « guias » (d’appels) qu’ils chantent à la gloire de la ‘sabrosura’ (le charme, l’ambiance, la folie) du quartier et à leur idiosyncrasie (*) particulière. Dans le refrain lui-même on apprécie déjà la superposition de deux espaces, celui de la ville et celui du quartier, lesquels constituent, comme nous avons indiqué, l’espace réel de la Timba.

(*) En philosophie, l’idiosyncrasie est un ensemble de particularités et de traits de caractères propre à chaque individu, qui représente ce qu’il est en tant qu’être conscient, ce qui définit son ontologie.

Un de ces « guias », au milieu de la composition, prépare le changement qui fera place à la partie centrale de la chanson. L’allusion directe à la rumba, au « rumbón », avance ce qui reste à venir :

Guía: Los Sitios me está esperando
para tocar un rumbón,
y cuando suena la clave
me palpita el corazón.
¡Te digo, rumbero!

Appel: Los Sitios m’attendent
pour jouer un rumbón,
et dès que sonne la clave
mon cœur palpite.
Je te le dis, rumbero!

Un break prolongé de la batterie marque l’entrée des Metales (cuivres), et après un peu de ceux-ci puis une marche isolée de la campana (cloche : percussion latine), « on attaque » la rumba. Le Solar est incarné alors dans la forme d’un guaguancó, interprété dans sa manière traditionnelle – avec seulement la percussion et la voix -, et c’est à partir de là que le chanteur entonne sa chanson d’hommage particulier à Los Sitios :

Guía: Pretendo con esta rumba
homenajear a Los Sitios,
que es un barrio…
le-le-le-lele-lelelé, ¡güiro!
bien bonito.

Appel: Je prétend avec cette rumba
faire hommage à Los Sitios,
qui est un quartier…
le-le-le-lele-lelelé, ¡güiro!
bien beau.

Dans le contexte de la composition, la rumba fonctionne ici comme une métonymie (**) du Solar, en ce sens que c’est depuis ce Solar ‘recréé’ musicalement qu’est interpellé le quartier, et depuis celui-ci qu’est interpellé la ville, « La Habana entera » (« à La Havane en entier »). Il conviendrait de demander, alors, si le rôle que le Solar accomplissait dans la rumba, – en tant qu’espace vécu, l’espace de vie et d’expérience vécue- est le même rôle que le « quartier » joue maintenant dans la Timba ; ou si, au contraire, c’est plutôt à travers la Timba que les quartiers se vengent de ceux qui veulent les renier – hôtels, moyens de communication, autorités – et conquièrent, de cette manière, ainsi ces espaces interdits – les cabarets, la radio ou le marché d’exportation prioritaire, entre autres.

(**) La métonymie en philosophie est la substitution d’un concept par un autre par correspondance logique. Il s’agit d’un type de métaphore substituant un sens par un autre lie par une relation déterminée : cause et conséquence, contenant et contenu, entité et symbole, auteur et œuvre, etc.

« Le Cuba réel »

La présence du quartier conditionne nécessairement la thématique de la Timba, la même manière que le Solar a conditionné en son temps l’univers référentiel de la rumba. Malheureusement, rares sont les documents sonores ou visuels qui nous permettent de savoir comment sonnait la rumba ou comment on dansait ces rumbas de Solar aux débuts du XXème siècle. La bibliographie secondaire nous offre, pour sa part, une image de la rumba selon laquelle celle-ci fonctionnait à cette époque comme « un moyen d’expression publique de ceux qui manquaient de moyens de représentation  » (Moore 2002:213). Ses textes parlaient non seulement de ce qui arrivait à l’intérieur du Solar, mais aussi on y discutait aussi de sujets politiques, ou bien on y critiquait l’oppression et les mauvais traitements infligés à la population noire en particulier, et cubaine en général, par les Etats-Unis ou par le gouvernement cubain de l’époque, à une époque où la rumba, tout comme d’autres manifestations artistiques afro-cubaines, étaient réprimées et étaient censurées par le pouvoir en place. [11]

Après le triomphe de la Révolution en1959, de profondes transformations sociales se sont produites, dans le but de déraciner les structures néo-colonialistes qui régnaient encore au sein de la société cubaine. Ceci a supposé l’élévation du statut du folklore, et sa reconnaissance comme partie intégrante de la culture nationale, grâce à laquelle, selon les termes du musicologue cubain Argeliers Leon, la rumba a cessé d’être, durant ces années, « de la musique d’un seul partie de la population pour constituer une expression généralisée de ce qui est profondément cubain » (Leon 1981:141. Mon emphase). La rumba se transforme ainsi en un symbole culturel, acquiert le statut de danse nationale et se « folklorise », à travers la professionnalisation de ses interprètes, la création de compagnies de danse et les centres d’enseignement, ainsi que par la prolifération d’espaces publics pour sa représentation. On a désamorcé ainsi le potentiel de critique sociale inhérente à la rumba, bien que dans la mémoire collective, la rumba soit chargée de connotations ethniques, tant positives que négatives, comme la musique des noirs, et assimilée à des valeurs de marginalité et de protestation. [12]

La timba, pendant les années de la « Période Spéciale », va récupérer cette valeur potentiellement critique de la rumba, et reprend le quotidien comme source d’inspiration, en délaissant pour cela les artifices rhétoriques sophistiqués et en rétablissant un langage « de vérité ». J’en veut pour preuve certaines des compositions de NG La Banda, ainsi que d’autres groupes plus jeunes, comme la Charanga Habanera ou « El Medico de la Salsa », pour en citer certains. [13] Outre les changements dans le langage, – donné pour vulgaire, violent, machiste ou grossièrement argotique (chabacano) -, la Timba met sur la table des sujets qui s’avèrent délicats et que, pour différentes raisons, la censure officielle occulte ou ne permet pas d’aborder ouvertement. Tel est le cas des cultes afro-cubains, qui occupent une place importante dans l’univers thématique de certains des orchestres timberos les plus populaires. Des compositions comme « Santa Palabra » (Cortès 1995), traitent ouvertement de la problématique qui entoure ces cultes et traitent des instances officielles qui ont censuré ou ont interdit ces pratiques à certains moments de l’histoire.

Dans d’autres cas, les musiciens recourent à l’allégorie, comme ressource littéraire pour se référer à la situation sociopolitique difficile du moment, comme dans le cas du refrain suivant, popularisé au début des 90 :

Coro: No se puede tapar
el sol con un dedo
la verdad es la verdad,
mala cara no quiero (Cortés 1990)

Refrain:
On ne peut pas recouvrir
Le soleil avec un seul doigt
La vérité est la vérité,
Je ne veux pas de mauvaise mine (Cortés 1990)

(NDLT : a mal tiempo buena cara : contre mauvaise fortune bon cœur)

Mais parfois, les musiciens ne sont pas aussi métaphoriques. Dans cet autre refrain du chanteur Paulito FG, la critique de la demande constante de sacrifice par l’appareil étatique est assez explicite,

Coro: San Dame y San Dame…
Guía: Claro.
Coro: y ¿San Toma dónde está?
Guía: si todo no es recibir,
hay que dar a los demás… ¡también! (Fernández Gallo 1997)

Coro: Saint Donne Moi et Saint Donne Moi…
Guía: Bien sur.
Coro: et Saint Thomas, ou es tu ?
Guía: S’il s’agit de ne rien recevoir,
Il faut bien en donner encore plus… Encore! (Fernández Gallo 1997)

Souvent, la musique elle-même se présente comme une des voies possibles d’échappatoire ou l’ »antidote » devant le manque d’opportunités et devant un futur incertain. Il suffit de prendre comme exemple ce refrain d’un autre succès de la première époque de NG La Banda :

Guía: Si no bailan con NG La Banda
Seguro que el sol no les da
Así que…escucha comodice:
Coro: Ni el sol te da
Guía:Si tú no bailas conmigo… (Cortés 1992)

Guía: S’ils ne dansent pas avec NG La Banda
C’est sur que le soleil ne lui apporte rien
Ainsi écoute comment on dit :
Coro: Le soleil ne te donne rien
Guía:Si tu ne danses pas avec moi… (Cortés 1992)

Avec ces sujets, les paroles de la Timba abordent aussi d’autres sujets épineux qui sont consubstantiels à la vie de la « Période Spéciale » : la prostitution (cf. Neustadt 2002 et Perna 2003), les nouveaux styles de vie, la culture de la consommation, les inégalités, la promiscuité, la tromperie en amour, etc. (cf. López Blanc 2004). Ils le font outre d’une manière directe et explicite, si bien qu’il ne fut pas surprenant que la Timba fusse accusée, en général, de grossièreté (chabacanería) et de vulgarité. De fait, il s’avère très significatif que la même accusation de vulgarité, qui a été attribuée en son temps à la rumba prérévolutionnaire, ait été utilisée durant les années 90 par quelques prises de positions du discours musicologique cubain et par d’autres instances à caractère officiel, pour délégitimer la Timba, non seulement sur la base des contenus de ses textes mais aussi à cause de sa danse, effrontément provoquante et explicite [14]. À propos des critiques versées sur les paroles de ses chansons, José Luis Cortès, dit « Le Grossier » (El Tosco), leader et fondateur de NG la Banda, s’est défendu en affirmant que :

las élites ignoran la dura realidad cotidiana de la vida en la isla. Nosotros somos cubanos y en nuestras canciones hablamos de la Cuba real (citado en Cantor 1999).

les élites ignorent la dure réalité de la vie quotidienne dans l’île. Nous sommes cubains et dans nos chansons nous parlons du Cuba réel (cité dans Chanteur 1999).

De cette manière, avec un point de vue sur les affaires du quartier, la Timba rend au musicien sa fonction de chroniqueur social, et à la musique son role d’outil de dénonciation, en occupant le poste qu’une rumba, une fois officialisée, avait perdu.

“La Clave de rumba, avec la guapería rumbera”

La Clave de Rumba avec l’agressivité rumbera

Si la volonté d’appropriation de l’espace paraît claire ; si les paroles essayent de reprendre les fonctions les plus critiques de la rumba, du point de vue sonore l’appropriation par la Timba d’éléments musicaux propres à la rumba s’avère également évidente. Je me référerai brièvement à trois d’entre eux que je considère dignes d’intérêt.

D’abord, il s’agit d’indiquer comment, la Timba adopte comme Clave de référence la Clave de rumba, face à la tradition de la musique populaire dansante cubaine qui est encadrée dans le complexe générique du Son. De manière significative, le producteur de musique cubaine Ned Sublette s’est référé à la Timba comme « clave de rumba, avec guapería rumbera » (Sublette 2001). Du point de vue compositionnel, ce choix fournit une plus grande liberté pour l’improvisation et la sophistication de la section rythmique des orchestres timberos, en l’approchant de l’esprit propre de la rumba, ce qui s’est traduit par des orchestrations chargées et une sonorité complexe, avec une grande emphase sur tout ce qui est percussif. D’autre part, la clave de rumba, aussi connue (et ce n’est pas un hasard) comme « clave cubana », articule un fort ressenti de cubanidad (‘Cubanité’), grâce à sa cadence caractéristique, qui nous transporte immédiatement à l’imaginaire de la rumba, « l’expression la plus pure de la cubanía » (Linares 2001). La cubanidad à laquelle se réfère la Timba est, en tout cas, une identité qui – contrairement à leur parent mulâtre, le Son – est construite sur la base de l’affirmation de la fierté de être afro-cubain (noir), à partir, entre autres, de son identification à des styles musicaux associés avec ce qui est ‘black’ comme la rumba.

Mais, l’appropriation que la Timba fait des caractéristiques musicales de la rumba est encore plus évidente dans l’importance que toutes les deux accordent au choeur ou au refrain, comme élément sur lequel se structure la composition. [15 ] Dans le cas de la rumba, la section de chœur (coro) – réponse marque le moment culminant de la performance, un moment de grande énergie, quand la rumba explose et entame un dialogue intense entre le chanteur soliste, le choeur et le ‘quinto’ (percussionniste soliste), et auquel participent les danseurs et le public. Dans la Timba, pour sa part, le chœur (coro) se transforme en  » corpus essentiel de l’oeuvre » (Elis et Alfonso 1999). Cette appréciation est renforcée par Juan Formell, un des compositeurs actuels les plus prolixes que la musique dansante cubaine, pour lequel « la qualité du refrain est celle qui décide du succès d’un morceau dansant » (cité dans Padron 1998:34). Le poids spécifique de cette section est important dans la composition, au point que fréquemment elle se transforme en une succession de ’coros’. Le montuno est généralement aussi l’espace réservé pour l’improvisation, il s’ensuit que, en live, les morceaux se rallongent ad infinitum selon l’inspiration du chanteur, celui-là même qui improvise les « guias » entre coro et coro, et entre les réponses que celui-ci reçoit du public à ses appels.

Musicalement, le montuno se caractérise par la répétition des cycles harmoniques et la récidive du tumbao du piano, par de fréquents changements tempo et d’une plus grande présence de tout ce qui contribue à la production de cet accroissement progressif de l’intensité musicale par des breaks (bloques). C’est aussi le moment où la danse atteint son apogée, son intensité maximale. Les mouvements des danseurs sont exacerbés au rythme de la musique et commence ce que l’on appelle le « despelote » : une succession de mouvements vertigineux, ouvertement sexuels et aux noms aussi figuratifs qu’expressifs que sont « le tembleque » (le tremblement) ou « la batidora  » (le mixeur). Les musiciens interpellent alors les danseurs en utilisant des coros au langage simple, direct, trivial, habituellement à la seconde personne du singulier. De cette manière, l’auditoire qui fait sien le coro et la voix individuelle du compositeur se sont transformés en une voix collective comme une expression communautaire, processus qui atteint son paroxysme dans le « despelote » que nous décrivions il y a un moment. Les danseurs commencent ainsi à faire partie de l’univers des sens de la musique et, de cette manière, le montuno peut être considéré comme le moment de communion authentique entre le groupe et le public.

L’appropriation par la Timba d’éléments musicaux propres à la rumba atteindra, en tout cas, son expression la plus claire quand la rumba sera incorporée telle quelle dans les compositions de Timba. Parfois elle apparaît comme introduction, en situant l’atmosphère du sujet (« El Tragico », Cortes 1995) ; d’autres fois, elle acquiert le statut de section indépendante dans la composition, comme nous avons vu dans le cas « Los Sitios entero » ; ou bien, elle est incorporée dans les arrangements et dans l’orchestration de la composition timbera, sans que sa structure cesse d’être parfaitement reconnaissable (« De La Habana » de Paulito Fernández Gallo 1997). On révèle ainsi l’intention d’appropriation par la Timba, durant les années de la « Période Spéciale », du potentiel symbolique – critique, consolidateur d’identités, etc. – qui avait été traditionnellement associé à la rumba de Solar du Cuba prérévolutionnaire.

 

Conclusion

Considérer la Timba comme le développement naturel de la tradition de musique dansante cubaine est, je crois, une simplification de la signification culturelle et sociale de ce genre musical. En ce sens, analyser les relations entre la Timba et la tradition musicale cubaine, spécialement la rumba, depuis ce que j’ai appelé « appropriation de l’intérieur » révèle une complexité de relations qu’un autre type d’analyse oublie. En s’identifiant au monde de la rumba, les groupes timberos retournent au Solar comme source d’inspiration, récupèrent la fonction du musicien comme chroniqueur social et de la musique comme outil de dénonciation, en re-actualisant de cette manière les valeurs propres de la rumba avant que celle-ci n’ait été incorporée au discours officiel et par conséquent coupées ses possibilités comme agent d’agitation sociale. La Timba est fixée dans la tradition, choisit entre les possibilités qu’elle lui offre, et s’approprie le sens original de la rumba et offre, de cette manière, un espace alternatif pour penser la réalité cubaine, en proposant de nouvelles lectures du sens Communauté et « Cubanidad ».

 

Notes

1- Ce travail a été effectué tandis qu’il jouissait d’une bourse de Formation du Professorat Universitaire, du Ministère l’Éducation et de la Science (AP2002-0142). Une première version de ce dernier a été présentée sous forme de communication dans le VIII Congrès de la Société Ibérienne d’Etnomusicología (SiBE) A celui qui appartient la musique ? La musique comme patrimoine et comme culture (Saragosse, 25-28de marzode 2004). Je remercie à Josep Martí pour commentaires précieux sur cette première version. La même manière, je m’aimerais montrer mon remerciement à Rubén López Blanc par les suggestions et les commentaires à cette nouvelle version, qui sans doute l’ont notamment enrichie. Gerardo de Crémone m’a offert son hospitalité et amitié, en créant les conditions nécessaires pour pouvoir armer ce texte à des moments difficiles pour moi. Ma gratitude aussi vers él.[§]

2-« Superfinos negros », del disco Habana Blues B.S.O. Dro East West. 2005.[§]

3-Entre les mesures adoptées pour pallier la crise on peut souligner l’ouverture de certains secteurs de l’économie nationale à l’investissement étranger, l’expansion de l’industrie touristique, la légalisation timide de l’emploi d’indépendant, la libre circulation du dollar ou la création de marchés agricoles. Pour une analyse plus détaillée des implications économiques, politiques et sociales « de la Période Especial »cf. Moreno (1998).[§]

4-Quelques travaux qui offrent une caractérisation générale de la timba sont l’article des musicologues cubains Beau González et Casanella Cué (2003), la monographie excellente de Perna (2003), ou l’introduction concise au travail de López Blanc (2004). Pour une discussion sur les définitions emic et etic de la timba cf. Sánchez (2001).[§]

5-source http://www.wim-wenders.com/art/buenavistasocialclub.htm[date de consultation, septembre 2005][§]

6-Pour une analyse de ce disque par rapport à ses implications en termes d’ethnicité cf. Perna (2002).[§]

7-L’image objet de la discussion correspond a la couverture de l’édition que, sous le nom de ‘En La Calle’, la compagnie discographique américaine Qbadisc a lancé en format CD durant l’année 1992. Dans ce CD on a rassemblé des thèmes des deux premiers albums de NG La Banda (En La Calle et No Se Puede Tapr El Sol). La couverture de l’édition originale du vinyle « En La Calle » (EGREM, 1989) est composé seulement du nom du groupe, dans de grandes lettres oranges, et le titre du disque, en noir et dans la partie inférieure, sur un fonds blanc, conception sobre qui est partagée avec d’autres 33 tours publiés par le label discographique cubain à cette époque. L’image qui illustre la couverture de l’édition de Qbadisc est, en tout cas, une photographie professionnelle, avec une mise en scène parfaitement prévue, dans laquelle les musiciens posent d’une certaine manière, et qui n’est absolument pas accidentelle. Cette circonstance, pertinente, à mon avis, soutient l’argument que je prétends exposer. Je remercie à Kevin Moore, comme éditeur du portail Internet timba.com, pour l’information offerte sur l’origine de l’image de couverture de ‘En La Calle’.[§]

8-Le complexe de la rumba est composé de trois parties qui possèdent des caractéristiques propres. Le yambú, une partie lente de la rumba, dont la danse marque un mouvement pelvien de possession et dans lequel les danseurs imitent les mouvements difficiles d’une personne âgée. Le guaguancó est la modalité la plus connue. Plus rapide que le yambú, le couple de danseurs développe un jeu attraction et rejet qui aboutit au vacunao, c’est-à-dire avec la possession symbolique de l’homme sur la femme. Finalement, la Colombia dévoile la chorégraphie la plus acrobatique. Dansée seulement par des hommes, le rythme de cette variante est rapide et entrecoupé.[§]

9-Bien que ce travail vise à analyser les emprunts de la Timba sur la rumba, un aspect non moins intéressant que cette relation impliquerait d’aborder ce qu’a signifié, pour la rumba de des 90, l’irruption de la Timba dans la scène musicale cubaine dans ces années-là.[§]

10-Il convient de souligner comment cette initiative s’est ensuite cristallisée, peu après, dans un circuit stable de musique populaire dansante qui a permis aux orchestres plus jeunes d’apporter leurs projets musicaux à un public qu’ils n’auraient pas pu approcher avec facilité, d’une autre manière, en faisant des concerts dans des espaces normalement dédiés au tourisme. Il est aussi intéressant de noter comment, tandis que ceci arrivait, les groupes timberos ont porté « le barrio » et toute sa problématique, au coeur de la scène musicale habanera émergente, concentrée dans des hôtels exclusifs et les établissements visant au tourisme international (Perna 2002:216), lieux où curieusement, les destinataires de ces chansons, les gens du quartier, avaient un accès restreint.[§]

11-Un rumbero singulier de cette époque, Gonzalo Asensio, davantage connu comme Oncle Tom, reflète de manière exemplaire certains de ces événements dans les paroles des rumbas. Prenez comme exemple le guaguancó suivant, dans lequel il dénonce l’outrage au drapeau cubain par des Marins américains : « Entendez Monsieur le président/je veux savoir ton avis/sur la réclamation/qu’a présenté ce cubain/contre ces Américains/qui sont venus depuis l’étranger/renverser le drapeau/de notre sol cubain » (cité en Acosta 1991).[§]

12-Sur le sujet rumba et ethnicité cf. Moore (2002)

13-Les exemples sont innombrables, il suffit d’aller à la discographie de chacun des groupes mentionnés. Des chansons comme « El Tragico », « Chronique sociale » ou « Picadillo de Soya », toutes de NG La Banda, constituent une excellente galerie de personnages et de situations tellement crûment quotidiennes dans la vie de la « Période Spéciale » qu’elles finissent par apparaître irréelles.[§]

14-Un bon exemple de ce discours accusatoire vers la timba nous pouvons le trouver en Casanellas (1999).[§]

15-Cette section est connue comme montuno, et ainsi je me référerai à elle a partir d’ici et plus en avant.[§]

16-Le Solar est un lotissement, un ensemble d’habitations ou d’appartements minuscules, généralement construits ou réaménagés autour d’une cour intérieure, où s’entasse une population modeste, souvent noire. Il s’y crée une communauté de vie du fait de la promiscuité où les gens se retrouvent pour tout mais surtout pour faire la fête. Il existait des Solars où de nombreux artistes vivaient en communauté dont le célèbre Solar de La California (Centro Habana) chanté par Issac Delgado :

Donde vive un ingeniero, un constructor
Un ecobio y un doctor, un obrero
Donde sube y baja el dólar
Se venden los cucuruchos, se hacen los pues y las manos
Se hace el amor en colores
Se hacen primos, hermanos, que son buenos
Y de segunda mano tambien

 

Bibliographie

  • ACOSTA, Leonardo. 2003. »La timba y sus antecedentes en la música popular cubana del siglo X ». El Solar de la Timba3 http://www.solardelatimba.com/main_art/esp_timba-antecedentes.htm [Consulta: marzo de 2004].
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La Timba et les différents Genres de la Musique Cubaine

La Timba représente depuis ces 15 dernières années les derniers développements de la musique cubaine. C’est le genre musical, pris au sens large, qui nous réunit principalement sur Fiestacubana.net.

Toutefois, il regroupe différents courants comme la Timba hard-core (ou pura dura) représentée par La Charanga Habanera, Manolin, Paulito FG ou Bamboleo, le Son Moderno représenté par Manolito y su Trabuco ou Adalberto Alvarez, mais aussi par différents courant uniques mais héritiers d’autres rythmes anciens comme Los Van Van ou Pupy y Los Que Son Son représentant le Songo, Elito Revé y su Charangon représentant le Changui con Timba, Sur Caribe représentant la Salsa con Conga, etc.

Tout comme le reste de la musique cubaine dansée, la Timba est le résultat d’une lente distillation dans l’alambic des cultures que constitue Cuba. Ce n’est que le dernier cru (je devrais dire avant-dernier si je prends en considération le Reggeaton) d’un processus finalement extrêmement lent de trans-culturation où les rythmes et influences africaines, créoles et populaires ou paysannes, ont peu a peu pénétré au cœur de la musique officielle aux origines européennes, espagnole (la guaracha), française (le menuet) et/ou anglaise (la contredanse ou ‘country dance’).
La Timba est construite, comme la Salsa, principalement sur le Son auquel elle a souvent substitué la Clave de Rumba, rendant le rythme plus complexe, plus syncopé, et dont la danse est plus ancré dans la terre. C’est une musique d’avant-garde dont les maîtres mots sont innovation, créativité d’une part et popularité et transe d’autre part.
Les Timberos continuent la tradition des Soneros avec les « Pregon », les question–réponses, mais ils utilisent des thèmes plus contemporains, plus urbains. Ils cherchent petit à petit à faire monter la sauce jusqu’à l’apothéose, jusqu’au délire total.
Pour arriver à leur fins, ils utilisent soient les joutes verbales qui excitent le public (parfois en montant un quartier de La Havane contre l’autre comme dans « La Expresiva » de NG La Banda), soit le défi d’une scène à l’autre (Sombrilla de La Charanga Habanera traitait Mayito Rivera de Los Van Van de « négresse » ou Michel Maza se moquait ouvertement de la chanson de Carlos Manuel « La Manzana » en la parodiant en « Mango en la cabeza » ou encore Manolin chante que c’est lui le roi « Yo soy el rey »). Il n’y a quasiment pas de chansons romantiques. L’attitude est plus proche du rappeur que du crooner. Les chansons traitent souvent des difficultés de la vie quotidiennes après la « Période Spéciale » de 1993 durant laquelle les cubains ont connu la disette suite à l’effondrement du mur de Berlin et à l’arrêt de l’aide économique du grand frère russe.
NG La Banda se moque des solutions proposées par le gouvernement pour lutter contre la disette et sa promotion du soja avec la fameuse chanson « Picadillo de Soja ». Los Van Van parlent du « Cheque » envoyé par la famille de Miami ou de la belle fiancée mulâtre qui est partie se marier avec un touriste italien dans « El Chocolate ». La Charanga Habanera parle de la prostitution induite dans « La Superturitica » ou de l’opportunisme féminin : « Buscate un temba que mantenga » disent ils : « cherche-toi un quadragénaire fortuné qui t’entretienne ». NG parlent de la rudesse des sentiments dans « La Bruja », tout comme plus récemment Calle Real qui chantent « Cuadrate porque si tu no te cuadras me voy con otras porque soy sueno de muchas otras ! » = « Change de comportement ! Parce que si tu ne changes pas, je m’en vais avec une autre, car je représente le rêve de bien d’autres ».
L’attitude n’est pas aux lamentations ou larmoiements si fréquents dans la Salsa Romantica mais à l’affirmation de soi (« (Ese) Soy Yo » que bizarrement chantent la Charanga Habanera, El Clan et Maraca ou bien « Yo no me parezco a nadie » chanté par Haila avec Bamboleo et Azucar Negra) et l’affirmation de ses propres chances dans la vie (« Ya No Hace Falta » de Bamboleo dans laquelle Vannia chante pour que son ex le laisse tranquille).
Typiques de cette démarche à la fois jubilatoire et prolétarienne, les titres de 2 disques phares du groupe le plus emblématique de la Timba, La Charanga Habanera, sont très clairs « Tremendo Delirio » (on traduirait de nos jours : Grave Délire) et « Soy Cubano, Soy Popular » (Je suis Cubain, Je suis populaire (*)) !
La religion afro-cubaine, la Santeria, est aussi très présente, comme un moyen de sortir des problèmes du quotidien cubain. Même si la Santeria a toujours été une source d’inspiration dans la musique populaire cubaine, la venue du Pape Jean-Paul II dans les années 90 a permis de libéraliser la pratique de tous les cultes et les cubains se sont souvent tournés vers cette religion bien ancrée et héritée des esclaves venus du Nigeria et qui ne s’apparentent ni à la sphère d’influence des capitalistes comme le catholicisme ni à celle des communistes.
Los Van Van chantent une ode à tous les saints du panthéon Yoruba, les Orishas, dans la chanson culte de Mayito « Soy Todo – Ay Dios Amparame », dérivée d’un magnifique poème. Adalberto Alavarez fait de même avec cette dernière interprétation de « Y Que Tu Quieres Que Te Den ». Mais on retrouve aussi des références aux Orishas partout, chez Pachito Alonso « Maferfu Obatala », chez NG La Banda « Santa Palabra », chez Dan Den avec « Viejo Lazaro », chez Elio Reve « Papa Eleggua » ou encore chez la Charanga Habanera « Extranos Ateos ».
Pour exciter le public, les Timberos utilisent aussi et surtout la virtuosité rythmique et mélodique. Ils concassent et fusionnent tous le genres musicaux en interprétant du coq à l’âne dans la composition ou dans l’improvisation des succès funky de Kool & the Gang, Earth Wind & Fire. Bamboleo jouait récemment « No Woman No Cry » de Bob Marley et l’an dernier Los Van Van chantait les Beatles! Tous les coups sont permis du moment que le public est surpris et est pris de transe.
Pour atteindre cette folie, ce délire, les musiciens de Timba ont intégré de nombreux éléments empruntés au Funk, au Jazz, au Rock et au Rap. Ils usent et abusent de breaks (les bloques), de polyrythmies issues des rythmes Batas, de riffs de cuivres syncopés (les Mambos et Champolas), de références au mélodies afro-cubaines de la Santeria (Orishas : Agua pa’Yemaya, Obatala esta wini wini, Eleggua Ooo.., Papa Chango, Oggun, etc.), de choeurs (les coros) empruntés aux succès de la Salsa (« La vida es un Carnaval », « La vida te da sorpresa, sorpresa te da la vida », « la vida esta loca loca…», etc..) ou aux dictons populaires cubains (« Ay que Dios se lo dio, San Pedro se lo bendiga », « El que no tiene de Congo, tiene de Calabari », etc.).
Les musiciens Timberos sont parmi les meilleurs musiciens à Cuba, voire au monde, malgré leur jeunesse. Ils ont étudié dans les exigeantes écoles de musique de l’Etat cubain (qui leur enseignent la musique classique avec l’influence des professeurs espagnols ou russes (**)) et ils leur faut à la fois dominer la musique classique, les musiques traditionnelles cubaines (Son et Afro-cubain) tout autant que le Jazz, le Funk, le Rock, la Salsa, etc. La plupart de ces musiciens sont issus de la Escuela Nacional de Arte (ENA) et/ou de l’Instituto Superior de Arte (ISA).
Certains sont de vrai maîtres comme Lazaro Valdes, le directeur, compositeur et pianiste de Bamboleo qui nous a montré qu’il jouait aussi la contrebasse. Jose-Luis Cortes « El Tosco » directeur, compositeur, chanteur et flûtiste de NG La Banda, est un virtuose de la flûte traversière dont il fut premier prix de conservatoire classique à Cuba (la légende prétend qu’il n’aurait pas été retenu comme premier soliste dans l’orchestre symphonique de Cuba car il est noir). Ces deux derniers jouent, composent et enregistrent avec des formations de Jazz de renommée internationale. De même pour le saxophoniste Juan Manuel Ceruto (ex Paulito FG, Issac Delgado), le trompettiste Alexander Abreu (ex Paulito FG, Issac Delgado, Caros Manuel, Los Van Van, etc.), le tromboniste Amaury Perez (ex Paulito FG, Issac Delgado), le violoniste et arrangeur Joaquin Betancourt (ex Issac Delgado, Adalberto Alvarez, La Rumba Soy Yo, etc.).
D’autres ont eu une influence décisive et définitive sur l’ensemble de la musique cubaine comme Juan Formell et Cesar ‘Pupy’ Pedroso de Los Van Van, ou Elio Revé et son Charangon, Enrique Lazaga et La Ritmo Oriental, ou David Calzado et sa Charanga Habanera grâce à leurs inventions dans le domaine de l’orchestration, des arrangements et des compositions.
Enfin, et non des moindres, certains laissent un trace indélébile par leurs interprétations, leur style et leurs compositions, Issac Delgado, Manolin El Médico De La Salsa, Paulito FG. Ces 3 artistes sont de vrais génies qui se sont échangés pendant quelques années les meilleurs musiciens de Cuba tout frais sortis de l’école.
La Timba a mis au devant de la scène de véritables talents exceptionnels pour leurs voix, des Divas ou de Stentors qui renverraient notre Star Académie au bac à sable. Michel Maza, en fait Michel Maza Marquez, un jeune chanteur effronté et instable, surnommé El Menor de La Salsa à ses débuts avec la Charanga Habanera, a en fait une voix exceptionnelle de Ténor. Son père, Jose ‘Pepe’ Maza du groupe Layé du Tropicana, et sa mère, Beatriz Marquez, Diva du Boléro, sont de grands chanteurs et professeurs de chant à Cuba et leur rejeton en a bien profité pour notre plus grand plaisir. Transposé en France, ça serait un peu le Pavarotti du 93 !
Paulito Fernandez Gallo fait ses débuts dans Dan Den puis dans Opus 13 avec une Sonera exceptionnelle, Jaqueline Castellano. Il est probablement aujourd’hui l’une des plus grande voix de Cuba.
Mario ‘Mayito’ Rivera , le chanteur noir de Los Van Van, bien qu’à l’origine bassiste et percussionniste, a imposé ses talents de chanteurs et fait rocker Los Van Van sur scène. Réécoutez ‘Tim-Pop con Birdland’ dans En Vivo en El Malecon De La Habana !
Bamboleo, Azucar Negra et NG La Banda ont révélés les nouvelles Divas de la chanson cubaine : Haila Mompie, Vannia Borges, Tanja Pantejo et Yeni Valdés. Ces 4 chanteuses ont à la fois des timbres très particuliers, un coffre impressionnant, un charisme et une présence scénique qui soulève et chavire les foules.
Les musiciens adoptent des tumbao complexes et obsessionnels. Juan Carlos Gonzalez de la Charanga Habanera développe pour la première fois des Tumbaos « sales » .. L’attaque rythmique est très percussive et elle se joue de l’exactitude du tempo, les harmonies sont très riches et les dissonances souvent recherchées et revendiquées. Les claviers répondent avec des contretumbaos. Le même phénomène intervient dans les arrangements des cuivres. Ils jouent en force, avec virtuosité, mais aussi jouent avec les dissonances. Rythmiquement, le Timba déchaîne un enchevêtrement de breaks, de bloques, et construit un échafaudage de figures syncopées, de polyrythmies mélangeant afro-cubain, rumba, funk et surenchère d’improvisation. Les Timberos commettent le sacrilège de changer souvent de clave (entre la clave de Rumba et celle du Son, entre la clave 2-3 et 3-2 ) au milieu du même morceau. Juan Formell répondra ironiquement aux critiques des puristes qu’il possède depuis longtemps sa « licence de Clave ». La Charanga Habanera et la Elite, l’orchestre de Paulito FG, excellent dans ces ruptures rythmiques et ces changements de braquets démultipliant la cadence ou reversant l’accentuation.
La Salsa est au Son ce que le Pointillisme et le Fauvisme sont à l’Impressionnisme. La Timba est un revolution musicale au même titre que l’apparition du Cubisme. La Timba, comme le Cubisme en peinture déstructure les perspectives, assemble les contraires et concasse les références.
Il s’agit de rompre avec la routine de la Salsa commerciale. Chaque groupe de La Havane développe un son unique, immédiatement reconnaissable et identifiable. Il n’y a pas 2 grands groupes de Timba qui sonnent de la même manière :
Bamboleo sonne comme l’apocalypse avec des harmonies solennelles et sombres (Si agua no cae, Fiebre, etc.) , Paulito FG est plus pop, reggeaton funky ou romantique , Manolin El Medico De La Salsa est carrément funky, Issac Delgado apparaît comme l’oeil du cyclone, avec un swing particulier posé sur des compositions empruntées de tradition mais au milieu d’un déchaînement rythmique et instrumental, La Charanga Habanera adopte un style ouvertement Hip-Hop mais avec une section de cuivre à la virtuosité inégalée, Juan Carlos Alfonso mélange l’héritage de la Révé avec un nouvel approche sonore des synthétiseurs et le rythme Dan Den, Los Van Van durcissent continuellement leur Songo, ils nous mettent « La Cabeza Mala » pour finir par exploser récemment avec Agua, Pupy Los que Son Son réalise une synthèse, un mur de son et de Son, en intégrant les apports de tous ces derniers groupes et en proposant une musique nouvelle et puissante.
Sous la pression, même les groupe de Son Moderno, comme Manolito y su Trabuco et Adalberto Alvarez y su Son, ou même Maraca, commencent à jouer de plus en plus dur, de plus en plus afro, et à oser des figures harmoniques, rythmiques plus périlleuses, plus afro-cubaines, plus Timbera. Maraca lance le « Castigala » (Punis la !), avec « Hablando en Serio », Manolito fait bouillir la marmite et nous sert un magma en fusion. Il fait entrer dans le groupe le Reggeaton avec un jeune Rappeur, Lazaro Miami Diaz ! L’autre chanteur, Amaray, se montre de plus en plus RnB dans ses interprétations.
La Timba utilise tous les registres de la culture et de la musique cubaine ou d’ailleurs afin d’innover et de surprendre sans cesse son public, principalement la jeunesse de 7 à 77 ans à Cuba et nous autres, les fanatiques ! C’est bien ce qui en fait son intérêt.
Nombreux sont les morceaux de Timba où l’on peut ressentir le rythme Pilon, ou un Mambo à la Perez Prado, un passage de pur Guaguanco, un détour par un Danzon-Cha-Cha-Cha. Tous trouvent leurs racines profondes dans le Son (de Compay Segundo) ou le Son Montuno (de Arsenio Rodriguez) ! L’influence de Jean-Sebastien Bach se fait sentir dans les Tumbaos de piano (re-écoutez le dernier disque de Michel Maza « Que Hablen Los Habladores » avec Sergio Noroña au piano dans la chanson « El Coleccionista »). On entend parfois dans Los Van Van « Que le den candela » ou NG La Banda des reprises de compositeurs russes comme Rimsky-Korsakof dans certaines mélodies.
Quelques projets récents montrent clairement que la Timba n’est que le prolongement naturel de la Musique Cubaine traditionnelle. Je citerai « Ese Huevo Quiere Sal » de Pascualito Cabreras y su Tumbao Habana ou « Projecto Nega – Salsa Son Timba » de Fidel Morales qui démontrent que l’on peut interpréter n’importe quel genre traditionnel cubain et l’amener à de la Timba. On peut encore citer le magnifique disque de Grupo Danson « Mi Musica ».
Toutefois les influences les plus récentes sont clairement le mélange avec le rythme de la Conga (Pupy y Los Que Son Son, Sur Caribe), avec les rythmes Bata (Los Van Van « Chapeando », Adalberto « Y que tu quieres que te den ? », Tirso Duarte, etc. ), avec le Reggeaton (Bamboleo, Manolito, La Charanga Habanera), avec la Pop Latino et le Merengue (Haila, Arnaldo y su Talisman, Manolito, Aramis Galindo), avec les Mariachis et le Rock Latino (Dayron y el Boom, El Clan), et avec tout et n’importe quoi comme des compressions du sculpteur César en France (Los Angeles De La Habana).
Le Son et la Rumba sont clairement les 2 pièces angulaires de la musique cubaine populaire. Lorsque Juan Formell a inventé le Songo pour Los Van Van avec José Luis ‘Changuito’ Quintana, Cesar ‘Pupy’Pedroso et Blas Egües, il l’a fait en fusionnant le Son, le Guaguanco avec le Rock et le Jazz.
Le Son et la Rumba restent très vivants à Cuba et se développent de leur cotés avec des échanges avec la Timba. Il n’était pas rare de voir à La Havane un concert de Timba avec un groupe Folklorique comme Tumbao Habana avec Yoruba Andabo, Bamboleo avec Clave y Guaguanco, ou NG La Banda accueillant el Gran Dia del Babalawo.
De même que la Timba se développe, les groupes de Rumba inventent sans cesse de nouvelle formes : le dernier disque de Clave y Guaguanco « La Rumba que no se termina » montre cette démarche d’expérimentation. Mayito Rivera de Los Van Van essaye la fusion du Guaguanco et du Negro Spirituals dans une magnifique chanson « Y Sigo Buscando » de son dernier disque en solo « Llego La Hora ». Le succès et la nomination aux Grammy de « La Rumba Soy Yo », dirigé par Joaquin Betancourt, ancien directeur musical de Opus 13 et Paulito FG, démontrent de la vivacité et de la qualité de la créativité dans le monde de la Rumba à Cuba.
Le Son aussi, même traditionnel ou populaire, se renouvelle avec de jeunes prodiges comme David Alvarez y su Juego De Mano ou Los Jovenes Clasicos Del Son et le célèbre Pedro Lugo « El Nene » (un génie de la voix à la fois Sonero et Rumbero).
Le Son Montuno est toujours porté haut et fort par le Septeto Habanero, le Septeto Nacional, Sierra Maestra ou le Conjunto Rumbavana. Le dernier disque de Rolo Martinez ‘Para Bailar Mi Son’ montre la proximité du Son Montuno et de la Timba (avec Bamboleo comme orchestre). Tout comme les magnifiques interprétations par Manolito y su Trabuco des compositions d’Arsenio Rodiguez dans « Eso si se llama Querer » ou « Hablando en Serio ».
(*) « Soy Cubano, Soy Popular » est probablement un triple jeu de mots : Je suis Cubain je suis « populaire » au sens de « du peuple » ou « célèbre » ou « Popular » (une marque de cigarette à Cuba dont « Soy Cubano soy Popular » est le slogan publicitaire)
(**) Le nouveau choriste et violoniste de Bamboleo fait une démonstration en concert de sa virtuosité dans le style russo-tzigane avant de faire une introduction orientale pour « Amor Loco » !

Afin de s’y retrouver, la musique cubaine peut être catégorisée comme suit (*):

Musique Populaire Dansante Contemporaine
– Son moderno : Adalberto Alvarez, Manolito y su Trabuco, Salsa Mayor
– Songo : Los Van Van, Pupy y Los que Son Son, Ritmo Oriental
– Salsa Cubana: Issac Delgado, Yumuri, Pedrito Calvo
– Timba : Charanga Habanera, Paulito FG, Bamboleo, Manolin, Azucar Negra, Klimax, Tirso Duarte, Tumbao Habana, etc.
Le Complexe du Son ou La Musique Cubaine traditionnelle
– Son Tradicional : Compay Segundo, Faustino Oramas,
– Nengon, Changüí : Elio Revé, Grupo Changüí de Guantánamo,
– Guarija, Guaracha, Guapacha, Punto Cubano : Celina Gonzalez, Celia Cruz,
– Son Popular: Polo Montanez, Los Jóvenes Clasicos Del Son, David Alvarez,
– Son Montuno : Arsenio Rodriguez, Conjunto Chappotin, Benny More, Roberto Faz, Rolo Martinez,
– Sucu Sucu : Isla Caribe
– Merengue / Cumbias / Bachatas Acubanadas : Manolito y su Trabuco, FeverSon, Aramis Galindo, Ritmo Oriental
– Les Charangas : Original de Manzanillo, Maravillas de Florida, Ritmo Oriental,
– Pachanga : Pacho Alonso,
– Mambo: Perez Prado,
Musique Dansante de Salon
– Contradanza,
– Danzon,
– Danzonete,
– Bolero,
– Cha Cha Cha : Orquesta Aragon,
Le Complexe de la Rumba
– Rumba (Yambu, Guaguanco, Columbia) : Clave y guaguanco, Los Munequitos de Matanzas, Yoruba Andabo, Conjunto Nacional Folklorico, Coro de voces y coro de clave,
Les Rythmes de Carnaval et de Fiesta de la Calle : les Comparsas
– Conga : Conga de los Hoyos,
– Pilon : Pacho Alonso y Enrique Bonne,
– Mozambique : Pello El Afrokan,
La musique Afro-Cubaine
– Orishas : Tambor Iyesa, Igbodu (Nigeria) ou Arara (Benin), Chekere ou Guiros : Lazaro Ros, Abbilona
– Abakua (Calabar),
– Congo : Palo, Makuta, Kinfuiti,
– Yucca,
– Tumba francesa,
– Bembe,
La Chanson Cubaine
– Cancion,
– Feeling,
– Trova,
– Nueva Trova : Pablo Milanes, Silvio Rodriguez, Francisco Cespedes,
Les autres musiques venus d’ailleurs :
la musique populaire et commerciale :
– Reggaeton : Eddy-K, Cubanito 20.02, Candyman, Clan 537, le Fres-K,
– Rap : Orishas, HEL, Eleyo, etc.
– Rock : Moneda Dura, Wena Onda,
– House, Techno,
– Funk, etc…
le jazz, le latin-jazz, la musique experimentale
la musique classique, musique sacrée

(*) Ces catégories sont indicatives et non définitives même si les musicologues cubains ne la renieraient pas. La références au groupes est elle plus discutable mais elle permet d’avoir quelques point d’ancrage afin de débuter sa quête (interminable) de la connaissance de la musique cubaine ;-).

« El Casino y la Salsa en Cuba » de Barbara Balbuena

A l’heure du renouveau du casino et de la rueda de casino à Cuba, pour la première fois le casino et la salsa sont l’objet d’une étude approfondie menée par une spécialiste du folklore cubain et de la danse cubaine . L’analyse porte sur les éléments sociologiques et culturels qui ont contribué à la naissance de cette danse à Cuba au début des années 50 et son évolution jusqu’à nos jours.

Dans la première partie, elle met très clairement en évidence dans chaque danse (contredanse, danzòn, son, chachacha…) les éléments qui vont donner naissance à la danse casino.

Dans la deuxième partie, suite à une enquête minutieuse auprès des anciens  » casineros  » et restituant le contexte culturel des différentes époques l’auteur nous éclaire sur ce qu’a représenté et ce que représente actuellement le casino et la rueda de casino à Cuba et dans le monde.

Une troisième partie est consacrée à la description des pas de bases de casino et passes de base ruedas apportant des explications sur leur origine et la signification des noms de passes.

Cet ouvrage offre un véritable appui pour tous ceux qui bataillent depuis longtemps pour que le casino  » la salsa cubaine  » soit reconnue et enseignée dans toute sa dimension technique et culturelle et est à recommander vivement à tous les enseignants de salsa cubaine, ainsi qu’aux musiciens, pratiquants…

Il me paraît très important que les enseignants et tous ceux qui s’intéressent au casino et la salsa puissent avoir accès à ces informations. Ce livre est en espagnol, mais relativement facile à lire pour ceux qui ont quelques bases mais pour le moment je ne l’ai vu qu’à la Havane.

Barbara Balbuena Gutiérez est née à Camagüey en 1960. Professeur et danseuse de Danse moderne et Folklorique, licenciée en Arte Danzario, Docteur en Sciences de l’art.

En 1996, elle obtient le prix national de recherche avec son œuvre El ireme Abakuà

En 2001, elle obtient le prix de la recherche culturelle avec son texte Las celebraciones rituales festivas en la Regla de Ocha.

Les antécédents du Casino

Depuis le 18ème siècle et peut-être même avant, de nombreuses danses de salon à la mode provenant d’autres pays furent introduites à Cuba (contredanse française, menuet, rigaudon, quadrille, valse…)

Apres avoir atteint leur apogée, elles y ont subi un processus d’adaptation aux nouvelles conditions socio-culturelles et géographiques, ce qui souvent a entraîné la criolisation de la musique comme de la danse tandis que dans d’autres cas surgissaient de nouvelles danses de salon (contredanse créole, la danza, la habanera, le danzòn)…

L’auteur met en évidence à travers l’étude des différentes danses cubaines les éléments qui ont influé directement dans le casino.

La Contredanse cubaine, avec particulièrement le pas de base et l’utilisation des 4 temps musicaux, la présence du  » bastonero  » qui dirige la danse (chanteur de la rueda) et la position de danse ouverte.

La Danza où pour la première fois on voit apparaître la position de danse fermée (influence de la valse) et le paseo qui consiste à déplacer le pas de base en avant ou en arrière.

Le Danzòn qui au niveau danse et au niveau musique intègre des traits caractéristiques de la culture cubaine et dont les différentes figures peuvent se retrouver synthétisées ou ayant subi une évolution dans le casino.

Le chachacha et le son dont l’auteur dit qu’ils ont été les piliers fondamentaux pour la création du casino comme nouveau style de danse.

Le son fut la manifestation dansée la plus représentative des couches humbles de la population. Il fut tout d’abord rejeté dans les salons élégants mais il a fini par s’imposer,devenant la préférence du peuple. C’est le  » son urbain  » qui va le plus influencer dans la naissance du casino ;

Le chachacha fut la conséquence d’un processus créatif qui a son origine dans le  » danzon de nuevo ritmo « .

L’apport du chachacha au casino fut fondamentalement chorégraphique principalement dans les figures pas dans les pas de base. Beaucoup de figures de chachacha coïncident avec celles du casino et surtout l’exécution de la rueda.

A la fin des années 50, surgit la rueda comme une variante du chachacha connu populairement comme le  » chachacha en rueda » : les couples exécutaient des figures à l’unisson, l’un derrière l’autre en formant un cercle qui avançait dans le sens des aiguilles d’une montre ou à l’encontre. Elle était dirigée par un homme qui avait developpé une bonne habilité à la danse, auquel signal (connu des danseurs) les couples réalisaient des changements de couple, combinaisons de tours et autres figures inventées à cette fin.

L’origine de la rueda de  » chachacha  » peut provenir du  » danzòn  » qui se dansait également en forme de rueda mais sans changement de couples .

Le son également se faisait en rueda et dans le  » son montuno  » on réalisait des figures et changements simples de couple.

Les débuts du casino 1950-1959

L’auteur expose les différents facteurs qui vont influer dans l’émergence du casino

Les espaces de danse (sociétés de divertissement) qui se multiplient avec une différenciation toujours entre les clubs des blancs, des mulâtres et des noirs

L’apogée d’importants groupes musicaux cubains

L’engouement pour le son et la guaracha

L’invention du chachacha

La fondation de la télévision

L’influence culturelle des Etats-Unis (rock’n roll)

La naissance du casino est lié au Club Casino Deportivo (société de blancs)

Cette nouveauté créative plut aux jeunes et ils furent imités par les danseurs d’autres clubs nautiques de Playa (quartier de La Habana) et plus tard dans les autres sociétés de la capitale

On disait : on va faire la rueda comme au casino est devenu par la suite on va faire la rueda du casino

Autre version : le nom viendrait du fameux orchestre  » Conjunto Casino « , un des orchestres les plus populaires de l’époque.

Les fêtes des 15 ans des filles ont favorisé le développement du casino

Le casino aurait d’abord été dansé en rueda avant d’être dansé en couple

Il n ‘y pas de musique particulière attribuée au casino qui se dansait sur les musiques à la mode dans la mesure où le rythme le permettait.

1960-1980 :étape du développement du casino

Avec la révolution, les clubs privés sont nationalisés et la plupart sont transformés en centres sociaux pour les travailleurs qui vont se convertir en principaux centres de divertissement pour les jeunes.

Dans ces centres va naître une nouvelle génération de danseurs de casino. Les ruedas sont formées par des personnes appartenant au même lieu de divertissement, amis… Elles étaient souvent reconnues par l’habileté de celui qui les dirigeait ou du lieu où elle se pratiquait.

Une des plus fameuses a atteint cent couples .Composée de blancs de métis et de noirs sans distinction de couleur de peau. Elle était réputée pour ne jamais se tromper et quand cela arrivait, le fautif subissait les moqueries de groupe avant d’être rejeté.

Selon l’auteur, le développement du casino à cette époque est aussi la conséquence de la politique culturelle qui offre un accès illimité à la culture pour tout le peuple cubain.

Les Ballets Folckloriques , les écoles de formation des danseurs vont intégrer dans leur programme de danses populaires cubaines le casino.

De nouveaux genres musicaux et dansés apparaissent

C’est l’époque du mozambique, pilòn, pacà, dengué, mais aussi de la pénétration de genres étrangers comme la bossa nova, le twist, le rock. Ils influèrent également dans le casino. Les danseurs compliquèrent leurs passes et incorporèrent des mouvements en provenance de ces danses dans le but d’enrichir la danse et de rendre plus compliquée son exécution.

Cependant les lieux consacrés à la danse disparaissent peu à peu car devenant lieux de rixes..

A partir des années 70, la musique cubaine prend un nouvel essort

1969 : création de los Van Van par Juan Formell et d’une nouvelle interprétation du son : le songo

1973 : création de Irakere par Chucho Valdes créé notamment avec des musiciens issus de la Escuela Nacional de Artes.

1978 : création de Son 14 dirigé par Adalberto Alvarez

1979 : création du programme « Para Bailar » qui avait comme principal objectif de sauver et de revaloriser les danses populaires cubaines délaissées par les jeunes qui préféraient danser sur les musiques étrangères ;le très grand succès du programme démontre que les jeunes s’étaient éloignés de la musique cubaine du fait de la disparition d’espace pour les orchestres et pour la danse

La musique salsa

Apparut dans les années 60 aux Etats Unis portés par les émigrants portoricains et cubains,

l’auteur la définit comme une interaction culturelle caribéenne très complexe qui a son origine dans la tradition musicale de ces pays bien qu’il existe la conviction que le tronc commun est la musique cubaine et principalement le son.

A Cuba également la  » salsa music « s’est établie et fut acceptée par le public et les danseurs de casino.

Les fêtes des 15 ans des filles contribuent au développement de la danse casino .

Le casino en pleine splendeur se caractérisait à cette époque par la qualité la virtuosité et le style des danseurs.

L’auteur a relevé certains paramètres qui définissaient le danseur virtuose :

Danser a contretemps de la clave ; c’était un symbole d’élégance et aussi un défi

Exécuter des changements brusques dans le tempo.

Réaliser des tours très rapides en couple enlacé sur son axe, sans perdre le rythme et en se maintenant face à face.

Exécuter des passes différentes , la plus grande quantité possible de manière continue et sans se tromper

Savoir improviser (dibujar) jouer avec le rythme, et combiner le pas de base avec des jeux de jambes

Réaliser des grands déplacements sans se  » perdre  » au niveau musical et avec sa partenaire

Ne pas se tromper dans une rueda

 » Chanter  » la rueda

Même si le casino était une danse de masse, il y avait un caractère sélectif , des niveaux de qualité exigés en fonction des lieux de danse ou des ruedas ainsi qu’une exigence dans la manière de s’habiller.

Inventer un nouvelle passe était un fait créatif une recherche constante pour les danseurs dans un esprit de compétition.

Le style de danse était aussi fonction du quartier.

Certaines personnes incorporaient dans leur danse des mouvements caractéristiques de leur milieu social qui n ‘étaient pas toujours acceptés comme c’est le cas pour les mouvements empruntés à la rumba.

Cette période va consolider le casino dans le fait d’être le genre dansé le plus populaire.

Troisième étape : l’actualité du casino 1981-2000

L’auteur continue de faire le parallèle entre le dévelopement de la musique cubaine et le casino.

Elle nous parle du début des années 80 ou au niveau musical existe une recherche de nouveaux chemins dans l’interprétation, la virtuosité et la créativité provocant un développement du casino qui atteint des dimensions internationales sous le nom de  » baile de salsa. « 

Certains evènements musicaux vont être marquants

La venue d’Oscar de Leon en 1983 dont la façon de danser sur scène va inspirer les danseurs de casino.

A partir de 1988, de nouveaux groupes surgissent NG La Banda, Isaac Delgado, Dan Den, Charanga Habanera, Manolin, el medico de la salsa, PaulitoFG y su élite…

La majorité de ces groupes, renouvellent le jeu de scène qui inclut le montage ou l’improvisation de mouvements chorégraphiques que réalisent en premier plan les chanteurs et en certaines occasions le directeur du groupe.

Les chorégraphies oscillent entre la réalisation du pas de base casino du casino, avec différents changements dans les accents rythmiques par rapport à la clave, également la combinaison de ce pas de base avec d’autres genres de la danses cubaine comme le mambo, la rumba et la conga.

Un des éléments qui met le plus en relation la musique et la danse est le texte des chansons ;

utilisation de termes et expressions populaires ou double sens..

En général,ces expressions s’utilisent dans le refrain et tous les créateurs affirment que leur contenu détermine le succès du morceau.

Exemple  » hay que estar arriba de la bola « , « ay dios amparame « 

Ces éléments expriment une gestuelle sociale, émotionnelle, fonctionnelles et rituelles. se traduisant par l’utilisation des différentes parties du corps de manière spontanée

La plupart furent créés par les musiciens , les danseurs intégrant ces éléments dans leur danse.

.La danse se pratique désormais en couple libre , ruedas, lignes de couples qui improvisent ou exécutent à l’unisson différentes figures, un homme avec deux filles,, personnes seules..

L’objectif fondamental est le plaisir, coupant tous types de barrières sociales démontrant la satisfaction spirituelle que représente la danse pour la majorité des cubains.

Le développement du tourisme international et la sortie des groupes cubains à l’extérieur du pays ont contribué au rayonnement de la musique et de la danse populaire cubaine.

A Cuba, les espaces de danse constituent un élément de grande importance pour que s’établisse le contact direct entre les musiciens et les danseurs.

A partir de 1985, réouverure de nouveaux lieux : le Salon Rosado de La Tropical

L’auteur conclut que le casino contemporain s’est enrichi en incorporant de nouveaux déplacements, figures et mêmes des pas empruntés d’autres genres populaires ou folkloriques cubains.

Aujourd’hui le pas de base de casino s’exécute en prenant en comme guide rythmique les différents accents de la musique à l’intérieur du choix à temps de clave ou à contre temps.

En général, le tempo est plus rapide et il existe une grande polyrythmie dans la percussion, ce qui favorise l’ajout de mouvements de pieds dans le pas, qui n’altèrent pas en essence la forme traditionnelle

Il est possible d’accentuer la première croche dans le premier pas

Attendre le premier temps, et avancer sur le deuxième croche, dans ce cas on accentue le troisième pas dans la quatrième croche.

Depuis quelques années, il y a une tendance à accentuer la troisième croche

Ce thème est sujet à de grandes polémiques la réalité étant qu’il n ‘y pas une manière unique de marquer le pas en relation avec la musique.

Le casino actuel peut se danser en couple enlacé en position fermée, en couples lâchés placés face à face, en files ou en rueda…

A la différence des étapes antérieures, les couples se séparent pour avoir une plus grande liberté de mouvements et surtout pour pouvoir improviser.

L’improvisation s’exécute en n’importe quel moment mais fondamentalement quand on atteint le moment le plus intense de la musique, où se produit une grande polyrythmie dans la percussion, la partie la plus rapide et où coïncide l’improvisation du chanteur et l’alternance du refrain et chœur. Cette partie les musiciens l’appelle  » bomba  » ou  » timba « .

Le mot  » timba « 

Il a acquis une connotation très spéciale dans le milieu de la musique populaire dansée à Cuba , sujet d’une profonde polémique pour définir théoriquement ce complexe phénomène musical.

Le  » despelote  » correspond a ce moment le plus  » caliente  » du morceau : il se réalise en couple lâché. C’est à ce moment que l’on reproduit les gestes et mouvements qu’improvisent le chanteur ou que chantent le chœur.

 » El tembleque  » ; mouvement vibratoire de tout le corps à partir de la zone pelvique qui se transmet a tout le corps et fait partie du style despelote.

Il peut également arriver que les danseurs réalisent d’autres pas issus des différentes manifestations des cultures afro-cubaines comme les danses de santerìa, de la rumba, makuta, yucca… ou d’autres genres populaires comme le mambo, le chachacha ou la conga.

Un autre forme de danser le casino est celle en  » en double file  » : ligne de garçon, face à ligne de fille avec un fonctionnement ressemblant à la rueda mais plus simple. Il n’y pas de passes traditionnelles mais des morceaux chorégraphiques dont certains se retrouveront appliqués en rueda, ; en plus sont intégrées sous cette forme les pas et mouvements du despelote.

Il faut également beaucoup d’habileté et de dextérité pour intégrer la forme en double files

La rueda de casino est actuellement la forme préférée des connaisseurrs de casino du à la très grande variété de pas et figures, passes, phrases chorégraphiques et variantes de pas que le peuple a inventé en partant des ruedas traditionnelles, imitant les leaders des groupes musicaux, synthétisant la culture dansée cubaine, incorporant manières et expressions de personnages du cinéma ou de feuilletons télévisés,.. apparition de doubles ruedas de casino..

L’auteur souligne l’importance de la famille dans l’apprentissage du casino

Les femmes vont gagner en liberté d’improvisation

Le style de danse  » reparto  » (du quartier)

Jeunes danseurs appartenant aux quartiers marginaux de la Havane qui se caractérisent par l’invention et la réalisation de mouvements, gestes et pas vulgaires : ils ont inspiré beaucoup de pas du despelote

Les fêtes des 15 ans continuent dans les années 80 à être le lien pour danser et chorégraphier les ruedas de casino , valses, de 15 couples

Actuellement la fête des 15 ans comprend une valse une rueda de casino et un merengue

En conclusion l’auteur nous dit que le casino est bien une conséquence de l’évolution et de l’intégration des genres dansés proprement cubains et aussi de l’intégration d’influences étrangères

.Le casino d’aujourd’hui reflète le caractère du peuple cubain, synthétisant les composantes de la nation cubaine

Danse de divertissement dont la dynamique contemporaine se reflète dans la grande créativité et la liberté de ses mouvements corporels et spatiaux.D’entre les différents facteurs qui ont influé dans l’apogée du Casino à Cuba , existe la dimension qu’a prise la musique salsa au niveau international. Identifié comme danse de salsa cubaine, le casino s’est converti en véhicule idoine pour mieux apprécier cette manière de faire de la musique.

L’auteur poursuit en parlant de l’importance de la salsa cubaine au niveau inetrnational grâce au dévelopement du tourisme : spectacles, stages organisés pour les étrangers à Cuba, mais aussi tournées des compagnies folkloriques, cubains résidants à l’étranger, étrangers montant leurs propres écoles, festivals de salsa sans oublier l’aspect commercial lié à ces évenements fustigeant dans la foulée les personnes peu scrupuleuses qui profitent de la mode salsa pour inventer des « méthodologies », « pas » ou « figures »qui n’ont rien à voir avec la réalité du casino, les accusant de dépradateurs de la culture cubaine.

L’auteur souligne le fait que pour des étrangers vouloir danser comme les cubains est difficile car la cubanité résulte des gestes, attitudes, sentiments manière de penser et de l’ame du cubain. Elle conclut en disant que le casino continuera de se développer en continuant à puiser dans ce qui fait sa cubanité, sa propre dynamique sociale.

J’ai tenté à la fois de traduire et de résumer les idées principales de ce livre très riche et très intéressant. Beaucoup de détails manquent et ils font toute la saveur et l’intérêt de ce livre dont je vous recommande la lecture.

ANGEL BONNE, Le Poète et La Conscience de la Chanson Salsera  !

Si Bamboleo te gusta !!

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Voilà… Ceux qui ont vu la prestation d’hier soir comprennent les raisons pour lesquelles cette salsa me fait vibrer au-dessus de tout le reste et au-dessus de la plupart des autres musiques…

Hier ou plutôt tout à l’heure, Bamboleo a donné une prestation encore une fois explosive : une rare intensité, une générosité propre aux cubains, un talent évident, une virtuosité incomparable et une sonorité qui font de Bamboleo un groupe à part et un de mes groupes fétiches…

Bamboleo c’est d’abord l’immense Lazaro Valdes, un maître des claviers emprunt du funk et du jazz rock qui aime sortir des sonorités qui me rappellent toutes ces musiques avec lesquelles j’ai grandi…Un Directeur d’orchestre humble et discret laissant la « lumière » à ses chanteurs. Pourtant quel travail d’orfèvre derrière les chanteurs…Il dirige avec une précision à couper le souffle… Les breaks sont EX-EM-PLAIRES !!!! et ont fait école chez beaucoup de groupes…(ceux qui ne connaissaient pas comprennent désormais pourquoi !!). Mais Lazaro est également un exceptionnel compositeur…

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Bamboleo, précision dans les breaks donc… Quelle section rythmique de percussions !!!
et on peut y inclure comme souvent dans la timba la basse… Batterie + Timbales + Congas + Basse ont produit hier des breaks ENORMISSIMES à en faire pâlir PAULITO et MANOLIN réunis!

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Bamboleo c’est aussi cette fameuse section de cuivres, une des plus précises qui m’ait été donné de voir depuis longtemps…(On se souvient que sur le DVD Knock Out opposant Manolito à Bamboleo, les « metales » de ce dernier avait largement prouvé qu’ils étaient au dessus…) 2 saxophones + 2 trompettes… Quel plaisir de voir aligner des saxophones… Précision dans des compositions pas toujours évidentes (ce n’est pas non plus « Murakami Mambo » d’NG la Banda…) mais aussi évidemment beauté des lignes musicales…

Et puis Bamboleo sans sa 1ere ligne d’attaque…Les chanteurs !! Mais autant le dire tout de suite, quel dommage que l’ingénieur du son de Bamboleo ne l’ai pas entendu mais les voix étaient peu audibles dès le départ, noyées dans l’orchestration massive…Quel dommage de vouloir toujours jouer aussi haut en décibels…

Car les talents de Ronnis et de Tania ont dû paraître moins évidents au public…
Et pourtant quels talents… Ronnis et Tania aidés par l’étonnant violonniste et choriste Yosvani ont donné hier une sublime prestation…

Oui, je sais, je ne suis pas objectif, mais Tania quelle présence, quel talent vocal, quel jeu de scène, quel humour… Celà fait d’elle pour moi sans contestation LA chanteuse la plus étonnante et la plus scénique de Cuba actuellement…Vous avez bien fait de voter pour elle mes amis… Vous savez quoi les absents ? Le trophée Fiestacubana lui a arraché des larmes de plaisir et rien que pour ça, soyons fiers tous ensemble de ce que nous avons pu créer…Car les larmes de plaisir c’est surtout elle qui me les arrachées hier !!

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Quant aurépertoiremes amis…!!! Evidemment essentiellement porté sur le dernier album « Mi verdad »…

Mais prenez l’intro jazz funk du début mêlés à l' »Opening », puis dans le désordre « Todo lo bonito », « Fiebre », ma préférée de l’album « Amor loco », « La culpa », « Sueno de Cristal »,  » Chisme « ,  » Lagrimas negras « , « El maiz » (avec l’eau que nous avons reçu : « Agua lo que quiero es Agua »), une superbe nouvelle chanson (qui doit s’appeler « Atrevete » ou quelque chose dans le genre chantée par Ronnis!), « Me encanta » , un mix sublime de « Ya no hace falta » et « yo no me parezco a nadie » et un final explosif funky « Shake Your Body (Si Bamboleo Te Gusta) » , avant le très attendu et exceptionnel « Atrevimiento » en bis.

BAM BAM BAMBOLEO !!!!!!!!!!!!!!!

Crédits photos : (c) IndochinoDJ@yahoo.fr

ANGEL BONNE, Le Poète et La Conscience de la Chanson Salsera  !

De La Pizza A Pogolotti !

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C’était un soir… A Rome, un vendredi 26 Janvier 2007 …Imaginez une boite dans la proche banlieue de Rome…Toute neuve…Magnifiquement conçue pour ce genre d’événements… Claudio, Indochino et moi débarquons dans un endroit quasiment vide… et devant la scène, Pupy…en train de discuter avec los que Son Son !!

Il nous accorde alors sans aucune difficulté mais au contraire avec plaisir une interview dans la plus grande intimité des loges…

Le nom que tu as donné à l’orchestre est très gai/joyeux: il est très musical et semble exprimer différentes choses…

Pupy : Le nom de l’orchestre comprend le mot Son dans divers sens: « Los que Son Son » fait référence au genre musical du Son mais aussi à la forme du verbe être, entendu comme « ceux qui ont le droit d’être »… et ceux qui n’y sont pas ne méritent pas d’y être.

Claudio/Jack : il y a une Guaracha sympathique que chantait le grand Cascarita dans les années 40 avec l’orchestre Casino della Playa qui s’intitulait « Coge pa’ la coda » et qui disait :  » los que son son son y los que no, van pa’ la cola, porque tu te pone alante si tu eres de los de atras, ocupa tu puesto y no discuta mas « …….

Pupy : Oui c’est un morceau d’anthologie de la musique cubaine mais c’est un pur hasard

Claudio/Jack : Qu’est ce que la Timba pour toi ? Comment est né ce mot ? De la Team Cuba ?

Pupy : La timba c’est une façon de nommer le Son moderne pour le fortifier puisque le mot Son semble un peu désuet/démodé surtout en dehors de Cuba. Cependant la racine de tout est le Son, qui est celui qui donne sens à toute la musique cubaine dansante. Le terme de Timba a commencé à se répandre pour chercher à insérer la musique cubaine dans des espaces internationaux. Il se trouve que moi je suis né dans le quartier de la Timba (NDLR : d’où les paroles de sa chanson « De la Timba a Pogolotti : « Yo nací en La Timba, rinconcito de mi madre, y a los cuatros años yo ya jugaba con la clave. Después nos mudamos y aprendí distintos toques, porque mi crianza la hice entera en Pogolotti…… » ) et je peux te dire que le mot Timba était utilisé quand on voulait exprimer l’approbation de la puissance rythmique d’un orchestre. Je me souviens qu’on l’utilisait déjà à propos de l’orchestre Ritmo Oriental… L’autre signification est une allusion à une confiture de goyave dont le contenant était une caisse en bois. Le terme « Pan con timba » (qui ensuite devint le nom d’un quartier de la Havane), était par extension, le pain à la confiture. Puis ce nom fut choisi par le Team Cuba pour baptiser la musique cubaine dansante contemporaine. De là, le terme se diffusait dans le monde entier. Quoi qu’il en soit ce terme était déjà utilisé par les musiciens qui étudiaient à l’ENA (Escuela Nacional de Arte). A cette époque à Cuba il n’était permis de jouer que de la musique « cultivée », et la musique populaire n’était pas très bien perçue. Mais arriva le moment où les jeunes musiciens qui aimaient la musique populaire commencèrent à se réunir pour jouer leur musique et ils le faisait en disant « Vamos pa’la timba! » Ceci se passa bien avant le Team Cuba.

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Claudio/Jack : Quels sont tes rêves en tant qu’artiste et en tant qu’être humain ?

Pupy : Mon rêve en tant qu’artiste est de continuer mon travail avec cet orchestre et savoir gérer le succès que le public cubain et international nous donne. Il n’est pas facile pour un orchestre cubain de connaître un tel succès en aussi peu de temps, avec tous les talents présents à Cuba. Si les gens continuent de danser et d’apprécier ma musique je suis heureux puisque c’est la musique que j’aime. J’aime aussi beaucoup le jazz dès que je peux dans mes moments libres. Mais je ne peux pas me considérer un jazzman et je serais ridicule si je me mettais à faire du jazz. Je perdrais toute l’estime reçue jusqu’ici et se serait une offense à tous les grands jazzmen présents à Cuba. En tant que père, je rêve de voir mes enfants se réaliser. Je rêve de la même chose pour mes neveux qui veulent poursuivre le chemin artistique de la famille : mon grand père, mes oncles, et surtout mon père qui joua dans l’orchestre Sensacion et le Conjunto Chapottin, ont tracé une voie dans laquelle j’espère voir se réaliser mes neveux. J’espère être encore vivant pour profiter de leur succès.

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Claudio/Jack : En ce moment à Cuba on donne beaucoup de place, peut être trop, au Reggaeton. Tu penses que ce phénomène durera encore longtemps ?

Pupy : Le Reggaeton a son espace à Cuba comme n’importe où dans le monde. En ce moment il est très populaire et c’est un courant qui a pris de la force. Ce qui est certain c’est qu’on ne peut pas aller à contre courant. Personne ne peut le dire le temps que durera ce phénomène. Lorsque quelque chose de nouveau arrive sur la scène musicale et s’impose comme une mode, il est difficile de juger le temps qu’il perdurera. Chaque courant musical marque l’histoire : la lambada eut son succès et de même le mambo à l’époque de Perez Prado, et encore aujourd’hui on le danse au Mexique ou au Japon. Comme n’importe quoi au monde il faudra attendre pour savoir quel est le destin du Reggaeton. Personnellement j’apprécie certaines choses du Reggaeton, et en déteste d’autres. Et comme souvent dans le Reggaeton tout sonne pareil il est plus facile pour moi de ne rien (il rit amusé).

Claudio/Jack :Il semble que le Reggaetton et la Timba soient concurrents en ce moment pour les jeunes générations cubaines…qui l’emportera ?

Pupy : La Timba a un excellent futur devant elle. En ce moment à Cuba une génération d’adolescents, des enfants de 8-10 ans, m’arrête dans la rue comme si j’étais leur idole. Je suis optimiste parce que c’est cette jeunesse de demain qui continuera à préférer notre musique. Au-delà de tout avec la qualité d’excellents musiciens, arrangeurs, et compositeurs présents à Cuba il ne manquera jamais de force et d’énergie nouvelle pour le futur de notre musique. C’est aussi ça ma mission.
Claudio/Jack : Le répertoire que tu joues dans tes tournées à l’étranger est-il le même que tu joues à Cuba ? Tous les morceaux de Timba (pas seulement les tiens) semblent adaptés à la danse de Casino…

Pupy : Dans la Timba il y a des morceaux très dansants et d’autres qui ne le sont pas. Par exemple, je ne présente pas ici certains de mes morceaux qui ne seraient pas appréciés pour danser. Un morceau comme « Calla Calla » demande un style interprétatif qui s’éloigne un peu du Casino, qui ici aussi, en Italie, a un grand succès. Des morceaux, en revanche, comme « La italiana » ou « el buenagente » ou « la borrachera », se prêtent mieux au public de danseurs qui montrent alors leur enthousiasme.

Claudio/Jack : Récemment dans ton orchestre tu as changé un chanteur (Pepito). Nous connaissons tous les talents de Pepito mais nous ne connaissons pas encore les qualités de son remplaçant…

Pupy : Ceux qui étaient furent excellents, mais ce qui y sont maintenant le sont aussi. Un de mes chanteurs (Mandy Cantero) vient juste de recevoir le prix de meilleur chanteur de 2006 (NDLR : il parle bien ici du FIESTACUBANA AWARD !!) , rivalisant et gagnant face à toutes les meilleurs voix de Cuba, incluant celles qui ne sont plus dans mon orchestre aujourd’hui (NDLR : Tirso Duarte) . Nous avons maintenant un nouveau chanteur qui s’appelle William et qui vivait en Italie. Il chantera certains titres du nouveau disque et il se débrouille déjà très bien sur les morceaux qu’il interprète pendant les concerts, les mêmes qu’interprétaient Pepito Gomez.

Claudio/Jack : Nombreux jeunes chanteurs cubains, parfois même avec piètre expérience, décident de se rendre indépendants et de créer leur propre orchestre. Turbulente jeunesse ou génialité précoce.

Pupy : Chacun est patron de sa propre vie. On peut éventuellement dire que tous ne possèdent pas les qualités pour monter leur propre orchestre. Il y a des talents qui ont la capacité de tracer leur propre chemin, et d’autres, aussi grands qu’ils soient, se prêtent mieux à être dirigés. Certains grands chanteurs sont sortis de leurs orchestres et ont échoué dans leurs nouveaux projets. Il n’est pas facile d’avoir son propre orchestre, les qualités requises sont nombreuses : être un bon compositeur, un bon arrangeur, avoir une bonne base financière, et tout cela ce n’est pas évident de l’avoir simultanément.

Claudio/Jack : Parmi les noms cubains qui sont en train de s’imposer on entend Maikel Blanco, qu’ ici en Europe est un des plus programmés sur les pistes de danse, avec de nombreux morceaux du disque « Recoge y vete ». Sa musique qui s’inspire de certains orchestres à succès, se présente comme un cocktail d’ingrédients déjà connus, particulièrement réussi et captivant. Tu le placerais parmi ce que tout à l’heure tu nous indiquais comme les forces nouvelles pour le futur de notre musique ?

Pupy : En ce moment Maikel Blanco a du succès et plait beaucoup puisqu’il a des sonorités proche des Van Van, Manolito ou même de nous. C’est un bon orchestre mais on ne peut pas dire qu’ils aient la popularité et l’intensité des Van Van, Manolito, Charanga Habanera, Adalberto, Bamboleo, N.G la Banba et de notre orchestre.

Claudio/Jack : Certains talents émergent et d’autres semblent s’évaporer dans les cieux de la Timba…Tosco, par exemple, semble définitivement perdu pour la Timba ?

Pupy : (il sourit) Tosco est un créatif agité-torturé-tourmenté. Je le connais depuis les premières années des Van Van lorsque nous jouions ensemble. Aujourd’hui il a un cercle classique, il a crée une école de flûte, il continue le reggaeton avec un groupe de six femmes…il aime beaucoup de choses et domine nombreux styles.

Claudio/Jack : Tu es également célèbre pour tes grands talents de compositeur. Parmi toutes tes chansons, une de nos favorites est « Con el destino no se puede mas », chanson que tu as dédié a ton fils décédé prématurément. Dans ce morceau il y a un solo de piano qui émeut par son intensité…

Pupy : Personnellement ce morceau, je n’arrive plus à l’écouter et encore moins à le jouer. Je dois être chez moi pour l’entendre. Tu peux en imaginer les raisons. (NDLR : cette chanson qui se trouve sur le disque « Azucar » de los VAN VAN, a été écrite par Pupy en hommage à son fils décédé…)

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Claudio/Jack : Parle nous du nouveau disque que tu es en train de préparer ?

Pupy : Le nouveau disque contiendra des morceaux de divers compositeurs : Angelito Bonne « Yo soy de donde tu quiera » que chantera Mandy. Deux morceaux d’un compositeur qui a déjà collaboré avec nous, Gustavo Cabana, il y aura également un morceau d’Enrique Bonne (le père d’Angelito) qui connut le succès avec la Orquesta Aragon, « il vigilante ». Puis 6-7 morceaux composés par moi-même. Il y aura un nouveau morceau dans lequel j’ai confiance : il s’appelle « la machucadera », il a un refrain qui à coup sûr aura grand succès « los hombres suben las manos y las mujeres mueven la caderas ». Un autre morceau que j’ai composé qui s’appelle « Olvidala » et un morceau composé par Mandy. Sera présent également une nouvelle interprétation du morceau « Batanga », un classique rendu célèbre par Benny Moré, il sera réarrangé par Changuito. Le disque devrait sortir sur le marché en septembre.

Attendez vous à un très beau disque et dès que je l’aurai terminé je le mettrai en circulation. Il arrivera certainement entre les mains de Jack afin qu’il le fasse connaître et aimer de mes fans français.

Claudio/Jack : Merci Pupy !

Pupy : Merci à vous Jack et Claudio de votre attention pour ma musique.
Puis, 30 minutes plus tard, Pupy monte sur scène et donne un concert d’exception avec un enchaînement de titres sublimes : « Que cosas tiene la vida », « Buena gente » « A la italiana », « La bala de Billy », « la Machucadera » (nouveau titre qui sera LE futur tube de Pupy !!), « La bomba soy yo » avec sa série de solos à couper le souffle , « la Borrachera » et en bis « De la timba a pogolotti »…

César Pedroso, quand il joue, a toujours ce regard affectueux sur ses musiciens et sur son public qui fait de lui un artiste hors norme… Son tumbao quant à lui est juste unique…
Mandy fut dans un grand soir encore une fois, transcendé par son Award avouera-t-il après !!
Je fus également séduit par le nouveau chanteur William en période d’essai qui ressemble fortement à Aramis tant au niveau vocal que physique…
Si le concert fut excellent, que dire de ce public plutôt tiède ?!

PS : Merci à Claudio Marucci pour son accueil exceptionnel et à Gaëlle pour la traduction !

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